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Full text of "Revue de l'Orient chrétien"

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PER  BR  140  .R42  v. 27-28 
Revue  de  l'Orient  chr  etien 


REVUE 


DE 


L'ORIENT  CHRÉTIEN 


DIRIGEE 


Par    R.    GRAFFIN 


XROISIEilNtE     SERIE 
Tome  VIII    XXVIII) 


28«  volume.  —  1931-1932 


LES  3I0NG0LS  ET  LA  PAPAUTE 


CHAPITRE   II 

{suite). 

III.  André  de  Longjumeau. 

Il  a  déjà  été  question  assez  longuement  d'André  de  Long- 
jumeau  à  propos  de  son  voyage  de  1215-1217;  mais  le  moment 
est  venu  de  retracer,  dans  la  mesure  du  possible,  la  vie  de  ce 
grand  missionnaire  d'Orient.  Même  pour  son  voyage  de  1245- 
1217,  des  travaux  parus  au  cours  des  sept  années  que  les 
circonstances  ont  fait  écouler  entre  la  publication  des  deux 
premières  parties  de  ce  chapitre  et  celle  de  la  troisième, 
m'obligeront  à  revenir  sur  certains  détails  importants  de 
mon  exposé. 

André  de  Longjumeau  doit  certainement  son  nom  à  la 
petite  ville  de  Longjumeau,  aujourd'hui  chef-lieu  de  canton 
dans  l'arrondissement  de  Corbeil  (Seine-et-Oise)  (1).  Nous 
ignorons  la  date  exacte  de  sa  naissance,  aux  alentours  de  1200. 

(1)  Vincent  de  Beau  vais  {Spec.  hisl..  mss.  BX,  Lat.  4898  et  4900,  xxxir,  90, 
l'appelle  •<  Andréas  de  Lonçiumcl  ■■  (=  «  Loncjiunel  »);  les  Granden  chroniques 
ci'd.  P.  Paris,  iv,  292  et  302)  «  Andrien  de  Longjumei  ■>  et  (iv,  427)  «  André  de 
Longjumel  »  ;  Guillaume  de  Nangis  [liée,  des  Hisl.  de  France,  xx,  358,  367) 
•'  Andréas  de  Loncjumel  »,  altéré  dans  une  version  française  (p.  359)  en  «  An- 
drus  de  Longemel  »;  «  Loncinmel  -  des  Chronica  de  saint  Antonin  (3°  partie, 
Lyon,  1587,  159)  est  naturellement  altéré  de  «  Lonciumel  ■■  =  ■<  Loncjumel  »  ;  les 
éditeurs  des  Hisl.  des  Crois.,  Occid.,  n,  569,  adoptent  en  note  «■  Andréas  de 
Longiumello  »  ;  Riant,  Exuviae  sacrae,  u,  312,  écrit  •■  Andréas  de  Longoge- 
mello  ».  La  forme  ■<  Longumeau  »,  donnée  en  1900  par  Rockhill  {Rubruck, 
xxvii)  et  en  1901  par  Beazley  {The  daion  of  modem  geography,  n,  643),  outre 
qu'elle  ne  répond  à  aucune  orthographe  ancienne  ou  moderne,  a  l'inconvénient 
de  fausser  la  prononciation  du  nom. 

;illl 


4  REVUE    DE    L  ORIENT  CHRETIEN. 

Comme  il  entra  dans  Tordre  de  saint  Dominique  (1),  il  est 
probable,  vu  son  lieu  d'origine,  qu'il  ait  pris  l'habit  au  couvent 
qui  a  valu  son  nom  à  la  rue  Saint-Jacques  (2).  M.  Rastoul, 
qui  a  écrit  la  meilleure  notice  que  nous  ayons  encore  sur 
André  ne  Longjumeau  (3),  ajoute  qu'  «  il  s'adonna  à  l'étude 
des  langues  orientales  pour  la  conversion  des  infidèles  »,  et 
paraît  admettre  que  ce  fut  à  son  couvent  de  Paris;  ïouron 
avait  dit  au  contraire,  en  1743,  qu'André  de  Longjumeau  était 
passé  de  bonne  heure  en  Terre  Sainte,  «  sans  doute  avec  ceux 
que  le  Bienheureux  Jourdain  de  Saxe  fit  partir  de  Paris  l'an 
1228  »,  ce  qui  «  lui  donna  l'occasion  d'apprendre  les  langues 
orientales  >»;  la  nouvelle  Année  Douiinicaine  (Lyon,  1898, 
août,  2"  partie,  p.  519)  reprend  avec  de  légères  modifications  le 
texte  de Touron;  le  P.  Chapotin  (p.  123)  est  tout  à  fait  aftirmatif. 
Mais  ce  sont  pures  hypothèses;  nous  ne  connaissons  rien  du 
frère  André  avant  sa  participation  probable  à  un  événement 
considérable  du  règne  de  saint  Louis,  la  translation  de  la 
Couronne  d'épines. 

On  sait  comment,  en  1238,  l'empereur  Baudoin  II  de 
Constantinople,  qui  se  trouvait  alors  à  Paris,  proposa  à  saint 
Louis  de  lui  céder  la  Couronne  d'épines.  Saint  Louis  envoya 
alors  À  Constantinople,  outre  un  chevalier,  deux  dominicains; 
l'un,  appelé  Jacques,  connaissait  bien  la  Couronne  d'épines  pour 
avoir  été  auparavant  prieur  des  Dominicains    de  Constant! - 

(1)  Rockhill,  qui  dit  bien  (Ruhruck,  p.  xxvii)  que  c'est  uu  Dominicain,  le  con- 
sidère ensuite  par  inadvertance  comme  un  Franciscain  (p.  xli);  et  c'est  uni- 
quement comme  Franciscain  (••  Minorit  ■■)  qu'il  est  question  de  lui  dans  Malein, 
Joann  de  Piano  Karpini,  Vil'<jelm  de  Rubruk,  Saint-Pétersbourg,  1911,  g''  in-8, 
,p.  213. 

(2)  M.  D.  Ciiapotin  {Ilisf.  des  Dominicains  de  la  province  de  France,  Rouen, 
1898,  in-4,  p.  6)  dit  que,  d'après  la  <•  tradition  ..,  André  de  Longjumeau  fut  un 
des  premiers  membres  de  la  colonie  dominicaine  de  Saint-Jacques  en  1218; 
c'est  une  supposition  toute  gratuite  quant  à  la  date  et  on  ne  trouve  rien  do 
semblable  au  xvu'=  et  au  xvni°  siècle  dans  l'ancienne  Année  Dominicaine  du 
P.  Souèges  (sous  le  11  août,  p.  958),  chez  Quétif  et  Echard  (i,  1-10-141),  ou  chez 
Touron  (Hisl.  des  hommes  illustres,  i,  157).  La  lettre  de  Jean  Sarrasin  du 
23  juin  1249  appelle  André  de  Longjumeau  «  frère  Andrieu  de  l'ordre  de 
Saint  Jaque  »;  mais,  chez  ce  Français  de  la  Cour,  •■  l'ordre  de  Saint-Jacques  >> 
•est  simplement  synonyme  de  <•  Dominicain  •■. 

(3)  Dicl.  d'hist.  et  de  géo'jr.  ecclés.,  publié  sous  la  direction  de  M^''  Baudrillart, 
II,  col.  16:7-1081. 

:M2] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTE.  O 

nople  (1):  l'autre,  nommé  André,  a  toujours  été  identifié,  et 
vraisemblablement  à  bon  droit,  à  André  de  Longjumeau  (2). 
D'après  Touron,  André  de  Longjumeau,  alors  à  Paris,  y  était 
revenu  d'Orient  en  compagnie  du  frère  Jacques;  il  l'y  avait 
ramené,  dit  la  nouvelle  Année  Dominicaine;  suppositions 
pures,  puisque  nous  ignorons  même  si  André  de  Lougjumeau 
s'était  rendu  en  Orient  avant  la  mission  de  1238-1239. 

En  arrivant  à  Constantinople,  les  deux  Dominicains  et  le 
chevalier  apprennent  que  la  Couronne  sert  de  gage  à  un  prêt 
fait  aux  régents  de  l'empire  par  des  ^'énitiens.  En  compagnie 
de  Byzantins  et  de  Vénitiens,  ils  la  portent  alors  à  Venise,  où 
le  frère  André  reste  préposé  à  sa  garde,  pendant  que  le  frère 
Jacques  et  les  B3'zantins  vont  à  Paris  prendre  les  instructions 
royales  et  se  munir  des  fonds  nécessaires  à  dégager  la 
relique.  Ceci  fait,  les  envo3'és  se  remettent  en  route  avec  la 
Couronne  d'épines,    que  saint  Louis    vient  recevoir  à  Ville- 


(1)  C'est  bien  «  Jacobus  ■•  qu'on  a  dans  le  texts  fondamental  sur  la  translation 
de  la  Couronne  d'épines,  l'Hisloria  susceptionis  Corone  spinee  de  Gautier  de 
Cornut,  archevêque  de  Sens  (cf.  Riant,  Exuviae  sacrae,  i.  51);  M.  Rastou' 
l'appelle  «  Guillaume  >■,  ce  qui  ne  peut  être  qu'une  inadvertance.  M.  Altaner 
{Die  Dominikanertnissionen,  II)  dit  que  le  frère  Jacques  étràt  prieur  du  cou- 
vent de  Constantinople  en  1238.  Les  ternies  mêmes  de  Gautier  de  Cornut 
("  quorum  aller,  sciliccl  Jacobus,  prior  fralrum  eiusdem  ordinis  fuerat  in  urbe 
prcflicta,  ubi  Coronam  ipsam  f'requenler  viderai,  &  ea  quae  circa  iUam  eranl 
optiine  cognoscebal  «)  impliqu(>nt  au  contraire  qu'en  1238  le  frère  Jacques  ait 
été  en  France  et  que  son  priorat  de  Constantinople  se  place  à  une  date  anté- 
rieure qui  reste  indéterminée. 

(2)  L'Hisloria  de  Gautier  de  Cornut  l'appelle  simplement  «  Andréas  ■■  (Exu- 
viae sacrae,  r,  51,  53),  et  il  en  est  de  même  aussi  bien  dans  les  textes  qui 
s'apparentent  à  elle  {ibid.,  n,  39,  40,  216-247)  que  dans  une  lettre  de  décembre 
1238  des  seigneurs  de  Constantinople  {ibid.,  u,  122).  Cet  André  est  considéré, 
sans  aucune  réserve  ni  remarque,  comme  étant  André  de  Longjumeau  aussi 
bien  par  le  P.  Souèges  que  par  Quétif  et  Echard  et  par  le  P.  Touron.  En  tout 
cas.  il  s'agit  d'un  Dominicain,  évidemment  français,  appelé  André;  André  de 
Longjumeau  remplit  ces  conditions,  mais  d'autres  Dominicains  inconnus,  ayant 
André  pour  prénom,  le  pourraient  également.  Toutefois  le  fait  (|u'André  de 
Longjumeau  fut  certainement  envoyé  en  mission  en  Orient  par  Innocent  IV  en 
1245,  qu'ensuite  il  se  trouvait  en  compagnie  de  saint  Louis  à  Chypre  en  1248 
et  qu'enfin  saint  Louis,  en  mourant  à  Tunis,  prononçait  encore  son  nom,  indi" 
(|uent  une  association  avec  l'Orient  et  une  confiance  de  la  part  du  roi  qui,  à 
l'origine,  sont  vraisemblablement  liées  à  l'heureuse  mission  de  1238-1239;  elles 
justifient  par  suite,  au  moins  à  titre  de  probabilité,  l'identification  du  frère 
André  de  1238-1239  et  d'André  de  Longjumeau. 

[143] 


6  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

iieuve-FArchevêque,  au  delà  de  Sens,  le    10  ou  le  11    août 
1239;  elle  arriva  à  Paris  le  18  ou  le  19  août  (1). 

Si  on  tient  compte  de  la  situation  de  prieur  que  le  frère 
Jacques  avait  déjà  occupée  et  de  sa  connaissance  de  Constan- 
tinople,  il  apparaît  a  priori  probable  qu'il  ait  joué  dans  cette 
mission  un  rôle  plus  important  que  le  frère  André;  et  c'est 
bien  ce  qu'indique  le  récit  de  Gautier  de  Cornut.  Je  ne  pense 
donc  pas  qu'il  faille  attacher  autrement  d'importance  à  l'ordre 
suivi  dans  la  lettre  de  décembre  1238  des  seigneurs  de  Cons- 
tantinople,  et  qui  est  «  frater  Andréas  »,  «  frater  Jacobus  » 
et  «  dominus  Nicplaus  de  Sorello  »  (2). 


Six  ans  après  la  translation  de  la  Couronne  d'épines,  André 
de  Longjuineau  repartait  pour  l'Orient,  envoyé  en  mission  cette 
fois  non  par  le  roi  de  F'rance,  mais  par  le  pape  Innocent  IV. 
C'est  le  voyage  de  1245-1217  qui  a  été  étudié  ci-dessus,  pp.  29- 
66  (3).  Mais,  en  même  temps  que  paraissait  mon  travail, 
M^'- E.  Tisserant  publiait  dans  cette  Bévue  (t.  XXIV  [1921], 
pp.  336-353)  un  important  article  sur  La  légation  en  Orient 
dît  Franciscain  Dominique  d'Aragon  (72'/5-y247).  A  la  fin  de 
la  première  partie  de  cet  article,  achevée  en  avril  1924, 
M^'"  Tisserant,  s'appuyant  sur  les  conclusions  du  P.  Golubovich, 
rattachait  à  une  mission  franciscaine  les  six  documents 
émanant  de  princes  arabes  de  Syrie  conservés  dans  les  lettres 
curiales  de  la  quatrième  année  (rinnocent  IV  et  la  lettre  du 

(1)  Sur  ces  dates,  cf.  la  discussion  de  M.  de  Mélj',  dans  Exuviae  sacrae,  m 
[1904],  270-274. 

(2)  Le  P.  Chapotin  (pp.  308-309)  dit  au  contraii-e  qu'André  do  Longjumeau 
prit  le  frère  Jacques  comme  second;  mais  ce  n'est  pas  à  raison  d'un  document, 
fùl-il  la  lettre  de  décembre  1238;  il  enchérit  seulement  sur  Touron,  à  raison  de 
la  notoriété  qu'André  de  Longjumeau  acquit  par  la  suite,  au  lieu  que  le  frère 
•Jacques  est  demeuré  autant  dire  inconnu. 

(3)  J'ai  indiqué  ci-dessus  (pp.  [44-45])  les  raisons  pour  lesquelles  je  ne  pouvais 
accepter  l'idée  de  M.  Rastoul  qu'André  de  Longjumeau  serait  le  destinataii'C  de 
la  bulle  Patri  luminum  du  22  mars  1244  et  serait  par  suite  reparti  pour  l'Orient 
dès  cette  année-là;  M.  Altaner  (p.  [53])  est  arrivé  indépendamment  à  la  même 
conclusion  que  moi.  Le  P.  Van  Den  Wyngaert  (Sinica  Franchcana,  i,  207)  a 
suivi  au  contraire  l'opinion  de  M.  Rastoul. 

[144] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTE.  / 

sultan  d'Egypte  insérée  parmi  les  lettres  curiales  de  la  troisième 
année;  toutes  auraient  été  rapportées  par  le  Franriscain 
Dominique  d'Aragon,  dont  on  pouvait  ainsi  reconstituer  à  peu 
près  l'itinéraire.  M*^''  Tisserant  eut  alors  connaissance  du  livre 
de  M.  Altaner.  qui  faisait  intervenir,  pour  les  lettres  des 
princes  de  Syrie,  des  Dominicains  et  en  particulier  Andr»'  de 
Longjumeau;  tout  en  admettant  la  force  de  certains  des  argu- 
ments, il  gardait  à  peu  près  son  opinion  première,  mais  à 
titre  d'hypothèse,  et  concluait  :  «  Gardons-nous  d'affirmer 
plus  que  nous  ne  savons;  il  est  possible  que  les  lettres  des 
princes  arabes  aient  été  rapportées  par  Dominique;  il  se  peut 
aussi  qu'il  ait  rapporté  seulement  le  groupe  de  1246,  Damas, 
Kérak,  Le  Caire;  par  contre,  il  paraît  impossilde  qu'Anilré  cl) 
Longjumeau  ait  rapporté  tout  ensemble  les  sept  documents 
arabes  et  les  cinq  lettres  des  prélats  orientaux.  » 

En  fait,  M^""  Tisserant  s'est  trompé  en  partie  sur  la  théorie 
de  M.  Altaner;  celui-ci  fait  bien  intervenir  le  Dominicain 
André  de  Longjumeau  pour  les  cinq  lettres  des  prélats  orien- 
taux, mais  il  attribue  à  des  missions  diverses  les  lettres  éma- 
nant des  princes  de  Syrie  et  du  sultan  du  Caire  (p.  [79]),  et  se 
borne  à  affirmer  que  les  lettres  des  princes  de  Baalbek  et  de 
Homs  concernent  des  Dominicains,  et  non  des  Franciscains 
comme  le  P.  Golubovich  l'avait  cru.  Par  ailleurs,  il  n'y  a 
aucune  raison  de  joindre  la  lettre  du  sultan  d'Egypte  du 
•25  mai  1246,  enregistrée  parmi  les  lettres  curiales  de  la 
troisième  année,  aux  six  lettres  des  princes  de  Syrie  qui 
figurent  ensemble  parmi  les  lettres  curiales  de  la  quatrième 
année  (1).  Mais,  à  part  cette  lettre  du  sultan  d'Egypte,  j'ai 

(1)  Cette  lettre  du  sultan  d'Egypte  est  du  -20  mai  1246,  et  le  sultan  était  alors 
au  Caire  et  non  à  Damas,  où  il  ne  se  rendit  qu'en  février-mars  1247  (i.-f.  Hlo- 
chet.  Histoire  d'Éijyple  de  Makrizi,  p.  501);  ce  que  Me-  Tisserant  en  a  déduit 
pour  un  séjour  de  missionnaires  à  Damas  en  mai  1246  est  donc  à  supprimer. 
Par  ailleurs,  attribuant  au  sultan  d'Egypte,  à  la  suite  du  P.  Golubovicli,  une 
lettre  de  la  série  des  six  documents  insérés  dans  les  lettres  curiales  de  la  qua- 
trième année,  il  a  été  amené,  pour  donner  au  missionnaire  le  temps  d'aller  de 
Karak  au  Caire,  à  supposer  une  erreur  de  date  dans  la  traduction  latine  de 
cette  lettre  arabe  dont  l'original  est  perdu;  mais  cette  lettre,  à  mon  avis,  a  été 
écrite  non  par  le  sultan  d'Egypte,  mais  par  Fakhru-'d-Dïn  Yusuf,  et  dans  la 
région  de  Karak  (cl',  supra,  p.  [30]),  et  la  date  nous  en  a  éti-  conservée  exacte- 
ment. 

[145 


8  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

proposé  de  rapporter  à  la  mission  d'André  de  Longjumeau  les 
cinq  lettres  des  prélats  orientaux  et  les  six  documents  éma- 
nant des  princes  arabes  de  Syrie  qui  se  suivent  parmi  les  lettres 
curiales  de  la  quatrième  année.  Il  importe  donc  de  voir  si  mes 
solutions  peuvent  résister  aux  objections  de  M^'  Tisserant. 

Je  dois  immédiatement  dire  que  M^'  Tisserant  ne  maintient 
ses  objections  qu'en  partie.  A  la  suite  de  la  publication  des 
deux  premières  sections  du  présent  chapitre,  il  a  bien  voulu 
m'écrire,  le  31  août  1926,  qu'il  renonçait  à  son  hypothèse  sur 
Dominique  d'Aragon,  et  admettait  désormais  que  c'était  le 
Dominicain  André  de  Longjumeau  qui  avait  rapporté  aussi 
bien  les  cinq  lettres  des  prélats  orientaux  que  les  documents 
émanant  des  princes  arabes  de  Baalbek  et  de  Homs:  mais 
il  lui  paraissait  difficile,  pour  des  raisons  d'itinéraire  et  de 
saison,  de  donner  la  même  origine  aux  «  lettres  de  Damas, 
Kérak,  etc.  ». 

Voici  les  remarques  que  me  soumet  M^'"  Tisserant  dans  sa 
lettre  du  31  août  192G  (1)  :  «  Ce  qui  me  gêne  toujours,  c'est 
la  géographie  :  vous  supposez  que  la  mission  est  passée  de 
Kérak  en  Haute-Mésopotamie,  à  travers  le  désert  évidemment, 
puisqu'il  s'agit  d'échapper  à  la  surveillance  des  émirs  arabes, 
qui  ne  veulent  pas  favoriser  un  passage  vers  les  Mongols. 
Mais  j'ai  voyagé  avec  les  PP.  Jaussen  et  Savignac  dans  cette 
région  au  Nord-Est  de  Kérak,  —  où  l'on  passe  maintenant 
en  automobile  pour  faire  Jérusalem-Bagdad,  —  mais  pour  y 
aller,  nous  avons  dû  choisir  le  printemps,  afin  de  trouver  de 
temps  en  temps  de  l'eau  de  pluie  conservée  dans  quelques 
trous.  Les  troupeaux  n'y  passent  qu  a  cette  saison-là,  et  nous 
sommes  restés  onze  jours  sans  nous  laver,  ayant  dans  nos 
outres  une  maigre  ration  pour  l'usage  indispensable.  Mais 
André  s'y  serait  trouvé  au  plus  fort  de  la  sécheresse,  en  fin 
avril!  Je  vous  avoue  que  cela  me  parait  tout  à  fait  invraisem- 
blable, tandis  qu'il  n'aurait  pas  eu  de  difficulté,  semble-t-iL 


(1)  Ms' Tisserant  m"a  exposé  ses  objections  dans  une  lettre  privée;  j"cn  fais 
état  à  raison  de  leur  importance  même,  mais  il  va  sans  dire  que  M''  Tisserant 
serait  peut-être  arrivé  sur  quelques  points  à  des  conclusions  un  peu  différentes 
s'il  avait  entendu  publier  une  note  spéciale  sur  la  question;  ses  objections  ne 
l'engagent  pas. 

[146] 


LES  MONGOLS  ET  LA  PAPAUTÉ.  9 

à  se  rendre  sur  l'Euphrate,  comme  Dominique,  qui  est  allé 
à  Hrom-Kla  en  1245-1246,  et  de  là  il  aurait  pu  atteindre  les 
Mongols. 

«  Le  groupement  des  pièces  dans  le  registre  ne  me  paraît 
pas  d'ailleurs  une  raison  absolue  de  croire  à  leur  arrivée  simul- 
tanée. N'oublions  pas  que  le  registre  ne  contient  en  prim-ipe 
que  les  lettres  envoyées  par  la  Curie.  En  fait,  je  ne  crois  pas 
qu'il  y  ait  beaucoup  d'exceptions;  ces  lettres  peuvent  n'avoir 
été  groupées  que  parce  qu'elles  auront  été  traduites  en  même 
temps.  Mathieu  de  Paris  montre  qu'il  y  avait  des  traducteurs 
en  curie.  Le  pape  aura  ordonné  de  les  enregistrer  aux  fins  de 
conservation,  soit  quand  on  lui  aura  présenté  les  traductions, 
soit  même  après  qu'il  aura  eu  fini  d'en  faire  usage  pour  son 
profit  personnel,  ou  après  avoir  donné  ses  ordres  pour  les 
réponses...  » 

Pour  la  clarté  de  ma  discussion,  j'examinerai  d'abord  le 
second  paragraphe  de  cette  lettre.  M"''  Tisserant,  comme  je  l'ai 
dit  plus  haut,  voudrait  dissocier  les  documents  provenant  des 
princes  arabes,  et,  tout  en  attribuant  à  la  mission  d'André  de 
Longjumeau  les  cinq  lettres  des  chrétiens  orientaux  et  les 
quatre  documents  des  princes  arabes  de  Baalbek  et  de  lloms. 
laisser  à  d'autres  les  «  lettres  de  Damas,  Kérak,  etc.  ».  Par  cet 
«  etc.  »,  M^  Tisserant  entend  évidemment  la  lettre  des  6- 
13  août  1246  que  le  P.  Golubovich  attribuait  au  sultan  d'Egypte; 
mais  j'ai  déjà  rappelé  que  cette  lettre  n'émane  pas  de  lui,  mais 
d'un  de  ses  lieutenants,  et  a  dû  être  écrite  dans  la  région  de 
Karak,  comme  celle  de  même  date  due  au  prince  de  Karak 
lui-même;  il  est  donc  naturel  que  les  deux  documents  aient 
été  remis  aux  mêmes  gens.  Quant  à  la  lettre  de  «  Damas  »,  on 
a  vu  qu'elle  provenait  en  réalité  du  Caire.  Il  est  hors  de  ques- 
tion qu'André  de  Longjumeau  l'ait  rapportée,  mais  précisément 
elle  se  trouve  non  pas  dans  la  série  consécutive  des  six  docu- 
ments émanant  des  princes  arabes  de  Syrie  et  des  cinq  lettres 
des  chrétiens  orientaux  enregistrés  parmi  les  lettres  curiales 
de  la  quatrième  année,  mais  à  part  et  conformément  à  sa  date, 
c'est-à-dire  parmi  les  lettres  curiales  de  la  troisième  année. 
Quelles  que  soient  les  possibilités  théoriques  justement  exposées 
parM^'  Tisserant,  puisque  nous  trouvons,  les  uns  à  la  suite  des 

[147] 


10  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

autres,  six  documents  provenant  des  princes  arabes  de  Syrie 
et  cinq  documents  provenant  des  chrétiens  orientaux,  tous  de 
1245  et  1246,  mais  tous  enregistrés  seulement  parmi  des  lettres 
curiales  du  milieu  de  1217,  et  que  d'autre  part  M*""  ïisserant 
admet  maintenant  avec  moi  que  quatre  des  documents  des 
princes  arabes  et  les  cinq  lettres  des  chrétiens  orientaux  ont  été 
rapportés  par  André  de  Longjumeau,  revenu  à  Rome  au 
milieu  de  1247,  il  apparaîtra  extrêmement  probable  que  les 
deux  derniers  des  onze  documents,  les  deux  lettres  écrites  entre 
le  0  et  le  15  août  1246  dans  la  région  de  Karak,  proviennent 
également  de  la  même  mission. 

Reste  la  question  d'itinéraire.  M'^'"'  Tisserant  estime  qu'André 
de  Longjumeau  aurait  eu  plus  facile  de  se  rendre  par  exemple 
à  Hrom-Kla  sur  l'Euphrate,  comme  le  fit  Dominique  d'Aragon 
en  1245-1246,  pour  de  là  gagner  à  l'Est  la  région  occupée  par 
les  Mongols.  Mais  nous  avons  lieu  de  penser  que  le  passage 
chez  les  Mongols  —  chez  qui  Dominique  d'Aragon  ne  se  rendit 
pas  —  n'était  pas  si  aisé  puisque  la  mission  d'Ascelin,  partie 
de  Lyon  dès  mars  ou  au  plus  tard  juillet  1245,  n'arriva  au 
camp  mongol  de  la  Transcaueasie  orientale  qu'en  mai  1247, 
après  être  allée  faire  le  détour  de  Tillis.  Reste  l'oljjection  de  la 
traversée  du  désert  de  Syrie  en  plein  été,  en  allant  de  la  Mer 
Morte  au  Nord-Est  vers  la  haute  xMésopotamie.  Les  objections 
de  M*-''  Tisserant  à  un  tel  voyage,  basées  sur  une  expérience 
personnelle  de  la  région,  ont  une  force  qui  me  paraît  pro- 
bante, mais  il  n'est  pas  nécessaire  (cf.  supra,  p.  40)  que  le  voyage 
d'André  de  Longjumeau  se  soit  ainsi  effectué  à  travers  le  désert. 
La  mission  tenta  d'abord  le  passage  par  Baalbek,  où  elle  essuya 
un  refus;  envoyée  de  là  à  Homs,  elle  ne  réussit  pas  davantage. 
Si  les  deux  lettres  de  Karak  proviennent  de  la  même  mission, 
comme  j'en  suis  convaincu,  nous  devons  admettre  qu'André 
de  Longjumeau  se  rendit  alors  jusqu'au  Sud  de  la  Mer  Morte. 
Mais  il  a  très  bien  pu  voir  que,  par  suite  de  la  saison,  la  tra- 
versée du  désert  y  était  impossible  et  remonter  vers  le  nord 
pour  une  nouvelle  tentative.  Le  fait  certain  est  que,  ici  ou  là, 
il  finit  par  passer,  puisque  nous  le  retrouvons  ensuite  à  Mos- 
soul  et  à  Tauriz. 

Je  n'aurais  pas  à  revenir  plus  longuement  sur  ce  voyage  de 

[143] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  II 

r215-r217  si  je  n'avais  commis,  dans  les  calculs  d'itinéraires, 
un  fâcheux  lapsus  dont  je  me  suis  aperçu  bien  vite,  mais  mal- 
heureusement après  que  mon  travail  avait  paru. 

Nous  savons  par  Mathieu  de  Paris  qu'André  de  Longjumeau 
comptait  dix  jours  de  route  d'Acre  à  Antioche;  deux  jours 
d'Antioche  à  Alep;  seize  jours  d'Alep  à  Ninive  (=  Mossoul)  ; 
dix-sept  jours  de  Mossoul  à  Tauriz;  soit  au  total  45  jours; 
comme  je  l'ai  indiqué  (p.  [09]),  c'est  là  la  route  qu'André  de 
Longjumeau  suivit  à  son  voyage  de  retour,  donc  en  sens  inverse. 
Par  ailleurs,  Vincent  de  Beauvais,  dans  ses  emprunts  à  la  rela- 
tion de  Simon  de  Saint-Quentin,  nous  a  conservé  l'indication 
qu'en  1247  la  mission  d'Ascelin  comptait  59  jours  de  route 
entre  le  camp  mongol  de  «  Sitiens  »  et  Acre;  comme  la  mission 
d'Ascelin  passa  au  retour  par  Tauriz  et  que  c'est  là  sûrement 
son  itinéraire  de  retour,  les  14  jours  de  différence  représentent 
en  gros  la  distance  entre  Tauriz  et  Sitiens;  c'est  ce  que  j'ai  dit 
correctement  p.  [132].  Mais  à  la  p.  [104],  quand  j'indiquais  les 
raisons  qui  doivent  nous  faire  identifier  «  Sitiens  »  au  Sisian  du 
voyage  du  roi  d'Arménie  Hethum  1''' en  1251-1255,  j'ai  dit  par 
inadvertance  qu'il  restait  24  jours  de  différence  (au  lieu  de  14) 
pour  la  distance  entre  Tauriz  et  «  Sitiens  »  et  les  ai  mis  en  paral- 
lèle avec  les  26  jours  que  Hethum  P"^  mit  pour  aller  de  Tauriz  à 
Sisian.  Comme  l'identité  de  «  Sitiens  »  et  de  Sisian  ne  me 
paraît  pas  douteuse,  il  faut  trouver  quelque  explication  à  cette 
divergence  entre  14  et  26.  Une  première  hypothèse  serait 
d'admettre  que  la  mission  d'Ascelin  a  compté  dix  ou  douze 
étapes  en  moins  entre  Tauriz  et  Acre  que  ne  l'avait  fait  André 
de  Longjumeau;  une  autre  consisterait  à  supposer  que  chez 
Vincent  de  Beauvais  «  LIX  »  est  fautif  pour  «  LXIX  ».  Mais  ce 
n'est  ni  à  l'une  ni  à  l'autre  de  ces  solutions  que  j'incline  actuel- 
lement. Bien  que  «  Sitiens  »  ou  «  Sisian  »  ne  soit  pas  identifié 
expressément,  il  n'est  pas  douteux  que  ce  camp  de  Baiju  se 
soit  trouvé  dans  la  partie  orientale  de  la  Transcaucasie  et  au 
Nord  de  l'Araxe.  Où  qu'on  le  situe  dans  cette  région,  la  dis- 
tance entre  Tauriz  et  Sitiens  ne  peut  être  supérieure  à  celle 
entre  Alep  et  Mossoul  ou  entre  Mossoul  et  Tauriz.  Je  croirais 
donc  volontiers  que  c'est  dans  l'itinéraire  arménien  qu'une 
erreur  s'est  glissée  et  que  les   «   vingt-six    »  jours   indiqués 

[149] 


12  REVUE    DE    l'ORIEXT    CHRÉTIEX. 

entre  ïauriz  et  Sisian  par  le  récit  du  voyage  de  Hethiim  P^ 
sont  à  corriger  en  «  seize  »  jours  (1). 


André  de  Longjumeau  était  revenu  de  cette  mission  au 
printemps  ou  au  plus  tard  au  commencement  de  Tété  de 
1247  (2).  Mais  il  ne  resta  pas  longtemps  dans  l'entourage 
d'Innocent  IV  à  Lyon,  ni  même  en  France.  Saint  Louis  avait 


(1)  On  pourrait  aussi  se  de^nauder  si  le  roi  d'Arménie,  avec  sa  caravane. 
n'a  pas  voj'agé  plus  lentement  que  les  missionnaires.  Ce  l'ut  le  -cas  en  Mongolie 
où  il  mit  deux  fois  plus  de  temps  pour  aller  de  la  Volga  à  Karakorum  (jue 
Guillaume  de  Rubrouck  n'en  mit,  au  même  moment,  pour  faire  le  même  trajet 
en  sens  inverse. 

(2)  D'après  Mathieu  de  Paris  (Chronica  Majora,  iv,  607-608),  saint  Louis  aurait 
reçu,  vers  le  carême  de  1247,  donc  en  février-mars,  un  message  du  ■■  roi 
des  Tartares  »,  lui  enjoignant  de  se  soumettre.  Ce  texte  ne  se  laisse  pas  expli- 
quer facilement.  Abel  Rémusat,  qui  a  attiré  l'attention  sur  lui  (  Mémoires  sur 
tes  relaliuns  politiques,  42-43),  se  demandait  s'il  ne  s'agissait  pas  d'une  lettre. de 
Baiju.  Mais  Baiju  ne  fut  approché  que  par  la  mission  d'Ascelin,  qui  arriva  à 
.son  camp  le  24  mai  1247,  pour  y  rester  jusqu'au  25  juillet  et  ne  rentrer  en 
Europe  que  dans  l'été  de  1248.  Par  ailleurs  Plan  Carpin  serait,  lui  aussi,  hors 
de  cause  à  pareille  date;  il  était  encore  à  Cologne  le  4  octobre  1247.  Enfin  André 
de  Longjumeau,  même  si  on  veut  le  l'aire  revenir  dès  le  carême  de  1247,  n'a 
pas  dû  dépasser  Tauriz,  n'a  pas  vu  Baiju,  et  ne  semble  aucunement  avoir  rap- 
porté des  lettres  des  Mongols  soit  pour  le  pape,  soit  pour  le  roi.  Mathieu  de 
Paris,  malgré  les  détails  qu'il  donne  sur  l'attitude  ([u'eut  alors  saint  Louis, 
n'était  d'ailleurs  pas  sur  de  son  fait  («  circa  quadragesiinam  »,  «  uidicebalur  »). 
Le  plus  simple  est  peut-être  de  supposer  une  erreur  d'un  an  chez  Mathieu  de- 
Paris  et  d'admettre  que  'c'est  au  début  de  1248,  vers  le  carême  (pii  va  cette 
année-là  du  10  mars  au  19  avril,  que  saint  Louis  s'occupa  d'une  lettre  du  ■<  roi  des 
Tartares  ■>  ;  il  s'agirait  alors  de  la  lettre  de  Gi'iyiik  du  11  novembre  1246.  On  a 
Yu  (pp.  [11,  12,  16,  18])  que  cette  lettre  était  un  ordre  de  soumission  non  seule- 
ment pour  le  pape,  mais  pour  les  rois.  Or  Plan  Carpin  a  été  envoj'é  à  saint 
Louis  par  Innocent  IV  au  début  de  1248;  il  était  à  Sens  au  mois  de  mars  (cf. 
supra,  p.  11);  peut-être  est-ce  à  cette  occasion  que,  mis  directement  par  lui  au 
fait  (le  la  lettre  de  Giiyi'ik  et  des  prétentions  des  Mongols,  saint  Louis  en  délibéra 
ensuite  avec  ses  conseillers.  En  tout  cas,  le  résumé  que  Mathieu  de  Paris  donne- 
de  la  lettre  du  «  roi  des  Tartares  »  cadre  très  bien  avec  le  contenu  de  la  lettre 
de  Gi'iyiik.  Rohricht  (Reg.  Regni  HierosoL,  p.  315)  n'a  su  que  faire  du  paragra- 
lihe  de  Mathieu  de  Paris.  Sur  la  mission  de  Plan  Carpin  à  Paris  au  début  de 
1218,  cf.  Elle  Berger,  Saint  Louis  et  Innoccni  IV,  dans  Reg.  d'Innocent  II', 
C.XXVI-CXXVII  (ou  éd.  à  part  in-8,  172-173);  Umihski,  Mebezpieczeûstwo,  133- 
139;  A.  Batton,  Wilhelm  von  Rubruk,  Mïuister,  1921,  in-8,  p.  19;  aussi  Sinica- 
Franciscana,  I,  5,  n.  10.  11  n'y  a  pas  de  raison  de  supposer  avec  Rockhill  [Rubruck,. 
xxvi)  que  Benoît  de  Pologne  soit  venu  à  Paris  également. 

[150] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  13 

pris  la  croix  en  1244;  la  croisade  était  prêchée  en  France 
depuis  1245;  enfin,  le  roi  s'embarquait  à  Aigues-Mortes,  le 
25  août  1248,  mettait  à  la  voile  le  28  août  et  débarquait  à 
Limassol  de  Chypre  le  17  septembre.  Lui  et  le  roi  Henri  P'" 
de  Lusignan  s'établirent  à  Nicosie;  il  ne  devait  en  repartir, 
pour  l'Egypte,  que  le  13  mai  1249.  C'est  pendant  ce  séjour 
du  roi  de  France  en  Chypre  que  nous  entendons  à  nouveau 
parler  d'André  de  Longjumeau.  Nous  sommes  surtout  ren- 
seignés sur  les  événements  auxquels  il  fut  alors  mêlé  par 
Joinville,  la  lettre  d'Odon  de  Chàteauroux  au  pape  du  31  mars 
124Î),  la  lettre  de  Jean  Sarrasin  à  Nicolas  Arrode  du 
23  juin  1249,  Vincent  de  Beauvais,  Mathieu  de  Paris,  Guil- 
laume de  Nangis  et  les  Grandes  chroniques  de  France. 

Le  saint  roi  était  depuis  trois  mois  à  Nicosie  quand,  le 
14  décembre  1248,  des  envoyés  des  Mongols,  vrais  ou  sup- 
posés, débarquèrent  à  Cérines,  sur  la  côte  septentrionale  de 
l'île,  et  entrèrent  à  Nicosie  le  19  décembre;  le  dimanche  20, 
ils  furent  reçus  par  saint  Louis,  à  qui  ils  remirent  une  lettre 
de  leur  maître;  le  même  jour,  le  roi  les  interrogea  longue- 
ment, entouré  de  son  conseil,  du  légat  Odon  de  Chàteauroux 
€t  de  quelques  prélats  (1).  Beaucoup  d'érudits  ont  considéré 
l'ambassade  comme  une  imposture,  en  partie  sous  l'intluence 
de  ce  que  Mongka déclara  en  1251  à  Guillaume  de  Rubrouck; 
Abel  Rémusat,  tout  en  admettant  que  l'ambassade  fut  réelle, 
pensait  que  la  lettre  remise  par  les  envoyés  était  de  leur 
fabrication.  Nous  devons  donc  y  regardei'  d'un  peu  près. 

Il  y  avait  deux  envoyés  des  Mongols,  et  leurs  noms  sont 
donnés  dans  la  traduction  qui  fut  faite  immédiatement  de 4a 

(1)  Ces  détails  ne  sont  donnés  que  par  la  lettre  d'Odou  de  Chàteauroux  au 
pape,  datée  du  31  mars  R'I'»  (sur  cette  date,  cf.  supra,  p.  [130];  la  date  est  déjà 
indi(|uée  correctement  dans  Le  >iain  de  Tillemont,  \'ie  de  saint  Louis,  III,  225, 
dans  Zarncke,  Der  Priester  Johannes,  78,  et  dans  Rohricht,  Regésla  Regni  Hiero- 
solijmitani,  p.  308);  on  ne  connaît  cette  lettre  que  par  un  seul  manuscrit,  qui  a 
appartenu  à  Baluze,  BN.,  Lat.  37C8,  ff.  76  v°-81  r°;  je  cite  la  lettre  d'après 
l'édition  de  d'Achery,  Spicilegium,  2°  éd.,  III  [1723],  624-628,  mais  l'ai  colla- 
tionnée  sur  le  manuscrit.  Les  autres  sources  disent  seulement  que  les  envoyés 
mongols  arrivèrent  vers  Noèl.  Abel  Rémusat  (Mémoires  sur  les  relations,  46)  a 
<-ont'ondu  le  débarquement  à  Cérines  et  l'entrée  à  Nicosie  quand  il  dit  qu'Odon 
de  Chàteauroux  fixe  le  débarquement  au  19  décembre.  Howorth  (ni,  77)  a  suivi 
Rémusat. 

[151] 


1-1  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

lettre  qu'ils  apportaient.  Dans  notre  manuscrit  unique  de  la 
lettre  d'Odon  de  Châteauroux,  oii  cette  traduction  a  été  incor- 
porée, le  premier  d'entre  eux  est  qualifié  de  nuntius  jkleUs 
nosier  vir  venerabilis,  et  appelé  «  Sabeldin  Monfac  David  »; 
l'autre  est  appelé  «  Marchus  »  ;  tous  deux  se  dirent  chrétiens 
et  originaires  d'un  village  situé  à  deux  jours  de  «  Moyssac 
sive  Mussula  (=  Mossoul)  »  (1).  Nos  autres  sources  remontent 
toutes  soit  à  la  lettre  d'Odon  de  Châteauroux,  soit  à  la  traduc- 
tion de  la  lettre  que  saint  Louis  avait  transmise  à  la  reine 
Blanche  (2).    On  a  ainsi   «  Sabeldim.  Mousfat  David  »  chez 

(1)  C'est  par  suite  de  virgules  introduites  à  tort  entre  les  trois  éléments  du 
nom  du  premier  envoyé  que  certains  auteurs  (par  exemple  Kiiliricht.  Kleine 
Studien  zur  Gesch.  (1er  Kreuzzuge,  p.  26;  Gesch.  d.  A'oniijreichs  Jérusalem,  817  : 
Altaner,  132)  ont  parlé  de  quatre  envoyés  mongols;  Zarncke  (Der  Priesler  Johan- 
nes,  79)  avait  du  moins  hésité;  le  P.  Batton  (Wilhem  von  Rubruk,  12)  est  for- 
mel en  faveur  de  deux  envoyés  seulement.  Bien  qu'ils  aient  eu  naturellement 
des  compagnons,  la  désignation  de  deux  envoyés  en  titre  est  conforme  à  ce 
que  nous  avons  vu  pour  Aï-bag  et  Stirgis  qui  furent  envoyés  à  Rome  par  Baiju 
avec  Ascelin  (cf.  supra,  p.  131).  Le  <•  ftloyssac  sive  Mussula  »  se  retrouve  cliez 
Vincent  de  Beauvais,  xxxii,  93,  et  devait  donc  bien  figurer  dans  le  procès-verbal 
de  cet  entretien  qui  fut  rédigé  sur  le  moment.  [Il  est  à  nouveau  question  de 
quatre  envoyés  mongols  dans  Giovanni  Soranzo,  Il  Papalo,  VEuropa  cristiana 
e  l  Tarlari,  Milan,  1930,  in-8,  p.  129.  Ce  gros  ouvrage  a  paru  pendant  l'impres- 
sion du  présent  chapitre;  je  ne  puis  l'utiliser  que  dans  quelques  additions 
mises  entre  crochets.] 

(2)  11  n'est  pas  facile,  sans  procéder  à  des  recherches  minutieuses  sur  les 
sources  de  chaque  ouvrage,  de  déterminer  s'ils  doivent  le  texte  de  la  lettre  du 
"  roi  des  Tartares  ■•  directement  ou  indirectement  à  la  lettre  d'Odon  de  Châ- 
teauroux ou  à  la  copie  envoyée  à  la,  reine  Blanche.  Comme,  en  reproduisant 
cette  lettre  et  celle  du  connétable  Sembat,  Vincent  de  Beauvais  (xxxn,  91)  men- 
tionne expressément  l'envoi  qui  en  fut  fait  à  Innocent  IV  par  Odon  de  Châ- 
teauroux, il  est  bien  probable  que  c'est  chez  Odon  qu'il  les  a  recueillies;  les 
deux  textes,  tous  deux  en  latin,  sont  d'ailleurs  à  peu  près  identiques.  Et  c'est 
bien  vraisemblablement  chez  Vincent  de  Beauvais  que  Guillaume  de  Kangis  a 
puisé.  La  version  française  des  Grandes  chroniques  remonterait  également  au 
texte  latin  de  Vincent  de  Beauvais.  Par  contre,  le  texte  français,  très  différent 
comme  rédaction,  qui  a  été  conservé  par  Blathieu  de  Paris  représenterait  la 
version  envoyée  à  la  reine  Blanche;  Vincent  de  Beauvais  parle  de  cet  envoi  à 
deux  reprises  (xxxn.  90  et  94);  d'après  lui  comme,  après  lui,  d'après  les 
Grandes  chroniques,  la  version  envoyée  à  la  reine  Blanche  était  en  latin  et 
non  en  français;  la  traduction  française  que  nous  connaissons  par  Mathieu  de 
Paris  aurait  en  ce  cas  été  exécutée  en  France.  Vincent  de  Beauvais  (xxxn,  91) 
nous  apprend  en  outre  que  saint  Louis  avait  envoyé,  sons  son  contreseing,  la 
lettre  du  •  roi  des  Tartares  »  à  la  reine  Blanche  en  la  joignant  à  la  copie  de 
la  lettre  écrite  par  André  de  Longjumeau  au  début  de  son  ambassade.  Ceci 
nous  met,  comme  on  le  verra,  au  milieu  de  mars  1249,  et  il  est  par  suite  vrai- 

[152] 


LES    MONGOLS. ET    LA    PAPAUTÉ.  15 

Vincent  de  Beauvais  (xxxii,  01)  (It;  «  Sabeldim  Mouffath 
David  »  chez  Guillaume  de  Nangis  {Rec.  des  Hisi.,  xx,  360)  (2)  ; 
«  Saphadin  Mephat  Davi  »  dans  les  Additamenta  des 
Chronica  Majora  de  Mathieu  de  Paris  (éd.  Luard,  vi,  164)  (3); 
«  Salbotum  Monfat  David  »  (var.  «  Salbotam  Monfath  David  ») 
dans  les  Ann.  S.  Rudberti  Salisburçj.  [MGH,  SS,  w,  790)  ; 
«  David,  Marc  et  Olphac  »  dans  les  Grandes  chroniques 
de  France  (iv,  iO."»)  (4),  parfois  «  Marc  et  Alphac  »  (5). 
Le  premier  élément  est  presque  sûrement  Saîfu-'d-Din,  et 
le  nom  complet  me  parait  être  Saîfu-'d-Din  Muzaffar  Daiid, 
«  le  Sabre  de  la  Foi,  le  Victorieux,  David  »;  il  s'agit  d'un 
clirétien  nestorien  de  langue  arabe,  originaire  de  la  région 
de  Mossoul  (6).  Son   coreligionnaire  et  compatriote   «  Mar- 

somblable  que  l'envoi  de  saint  Louis  à  la  reine  Blanche  soit  parti  en  même 
temps  que  la  lettre  (FOdon  de  Chàteauroux  au  pape,  qui  est  du  31  mars  1249; 
c'est  d'ailleurs  la  conclusion  à  laquelle  avait  déjà  abouti  Le  Nain  de  Tillemont, 
I  "u;  de  saint  Louis,  lu,  2'28. 

(1)  Ed.  de  Nuremberg  de  1483  :  «  Sabeldini  Monsfat  Dauid  »;  mss.  Lat.  4898: 
■•  Sabeldini  Mosfat  Dauid  »;  mss.  Lat.  4900  :  «  Sabeldim  Mousfat  Dauid  ■•. 
"  Sabeldini  •>  est  évidemment  fautif  pour  «  Sabeldim  »,  et  le  -m  est  sorti  d'une 
abréviation  qui  pouvait  se  restituer  en  -m  ou  -n.  ><  Mosfat  >•  est  vraisembla- 
lilement  pour  «  Mosfat  ■■  (=  Monsfat),  et  Monsfat  fautif  pour  Mousfat.  1!  en  est 
lie  même  pour  ■■  Sabeldim  Mouffat  David  »  de  la  Chronique  de  Zantniet  (Mar- 
i(''ne,  Vcl.  script,  arnpl.  cuil.,  v,  86-87),  pour  ■•  Sabejdim  .Monffat  David  •■  de 
Rinaldi  (s.  a.  1248.  n"  31),  et  avant  lui  pour  le  «  Sabeldi  Môstrat  Dauid  »  de 
saint  Antonin  (p.  l^>9). 

(2)  «  Sabeldin  Moufat  David  -  et  ■<  Sabedin  Moriffat  David  »  dans  la  version 
{vàui-aisQ  {ibicL,  xx,  3tjl):  ■■  Moriffat  •  parait  altéré  de  «  Monsfat  ». 

(3)  Mathieu  de  Paris  utilisait  une  copie  de  la  traduction  française;  la  reine 
Blanche  avait  vraisemblablement  joint  cette  copie  à  la  lettre  qu'elle  écrivit  au  roi 
d'.Vugleterre  en  1249  pour  lui  annoncer  la  prise  de  Damiette  et  dont  Mathieu  de 
Paris  donne  le  texte  en  latin.  C'est  peut-être  par  suite  de  cette  circonstance  que 
.Mathieu  de  Paris  a  cru  que  les  envoyés  des  Mongols  s'étaient  présentés  devant 
saint  Louis  à  Damiette  (v,  87);  mais  en  ce  cas,  comme  cette  erreur  se  retrouve 
chez  Thomas  de  Cantimpré  [Bonum  univ.  de  apibus,  Douai,  1627,  525),  celui-ci 
la  devrait,  directement  ou  indirectement,  à  Mathieu  de  Paris,  et  la  chronologie 
ne  le  rend  pas  très  vraisemblable;  il  est  également  possible  que  la  confusion 
provienne  de  la  lettre  de  Jean  Sarrasin  mal  comprise. 

(4)  C'est  «  Jlousfat  ■•  qui,  déplacé,  a  donné  le  pseudo-nom  «  Olphac  ». 

(5)  Cf.  Abel  Rémusat,  Mém.  sur  les  relations,  165;  ici  le  nom  de  «  David  -  a 
tout  à  fait  disparu. 

(0)  Pour  «  Saïfu-'d-  Dîn  •>  rendu  par  -  Sabeddin  ■■  ou  ■■  Saphadin  ■■,  cf.  la 
forme  «  Safadin  ••  adoptée  par  les  Ci-oisés  pour  ce  même  nom  quand  ils  parlent 
du  frère  de  Saladiu.  In  chrétien  «  Sabadin  »  accompagna  Bar-Çauma  en 
Europe  en  1287-1288  (cf.  Chabot,  Hisi.  de  Mar  Jabaiaha  III,  à  l'index,  p.  274). 

[1531 


16  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

chus  »  OU  «  Marcus  »  est  naturellement  un  Markus,  Marc(l). 
Le  nom  du  «  roi  des  Tartares  »  qui  avait  envoyé  David 
et  Marc  est  orthographié  de  manières  assez  différentes  dans 
les  manuscrits  des  mêmes  auteurs.  La  lettre  d'Odon  de 
Châteauroux  donne  successivement  «^  Erchalchai  »,  «  Archel- 
can  »,  «  Elchalchai  »  «  Elchelchai  »  et  «  Elchelcai  »  (2).  Les 
manuscrits  de  Vincent  de  Beauvais  vont  de  «  Ercalthay  »  à 
«  Elcheltay  »,  mais  les  orthographes  à  -r-  comme  seconde 
lettre  sont  prédominantes  (3).  Guillaume  de  Nangis  écrit 
<(  Ercalthay  ».  Paulin  Paris,  dans  les  Grandes  c/ironiques,  a 
indiqué  partout  «  Eschartay  »,  sans  citer  de  variantes. 
Mathieu  de  Paris  a  «  Achatay  ».  On  trouve  «  Elcheltay  »  dans 
la  lettre  de  Jean  Sarrasin.  Je  ne  doute  pas  qu'il  faille  lire 
«  Elcheltay  »  partout,  et,  comme  on  Ta  reconnu  depuis  long- 
temps, nous  avons  là  une  transcription  du  nom  d'Âljigidai  ou 
Eljigidai   (1),  c'est-à-dire   du  même    personnage  dont   nous 

Un  autre  •<  Sabaclin  >■  apparaît  dans  un  docuineiit  (le  1358  [L'Armeno  \'ciictu, 
Venise,  1893,  in-8,  p.  158).  Jusqu'en  1758,  on  trouve  la  mention  d'un  «  scribe 
Sabarlin  »  («  Sabadin  Catip  »),  dans  /  Uhfi  commcmoriali,  ii,  288  (BN.,  1"  K 
-2o).  On  pourrait  multiplier  ces  exemples.  Le  nom  île  Safï-ud-Dïn,  auq.itl  on 
pourrait  aussi  songer  comme  original  de  «  Sabeldin  »  etc.,  est  beaucoup  moins 
usuel  que  SaTl'u-'d-Dïn.  [M.  Soranzo,  Il  Papalo,  pp.  128  et  599,  dit  que  David 
était  probablement  un  •■  hébreu  de  Syrie  »  ;  tout  prouve  au  contraire  que  c'était 
un  ciirétien.] 

(1)  Le  «  Martinum  ■■  dos  Ann.  S.  IluJb.  Salis/j.  (cf.  Batton,  ]\'ifJielm  von 
Piubmk,  12)  n'est  qu'une  altération  graphique. 

(2)  Telles  sont  les  leçons  du  manuscrit.  D'Achery  a  imprimé,  au  lieu  de  la 
seconde  et  de  la  troisième  l'orme,  •■  Archelchai  ■•  et  ■•  Erchalchai  ».  Pour  la 
quatrième  forme,  d'Achery  a  imprimé  à  tort  «  Erchelciiai  ».  Enfin  il  donne 
•ensuite  un  ■•  Elchelchai  »  là  où  le  mss.  a  «  Elchelcai  ». 

(3)  La  chronique  de  Zanttliet,  qui  dépend  ici  de  Vincent  de  Beauvais,  a  suc- 
cessivement Ercheltay  et  Elcheltay  (.AIartèn(>  et  Durand,  Velcr.  script,  ampl. 
culL,  V,  86-87). 

(4)  Il  3'  a  eu  cepandant  des  exceptions,  même  à  une  époque  récente.  Au 
.wm"  siècle,  Assemani  voyait  dans  Ercalthay  le  ministre  Qadaq  (cf.  infra,  p.  201). 
M.  Uminski  (p.  117)  a  rappelé  que  le  même  Ercalthay  est  identifié  à  Aryun- 
aya  par  Kidb,  à  Sartaq  par  De  Giibernatis,  à  un  «    khan   persai  Erchaltai   ■■ 

.par  ;M.  Schlager  {Mongolenfalirien,  44),  et  que  M.  L.  Bréhier  {L'Église  cl 
rOrienl...,^  Les  croisades'^,  22i)  a  cru  que  l'ambassade  de  David  apportait  à 
saint  Louis  •■  des  lettres  du  Grand  khan  Gouyouk  •-.  Ridiricht  [Ktcine  Sludien 
zur  Gesc/iichle  der  Kremzûge,  Berlin,  1890,  in-4.  p.  IG),  tout  en  sachant  bien 
que  l'ambassade  était  envoyée  par  Aljigidili,  a  cru  que  la  lettre  qu'elle  apportait 
■était  due  à  Giiyfik.  Je  ne  puis  m'expliquer  cette  erreur,  comme  celle  de 
.Al.  Bréhier,  que  par  une  interprétation  inexiicto  du  préamljule  de  la  lettre.  Léon 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  17 

avons  rencontré  le  nom  chez  Vincent  de  Beauvais  sous  la 
forme  Angutha  à  propos  de  la  mission  d'Ascelin  (cf.  supra, 
p.  [117])  et  qui  était  arrivé  au  camp  de  Baiju  dans  la  Tran's- 
caucasie  orientale  le  17  juillet  1247.  Son  ambassade,  puisqu'elle 
débarqua  à  Cérines,  venait  probablement  par  le  j^'olfe  d'Alexan- 
drette  et  non  par  Antioche. 

Saint  Louis  avait  débarqué  à  Limassol  le  17  septembre  1248 
et  l'ambassade  prenait  terre  à,  Cérines  le  11  décembre.  Ainsi, 
en  moins  de  trois  mois,  non  seulement  la  nouvelle  de  l'ar- 
rivée de  saint  Louis  serait  parvenue  sur  le  continent  et  aurait 
franchi  les  50  jours  de  route  que  les  itinéraires  d'André  de 
Longjumeau  et  d'Ascelin  nous  amènent  à  compter  entre  la 
côte  et  le  camp  mongol  de  Transcaucasie,  mais  Àljigidiu  aurait 
eu  le  temps  de  décider  une  ambassade  et  de  la  faire  partir, 
et  cette  ambassade,  outre  la  route  jusqu'à  la  côte,  aurait  tra- 
versé le  bras  de  mer  qui  sépare  Chypre  de  la  terre  ferme.  Il 
ne  semble  pas  que  les  Mongols,  au  moins  à  cette  époque, 
aient  utilisé  les  pigeons  voyageurs  que  les  Croisés  ont  connus 
avec  surprise  chez  les  Musulmans  de  Syrie.  On  pourrait 
évidemment  abréger  éventuellement  la  distance  en  suppo- 
sant que  le  camp  d'Aljigidiii  était  moins  éloigné  de  la  côte 
que  celui  où  la  mission  d'Ascelin  avait  trouvé  Baiju,  et  c'est  un 
point  sur  lequel  je  reviendrai  plus  loin.  Mais  il  est  une  autre 
constatation  à  laquelle  on  n'a  guère  prêté  attention,  et  qui  nous 
oriente  dans   une  tout  autre  direction  :   la  lettre  d'Aljigidai 


Cahun  {Inlroduclion  à  l'histoire  de  l' A  fi ie, 'SOI -39-2),  toujours  superficiel  et  roina^ 
nesque,  a  cru,  lui  aussi,  que  l'ambassade  venait  du  grand  khan  Giiyuk,  et  fait 
reproche  à  saint  Louis  de  n'avoir  pas  su  profiter  de  1'  «  alliance  ferme  ■-  que  lui 
offrait  «  l'empereur  de  Chine  »  (!);  il  confond  d'ailleurs  l'ambassade  d'André 
de  Longjumeau  (qu'il  ne  nomme  pas)  et  la  mission  de  Guillaume  de  Rubrouck 
(cette  étonnante  méprise  se  retrouve  chez  Komroff,  Conlemporaries  of  Marco ^ 
Polo,  xviii,  et  chez  F.  de  Mély,  De  Périgueux  au  Fleuve  Jaune,  Paris,  1927,' 
in-4,  p.  33).  Kiilb,  qui  identifiait  Ercalthay  à  Aryun-ava,  avait  par  contre  reconnu 
Âljigidai  dans  le  Angutha  de  Simon  de  Saint-Quentin  (cf.  supra,  p.  UG). 
M.  Fr.  Risch,  à  qui  nous  devons  une  bonne  traduction  de  Plan  Carpin  (Johann 
de  Piano  Carpini,  Leipzig,  1930,  in-8),  prend  une  position  inverse  en  voyant 
Aryun-aya  dans  Angutha,  qu'il  corrige  en  «  Auguca  •  (p.  32),  et  naturellement 
Âljigidai  dans  Ercathay;  je  ne  crois  pas  qu'il  ait  raison;  Aryun-aya,  sous  Giiyiik, 
avait  l'administration  civile  de  la  Perse  centrale  et  orientale;  mais  les  régions 
avancées  du  Nord-Ouest  de  la  Perse,  de  la  Syrie  et  de  l'Asie  mineure  étaient 

[1551 

OUIENT   CHIÎÉTIEN.  2 


18  REVUE    DE   l'orient   CHRÉTIEN. 

est  datée  expressément  «  in  finibus  muharram  »  (1),  c'est-à-dire 
dans  la  dernière  décade  de  ce  mois,  et  cette  décade  correspond, 
à  un  jour  près,  aux  15-24  mai  1248  :  à  ce  moment,  non  seule- 
ment saint  Louis  n'était  pas  arrivé  en  Chypre,  mais  il  s'en 
fallait  de  plus   de  trois   mois  qu'il  partît  d'Aigues-Mortes, 
et  il  se  trouvait  encore  à  Paris  qu'il  ne  quitta  que  le  12  juin. 
Force  est  donc  d'admettre  — ,  si  l'ambassade  et    la  lettre 
sont  authentiques,  —  ou  bien  qu'Âljigidai,    ayant  appris  les 
projets  de  croisade  de  saint  Louis,  avait  envoyé  d'avance  son 
ambassade,  ou  bien  qu'il  avait  été  trompé  par  un  rapport  an- 
nonçant l'arrivée  du  roi  à  un  moment  où  celui-ci  ne  s'était 
pas    encore  mis   en   route.  Vincent  de  Beauvais  (xxxii,  90) 
semble  d'abord  appuyer  la  première   solution,  quand  il   fait 
dire  à  David  et  à  Marc  qu'Aljigidai  avait  entendu  dire  que  le 
roi  de  France   «  devait  aborder  en  Chypre  »  (audieret  enrni 
de  ipso  qiiod  œpplicare  deberet  in  Cypro).  Et,  si  les  Grandes 
chroniques  (iv,   293)    font   déclarer  aux    envoyés  que   leur 
maître  «  avoit  oï  dire  qu'il  estoit  en  Chypre  »,  nous  y  recon- 
naîtrions volontiers  une  des  nombreuses  inexactitudes  de  cet 
ouvrage  (2).  Mais  on  verra  (ju'un  passage  de  la  lettre  d'Âlji- 


confiées  àÂljigidai;  ci",  d'ailleurs  le  texte  de  Bar-Ilebraeus  traduit  par  M.  Risch 
lui-même  à  la  p.  '-Ml. 

(1)  Le  mot  «  muharram  -  est  donné  correctement  dans  la  lettre  d'Odon  de 
Cliàteauroux;  Vincent  de  Beauvais  (xxxii,  91)  l'altère  en  "  mercharram  »  (d'où 
Mercharran  dans  Zantliiet),  les  Ann.  S.  Rudberli  Saliburg.'{M  G  H,  SS,  ix,  790) 
en  '•  mecharon  >■,  et  il  est  devenu  «  maranalha  «  chez  Mathieu  de  Paris,  qui  a 
cru  y  reconnaître,  comme  une  note  de  lui  l'indique,  le  «  maranalha  »  de 
saint  Paul,  /  Corinthiens,  xvi,  22.  Guillaume  de  Nangis  a  «  in  Fruemercharram  •■ 
(=  in  fine  IMucharram),  devenu  dans  la  version  française  «  Feurier  Charrain  >• 
ou  «  Feuric  Charam  ",  que  les  éditeurs  de  1840  (Rec.  des  Hist.,  xx,  360,  361), 
suivant  sans  le  dire  une  explication  de  l'Histoire  de  saint  Louis  de  Capperonnier 
(Paris,  1761,  in-folio,  p.  200,  et  glossaire,  p.  xxix),  ont  rétabli  en  »  Ferver-rnah- 
chorrem  •■,  «  l'heureux  mois  de  Fervardin  »!  Kiilb  (i,  157)  a  fait  de  ■<  Mercha-  ' 
ran  ..  un  nom  de  paj'S.  L'équivalence  à  •■  fin  mai  1218  •>  a  été  donnée  incidem- 
ment par  Zarncke,  Dcr  Priester  Johannes,  80,  et  fautivement  à  fin  juilkt  1248 
par  le  P.  Batton  (U'ihelni  von  Ruhruk,  p.  12),  mais  le  seul  qui  ait  discuté  la 
date  et  ait  vu  les  difficultés  qui  en  résultaient  est  le  vieux  Tillemont,  Vie  de 
saint  Louis,  m,  225.  On  ne  s'y  est  pas  arrêté,  et  même  Rohricht  [Reg.  Regni 
Hierosolymitani,  p.  306)  indique  la  lettre  d'AlJigidai  sous  1248,  mais  sans  préci- 
sion de  mois.  [■<  Fruemercharram  •■  vient  encore  d'être  donné,  sans  autre 
remarque,  par  JI.  Soranzo,  Il  papalo,  129.] 

(2)  Dans  la  lettre  du  connétable  Sembat  du  7  février  1248,  les  Grandes  chro- 

11561 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  19 

gidai  s'explique  plus  naturellement  à  première  lecture  si  on 
admet  qu'en  l'écrivant,  il  croyait  le  roi  de  France  déjà  débarqué. 
Enfin,  d'après  Odon  de  Chàteauroux  que  Vincent  de  Beauvais 
suit  ici  pas  à  pas,  on  demanda  aux  envoyés  comment  leur 
maître  avait  appris  l'arrivée  du  roi  de  France.  Et  les  envoyés 
auraient  répondu  que  c'était  par  des  lettres  du  sultan  de  IMossoul 
au  grand  khan;  dans  ces  lettres,  le  sultan  de  Mossoul  infor- 
mait l'empereur  mongol  que  le  sultan  de  Babylone,  c'est-à-dire 
du  Caire,  lui  avait  écrit,  à  lui  sultan  de  Mossoul,  pour  lui 
annoncer  le  débarquement  du  roi  de  France,  et  avait  ajouté 
mensongèrement  qu'il  avait  capturé  et  emmené  en  Egypte 
60  nefs  du  roi  de  France,  ce  mensonge  ayant  pour  but  de 
détourner  le  sultan  de  Mossoul  de  toute  alliance  avec  les 
Francs  contre  l'Egypte. 

J'avoue  que  cette  dernière  version,  qui  fait  remonter  à  deux 
intermédiaires  de  plus,  et  par  suite  à  une  date  encore  plus 
ancienne,  la  fausse  nouvelle  du  débarquement  du  roi  de  France, 
ne  m'inspire  pas  grande  confiance.  Les  envoyés  des  Mongols 
ont  raconté  bien  des  histoires  sans  fondement,  on  s'en  apercevra 
par  la  suite.  En  fin  de  compte,  j'incline  presque  à  considéi'er 
comme  plus  vraisemblable  qu'AIjigidai  ait  envo3é  d'avance 
son  ambassade. 

Ceci  indiquerait,  de  la  part  d'AlJigidiii,  une  assez  bonne 
connaissance  de  ce  qui  se  passait  dans  le  monde  chrétien.  Il 
ne  pouvait  la  devoir  aux  envoyés  de  Baiju,  Aï-bag  et  Sargis, 
puisque  ceux-ci  se  trouvaient  encore  à  Rome  le  22  no- 
vembre 1248  (cf.  supra,  p.  [135]).  Mais,  dès  l'arrivée  d'Ascelin 
et  de  ses  compagnons,  Vegyp  ou  conseiller  principal  de  Baiju, 

niques  (ïv,  298)  prêtent  à  Sembat  ral'firmation  qu'il  se  trouvait  présent  à  la 
Cour  du  «  roi  de  Ttiarse  »,  autrement  dit,  dans  la  région  de  Karakorum,  quand 
l'envoyé  du  pape,  c'est-à-dire  Jean  du  Plan  Carpin,  demanda  au  souverain  s'il 
était  chrétien  et  pourquoi  il  se  livrait  à  tant  do  carnages.  Or  Sembat  n'a  quitté 
l'Arménie  qu'en  1-247,  et  le  séjour  de  .Jean  du  Plan  Carpin  à  Karakorum  est  de 
l'été  de  l'246.  Mais  le  vrai  texte  de  Sembat,  tel  qu'on  l'a  en  latin  dans  la  lettre 
d'Odon  de  Chàteauroux  et  chez  Vincent  de  Beauvais,  montre  que  Sembat  avait 
seulement  entendu  parler  de  la  réception  de  Plan  Carpin  par  Giiyuk,  assez 
exactement  d'ailleurs,  alors  que  lui,  Sembat,  se  rendant  d'Arménie  à  Karako- 
rum. n'était  encore  arrivé  qu'à  Samarkand  (cf.  supra,  130-131).  Par  une  coïncl- 
•  dence  bizarre,  la  même  erreur  se  trouve  à  propos  du  voyage  de  Sembat  ch«z 
Bar  Hebraeus  (cf.  Risch,  Johann  de  Piano  Carpini,  326).    , 

[157] 


20  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

^ainsi  que  les  officiers  et  les  interprètes,  «  s'enquéraient  habi- 
lement et  très  soigneusement  auprès  des  Frères  si  les  Francs 
passeraient  encore  en  Syrie  »  (cf.  supra,  p.  [111])  (1).  Il  est 
très  admissible  que,  par  de  telles  enquêtes,  Àljigidai  ait  connu 
à  l'avance  le  projet  d'embarquement  de  saint  Louis^  soit  pour 
Chypre,  soit  pour  la  Syrie,  et  ait  envoyé  d'avance  son  ambas- 
sade; celle-ci  serait  venue  à  Chypre  même  quand  elle  aurait 
appris  que  le  roi  s'y  était  arrêté. 

Quand  les  envoyés  du  chef  mongol  se  présentèrent  à  Nicosie 
pour  remettre  la  lettre  dont  ils  étaient  porteurs,  il  y  avait 
parmi  les  assistants,  dit  Vincent  de  Beauvais  (xxxii,  90),  «  frère 
André  deLonciumel  de  Tordre  des  Frères  prêcheurs,  qui  avait 
connu  le  principal  des  envoyés,  appelé  David,  pour  l'avoir  vu 
dans  l'armée  des  Tartares  »  (2).  Ce  renseignement  n'élait  pas 
donné  par  Odon  de  Châteauroux,  mais  il  est  confirmé  dans 
son  essence  par  la  lettre  de  Jean  Sarrasin  du  23  juin  1249  : 
«  Li  roiz  envoia  à  ces  mesaiges  frère  Andrieu  de  l'ordre  de 
Saint  Jaque.  Et  li  mesaiges,  qui  pas  ne  savoient  que  l'en  i 
deust  envoler,  le  connurent  aussi  bien  et  frère  Andrieu  elx, 
comme  nous  ferionz  li  unz  l'autre  »  (3).  Nous  savons  aujourd'hui 
assez  de  choses  sur  le  voyage  d'André  de  Longjumeau  en 
1245-1247  pour  dire  où  les  deux  hommes  s'étaient  vus.  C'est 


(1)  En  1924,  je  n'avais  pas  su  identifier  ce  mot  cgyp.  Une  lettre  du  Père  P.  Pee- 
ters,  du  27  février  1927,  m'a  apporté  la  solution  évidente;  c'est  le  mot  arabe 

s ^a>.L^  hû'jib,  «  chambellan  »,  qui  s'emploie  aussi  en  persan  comme  synonyme 

de  pàrddhdûr  (VuUers,  i,  610;  et  sur  ce  dernier  mot,  cf.  aussi  Ibn  Battfitah, 
éd.  Defrémery,  iv,  297).  La  même  soliition  a  été  depuis  lors  proposée  indépen- 
damment par  M.  Risch  {Johann  de  Piano  Carpini,  p.  32).  Le  mot  hQjib  a  passé 
de  bonne  heure  en  turc  de  Kàsyar;  on  le  trouve,  écrit  en  lettres  ouigoures 
ajïb,  dans  le  Quladyii  biiig  de  1069,  où  ulur  ajïb,  «  grand  ajïb  »,  signifie  «  minis- 
tre »,  et  qasajïb  {hass  hâjib),  «■  secrétaire  privé  »;  cf.  le  dictionnaire  de  Radlov, 
I,  524.  [Au  dernier  moment,  je  m'aperçois  que  l'explication  de  cgyp  par  /jajib 
avait  été  donnée,  dès  1825,  par  Yazykov  dans  le  l"  volume,  seul  paru,  de  son 
Sobranie  pute'<eslviï  k  Tataram,  p.  295.] 

(2)  L'  «  armée  >»  (exercitus)  est  devenue  !''<  hostel  »  dans  l'édition  des  Grandes 
chroniques  (iv,  293).  Comme  les  Grandes  chroniques  doivent  dépendre  ici  de 
Vincent  de  Beauvais,  il  faut,  à  mon  avis,  lire  1'  <■  host  »,  et  ne  pas  coniprendri; 
"  hostel  »  au  sens  de  ordu,  «  cour  »,  curia,  qu'il  a  parfois  chez  Hethoum  l'his- 
torien (cf.  Hisl.  des  Crois.,  Armén.,  ii,  164,  163,  167). 

(3)  D'après  ce  texte,  André  de  Longjumeau  aurait  connu  les  deux  messagers, 
et  pas  seulement  David. 

[158] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  21 

au  point  extrême  de  son  voyage,  à  45  étapes  d'Acre,  qu'André 
de  Long-jumeau  s'était  trouvé  en  présence  d'un  très  fort  déta- 
ciiement  de  l'armée  mongole,  et  j'ai  montré  plus  haut  qu'il 
fallait  situer  cette  rencontre  à  Tauriz  (cf.  supra,  [55,  58,  59]). 
Bien  qu'André  de  Longjumeau  ait  été  envoyé  en  mission  en 
1215  vers  le  «  roi  des  Tartares  »,  il  est  certain  que  non  seule- 
ment il  n'alla  pas  jusqu'à  Karakorum,  mais  même  qu'il  ne 
poussa  pas  jusqu'au  campement  d'été  de  Baiju  au  nord  de 
TAraxe.  Le  mieux  parait  être  de  supposer  que  le  Dominicain 
et  son  compagnon  trouvèrent  dans  la  région  de  Tauriz  l'avant- 
garde  de  l'armée  de  Baiju  et  entrèrent  là  en  relations  avec  les 
chefs  de  cette  avant-garde,  leur  remettant  éventuellement  les 
lettres  d'Innocent  IV  pour  le  «  roi  des  Tartares  »  ;  les  instruc- 
tions pontificales  ne  les  obligeaient  pas  à  plus,  nous  en  sommes 
assurés  aussi  bien  par  l'exemple  de  Jean  du  Plan  Carpin 
que  par  celui  d'Ascelin  (1).  Si  par  ailleurs  André  de  Longju- 
meau fut  à  cette  occasion  en  relations  suffisantes  avec  David 
et  peut-être  avec  Marc  pour  reconnaître  l'un  d'eux  ou  peut- 
être  tous  les  deux  quand  il  les  retrouva  à  Chypre,  ce  n'est 
pas,  contrairement  à  ce  qu'on  a  cru  parfois,  que  David  ou 
Marc  fussent  des  chefs  militaires  :  ces  nestoriens  de  Mossoul 
remplissaient  sûrement,  auprès  des  Mongols  qui  occupaient  le 
Nord-Ouest  de  la  Perse,  le  rôle  de  secrétaires  ou  d'interprètes, 
et  c'est  pourquoi  André  de  Longjumeau,  lors  de  son  contact 
avec  un  détachement  avancé  de  l'armée  mongole  dans  le 
second   semestre  de   1216,  s'était  trouvé  tout   naturellement 


(1)  Si  André  de  Longjumeau  avait  été  sur  la  fin  de  1246  jusqu'à  Baiju  lui- 
même,  il  est  invraisemblable  que  la  mission  d'Ascelin  n'en  ait  rien  appris 
pendant  son  séjour  auprès  de  ce  chef  mongol  l'année  suivante.  Il  semble  même 
que  Baiju  ne  connaissait  pas  avant  la  mission  d'Ascelin  les  lettres  adressées  au 
..  roi  des  Tartares  »  par  Innocent  IV;  or  André  de  Longjumeau  devait  avoir  les 
mêmes  lettres  que  Plan  Carpin  et  qu'Ascelin,  c'est-à-dire  la  lettre  Dei  patris 
immensa  du  5  mars  1245  et  la  lettre  Cum  non  solum  du  5  ou  13  mars  de  la  même 
année;  des  raisons  inconnues  semblent  donc  avoir  fait  rester  ces  lettres  aux 
mains  d'un  chef  de  détachement  qui  n'était  pas  Baiju.  A  ceci,  on  peut  objecter 
que,  d'après  les  renseignements  ici  très  sûrs  que  nous  devons  à  Jlathieu  de 
Paris,  André  de  Longjumeau  parle  d'une  armée  de  300.000  cavaliers  (cf.  supra, 
pp.  [5o-o6]).  .Mais  c'est  qu'il  vise  là  toute  l'armée  mongole  qui  occupait  le  Nord- 
Ouest  de  la  Perse,  par  opposition  avec  «  l'armée  du  grand  roi  [qui  est]  à  cinq 
mois  de  route  [de  là]  -,  c'est-à-dire  qui  se  trouvait  dans  la  Haute  Mongolie. 

[159] 


22  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

en  rapports  assez    étroits   au   moins  avec  l'un  d'entre  eux. 

La  lettre  d'Odon  de  Châteauroux  à  Innocent  IV  spécifie 
-que  la  lettre  remise  par  David  et  Marc  était  écrite  «  en  langue 
persane  »,  mais  «  en  caractères  arabes  »,  et  le  même  témoi- 
gnage se  retrouve  chez  Vincent  de  Beauvais  (xxxii,  90).  Odon 
ajoute  que  le  roi  la  fit  traduire  mot  par  mot  {de  verbo  ad 
verbum),  et  Vincent  de  Beauvais,  qui  dit  la  même  chose, 
spécifie  en  outre  à  deux  reprises  que  la  traduction  fut  faite 
en  latin.  Il  n'y  a  aucun  doute  à  garder  sur  ces  témoignages 
très  précis.  Quand  donc  Mathieu  de  Paris  reproduit  une  version 
'française  qu'il  dit  faite  de  l'original  «  chaldéen  »,  il  faut  ad- 
mettre que,  par  «  chaldéen  »,  il  entend  le  persan  comme  l'a 
déjà  indiqué  M.  Altaner  (p.  133),  et  en  outre,  très  probable- 
ment, que  cette  version  a  été  exécutée  en  France  d'après  la 
traduction  latine.  Quant  au  traducteur  qui,  à  Nicosie  même, 
traduisit  la  lettre  persane  en  latin,  ni  Odon  de  Châteauroux 
ni  Vincent  de  Beauvais  ne  le  nomment,  mais,  à  la  phrase 
précédente,  Vincent  de  Beauvais  a  mentionné  André  de  Long- 
jumeau,  et  l'a  eu  vraisemblablement  dans  l'esprit  comme  le 
traducteur  des  lettres.  C'est  en  tout  cas  à  notre  Dominicain 
que  Guillaume  de  Nangis  {Rec.  des  Hist.,  xx,  358,  359)  et  les 
Grandes  chroniques  de  France  (iv,  293)  attribuent  expres- 
sément la  traduction.  Nous  savons  par  Mathieu  de  Paris  que 
le  frère  André  savait  «  linguam  Arabicam  et  Caldeam  »  (cf. 
supra,  pp.  57  et  58),  c'est-à-dire,  pour  Mathieu  de  Paris,  l'arabe 
et  le  persan.  Par  ailleurs,  la  lettre  de  Jean  Sarrasin  raconte 
comment,  lorsque  les  envoyés  mongols  furent  présentés  au 
roi,  André  de  Longjumeau  «  enroumancoit  le  Francoiz  », 
autrement  dit  servit  d'interprète.  Il  est  seulement  difficile  de 
dire  si  ces  conversations  eurent  lieu  en  persan,  qui  était  la 
langue  de  la  lettre,  ou  en  arabe,  que  des  Nestoriens  de  Mos- 
soul  devaient  parler  plus  naturellement  ;  André  de  Longjumeau 
possédait  l'une  et  l'autre  langue. 

Voici  la  traduction  latine  delà  lettre  d'Aljigidâi  (1). 

(1)  Toutes  les  éditions  données  de  cette  lettre  soit  par  les  éditeurs  de  Vincent 
de  Beauvais,  soit  par  ceux  de  ZantlUet,  soit  par  ceux  de  la  lettre  d'Odon  de 
Châteauroux,  et  aussi  par  Rinaldi,  sont  inexactes  à  des  degrés  divers,  tantôt 
pa,r  mauvaise  lecture  des   manuscrits,  tantôt  par  suite  de  ponctuations  qui 

160] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  23 

Per  potentiam  Dei  excelsi,  missi  a  rege  terre  chan  (I)  verba 
Elchelthay  (2).  Régi  (3)  magno  prouinciarum  multarum,  propu- 
gnatori  strenuo  (4)  orbis,  gladio  christianitatis,  victorie  (5)  reli- 
gionis  baptismalis  (6),  [corone  gentis  ecclesiastice,]  (7)  defensori 

dénaturent  le  sens  du  texte.  Je  suis  de  préférence  le  texte  inséré  dans  la 
lettre  d'Odon  de  Chàteauroux.  mais  notre  unique  manuscrit  de  cette  lettre  a 
certaines  fautes  que  le  texte  de  Vincent  de  Beauvais,  qui  est  emprunté  à 
Odon,  permet  de  corriger.  J'ai  mis  entre  parenthèses  les  formules  de  phraséo- 
logie orientale  qui  suivent  la  première  mention  du  roi  de  France  et,  à  chaque 
fois,  celle  de  l'empereur  mongol;  ce  sont  des  incises  du  type  dos  ■■  Que  son 
nom  soit  exalté  »  qui  suivent  chez  les  Musulmans  la  mention  du  nom  d'Allah. 
Dans  l'indication  des  variantes,  0  =  Odon  de  Chàteauroux,  VB  =  Vincent  de 
Beauvais,  éd.  de  Nuremberg,  1483,  1.  xxxu,  ch.  91;  A  =  Vincent  de  Beauvais, 
BN,  Lat.  4898;  B  =  Vincent  de  Beauvais,  Bx\,  Lat.  4900. 

(1)  0  gan,  pour  can;  VB  chaam;  A  c/i«';B  cham;  je  considère  les  formes  eu 
-m  comme  une  mauvaise  restitution  de  -a',  qu'on  peut  lire  -an  ou  am. 

(2)  Pour  cette  forme,  cf.  supra,  p    [154]. 

(3)  Daunou  et  Naudet  (Uec.  des  Hisl.,  xx,  358),  ne  comprenant  rien  à  ce 
début,  ont  corrigé  régi  en  reye,  et  rapporté  toutes  les  épithètes  qui  suivent  au 
grand  khan!  Cette  fausse  leçon  rege  se  trouve  d'ailleurs  aussi  dans  Atm.  S. 
Rudberti,  790,  mais  sûrement  comme  une  faute  de  texte  puisque  les  épithètes 
suivantes  sont  bien  au  datif. 

(4)  0  :  slrenuo  propugnalori.  J'ai  adopté  l'ordre  de  VB  par  analogie  a\ec 
régi  magno,  etc.,  et  aussi  parce  que  je  suppose  que,  dans  cette  traduction  mot 
à  mot,  on  a  suivi  plutôt  l'ordre  des  mots  de  la  phrase  persane. 

(5)  Tout  en  gardant  une  coupure  indéfendable  pour  les  divers  éléments  de 
cette  énumération,  d'Ohsson  {Hist.  des  Mongols,  u,  238)  a  imprimé  viclori;  c'est 
la  forme  à  laquelle  on  songe  naturellement,  mais  victorie,  qui  est  donné  par 
toutes  les  sources,  peut  se  défendre  et  est  confirmé  par  victoire  de  la  traduc- 
tion française  que  ^Mathieu  de  Paris  nous  a  conservée. 

(6)  VB  aposlolice.  Guillaume  de  Nangis,  les  Grandes  Chronvjues  et  la  Chroni- 
que de  Saint-Denis  suivent  Vincent  de  Beauvais;  mais  la  traduction  française 
conservée  par  Mathieu  de  Paris  (mal  ponctuée  dans  tout  ce  début  par  l'éditeur) 
a  «  religiun  baptismal  ",  ce  qui  confirme  la  leçon  de  0;  et  baptismalis  se 
retrouve  dans  le  texte  latin  de  la  lettre  des  Ann.  S"  Rudberti  Salisburg.  (MGII, 
SS,  IX,  790-791).  Le  mot  traduit  par  «  baptismalis  ■■  était  peut-èti-e  le  mysté- 
rieux si/tim  (.hYam)  ou  sïlam  {kïlam)  de  la  lettre  de  Gûyiik  {supra,  p.  18),  sur 
lequel  cf.  toutefois  Kotwicz  dans  Rocznyk  (Jrjenlal.,  ly,  llO-Ul,  315,  et  Poppe, 
dans  Izv.  Ak.  Nauk,  1928,  59. 

(7)  Les  mots  entre  crochets  n'ont  pas  de  correspondants  dans  0,  VB,  ni  dans 
Guillaume  de  Nangis  et  les  traductions  françaises  apparentées,  ^lais  on  a  (mal 
ponctué)  ••  (nirune,  de  genz  ecclesiastres  »  dans  l'ancienne  traduction  française 
conservée  par  Mathieu  de  Paris,  et  corone  gentis  sacerdolis  dans  Ann.  S.  Rud- 
berti, 790.  Je  pense  que  ces  mots  ont  chance  d'avoir  été  omis  dans  la  copie  de 
la  traduction  envoyée  à  Innocent  IV  par  Odon  de  Chàteauroux,  mais  qu'ils  se 
trouvaient  dans  celle  envoyée  par  saint  Louis  à  la  reine  Blanche  et  d'où  la  tra- 
duction française  donnée  par  Mathieu  de  Paris  doit  dériver;  c'est  également  à 
la  version  envoyée  par  saint  Louis  que  remonterait  le  texte  latin  des  Ann.  S. 
Rudberti.  Si  la  version  des  Ann.  S.  Rudberti  n'est  pas  retraduite  du  français, 

■  [161j 


24  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

legis  euangelice,  filio  régi  Francie  (1)  (augeat  Deus  dominium 
suum,  et  conseruet  ei  regnum  suiim  annis  plurimis  et  impleat 
voluntates  suas  in  lege  et  in  mundo,  nunc  et  in  futurum,  par 
veritatem  (2)  diuine  conductricis  (3)  hominum  et  omnium  pro- 
phetarum  et  apostolorum,  amen)  centum  milia  salutum  et  bene- 
dictionum.  Ex  hoc  rogo  quod  recipiat  salutationes  istas  (4),  vt 
sint  grate  (5)  apud  ipsum.  Faciat  autem  Deus  vt  videam  (G) 
hune  regem  magnificum  qui  applicuit.  Creator  autem  excelsus 
causet  occursum  nostrum  (7)  in  caritate  et  facere  faciat  (8)  vt 
congregemur  in  vnum.  Posthanc  autem  salutationem  nouerit  quod 
in  hac  epistola  non  est  intentio  nostra  nisi  vtilitas  cliristianitatis, 
et  corroboratio  manus  regum  christianorura,  Domino  concedente. 
Et  peto  a  Deo  vt  det  victoriam  exercitibus  regum  christianitatis, 
et  triumphet  eos  de  aduersariis  suis  contemnentibus  crucem.  Ex 
parte  autem  régis  sublimis  (sublimet  eum  Deus),  videlicet  de 
presentia  Kyocay  (9)  (augeat  Deus  magnificentiam  suam),  veni- 

on  pouri'a  songer  à  une  leçon  primitive  corone  genlis  sacerdolalis  an  heu  du 
corone  f/cnlis  ecclesiastice  que  j'ai  rétabh  en  calquant  le  texte  de  Mathieu  de 
Paris. 

(1)  VB,  A,  B  [Icgis  evangelice]  filio,  régi  Francorum.  Pour  0,  la  l'"  éd.  du 
Spicilegi'um  de  d'Achery  (vit  [UiGtl],  p.  "^16)  a  filio  Régi  Franciae,  mais  la 
seconde,  suivie  par  Mosheiui  {Hist.  Tari,  ceci.,  App.,  p.  47),  a  filio  Régis  Fran- 
ciae: Rinaldi  {s.  a.  P248,  n.  MJ)  donne  [legis  evangeiicae]  filio.  Régi  Franciarum. 
Le  mss.  de  0  a  une  abréviation  par  suspension  qu'on  peut  lire  aussi  bien  régi 
que  régis,  et  c'est  évidemment  régi  qui  est  correct.  L'épithète  de  «  fds  -  appli- 
quée à  saint  Louis  par  Aljigidai  se  retrouve  d'ailleurs  plus  loin.  J'ai  préféré 
Francie  de  0  à  Francorum  de  VB;  il  me  paraît  en  effet  probable  que  l'original 
}M'rsan  ait  porté  Redefrans,  "  roi  de  France  >«,  qui  a  passé  alors  dans  un  gi-and 
nombre  de  sources  musulmanes. 

(i)  Au  lien  de  veriialem  de  0  et  VB,  les  traductions  françaises  de  Guillaume 
de  Nangis  et  des  Grandes  chroniques  supposent  virlulem;  mais  veritatem  est 
confirmé  par  vérité  de  la  version  française  de  Mathieu  de  Paris. 

(3)  Par  la  vérité  de  la  dame  ki  cunduit  (version  française  chez  Jlathieu  de 
Paris)  ;  les  autres  versions  françaises  ont  modifié  le  texte.  .Je  ne  sais  ce  que  les 
auteurs  de  la  lettre  entendaient  exactement  par  cette  «  conductrice  divine  ■>; 
peut-être  était-ce  la  déesse  tJtugan,  sur  laquelle  cf.  T'oung  Pao,  1929,  218-219. 
D'Ohsson  (n,  238)  a  inséré  arbitrairement  potentiae  après  divinae. 

(4)  Telle  est  bien  la  leçon  de  0  et  de  VB;  d'Achery  a  lu  à  tort  illas. 

(5)  VB  grandes;  A  et  B  grande.  Les  traductions  françaises  confirment  grate. 

(6)  VB  videant,  mais  A  et  B  uideam. 

(7)  VB,  A,  B  faciat  occursum  vestrum,  sûrement  fautif. 

(X)  0  facile  faciat;  VB,  A,  B  facere  faciat  ;  Rinaldi  fieri  faciat. 

(9)  0  Kiocai.  II  s'agit  de  Guyiik  (ou  Kiiyïdvj,  et  les  leçons  de  nos  mss.  sont  mau- 
vaises. Le  nom  a  disparu  des  traductions  françaises,  sauf  de  celle  conservée  par 
Mathieu  de  Paris,  qui  a  «  Conyot  Chaam  »,  évidemment  à  rétablir  en  «  Couyoc 
chaan  »  ou  «  Couyoc  chan  >>.  Le  nom  était  donc  donné  correctement  dans 
la  traduction  envoyée  par  saint  Louis  a  la  reine  Blanche.  On  pourrait  sup- 

[162J 


LKS    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  25 

mus  cum  potestate  et  mandate  vt  omnes  christiani  sint  liberi  a 
seruitute  et  tributo  et  angaria  et  pedagiis  et  consimilibus  et  sint 
in  honore  et  reverentia  et  nullus  tangat  possessiones  eorum, 
et  ecclesie  destructe  reedificentur.  et  pulsentur  tabule,  et  non 
audeat  aliquis  prohibere  vt  orent  corde  quieto  et  libenti  pro 
regno  nostro  (1).  Ista  autem  hora  venimus  adhuc  (2)  pro  vtilitate 
christianorum  et  custodia,  dante  Deo  excelso  (3).  Misimus  autem 
hoc  (4)  per  nuntium  (5)  fidelem  nostrum  virum  venerabilem 
Sabeldin  Mousfat  Dauid  et  per  Marcum  vt  annuncient  illos  (6) 
bonos  rumores  et  que  sunt  circa  nos  dicant  ore  ad  os.  Filius  autem 
recipiat  verba  eorum  et  credat  eis.  Et  in  literis  suis  (7)  rex 
terre  (augeatur  magnificentia  sua)  ita  precipit  (8)  quod  in  lege 
Dei  non  sit  difFerentia  inter  latinum  et  (9)  grecum  et  armenicum 
[et]  (10)  nestorinum  (11)  et  iacobinum,  et  omnes  qui  adorant 
crucem.  Omnes  enim  sunt  vnum  (12)  apud  nos.  Et  sic  petimus 
vt  rex  magnificus  non  dividat  inter  ipsos,  sed  sit  ejus  pietas  et 
clementia  (13)  super  omnes  Christianos.  Duret  eius   pietas   et 

poser  que  «  Kvocay  ■•  ou  «  Kiocai  »  est  altéré  de  *  Ivouioceaii  >  *  Konioccan  > 
*Koiocean>  Kiocai;  mais  il  faut  alors  admettre  que  l'altération  se  trouvait  déjà 
dans  la  copie  de  la  lettre  d'Odon  de  Chàieauroux  que  Vincent  de  Beauvais  a 
connue;  on  a  «  Kyoquem  ■•  dans  la  lettre  de  Jean  Sarrasin. 

(1)  VB  vestro,  évidemment  l'autit'. 

(2)  Dans  0,  d'Acherj-  a  imprimé  ad  hoc,  mais  l'abréviation  du  mss.  peut  se 
résoudre  en  ad  hue  comme  chez  VB. 

(3)  0  Deo  dante  excelso. 

(4)  VB,  A,  B  hiic. 

(5)  VB,  A,  B  omettent  nunlhtm,  garanti  par  les  traductions  l'ran<;aises. 

(6)  VB,  A,  B  omettent  illos. 

il)  J'ai  hésité  sur  la  ponctuation.  Les  ponctuations  de  0  sont  ici  fantaisistes: 
VB  rattache  et  in  lileris  suis  à  la  phrase  précédente,  et  toutes  les  traductions 
françaises  font  de  même.  Mais  les  traductions  françaises,  trompées  par  l'incise 
((ue  je  mets  entre  parenthèses,  n'ont  pas  compris  que  le  rex  lerrae  est  Giiyûk 
(en  outre,  sauf  la  traduction  française  conservée  par  Mathieu  de  Paris,  toutes 
ont  substitué  le  «  roi  du  ciel  »  au  «  roi  de  la  terre  -).  0  est  également  brouillé 
pour  la  suite  de  cette  phrase.  Il  me  semble  peu  vraisemblable  que  les  traduc- 
teurs aient  donné  deux  compléments  à  credat,  dont  l'un  serait  au  datif,  l'autre 
à  l'ablatif  avec  in;  de  plus,  s'il  s'agissait  de  la  lettre  d'Âljigidili  apportée  par 
David  et  Marc,  on  attendrait  meis  et  non  suis.  Je  crois  donc  que  in  literis  suis 
désigne  ici  un  message  de  GiiyïUv.  D'Ohsson  (ii,  239)  avait  déjà  adopté  la  même 
solution.  Daunou  et  Naudet  (Rec.  d.  IlisL,  xx,  360)  ont  imprimé  «  ...  et  credat 
eis,  et  literis  suis.  Rex  terrae  augeatur  magnificentia  suà;  ita »! 

(8)  0  ita  precipue,  sûrement  fautif. 

(9)  VB,  A,  B  omettent  ce  premier  et. 

(10)  J'ai  ajouté  ce  et  qui  n'est  donné  dans  aucun  mss. 

(11)  A  nestorium,  qui  est  fautif. 

(12)  A  et  B  miseri  ('!),  qui  est  fautif. 

(13)  VB,  A,  B  omettent  et  clementia. 

[103] 


26  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

clementia.  Datum  in  finibus  muharram  (1).  Et  erit  bonum,  con- 
cedente  Deo  (2)  excelso. 

Ce  document  est  remarquable  à  plus  d'un  titre,  surtout  si 
on  le  compare  à  la  lettre  remise  à  Ascelin  par  Baiju  {supra, 
pp.  [128J  et  suiv.);  cette  fois-ci,  aucune  arrogance,  et,  par 
ailleurs,  pas  une  allusion  aux  questions  politiques  proprement 
dites,  mais  seulement  des  marques  de  sympathie  active  en 
faveur  des  chrétiens,  Rémusat  en  a  été  mal  impressionné 
{Mém.  sur  tes  relat.,  50-52)  :  «  Tout  en  défendant  l'ambas- 
sade elle-même,  et  en  soutenant  qu'elle  était  effectivement 
envoyée  par  un  général  Mongol,  il  est  difficile  de  ne  pas 
abandonner  la  lettre,  qui  porte,  au  moins  dans  la  traduction 
que  nous  en  avons,  un  caractère  bien  prononcé  de  fausseté  et 
de  supposition...  On  peut  croire  que  David  et  ses  compagnons 
étoient  en  effet  envoyés  par  Ilchi-khataï,  pour  concerter  avec 
les  Francs  des  mesures  contre  les  musulmans;  mais  on  ne  leur 
avoit  remis  aucune  pièce  écrite,  ou  bien  on  s'étoit  contenté  de 
ieur  donner  un  de  ces  ordres  fastueux  que  les  lieutenants  du 
grand  khan  dévoient  faire  passer  à  tous  les  princes  avec  qui 
ils  étoient  en  relation.  Une  pareille  pièce  ne  promettoit  pas  un 
grand  succès  à  la  négociation  :  les  envoyés  en  forgèrent  une 
autre,  où  ils  glissèrent  toutes  les  assurances  qui  pouvoient 
séduire  les  chrétiens  et  les  prévenir  en  faveur  des  Tartares... 
Si  les  choses  s'étoient  passées  de  cette  manière,  nous  ne 
verrions  là  qu'un  premier  exemple  de  la  marche  suivie  depuis 
dans  toutes  les  négociations  avec  les  princes  Mongols.  Les 
lettres  dont  les  ambassadeurs  étoient  chargés  ne  leur  paraissant 
pas  propres  à  leur  assurer  la  bienveillance  de  ceux  à  qui  ils 
étoient  adressés,  ils  les  falsifioient,  les  étendoient,  les  inter- 
prétoient  à  leur  guise.  De  là  vient  que  les  traductions  de  ces 
lettres  ne  sont  jamais  en  rapport  avec  les  originaux,  et 
qu'elles  ne  contiennent  souvent  que  la  substance  de  ceux-ci, 
amplifiée,  embellie,  ornée  de  tout  ce  qui  paroissoit  capable  de 


(1)  VP,  A,  B  in  fine  mercharram :  Ann.  S.  Rudbertl,  -  in  lïne  Jlecharon  »;  cf. 
supra,  p.  15G. 

(i)  YB,  A,  B  Domino. 

[164] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  27 

plaire  aux  princes  Européens.  »  (1)  D'Ohsson  (ii,  238)  a  parlé 
encore  plus  dédaigneusement  de  »  cette  lettre  qui,  sous  tous 
les  rapports,  aurait  dû  paraître  supposée  ».  M.  Beazley  (Daivu 
of  modem  geograpluj,  n,  278,  645)  n'accorde  pas  davantage 
de  créance  au  «  pseudo-envoy  -»  David  et  à  sa  «  self-styled 
légation  ». 

Il  y  a,  dans  la  solution  proposée  par  Rémusat,  un  premier 
élément  qu'il  convient  d'écarter  sans  plus  attendre;  c'est  l'idée 
•d'une  traduction  qui  serait  éventuellement  très  différente  de 
l'original.  La  traduction  a  été  faite  «  mot  par  mot  »  du 
persan  en  latin  par  André  de  Longjumeau,  et  il  est  hors  de 
question  que  ce  missionnaire,  qui  savait  l'arabe  et  le  persan, 
ait  introduit  ou  laissé  introduire  en  une  circonstance  si  grave, 
dans  la  traduction  de  la  lettre  d'Aljigidai,  des  phrases  ou 
même  des  mots  que  l'original  persan  ne  comportait  pas.  Tout, 
d'ailleurs,  dans  la  lettre,  est  si  bien  conforme  à  la  phraséo- 
logie orientale  qu'on  pourrait  sans  grand'peine  faire  le  travail 
inverse,  et  restituer  à  peu  près  l'original  persan  à  travers  le 
calque  latin.  S'il  y  a  eu  supercherie,  il  faut  donc  que  ce  soit 
dans  la  fabrication  même  de  cette  lettre  persane  que  la  tra-' 
duction  latine  rend  exactement. 

Si  maintenant  nous  étudions  cette  traduction  elle-même,  il 
y  a  un  passage  qui  surprend  au  premier  abord;  c'est  quand 
Àljigidai  écrit  :  «  Fasse  Dieu  que  je  voie  ce  roi  magnifique 
qui  a  débarqué  »  {qui  applicuit);  or  la  lettre  a  été  écrite,  si  elle 
est  authentique,  entre  le  15  et  le  24  mai  1248,  avant  que 
saint  Louis  partit  d'Aigues-Mortes  et  même  de  Paris  (cf. 
supra,  p.  |156j).  A  la  réflexion,  tout  peut  s'expliquer  sans  même 
faire  intervenir  la  fausse  nouvelle  du  débarquement  que  le 
sultan  du  Caire  aurait  fait  tenir  au  sultan  de  Mossoul  nombre 
de  mois  à  l'avance;  et  il  n'est  même  pas  besoin  de  supposer 
'une  inexactitude  de  traduction  où  «  qui  a  débarqué  »  aurait 
pris  la  place  de  «  qui  doit  débarquer  »;  je  tiens  la  traduction 
d'André  de  Longjumeau  pour  si  littérale  qu'une  telle  hypothèse 


(1)  Tout  ce  passage  —  ce  n'est  pas  le  seul  —  a  été  copié  par  Hue  Le  chrisUa- 
■nisme  ea  Chine,  i,  21â-C'l7;  mais  il  a  oublié  de  mettre  des  guillemets  et  même 
-de  prononcer,  là  ou  ailleurs,  le  nom  d'Abel  Rémusat. 

flGôj 


2(S  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

me  paraîtrait  d'ailleurs,  a  priori,  très  peu  vraisemblable. 
Mais  si,  comme  j'incline  à  le  croire  et  comme  Vincent  de 
Beauvais  le  fait  dire  d'abord  à  David,  Âljigidâi  avait  fait 
partir  en  avance  son  ambassade  sur  la  nouvelle  que  saint 
Louis  devait  passer  en  Orient,  il  est  bien  évident  que  la  remise 
même  de  la  lettre  était  subordonnée  à  l'arrivée  préalable  du 
roi  de  France;  à  ce  moment-là,  il  n'y  avait  plus  d'inexacti- 
tude à  parler  du  roi  «  qui  a  débarqué  ». 

Le  début  de  la  lettre  correspond  exactement  à  ce  qu'elle 
serait  dans  une  rédaction  mongole  normale  :  Mongka  t{a)ngri- 
yin  kUciln-dûr  |  qayan-u  su-dur  \  Âljigidâi  ïtgâ  manu,  \ 
Irâdbarans-a,  «  Dans  la  force  du  Ciel  éternel,  dans  la  Fortune 
du  qa^an,  Aljigidâi,  notre  parole.  Au  roi  de  France...  » 
Missi  a  rege  terrae  chan  est  cependant  un  peu  une  paraphrase 
pour  désigner  le  haut  personnage  Âljigidâi  que  le  //a-^au, 
«  roi  de  la  terre  »,  a  envoyé  agir  en  son  nom  et  qui  ne  doit 
sa  puissance  qu'à  la  «  Fortune  »  du  qa-(an  ;  nous  aimerions  à 
avoir  ici  les  mots  mêmes  de  l'original  persan  pour  en  juger  (1). 

(1)  Sur  cet  exode  des  lettres  et  édits  mongols,  cf.  supra,  [ll'.>-129^;  ftl.  Riscli, 
qui  ne  se  trouvait  pas  alors  avoir  à  sa  disposition  ce  chapitre  paru  en  1924,  s'est 
absolument  mépris  sur  le  début  de  la  lettre  de  Baiju  à  Innocent  IV.  Pour  il, 
"  soumis  ».  cf.  l'ordre  de  Gengis-khan  reproduit  par  Erdmann,  Temudschin,  894 
et  631;  pour  il  biilya,  «  soumis  et  révolté  »,  cl',  il  bulja^  dans  IMidler,  Uigurica, 
11,  78^5  (et  G.  Németh,  .4  hongfoglalô  magyarsdg  kialaknlàsa,  Budapest,  1930, 
in-12,  97).  Pour  le  su  jaii  de  la  p.  [121],  cf.  yal(ï)n  suu  de  von  Le  Coq,  Manichaica. 
ni,  41;  l'expression  a  été  rendue  en  arabe  par  JL'JÎ  ..  Fortune  >•,.••  bonheur  « 
(cf.  JA,  1896,  I,  507).  Pour  une  invocation  du  fou-yin  (ou  <■  Fortune  »)  de 
l'Empereui'  céleste  {l'ien  honang-ll),  qui  est  en  l'espèce  Gengis-khan,  cf.  )'uan 
che,  77,  7  b;  ceci  viendrait  ;ï  l'appui  do  l'explication  que  j'ai  proposée  pour 
yiikU  su  jali  (supra,  pp.  [122-124]).  Peut-être  suu  (>  su)  est-il  un  emprunt  ouigour 
au  chinois  jjj'p  Isou,  ('  dz'uo),  «  Fortune  (impériale)  »,  passé  ensuite  du  ouigour 
au  mongol,  et  est-ce  de  cet  emprunt  qu'il  faut  tirer  le  verbe  suyurya-  (ou 
Isuyurya-)  et  soyur^a-  dont,  à  la  suite  de  M.  Rang  et  M"°  von  Gabain,  je  me  suis 
occupé  dans  Toung  Pao,  1930,  302-303.  Le  parallèle  qui  me  manquait  alors  au 
point  de  vue  de  la  transcription  ancienne  d'une  initiale  sonore  dz'-  par  Is-  et  s- 
existe  dans  tsouei  (*  dzhiâi),  «  crime  »,  «  faute  »,  qui  a  été  emprunté  en  ouigour 
sous  les  formes  Isui  et  sut.  Puisque  le  génitif  missi  a  rege  terre  chan,  «  de  [celui 
qui  a]  été  envoyé  par  le  qayan  roi  de  la  terre  »,  répond  ici  sûrement  à  l'équi- 
valent persan  du  mongol  qa^an-u  su-dur,  nous  pouvons  également,  je  crois, 
préciser  par  là  le  début  de  la  lettre  de  Baiju.  J'ai  déjà  été  amené  à  me  demander 
(supra,  pp.  [128-129])  si,  au  début  de  cette  lettre,  là  oii  on  a  ipsius  cfiaam  Iransmis- 
sum,  lra7ismissum  n'aurait  pas  pris  la  place  d'un  autre  mol  répondant  à  sit-diir. 
Avec  le  missi  de  la  lettre  d'Âljigidai,  on  est  tenté  de  lire,  dans  le  préambule 

ItJo] 


LES   .MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  29 

La  lettre  d'Aljigidâi  est  également  bien  conforme  aux 
habitudes  des  édits  mongols  — ,  et  ceci  avait  déjà  frappé 
Rémusat,  —  quand  elle  fait  état  des  exemptions  de  taxes  et 
de  corvées  concédées  par  l'empereur  mongol  aux  chrétiens, 
<>.  afin  qu'ils  prient  d'un  cœur  tranquille  et  volontiers  pour 
notre  royaume  ». 

Restent,  il  est  vrai,  une  grandiloquence  qui  jure  avec  la 
sobriété  des  édits  mongols  authentiques  et  aussi  les  protesta- 
tions excessives  de  zèle  en  faveur  des  chrétiens.  Mais  nous 
n'avons  pas  affaire  ici  à  une  lettre  mongole;  si  cette  lettre 
est  authentique,  la  chancellerie  d'Àljigidâi  l'a  établie  en  persan 
et.  pour  plaire  au  destinataire,  l'a  enjolivée  des  fleurs  d'une 
rhétorique  contre  laquelle  Gengis-khan  lui-même  avait  eu  du 
mal  à  réagir;  ce  n'est  pas  là  un  signe  de  supposition  (1). 
Quant  aux  instructions  de  Giiyiikdene  faire  aucune  distinction 
entre  les  diverses  sectes  chrétiennes  énumérées  à  la  fin  de  la 
lettre,  Âljigidai  les  rappelle  pour  recommander  à  saint  Louis 
de  s'y  conformer.  Mais  il  n'y  a  rien  là  de  bien  surprenant. 
Gùylik  était  entouré  de  ministres  nestoriens,  et,  dans  sa  lettre 
à  Innocent  IV  rapportée  par  Plan  Carpin,  il  reproche  à  la 
chrétienté  latine  de  mépriser  les  autres  sectes  (cf.  supra, 
pp.  [20-21 1).  Même  à  laisser  actuellement  de  côté  les  opinions 
religieuses  éventuelles  d'Àljigidâi,  il  y  avait  autour  de  lui, 
dans  la  région  de  Mossoul  et  de  Tauriz,  des  communautés 
nesloriennes   et  jacobites  importantes  et  on  voit  que  c'est  à 


de  la  lettre  de  Baiju,  Ipsius  chaam  missl,  lequel  missi  aura  été  altéré  d'abord 
on  missum,  puis  en  Iransmissum,  quand,  au  lieu  de  rapporter  ce  mot,  ainsi 
qu'il  était  juste,  au  missus  dominicus  que  fut  Baiju  comme  le  fut  ensuite  Aljigi- 
daï,  on  en  lit  une  épithète  de  verbum.  Pour  une  lettre  mongole  de  l:?ll,  dont  le 
début,  un  peu  défiguré  par  une  double  traduction,  était  sûrement  identique  à 
celui  de  la  lettre  d'Àljigidâi,  cf.  d'Ohsson,  ni,  80  ("  Le  lieutenant  du  maître  du 
ciel  sur  la  surface  de  la  terre,  Cacan  ■•). 

(1)  Il  y  a  ailleurs  des  parallèles  exacts  pour  les  titres  donnés  à  saint  Louis 
dans  le  préambule  de  la  lettre  d'Âljigidiii.  Qu'on  compare  plutôt  ce  préambule 
au  formulaire  de  Qalqasandî,  qui  nous  a  conservé  les  titres  que  les  sultans 
du;  Caire  employaient  dans  leurs  correspondances  diplomatiques  en  s'adressant 
à  des  princes  chrétiens  (voir  H.  Lammens,  Correspondances  diplomatiques,  dans 
Rev.  Or.  chrél.,  1904,  151-187,  en  particulier,  p.  107  pour  le  roi  d'Aragon,  et 
l'exemple  concret  d'une  lettre  à  Louis  XII  datée  de,  1510  et  que  le  P.  Lammens 
cite  p.  170).  Tout  y  est,  y  compris  les  incises  «  Dieu  le  maintienne  ...  ■>,  etc. 

[167" 


30  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

deux  chrétiens  de  Mossoul  qu'il  a  recours  pour  son  ambassade. 
Tout  naturellement,  ces  chrétiens  orientaux,  soucieux  de  ne 
pas  voir  molester  leurs  coreligionaires  de  Syrie  occidentale 
et  de  Palestine  par  les  croisés  que  saint  Louis  amenait,  ont 
fait  insérer  dans  la  lettre  de  leur  maître  un  paragraphe 
protecteur. 

Enfin,  malgré  toutes  les  formules  de  la  politesse  orientale, 
la  lettre  d'Âljigidai  à  saint  Louis  est  une  lettre  d'égal  à  égal  là 
où  il  ne  s'agit  que  de  l'auteur  de  la  lettre  et  de  son  destina- 
taire, mais  de  suzerain  à  vassal  partout  où  Gùyuk  est  en 
cause.  Saint  Louis  est  rex  magnificus,  mais  Guyiik,  le 
qa^^an,  est  rex  terrae,  monarque  universel.  C'est  ce  qui 
ressort  aussi  peut-être  de  l'épithète  de  filius  appliquée  deux 
fois  à  saint  Louis  (1).  D'Ohsson  (ii,  237)  a  compris  qu'Âljigidâi 
appelait  saint  Louis  «  son  fils  »;  mais  le  sens  pourrait  être 
tout  autre.  Le  mot  «  fils  »  est  employé  dans  la  lettre  d'une 
manière  absolue,  sans  adjectif  possessif;  or  on  sait  qu'à 
l'époque  mongole,  kôbà'ûn  («  fils  »)  en  mongol,  o^(ul  et  o^(lan 
(même  sens)  en  turc,  enfin  le  mot  persan  correspondant 
pusâr,  «  fils  «,  sont  pris  très  fréquemment  au  sens  de  «  prince 
[de  la  maison  impériale]  »  (2);  si  c'est  bien  dans  cette  acception 
que  nous  devons  entendre  le  filius,  traduisant  pusâr,  de  la 
lettre  d'Âljigidai,  ceci  impliquera  de  la  part  d'Âljigidrd,  envers 
saint  Louis,  un  effort  de  courtoisie  et  même  de  déférence, 
mais  qui  laissera  tout  de  même  le  roi  de  France,  comme  de 
juste,  sous  l'autorité  souveraine  de  l'empereur  mongol. 

Dans  la  lettre  d'Aljigidai,  il  n'était  presque  question  que  de 
la  faveur  montrée  par  les  Mongols  aux  chrétiens,  c'est-à-dire 
de  religion  et  pas  de  politique.  Incidemment,  on  y  lisait 
bien  que  le  chef  mongol  souhaitait  la  victoire  des  armées 
chrétiennes,  ce  qui  ne  peut  s'entendre  qu'à  propos  de  la  lutte 
des  Croisés  contre  les  Musulmans,  mais  c'était  là  un  ordre  de 


(ly  II  semblerait  que  ce  ne  fût  qu'une  fois  dans  la  plupart  des  éditions, 
car,  la  première  fois,  elles  ponctuent  «  legis  evangelicae  filio,  régi  Francorum  >•; 
mais  c'est  là  l'aboutissement  d'un  décalage  inadmissible  qui  se  répète  à  travers 
tous  les  éléments  de  l'énumération. 

(2)  Cf.  par  exemple  Hist.  secr.  des  Mongols,  %  83  et  129;  K.  P.  Patkanov, 
Istoriya  Mongolov  inoka  Magakii,  91-92;  Blochet,  Hist.  des  Mongols,  ii,  274. 

[168] 


LES    MONGOLS    ET   LA    PAPAUTÉ.  ZP 

problèmes  que  David  et  Marc  avaient  mission  de  traiter  orale- 
ment; Àijigidai  priait  seulement  qu'on  accordât  créance  à 
leurs  propos. 

Cette  dernière  recommandation  n'était  pas  superflue,  tant 
les  deux  envoyés  des  Mongols  tenaient  un  langage  singulier. 
Qu'on  en  juge  plutôt.  Gi'iyuk  avait  pour  mère  une  chrétienne, 
fille  du  prêtre  .Jean;  à  l'instigation  de  sa  mère  et  d'un  saint 
évêque  appelé  Malassias,  il  a  reçu  le  baptême  le  jour  de 
l'Epiphanie  (soit  cette  année,  soit  trois  ans  plus  tôt,  selon  les- 
textes)  en  même  temps  que  18  princes  et  beaucoup  de  grands 
capitaines  (1).  ÂIjigidâi  lui-même,  puissant  bien  qu'il  n'appar- 
tienne pas  à  la  lignée  impériale,  est  chrétien  depuis  plusieurs 
années.  Si  Baiju  a  si  mal  reçu  les  envoyés  du  pape,  c'est  qu'il 
est  païen  et  entouré  de  conseillers  musulmans;  mais  mainte- 
nant, il  est  subordonné  à  Aijigidai,  qui  se  trouve  «  sur  les 
territoires  de  la  Perse,  du  côté  de  l'Orient  »  {i7i  finibus  Persi- 
dis  a  parte  Orientis).  Enfin  le  sultan  de  Mossoul  est  fils  d'une 
chrétienne,  aime  les  chrétiens,  ne  suit  en  rien  la  loi  de 
Mahomet  et  se  ferait  volontiers  baptiser  si  l'occasion  s'y  prêtait. 
Conclusion  :  les  Francs  doivent  coopérer  avec  des  gens  si 
bien  disposés.  L'été  prochain  (1249),  Âljigidai  attaquera  le 
calife  de  Bagdad  qui  a  fait  tant  de  mal  aux  chrétiens:  mais  il 
importe  que  le  sultan  du  Caire  ne  puisse  pas  aller  au  secours 
du  calife;  c'est  au  roi  de  France  à  l'en  empêcher  en  débarquant 
en  Egypte.  Justement  saint  Louis  avait  eu  connaissance,  en 
arrivant  à  Chypre,  de  la  lettre  écrite  de  Samarkand  par  le 
connétable  arménien  Sembat  le  7  février  1248,  et  où  il  étail 
abondamment  question  de  populations  chrétiennes  et  de 
princes  chrétiens.  On  pensa  trouver  là  une  confirmation 
partielle  des  dires  de  David  et  de  Marc. 

En  réalité,  la  mère  de  Gliyiik  n'était  pas  une  fille  du- 
prêtre  Jean,  c'est-à-dire  une  Kerait,  mais  Tôràgànà,  qui  ap- 
partenait, comme  on  le  verra  bientôt,  soit  à  la  tribu  des  Uwas- 
Màrkit,  qui  n'était  pas  chrétienne,  soit  à  celle  des  Naïman,. 


(1)  II  y  a  donc  une  légère  inexactitude  dans  Grousset,  Hist.  de  l'Extr  -Orient, 
u,  440,  d'après  qui  les  envoyés  mongols  auraient  représenté  Giiyiilc  comme  <■  suc- 
le  point  de  se  J'aire  baptiser  ■-. 

[169] 


32  •  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

qui  l'était  peut-être  en  partie;  et  le  saint  évêque  «  Malassias  » 
n'a  pas  coûté  un  gros  effort  d'imagination  si  nous  avons  là 
simplement,  comme  je  le  crois,  le  syriaque  mâr-hasia,  le 
«  Vénérable  Saint  «,  épithète  usuelle  des  évoques  et  que  nous 
connaissons  bien  jusque  dans  les  textes  chinois  (1).  Mais 
David  et  Marc  n'ont  pas  été  les  seuls,  ni  même  les  premiers, 
à  propager  ces  erreurs.  Bar  Hebraeus  {Chron.  syriacum, 
trad.  Bruns,  521)  dit  de  Gi'iyiik  qu'il  fut  «  un  vrai  chrétien  ». 
La  lettre  du  connétable  Sembat,  écrite  de  Samarkand  le 
7  février  1248,  porte  que  Gïiyuk  et  les  siens  se  sont  convertis 
au  christianisme  {chaam  et  omnes  sui  7nodo  facti  sunt 
christiani).  Au  retour  de  son  voyage  de  1245-1247,  André  de 
Longjumeau  lui-mêtiie  avait  dit  que  le  souverain  mongol 
était  fils  d'une  chrétienne  (2),  et  la  mission  d'Ascelin  avait 
recueilli  une  tradition  analogue  (cf.  supra,  pp.  |43,  46,  47, 
56-57]).  Dans  tous  ces  récits,  Gengis-khan  est  confondu  avec 
ses  premiers  successeurs,  et  l'évêque  «  Malassias  »  s'appa- 
rente par  bien  des  traits  au  Rabban-ata  d'André  de  Longju- 
meau et  de  Simon  de  Saint-Quentin  et  à  Tévèque   ouigour 


(1)  Cf.  A.  C.  Moule,  Chrislians  in  China,  Londres,  1930,  iii-8,  157,  150,  22<); 
aussi  la  lettre  de  Tamerlan  à  Ciiarles  VI  («  Juvân  mâr-hasia-i  SiiU/niiyah  »  ; 
voir  T'owKj  Pao,  1914,  037,  où  «  Charles  V  »  est  un  lapsus  ou  une  faute 
d'impression).  La  forme  Malassias  est  bien  celle  donnée  à  la  fois  par  la  lettre 
d'Odon  de  Chàteauroux,  par  Vincent  de  Beauvais  et  par  Guillaume  de  Nangis; 
€t  elle  est  confirmée  indirectement  par  le  «  Thalassias  »  des  Grandes  chroniques 
{IV,  300).  Assemani  {Bibl.  orientalis,  111,  ii,  106  et  480)  a  adopté  Malassias, 
qu'il  interprète  par  Mar-Elias.  On  trouve  par  contre  Malacliias  chez  Zarncke 
{Der  Priesler  Johannes,  81)  et  chez  M.  Rastoul,  IMallachias  chez  Rockhill 
{Rubruck,  xxvn).  Mais  Mallachias  n'est  donné,  à  ma  connaissance,  que  par  la 
traduction  française  de  Guillaume  de  Nangis,  et  je  n'ai  rencontré  Malachias  que 
dans  une  seule  source  ancienne,  les  Ann.  S.  Rudberli  {MGII,  SS.  ix,  790),  qui, 
sauf  peut-être  pour  le  texte  même  de  la  lettre  d'Aljigidai,  sont  tout  de  même 
ici  une  œuvre  de  seconde  main  par  rapport  à  Odon  de  Chàteauroux  et  Vincent 
<le  Beauvais. 

(2)  J'ai  dit  plus  haut  (p.  [117])  pourquoi  André  de  Longjumeau  n'avait  pu, 
contrairement  à  ce  que  M.  Altaner  a  pensé,  recueillir  ces  renseignements  à 
^à  fin  de  124G  ou  au  début  de  1247  auprès  d'Aljigidai,  puisqu'à  cette  date 
Aljigidai  se  trouvait  encore  dans  la  région  de  Karakorum.  Mais  c'est  à  bon 
droit,  je  crois,  que  M.  Altaner  a  supposé  une  origine  commune  aux  deux 
récits;  il  suffit  en  elfet  de  remplacer  le  nom  d'Aljigidai  par  celui  de  David 
pour  que  tout  s'explique,  puisque  Andi'é  de  Longjumeau  avait  di'Jà  eu  affaire 
à  David  dans  la  région  de  Tauriz. 

[1701 


LES  MONGOLS  ET  LA  TAPAUTÉ.  33 

Mar-Denha  de  Bar  Hebraeus.  Du  sultan  de  Mossoul,  nous  ne 
dirons  rien,  puisque  David  et  Marc  eux-mêmes  n'ont  pas  osé 
prétendre  qu'il  avait  été  baptisé  (I).  Reste  Âljim'idai  dont  le 
cas  est  plus  délicat  et  d'un  intérêt  plus  immédiat,  pui.squ'aussi 
bien  c'est  lui  qui  a  envoyé  l'ambassade.  M.  Rastoul  a  dit 
qu'Âljigidrd  était  sûrement  chrétien.  Sans  pouvoir  donner  ici 
sur  ce  personnage  une  étude  d'ensemble  dont  les  matériaux 
restent  très  clairsemés  et  dispersés,  il  sera  bon  de  préciser  un 
ou  deux  points. 

A  vrai  dire,  en  y  regardant  d'un  peu  près,  nous  savons 
très  peu  de  chose  d'Âljigidai.  Son  nom  est  un  ethnique  tiré  de 
celui  de  la  tribu  Àljigin  (2),  branche  des  Quii-rât;  mais, 
pour  des  raisons  très  diverses,  ces  ethniques  ont  été  souvent 
donnés  comme  noms  à  des  personnages  de  tout  autres  tribus 
que  celles  auxquelles  leurs  noms  feraient  songer.  Von  Hammer 
l'a  qualifié  de  .îalaïr,  parce  qu'il  voyait  en  lui  le  .ïalaïr  Alcïdai 
que  Rasidu-'d-Din  mentionne  dans  son  tableau  des  tribus 
(Berezin,  v,  38-39);  mais  ce  .Jahiïr  Alcïdai  était  présent  à 
l'élection  de  Mongka,  ce  qui  ne  dut  pas  être  le  cas  pour  Àljigi- 
dai;  les  deux  personnages,  dont  les  noms  ne  sont  d'ailleurs 
pas  identiques,  me  semblent  donc  à  séparer  (3).  Le  seul  point 


(1)  Le  frère  de  ce  prince  de  Mossoul  était  allé  en  visite  d'iionimage  à  Kara- 
korum  et  était  revenu  avec  Âljigidai,  qu'il  accompagna  au  camp  de  Baiju  le 
17  juillet  l24'7{cL  supra,  p.  117). 

(2)  J'ai  déjà  fait  allusion  (p.  [117])  à  l'expliCcXtion  de  ce  nom  tribal  d'Aljigânpar 
le  mongol  iUjigun,  «  âne  »  ;  c'est  celle  qui  est  donnée  par  Rasïdu-'d-Dîn  (cf. 
Berezin,  Trudy  WIIMO,  v,  156);  l'explication  de  von  Ilammer  (Gesch.  der 
Ilchane,!,  17)  par  ■■  Longue  oreille  ■>  semble  i-ésulter  d'une  coupure  inadmissible 
(jui  retrouverait  le  mongol  Hkin,  «  oreille  »,  comme  second  élément  du  nom. 

(o)  Sur  l'intervention  de  ce  .ïalaïr  Alcidai  au  moment  de  l'élection  de  ^Mongka, 
cf.  aussi  von  Hammer,  Gesch.  d.  Ilchane,  i,  59-60;  d'Ohsson,  u,  2 16-247.  Il  s'est  pro- 
duit des  confusions  entre  les  deux  noms,  et  le  Yuanche  appelle  une  fois  (107,  3  a) 
Xgan-tche-ki-tai,  c'est-à-dire  Aljigidai,  le  prince,  fils  de  Qacï'wn,  qui  est  nommé 
ailleurs  dans  le  même  ouvrage  Ngan-tche-tai,  Aljidai  [*  Alcïdaï]  [Yuan  che,  3,  2  6), 

et  dont  Kasîdu-"il-r>în  orthographie  toujours  le  nom  en  ^ij'-.a^-m  Eljidiii:  cf. 
un  autre  exemple,  moins  assuré,  dans  Blochet,  Hist.  des  Mongols,  u,  12'.  Mais 
VHisloire  secrète  distingue  soigneusement  entre  Aljigidai  et  un  Alèïdaï  qui  cor- 
respond certainement  au  Eljidiii  de  Rasïdu-'d-Dïn  (cf.  par  ex.  ^  275  et  277).  Sous 
l'année  1251,  à  pi'opos  de  l'avènement  de  Blongka,  le  Yuan  che  nomme  succes- 
sivement un  prince  Aljidai  (Alcïdaï),  qui  est  sûrement  le  lils  de  Qaèï'un,  et 
un  personnage  Aljïdai  (Alcïdaï),  qui  pourrait  être  le  .îâlaïr;  et  ensuite,  toujours 

[171] 

ORIENT   CIinÉTlEN.  3 


n  î  REVUE    DE    L  ORIENT   CHRETIEN. 

certain  est  que  Giiyuk,  quelque  temps  après  son  avènement, 
désigna  Aljigidai  pour  le  remplacer  avec  pleins  pouvoirs  dans 
le  Rùm(Asie  Mineure),  la  Géorgie,  les  régions  de  lAlossoul,  de 
Diarbékiret  d'Alep;  et  il  lui  constituait  une  armée  considérable, 
assez  analogue  à  celle  dont  devait  disposer  plus  tard  Hiilagu  (1). 
Aljigidai  eut  donc  alors  une  situation  supérieure  à  celle  de 
Baiju.  qu'il  vint  rejoindre,  comme  nous  l'avons  vu,  le  17  juil- 
let 1217  (cf.  supra,  p.  [117]).  On  peut  supposer,  quoique  rien 
ne  l'établisse  de  façon  sûre,  qu'Àljigidai  ne  resta  pas  avec 
Baiju  dans  la  vallée  de  l'Araxe,  mais  habita  plutôt  la  région 
de  Tauriz,  peut-être  même  une  région  de  la  Perse  un  peu 
plus  orientale;  mais  nous  sommes  alors  mal  fixés  sur  ses 
rapports  avec  le  basqaq  Aryun.  Baiju  était  orgueilleux  et  vio- 
lent, et  il  est  assez  vraisemblable  que  des  conflits  auraient 
éclaté  assez  vite  entre  lui  et  Aljigidai  si  Tattention  de  ce 
dernier  n'eût  été  bientôt  accaparée  par  les  intrigues  qui  ac- 
compagnèrent la  mort  de  Giiyiik  et  la  désignation  de  Mongka. 
Aljigidai,  comme  nous  le  verrons,  tenait  pour  la  branche 
d'Ogodâi,  à  laquelle  Giiyiik  appartenait,  et  il  périt  dans  l'aven- 
ture avec  ses  deux  fils.  Rien,  dans  ce  que  nous  savons  de  lui. 
n'implique  qu'il  ait  été  lui-même  chrétien. 

Faut-il  donc  conclure  de  là  que  David  et  Marc  étaient, 
comme  on  l'a  dit  parfois,  des  imposteurs  ou,  comme  l'ont 
supposé  ceux  qui  leur  ont  été  moins  sévères,  qu'ils  avaient 
vraiment  une   mission,   mais  ont   outrepassé    leur   mandat'? 


sous  la  luôme  ruinée,  il  est  question  du  châtiment  d'Âljigidai,  ce  dernier  étant 
distinct  des  deux  précédents.  La  même  distinction  est  observée  dans  VHistoirc 
secrète  des  Mongols.  Je  crois  d'ailleurs  que  les  deux  noms  sont  foncièrement 
différents,  et  alors  qu'Àljigidai  est  un  ethnique  tiré  de  la  tribu  Àljigin  (Àljigân) 
des  Qonyrat,  je  vois  dans  Alridaï  l'ethnique  dérivé  du  nom  des  Tatar  Alcï. 

(1)  Cf.  Juvvainï,  éd.  de  Mirzà  ÎMuhammad,  i,  211-212;  d'Ohsson,  ii,  205;  dc- 
.luwainï  les  mêmes  renseignements  ont  passé  dans  le  Chronicon  syriacum  de 
Bar  Ileliraeus,  éd.  Bruns,  trad.,  p.  525,  et  trad.  Risch,  Johann  de  Piano  Car- 
pin  i,  327.  Pour  une  époque  antérieure,  nous  avons  peut-être  le  même  person- 
nage dans  le  Eljigidai  qui  était  chiliarque  dans  les  troupes  de  Jôci,  selon  VVassâf 
(trad.  von  Ranimer,  p.  24),  ou  dans  le  Eljigidai  appartenant  à  une  branche 
des  SiikUls  et  qui  était  chiliarque  des  troupes  d'Ogcidai  (Berezin,  dans  T)iid;/^ 
XV,  145).  En  tout  cas,  comme  on  le  verra  plus  loin,  c'est  sûrement  lui  qui  est 
nommé  comme  le  père  d'Aryasun  au  2  275  de  l'Histoire  secrète,  et  c'est  lui  aussi 
qui  >'  est  mentionné  pour  ses  fonctions  dans  la  garde  aux  §  229  et  278. 

[172] 


LES    MONGOLS    KT    LA    PAPAUTE.  ÔiJ 

Contre  Ja  première  hypothèse  milite  le  tait  qu'André  de  Long- 
jumeau,  dont  les  Mongols  ne  pouvaient  pas  connaître  la 
présence  auprès  de  saint  Louis,  avait  déjà  vu  David  au  service; 
des  Mongols  près  de  deux  ans  plus  tôt.  David  accompagna.- 
d'ailleurs  ensuite  la  mission  envoyée  par  saint  Louis,  ce, 
qu'un  imposteur  n'eût  pas  fait.  Enfin,  même  après  un  échec 
qui  est  imputable  en  partie  à  la  mort  de  GiiyiiU,  tous  les 
membres  de  la  mission  mongole  de  1248-1249  ne  disparurent 
pas.  Quand  Guillaume  de  Rubrouck,  sur  la  fin  de  juillet  1253, 
parvint  au  camp  du  prince  Sartaq  dans  la  région  de  la  Volga, 
il  y  trouva  un  des  anciens  compagnons  de  David  à  Chypre,  et 
qui  avait  raconté  dans  l'entourage  de  Sartaq  tout  ce  qu'il 
avait  vu.  Ce  «  compagnon  de  David  »,  qui  savait  le  syriaque, 
le  turc  et  l'arabe,  était  naturellement  un  chrétien  nestorien, 
vraisemblablement  Marc,  le  second  envoyé  de  1218;  nul, 
dans  l'entourage  de  Sartaq,  ne  lui  savait  évidemment  mau- 
vais gré  du  rôle  qu'il  avait  joué  (1). 

Mais  je  ne  crois  même  pas  que  les  envoyés  d'Âljigidai  aient 
pris  sur  eux  de  débiter  les  fables  qu'ils  ont  contées,  et  c'est 
ici  que  je  voudrais  faire  intervenir  un  passage  de  Simon  de 
Saint-Quentin  que  j'ai  déjà  cité  plus  haut  (p.  [111])  :  lors  de 
l'arrivée  de  la  mission  d'Ascelin  au  camp  de  Baiju,  le  con- 
seiller de  celui-ci,  ses  officiers,  ses  interprètes  «  s'enquéraient 


(1)  Sur  le  ■•  imum  de  sociis  David  »,  où  on  a  vu  longtemps  un  chevalier  du 
Temple  (!)  et  que  Zarncke  en  187ti  {Ber  Priesler  Johannes,  88),  puis  Fr.  M. 
Schmidt  en  1885  [L'eber  Rubruk's  Reise,  181)  et  Rockhill  en  1900  ont  été  les  premiers 
à  bien  interpréter,  cf.  Rockhill,  Rubruck,  102,  205;  Van  Den  Wyngaert,  Sinica 
Franciscaiia,  \,  2Ul  ;  T'oung  Pao,  1930,  20S;  l'erreur  est  encore  répétée  dans 
Cordier,  Hisl.  gén.  de  la  Chine,  II,  400.  La  seule  réserve  à  faire  quant  à  l'iden- 
tification de  ce  personnage  et  de  ftlarc  est  que  Rubrouck  parle  d'  «  unum  de 
sociis  David  ■-,  ce  qui  semble  supposer  plusieurs  socii  de  David  ;  or  Marc  était 
seul  en  nom  à  côté  de  David.  Je  suppose  qu'il  y  a  là  une  légère  inexactitude 
dans  la  relation  de  Rubrouck.  SchmidI,  qui  a  bien  vu  que  le  «  unum  de  sociis 
David  »  visait  un  des  membres  de  la  mission  de  1248  et  qui  se  trouvait  à  la 
cour  de  Sartaq  en  1253,  a  compris  (p.  181,  n.  114)  un  passage  subséquent  comme, 
signifiant  que  Guillaume  de  Rubrouck  avait  fait  traduire  la  lettre  de  saint  Louis 
à  Acre  par  un  prêtre  arménien  et  «  un  compagnon  de  David  »;  mais  c'est  une 
méprise  de  Schmidt,  et  le  •<  compagnon  de  David  »,  dans  la  relation  de  Guil- 
laume de  Rubrouck,  est  chez  Sartaq  la  seconde  fois  comme  la  première,  de 
même  d'ailleurs  que  les  prêtres  arméniens;  ni  lui  ni  eux  ne  sont  les  auteurs 
de  la  traduction  exécutée  à  Acre. 

[173] 


36  REVUE    DE    L  ORIENT   CHRETIEN. 

habilement  et  1res  soigneusement  auprès  des  Frères  si  les 
Francs  passeraient  encore  en  Syrie.  Car  [les  ïartares]  avaient 
appris  de  leurs  marchands  que  beaucou})  de  Francs,  disait-on, 
passeraient  en  Syrie  à  bref  délai.  Et  dès  ce  moment  et  peui- 
être  antérieurement,  ils  méditaient  entre  eux  sur  les  entraves  que 
leurs  tromperies  pourraient  nouer  aux  pieds  des  Francs  dès 
leur  arrivée,  soit  par  un  simulacre  de  conversion  à  la  loi 
chrétienne,  soit  par  quelque  autre  ruse  mensongère,  afin 
d'empêcher  les  Francs  de  pénétrer  sur  leurs  territoires,  c'est- 
à-dire  en  Turquie  ou  en  Alep,  et  ils  comptaient  simuler  au 
moins  pour  un  temps  d'être  les  amis  des  Francs  qui  sont  les 
hommes  qu'ils  craignent  le  plus  au  monde,  comme  l'attestent 
les  Géorgiens  et  les  Arméniens.  «  Cette  impression  que 
Simon  de  Saint-Quentin  emportait  de  son  séjour  au  camp  de 
Bai)u,  un  an  et  demi  a^ant  l'arrivée  de  David  et  de  Marc  à 
Chypre,  n'éclaire-t-elle  pas  les  événements  qui  ont  suivi? 
C'est  en  pleine  conlormité  avec  ce  plan,  et  dûment  chargés 
de  l'exécuter,  que  David  et  Marc  ont  parlé  de  la  conversion  du 
grand  khan  et  de  tous  les  siens,  et  de  celle  d'Aljigidai.  Mais 
là  encore  il  ne  faudrait  pas  noircir  à  l'excès  les  Mongols  et 
leurs  messagers.  11  est  bien  probable  qu'Aljigidiii  méditait 
déjà  en  1248  cette  attaque  du  califat  de  Bagdad  que  Hûlàgïi 
devait  mener  à  bien  quelques  années  plus  tard.  Pour  ce  faire, 
une  diversion  franque  sur  l'Egypte  empêchait  le  sultan  du 
Caire  dé  venir  en  aide  au  calife  ;  elle  avait  en  outre  l'avan- 
tage de  tenir  les  Francs  assez  loin  des  territoires  de  l'Asie 
Mineure,  de  la  Syrie  septentrionale  et  de  la  Mésopotamie 
qui  reconnaissaient  l'autorité  mongole;  évidemment  on  s'en- 
tendrait moins  bien  pour  le  partage  des  dépouilles;  mais,  là 
encore,  les  Mongols  ne  doutaient  pas  que  les  Francs  ne 
dussent  devenir,  à  la  longue,  des  vassaux  du  grand  khan. 
Et  quant  aux  rumeurs  de  tant  de  conversions  et  de  baptêmes, 
leur  exagération  ne  doit  pas  faire  oublier  que  les  chrétiens 
nestoriens  ont  joui  auprès  de  Guyiik  d'une  situation  exception- 
nelle et  s'étaient  assuré  les  principaux  postes  de  ministres.  La 
tolérance  superstitieuse  des  Mongols  agréait  bien  mieux  aux 
Nestoriens  que  le  fanatisme  musulman,  et  cette  tolérance  semble 
être  allée  parfois  jusqu'à  faire  attribuer   des  noms  chrétiens 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  37 

aux  enfants  de  familles  qui  ne  Tétaient  pas  ou  l'étaient  fort 
peu.  Les  Mongols  voulaient  les  prières  des  prêtres  de  tous  les 
cultes,  mais  Gijyuk  tenait  surtout  à  celles  des  chrétiens.  Le 
baptême  même  se  donnait  volontiers,  et  peut-être  sans  que 
celui  qui  le  recevait  y  attachât  toujours  une  importance  bien 
grande;  Rubrouk  pense  que  Sartaq  n'était  pas  chrétien,  mais 
on  n'est  pas  sûr  qu'il  n'ait  pas  été  baptisé.  Entin,  ces  chrétiens 
nestoriens  faisaient  volontiers  état,  vis-à-vis  des  Croisés,  de  la 
communauté  de  religion,  mais,  à  un  moment  où  les  choses 
s'arrangeaient  bien  pour  eux  chez  les  Mongols,  ils  en  arrivaient 
presque  à  préférer  ce  régime  aux  avanies  que  les  Croisés  ne 
leur  avaient  pas  toujours  épargnées.  De  là  les  réflexions  assez 
orgueilleuses  insérées  à  leur  instigation  dans  la  lettre  de 
Giiyiik  à  Innocent  IV;  de  là  aussi  les  expressions  plus  modérées, 
mais  non  moins  nettes,  qui  sont  attribuées  à  Giiyiik  par  la  fin 
de  la  lettre  d'AIjigidai. 

Après  en  avoir  délibéré  avec  son  conseil  et  avec  le  légat 
Odon  de  Chàteauroux,  saint  Louis  décida  de  répondre  à  la 
venue  des  envoyés  d'AIjigidai  par  une  double  ambassade;  les- 
envoyés  du  roi  de  France  repartiraient  en  même  temps  que 
David  et  que  Marc,  mais  certains  reviendraient  dès  qu'ils 
auraient  remis  les  messages  destinés  à  Âljigidai,  tandis  que 
les  autres  continueraient  jusqu'à  la  cour  du  grand  khan. 
Saint  Louis  écrivit  à  Aljigidai  et  au  grand  khan;  à  l'instiga- 
tion des  envoyés  mongols,  il  fit  exécuter,  à  titre  de  cadeaux 
pour  le  grand  khan,  une  tente-chapelle  d'écarlate,  où  on 
suspendait  des  panneaux  brodés  illustrant  la  vie  du  Sauveur  (1), 
et  il  remit  en  outre  à  ses  ambassadeurs  des  morceaux  de  la 
vraie  croix  aussi    bien  pour  iiljigidai  que   pour   Gùyuk    (2). 


(1)  C'est  JoinviUe  (éd.  Wailly  de  1808,  47-18,  108)  qui  décrit  en  plus  grand  détail 
cette  chapelle  «  qui  moût  cousta  •■.  Les  Grandes  chroniques  (iv,  301),  qui  ont 
toujours  la  forme  «  Tarse  »  pour  «  Tartare  »,  spécifient  qu'un  des  panneaux 
montrait  ■<  comment  les  trois  roys  de  Tarse  aourèrent  Xoster-Seigneur  »  ;  mais 
il  resterait  à  établir  que  la  confusion  de  «  Tartare  ■•  (=  iMongol)  avec  «  Tarse» 
(nom  du  pays  ouigour  d'où  les  rois  mages  seraient  partis)  existait  déjà  en  1248, 
et  je  crois  plutôt  que  les  Grandes  chroniques  ont  adopté  ici  une  spécification 
rétrospective. 

(2)  Odon  de  Ch;Ueauroux  et  Vincent  de  Beauvais  donnent  sur  tous  ces  points 
des  indications  identiques. 

[175] 


38  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Odoii  de  Châteauroux  envoya  de  son  côté  des  lettres  au  grand 
khaiî,  à.  la  tante  maternelle  (?)  du  grand  khan  (1),  à  Àljigidai 
et  aux  prélats  nestoriens  de  l'empire  mongol,  les  invitant  tous 
à  reconnaître  la  suprématie  de  la  communion  romaine  et  à 
s'y  rallier. 

Entre  temps,  les  envoyés  des  Mongols  se  préparaient  au 
départ.  Le  jour  de  Noël  et  le  jour  de  l'Epiphanie,  ils  avaient 
entendu  très  chrétiennement  la  messe  aux  côtés  du  roi,  qui 
les  avait  en  outre,  la  première  fois,  retenus  au  diner  de  la 
Cour.  Le  25  janvier  1249,  saint  Louis  les  recevait  en  audience 
de  congé;  le  surlendemain  27  janvier,  l'ambassade  mongole 
et  celle  que  saint  Louis  envoyait  en  retour  quittaient  ensemble 
Nicosie  pour  gagner  le  continent  et  s'enfoncer  au  cœur  de 
l'Asie. 

La  mission  envoyée  par  saint  Louis  comprenait,  selon 
Odon  de  Châteauroux,  trois  Dominicains,  à  savoir  les  frères 
André,  Jean  et  Guillaume.  Vincent  de  Beauvais  dit  que  la 
mission  se  composait,  outre  le  frère  André,  de  deux  autres 
Dominicains,  de  deux  clercs  et  de  deux  officiers  du  roi  (2); 
le  frère  André  était  le  chef  de  tous  les  autres  (capUaneus  et 
magister).  Ces  textes  doivent  faire  foi,  et  il  n'y  a  pas  lieu 
d'admettre,  avec  les  Grandes  chroniques  (iv,  301)  et  Thomas 
de  Cantimpré,  que  des  Franciscains  étaient  également  au 
nombre  des  envoyés   de   saint  Louis   (3).  La  lettre  de   Jean 

(1)  Malerlere  sue,  lit-on  aussi  bien  ciioz  Odon  de  Cliàteauroux  que  chez 
Vincontde  Beauvais;  Guillaume  de  Nangis  (p.  oû'i)a.matrisuac  (var.  maire  suae), 
ot  sa  traduction  française  donne  <•  à  sa  mère  ».  Le  Nain  de  Tillemont  (111,  228) 
dit  <■  à  sa  tante,  ou  plutôt  à  sa  mère  ■■.  Rémusat  {Mém.  sur  les  relat.,  53)  a  tra- 
duit par  ••  belle-mère  »,  Zarncke  {Der  Priesler  Johannes,  81)  et,  M.  Altaner 
(p.  13^)  par  •<  mère  ».  Il  serait  assez  naturel  que  le  légat  écrivît  à  cette  mère 
du  grand  khan  (ju'on  lui  a  dite  chrétienne,  n'était  que  la  mère  de  Giiyïik,  Tora- 
gana,  adù  moui-ir  dès  la  fin  de  124G  (toutefois  cf.  les  textes  sur  le  baptême  de 
Gii}  iik,  dont  certains  supposent  encore  cette  mère  vivante  au  début  de  janvier 
1248,  à  tort  d'ailleurs),  et  surtout  vu  que  nos  textes,  quand  ils  parlent  de  cette 
mère  soi-disant  chrétienne,  emploient  mater  et  non  mater lera.  En  principe  maler- 
lera  signifie  «  sœur  de  la  mère  •■,  «  tante  maternelle  -,  et  le  mot  ne  parait  pas 
être  employé  autrement  dans  le  latin  du  moyen  âge.  J'ai  traduit  en  conséquence, 
sans  conviction. 

(2)  Tel  est  le  texte  des  manuscrits  et  des  éditions  anciennes.  L'édition  de 
1G24  a  ici  une  lacune  regrettable;  cf.  d'ailleurs  supra,  p.  [83],  et  Altaner,  133. 

(3)  Thomas  de    Cantimpré,  Bon.  univ.  de  apibus,   Douai,    1627,  in-8,  p.    525 

[1761 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  30 

Sarrasin  précise  plusieurs  noms  (1);  lambassade  comprenait, 
selon  lui,  «  frère  Andrieu  de  l'ordre  de  Saint  Jaque,  et.  1. 
souenz  frerez  (2),  et  maistrez  Jehanz  Goderiche  (3),  et  unz 
autrez  clerz  de  Poissi,  et  Hesberz  li  Sommelierz,  et  Gileberz(4) 
de  Senz  ».  Nous  pouvons  tenir  pour  pratiquement  certain 
que  l'ambassade  était  composée  de  trois  Dominicains,  à 
savoir  André  de  Longjumeau,  Jean  et  Guillaume;  de  deux 
clercs,  qui  sont  évidemment  «  maistrez  Jehanz  (Voderi'^he  « 
et  le  clerc  de  Poissy;  enfin  de  deux  officiers  du  roi  {serviei/les 
régis  comme  les  appelle  Vincent  de  B&auvftis,  «  serjans 
d'armes  »  comme  traduit  Guillaume  de  Nangis),  qui  sont  non 
moins  clairement  «  Hesberz  li  Sommelierz  »  et  Gilbert  de 
Sens  (5).  De  «  Jehanz  Goderiche  »,  de  «  Hesberz  li  Somme 


(II,  54,  ;'  41).  Il  n'est  d'aillours  pas  sur  «iiie  Thomas  de  Cautimpi'é  ait  vraimont 
écrit"  duos  fratres  Praedicatores  et  duos  ;\Iinores  » -,  la  plupart  des  niss.  lOt 
■certaines  éditions;  cf.  par  exemple  Zarncke,  Der  Priesler  Johannes,  87)  nnt 
seulement  ■•  duos  fratres  minores  ■•,  et  il  ne  me  semble  pas  impossible  que 
l'addition  soit  due  à  queUiu'un  (lui,  sachant  bien  que  saint  Louis  avait  envoyé 
des  Dominicains,  a  voulu  corriger  Terreur  de  Thomas  de  Cantimpré;  l'intitulé 
du  chapitre  («  De  fralribus  Praedicaloribus  el  Minoribus  missls...  -)  aurait  alors 
été  modifié,  lui  aussi,  après  coup. 

(l)Jo  prends  ce  passage  dans  Hisl.  des  Crois.,  Occid.,  11,  5G9-rj70,  et  n'ai  pas 
procédé  moi-même  à  une  nouvelle  collation  des  manuscrits.  Il  n'y  a  pas  à  faire 
intervenir  la  prétendue  relation  de  Guibert  de  Tournai  dont  le  P.  Golubovich  a 
fait  état  (II,  362-366),  et  à  sa  suite  M.  Umiiîski,  p.  123;  son  existence  repose  sur 
une  méprise  delvervyn  de  Lettenhove,  el  il  s'agit  de  la  lettre  même  de  Jean  Sar- 
rasin. 

(2)  Il  n'y  a  pas  à  douter,  vu  la  lettre  d"Odon  de  Chàteauroux  et  les  détails  de 
Vincent  de  Beauvais,  qu'il  y  ait  ici  une  erreur:  peut-être  la  lettre  originale  de 
.Jean  Sarrasin  portait-elle  ■•  .11.  »  et  non  «  .1.  •■  ;  mais  peut-être  aussi  l'inexac- 
titude remonte-t-elle  à  Jean  Sarrasin  lui-même. 

(3)  Var.  Godriche. 

(4)  Var.  Gylebert,  (ierbers,  Geribers. 

(5)  Beazley  {Dawn  of  mod.  geogr.,  II,  320)  donne,  comme  compagnons  d'André 
de  Longjumeau,  «  Jehan  Goderiche,  a  priest  and  a  member  of  the  sarae  order, 
two  others  friars,  varions  clergy  of  Poissy,  Gerbert  de  Sens,  Herbert  ie  Som- 
melier', two  clerks,  two  sergeants-at-arms,  Robert  'the  clerk',  John  of  Carcas- 
sonne  and  one  William  ».  C'est  mettre  bout  à  bout  les  indications  des  divers 
chroniqueurs  sans  voir  qu'elles  se  rapportent  aux  mêmes  personnes.  On  sait  que, 
par  une  erreur  de  copie  des  éditeurs,  la  liste  des  membres  de  l'ambassade  a 
été  écourtée  dans  la  réédition  de  Vincent  de  Beauvais  parue  à  Douai  en  I62I 
et  qui  est  la  plus  courante  (cf.  supra,  p.  83);  je  n'y  insisterais  pas  si  le  P.  Batton 
(  Wilhelm  von  Hubruk,  16)  n'avait  encore  donné  cette  leçon  mutilée  comme  étant 
le  texte  véritable  de  Vincent  de  Beauvais. 

[177] 


10  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

lierz  »  et  de  Gilbert  de  Sens,  nous  ne  savons  rien  (1).  Je 
reviendrai  tout  à  Tiieure  aux  dominicains  Jean  et  Guillaume. 
H  reste  un  dernier  personnage,  le  «  clerc  de  Poiss}^  »  de 
Jean  Sarrasin;  on  l'a  identifié  avec  une  extrême  vraisemblance 
dans  les  conditions  suivantes. 

Abel  Rémusat  a  déjà  signalé  [Méni.,  p.  52)  qu'il  était 
question  de  ce  clerc  dans  le  Mare  historiarum  de  Jean  de 
Colonna,  où  on  lit  :  «  Fuerunt  autem  nuncii  domini  régis 
Francorum  ad  Tartaros  quidam  pater  Praedicator  Andréas 
nomine,  cum  duobusaliis  patribussui  ordinis:  quibus  adjuncti 
fuerunt  duo  clerici  seculares;  quorum  unum  adhuc  viventem 
ego  vidi  aetate  jam  valde  decrepitum,  qui  erat  subcantor  in 
ecclesia  Carnotensi,  Robertus  nomine.  »  C'est  ce  Robert,  sous- 
chantre  à  l'église  de  Chartres,  qui  serait  le  «  clerc  de  Poissy  » 
de  Jean  Sarrasin  ;  il  n'y  a  rien  d'inadmissible  dans  son 
passage  à  un  diocèse  voisin.  Longtemps,  ce  texte  gardait 
quelque  chose   d'énigmatique,    puisqu'on  attribuait  le   Mare 


(1)  Rockhill  [Ihibruck,  XXIX)  a  dit  qu'André  de  Longjumeau  avait  pour 
compagnons,  outre  deux  religieux,  <•  foui*  layrnen,  one  oC  whom  would  seeni 
to  bave  been  an  Englishman  ■•.  Mais  il  n'y  a  que  deux  laïcs,  qui  sont  les  deux 
officiers  du  roi;  i>ar  ailleurs  le  nom  de  «  Godericbe  »  est  attesté  en  France  à 
cette  époque.  Les  éditeurs  de  la  lettre  de  Jean  Sarrasin  [Hisl.  des  Crois.,  Occid., 
u,  570)  ont  signalé  l'existence  en  1237,  parmi  les  officiers  de  la  maison  du  roi, 
d'un  •<  Johannes  Goudriche  »,  qui  reçoit  une  certaine  somme  pour  la  fourni- 
ture de  litières,  de  coussins,  de  chapeaux,  de  plumes  de  paon  et  de  cendaux. 
Mais  il  me  parait  d'autre  part  exclu  que  ce  "  Johannes  Goudriche  »  de  1237 
puisse  être  le  >•  Jehanz  Goderiche  »  de  1249.  Quand  Jean  Sarrasin  dit  «  maistrez 
Jehanz  Goderiche,  et  unz  autrez  clerz  de  Poissi  »,  on  peut  bien  ne  pas  pousser 
ses  termes  à  l'extrême  pour  en  tirer  que  «  Jehanz  Goderiche  »  était  lui  aussi 
originaire  de  Poissy,  mais  il  restera  toujours  qu'il  était  clerc,  ce  avec  quoi 
l'épithète  de  «  maître  "  cadre  parfaitement;  ce  ne  devait  donc  pas  être  lui 
l'officier  de  la  maison  du  roi  et  le  fournisseur  de  1237.  Les  mêmes  éditeurs  de  la 
lettre  de  .Jean  Sarrasin  ont,  à  mon  avis,  raison  de  ne  pas  vouloir  identifier 
notre  Gilbert  de  Sens  à  un  mendiant  paralysé  de  même  nom,  sexagénaire,  qui 
fut'guéri  en  1274  an  tombeau  de  saint  Louis;  il  n'est  en  effet  pas  bien  probable 
qu'un  sertnens  de  la  maison  du  roi  soit  tombé  à  la  rriendicité,  et  le  Gilbert  de 
Sens  des  Miracles  de  saint  Louis  [Bec.  des  Hisl.,  xx,  132)  était  d'ailleurs  simple 
serrurier  de  son  état.  [M  Soranzo,  Il  Papalo,  134,  cite,  comme  l'un  des  Demi-- 
nicains  de  la  mission,  «  fra  Giovanni  Goudrich  di  Carcassona  »;  c'est  qu'il 
amalgame  les  données  d'Odon  de  Chàteaurôux  et  celles  de  Jean  Sarrasin.  On 
verra  que  le  dominicain  Jean  mentionné  par  Odon  de  Châteauroux  est  bien 
Jean  de  Carcassonne;  mais  il  est  non  moins  clair,  par  la  façon  dont  s'exprime 
Jean  Sarrasin,  que  ■•  maître  >■  Jehan  Goderiche  était  un  clerc  sécuUer.] 

[178] 


LES    MONGOLS    HT    LA    PAPAUTÉ.  41 

historiannn  à  un  dominicain  de  Rome,'  archevêque  de  Mes- 
sine en  1255,  et  qui  dut  mourir  vers  1264;  celui-là  n'avait 
pu  connaître  le  clerc  Robert  de  la  mission  de  1249-li^51  déjà 
dans  une  extrême  vieillesse.  Mais  on  est  d'accord  aujourd'hui 
pour  voir  dans  le  Mare  Inaioriarimi  l'œuvre  d'un  autre  Jean 
de  Colonna,  également  d'origine  romaine  et  dominicain,  et 
qui  était  très  probablement  le  neveu  de  Landulphe  de  Colonna; 
ce  Landulphe  de  Colonna,  Romain,  chanoine  de  Chartres  dès 
1290,  mais  résidant  à  Rome,  vint  habiter  Chartres,  où  il  fut 
économe  du  diocèse,  de  1299  à  1328,  pour  se  retirer  à  Rome 
vers  1329  (1).  Jean  de  Colonna,  qui  serait  son  neveu,  écrivait 
vers  1339-1340;  enfin,  si  ce  Jean  de  Colonna  est  bien  l'auteur 
des  notes  historiques  ajoutées  sur  un  feuillet  blanc  d'un* 
Lactance  de  la  Bodléienne,  il  est  né  en  1298  (2).  On  conçoit 
qu'ayant  éventuellement,  dans  son  adolescence,  rejoint  à 
Chartres  son  oncle  le  chanoine  Landulphe,  Jean  de  Colonna  ait 
pu  voir  à  l'église  de  cette  ville,  vers  1315,  le  vieux  sous- 
chantre  Robert,  qui  devait  être  alors  nonagénaire. 

Nous  en  venons  maintenant  aux  deux  Dominicains  qui  ac- 
compagnaient André  de  Longjumeau,  à  savoir  Jean  et  Guil- 
laume. Jean  est  sûrement  Jean  de  Carcassonne  dont  je 
parlerai  bientôt;  le  cas  de  Guillaume  est  plus  embarrassant. 

Il  serait  évidemment  facile  de  dire  qu'il  s'agit  d'un  Domini- 
cain appelé  Guillaume  et  dont  nous  ne  savons  rien  (3)  ;  mais 
il  y  a  certains  indices  que  nous  ne  devons  pas  négliger. 
Joinville  (p.  48)  parle  seulement  de  deux  Frères  prêcheurs. 


(1)  Cf.  à  ce  sujet  L.  Delisle,  dans  Bibl.  de  t'Éc.  des  Charles,  t.  XL\'I  [1885],. 
658-660;  Molinier,  Les  sources  de  l'hist.  de  France,  n"'  2910  et  2911.  Le  Réper- 
toire'^ (l'Ulysse  Chevalier  (i,  995)  suit  encore  les  anciennes  erreurs  sur  Jean  de- 
Colonna. 

(2)  'Molinier  écrit  1294,  mais  il  y  a  là  une  inadvertance  ;  129 1  est  la  date  des- 
preinières  notes;  Tauteur  dit  lui-même  être  né  en  1298;  cf.  Balzani,  dans- 
Arch.soc.  Rom.  star,  pair.,  vni  [18S5],  232,  234,  241,  et  L.  Delisle,  loc.  cit.,  p.  660; 
j'ai  cité  la  date  de  1294  d'après  Jlolinier,  supra,  p.  [92J. 

(3)  Chapotin,  HisL  des  Domin.  de  la  prov.  de  France,  p.  407,  l'appelle  "  Ciuil- 
laume  de  Carcassonne  »,  mais  c'est  par  confusion  avec  son  compagnon  Jean  de- 
Carcassonne.  [M.  Soranzo,  //  Papato,  134,  renvoyant  à  Altaner,  134,  prête  à  ce 
dernier  l'opinion  que  Guillaume  serait  le  Franciscain  Guillaume  de  Rubrouck 
et  il  réfute  cette  liypothèse.  L'hypothèse  serait  en  effet  extravagante,  mais 
M.  Altaner  n'a  rien  dit  de  pareil.] 

[179] 


-12  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

et  non  de  trois;  mais  il  ajoute  que  ces  deux  Dominicains 
«  savoient  le  sarrazinnois  ».  Ce  n'était  sûrement  pas  le  cas, 
on  le  verra,  de  Jean  de  Carcassonne;  nous  sommes  ainsi 
amenés  à  supposer  que  Joinville,  en  dictant  ses  souvenirs,  ne 
se  rappelait  que  ceux  qui  pouvaient  se  tirer  d'affaire  par  eux- 
mêmes  au  cours  de  leur  mission.  Mais  si  le  frère  Guillaume 
savait  le  «  sarrazinnois  »,  c'est  selon  toute  vraisemblance  que, 
comme  André  de  Longjumeaii,  il  avait  déjà  voyagé  en  Orient; 
ceci  restreint  sensiblement  le  cercle  des  investigations.  Le  Guil- 
laume de  Montferrat  qui  avait  connu  saint  Dominique  à  Rome 
en  1217  et  dont  on  ne  trouve  plus  de  mention  après  1237. (cf. 
■supin,  [61-62|)  est  hors  de  question.  Un  songerait  plus  volon- 
tiers à  Guillaume  de  Tripoli,  né  à  Tripoli  de  Syrie  vers  1220, 
moine  dominicain  du  couvent  d'Acre,  et  qui  fut  désigné  en 
1271  (1),  avec  Nicolas  de  Vicence,  pour  accompagner  les  Polo 
à  Pékin;  il  aurait  pu,  dès  1218,  être  envoyé  d'Acre  en  Chypre 
auprès  de  saint  Louis.  jMais  on  sait  que  les  deux  Dominicains 
de  1271  rebroussèrent  vite  chemin,  et  Guillaume  de  Tripoli 
vécut  à  nouveau  dans  son  couvent;  il  a  laissé  sur  l'islam  un 
écrit  qui  est  publié  (2).  S'il  avait  déjà  fait  antérieurement  le 
voyage  de  Mongolie  avec  André  de  Longjumeau,  on  se  fût 
attendu  à  le  voir  moins  pusillanime  et  surtout  on  eût  pensé 
qu'il  serait  fait  allusion  à  ce  premier  voyage  soit  dans  les 
récits  de  Marco  Polo,  soit  dans  son  propre  ouvrage  même; 
lui  aussi  me  paraît  donc  à  écarter. 

Il  reste  une  dernière  possibilité,  qui  n'atteint  même  pas  à 
la  probabilité,  mais  que  je  crois  cependant  bon  de  consigner  ici 
provisoirement.  On  se  rappelle  que  la  lettre  de  Jean  Sarrasin 
mentionne,  comme  ayant  fait  partie  de  l'ambassade  de  saint 
Louis,  «  frère  Andrieu  de  l'ordre  de  Saint  .Jaque,  et.  I.  souenz 
frerez  ».  On  a  généralement  admis,  et  moi-même  ai  suivi 
plus  haut  cette  interprétation,  que  le  a  sien  frère  »  désignait 
un  frère  en  religion,  un  ^<  confrère  »,  c'est-à-dire  que  le  terme 


(1)  M.  Altaner  (p.  87)  indique  1273-1274,  vraisemblablement  à  cause  de  la  note 
138  de  la  p.  66,  à  laquelle  il  renvoie  p.  88.  Mais  c'est  aller  contre  ce  que  le  texte 
même  de  Marco  Polo  semble  imposer;  cf.  Marco  Polo,  éd.  Yule  et  Cordier, 
j,  22-24. 

(2)  Cf.  les  intéressantes  remarques  que  M.  Altaner  lait  sur  ce  traité  (pp.  85-87). 

[180] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  43 

équivalait  simplement  ici  à  «  Dominicain  ».  Rockhill  (Ru- 
hriick,  XXIX)  est,  je  crois  bien,  le  seul  à  avoir  compris 
qu'André  de  Longjumeau  était  accompagné  par  «  son  frère  » 
{his  brotlier).  Bien  que  cette  version  surprenne  au  premier 
abord,  elle  n'a  rien  d'impossible  dans  la  lettre  du  texte,  et  on 
devrait  alors  admettre  que  ce  frère  d'André  de  Longjumeau 
était  Dominicain,  lui  aussi,  étant  donné  ce  que  nous  disent  à 
ce  sujet  toutes  les  sources;  par  ailleurs,  ce  serait  forcément 
là  le  Guillaume  d'Odon  de  Châteauroux,  puisque  Jean  de 
Carcassonne,  comme  on  le  verra,  ne  pouvait  être  le  frère 
d'André  de  Longjumeau;  enfin  Guillaume,  ce  frère  d'André 
de  Longjumeau  et  Dominicain  comme  lui,  devrait  avoir  fait 
partie  de  missions  en  Orient  puisque  c'est  lui,  et  non  Jean  de 
Carcassonne,  qui  doit  être  le  second  des  Dominicains  sachant 
le  «  sarrazinnois  »  que  mentionne  Joinville.  En  somme,  Jean 
Sarrasin,  tout  comme  Joinville,  aurait  laissé  de  côté  Jean  de 
Carcassonne.  Or  il  se  trouve  qu'on  a  trace,  à  cette  époque, 
d'un  missionnaire  d'Orient,  Dominicain,  qui  ne  s'appelle  pas 
à  vrai  dire  Guillaume  de  Longjumeau,  mais  Gui  de  Long- 
jumeau (Guido  de  Longimello);  lui  et  son  compagnon  {socius) 
furent  mis  à  mort  par  les  musulmans  quelques  années  avant 
la  prise  d'Antioclie,  c'est-à-dire  avant  1268  (1).  Le  »<  Willel- 
mus  »  du  manuscrit  unique  de  la  lettre  d'Odon  de  Château- 
roux  ne  serait-il  pas  en  définitive  le  résultat  d'une  abrévia- 
tion première  mal  interprétée  et  qui  aurait  visé  Gui  de  Long- 
jumeau (2)? 

Enfin,  à  côté  d'André  de  Longjumeau  et  de  «  Guillaume  », 

(1)  C'est  dans  des  notes  que  le  P.  Mandonnot  a  eu  l'amabilité  de  me  confier 
que  j'ai  rencontré  la  phrase  suivante  de  Bernard  Gui  {Fralres  passi  pro  flde, 
mss.  de  Rodez,  Arch.  génér.)  :  Occisi  quoque  sunt  glad'ds  Sarracenorum  in 
eisdem  pariibus  Iransmarinis  fr.  Guido  de  Longimello,  vir  dévolus  et  sanctus,  et 
socius  suus,  per  aliquol  annos  ante  flebileui  Anliocldae  captionem  et  captivilatein. 
Le  même  Gui  de  Longjumeau  est  évidemment  visé  dans  ce  texte  de  Martène, 
Ampliss.  CoUeclio,  vi,  338  (emprunté  à  un  mss.  anonyme  de  1367)  :  la  Anliochia 
cum  caperelur,  passus  est  Slephanus  cpiscopm  cumaliis  IV  fralribus.  Anle  hanc 
capdvitalcm  in  eisdem  pariibus  passi  sunl  frater  Guido  el  socii  [sic;  corr.  socius?] 
ejus. 

(2)  Mon  idée,  en  ce  cas,  serait  qu'entre  Guido  et  Wilhelmus  s'est  interposée 
une  forme  Guillelmus,  ou  à  la  rigueur  qu'Odon  avait  écrit  Guido  sous  la  forme 
«gaiement  possible  de  Wido. 

[1811 


41  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Odon  de  Châteauroux  indique  un  troisième  Dominicain  ap- 
pelé Jean.  Il  y  a  déjà  plus  d'un  siècle,  Al»el  Rémusal  {Mêm., 
p.  52)  a  signalé  que  Bernard  Gui  mentionnait  ce  personnage, 
dans  sa  Vie  d'Innocent  IV,  comme  un  certain  Jean,  surnommé 
«  de  Carcassonne  »,  bien  qu'il  fût  Français  d'origine  (et  non 
Provençal)  (1).  On  ne  paraît  pas  avoir  remarqué  qu'un  renseigne- 
ment suppémentaire  était  fourni  par  une  autre  œuvre  de 
Bernard  Gui,  VHistoria  fondationis  conventum  ordinis  Prae- 
dicatorum  ToJosanae  et  Provinciae  provincico-um.  Bernard 
Gui  y  raconte,  entre  autres,  la  fondation  du  couvent  de 
Carcassonne,  et,  parmi  les  frères  se  trouvant  au  couvent  en 
1252,  nomme  «  Johannes  de  Carcassona,  sic  dictus,  erat  tamen 
Gallicus  natione,  neposque  domini  Clarini  episcopi  Carcas- 
sonensis...  »  (2).  Enfin,  outre  les  ouvrages  conservés  et 
publiés  de  Bernard  Gui,  il  y  avait  de  lui  au  couvent  de 
Carcassonne,  avant  la  Révolution,  des  manuscrits  aujourd'hui 
disparus,  mais  dont  l'un  au  moins  a  été  largement  utilisé 
parSouèges  dans  l'ancienne  Année  dominicaine  (3).  Bernard 

(1)  •■  Anno  Domini  Mccxi.viii...  [saint  Lnuia  arrive  en  Chypre].  Inde  verù  misit 
Uex  Ludovicus  Fratrcm  Andream,  \:  Fratrom  Johanneni  cognominatiim  de 
Carcassona,  erat  tamen  (iallicus  natione,  Ordinis  Fratrum  Praedicatorum,  ad 
Itegem  Tartarorum  cum  magno  apparatu  &  ornamentis  Eccle.siasticis  preciosis. 
ut  invitaret  eum  ad  Fidem  Christi,  quoniam  credebatur  quod  dictus  Rex  ad 
Fidem  nostram  suum  animum  inclinabat...  »  (Muratori.  Rer.  Ital.  SS.,  m  [1723]^ 
591).  Abel  Rémusat  ajoute  en  outre  une  l'élérence  à  la  Vie  d'Innucenl  IV  par 
Amalric  Auger,  mais  il  a  dû  faire  quelque  confusion,  ou  bien  a  voulu  indiquer 
seulement  que  le  texte  d'Amalric  Auger  s'apparentait  d'une  façon  générale  à 
celui  de  Bernard  Gui,  mais  le  nom  de  Jean  de  Carcassonne  n'y  apparaît  pas 
(cf.  JMuratori,  SS,  III,  ii,  400;  ou  Eccard,  Corpus  hisl.  Medii  Acvl,  n  [1723]. 
1773-1774). 

(2)  E.  Martène  et  F.  Durand,  l'eler.  scriplor...  ampL  coUcctio,  vi  [1729],  475: 
cf.  aussi  hec.  des  hisl.,  \\i,  G96.  C'est  d'après  IMartène  que  l'indication  a  passé 
dans  la  Gallia  chrisliana,  vi,  886. 

(3)  Sur  l'ancienne  Année  dominicaine,  cf.  supra,  pp.  [88-89]  Les  travaux  fon- 
damentaux .sur  Bernard  Gui  sont  le  mémoire  de  Léopold  Delisle  dans  les  No(. 
et  Ext.,  xxvn,  2*  partie.  169-455,  et  la  notice  due  à  U.  A.  Thomas  dans  Hist.  lilt. 
de  la  France,  xxxv  [1921],  139-232.  Delisle  a  déploré  la  disparition  des  mss.  de 
Carcassonne,  mais  ni  lui  ni  M.  Thomas  n'ont  connu  ce  que  l'ancienne  Année 
dominicaine  leur  a  emprunté;  je  puis  garantir,  pour  avoir  manié  un  certain 
nombre  des  volumes,  qu'il  vaudrait  d'extraire  de  cette  précieuse  compilation 
tout  ce  qu'elle  a  conservé  des  mss.  perdus  de  Bernard  Gui.  Les  indications  de- 
Mahul,  Carlulaire  et  Arch.  de  Carcassonne,  in-4,  en  particulier  celles  du  t.  VK 
p.  464,  où  il  est  question  d'un  manuscrit  de  B.  Gui,  me  semblent  aller  à  l'en- 

[182] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTE.  45 

Oui,  qui  fui  nommé  prieur  du  couvent  de  Carcassonne  en 
1297,  était  naturellement  en  mesure  de  se  renseigner  sur 
riiistoire  de  ce  couvent.  C'est  de  ces  manuscrits  de  Carcas- 
sone  que  Souèges  a  tiré  les  matériaux  de  la  notice  suivante, 
placée  sous  le  20  juillet  (1)  : 

A  Carcassonne  le  Vénérable  Père  Jean  surnommé  de  Carcas- 
sonne, du  nom  de  sa  famille,  car  il  étoit  Champenois  de  nation. 
Le  zèle  qui  l'embrazoit  pour  la  conversion  des  peuples,  le  faisoit 
singulièrement  chérir  du  roy  saint  Loiiis,  qui  l'envoya  avec  plu- 
sieurs autres  de  ses  Frères  aux  Tartares,  pour  les  inciter  de  sa 
part  à  embrasser  le  Foy  de  Jesus-Christ.  S'étant  rendus  à  saint 
Jean-d'Acre,  autrement  Ptolémaïde,  ils  furent  encore  cent  journées 
au-delà,  où  ils  travaillèrent  glorieusement  pour  la  dilatation  de  la 
Foy.  Ce  Pore  en  étant  revenu,  rapportoit  avec  des  singuliers 
sentimens  de  dévotion,  ce  qu'il  avoit  vu,  oiii  dire,  &  souffert  en  ce 
voyage.  Il  fut  quelque  temps  Conventuel  à  Carcassonne,  avec  les 
Vénérables  Pères  Martin  Donadieu  (duquel  nous  avons  écrit  la  vie 
au  troisième  de  Way,)  et  Pierre  Régis  (de  qui  nous  parlerons  à 
l'onzième  d'Août,)  ausquels  il  racontoit  ces  particularitez,  (jue  le 
Ires-pieux  &  tres-soigneux  Ecrivain  Bernard  (.uidonis  apprit  de 
leur  bouche,  lorsqu'ils  vivoient  aussi  ensemble  au  même  Convent, 
où  il  les  écrivit,  selon  qu'on  les  trouve  dans  l'un  de  ses  manu- 
scrits qui  se  gardent  dans  cette  bibliothèque,  d'où  nous  les  avons 
prises.  Il  y  ajoute  que  ce  Père  Jean  portoit  le  visage  d'un  Saint, 
par  les  traits  de  la  grâce  qu'on  y  voyait  admirablement  reluire.  Le 
principal  sujet  qui  l'obligea  d'aller  à  Carcassonne,  fut  que  le  roy 
S.  Louis,  Fondateur  de  ce  Couvent,  voulant  y  donner  des  nou- 
velles marques  de  sa  pieté  envers  Die  a.  cS:  de  son  amour  & 
estime  pour  les  Religieux,  leur  envoya  un  ornement  entier  d'une 
belle  étoffe  de  couleur  de  saffran,  pour  faire  l'office  divin  avec  plus 
de  décence  (2).  Cet  ornement  contenoit  le  devant  d'autel,  la  chasuble, 
les  deux  Dalmatiques,  »S:  les  autres  choses  requises  pour  le  Service 
divin.  Ce  pieux  Monarque  choisit  nôtre  Père  Jean  pour  faire  ce 
présent;  à  quoy,  outre  le  motif  particulier  de  son  mérite  &  de  sa 
religion,  il  pourroit  s'être  porté  par  la  considération  de  l'Evêque 
de  Carcassonne,  nommé  Clerin,  oncle  de  nôtre  Religieux,  &  très 
recommandable  comme  luy  pour  sa  sainteté,  &  pour  sa  science.  II 

contre  de  tout  ce  qu'on  sait  par  ailleurs.  .Mon  attention  a  été  atth-éc  d'abord 
sur  les  textes  de  l'anciQnne  Année  dominicaine  par  une  note  du  recueil  manus- 
crit du  P.  Balnie  (sur  lequel  ci',  supra,  p.  'OD. 

Il)  2'  vol.  de  juillet,  paru  en  1691,  i'.  lOW;  BN,  II  4105.  En  marge  :  1-jnO...  ex 
Mss.  Ca)'ras.  Bern.  Guido. 

U)  Note  marginale  :  ■•  De  Examelo  cioccu.  pulchro  &  bono,  dit  Guidoni*.  • 

^183; 


46  REVUE    DE    L  ORIENT    CHRETIEN. 

ctoit  grandement  afTectionné  à  Ions  les  serviteurs  de  Dieu,  &  sin- 
gulièrement à  nos  Pères,  ausquels  même  il  ottrit  au  commence- 
ment de  leur  fondation,  &  avant  qu'ils  fussent  bâiis,  le  Prieuré  de 
sainte  Marie  du  Vieux-Bourg;  mais  ils  s'excusèrent  de  le  prendre 
à  cause  de  la  pauvreté  étroitement  mendiante  qu'ils  professoient. 
Ce  Prélat  étant  allé  par  je  ne  sçay  quelle  occasion  au  Puy  en 
Velay,  y  deceda,  &  voulut  être  enseveli  dans  nôtre  Eglise.  Son 
digne  neveu  sortit  de  Carcassonne,  &  pourroit  être  qu'étant 
Ciiampenois,  &  du  couvent  même  de  Troyes,  il  s'y  retira,  &  y 
linit  sa  sainte  vie;  mais  n'en  trouvant  rien  de  certain,  ce  que  nous 
avons  dit  suffira  pour  le  représenter  comme  un  de  ces  chevaux 
''  Evangéliques,  qui  selon  le  Prophète  Zacliarie,  au  chapitre  6.  verset 

7.  de  sa  Prophétie,  étans  animez  d'une  vigueur  &  d'une  force 
extraordinaire,  cherchent  à  courir  toute  la  terre.  Qui  autem  erant 
robustissimi  exierunt,  &  quaerebant  ire,  &  discurrere  per  omnem 
terram... 

Ce  texte,  pour  important  qu'il  soit,  n'est  pas  toujours  aussi 
précis  que  nous  le  souhaiterions;  nous  aimerions  en  outre  à  pou- 
voir y  faire  un  départ  certain  entre  le  fond  pris  de  Bernard  Gui 
et  les  additions  qui  sont  le  fait  de  Souèges.  Tel  quel,  voyons 
ce  qu'il  nous  apprend. 

On  remarquera  d'abord  que  B.  Gui,  nommé  prieur  du 
couvent  de  Carcassonne  en  1297,  n'a  pas  connu  personnel- 
lement le  P.  Jean  de  Carcassonne,  et  tient  les  détails  con- 
cernant la  mission  chez  les  Mongols  des  PP.  Martin  Donadieu 
et  Pierre  Régis,  à  qui  le  P.  Jean  les  avait  contés.  Du  P.  Pierre 
Régis,  je  sais  seulement  qu'il  était  originaire  de  Fanum-Jovis, 
et  fut  lecteur  du  couvent  de  Carcassonne  en  125'2  (1).  Malgré 
le  renvoi  de  Souèges  à  une  notice  qu'il  devait  donner  sous  le 
11  août,  et  bien  que  les  volumes  d'août  de  l'ancienne  Année 
dominicaine  soient  encore  de  lui,  on  n'y  trouve  rien  sur  le 
P.  Régis  à  la  date  annoncée,  et  la  nouvelle  Année  dominicaine. 
qui  est  munie  d'un  index,  n'a  rien  sur  lui  sous  aucune  date; 
il  me  paraît  donc  probable  que  Souèges  ait  omis  accidentel- 
lement, sous  le  11  août,  une  notice  qu'il  comptait  vraisem- 
blablement emprunter,  elle  aussi,  aux  manuscrits  de  Bernard 

(1)  Le  renseignement  est  lourni  par  B.  Gui,  Hisloria  fiindalionis..,  dans  3Iar- 
tène  et  Durand,  Vet.  Scr...  ampl.  coll.,  VI,  col.  475-481  ;  cf.  aussi  BN,  Lat.  548G, 
256  suiv.  Je  suppose  que  «  Petrus  Régis  de  Fano-Jovis  »  était  originaire  de 
Fanjeaux,  arrondissement  de  Castelnaudary  (Aude). 

[181! 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTE,  4i 

Gui  conservés  dans  le  couvent  de  Carcassonne  (1).  C'est  en 
tout  cas  très  expressément  à  ces  mêmes  manuscrits  que  Souèges 
doit  la  biographie  de  Martin  Donadieu  qu'il  a  publiée  sous  le 
;]  mai  (2);  comme  il  le  dit,  c'est  la  seule  qui  existe,  car  tous 
les  historiens  de  Tordre,  pendant  quatre  siècles,  n'avaient 
rien  su  de  ce  religieux.  Si  on  corrige  quelques  indications 
contradictoires  qui  paraissent  dues,  chez  le  P.  Souèges,  à 
des  négligences  et  des  foutes  d'impression,  il  semble  que, 
deux  ans  après  que  des  lettres  patentes  de  saint  Louis,  en 
date  du  milieu  de  12  17,  eurent  fait  créer  un  couvent  de  Domini- 
cains à  Carcassonne,  Martin  Donadieu,  originaire  de  Grasse  (3),  y 
reçut  l'habit  des  mains  d'un  Dominicain  assez  connu,  le 
Catalan  Ferrer,  premier  prieur  du  nouveau  couvent.  Entré 
dans  ce  couvent  de  Carcassonne  en  1249,  le  P.  Martin  Dona- 
dieu y  demeura  un  demi-siècle,  jusqu'à  sa  mort  qui  survint 
le  3  mai  1299,  sous  le  priurat  de  Bernard  Gui;  il  était  la 
chronique  vivante  du  couvent  depuis  sa  fondation,  et  Bernard 
Gui  doit  beaucoup  à  ses  récits  (  l). 

Dans  l'histoire  du  P.  Jean  de  Carcassonne,  un  point  est  bien 
acquis.  Bernard  Gui  nous  l'a  nommé  dans  YHistoria  funda- 
tionis  comme  se  trouvant  au  couvent  de  Carcassonne  en  1252; 


(1)  Je  ne  sais  pourquoi  Souèges  voulait  placer  cette  biographie  sous  le  11  août. 
C'est  sous  cette  même  date  qu'il  parle,  très  brièvement  d'ailleurs,  d'André  do 
Longjuineau,  à  raison  de  la  translation  de  la  Couronne  d'épines  qui  est  fêtée 
ce  jour-là;  mais  je  ne  vois  aucun  lien  à  établir  entre  la  translation  et  Pierre 
Régis.  Le  plus  probable  est  «lue  les  manuscrits  de  Bernard  Gui  plaçaient  la  mort 
de  Pierre  Régis  au  II  août. 

(2)  UAnnée  domlnicainr,  mai  1'"  partie.  Amiens,  1686.  in-4,  pp.  95-99;  BX,  Il 
4402. 

(3)  II  s'agit  de  Lagrasse.  chef-lieu  de  canton  de  l'arrondissement  de  Carcas- 
sonne (Aude). 

(4)  «  II  estoit  fort  soigneux  de  s'instruire  des  choses  de  l'Ordre,  sur  tout  ce 
qui  regardoit  son  institution  ^^  son  progrès,  &  en  estoit  si  bien  informé,  qu'il 
auroit  dit  année  par  année  tout  ce  qui  y  estoit  arrivé,  &  qui  estoit  venu  à  sa 
connaissance  jusqu'à  son  temps  :  &  c'est  uniquement  de  luy  que  le  Père  Gui- 
donis  assure  avoir  appris  tout  ce  qu'il  a  écrit  dans  son  Manuscrit  de  la  fonda- 
tion du  couvent  de  Carcassonne,  de  son  avancement,  &  des  premiers  Religieux 
qui  y  fureut  assignez.  &  des  Prieurs  qui  l'avoient  gouverné  jusqu'alors...  - 
(Souèges,  sous  le  3  mai,  p.  98).  Je  suis  toutefois  surpris  que  dans  VHisloria 
fundalionis  convenluum...  de  B.  Gui,  où  on  trouve  bien  les  PP.  Jean  de  Carcas- 
sonne et  Pierre  Régis  parmi  les  premiers  religieux  du  couvent  de  Carcassonne. 
le  nom  de  Martin  Donadieu  semble  omis. 

[185: 


48  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

le  P.  Souèges  a  parlé,  d'après  un  manuscrit  perdu  de  B.  Gui, 
des  récits  que  Jean  de  Carcassonne  faisait  de  son  voyage  de 
Mongolie  aux  P.P.  Martin  Donadieu  et  Pierre  Kegis.  Il  est  donc 
certain  qu'après  le  voyage  de  Mongolie,  dont  il  était  de  retour 
à  Césarée  en  1251,  Jean  de  Carcassonne  habita  le  couvent  de 
Carcassonne  un  temps  plus  ou  moins  long.  Mais  s'il  y  était 
effectivement  dès  1252,  comme  VHistoria  fundationis  de 
B.  Gui  semble  l'impliquer,  nous  devrons  admettre  qu'il  est 
rentré  en  France  immédiatement  après  la  mission  de  Mongolie 
«t  sans  attendre  que  saint  Louis  quittât  l'Orient  à  son  tour.  Il 
se  pourrait  toutefois,  si  le  P.  Jean  avait  appartenu  au  couvent 
de  Carcassonne  avant  de  partir  pour  la  croisade,  que,  dans  son 
tableau  rétrospectif  de  1252,  B.  Gui  le  comptât  encore,  malgré 
son  absence,  comme  un  des  frères  de  ce  couvent  où  il  revint 
certainement  par  la  suite.  Voyons  donc  si  nos  textes  nous  four- 
nissent quelques  indices  à  ce  sujet. 

Certainement  dans  son  Historia  fundationis,  et  très  prolta- 
blement  dans  la  notice  latine  perdue  dont  le  P.  Souèges  s'est 
inspiré,  Bernard  Gui  a  dit  que  le  P.  Jean  était  le  neveu  de  Cla- 
rin,  évêque  de  Carcassonne.  Ce  Clarin  est  bien  connu;  nommé 
évèque  de  Carcassonne  en  1226,  il  est  mort  le  25  ou  le  26  asril, 
ou  peut-être  le  26  mai,  de  1248(1).  A  la  mort  del'évêque  Clarin, 
le  couvent  dominicain  de  Carcassonne  existait  depuis  moins 
d'un  an  (2);  la  notice  recueillie  par  Souèges  atteste  toutefois 
l'intérêt  fervent  que  Clarin  montrait  à  la  nouvelle  fondation.  Si 
ia  notice  dit  vrai  en  supposant  que,  lorsque  saint  Louis  eut  à 
faire  porter  les  ornements  qu'il  offrait  au  couvent  de  Cai'cas- 
sonne,  il  choisit  le  P.  Jean  à  raison  de  sa  parenté  avec  levêque 
Clarin,  ceci  paraît  impliquer  que  l'évêque  ait  été  encore  vivant 
à  ce  moment-là.  La  venue  du  P.  Jean  à  Carcassonne  se  placerait 
ainsi  entre  le  milieu  de  1217  et  avril-mai  1248.  Le  P.  Jean  resta 

(1)  Cf.  Galliachrisiiana,W,  col.  886. 

(2)  Les  indications  de  Bouges,  Hist.de  Carcassonne  (1711  ,  passées  dans  ilahul, 
Carlul.  de  Carcassonne,  v,  41.5,  et  vi,  451,  sur  un  couvent  dominicain  qui  aurait 
été  fondé  dès  1330  à  Carcassonne  grâce  aux  libéralités  de  l'évêque  Clarin,  me 
paraissent  en  contradiction  avec  VHistoria  fundationis  ûq  B.  Gui,  et  je  les  ai 
négligées;  s'il  fallait  leur  accorder  quelque  crédit,  mon  raisonnement  n'en  serait 
::pas  atteint,  et  il  .n'y  aurait  qu'à  le  faire  remonter  éventuellement  de  quelques 
années. 

[186] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  -10 

cilors  quelque  temps  au  couvent,  mais  bientôt  son  oncle  l'évèque 
mourut.  Par  ailleurs,  si  saint  Louis  avait  désigné  Je  P.  Jean 
pour  porter  les  ornements  à  Carcassonne,  il  n'était  assurément 
pas  allé  le  chercher  à  cette  fin  dans  le  couvent  de  Troyes;  pour 
recevoir  une  telle  mission,  il  faut  que,  dans  des  conditions 
inconnues,  ce  Champenois  se  soit  trouvé  préalablement  à  la 
Cour.  Aussi,  au  milieu  de  1248,  quand  saint  Louis  vint  s'em- 
barquer pour  la  croisade,  le  P.  Jean  dut-il  demander  et  obtenir 
d'accompagner  le  souverain  qui  le  connaissait  et  l'estimait.  Et 
c'est  ainsi  que  ce  Dominicain,  qui  presque  sûrement  n'avait 
jamais  vu  l'Orient  jusque-là,  aura  été  adjoint  par  saint  Louis 
aux  deux  autres  Dominicains  qui  étaient,  eux,  d'anciens  mis- 
sionnaires d'Orient  et  parlaient  «  sarrazinnois  ».  Puis,  soit  dés 
1251-1252,  soit  à  la  rigueur  plus  tard,  le  P.  Jean  revint  à  son 
couvent  d'adoption.  La  notice  du  P.  Souèges,  si  elle  repose  bien 
encore  ici  sur  le  manuscrit  de  B.  Gui,  force  à  admettre  toute- 
fois que  le  P.  Jean  ne  finit  pas  ses  jours  dans  le  Midi;  mais  c'est 
jusqu'ici  une  supposition  gratuite  que  de  penser  qu'il  mourut 
à  Troyes. 

Je  me  demande  même  si,  par  cette  reconstitution  assez  hypo- 
thétique de  la  vie  du  P.  Jean,  nous  ne  pouvons  pas  rendre 
compte  de  son  nom  de  «  Jean  de  Carcassonne  ».  Le  P.  Souèges 
nous  dit  que  «  Carcassonne  »  était  le  «  nom  de  sa  famille  o, 
mais  qu'il  était  Champenois.  Il  y  a  cependant  une  coïncidence 
bien  étrange  à  voir  un  moine  champenois  dont  le  nom  de 
famille  est  «  Carcassonne  »  et  qui  vient  précisément  vivre  loin 
de  son  pays,  dans  le  couvent  de  Carcassonne.  Les  termes  de 
B.  Gui  {«  dictus  »  et  «  cognominatus  »)  sont  peut-être  suscep- 
tibles d'une  autre  interprétation.  Le  P.  Jean,  Champenois,  donc 
Français,  Gallicus  comme  le  dit  B.  Gui,  aurait  été  «  dit  »  ou 
i(  surnommé  »  «  de  Carcassonne  »  dans  l'entourage  français  de 
saint  Louis  pendant  la  croisade,  parce  qu'il  s'était,  quelque 
temps  avant  la  croisade,  fixé  au  couvent  de  Carcassonne. 
Puis  ce  surnom  lui  est  resté,  et  a  continué  de  s'attacher  à  lui, 
même  après  qu'il  fut  rentré  d'Orient;  c'est  pourquoi  B.  Gui  a 
encore  pu  le  recueillir  des  lèvres  de  Martin  Donadieu  ou  de 
Pierre  Régis.  Telle  est  du  moins  l'explication  vers  laquelle  j'irais 
de  préférence. 

[187] 

ORIENT   CUllÉTIKN.  4 


50  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

L'ambassade  de  saint  Louis,  composée  de  tout  le  personnel 
que  nous  venons  d'énumérer,  partit  de  Nicosie,  en  compagnie 
des  envoyés  mongols,  le  27  janvier  1249  (1).  Au  bout  de  peu  de 
temps,  ajoute  Vincent  de  Beauvais,  le  frère  André,  chef  de 
l'ambassade,  envoya  à  saint  Louis  une  lettre  dont  le  roi  trans- 
mit la  copie  à  la  reine  Blanche  en  même  temps  que  la  copie 
de  la  lettre  d'ÀljigidJii  (2). 

Tel  est  du  moins  le  sens  que  je  donne  au  texte  de  Vincent  de 
Beauvais.  M.  Altanei*  (p.  135)  a  pensé  autrement.  Pour  lui,  les 
vraisemblances  sont  en  faveur  de  deux  lettres  d'Âljigidai,  de 
dates  différentes,  et  dont  saint  Louis  fit  passer  les  copies  en 
France  à  des  moments  différents.  La  première  serait  naturelle- 
ment celle  apportée  par  David  et  par  Marc.  La  seconde  serait  la 
réponse  d'Aljigidai,  écrite  après  l'arrivée  d'André  de   Long- 
Jumeau  auprès  de  lui  et  qui  serait  parvenue  à  saint  Louis  en 
même  temps  que  la  lettre  d'André  de  Longjumeau  lui-môme  (3). 
Je  crois  que  l'hypothèse  de  M.  Altaner  doit  être  abandonnée. 
Comme  lui-même  l'a  rappelé,  la  date  à  laquelle  on  eut  des 
nouvelles  de  l'ambassade  est  précisée  par  la  lettre  de  Jean  Sar- 
rasin :  «  Et  quand  ce  vint  à  la  mis  quaresme,  li  roiz  oi  nou- 
velles de  C6Z  mesaiges...  »;  et  M.  Altaner  a  indiqué  non  moins 
correctement   que   la  mi-carême  (=   Dimanche  Lde/are)  de 

(1)  D'Ohsson  [Hisl.  des  .Uoii</o/s,  II,  21:^)  donncla  fausse  date  du  lU  févi-ier  124'.l 
d'où  ••  about  tho  middle  ot'  Febriiary,  Vi4\)  >•  de  Rockhill  [Ruhruck,  XXIX), 
devenu  •<  in  the  middle  of  Februar.\",  1248-9  »  dans  Beazley  [The daion  oftnoil: 
!/eog7\  II,  318),  et  février  I24!>  dans  llalein,  lue.  cit.,  191  et  chez  M.  Jarl  Char- 
pentier (Vilhelm  av Hui/sbroeck,  rem genom  Asien,  Stockholm,  1919,  in-8,  p.  119). 
Le  '■  -27  janvier  1248  »  de  Cordier,  Odoric  de  Pordenone,  xvi,  et  Hisl.  gén.  de  la 
Chine,  II,  396,  reproduit  une  inadvertance  manifeste  d'Abel  Rcmusat,  Mém.,  54,. 
et  56.  Rohricht,  en  général  très  sûr,  indique  une  fois  le  25  janvier  1249  [Reg. 
Reg.  Hieros.,  p.  U5),  et  partout  ailleurs  le  15  janvier  (Kleine  Studien,  p.  16; 
Reg.  Reg.  Hieros.,  p.  306;  Gesch.d.  Kôn.  Jérusalem,  877). 

(2)  Super  omnes  autcm  frater  Andréas  capitaneus  et  magisler  aregeconstUutus., 
non  multopost  ad  cnndem  regem  literas  misil.  Quarum  (ranscriplum  dictas  rcx 
malri  sue  Blanche  regine  in  Franciam  vna  cum  transcriplo  lite)-arum  Erchetthay 
transmisU  (XXXII,  94  . 

(3)  Sans  parler  d'une  nouvelle  lettre  d'Âljigidai,  Abel  Rémusat  (.l/em.,  54)  avait 
cru  aussi  qu'André  de  Longjumeau  n'avait  écrit  à  saint  Louis  qu'après  avoir  vu 
ce  général.  C'est  également  l'avis  qu'a  exprimé  récemment  le  P.  Batton  (Vilhelm 
von  Rubruck,  17),  mais  le  texte  de  Vincent  de  Beauvais  qu'il  invoque  comme 
fondant  cette  opinion  •<  avec  certitude  >.,  et  qui  est  celui-là  même  que  je  viens 
de  reproduire  à  la  note  précédente,  n'indique  rien  de  ce  genre. 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  51 

1249  était  le  14  mars.  Du  27  janvier  au  14  mars,  conclutril,  il 
}'  a  46  jours,  ce  qui  est  assez  pour  le  voyage  de  Nicosie  au  camp 
d'Aljigidai  et  l'envoi  de  nouvelles  de  ce  camp  à  Nicosie,  à  la 
condition  que  le  camp  d'AljigidJii  fût  alors  beaucoup  plus  à 
l'Ouest  que  n'était  le  détachement  d'armée  mongol  où  André  de 
Longjumeau  avait  vu  David  vers  la  fin  de  1246  (1). 

Mais  il  n'y  a  aucune  raison  de  supposer  que  saint  Louis  ait 
envoyé  si  vite  en  France  la  lettre  d'Âljigidâi  apportée  par  David 
et  iMarc.  La  lettre  d'Odon  de  Cliâteauroux,  qui  porte  exactement 
sur  les  mêmes  événements  et  contient  les  mêmes  documents, 
est  du  81  mars  1249;  on  est  amené  à  supposer  a  priori  que  la 
lettre  d'envoi  de  saint  Louis,  pour  les  mêmes  documents,  est 
sensiblement  de  même  date,  et  qu'il  a  donc  pu  y  joindre  encore 
un  document  parvenu  vers  le  14  mars.  Quant  à  la  distance  où 
se  trouvait  Aljigidai,  et  même  à  ne  pas  tenir  compte  des  sept 
mois  qui  se  sont  écoulés  entre  la  rédaction  de  la  lettre  d'Aljigi- 
dâi et  sa  remise  par  David,  il  semble  impossible  de  la  réduire 
à  la  proportion  des  délais  que  laisse  l'intervalle  entre  le 
27  janvier  et  le  14  mars.  Même  à  faire  aller  directement  les 
envoyés  de  saint  Louis  par  Antioche,  il  y  avait  35  jours  d'An- 
tioche  à  Tauriz,  soit  au  total  70  jours  dans  les  deux  sens,  aux- 
quels il  faudrait  encore  ajouter  le  trajet  de  Nicosie  à  Antioche 
et  d'Antioche  à  Nicosie;  on  pourrait  supposer  l'envoi  d'un  cour- 
rier rapide  pour  le  message  de  retour,  mais  même  ainsi  les 
46  jours  de  M.  Altaner  sont  insuffisants.  D'autre  part,  comme 
on  l'a  vu  et  le  verra  encore  bientôt,  Aljigidai  n'avait  alors 
aucune  raison  de  pousser  vers  l'Ouest,  bien  au  contraire,  et  la 
situation  en  Mongolie  réclamait  toute  son  attention.  Enfin,  si  on 
eût  eu  une  nouvelle  lettre  d'Âljigidâi  arrivée  vers  le  14  mars  et 
qui  aurait  relaté  l'arrivée  d'André  de  Longjumeau  au  camp  du 
général  mongol,  il  est  invraisemblable  que  nous  ne  trouvions 


(1)  M.  Altaner  parle  ici,  en  réalité,  du  camp  d'Aljigidâi  lui-même  pour  la 
première  mission  d'André  de  Longjumeau:  j"ai  indiqué  plus  haut  (p.  [170])  pour- 
(|uoi  c'était  impossible.  [M.  Soranzo,  //  PapaLo,  134,  dit  que  la  mission  mit 
47  jours  â  atteindre  le  camp  d'Aljigidâi;  il  s'agit  ici  évidemment  de  l'intervalle 
entre  le  27  janvier  et  le  14  mars,  et  M.  Soranzo  a  pris  par  erreur  la  date  de 
l'arrivée  de  la  lettre  d'André  de  Longjumeau  à  Nicosie  pour  Celle  où  la  mission 
joignit  le  général  mongol.] 

[189] 


52  REVUE    DE    L  ORIENT   CHRETIEN. 

rien  au  sujet  de  cette  lettre  et  de  son  contenu  ni  chez  Odon  de 
Châteauroux  quinze  jours  plus  tard,  ni  chez  Vincent  de  Beau- 
vais,  ni  dans  la  lettre  de  Jean  Sarrasin. 

Quel  est  l'itinéraire  suivi  par  l'ambassade  d'André  de  Long- 
jumeau  au  début  de  son  long  voyage?  L'idée  courante  est  qu'elle 
débarqua  sur  la  côte  asiatique  à  Antioche,  ce  qui  est  conforme 
à  la  géographie  et  attesté  par  un  texte  formel  de  Joinville  (1). 
On  a  vu  cependant  que  la  notice  du  P.  Jean  de  Carcassonne  par 
B.  Gui,  telle  du  moins  qu'elle  nous  a  été  transmise  par  le 
P.  Souèges,  veut  que  l'ambassade  ait  d'abord  gaj:né  «  Saint- 
Jean  d'Acre,  autrement  Ptolémaïde  ».  Je  ne  crois  pas  qu'il 
faille  s'y  arrêter,  ni  chercher  la  corroboration  d'un  crochet  de 
navigation  au  sud  par  Saint-Jean  d'Acre  dans  le  fait  que  Tliéo- 
dule,  clerc  d'Acre,  s'était  joint  ou  se  joignit  à  la  mission.  Le 
texte  de  Rubrouck  qui  nous  parle  de  ce  Théodule  d'Acre  le  fait 
partir  de  Chypre  même  avec  André  de   Longjumeau  (2);  et 

(1)  .'  Li  messagier  le  roj- arriveront  au  porl  d'Anthioche;  et  dès  Anthyochc 
jusques  àlour  grantroy...  »  (éd.  de  Wailly,  p.  168). 

(2)  Je  suis  d'accord  avec  M.  Altauer  (p.  13J)  pour  penser  que  Théodule  d'Acre 
se  joignit  à  la  mission  à  titre  privé,  et  qu'on  ne  doit  pas  voir  on  lui  l'un  des 
deux  «  clercs  »  qui  faisaient  réellement  partie  de  l'ambassade.  [Je  ne  puis  par 
suite  me  rallier  à  l'hypothèse  de  M.  Soranzo,  Il  Papato,  131,  qui  fait  de  Théo- 
dule (en  l'appelant  Théodore)  le  second  «  clerc  »  de  la  mission.]  On  sait  que 
Théodule  resta  en  Perse,  pour  n'arriver  à  Karakorum  qu'en  1253.  Rockhill  tra- 
duit {Rubruck,  p.  178)  de  façon  un  peu  ine.xacte  quand  il  écrit  :  «  A  certain 
clerk  had  corne  there  from  Acon  »  ;  le  texte  {fuerat  ibi  quidam  de  Acon  clericus) 
signifie  :  ■-  A  certain  clerk  from  Acon  had  come  there  »;  le  clerc  était  d'Acre, 
mais  venait  de  Chypre.  Par  la  suite,  d'autres  phrases  concernant  ce  Théodule 
ont  été  également  mal  comprises.  Le  texte  porte  :  Tune  quesivit  Mnngu,  nomen 
episcopi.  Dicehalquod  vocarelur  Odo  [var.  Oto].  Unde  dicebat  illi  de  Damasco  et 
inagislro  WUleimo  ^uod  [var.  qui]  fuerat  clericus  domini  legati  {Rec.  des  voyages, 
IV,  311;  Sinica  Franciscana,  I,  254)  De  Backer  [Guillaume  de  Rubrouck,  p.  160) 
est  incohérent.  Rockhill  a  traduit  {Rubruck,  179)  :  «  Then  Mangu  asked  the 
iiame  of  the  bishop  He  said  that  he  was  called  Oto.  And  he  went  on  to  tell 
liim  of  Damascus  and  of  master  William,  who  was  clerk  of  the  lord  legate.  » 
Du  coup,  un  <<  William  »,  clerc  du  légat,  figure  à  l'index.  Des  versions  analo- 
gues se  trouvent  dans  A.  RIatrod,  Le  voyage  de  frère  Guillaume  de  Rubrouck, 
p.  78,  dans  A.  I.  Malein  {Joann  de  Piano  Carpini,  Vil'gelm  de  Rubruck,  1911, 
in-8,  p.  124)  et  tout  récemment  encore  dans  Manuel  Komroff  [Conlemporaries  of 
Marco  Polo,  Londres,  1928,  in-8,  137).  Mais  le  sens  est  évidemment  :  «  Mangu 
(=::  Mongka)  demanda  alors  [à  Théodule]  le  nom  de  l'évèque  [dont  Théodule 
avait  parlé  auparavant].  Et  il  (=  Théodule)  dit  que  (cetévêque"!  s'appelait  Odon. 
Et  il  disait  ensuite  à  l'homme  de  Damas  et, à  maître  Guillaume  qu'il  (=  lui- 
iiiènie,  Théodule)  avait  été  clerc  du  seigneur  légat.  ••  L'  «  homme  de  Damas  . 

[190] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTP;.  53 

quant  à  la  mention  d'Acre  dans  la  vie  du  P.  Jean  de  Carcas- 
sonne,  elle  nous  parvient  par  l'intermédiaire  de  Donadieu  ou  de 
Régis,  de  qui  Bernard  Gui  Ta  tenue;  on  imagine  sans  peine 
qu'un  des  narrateurs  ait  fait  quelque  confusion,  étant  donné 
qu'Acre  était  le  grand  port  où  les  Latins  allaient  aborder  quand 
ils  se  rendaient  en  Terre  Sainte  et  qu'il  y  fut  leur  dernier  point 
d'appui. 

Il  est  probable  que  c'est  en  arrivant  aux  confins  du  territoire 
vraiment  tenu  par  les  Mongols,  dans  la  région  de  Mossoul, 
qu'André  de  Longjurneau  envoya  à  saint  Louis  la  lettre  que  le 
roi  reçut  vers  le  M  mars  1249  (I).  A  partir  de  ce  moment,  une 
grande  obscurité  règne  sur  les  mouvements  de  l'ambassade 
jusqu'à  son  retour  à  Césarée,  après  mars  1251.  Joinville 
(pp.  168-175)  donne  à  cette  occasion  des  informations  nom- 
breuses sur  les  Mongols,  en  partie  traditionnelles,  en  partie 
purement  légendaires,  et  dont  on  trouve  aussi  une  version 
assez  déformée,  remontant  indirectement  à  quelqu'un  des 
membres  de  l'ambassade,  dans  le  Bonum  universale  de  api- 

est  un  chrétien  venu  de  Damas  à  Karakorura  en  1253  et  que  Rubrouck  vient 
de  mentionner;  quant  à  maître  Guillaume,  c'est  maître  Guillaume  Boucher, 
l'orfèvre  de  Karakorum.  Enfin  si  Théoduie,  qui  se  "prétend  envoyé  par  l'évêque 
Odon,  ajoute  qu'il  a  été  secrétaire  du  seigneur  légat,  il  n'y  a  là  rien  que  de  très 
conséquent  dans  son  imposture,  puisqu'il  vient  de  Chypre  où  se  trouve  le 
cardinal  Odon  de  Cliàteauroux,  et  que  ce  cardinal  est  légat  pontifical  auprès  de 
saint  Louis.  Le  passage  est  traduit  correctement  dans  J.  Charpentier  [l'ilhelm 
av  liuysbroeck,  resa,  210)  et  dans  iïerbst  [Der  Bericht,  89),  sauf  que  M.  Ilerbst 
a  "  Kleiiker  eines  llerrn  Legaten  ■■,  cà  corriger  en  ••  Kleriker  des  llerrn  Legaten  •■. 
(1)  '■  Et  quant  ce  vint  a  la  mis  quaresme,  li  roiz  oi  nouvelles  de  cez  mesaiges, 
et  que  il  s'en  aioient  la  banière  levée  au  maistre  des  Tartarinz,  par  mi  la 
terre  des  mescreanz,  et  que  il  avoient  ce  que  il  vouloient  par  la  doutance  des 
mesaiges  au  mestre  des  Tartarinz  ■•  (lettre  de  Jean  Sarrasin).  Ceci  ne  me 
parait  pas  favorable  à  l'hypothèse  de  M.  Rastoul  selon  laquelle  la  lettre  d'André 
de  Longjurneau  aurait  été  écrite  d'Anlioche,  puisque  Antioche  était  encore  aux 
mains  des  Latins.  Mais  c'est  celte  lettre  qui  a  dû  faire  connaître  à  Nicosie  le 
passage  de  l'ambassade  par  Antioche,  retenu  par  Joinville.  On  remarquera  qu'à 
prendre  strictement  la  lettre  de  Jean  Sarrasin,  elle-même  implique  qu'André 
de  Longjumeau  ait  écrit  la  lettre  parvenue  à  Nicosie  vers  le  14  mars  avant 
d'avoir  joint  Àljigidai.  Jean  Sarrasin  mentionne  en  effet  deux  fois  le  «  maître 
des  Tartarins  »,  et  il  doit  s'agir  du  même  peisonnage  dans  les  deux  cas.  La 
seconde  fois,  c'est  bien  Aljigidai  qui  est  visé  puisque  c'est  lui  qui  a  envoyé  les 
messagers.  Or,  la  première  fois,  il  est  dit  que  la  mission  de  Longjumeau  allait 
la  bannière  levée  vers  le  même  <•  maître  des  Tartarins  •■  ;  c'est  donc  bien  qu'elle 
n'avait  pas  encore  atteint  le  camp  d'AIjigidai. 

[191] 


54  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEX:. 

/>M8  de  Thomas  de  Cantimpré  (p.  525);  mais  ni  l'un  ni  l'autre 
ne  renseigne  sur  l'itinéraire  qu'André  de  Longjumeau  a  suivi. 
Guillaume  de  Rubrouck,  qui  a  vu  André  de  Longjumeau  en 
Syrie  après  le  retour  de  celui-ci  et  avant  que  lui-même  se  mîi 
en  route  pour  les  mêmes  régions,  est  de  beaucoup  celui  à  qui 
nous  devons  les  indications  les  plus  précises.  Ce  ne  sont  que 
des  bribes,  mais  c'est  avec  elles  qu'on  a  tenté  et  qu'on  doit  bien 
tenter  de  reconstituer  ce  voyage  mémorable  dont  il  ne  semble 
pas  que  nul  de  ceux  qui  l'ont  fait  ait  jamais  écrit  la  relation  (1). 
D'après  Joinville,  les  ambassadeurs,  en  allant  vers  les  Mon'- 
gols,  «  dès  Anthyoche  jusques  à  lour  grant  roy  trouvèrent  bien 
un  an  d'aleure,  à  chevauchier  dix  lieues  le  jour  »  (Wailly, 
p.  168).  La  vie  de  Jean  de  Carcassonne  extraite  des  manuscrits 
de  Bernard  Gui  dit  au  contraire  que,  «  s'élant  rendus  à 
Saint-Jean  d'Acre,  autrement  Ptolémaïde,  ils  furent  encore 
cent  journées  au  delà  ».  Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  mesures 
approximatives,  il  est  certain  que  les  voyageurs  furent  en  route, 
aller  et  retour,  et  avec  des  arrêts  que  nous  ignorons,  un  peu 
plus  de  deux  ans.  Mais  on  n'est  pas  d'accord  sur  le  terme 
extrême  où  leurs  pérégrinations  les  avaient  conduits.  A  Kara- 
korum,  ont  pensé  Rémusat  en  1822  (Méin.,  p.  51)  et  Zarncke 
en  1876  {Der  Priester  Johannes,  82);  de  même  M.  J.  Char- 
pentin  {Wilhelms  av  Ruijsbroeck,  7^esa,  p.  117)  ;  et  M.  Altaner 
l'a  répété  encore  récemment  sans  autre  remarque  (pp.  110,  136). 
Mais,  entre  temps,  Rockhill  en  1900  {Rub rue k,  xxxii)  etBeazIey 
en  1901  (The  dawn  of  mod.  geog.,  ii,  318)  se  sont  prononcés 
non  moins  formellement  pour  la  vallée  de  l'Emil,  à  l'Est  de 
l'Ala-kol,  qui  est  lui-même  à  l'Est  du  lac  Balkach.  M.  Rastoul 
s'est  abstenu.  On  doit,  donc  admettre  que  les  indications  de 
Guillaume  de  Rubrouck  n'ont  pas  paru  assez  précises  pour 
donner  directement  la  solution,  et  nous  devons  tenter  de  l'assu- 
rer en  combinant  ces  informations  et  ce  que  les  historiens 
orientaux  nous  apprennent  sur  la  fin  du  règne  de  Gûyûk  et  sur 
la  régence  qui  s'ensuivit. 

(1)  Le  P.  Batton  {Wilhelm  von  Rubruk,  48)  et  le  P.  Van  Den  Wyiigaert  (Sinica 
Franriscana,  i,  224)  parlent  comme  si  on  avait  une  relation  duc  à  André  de 
Longjuuieau  lui-même;  c'est  une  inadvertance,  née  d'une  lectui'o  trop  rapide- 
de  RoeUhill,  Rubruk,  136,  n.  3. 

[192] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  53 

Loiqu'Ogodâi  mourut,  probablement  le  U  décembre  1241, 
et  en  attendant  Télection  d'un  nouvel  empereur  par  la  diète  des 
princes,  le  pouvoir  fut  exercé  par  sa  veuve,  la  «  sixième  impé- 
ratrice »  {lieou  houang-heou)  des  textes  chinois,  celle  que 
nous  appelons  généralement  «  Turakina  »  (=  Tiirâkina),  mais 
dont  le  vrai  nom  paraît  avoir  été  plutôt  Tôrliganâ  (1).  C'était 
une  captive  de  guerre,  qui  avait  été  auparavant  la  femme  d'un 
Miirkit  (2),  De  là  vient  peut-être  que  Rasidu-'d-Din  fait  d'elle 
une  Mârkit  (3);  mais,  d'après  les  textes  chinois,  c'était  une 
Naiman  (Nai-man-tchen,  ethnique  féminin  de  Naiman)  (4).  Il 
faudrait  presque  sûrement  donner  raison  aux  textes  chinois  si 
ïôragâna  avait  été  chrétienne,  car  on  trouve  des  mentions 
assez  nombreuses  de  Naiman  chrétiens,  non  de  Markit.  Mais, 
malgré  les  bruits  qui  ont  couru  et  que  David  a  amplifiés  à 
Chypre,  rien  ne  montre  que  Toragana  ait  été  baptisée;  Plan  Car- 
pin,  qui  Ta  connue  dans  l'été  de  1246,  ne  l'a  certainement  pas 
ciu;  il  faut  ajouter  d'ailleurs  que  TOraganâ  reçut  alors  l'envoyé 
d'Innocent  I\^  avec  bienveillance,  et  elle  peut  être  pour  quelque 
chose  dans  la  faveur  dont  les  chrétiens  jouirent  autour  de  son 


(Ij  •■  lionlgaiiii  »  dans  lllsl.  secr.  des  Mongols,  S  198;  T'o-lie-ko-na  (=  Tora- 
gana) dans  Yuan  che,  lUu,  1  a,  et  114,  1  a;  la  «  6'  impératrice  T'ou-na-Iii- 
na  »  (*Tunagina)  de  Yuan  che,  106,  1  h,  résulte  d"im  dédouljlement  fautif  de 
Toragana.    Les   orthographes    U^o^',»';',    vuS'i,,'/,    i>xS',aJ'    de    Juwainï    et    de 

Rasïdu-'d-Dïn  sont  vraisemblablement  a  transcrire  Toriigena.  La  discussion 
détaillée  des  formes  du  MuHzi^aL  ansâb  entraînerait  trop  loin.  Dans  )'uan  che, 
3,  1  b,  la  forme  T'o-hou-lie-nai  provient  d'une  inversion  des  deuxième  et 
troisième  caractères,  avec  une  altération  supplémentaire  de  celui  qui  est 
devenu  le  second.  La  notice  de  la  famille  Sie  de  Kao-tch'ang  par  Ngeou-yang 
Iliuan  écrit  T'ie-lie-nie,  'Taranii,  où  il  semble  qu'un  caractère  soit  tombé  (pour 
*T;iragana;  à  moins  qu'on  ne  suppose  *Tarana  ■<*Tara'n;l). 

(i)  Rasïdu-'d-Dln  (Berezin,  Trudy  \'OIRAO.  v,  7-1,  et  Blociiet,  Hisl.  des  Mon- 
gols, II.  3)  veut  qu'il  s'agisse  d'un  Uwtiz  Markit  (,1»,!  Uhaz  =  Uwaz ;  altéré 
en     uS>J\   l  hur  dans  Bere/.in  et  en  v^.U.,1  Uhat  dans  l'édition  de  M.  Blochet), 

appelé  Dayïr  Usun,  et  que  nous  connaissons  bien.  Mais  les  renseignements 
de  Rasïd  sur  les  Markit  sont  entachés  de  pas  mal  d'erreurs,  et  lui-même 
indique  d'ailleurs  ici  que  sa  version  est  douteuse;  je  donne  donc  la  préférence 
à  la  tradition  jikis  ancienne  conservée  dans  YHlsloirc  secrète  des  Mongols, 
%  198;  d'après  ce  derniei'  texte,  Toragana  était  mariée  à  un  chef  Odoyït 
Markit,  Qudu,  fils  de  Toqto'a-baki. 

(3)  Blochet,  Hisl.  des  Mongols,  ii,  3. 

(4)  Yuan  che,  i,  3  6  et  4  «;  lOtj,  1  «;  114,   1  a. 

il93] 


50  REVUE    DE    U'ORIEXT    CHRÉTIEN. 

fils  Giiyuk.  En  tout  cas,  et  même  sans  l'argument  d'un  cliris- 
tianisme  éventuel  de  TOrJigana,  le  plus  probable  me  paraît  être 
de  s'en  tenir  ici  aux  indications  des  textes  chinois;  Toragana 
était  en  ce  cas  une  Naïman  qui  avait  été  donnée  en  mariage  à 
Qudu.  fils  de  Toqto'a-baki,  des  Odoyit-Markit,  et  qui  devint 
ensuite,  en  1205  au  plus  tard,  plus  probablement  en  1201, 
l'épouse  du  futur  Ogôdiii. 

Après  quatre  ans  et  demi  de  régence,  Torâgana  réussit  à  faire 
élire  son  fds  Guyiik,  né  en  1206;  Jean  du  Plan  Carpin  était 
présent  à  l'intronisation  du  nouveau  grand  khan,  qui  eut  lieu 
à  une  demi-journée  de  Karakoruin  le  21  août  1246.  Les  princi- 
paux ministres  de  l'entourage  immédiat  de  Giiyiik,  Qadaq  et 
Oïnqaï,  étaient  chrétiens  ;  par  ailleurs,  bien  que  Giiytik  fût  monté 
nominalement  sur  le  trône,  «  l'exercice  du  pouvoir  appartenait 
encore  à  la  sixième  impératrice  »  (1),  c'est-à-dire  à  Tôragànii. 
D'(  )hsson,  von  Hammer  et,  après  eux,  Howorth  (2)  ont  déclaré, 
sans  aucunes  réserves,  que  Torâgana  était  morte  deux  mois 
après  l'avènement  de  son  fils,  ce  qui  mettrait  en  octobre  1210. 
Mais  M.  Blochet  (/^i/roc/.,  170;  cf.  aussi  171),  non  moins  for- 
mellement, assure  que  «  Oughoul-Ghaïmish  et  Tourakina- 
Khatoun,  veuve  d'Ougédeï,  manœuvrèrent  assez  maladroite- 
ment contre  les  princes  qui  prirent  part  à  l'élection  de  Monkké  »  ; 
Tr)ragana  aurait  donc  été  encore  vivante  non  seulement  à  la 
mort  de  Guyiik  en  1248,  mais  lors  des  diètes  de  12.")0  et  1231 
qui  aboutirent  à  la  désignation  et  à  l'intronisation  tle  Mongka. 
Les  textes  chinois  ne  nous  sont  pas  ici  d'un  grand  secours  (3). 
Ni  d'Ohsson,  ni  von  Hammer,  ni  M.  Blochet  n'indiquent  sur 
quels  textes  ils  se  sont  appuyés  respectivement.  Pour  autant 
qu'on  en  puisse  juger,  la  mort  de  Torâgana  deux  mois  après 

(1)  yuan  c/ic,  2,  4  a.   juuaini  (éd.  Mirzà  Miihammad,   i,  200--")   s'exprime 
e:i  termes  analogues. 

(2)  K'Ohssoii,  11,  231-232;  von  Hammer,  Gesch.  cl.  Ilchane,  i,  58;  Howorth,  i,  105.  ' 
(3j  Le  Yuan  che  (114,  1  h)  porte  que  •<  la  2°  année  iche-yuan  (1265),  [l'impé- 

rah-ice  Toruganii]  mourut;  on  lui  donna  le  titre  posthume  de...,  »  etc.  Le  mot 
•  mourut  »  ne  peut  être  qu'interpolé;  1265  est  l'année  où  Tôragànii,  veuve 
dOgudai,  et  Oyul-qaïmïs,  veuve  de  Giiyïik,  reçurent  des  titres  posthumes;  mais 
la  seconde  certainement,  et  même  la  première,  étaient  alors  mortes  depuis 
longtemps.  Peut-être  est-ce  ce  passage  du  }'uan  che  qui  a  fait  dire  a  Gaubii 
{Uisl.  de  Gcn(chisca.n,  107)  que  Pétis  de  la  Croix  se  trompait  en  faisant  mourir 
Tôragiinri  avant  Giiyuk. 

[ir4i 


LES    MONCIOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  57 

l'intronisation  de  sou  fils  est  tirée  d'un  passage  de  Juwainï 
(éd.  Mirzà  Muhammad,  I,  -iOG'^'';  le  fond  en  a  passé  dans  Bar 
Hebraeus,  Chroniconsyriacinn,  trad.  Bruns, 52.J-5-26), qui  n'est 
pas  strict  pour  les  «  deux  »  mois  après  l'intronisation,  mais 
implique  bien  que  Toriigana  soit  en  tout  cas  morte  avant  son 
fils.  Par  contre,  RasIdu-'d-Din  (éd.  Blochet,  II,  lo.7'-')  dit  qu'à 
la  mort  de  Giiyiik,  Toruganu  exerça  pour  la  seconde  fois  le 
gouvernement.  11  semble  donc  qu'il  y  ait  là  deux  traditions 
contradictoires,  et  il  faudrait  une  étude  minutieuse  des  textes 
persans  pour  prononcer  absolument  entre  elles.  Toutefois,  un 
fait  demeure  certain;  c'est  qu'à  la  mort  de  Giiyiik,  le  pouvoir 
fut  assuré  effectivement  non  par  sa  mère  Tôragânâ,  mais  par 
sa  veuve  Ovul  qaïmïs  ;  j'incline  donc  à  penser  que  Tôragànii,  à 
quelque  moment  qu'on  doive  placer  sa  mort  entre  octobre  1216' 
et  le  printemps  de  1248,  n'a  pas  survécu  à  son  fils  Giiyiik  (1). 
Giiyiik.  qui  avait  pris  le  pouvoir  dans  la  région  de  Karako- 
rum,  y  resta  quelque  temps  en  compagnie  de  ces  ministres 
chrétiens  dont  Rasidu-'d-Dîn  dénonce  à  plusieurs  reprises 
l'hostilité  envers  les  musulmans  (éd.  Blochet,  ii,  219,  254, 
273;  cf.  aussi  d'Ohsson,  ii,  235).  Puis,  en  1247,  il  envoya  des 
généraux  dans  diverses  directions,  et  en  particulier  lança 
Âljigidrd  dans  l'ouest,  avec  l'intention,  semble- t-il,  de  se 
mettre  lui-même  en  campagne  par  la  suite.  En  attendant,, 
sans  dévoiler  le  fond  de  ses  projets,  Giiyiik  invoquait  des 
raisons  de  santé  pour  quitter  la  région  de  Karakorum  et  se 
retirer  sur  ces  territoires  de  l'Emil  qui  étaient  son  apanage 
propre.  11  se  mit  en  route  à  l'automne  de  1217  selon  les  textes 
chinois,  plus  probablement  au  printemps  de  1248  comme  le 
veulent  les  écrivains  musulmans  (2)  ;  au  troisième  mois  de  1248 


F  (1)  [Après  qiio  ceci  était  rédigé,  M.  Mirzâ  Muhammad  Khan,  à  qui  j'avais- 
demandé  son  avis,  a  bien  voulu  me  faire  remarquer  que  la  mort  de  Toriigana 
«  deux  ou  trois  mois  •  après  l'avènement  de  Giiyiik  était  indiquée  non  seule- 
ment par  Juwainï,  i,  200*-'^,  mais  aussi  par  i,  201 '^',  et  en  outre  par  Rasïdu- 
'd-Din  lui-même,  ii,  238^-3,  et  enfin,  de  seconde  main  évidemment,  dans 
Khondmir  (éd.  Bombay,  ui,  sect.  i,  p.  33).  Le  texte  contraire  de  Rasïdu-'d-Dïn, 
n,  1356-",  qui  paraît  être  la  source  suivie  par  M.  Blochet,  doit  donc  être 
considéré  comme  erroné.] 

(2)  Cl'.  Yuan  cfie, -2,  4  a,  et   pour  les  sources   musulmanes,    d'Ohsson,  11,231 
(copié  par  Ilowortli,  I,  165). 

[1951 


58  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

(27  mars-24  ami),  il  mourait  à    Heng-seng-yi-eul    (1);  son 

(1)  i'uan  che,  2,  4  a.  D'après  Vllistoria  dijnasllarum  de  Bar  Ilebraeus  (trad. 
l'ococke,  p.  322),  Giiyiik  est  mort  le  9  de  raW^  II  de  647  de  l'hégire,  c'est-à-dire 
le  22  juillet  1249,  et  cette  date  a  passé  dans  Le  Nain  de  Tillemont,  Vie  de  saint 
Louis,  III,  221  et  417  (mais  les  doux  fois  avec  «  22  juin  »  au  lieu  de  «  22  juillet  »); 
elle  parait  bien  être  trop  tardive.  Même  en  la  remontant  d'un  an,  ce  qui  met- 
trait au  2  juillet  1248,  on  serait  en  désaccord  avec  les  sources  chinoises,  qui 
indiquent  27  mars-24  avril;  je  soupçonne,  sans  en  être  certain,  que  d'Ohsson 
(II,  234),  en  parlant  d'  ■•  avril  1248  »,  s'est  appuyé,  de  seconde  main,  sur' les 
textes  chinois  (probablement  sur  Abel  Réinusat,  J/t7»oires,  56);  je  ne  trouve 
pas  d'indication  correspondante  dans  .îuwainî.  Dans  l'édition  de  M.  Blochet 
(II,  135*'),  Kasïdu-'d-Din  met  cette  mort  de  Giiyiik  en  640  de  l'hégire,  et  l'édi- 
teur ne  fait  aucune  remarque;  mais  640  de  l'hégire  correspond  à  I242-I213;  à 
ce  moment,  Giiyiik  n'était  même  pas  sur  le  trône.  Je  regi-ette  d'autant  plus  de 
ne  pouvoir  retrouver  l'origine  de  la  date  altérée  de  VHisloria  dynastiarum  que 
ce  texte,  dans  la  même  phrase,  nous  a  conservé  un  renseignement  que  je  crois 
important.  D'après  Rasïdu-'d-Dïn  (éd.  Blochet,  II,  135''-^),  Giiyiik  mourut 
•<  quand  il  fut  arrivé  sur  le  territoire  de  Samarqand,  en  un  endi'oit  qui  est 
à  une  semaine  de  route  de  Bes-balïq  »  (  Ji^^^^^J  ^\r~'i  J^Sj,*-^  .^jAsr;  ,^j:^ 
«J;^->I  21.  i-'/^ia  \.t^i  i5r  •  ui^H  ^  .  ''^  y  ^^  )•  C'est,  un  peu  développé, 
le  texte  qu'on  avait  déjà  dans  Juwainî  (I,  215  -"-'-')  :  "  Quand  il  fut  arrivé  sur 
le  territoire  de   Samarqand,   qui  est    à    sept  jours  de   route  de    Bes-baliq    » 

(-\i^lj  »!    i.::ts,  .^i  iJb    Ji.j._>  \l  Is:-''  j!  i^ ù,^.  j^3j.,sw  j-st.^  -oj^)- 

Le  Yuan  che  indique,  comme  endroit  précis  de  la  moi't  de  Giiyiik,  Heng-seng- 
yi-eul,  pour  lequel  on  a,  dans  le  Ta-fang  t'ong-kien,  la  variante  Hou-mei- 
sie-yang-ki-eul  (cf.  Yuan-che  lei-pien,  1,  16  a;  Mong-wou-eul  clieki  5,  5«; 
Gaubll,  Hist.  de  Genlchiscan,  106;  Cordier,  HisL.  gén.  de  la  CAmejlIIjSSS);  dans 
ce  nom,  il  est  certain  que  le  second  élément  est  le  turc  siuigir,  •<  promon- 
toire >',  et  l'ensemble  pourrait  être  Qum-sangii-,  «  Promontoire  des  saWes  •■  ;  le 
site  n'est  pas  identifié.  Dans  le  texte  de  Juwainï,  reproduit  par  Rasîd,  le  nom 
de  Samarqand  est  indiMendable;  je  crois  qu'il  est  fautif,  et  altéré  de  Qum-sangir. 
M.  Blochet  n'indique  pas  de  variantes  pour  ^.kSj.^^  Samarqand;  mais  un  des 
mss.  de  .Juwainï  écrit  A*^-»  Msgr.  Bar  Hebraeus  prend  généralement  chez 
.Iuwainî  ce  qu'il  écrit  de  l'histoire  des  Mongols,  aussi  bien  dans  le  Chronlcon 
syriacum  que  dans  VHisloria  dynasiiarmn.  Ici  le  Chronicon  syriacum,  au  moins 
dans  l'édition  de  Bruns  (texte,  p.  508;  trad.,  p.  526),  ne  donne  pas  le  nom  du 
lieu  qui  était  «  à  sept  journées  de  la  ville  de  Bes-balïq  »;  mais,  dans  VHisloria 
dynustiarum  en  arabe,  là  où  il  y  a  une  fausse  date  pour  la  mort  de  Giiyiik,  on 
lit  (texte,  492;  trad.,  322)  que  Giiyiik  mourut  "  cum...  in  partes  Komcsieciar. 
inter  quam  ^^  Bish  Baleg  quinque  sunt  stationes,  pervenisset  ».  [M.  Uisch 
(Johann  von  Piano  Carpini,  325-330)  a  donné  une  traduction  nouvelle  de  ce  qui 
concerne  Guyiik  dans  le  Chron.  syr.,  en  le  complétant  avec  VHisl.  dynasl.: 
mais  il  s'est  trouvé  omettre  précisément  ce  dernier  passage.]  Le  mot  •■  cinq  >■ 
est^une  faute  de  texte  pour  •<  sept  ».  Quant  à  «  Komestecia  »,  le  texte  l'écrit 
^s::.^i,'é-,  mais  il  me  paraît  clair  qu'il  faut  corriger  en  .xL^  ou  y...C.»ww3, 
*Qum-sangir,;  c'est  là  le  même  nom  que  donnent  les  sources  chinoises,  et  c'est 

[1961 


LES    MONGOLS   ET    LA    PAPAUTE. 


59 


lui  qui,  encore  conservé  eu  grande  partie  par  un  manuscrit  de  Juwainï,  a  été 
alléi'i'  dans  les  autres  en  •<  Sauiarqand  •  ;  cette  altération,  fort  ancienne,  semble 
s'être  trouvée  dans  le  manuscrit  de  Juwainïdont  Rasïdu-'d-Dïn  s'est  servi.  Enfin 
le  texte  de  Juwainï  et  ceux  qui  en  dérivent  ne  nous  indiijuent  pas  de  façon  claire 
«i  Giiyiik,  venant  de  la  haute  Mongolie,  est  mort  une  semaine  avant  d'avoir 
atteint  Bes-balïq  ou  une  semaine  après  avoir  dépassé  cette  ville;  je  crois  qu'un 
dei-nier  texte  nous  fournit  la  solution.  La  route  par  Bes-balïq,  c'est-à-dire  la 
loute  du  Sud,  est  celle  qu'on  empruntait  en  saison  froide;  elle  a  été  suivie  par 
le  roi  d'Arménie  Hetlium  l'"' quand  il  revenait  de  la  cour  de  Mongka  qu'il  quitta 
le  1""'  novembre  l^ôÀ.  Son  itinéraire  (cf.  Bretschneider,  Med.  lies.,  I,  168; 
Patkanov,  Isluriya  Mony<Âov,  II,  129;  Brosset,  Deux  hist.  armén.,  178)  nous 
apprend  qu'après  oO  jours  il  arriva  à  Qumaqur  (ou  Gumagur)  ou  Qumsqur  fou 
Gunisgur),  et  de  là  gagna  «  Berbalikh  »  et  «  Bes-balikh  »  ;  il  s'agit  évidemment, 
de  la  route  directe  qui  arrivait  un  peu  à  l'Est  de  Bes-balïq,  mais  non  pas  en 
passant  par  le  Barkol  comme  l'ont  pensé  Patkanov  et  Brosset,  suivis  par 
JL  Beazley  {The  daivn  of  modem  geography,  n,  386).  Il  me  paraît  y  avoir  les 
plus  grandes  chances  pour  que  "  Qumsqur  »  (ou  «  Gumsgur)  soit  altéré  de 
Qum-sangir;  Giiviik  serait  donc  mort  avant  d'arriver  à  Bes-balïq,  dans  la 
région  qui  s'étend  des  monts  au  Nord  et  Nord-Est  de  Bes-balïq  jusqu'à  l'Altaï- 
Mais,  s'il  en  est  ainsi,  il  est  impossible  que  Giiyiik,  parti  à  l'automne  de  1247, 
n'ait  pas  encore  atteint  Bes-balïq  en  mars-avril  1248,  et  nous  devrons  admettre 
qu'il  ne  quitta  la  haute  Mongolie  qu'au  printemps  de  1248  pour  mourir  en  route 
un  mois  plus  tard.  [Après  que  ceci  était  rédigé,  je  me  suis  aperçu  que  M.  Blochel, 
avait  déjà  fait  une  partie  du  même  raisonnement,  mais  sans  faire  intervenir  la 
variante  Ilou-mei-sie-yang-ki-eul,  ni  VHisloria  dynastlarum.  ni  la  relation  du 
voyage  de  Hethum,  dans  Rev.  de  l'Orienl  chréL,  1922-1923,  160-171.  Toutefois  je 
ne  crois  pas  à  son  ^Slw;:3  ^^^x<  ;  pour  moi,  la  forme  altérée  «  Samarqand  >>  est 
sortie  directement  de  *Qum-sangir,  dontl'-m  est  attestée  en  chinois,  en  arabe  et 
en  arménien.  Barthoid  (£'ncî/d.  de  l'Islam,  i,  700,  art.  «  Bâtû-khân  ■■,  avait  déjà 
juxtapose  le  ■■  Komeslecia  -  de  Bar  llebraeus  et  le  ■<  Samarqand  •■  de  .Juwainï, 
mais  sans  choisir  entre  eux.  Il  avait  vu  toutefois  que  le  prétendu  •<  Samarqand  " 
devait  se  trouver  au  Nord  de  Bes-Balïq  et  le  cherchait  sur  1'  «  Uzungu  »  (lire 
'.  Urungu  '■);  je  crois  qu'il  faut  chercher  plus  au  Nord-Est.  Juwainï  (111,  53  ■''-'''), 
copié  par  Rasïdu-'d-Dïn  (11,299  -),  mentionne,  entre  Karakorum  et  -<  Bes-balïy  % 
trois  noms,  Uluy-taq  (=  Ubiy-tav,  ■-  Grandes  Montagnes  >.),  Mutqaï  (?;  la  forme 
est  très  douteuse  par  suite  de  nombreuses  variantes)  et  un  nom  désespérément 
altéré  que  M.  Bloehet  a  lu  -«^Vl.IjjJ  Tobolong,  en  disant  que  c'était  «  évidem- 
ment »  le  Tobolong  du  xvnr  siècle,  «  dans  le  Nord-Ouest  de  l'Ili  ».  Il  suffit  de 
jeter  les  yeux  sur  une  carte  pour  voir  que  l'Ili,  et  encore  plus  le  Nord-Ouest  de 
i'Ili,  sont  hors  de  question  entre  Karakorum  et  Bes-balïq;  en  outre  MM.  Bloehet 
et  Mirzâ  Muhammad  khàn  lisent  ici  ditféremment  les  leçons  des  mêmes 
manuscrits  de  Juwainï.  Étant  donné  les  leçons  ^tA~Ojj3  et  ,^vJj3  des 
mss.  de  Rasïdu-'d-Dïn,  je  n'exclus  pas  la  possibilité  que,  cette  fois  encore,  nous 
ayons  affaire  à  une  altération  de  Qum-s:ingir,  mais  je  me  garderais  de  rien 
affirmer.  M.  Risch  {Johann  von  Plana  Carpini,  330)  [et  M.  Sorauzo,  Il  Papalo, 
135]  identifient  encore  Bes-Balïq  à  Urumci,  comme  M.  Bloehet  d'ailleurs.  11 
n'est  donc  pas  inutile  de  dénoncer  une  fois  de  plus  cette  vieille  erreur  et  de 
rappeler  que  Bes-balïq  était  bien  au  Nord-Est  d'Urumci,  dans  le  voisinage  et  au 
]S'ord-Ouest  de  Gucen  (Kou-tch'eng). 

L197J 


00  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

corps  fut,  dit-on,  ramené  dans  la  haute  Mongolie  (1).  A  ce 
moment,  Batu  arrivait  des  régions  de  la  Volga  vers  l'Est, 
assez  incertain  des  dessins  de  Guyiik. 

La  veuve  de  Giiyiik,  Oyul-qaïmïs,  une  Miirkit  (2),  tint  d'abord 
secrète  la  mort  du  souverain,  et  tenta  de  gagner  Batu,  les 
princes  et  les  généraux  à  la  cause  soit  de  son  lils  Quca-o^ul, 
soit,  à  la  rigueur,  de  son  neveu  Siramiin;  avec  lun  comme  avec 
l'autre,  le  pouvoir  suprême  restait  dans  la  lignée  d'Ogodâi  (3). 


(1)  D'après  le  y'iian  clic  2,  1  a,  où  il  est  dit  que  Giiyiik  fut  enterré  dans  la 
même  vallée  que  les  autres  empereurs  de  la  dynastie  de  Gengis-khan. 

(2)  La  restitution  du  nom  n'est  pas  tout  à  l'ait  certaine;  pour  le  premier 
élément,  les  transcriptions  vont  de  Oqul  chez  les  écrivains  persans  à  Wo-wou- 
li,  soit  *0\vul,  dans  le  )'uan  chc ;  il  doit  s'agir  du  mot  turc  oyu/,  ■<  fils  •>  et 
«  prince  »,  sans  que  sa  prétixation  dans  ce  nom  de  femme  soit  expliquée 
jusqu'ici.  Le  second  élément  est  vraisemblablement  Qaïmïs,  qui  répond  à 
la  fois  au  llai-mi-che  des  transcriptions  chinoises,  à  une  des  lectures  possibles 
des  formes  en  écriture  arabe  et  même  au  «  Camus  »  de  Rubrouck  qui  i)eut 
être  altéré  de  *Caimis  =  Qaïmïs  {Yuan  che,  3,  1  a;  106,  l'a;  114,  I  h;  Blochet, 
li'isl.  des  Mongols,  u,  228-229:  Berezin,  Trudy,  v,  75).  Un  nom  identique  a 
été  porté  par  une  Oïrat  qui  fut  une  des  épouses  de  Mongka  (cf.  Blochet,  ii, 
267-268;  13erezin,  Trudy,  v,  80);  comme  cette  seconde  Ovul-qaïmïs  est  la  mère 
de  Sirin,  qui  est  certainement  la  princesse  «  Chirina  »,  fille  d'une  chrétienne, 
qu'a  connue  Guillaume  de  Rubrouck,  nous  en  devons  conclure  qu'il  y  avait 
des  chrétiens  parmi  les  Oïrat,  à  moins  que  la  mère  de  Sirin  ne  fût  devenue 
chrétienne  seulement  après  son  mariage  et  sous  l'influence  de  sa  belle-mère 
chrétienne.  La  mère  de  VUkhan  Aryun  s'appelait  aussi  Qaïmïs  (von  Ilammer, 
Gcsch.  d.  lichane,  i.  ;j2o,  360).  Le  nom  est  évidemment  purement  turc,  mais 
le  sens  n'en  est  pas  clair;  on  peut  toutefois  dire,  je  crois,  que  la  forme 
«  Ogoul  Clianmish  »  (—  ^Oyul-qanmïs)  adoptée  par  M.  Rastoul  est  à  aban- 
donner; elle  provient  de  mauvaises  leçons  du  Chromcon  syriaoïm  de  Bar 
Ilebraeus  (trad.  Bruns,  p.  532  et  suiv.)  et  de  son  Hisloria  dynast.  (trad.  Pococke, 
322  et  suiv.).  Le  mot  qaïmïs  entre  encore  dans  le  nom  d'une  princesse  tatar 
qui  semble  s'être  appelée  Tiïrii-qaïmïs-  (cf.  Bei-ezin,  dans  Trudy,  v,  68-69). 
D'Ohsson  (u,  216)  a  confondu  les  deux  Oyul-qaïmï.s,  si  bien  qu'il  représente 
l'épouse  de  Giiyiik  comme  une  Oïrat;  bien  que  von  Hammer  (Gescfi.  d.  llçhane, 
I,  57)  eût  donné  la  version  correcte,  c'est  l'erreur  de  d'Ohsson  qui  a  passé  dans 
lloworth,  I,  726.  Sur  la  foi  de  l'adaptation  chinoise  de  d'Oh.sson,  T'ou  Ri 
{Mong-wou-eul  che-ki,  5,  5  b)  a  pensé  aussi  qu'il  s'agissait  d'une  Oïrat  et  a 
changé  à  tort  en  Wo-yi-la-t"o  (=  Oïrat)  le  Wo-wou-li  qui  est  prestiue  sûrement 
Oyul. 

(3)  Le  ]'iian  chc  (114,  1^6)  dit  quaprès  la  mort  de  Giiyiik,  OYul-qaïmïs 
"  dirigea  le  gouvernement  derrière  un  rideau  pendant  six  mois,  tenant  dans 
ses  bras  son  fils  Siramiin  ».  C'est  inexact.  Les  termes  employés  {(ch'ouei-lien 
l'ing-lcheny)  sont  bien  ceux  qui,  en  chinois,  s'appliquent  à  une  régente,  mais 
Sinimiin  n'était  pas  le  fils  d'Oyul-qaïmïs.  et  il  avait  largement  passé  l'âge  d'être 
porté  dans  les  bras,  puisqu'il  n'était  déjà  plus  au  berceau  quand  son  père  était 

[198] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  61 

Mais  elle  se  heurta  à  rambition  de  la  Kéraït  chrétienne  Soyur- 
vaqtani-beki,  qui  sut  faire  pencher  Batu  en  faveur  de  Mongka, 
Taîné  des  quatre  fils  qu'elle  avait  eus  de  Tului.  Encore  du 
vivant  de  Giiyiik,  Batu,  sans  atteindre  même  à  la  frontière  de 
son  territoire  propre,  s'était  avancé  jusqu'à  sept  jours  en  deçà 
deQayalÏY(«  Endroit  rocheux  »),  en  un  endroit  que  d'Ohsson 
(il,  246)  a  appelé  les  «  monts  Alactac  »,  d'où  dérivent  les 
«  Alak  Tak  mountains  »  de  Howorth  (i,  170)  et,  assez  natu- 
rellement, le  Ala-tavde  Yu\e  [Cathai/K  i,  289)  et  les  «  monts 
Alatau  »  du  P.  Van  Den  Wyngaert  (Sinica  Franciscana, 
I.  xLiii).  Il  y  a  plusieurs  Ala-tau  (=  Ala-taY)  dans  la  région, 
mais  je  crains  qu'aucun  d'eux,  tout  au  moins  quant  au  nom, 
ne  doive  entrer  en  ligne  de  compte,  car  nul  texte,  à  ma  con- 
naissance, ne  parle  ici  ni  de  «  monts  Alatau  »,  ni  de  «  monts 
Alacta<-  ».  Juwainï,  qui  est  la  source  de  nos  informations,  a,  à 
plusieurs  reprises,  jjiLo^!'  Alaqmaq  (ou  Ala-qnmaq?)  (1);  et  ce 
doit  être  aussi  le  «  lieu  A-la-t'o-hou-la-\vou  »  (*  Ala-tovra'u?) 
de  Yuan  che,  3,  1  a  (2).  Tout  en  reconnaissant  la  régence 
d'OYul-qaïraïs,  Batu  convoqua  la  diète  [quriltai,  qurVta)  à 
«  Alaqmaq  »,  en  1230  semble-t-il  (3).  Malgré  les    efforts  de 

mort  douze  ans  plus  tôt.  La  régence  se  prolongea  aussi  sûrement  plus  do 
six  mois,  mais  la  chronologie  est  ici  fort  incertaine.  Il  est  vraisemblable  que  le 
Yuan  che  confond  ici  .Siramun,  neveu  d'Oyul-qaïmis  et  déjà  presque  adulte, 
avec  le  fils  aîné  d'Oyul-qamïs,  Quca,  qui,  lui,  était  encore  en  bas  âge  [parvulus 
/ilius,  dit  Rubrouck,  éd.  Van  Den  Wyngaert,  242).  Oyul-qaïmïs  paraît  en  effet 
avoir  associé  ce  tout  jeune  fils  à  ses  audiences,  car  un  texte  de  Bernard  Gui, 
qui  doit  remonter  à  un  renseignement  de  Jean  de  Carcassonne,  veut  que 
l'ambassade  d'André  de  Longjumeau  ait  été  reçue  par  "  la  reine  et  son  fils  »  ; 
cf.  infra.  p.  210. 

(1)  Ed.  Mirzâ  Muhanunad  khan,  i,  217,  218  note,  223;  cf.  Blochet,  Hist.  des 
Mongols,  \i,  135  [=  p.  15 '^  du  t.  III  encore  inachevé  de  l'éd.  de  Mirzâ 
Muhammad  khan.].  C'est  aussi  "  Alaqmaq  »  qui  se  retrouve,  emprunté  à 
.luwainï,  dans  le  Chronicon  syriacum  de  Bar  Hebraeus  (trad.  Bruns,  p.  532)  et 
dans  son  Hisloria  dynastlarum,  trad.  Pococke,  322.  Barthold,  dans  Encycl.  de 
l'Islam,  I.  7<J0,  art.  -  Bàlu-khân  »,  a  adopté  «  Ala-qamaq  ». 

(2)  Au  point  de  vue  graphique,  la  moins  mauvaise  solution  pour  concilier 
les  deux  formes  semble  être  de  supposer  que  l'apparent  Alaqmaq  de  .luwainï 
est  fautif  pour  al^iy""^!  ^Ala-toyraq  (ou  ïî  Jij'^l  *Ala-tôqraq?),  le  •■  Peuplier 
tacheté  ».  M.  Blochet  (Int7\  à  Vhist.  des  Mongols,  p.  170)  a  placé  le  A-la-l'o-hou- 
la-\vou  du  Yuan  che  .  sur  les  bords  de  l'Onon  -  ;  c'est  qu'il  a  confondu  les 
deux  fjurïKaï. 

(3)  C'est  ce  qu'implique  le  texte  du  Yuan  che.  Le  Nain  de  Tillemont  [Vie  de 

[199] 


Cy>  REVUE    DE    l'ORIENT   CHRÉTIEN. 

Bala,  ie  représentant  crOYul-qaïmïs  (1),  Mongka  fut  désigné, 
et  cette  désignation  ratifiée  dans  une  seconde  assemblée  qui 
se  tint  sur  les  rives  de  la  Kerulen  à  Kota'ii-aral  (2),  le  6^^  mois 
de  1251  (21  juin- 20  juillet)  (3);  la  régence  d'OYul-qaïmïs  était 
finie.  Mais  alors  les  vengeances  commencèrent. 


snint  Louis,  m,  418)  dit  que  la  diiHe  qui  élut  Mongka  (celle  d'AIaqmaq)  se 
tint  en  1250,  après  le  5  avril,  et  renvoie  à  ce  sujet  à  Bar  llebraeus,  HtsI. 
DijnasL,  p.  326;  mais,  dans  le  récit  de  cette  diète  (ju'on  trouve  en  effet  dans 
le  passage  indiqué,  je  ne  vois  rien  qui  précise  que  la  diète  se  soit  tenue 
«  après  le  5  avril  ». 

(1)  Yuan  che,  3,  \h;  124,  6a.  C'est  le  même  Bala  qui  a  été  connu  de  Plan 
Carpin  dans  l'entourage  de  Giiyiik  en  1246;  le  Yuan  che  le  qualifie  de  Ouigour. 
,Je  suis  ici  le  récit  du  Yuan  che;  dans  les  sources  persanes,  les  personnages 
qui  interviennent  dans  ce  premier  qurïUaï  sont  différents,  tout  en  tenant 
sensiblement  le  même  langage.  M.  Blochet  [Inlrod.  à  l'Hisl.  des  Monijuts, 
170-171)  a  accepté  le  texte  du  ch.  3  du  Yuan  che  en  ce  qui  concerne  Bala,  mais^ 
en  y  cousant  à  tort  le  passage  erroné  du  ch.  114  (passé  de  là  dans  la  suite  du 
Tong-kien  kang-mou)  sur  la  régence  d'OYul-qaïniïs  (cf.  supra,  p.  [198]);  it 
en  a  tiré  que  la  veuve  de  Giiyiik  «  assistait  au  kouriltaï,  cachée,  conin:e 
une  princesse  de  Moscou,  derrière  un  rideau  de  soie  et  tenant  son  tlls  dans 
ses  bras  ».  Mais  il  est  bien  certain  que  si,  après  la  mort  de  Giiyiik,  Oyul-iiaïniïs 
se  rendit  avec  ses  fils  Quca  et  Naqu  auprès  de  Batu  dans  l'espoir  de  le  gagner, 
elle  ne  resta  auprès  de  lui  qu'  «  un  jour  ou  doux  »  (cf.  .îuwainï,  i,  218**; 
Bar  llebraeus,  Chronicon  syriacum,  532;  Hist.  dynasL,  326),  vraisemijlablement 
encore  en  1248,  puis  retourna  dans  les  domaines  propres  de  Giiyiik.  Dans 
son  Mong-xvou-eul  che-ki  (6,  2  a),  T'ou  Ki,  au  lieu  de  comprendre  «  Wei-Mou 
Pa-la  »  de  uan  }  che,  124,  6  à,  comme  «  le  Ouigour  Bala  »,  en  a  fait  le  nom  de 
deux  hommes,  Uiyurtaï  et  Bala;  c'est  aller  sans  raison  contre  la  lettre  dit 
texte.  Bala  échappa  presque  par  miracle  aux  exécutions  de  1251  sur  son 
sort  ultérieur  en  pays  ouigour,  cf.  d'Ohsson,  ii,  273. 

(2)  Ce  nom  de  lieu  nous  est  bien  connu;  on  l'écrit  aussi,  et  plus  correcte- 
ment, Koda'il-aral,  r«  Ile  inculte  »;  KodJi'a-aral  était  le  long  de  la  Kerulen,. 
et  c'est  là  qu'au  cours  d'un  qurUtaï,  YHlsbnye  secrète  des  Mongols  avait  été- 
mise  par  écrit  en  1240.  L'orthographe  «  réformée  »  de  K'ien-long  a  altéré 
ce  nom  en  -  Kïùtan-Ola  »,  «  Montagne  froide  »,  qui.  par  l'intermédiaire  du 
P.  Hj'acinthe,  a  passé  dans  d'Ohsson,  n,  253,  n.  1. 

(3)  Yuan  che,  3,  Ib.  D'Ohsson  (n,  253)  a  indiqué  le  1"  juillet  1251  pour 
Pavônement  de  Mongka,  sans  préciser  sa  source.  C'est  en  réalité  la  date  de 
.juwainï  (ui,  29"),  connue  depuis  longtemps  parce  qu'elle  a  passé  dans  Bar 
llebraeus,  Hisl.  dynasl.,  326,  et  Chronicon  syriacum,  5.32-533,  si  bien  qu'on  la 
trouve  déjà  dans  Tillemont,  Vie  de  saint  Louis,  m,  420  (Barthold,  Enc.  de 
f Islam,  I,  700,  art.  «  Bâtû-kân  »,  a  adopté  le  30  juin  1251  pour  équivalent  du 
*.)  rabi'^  n  649;  mais  cette  date  de  l'hégire,  dans  les  tables  de  réduction  usuelles, 
telles  celles  de  Schram,  correspond  bien  en  réalité  au  1""'  juillet  1251  indiqué 
par  Tillemont  et  d'Ohsson).  RasTdu-'d-Dïn  (éd.  Blochet,  u,  283 ^-'o)  donne 
pour  l'avènement  de  Mongka  l'année  du  porc  (24  janvier  1251-11  février  1252),. 
en  ajoutant  comme  précision  le  mois  U-^H-hi'fjah  de  l'année  648  de  l'hégire 

[200] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  63 

Dans  leur  mécontentement  du  tour  pris  par  les  délibérations 
des  deux  diètes,  les  partisans  de  la  descendance  d'OgOdai 
semblent  avoir  amorcé  un  complot,  dont  le  récit  se  trouve 
aussi  bien  chez  Guillaume  de  Rubrouck  que  dans  le  Yuan  che  et 
chez  les  historiens  persans  (1);  le  seul  côté  surprenant  est  que 
ce  récit  rappelle  d'assez  près,  jusque  dans  le  nom  de  l'homme 
du  peuple  qui  révéla  le  complot,  un  épisode  de  Thistoire  de 
Gengis-khan.  Parmi  ceux  qui  furent  alors  exécutés  en  1251, 
le  Yuan  che  (3,  -la)  cite  Ha-ta,  c'est-à-dire  Qadaq,  l'un  des 
conseillers  chrétiens  de  Guyiik  que  Plan  Carpin  avait  connus  (2). 
Les  so'urces  musulmanes  nous  garantissent  que  deux  fils  d'Âlji- 
gidai,  qui  avaient  trempé  dans  le  complot,  furent  de  ceux 
qu'on  mit  à  mort  au  moyen  de  pierres  qu'on  leur  enfonça 
dans  la  bouclie  (3)  ;  l'un  d'eux,  Ar^asun,  est  certainement  le 
Harqasun  (=  Aryasun)  fils  d'ÂlJigidai  (4),  que  nous  connais- 

(24  février-24  mars  1251).  Mais  cette  apparente  précision  me  semble  indiquer 
seulement,  et  de  façon  inexacte  d'ailleurs,  le  commencement  de  l'année  du 
porc;  on  sait  que  les  conversions  de  dates  du  calendrier  sino-mongoi  en  dates  de 
l'hégire  sont  très  souvent  inexactes  chez  Hasïdu-'d-Dîn.  T'ou  Ki,  dans  son  Mong- 
tvou-cul  che-ki  (5,  6  a),  a  rapporté  la  première  diète  convoquée  par  Batu  au  qua- 
trième mois  de  1249  (14  mai-12  juin),  et  la  diète  où  l'élection  de  IMongka 
devint  définitive  au  printemps  de  1250.  II  s'est  appuyé  à  ce  sujet  sur  la 
biographie  de  Urïyangxataï  au  ch.  121,  2  6,  du  Vua7i  che,  qui  raconte  la 
mort  de  Gïiyiik  et  l'élection  de  Mongka  de  façon  assez  vague,  et  cite  à  ce 
propos  le  4°  mois  de  1249;  mais,  outre  que  cette  biographie  fait  jouer  à 
Urïyangxataï  un  rôle  que  ni  le  reste  des  sources  chinoises  ni  les  sources  per- 
sanes ne  confirment  (c'est  de  cette  biographie  que  l'intervention  d'Urïyang-/ataï 
a  été  reprise  dans  la  source  de  Gaubil,  Genlcldscan,  108,  d'où  elle  a  passé 
dans  Cordier,  Hist.  <jén.,  u,  2til),  l'ensemble  du  texte  montre  bien  que,  pour 
cette  époque,  la  biographie  s'appuie  sur  une  tradition  familiale  assez  incer- 
taine et  qui  ne  doit  pas  prévaloir  sur  la  chronologie  du  }'uan  che  et  de  Juwainî. 

(1)  Cf.   Juwainî,  ni,  39*^  (non  publié);  Blochet,   n,  287;  i'uan  che,  124,  6  a; 
Rockhill,  Rubruck,  163-164. 

(2)  C'est  ainsi  qu'il  faut  rétablir  le  Ha-ta  du  Yuan  che,  et  non  le  relier  à 
d'autres  éléments  pour  en  tirer  un  «  Khata  Kirin  »,  comme  l'a  fait  M.  Blochet 
{Inlrad.,  174;  texte,  u,  293-294).  Le  rôle  de  Qadaq  au  moment  des  qurïllaï  où 
Mongka  fut  élu,  puis  intronisé,  et  enfin  l'exécution  de  Qadaq  sont  rappelés 
à  plusieurs  reprises  par  .]u\\ainï,  et  de  chez  lui  ces  renseignements  ont  passé 
en  partie  chez  Bar  Hebraeus  ifihron.  syviacum,  533-534);  cf.  aussi  d'Ohsson, 
II,  269.  Assemani  {Bibl,  orient.,  III,  u,  480)  a  eu  l'idée  assez  étrange  de  voir, 
dans  1'"  Erchalthaï  »,  etc.,  de  la  lettre  apportée  par  David  à  saint  Louis,  . 
•  Cadachus  »,  c'est-à-dire  Qadaq,  au  lieu  d'Aljigidai. 

(3)  Cf.  d'Olisson,  Hist.  des  Mongols,  ii,  259. 

(4)  Sur  le  nom,  cf.  JA,  1925,  i,  205.  Il  me  paraît  bien  que  c'est  lui  qui  est 

[201] 


-64  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

sons  par  YHistoire  secrète  des  Mongols  (§  •275,  276)  et  qui 
avait  tenu  sur  Batu  des  propos  désobligeants. 

Quant  à  Âljigidai  lui-même,  il  me  paraît  qu'il  était  prudem- 
ment resté  en  Perse  (1).  Mais  la  rancune  de  Batu  envers  ses 


nommé  aussi  dans  Rasîdu-'d-Dîn  (Blochet,  ii,  281 6)  comme  pivsent  à  la  diète, 
<?t  non  le  Harqasun  (Aryasun),  fils  de  Yagii,  auquel  M.  Blochet  a  renvoyé  en 
note;  en  eftet,  ce  dernier  Harqasun,  fils  de  Yagû,  n'était  pas  seulement  un 
-  grand  émir  »,  mais  lin  prince  du  sang,  et  d'ailleurs  il  no  devrait  i)as  être 
■cité  par  Rasîd  à  part  des  princes  de  «  gauche  ■•  qui  viennent  plus  loin  et  dont 
les  premiers  sont  son  père  et  son  oncle.  Aryasun,  fils  d'ÀIjigidili,  est^nommé 
expressément  par  .Ju\\ainï  (111  [non  publié],  58-). 

(1)  J'écarte  l'identification  d'Âljigidiii  au  .Jalaïr  Alcïdaï  que  suppose  le  texte  de 
von  Ilammer  (cf.  supra,  p.  [171],  et  aussi  Wolff,  Gesch.  der  Mont/alen,  385)  ;  c'est  le 
.Jalaïr  que  les  sources  musulmanes  mettent  en  cause  pour  la  diète  de  l'.i50.  T'ou 
Ki  {Mong-wou-eul  che-ki,  6,  2  a)  a  suivi  l'opinion  de  von  Hammer;  de  même 
Cordier,  Hist.  gén.  de  la  Chine,  \\,  260.  Dans  la  liste  de  Yuan  che,  3,  2  a,  où  RI.  Blo- 
chet (Inlrod.,  174,  et  ii,  293-29'4)  a  vu  Aljigidiii,  il  s'agit  d'Alèïdaï.  que  l'Histoire 
secrète  d'  277)  nomme,  comme  ici,  à  côté  de  Jangi,  mais  à  part  d'Âljigidiii:  cl', 
d'ailleurs  supra,  p.  [171].  Le  texte  du  Chronicon  syriacum  est  plus  embar- 
rassant. Bruns  le  traduit  ainsi  (p.  .533):  «  Alischti  Nowainum  quidem,  cui 
Guiucli  Chanus  occidentem  gubernandum  commiserat,  dimiserunt,  at  ceteros 
omnes,  qui  cuni  eo  erant,  humi  prostrarunt.  ■•  A  la  p.  .507  du  texte  (trad., 
p,  525),  le  nom  d'Aljigidiii  est  écrit  ËlsïkiltT.  sans  être  suivi  de  nOijàn;  ici,  on  a 
Âlstî  nùyiin.  Évidemment,  Bar  Ilebraeus  (ou  sa  source)  a  cru  ([u'il  s'agissait 
d'Aljigidiii,  puisqu'il  rappelle  le  commandement  en  Occident.  Mais  j'incline 
à  penser,  aussi  longtemps  du  moins  que  la  source  de  Bar  Ilebraeus  n'aura 
pas  été  identifiée  plus  nettement,  que  cette  source  parlait  d'Alc'idaï-noyan, 
îequel  fut  exécuté  avec  ses  compagnons  d'après  le  Yuan  che,  et  (|uc  Bar  Ilebraeus 
l'a  t'ait  relâcher  parce  qu'il  l'a  confondu  avec  Aljigidiii  dont  il  savait  l)ien 
par  juwaini  qu'il  n'avait  été  capturé  que  plus  tard,  en  Perse  et  pas  en  Mongolie. 
L'historien  arménien  Kirakos,  assez  bien  informé  de  ces  événements  puisqu'il 
accompagna  le  roi  Hethum  l"'  à  la  cour  de  Mongka  on  1254-1255,  dit 
expressément  qu'Aljigidiii  ne  se  rendit  pas  en  Mongolie  après  la  mort  de 
'Giiyiik  (cf.  Patkanov,  Isloriya  Monglov,  ri,  74;  Brosset,  Deux  historiens  armé- 
niens, p.  172);  voici  la  traduction  de  Brosset  :  «  [Lors  du  complot  contre  Mongka,] 
Bathou  [=  Balu]  l'apprit  et  fit  mettre  à  mort  plusieurs  personnes  de  la  famille 
\ajr  impériale]  et  des  plus  grands  personnages,  dont  le  principal,  un  seigneur 
de  haut  i-ang,  nommé  Eltchi-Gaga  [Patkanov  :  Elvi-Gala  —  Aljigidai]  avait 
été  nommé  par  Gioug  [=  Gilyilk]  général  des  troupes  thathares  en  orient 
■et  en  Arménie,  en  la  place  de  Batchou-Nou'ïn  [=  Baïju-noyan].  Pendant  qu'il 
était  en  route  [Patkanov  ajoute  :  vers  la  Perse],  il  apprit  la  mort  de  Gioug- 
Qan  et  attendit  là  qui  hériterait  du  pouvoir  suprême.  II  fut  accusé  près  de 
Bathou,  chef  des  troupes  en  orient,  parce  qu'on  ne  voulait  pas  de  lui  pour 
maître,  et  que  c'était  un  orgueilleux.  On  disait  :  «  II  est  de  ceux  qui  ne 
reconnaissent  pas  Mangou-Qan.  »  Bathou  se  le  fit  amener,  on  le  chargea  de 
fers,  et  il  subit  une  mort  cruelle.  »  Puisque  Kirakos  ignore  qu'Aljigidiii  est 
arrivé  en  Transcaucasie  dès  juillet  1247,  et  semble  même  croire   qu'il  était 

[202] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTE.  O 

fils,  et  celle  de  Mongka  qui  voyait  en  lui  une  créature  de 
Oiiyiik  et  d'O^ul-qatmis,  l'y  allèrent  bientôt  cher«:her.  Dans 
l'hiver  de  1-251-1-25-2  (17  octobre  1251-11  février  1252),  Qadfin 
.<=::::Qada'an)  fut  envoyé  pour  se  saisir  de  lui  et  le  mettre  à 
mort  (1  ),  et  la  famille  d'Aljigidai  fut  inscrite  à  nouveau  sur  les 
registres  de  recensement  (2).  Les  membres  de  la  familleimpérialc 
eurent  leur  tour.  Dans  l'été  de  1252  (10  mai-6  août  1252), 
l'impératrice  douairière  Ovul-qaïmïs  et  la  mère  de  Sirâmtin, 
atxusées  de  sortilèges,  furent  mises  à  mort  (3).  Sirâmïm  (4), 

■seulement  en  route  de  la  Mongolie  ver.s  la  Perse  quand  il  apprit  la  mort  do 
•  liiyiik,  nous  on  conclurons  qu'Âljigidai  ne  s'est  pas  avancé  jusque  vers  l'Ar- 
ménie et  a  laissé  à  Haiju  le  soin  des  relations  avec  ce  pays. 

(1)  Tel  est  le  récit  du  ]'i(an  che,  3,  i  a;  d'après  les  sources  persanes,  Âljigidiii 
fut  arrêté  à  Badghis  dans  le  Khorasan  et  remis  à  Hatu  qui  le  fit  tuer  (cf. 
d'Ohsson,  II,  259).  Les  deux  versions  sont  d'autant  plus  conciiiables  que,  d'après 
.luwainï  (m,  61  ii^),  l'arrestation  d'Aljigidai  fut  opérée  par  le  qot\'i  Qadayan, 
•■•'ost-à-dire  par  le  Qadan  des  sources  chinoises. 

(2)  Autrement  dit,  ils  furent  soumis  aux  impôts  et  corvées. 

(3)  Le  tribu  et  le  nom  de  la  mère  de  Siramiin  sont  omis  dans  les  tableaux 
généalogiques  de  Rasïdu'-d-Dîn  (éd.  Blochet,  ii,  6*3),  mais  il  les  indique  dans 
son  histoire  des  tribus  (Berezin,  Trudy,  \,  152;  vu,  203;  cf.  au^si  Blochet, 
II.  13(1;  von  Erdmann,  \'ùUslaendi(je  Uebersicht,  p.  90;  von  Hammer,  Ilchane, 
1,  61).  La  mère  ae  Sirarnïm  était  une  Qonyrat,  dont  le  nom  est  lu  QaHaqtas  par 
Borezin,  Qataqas  par  von  Erdmann  et  von  Hammer  (altéré  en  <•  Katakusii  ■• 
dans  Howorth,  i,  172),  Qutaqtas  ou  Qutaqas  par  M.  Blochet.  L'orthographe  la 
plus  probable  est  l'jLi,  à  lire  vraisemblablement  Qatâqâs  plutôt  que  Qutaqas. 
Juwainï   (t.    III    [non    publié],   58')    écrit      UljJ.   à    lire    vraisemblablement 

■Qadâqâc,  et  ce  nom  a  passé  dans  le  texte  parallèle  de  Rasïdu-'d-Dïn  (Blochet,  u, 
304'-,  et  App.,  p.  12;  mais  M.  Blochet  a  oublié,  dans  ces  deux  passages,  sa  note 
•tlifférente  de  ii,  136). 

(4)  Je  ne  puis  pas,  vu  le  sujet  du  présent  travail,  ne  pas  dire  un  mot  de  ce 
nom  de  Siramiin.  L'orthographe  seule,  aussi  bien  en  écriture  mongole  qu'en 
écriture  arabe,  autorise  ■'.^iramun  ou  SiramUn,  mais  les  transcriptions  chinoises 
supposent  Siramiin,  et  ceci  est  en  accord  avec  les  «  Chirenen  »  [lire  «  Chire- 
men  »]  et  «  Sirenum  •  [lire  «  Siremun  •]  de  Plan  Carpin  et  avec  le  «  Siremon  >- 
(le  Guillaume  de  Rubrouck.  .^I.  Blochet  {Ulst.  des  Mongols,  II,  287)  a  vu  dans 
Siramiin  le  mot  mongol  'drcimim  (ou  .'irin,  iirima,  etc.),  qui  signifie  ancienne- 
ment du  •<  cuivre  natif  »,  encore  que  nos  dictionnaires  le  traduisent  aujourd'iiui 
par  •>  bronze  •  (le  mot  se  rattache  non  à  !nrala''ul-  comme  le  dit  M.  Blochet. 
mais  à  sirii-,  aujourd'hui  xiri-,  «  fondre  [en  parlant  d'un  métal]  »)  ;  c'est  en  elt'et 
une  hypotiièse  qui  s'offre  à  l'esprit  assez  naturellement.  J'ai  cependant  propose 
en  1914  (,/.4,  1914,  I,  498)  une  autre  solution,  dans  les  termes  suivants  :  <•  Sira- 
mun  est  peut-être,  à  l'origine,  un  nom  chrétien;  ce  serait,  dans  l'Iran  du  Nord- 
Kst  où  VI  fut  longtemps  inconnue,  une  forme  normale  de  Slemun,  Salomon;  de 
là,  le  nom  aurait  passé  chez  les  Turcs  et  les  Mongols,  où,  en  fait,  nous  le  voyons 

^203] 

OIUENT    CIIUÉTIKN.  5 


(Ilj  REVUE    DE    L  ORIENT    CHRETIEN. 

Yfisa,  Buri  (1)  furent  exilés.  Qoji  (=  Quca)  et  Naqu,  les  fils 
de  Guyuk,  ainsi  que  [Yajsun-to'a  (2),  furent  prisonniers  aux 
armées.  Le  parti  chrétien  de  l'entourage  de  Gi'iyuk  était 
abattu,  mais  sans  que  Mongka  en  voulût  au  christianisme 
lui-même.  Sa  mère  était  une  chrétienne  fervente,  et  le  nouvel 
empereur  accorda  toute  sa  confiance  au  chrétien  Bolyai  que 
Guillaume  de  Rubrouck  trouva  à  Karakorum  en  1*254  (3). 

Il  s'en  faut  malheureusement  que  cet  exposé  historique 
nous  donne  une  certitude  quant  au  lieu  oii  l'ambassade  d'André 
(le  Long-jumeau  fut  conduite.  Je  voudrais  du  moins  tenter  de 
dégager  certaines  indications. 

Giiyuk  est  mort  entre  le  27  mars  et  le  24  avril  1248,  donc 
un  mois  au  moins  avant  qu'Aljigidai  n'écrivît,  entre  le  15  et 
le  24  mai,  la  lettre  que  David  et  Marc  apportèrent  sept  mois  plus 
tard  à  saint  Louis.  Un  mois  aurait  peut-être  sufli  à  un  cour- 
rier rapide  pour  transmettre  dans  la  région  de  Tauriz  la  nou- 

NUitout  porté  par  des  chrétiens;  mais  cette  explication  n'est  qu'une  liypothèse.  ■' 
Ce  qui  m'avait  d'abord  orienté  vers  cette  solution,  c'est  que  le  nom  de  Siramun 
(ou  Siriimun)  apparaît  dans  les  inscriptions  nestoriennes  du  Semirec  e  (Chwolson, 
III,  '.>?)  où  il  n'jfa  pour  ainsi  dire  aucun  nom  mongol,  mais  seulement  des  noms 
syriaque?,  iraniens  et  turcs.  IMème  aujourd'hui,  je  ne  veu.v  pas  donner  la  solu- 
tion pour  certaine,  mais  je  la  tiens  pour  plus  probable  encore  qu'en  1914,  car  on 
trouve  Silamiin  comme  un  doublet  de  Siramun;  cf.  Juwainî,  III,  26  i^  ;  Rasîdu-'d- 
Dîn,  éd.  Blochet,  II,  280  ■';  II,  302  -  et  note  /".  La  l'orme  «  sogdienne  »  Siramun 
aurait  passé  populairement  en  ouigour  et  de  là  en  mongol,  mais  la  forme  savante 
Silamiin  aurait  reparu  sous  l'influence  directe  du  syriaque.  Ceci  ne  serait  ja5 
sans  conséquence  pour  les  affinités  chrétiennes  de  ceux  qui  ont  porté  ce  nom 
do.siriimiin;  dans  le  cas  de  Siramiin,  fils  de  Cormayan,  nous  ne  nous  étonnerons 
pas,  puisque  nous  savons  que  Cormayan,  même  s'il  n'était  pas  chrétien  lui-même, 
avait  deux  i)eaux-frères  chrétiens  (cf.  supra,  p.  [52]);  dans  celui  de  SiramUn,. 
pelitrilsd'Ogodiii  et  neveu  de  Giiyiik,  nous  n'oublierons  pas  tout  ce  qu'il  y  eut 
(le  christianisme  autour  de  Giiyuk  lui-même.  Et  d'ailleurs,  sans  vouloir  discuter 
ici  la  question,  j'ajouterai  que  le  nom  de  Siban  (>  Siban),  qui  fut  porté,  entre 
autres,  par  un  fils  de  Joci,  pourrait  bien  être  aussi  un  nom  chrétien. 

([)  Biiri  avait  eu  antérieurement  avec  Batu  une  altercation  violente  qui  est 
racontée  dans  VHisl.  secrète,  C  275-276;  pour  une  version  dilTérente  qui  fut 
recueillie  par  Rubrouck,  cf.  Rockhill,  Rubruck,  136-137.  Il  semble  bien  que 
lîiiii  n'ait  pas  été  seulement  exilé  comme  le  dit  le  Yuati  che,  mais  que,  livré  à 
Itatu,  il  ait  été  mis  à  mort  par  celui-ci. 

{i}  Le  texte  a  seulement  "  Souen-t'o  »,  qui  ne  peut  guère  qu'être  fautif  pour 
[Ye-lsouen-t'o. 

(3i  Cf.  r'ounc/  Pao,  1914,  629;  Juwainï,  III  [non  publié],  37  9;  Rasïdu-'d-Dïn 
(éd.  Blochet,  II,  2R6);  Rockhill,  liubruck,  à  l'index,  s.  v.  Bulgai. 

[204] 


LKS    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  67 

velle  d'une  mort  survenue  dans  la  région  de  Gucen.  Mais 
ÂIJigidai  ne  fut  évidemment  informé  qu'avec  un  certain 
retard;  je  n'hésite  guère  à  voir  là  le  résultat  des  mesures 
prises  par  OYul-qaïmïs  pour  tenir  assez  longtemps  secrète  la 
mort  deGûyiik.  Et  il  est  bien  probable  que  David  et  Marc  n'en 
savaient  pas  davantage  quand  ils  vinrent  trouver  saint  Louis 
en  Chypre.  Mais  il  n'en  allait  plus  de  même  quand  les  deux 
envoyés  mongols  et  l'ambassade  de  saint  Louis  pénétrèrent 
à  l'intérieur  du  continent  asiatique. 

Quand  André  de  Longjuraeau  écrivit  à  saint  Louis  la  lettre 
que  celui-ci  reçut  vers  le  11  mars  1219,  j'estime  qu'il  se 
trouvait  en  territoire  soumis  directement  aux  Mongols,  et 
assez  vraisemblablement  dans  la  région  de  Mossoul.  Tout 
avait  bien  marchi' jusque-là;  l'ambassade  avançait  «  bannière 
levée  »  à  travers  la  «  terre  des  mécréants  »,  et  ne  manquait 
de  rien  grâce  aux  envoyés  des  Mongols,  c'est-à-dire  grâce  à  David 
etàMarc  (1).  Mais  les  difficuliés  durent  commencer  lorsque  les 
envoyés .  mongols  et  l'ambassade  de  saint  Louis  atteignirent 
au  camp  d'Âljigidai.  Celui-ci,  en  avril-mai  1249,  savaii  depuis 
longtemps  que  Guyiik  était  mort,  et  était  assurément  iidormé 
des  intrigues  qui  se  nouaient  pour  la  désignation  de  son 
successeur.  Il  ne  dut  donc  pas  prendre  sur  lui  de  tnire, 
même  en  son  seul  nom,  une  réponse  au  roi  de  France;  peut-être 
est-ce  la  raison  pourquoi,  contrairement  au  plan  primiiif, 
aucun  membre  de  l'ambassade  ne  s'en  retourna  dès  ce 
premier  contact.  André  de  Longjumeau  et  tous  ses  compa- 
gnons, peut-être  avec  David,  furent  ainsi  amenés  à  pour- 
suivre leur  route  jusqu'à  la  cour  impériale. 

Ils  y  parvinrent  après  un  an  de  route,  à  dix  lieues  par  jour, 
selon  les  souvenirs  dictés  bien  plus  tard  par  le  vieux  J' 'in ville; 
après  plus  de  cent  jours,  s'il  faut  croire  le  récit  de  .Jean  de 
Carcassonne  recueilli  de  seconde  main  par  Bernard  Gui.  Le 
fait  certain  est  qu'ils  furent  reçus  par  OYuI-qaïmïs,  qui 
exerçait  donc  encore    la   régence,  mais  Rubrouck  (Rockliill, 

(1)  Cf.  supra,  p.  [191]  :  «...  il  avoient  ce  que  il  vouloient  par  la  dontance 
des  mesaiges  au  mestre  des  Tartarinz  ■•.  ••  Doutance  »  ne  peut  être  «  doute  » 
comme  à  l'ordinaire;  je  suppose  que  c'est  :  'dolnnce,  de  <■  doter  »,  ■>  donner  » 
Lacurne  de  Sainte-Palaye  a  •■  doutant  »,  expliqué  par  ..  respectable  »  ;  ne  serait- 
ce  pas  plutôt  «  généreux  »  ? 

[ii05] 


08  RlùV.UE    DE    l'orient    CIlIîlh'IEN. 

163)  assure  que  Mongka  était  déjà  u  élu  «  {eleclus}  lors  du 
séjour  d'André  de  Longjumeau  (1).  Le  séjour  d'André  de  Long- 
jumeau  à  la  cour  d'OYul-qaïmïs  serait  donc  postérieur  à  ia 
diète  d'  «  Alaqmaq  »  de  1250,  mais  antérieur  à  la  prise  effective 
du  pouvoir  par  Mongka;  de  ce  second  point  nous  sommes 
assurés  par  ailleurs,  puisque  André  de  Longjumeau  était  de 
retour  à  Césarée  en  avril  1251  ou  très  peu  après,  et  que  l'introni- 
sation de  Mongka  ne  se  place  qu'au  L'' juillet  de  cette  année-là. 
Ovul-qatmis,  comme  nous  Lavons  vu,  ne  s'était  pas  rendue 
à  la  diète  que  Batu  avait  convoquée  à  «  Alaqmaq  »  en  1250, 
mais  ni  elle  ni  les  siens  ne  participèrent  non  plus  à  la  diète  de 
Kodii'à-aral  en  1251.  La  question  est  de  savoir  si  elle  se 
trouvait  alors  à  Karakorum  ou  dans  la  région  de  l'Emil.  Eu 
faveur  de  Karakorum  on  pourrait  faire  valoir  que,  d'après  le 
Viudi  clic,  Giiyiik  fui  enterré  dans  la  même  vallée  de  la  Mongolie 
orientale  que  les  autres  grands  klians,  et  ceci  semblerait 
indiquer  que  sa  veuve  n'était  pas,  restée  dans  la  Mongolie 
occidentale,  mais  la  façon  même  dont  cette  phrase  appai-aît  ici 
dans  le  Yuanche,  et  l'aveu  candide  qui  termine  le  chapitre, 
montrent  qu'au  xiv''  siècle  on  n'avait  pas  en  Chine  de  rensei- 
gnements précis  sur  la  régence  même  d'OYul-qaïmïs  et  qu'ici 
la  mention  de  la  vallée  funéraire  des  empereurs  est  en  quelque 
sorte  une  clause  de  style.  Par  contre,  la  visite  d'OyUi-qaïmïs 
à  «  Alaqmaq  »  (en  1248?),  les  intrigues,  les  ambassades  et 
jusqu'aux  mouvements  des  conspirateurs  de  1251  semblent 
indiquer  que  la  descendance  d'Ogodài,  avec  OYul-qaïmïs  elle- 
même,  avait  continué  vers  la  région  de  l'Emil  et  y  était  restée 
après  la  mort  de  Guyiik.  Or  nous  avons  un  texte  formel  de 
Juwainî  (i,  217^),  selon  lequel,  après  la  mort  de  Gtiyuk,  Oyul- 
qaïmïs  e1  ses  enfants  habitèrent  l'apanage  propre  de  Guyiik 
dans  la  région  des  rivières  Qobaq  et  Emil  (2). 

(1)  Ceci  n'implique  aucuneiiient  que  lainbassade  ait  assisté  à  l'élection  de 
Mongka,  comme  l'a  cru  Cordior  (HlsL  <jcn.  de  la  Chine,  II,  397);  il  y  a  là  une 
erreur  certaine,  qui  remonte   au  P.  Touron  (Hïsl.  des  hommes  Utuslres,  1,  164). 

(2)  Il  faut  lire  ,^^.j^  Qobaq  au  lieu  du  (Jjlj^jS  Qonaq  adopté  par  MirzâiMu^am- 
mad  khân.  Dans  le  texte  parallèle  de  Bar  Uebraeus  {Hist.  dynast.,  texte,  492;; 
trad..,.322),,il  faut  également  lire  Qobaq  au  lieu  de  ^lja3  Qotaq  ou  /jljjâ 
Qoyaq.  C'est  aussi  Qobaq  qui  est  altéré  en     ,1,  J  Qobau   dans    Rasïdu-'d-Dïn, 

[•20GJ 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  69 

Dans  ces  conditions,  il  y  a  lieu,  je  crois,  d'accorder  leur 
pleine  valeur  aux  trois  passages  suivants  de  Guillaume  de 
Rubrouck,  et  on  se  demande  même  pourquoi  ils  n'ont  pas 
paru  décisifs  à  eux  seuls. 

En  racontant  son  voyage  d'aller  de  1253,  Guillaume  de 
Rubrouck  parle  des  Naïman  et  du  «  roi  Jean  »,  qui  vivaient 
nu  delà  des  Karakliïtaï;  et  il  ajoute  (Rockhill,  Ruhrurk,  110; 
Van  Den  Wyngaert,  1,  200-207)  :  «  Et  ego  transivi  per  pascua 
eius...  In  pascuis  eius  habitabat  Keuchan  apud  cuius  curiam 
fuit  frater  Andréas,  et  ego  etiam  transivi  per  eam  in  reditu.  » 
Plus  loin,  dans  le  délai!  de  son  itinéraire,  le  moine  franciscain, 
qui  a  dépassé  «  Cailac  »  (=QayalÏY),  s'exprime  ainsi  (Rockhill, 
162-165;  Van  Den  Wyngaert,  i,  210-242)  :  «  Post  hoc  intravi- 
mus  planiciem  illam  in  qua  erat  curia  Keuchan,  que  solebat 
esse  terra  Naiman...  Sed  tune  non  vidi  illam  curiam  sed  in 
reditu...  Mortuo  ergo  Keu,  ipse  Mangu  est  electus  de  voluntate 
Baatu,  et  iam  erat  eleclus  quando  frater  Andréas  fuit  ibi... 
Parvulus  filius  Keu  qui  non  potuit  esse  capax  vel  conscius 
onsilii,  illo  relictus  est  vivus,  et  illi  remansit  curia  patris 
cum  omnibus  spectantibus  ad  eam,  animalibus  scilicet  et 
hominilius.  Et  per  illam  transivimus  in  reiiitu,  nec  fuerunt 
ductores  mei  eundo  vel  redeundo  ausi  declinare  ad  illam. 
Sedebat  enim  in  tristitia  domina  gentium  et  non  erat  qui 
ronsolarefur  eam.  »  Enfm,  la  lettre  de  Alongka  à  saint  Louis, 
dont  Rubrouck  nous  a  conservé  une  traduction  latine  plus 
ou  moins  fidèle,  contient  ce  passage  (Rockhill,  2'49-250;  Van 
Den  Wyngaert,  308)  :  «  Postquaui  Keuchan  mortuus  fuit, 
nuncii  vestri  pervenerunt  ad  curiam   eius.  »  Dans  les  deux 

éd.  Blochet,  II,  lu  -',  et  en     k'U  J  Qoiuaq,  ihid.,  II,   1  ■'*.  Pour  d'autres  exemples 

du  nom  dans  Juwainï,  cf.  Barthold,  Turkislayi  down  to  Ihe  Mongol  invasion^, 
862,  3'J'3  (avec  la  correction  de  T'oung  Pau,  1930,  .52,  pour  le  prétendu  «  Hobogo  •). 
On  a  correctement  Qobaq  dans  Wassâf  (trad.  llanimer,  vJ3).  Le  nom  apparaît  à 
diverses  reprises  dans  les  textes  chinois;  cL  Bretschneider,  Med.  Res.,  I,  IGl 
(deux  exemples  du  Y'uan  che,  qui  supposent  une  prononciation  Qoboq);  il  y  faut 
joindre  Hou-pa  (Qubaq)  du  Clteng-ivou  Is'in-tcheng  lou  (éd.  Wang  Kono-wei,  64 
b).  De  même  qu'Emii  survit  comme  nom  de  la  rivière  Emil,  Qobaq  est  encore 
aujourd'hui  le  nom  d'une  rivière  Qoboq  (->  Chobuq  »  des  cartes  allemandes)  à 
l'Est  de  l'Emil.  C'est  essentiellement  la  vallée  de  ces  deux  rivières  qui  constituait 
l'apanage  propre  de  Giiyid<. 

[2071 


70  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

premiers  textes,  il  n'est  pas  douteux  que,  parla  «  curia  »  de 
Gijyiik,  Guillaume  de  Rubrouck  entend  la  «  Cour  »  de  ce 
prince  dans  son  ancien  apanage  de  TEmil,  celle  vers  laquelle 
Gïiyûk  se  rendait  quand  il  mourut  en  cours  de  route  (mars- 
avril  1218);  c'est  parce  qu'il  s'agit  de  cetle  «  Cour  »  impériale 
décliue  que  Rubrouck  peut  lui  appliquer  les  paroles  de 
Jérémie.  Or,  dans  le  premier  passage,  Guillaume  de  Rubrouck 
dit  expressément  que  c'est  à  cette  «  Cour  w-là  qu'André  de 
Longjunieau  est  allé.  Et  il  n'y  a  par  suite  qu'à  donner  le  même 
sens  à  la  phrase  de  la  lettre  de  Mongka  sur  les  envoyés  de 
saint  Louis  qui,  après  la  mort  de  Gïiyiik,  arrivent  «  ad 
curiam  eius  »  (1).  D'accord  avec  les  inférences  que  nous 
avons  tirées  des  textes  persans,  c'est  bien  à  la  Cour  de 
l'Emil,  et  non  à  Karakorum,  que  l'ambassade  de  saint  Louis 
a  dû  êire  reçue  par  la  régente  Oyul-qaïmïs;  il  me  paraît  probable 
qu'elle  y  soit  parvenue  au  début  de  1250,  mais  y  ait  séjour- 
né au  moins  jusqu'au  milieu  de  l'année,  et  en  tout  cas 
jusqu'après  la  première  diète  d'  «  Alaqmaq  »  où  l'élection  de 
Mongka  fut  décidée. 

Sur  la  route  que  l'ambassade  de  saint  Louis  suivit  entre  la 
côte  et  la  rivière  d'Emil,  nous  avons  les  quelques  renseigne- 
ments suivants.  De  toute  évidence,  pour  aller  vers  Âljigidai, 
l'ambassade  dut  aller  d'abord  au  moins  jusqu'à  Tauriz  (2). 
Il  n'est  aucunement  sûr  qu'elle  ait  dû  continuer  alors  plus 
au  nord;  en  tout  cas,  même  si  elle  fit  un  crochet  dans  cette 
direction  au  cas  où  Âljigidai  s'y  serait  trouvé,  ce  que  je  ne 

(1)  La  traduction  do  Rockhill  a  ici  inexactement  •<  Yoiii-  ambassadors  reaclied 
this  court»;  peut-être  est-ce  une  faute  d'impression  pour  ■•  liis  court  ■-,  puis- 
que Rockliili,  comme  Beazley,  croit  bien  qu'André  de  Longjumeau  est  allé  dans 
la  vallée  de  l'Emil  et  non  à  Karakorum. 

(2)  Je  ne  vois  aucune  raison  pour  supposer,  avec  Rockhill  [Rubruck,  XXXll), 
Beazley  {The  dawn  of  mod.  geogr.  II,  318)  et  A.  Batton  {Wilhelin  von  Hubruk, 
30)  que  l'ambassade,  à  partir  d'Antioche.  soit  allée  par  Césaréc  de  Cappadoce, 
Sivas,  Erzeroum  et  Tidis,  avant  de  gagner  Tauriz.  Outre  que  c'était  un  grand 
détour  bien  inutile,  cet  itinéraire  rendrait  moins  bien  compte  de  la  lettre  reçue 
par  saint  Louis  dès  la  mi-carême  de  1249,  et  qui  suppose  que  les  envoyés  étaient 
déjà  en  pays  directement  soumis  aux  Mongols.  Il  est  bien  plus  naturel  qu'André 
de  Longjumeau  ait  pris  à  nouveau  la  route  d'Antioche-.^Iossoul  que  lui-même 
avait  suivie  déjà  lors  de  son  vovage  do  retour  à  la  lin  de  1246  ou  tout  au  début 
de  1247. 

[208] 


I.KS    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  71 

crois  pas,  il  est  certain  qu'elle  revint  ensuite  au  Sud-Est  et 
longea  le  Sud  de  la  mer  Caspienne  (1).  C'est  dans  ces  régions 
que  le  clerc  ïhéodule  d'Acre,  qui  s'était  joint  dès  Chypre  à 
l'ambassade,  la  quitta,  pour  se  rendre  ensuite  lui-même  à 
Karakorum  en  1253.  Guillaume  de  Rubrouck,  qui  a  reconnu 
que  la  Caspienne  était  une  mer  fermée  (2),  dit  (Kockhill,  119; 
Van  Den  Wyngaert,  i,  211)  :  «  Habet  ergo  illud  mare  tria  latera 
inter  montes,  aquilonare  vero  habet  ad  planitiem.  Frater 
Andréas  ipse  circunidedit  duo  latera  élus,  méridionale  scilicet 
et  orientale.  Ego  vero  alla  duo,  aquilonare  scilicet  in  eundo... 
occidentale  vero  in  revertendo...  ».  Rockhill  {Rubrurk, 
XXXIII)  a  estimé  qu'André  de  Longjumeau  avait  suivi  la  rive 
Sud  de  la  Caspienne  à  l'aller,  et  la  rive  Est  au  retour,  car, 
à  l'aller,  les  Mongols  n'avaient  aucune  raison  de  faire  passer 
les  envoyés  entre  la  Caspienne  et  la  mer  d'Aral,  dans  une 
région  où  aucun  grand  chef  mongol  ne  campait  (3).  J'en 
suis  bien  d'accord,  mais  le  raisonnement  v;mt  pour  le  retour 
comme  pour  l'aller,  et  je  ne  crois  pas  qu'André  de  Longju- 
meau ait  jamais  passé  entre  la  mer  d'Aral  et  la  mer  Caspienne. 
Les  termes  de  Rubrouck  ne  doivent  pas  être  pris  ici  trop  à  la 
lettre,  et  n'impliquent  pas  qu'Andréde  Longjumeau  et  lui-même 
aient  vraiment  «  bouclé  »  à  eux  deux  tout  le  circuit  de  la  mer 
Caspienne.  Il  suffit  que,-  de  l'angle  Sud-Est  de  la  mer  Cas- 
pienne, André  de  Longjumeau  ait  remonté  vers  Urgânj  pour 
qu'il  ait  suivi  au  début  la  rive  orientale  dont  parle  Rubrouck; 
et  l'itinéraire  fut  vraisemblablement  le  même  au  retour  qu'à 
l'aller.  Entre  le  passage  probable  à  Lrgânj  et  la  «  Cour  »  de 
l'Emil,  nous  avons  du  moins,  grâce  à  Rubrouck,  un  point  de 
repère  sûr,  Talas,  où  André  de  Longjumeau  vit  des  prisonniers 
allemands  de  Buri  (Rockhill,  136).  Tout  le  reste  de  l'itiné- 
raire nous  échappe. 


(1)  D'aprè*  M.  Rastoul,  «  l'on  sait  seulement  que  les  messagers  du  roi  furent 
bien  reçus  par  Ilchi-Khatai,  qu'ils  traversèrent  en  sa  compagnie  la  Perse...  »  ; 
mais  nous  ne  savons  rien  de  tout  cela. 

(2)  M.  Altaner  (p.  136)  a  déjà  signalé  que  iM.  Rastoul  a  prêté  ici  par  erreur  à 
André  do  Longjumeau  cette  constatation  géograpliique  importante,  qui  est  due 
•en  réalité  à  Guillaume  de  Rubrouck. 

(3)  M.  Allaner  (p.  136,  n.  30)  est  delà  même  opinion  que  Rockhill. 

[209] 


rZ  REVUE    DE    L  ORIENT    CHRETIEN. 

Sur  l'accueil  que  l'ambassade  de  saint  Louis  trouva  auprès 
irOYuI-qaïmïs,  les  avis  sont  divergents.  «  The  visitors  were 
received  with  haughty  insolence  by  the  Régent  Mother  »,  dit 
Beazley  (T'/ce  Dawn,  ii,  319).  Abel  Rémusat  (M''>>?.,  54)  avait 
conclu  au  contraire  que  «  cette  princesse  et  son  fils,  ayant  vu 
les  présens  du  roi,  reçurent  les  frères  avec  distinction  ».  La 
vérité  me  paraît  être  entre  ces  'deux  opinions  extrêmes, 
mais  plus  voisine  de  Topinion  de  Rémusat  que  do  celle  de 
Beazley.  Il  est  tout  à  fait  certain,  et  il  allait  de  soi,  que  les 
Mongols  ne  pouvaient  voir  dans  l'ambassade  de  saint  Louis  que 
l'hommage  d'un  prince  tributaire,  et  c'est  ce  qui  s'exprimera 
dans  leur  réponse;  sous  cette  réserve,  ils  étaient  tout  disposés 
à  bien  accueillir  des  envoyés  dont  la  venue  flattait  leur 
amour-propre,  et  André  de  Longjumeau,  qui  avait  déjà  une 
vieille  expérience  de  l'Orient  et  même  des  Mongols,  n'était 
pas  homme  à  montrer  l'intransigeance  d'un  Ascelin  (1).  En 
tout  cas,  les  présents  de  saint  Louis  furent  reçus,  et  il  y 
fut  répondu  par  d'autres  présents.  Nous  ne  le  savons  pas  par 
Joinville,  qui,  au  milieu  de  beaucoup  de  détails  qui  ne  sont 
pas  tous  également  vraisemblables,  mentionne  seulement  le 
don  que  le  «  grand  roy  des  Tartarins  »  fit  aux  frères  d'un 
«  cheval  chargié  de  farine,  qui  estoit  venu  de  trois  mois 
d'aleure  loing  »  (2);  mais  Bernard  (tuI  a  parlé  de  «  munera 
et  -exenia  »,   vraisemblablement  d'après   les    récits  de  Jean 

(1)  Jean  de  Carcassonne  n'estimait  sûrement  pas  qu'on  eût  fait  mauvais  accueil 
à.iramba-ssade  dont  il  faisait  partie.  Nous  en  avons  la  preuve  dans  le  passagc^ 
,de  la  \'ie  d'Innocent  /T  où  Bernard  Gui  le  nomme  et  où  il  ajoute  (JMuratori,  lier, 
liai.  Ss.,  III,  591)  :  ••  Sed  cùm  pervenissent  dieti  fratres  cum  multis  laboribus 
adcaput  exercitus  Tartarorum,  invenerunt  esse  defunctum  [—le  roi.]  .  Verump- 
tamen  Regina  &  filius  ejus,  visis,  &  aceeptis  exeniis  Ecclesiasticis,  honoraverunt 
nuncios  &  munera  &  exenia  tribuerunt.  Sicque  remissi  l'egressi  sunt  cum  honore, 
nullo  tamen  effectu  alio  subsecuto,  qui  principalitcr  quaerebatur.  >•  Aucune 
autre  source  occidentale  ne  parle  ici  du  «  fils  •  d'Orul-qaïmïs,  et  il  me  parait  très 
probable  que  Bernard  <iui  ait  recueilli  les  informations  du  présent  passage  à 
Carcassonne,  auprès  de  .Martin  Donadieu  et  de  Pierre  Régis,  qui  les  tenaient  eux- 
mêmes  de  Jean  de  Carcassonne.  Amalric  Auger  copie  simplement  Bernard  Gui. 

(2)  Ed.  Wailly,  p.  174.  Joinville  a  toujours  cru  que  les  envoyés  de  saint  Louis 
avaient  été  reçus  par  le  grand  khan  lui-même;  il  n'a  rien  su  ni  de  la  mort  de 
Giiyilk  ni  de  la  régence  d'Oyul-qaïmïs.  Il  est  exact  que  les  Mongols  vivaient 
de  la  chasse  et  du  produit  de  leurs  troupeaux,  et  que  les  produits  agricoles 
leur  parvenaient  surtout  comme  tribut  de  la  Chine  ou  du  pays  ouigour. 

C-210] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  73- 

de  Caroassonne.  La  letti-e  de  Mongka  à  «aint  Louis,  apportée 
par  Guillaume  de  Rubrouck,  dit  de  même  :  «  Postquam 
Keuchan  mortuus  fuit,  nuncii  vestri  pervenerunt  ad  curiam 
eius.  Camus  [lire  *  OaimisJ  uxor  eius  misit  vobis  pannos, 
nasic  (1)  et  litteras  ». 

Dans  cette  même  lettre,  Mong-ka  s'exprimait  très  dédai- 
gmiusement  sur  le  compte  de  David  et  injurieusement  sur 
celui  d'OYul-qaïmis  :  «  Vir  quidam  nomine  David  venit  ad  vos 
tamquam  nuncius  Moallorum  sed  mendax  erat,  et  misistis 
cum  illo  nuncios  vestros  ad  Keuehan  (2)...  Camus  uxor  eius 
misit  vobis  pannos,  nasic  et  liiteras.  Serre  autem  res  bellicas 
et  negotia  pacis,  magnum  seculum  quietare  et  bona  facere 
videre  illa  mulier  nequam,  vilior  quam  canis,  quomodo  scire 
poluisset  »  ('^).  C'est  surtout  en  songeant  à  cette  lettre  de 
Mongka  à  saint  Louis  qu'on  a  parlé  de  r«  imposture  »  de 
David.  Mais  David  était  l'bomme  d'Àljigidai,  qui  lui-même 
était  du  parti  d'Ovul-qatmis;  Mongka  avait  fait  mettre  à  mort 
Àljigidai  et  OYul^qaïmïs  en  1251  et  1252;  il  y  en  avait  là  plus 
qu'il  ne  fallait  pour  que  David  fût  désavoué. 

Il  n'était  pas  plus  juste  de  dire  qu'OYul-qaïmïs  ne  pouvait 
rien  savoir  des  affaires  politiques.  Abel  Rémusat  {Mém.,  54-55),. 
après  avoir  mentionné  les  présents  de  la  régente,  ajoute  :  «  La 


(1)  Sur  ces  brocarts  nasij,  cf.  en  dernier  lieu  JA,  1927,  ii,  269-271,  et  Toung- 
Pao,  1930,  203. 

(2)  Sans  être  une  preuve  formelle,  et  même  si  elle  n'est  que  l'écho  des  infor- 
mations fournies  à  Mongka  par  Rubrouck,  cette  phrase  donne  à  penser  que 
David  a  bien  acconipagué  André  de  Longjuinoau  jusqu'auprès  d'Oyul  qaïmïs. 

(3)  Je  coaipreiuls  cette  dernière  phrase  comme  suit  :  ••  Mais  pour  [ce  qui  est 
de]  savoir  les  choses  de  la  guerre  et  les  affaires  de  la  paix,  d'assurer  le  calme 
•au  granid  empire  et  de  faire  voir  des  choses  bonnes,  comment  cette  femme 
propre  à  rien,  plus  vile  qu'un  chien,  eùi-elle  pu  le  savoir?  •>  La  version  de 
Rockhill  (p.  250)  est  un  peu  une  paraphrase.  M.  .Malein  (p.,  163)  a  compi-is  ■•  faire 
et  voir  »  {tvorW  i  videt')  au  lieu  de  <•  faire  voir  »  ;  de  même  M.  llerbst  (Dcr 
Bericht,  149,  «  zu  tun,  zu  erkennen  »);  j'ai  scrupule  à  aller  contre  l'opinion  de 
M.  Malein,  qui  est  latiniste,  mais  il  me  semble  que  nous  avons  simplement  ici 
la  traduction  latine  d'un  causatif  mongol.  La  comparaison  avec  un  chien  n'a 
rien  d'exceptionnel;  cf.  supra,  p.  [112],  la  colère  des  Mongols  de  Baiju  quand 
Ascelin  leur  demande  de  se  convertir  :  "  Vous  nous  invitez  à  devenir  des  chré- 
tiens, et  par  là  des  chiens  tout  comme  vous.  »  L'insulte  de  «  vUes  canes  ■•  se 
retrouve  d'ailleurs  dans  un  autre  pas.sage  de  Rubrouck  lui-même  iSimva  Fran- 
cisca/ria,  i,  388). 

[211] 


71  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

■reine  y  joignit  des  lettres;  mais,  peu  au  fait  de  ce  qui  passait 
dans  la  partie  occidentale  de  l'empire  qu'elle  régissait,  elle  ne 
put  rien  décider  relativement  à  la  paix  ou  à  la  guerre.  »  C'est 
■reprendre  presque  en  propres  termes  la  phrase  de  Mongka,  mais, 
ce  faisant,  A  bel  Rémusat  a  oublié  la  lettre  même  de  la  régente  à 
laquelle  il  fait  allusion,  et  dont  une  partie  tout  au  moins  nous 
a  été  conservée  par  Joinville  (1).  Les  conseillers  ne  manquaient 
pas  plus  à  OYul-qaïmïs  qu'ils  n'avaient  manqué  à  Torâgana, 
et  la  lettre  que  Joinville  a  connue  est,  dans  son  essence,  telle 
que  Gtiyuk  ou  Mongka  lui-même  l'eussent  dictée. 

La  pièce  de  «  nasic  »  et  la  lettre  d'Ovul-qaTmis  ne  furent  pas 
-confiées  à  André  de  Longjumeau  (2);  comme  toujours,  la  Cour 
mongole  profila  de  l'occasion  pour  adjoindre  à  l'ambassade  de 
-saint  Louis  ses  propres  envoyés,  en  partie  pour  porter  les 
cadeaux  et  les  réponses,  mais  surtout  pour  se  renseigner  (3). 
Envoyés  français  et  envoyés  mongols  furent  peut-être,  presque 
au  terme  de  leur  voyage,  détenus  quelque  temps  à  Alep  (  1)  ; 
enfin  en  avril  1251  au  plus  tôt,  ils  rejoignaient  le  roi  de  France 
à  Césarée  (5). 


(1)  Abel  Rémusat  dit  ensuite  un  mot  de  cette  lettre,  et  voit  bien  que,  malgré 
l'indication  du  «  grand  roy  des  Tartarins  »  chez  Joinville,  il  ne  peut  s'agir  que 
d'OYMl-qaïmïs  ou,  pense-t-il  encore,  de  Sirilmiin;  mais  il  ne  parait  pas  avoir 
compris  que  c'est  là  la  lettre  même  d'OYiil-qaïniïs  à  laquelle  il  est  fait  allusion 
-dans  la  lettre  de  Mongka.  Pour  la  même  raison,  je  puis  encore  moins  accepter 
l'idée  de  iM.  Fr.  M.  Schmidt  (Ueber  Rubruck's  Reise,  dansZ.  d.  Ges.  f.Erdkundc, 
1885,  162),  qui  attribue  la  lettre  citée  par  Joinville  à  Mongka  lui-même  :  mais 

■ce  serait  alors  sa  propre  lettre  que  Mongka  aurait  désavouée  devant  Guillaume 
de  Rubrouck ! 

(2)  Abel  Rémusat  {Mém.,  p.  54)  s'est  absolument  trompé  sur  ce  point. 

(3)  Cf.  à  ce  sujet  supra,  p.  [131],  où  j'ai  omis  d'indiquer  cet  exemple-ci. 

(4)  M.  Altaner  (p.  136)  s'est  déjà  posé  la  question;  le  texte  auquel  il  renvoie 
[Hist.  des  Crois.,  Occid.,u,  623)  m'avait  aussi  intrigué;  s'il  s'agit  bien  de  la  mis- 
sion d'André  de  Longjumeau,  ce  texte  ne  peut  porter  que  tout  à  fait  sur  la  fin 
de  1250. 

(5)  Cordier  {Hisi.  gén.  de  la  Chine,  n,  39i),  probablement  à  la  suite  de 
Rémusat  (Mém.,  p.  .56),  fait  revenir  les  envoyés  de  saint  Louis  à  Acre;  c'est 
aller  contre  les  termes  formels  de  Joinville.  M.  Altaner  (p.  137)  a  dit  que  saint 
Louis  résida  à  Césarée  du  29  mars  au  15  avril  1251,  et  a  renvoyé  sur  ce  point 
à  Rohricht,  Gesch.  d.  Kônigreichs  Jérusalem,  885-887;  mais  il  a  mal  lu  Rohricht, 
d'ailleurs  peu  clair  dans  le  cas  présent.  En  réalité,  bien  que  saint  Louis  soit 
allé  entre  temps  fortifier  les  places  situées  entre  Acre  et  Césarée,  Césarée  resta 
assez  longtemps  son  séjour  principal,  et  Rohricht  lui-même  dit  (p.  885)  qu'on 

[2121 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  75 

La  lettre  crOyuI-qaïmïs  que  les  envoyés  mongols  remirent  à 
saint  Louis  ne  nous  est  connue  que  par  Joinville,  qui  la  repro- 
duit ainsi  (Wailly,  p.  175)  :  «  Bone  chose  est  de  pais;  quar  en 
terre  de  pais  manguent  cil  qui  vont  à  quatre  piez,  Terbe  pesi- 
blement.  Cil  qui  vont  à  dous,  labourent  la  terre  (dont  li  bien 
viennent)  paisiblement  (1).  Et  ceste  chose  te  mandons-nous 
pour  toy  avisier;  car  tu  ne  peus  avoir  pais  si  tu  ne  l'as  à  nous. 
Car  prestres  Jehans  se  leva  encontre  nous  (-2),  et  tex  roys  et 
tex  (et  moût  en  nommoient);  et  touz  les  avons  mis  à  l'espée.  Si 
te  mandons  que  tu  nous  envoies  tant  de  ton  or  et  de  ton  argent 
chascun  an,  que  tu  nous  retieignes  à  amis;  et  si  tu  ne  le  fais, 
nous  destruirons  toy  et  ta  gent  aussi  comme  nous  avons  lait 
cens  que  nous  avons  devant  nommez.  » 

Il  est  évident  que  nous  n'avons  pas  ici  une  version  complète 
et  littérale.  Les  formules  initiales  manquent.  Il  n'est  rien  dit 
de  l'ambassade  d'André  de  Longjumeau  ni  de  celle  qu'Ovul- 
qaïmïs  envoie  en  retour.  Si  on  met  cette  traduction  en  parallèle 
avec  la  version  si  scrupuleusement  fidèle  de  la  lettre  d'ÂlJigidai 
qu'André  de  Longjumeau  exécuta  à  Chypre  à  la  fin  de  1248, 
force  est  d'admettre  que  notre  Dominicain  eut  peu  de  part  à 
celle-ci.  On  en  entrevoit  plusieurs  explications  possibles.  La 
lettre  d'Ovul-qaïmïs,  tout  comme  en  1254  celle  de  Mongka  à 
saint  Louis,  pouvait  être  en  langue  mongole  et  en  écriture  oui- 
goure,  et  André  de  Longjumeau  n'était  familier  qu'avec  les 
idiomes  du  proche  Orient.  Par  ailleurs,  nous  ne  savons  pas  où 
et  quand  Joinville  a  recueilli  le  fragment  de  lettre  qu'il  nous  a 
transmis,  de  mémoire  peut-être  et  après  bien  des  années.  Mais 
si  nous  avions  plus  de  documents  mongols  de  ce  temps,  cer- 


a  des  documents  de  saint  Louis  écrits  à  Césarée  de  mai  1:;!51  à  mai  1252.  Dans 
■ses  Reg.  Reg.  Hieros.,  p.  307,  Ruhricht  place  l'arrivée  d'André  de  Longjumeau 
à  Césarée  en  mai-juin  i25L 

(1)  Rockhill  (Rubruck,  XXX)  a  suivi  la  leçon  -  passiblement  >-  du  mss.  BX 
is.  franc,  n"  13568,  mais  le  contexte  me  paraît  en  faveur  du  «  paisiblement  » 
de  l'autre  groupe  de  mss. 

(2)  La  mention  du  «  Prêtre  .Jean  »  ne  se  trouvait  certainement  pas  dans  la 
lettre  originale  d'Oyul-qaïmïs;  mais  peut-être  ne  se  trouvait-elle  pas  non  plus 
■dans  le  texte  primitif  de  Joinville,  car  elle  manque  au  mss.  franc.  n°  13568  et 
a  pu  être  ajoutée  d'après  les  récits  qui  précèdent;  il  faut  avouer  toutefois  que, 
sans  ce  membre  de  phrase,  la  constraction  est  boiteuse. 

[•213] 


7G  REVUE    DE    L  ORIENT    CHRETIEN. 

laines  des  formules  pourraient  nous  sembler  moins  surpre- 
nantes. L'herbe  que  mangent  paisiblement  ceux  qui  vont  à 
quatre  pieds  et  la  terre  que  labourent  paisiblement  ceux  qui 
vont  à  deux  ne  seraient  pas  déplacées  dans  la  lettre  de  Mongka 
où  il  est  dit  de  ceux  qui  ne  se  soumettront  pas  aux  instructions 
du  khan  que  «  erunt  habenles  oculos,  non  videntes;  et  cum 
voluerint  aliquidlenere,  erunt  sine  manibus;  et  cum  voluerint 
ambulare,  erunt  sine  peditjus  ».  Et  tout  ce  qui  suit  est  absolu- 
ment dans  la  note  des  ordres  de  soumission  que  les  Mongols 
envoyaient  partout  autour  d'eux. 

On  conçoit  que  saint  Louis  n'ait  pas  été  autrement  satisfait  du 
message  d'O-j'ul-qaTmis;  v  et  sachiez,  dit  .loinville,  que  li  rois  se 
repenti  fort  quant  il  y  envola  ».  Toutefois,  s'il  devenait  évident 
que  David  avait  beaucoup  exagéré  et  même  menti,  et  s'il  fallait 
renoncer,  du  moins  provisoiremon't,  à  une  coopération  active 
des  Mongols  contre  les  Musulmans,  le  zèle  apostolique  du  roi  de 
France  trouvait  encore  quelque  consolation  dans  les  récits  du 
irère  André.  Celui-ci  avait  vu  un  certain  nombre  de  chrétiens 
.!ans  les  pays  placés  sous  la  domination  directe  ou  sous  la 
suzeraineté  des  Mong-ols,  et  il  savait  en  outre  la  situation  pré- 
caire de  l'épiscopat  jacobite  et  nestorien  sur  les  territoires  du 
calife  de  Bagdad;  ici  comme  là,  assurait-iL  il  y  avait  grand 
intérêt,  pour  le  progrès  de  la  foi,  <à  porter  à  l'épiscopat  un  cer- 
tain nombre  de  missioimaires  dominicains  et  franciscains  (1). 
Saint  Louis  en  écrivit  à  Innocent  IV  qui,  par  la  lettre  Athlëta 
Christi  du  20  février  1253,  donna  à  son  légat  en  Orient  Odon 
de  Châteauroux  tous  pouvoirs  pour  procéder  à  ces  consécra- 
tions. Le  plan  ne  semble  pas  avoir  été  vraiment  appliqué  alors  (2),. 


(1)  Cf.  Quetif  et  Echard,  Scriptores,  s.  a.  125:^;  Rinaldi,  12.j3,  ii"  49;  Brémoiid. 
Bull.  ord.  Praed.,  i.  226;  Sbaralea,  Bull.,  i,  651;  Altaner,  58  et  137;  et  supra. 
p.  [71].  Les  termes  qu'emploie  Innocent  IV  à  propos  des  pays  «  tartares  »  sont 
assez  modestes  :  --  Cum  sicut  ipse  [==  saint  Louis]  accepit  a  suis  nuntiis,  quos 
misit  ad  Tartaros,  nonnulli  ex  iis  fidem  Cliristi  susceperunt  per  baptismum  et 
quamplures  ex  ipsis,  prout  creditur,  si  proponeretur  eis  verbum  salutis,  ad 
viam  veritatis...  redirent...  ».  A  lire  ces  mots,  on  rie  soupçonnerait  pas  qu'il  y 
avait  en  Mongolie  des  tribus  entières  chrétiennes;  et  leur  épiscopat  nestorien 
n'avait  d'ailleurs  alors  aucune  tendance  à  se  laisser  supi^lanter  par  un  épiscopat 
romain. 

(21  Rubrouck  (Rockliili.  Rubrucl;,  282)  a  aussi  recommando  l'envoi  d'un  évoque- 

[214] 


LKS    MONliOLS    ICT    LA    PAPAUTE.  // 

mais  ridée  n'en  fut  pas  abandonnée;  l'organisatioa  de  la 
hiérarchie  catholique  en  pays  de  missions,  qui  fut  assez  déve- 
loppée au  début  du  xiv"  siècle,  se  trouvait  en  germe  dans  cette 
lettre  du  20  février  1253  rédigée  par  Innocent  IV  sur  une 
requiHe  de  saint  Louis,  mais  à  Finstigation  première  d'André 
•de  Longjumeau. 

En  outre,  et  s'il  ne  voulait  pas  exposer  son  autorité  royale  à 
•de  nouvelles  avanies  de  la  part  des  Mongols,  saint  Louis  souhai- 
tait toujours  d'aider  directement  à  la  conversion  de  populations 
qu'André  de  Longjuiiieau  lui  représentait  comme  assez  bien 
«disposées  pour  la  foi.  A  côté  des  nouvelles  qui  parvinrent 
-ensuite  par  d'autres  sources  et  qui  donnaient  à  croire  que  Sar- 
taq,  fils  de  Batu,  avait  été  baptisé,  les  informations  d'André  de 
Longjumeau  contribuèrent  certainement  à  faire  décider  le 
voyage  de  (luillaumo  de  Rubrouck  (1253-125,")).  Guillaume  de 
Hubrouck  proclamait,  bien  haut  parfois,  d'autres  fois  plus  discrè- 
tement, qu'il  n'était  pas  ambassadeur  du  roi  de  France,  mais 
■celui-ci  ne  lui  avait  pas  moins  remis  des  lettres  de  recomman- 
dation; les  Mongols  ne  furent  pas  seuls  à  se  méprendre  sur  une 
situation  qui  n'était  pas  ambiguë  que  dans  la  forme  (1).  Quoi 
qu'il  en  soit,  les  détails  mêmes  que  donne  Rubrouck  sur  la  mis- 
iiion  du  frère  André,  et  dont  rien  ne  montre  qu'il  les  doive  ."i 
une  relation  écrite  dont  nous  n'avons  de  mention  nulle  part,  ten- 
dent à  faire  admettre,  comme  on  l'a  supposé  communément, 
■que  Guillaume  de  Rubrouck,  avant  de  partir  pour  Gonstanti- 
•nople  et  la  haute  Asie,  se  rencontra  avec  André  de  Longju- 
meau en  Palestine  sur  la  fin  de  1251  ou  en  1252  (2). 

■chez  les  ••  Tartares  ».  mais  uniquement  à  titre  d'ambassadeur  aj'ant  autoriti- 
pour  parler  aux  Mongols  et  obtenir  d'eux  des  réponses  précises. 

(1)  En  réalité,  il  n'y  avait  qu'une  lettre  d";  saint  Louis,  adressée  à  Sartaq  ; 
M.  Beazley  (The  Dawn,  II,  320)  s'est  trompé  en  parlant  de  ■■  letters  to  the 
Eraperor  of  the  Tartars,  and  to  tiie  Mongol  prince  Sartach  ••. 

(2)  La  venue  de  David  à  Chypre  et  la  mission  d'André  de  Longjumeau 
ne  paraissent  pas  avoir  laissé  dans  le  monde  des  missionnaires  un  souvenir 
aussi  défavorable  que  celui  que  Joinville  a  exprimé.  C'est  ainsi  que  le  Direclo- 
r'ium  ad  passagium  faciendum  de  1332,  qui  n^est  pas  de  •■  Brocardus  •  (Burchart 
dii  Mont-Sion),  mais  qui  pourrait  être  de  Guillaume  Adam,  n'hésite  pas  à 
invoquer  ce  précédent  en  faveur  d'une  action  commune  possible  entre  chré- 
tiens et  Mongols  [Hisl.  des  Croisades,  Hist.  armén.,  n,  504)  :  Ilerum,  quando 
sanclus  Ludovicus  transiit  uUra  mare,  statiin  in  Cypro  oecnrrcriml   ei  nuncii 

[215] 


78  REVUE    DE    l'ORIExXT    CHRETIEN. 

Enfin,  les  récits  d'André  de  Longjumeau  sont  très  probable- 
ment pour  une  part  dans  l'envoi  d'une  mission  dominicaine  sur 
laquelle  nous  sommes,  à  vrai  dire,  assez  mal  renseignés. 
Presque  au  terme  de  son  voyage  de  retour,  Guillaume  de 
Rubrouck  rencontra  le  2  février  1255  à  Ani  cinq  dominicains, 
dont  quatre  étaient  originaires  de  la  province  de  France  et  un 
cinquième  avait  été  pris  en  Syrie,  et  qui  se  rendaient  chez  les 
Mongols  avec  des  lettres  d'Innocent  IV  pour  Sartaq,  pour 
Mongka  et  pour  Biiri  (1).  Rockhill,  le  P.  Batton  (68),  M.  Alta- 
ner  (138-139)  et  le  P.  Van  Den  Wyngaert  ont  mis  l'envoi  de 
cette  ambassade  en  rapport  avec  la  venue  à  Anagni  d'un  prêtre 
arménien  nommé  Jean  et  qui  se  donnait  comme  le  chapelain 
de  Sartaq  devenu  chrétien;  ce  Jean,  qui  avait  été  arrêté  dans  la 
Pouille  par  ordre  de  Conrad,  ne  fut  délivré  qu'après  la  mort  de 
celui-ci  (f  21  mai  1251)  (2),  et  put  alors  venir  se  présenter  à 
Innocent  IV,  qui  le  traita  avec  honneur  (3).  Je  doute  que  ce 
rapprochement  soit  fondé.  Nous  avons  bien  une  lelti'e  d'Inno- 
cent IV  à  Sartaq,  datée  du  29  août  1254,  et  où  le  pape  félicite 
le  prince  mongol  de  sa  conversion  dont  le  chapelain  Jean  a 
apporté  la  nouvelle  (1);  mais  rien  ne  montre  que  des  Domini- 

Tartarorum,  non  que  impedinienti,  sed  que  amoris  eranl  pocius  ofj'erentes,  licet 
tune  (emporift  major  eos  quain  nunc  ferilas  occuparel. 

(1)  Rockhill,  Rubruck,  274;  Van  Den  Wyngaert,  Sinica  Franciscana,  i,  326. 
Rubrouck  fait  de  nouveau  allusion  à  eux  dans  l'Epilogue  (.S'ira.  Francise,  i,  331). 

(2)  M.  Altaner  (p.  139)  dit  «  20  mai  1254  ■•  ;  je  ne  trouve  d'autorités  que  pour 
le  21  mai. 

(3)  Le  P.  Golubovich  (ii,  389)  a  supposé  qu'il  s'agissait  d'un  Nestorien;  mais 
Nicolas  de  Calvi,  dans  le  texte  qui  va  être  indiqué  à  la  note  suivante,  dit  à 
deux  reprises  que  ce  Jean  était  un  prêtre  arménien. 

(4)  Pour  cette  lettre  du  2J  août  1254  (1111  Kal.  sept.),  cf.  Kinaldi,  1251,  2-4; 
Berger,  Reg^  d'Innocenl  IV,  n°  8315;  Golubovich,  ii,  389;  Altaner,  139,  n.  1. 
Abel  Rémusat  {Méni.,  61)  a  daté  par  inadvertance  la  lettre  du  29  septembre 
1254,  et  Rockhill  [Rubruck,  274)  du  4  septembre.  Rémusat  s'est  également 
trompé  en  croyant  que  i'  ■•  ambassade  »  de  ce  prêtre  Jean  n'était  connue  que 
par  la  lettre  d'Innocent  IV;  Nicolas  de  Calvi,  toujours  bien  informé,  consacre 
tout  le  ch.  39  de  sa  Vie  d'Innocent  IV  au  miracle  qui  aurait  amené  la  conver- 
sion de  Sartaq  ci  à  l'ambassade  qui  s'ensuivit  (Muratori,  .S'-S";,  111,  i,  592;  Raluze, 
Miscellanea,  rééd.  Mansi,  i,  204-205).  Le  nom  de  Sartaq  est  tout  à  fait  sûr; 
étymologiquement,  Sartaq,  comme  Sarta'ul  ou  Sartaqcïn,  signifie  «  Sarte  »  (cf. 
supra,  p.  [13])  ;  je  ne  sais  pourquoi  Rohricht,  qui  donne  correcte  ment  <•  Sartach  • 
en  1893  dans  ses  Reg.  Reg.  Hieros.,  p.  321,  a  adopté  «  Serkak  •  en  1890  dans 
ses  Klei7ie  Sludien,  p.  24,  et  l'a  répété  en  1898  dans  Gesch.  d.  honigrcichs  Jéru- 
salem, 889. 

[210] 


LES    .MONGOLS    ET    LA    l'APAUTÉ.  79"- 

cains  aient  été  chargés  de  porter  cette  lettre,   et  je  le  crois 
même  peu  vraisemblable;  j'y  reviendrai  tout  à  l'heure  (1).  Sur 
les  lettres  destinées  à  Mongka  et  à  Buri,  nous  n'avons  aucun 
renseignement.  On  remarquera  toutefois  qu'elles  sont  naturel- 
lement antérieures  à  toute  information  due  à  Guillaume  de 
Rubrouck,  puisque  celui-ci  est  encore  en  route  quand  il  ren- 
contre les  Dominicains  porteurs  des  lettres  pontificales.  Et  c'est 
ici  qu'André  de  Longjumeau  doit  intervenir.  Tous  les  manus- 
crits de  Rubrouck  nomment  Biiri  comme  destinataire  d'une  des- 
lettres d'Innocent  IV.  Néanmoins,  Hockhill  (p.  271),  rappelant 
que  Biiri  fut  mis  à  mort  par  Batu  dès  1252,  s'est  demandé  si 
son  nom  n'avait  pas  pris  ici  indûment  la  place  de  celui   de 
Batu;  le  P.  Van  Don  Wyngaert  (p.  32G)  s'est  posé  la  même^ 
question;  M.  Altaner  (p.    139)  a  remplacé  résolument  Biiri 
par  Batu   dans  son  texte.   La  correction  ne  me  semble  pas 
nécessaire.   Le  nom  de  Batu  («  Baatu   »)   apparaît   bien  plus 
souvent  dans  le  texte  de  Rubrouck  que  celui  de  Biiri  («  Buri  »)^ 
puisque  Rubrouck,  en  dehors  du  présent  passage,  ne  parle 
de  Biiri  et  de  sa  mort  qu'en   tant  que  Biiri  était  le  maître 
des  Allemands  captifs  à  Talas;  la  confusion,  graphiquement 
peu  probable,  est  presque  injustifiable  en  raison.  D'autre  part, 
il  est  à  peu  près  sûr  que  Biiri  a   été  mis  à  mort  par  Batu 
en  12.52  et  en  tout  cas  Guillaume   de  Rubrouck  le  croyait; 
mais  c'est  Guillaume  de  Rubrouck  qui  en  apportait  la  nouvelle 
encore   ignorée  dans  le   monde   chrétien;    il  n'est  donc  pas 
étonnant    qu'avant    le    retour    de    Guillaume   de    Rubrouck, 
Innocent  1\'  écrive  encore  à  Biiri,  bien  que  celui-ci  fût  déjà 
mort. 
Enfin,  pourquoi  des  lettres  pontificales  sont-elles  adressées 


(1)  Il  y  a  même  une  phrase  foniielle  de  Nicolas  de  Calvi,  selon  laquelle  c'est 
le  prêtre  arménien  lui-même  qui  emporta  la  lettre  du  pape  à  son  maître  {qui 
reportans  lileras  à  Domino  Papa,  regressits  est  unde  venerat  ad  dominum  suum); 
et  je  dois  encore  ajouter  que,  vu  les  habitudes  de  la  chancellerie  pontificale,  le 
texte  de  la  lettre,  rappelant  assez  longuement  la  venue  de  ce  prêtre  Jean  et  sa 
capture  par  Conrad,  s'explique  mieux  si  la  lettre  a  été  remise  au  prêtre  Jean 
lui-même.  Si  ce  Jean  était  vraiment  de  l'entourage  de  Sartaq,  il  ne  retrouva 
plus  son  maître  dans  la  région  du  Don  et  de  la  Volga,,  car,  dès  juillet  1254, 
Sartaq  s'était  mis  en  route  pour  ce  voyage  à  la  cour  de  Mongka  dont  il  ne- 
revint  pas. 

[217] 


'SO  RKVUE    DK    l'ORIKNT    CHRÉTIEN'. 

àBuri,  qui  ivétait  après  tout  qu'un  prince  assez,  obscur  parmi 
les  Gcngiskhanides?  La.  relation  même  de  Guillaume  de 
Rubrouck  nous  fouraiit  la. réponse.  André  de  Longjpmeau  avait 
parlé  d^  esclaves i  allemands  que  Biiri  avait  installés  à  Talas, 
et  Guillaume  de  Rubrouck  s'était  déj^  beaucoup  informé  d'eux 
aux  camps  de  Sartaq  et  de  Batu.  Quand  le  moine  franciscain 
arrive  dans' la  région  de  Talas  et. s'inquiète  à  nouveau  de  ces 
esclaves  allemands  de  Bûri,  on  ne  peut  rien  lui  dire  des 
esclaves,  mais  on  lui  raconte  la  mort  de  leur  maître.  Ses 
recherches  demeurent  vaines  jusqu'au  camp  de  Mongka;  il 
apprend  alors  que  Môngka  a  fait  transporter  ces  :  Allemands 
bien  à  l'Est  de  Talas,  jusqu'à  Bolat  (l*ulad,  Bolod).  Plus  tard, 
vers  Pâques  125 1,  un  homme  venu  de  Bolat  apporta  à  Guillaume 
de  Rubrouck  la  nouvelle:consolanteque  «  le  »  prêtre  Allemand 
(de  Bolat)  allait  bientôt  arriver  h  la  Cour  (1).  iMais  les  semaines 
passèrent  sans  que  «  le  «  prêtre  parût,  et  le  31  mai  1254,  au 
cours  de  la  dernière  audience  que  Guillaume  de  Rubrouck  eut 
de  Mongka,  il  lui  demandait  la  permission,  une  fois  portée  s;t 
réponse  au  roi  de  France,  de  revenir  dans  ses  élats  pour  exei- 
cer  son  ministère  auprès  des  Allemands  de  Bolat  (2).  Bien 
plus,  il  dit  que  C'est  «  en  grande  partie  à  cause  d'eux  »  qu'il  a 
entrepris  son  voyage  (3).  Il  me  semble  presque  évident  qu'André 
deLongjumeaun'avait  pas  parlé  au  seul  Guillaume  de  Rubrouck 
de  ces  Allemimds  esclaves  de  Bijri  et  qui  étaient  privés  des 
secours  religieux.  Voilà  pourquoi,  en  envoyant  une  mission 
dominicaine  chez  les  Mongols  en  1251-1255,  l'un  des  buts  qui 
lui  étaient  assignés  était  de  s'entendre,  pour  l'exercice  du 
ministère  sacré  chez  ces  Allemands  de  Talas,  avec  leur  maître 


(1)  Cl'.  Rockhill,  Ilubruch,  1.3G-137,  ilh.  Je  ne  sais  trop  comment  expliquer  1<^ 
<■  sacerdos  iUe  tlieutonicus  ",  étant  donné:  qu'il-  n'a  jamais  été  question  de  lui 
auparavant,  et  que  Rubrouck  dira  ensuite  à  Mongica  que  <^es.  Allemands  de 
Bolat'  sont  sans  pasteur.  Peut-être  laut-il  lire  sacerdos  iUorum  Theulonicorum, 
et  par  ailleurs  Rubrouck  a-t-il  conclu,  de  sa. mon  venue  que  ce  prêtre  était 
décédé,  ou  encore  Rubrouek  a-'t-il  exagéré  l'isoletneat  religieux  de  ces  Allemands 
poûT  justifier  auprès  de  Mongka  son-  désir  derrevenir  auprès  d'eux. 

[:>)  Cl'.  Rockhill,  Rubriick.^ZS. 

(3)  Illi  Theulonicl,  pro  quibus  ULuc  pro  magua.  parle  loi  [Sinica.  Frnnciscana, 
-i,  289).  La' traduetion.de  Rockhill  (Iiubruck,225},  ■■  ^vhom  I  had  nearly  gone 
■  there  to  see  »,  n'e.«t  pas  exacte;  M.  .Alalein  et  M.  Herbst  ont  bien  compris 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  81 

Biiri  qa'oii  croyait  toujours  vivant  et  puissant  (1).  Les  vraisem- 
blances me  paraissent  être  pour  que  nous  ayons  là  la  mission 
de  Dominicains  français  dont  les  membres  avaient  été  choisis 
au  cours  du  «  chapitre  des  larmes  »  de  la  province  de  France  (2). 

(1)  La  seule  objection  que  je  voie  à  cette  explication  est  que  Guillaume  de 
Kubrouck  parle  dans  sa  relation  de  ces  lettres  que  les  Dominicains  avaient 
pour  Sartaq,  Jlongka  et  Biiri;  et  il  ne  lait  aucune  remarque,  bien  que  lui  du 
moins  sût  que  Bûri  était  mort.  Mais  c'est  que  la  mention  de  ces  lettres  vient 
de  faron  tout  incidente  dans  son  récit;  il  n'avait  pas  à  s'appesantir  sur  elles. 

(•2)  Sur  le  ■■  chapitre  des  larmes  »,  cf.  supra,  pp.  [71-73];  il  ne  peut  s'agir  de 
la  mission  d'Ascclin  de  1245-1218,  pour  des  raisons  multiples;  la  mission  d'André 
de  Longjumeau  de  1245-1247  ne  comprenait  que  deux  missionnaires,  et  le  frère 
André,  qui  est  très  probablement  celui  de  la  translation  de  la  Couronne 
d'épines,  avait  déjà  été  en  Orient;  sa  désignation  ne  cadre  pas  avec  l'ensemble 
du  récit  de  ce  «  chapitre  des  larmes  ».  Reichelt  avait  pensé  à  relier  le  «  chapitre 
des  larmes  «  aux  mesures  de  la  lettre  Athlela  Chrisli  du  20  février  1253;  j'ai 
dit  pourquoi  cette  hypothèse  me  paraissait  médiocre,  et  ai  préféré  mettre  on 
avant  la  lettre  Cum  dllecios  du  26  février  1254  (la  date  est  correctement  donnée 
deux  fois  dans  mon  texte  p.  [72];  le  16  février  de  la  note  est  une  faute  d'impres- 
sion), recommandant  aux  prélats  de  Géorgie  des  Dominicains  qui  vont  «  porter 
aux  Tartares  la  parole  de  Dieu  >>.  Je  tiens  toujours  pour  cette  opinion,  mais 
j'aurais  dû  surtout  invoquer  la  mission  des  cin(i  Dominicains,  dont  quatre  de 
la  province  de  France  (le  cinquième  s'adjoignit  à  eux  en  Syrie),  que  Guillaume 
de  Rubrouck  a  rencontrés  à  Ani.  Désignés  au  cours  d'un  chapitre  provincial  de 
France  vers  la  lin  de  1253,  recommandés  aux  prélats  de  Géorgie  par  une  lettre 
du  26  février  1254,  parvenus  en  Syrie  vraisemblablement  par  le  passage  de 
printemps  cette  année-là,  ils  ont,  comme  tant  d'autres,  rencontré  de  grosses 
difficultés  pour  organiser  leur  voyage  à  travers  le  pays  soumis  aux  Mongols, 
et  ils  étaient  encore  à  Ani  le  2  février  1255.  C'était  là  une  mission  considérable, 
destinée  uniquement  à  l'apostolat  comme  le  dit  Rubrouck,  bien  qu'elle  fut 
pourvue  de  lettres  de  recommandation  du  Souverain  Pontife  pour  Sartaq,  Biiti 
et  même  le  grand  khan  Mongka;  il  est  certain  que  le  chapitre  de  France 
n'avait  pas  pris  l'initiative  de  l'entreprise,  et  tout  cadre  donc  bien  ici  avec  ce 
que  nous  savons  du  «  chapitre  des  larmes  ■•  par  Géraud  de  Fraehet.  On  objec- 
tera que  si  la  mission  était  déjà  prête  au  début  de  1254  et  a  été  recommandée 
par  une  lettre  pontificale  du  26  février  1254,  elle  n'a  pas  pu  recevoir  une  lettre 
de  recommandation  pour  Sartaq,  alors  que  le  prêtre  Jean  n'a  apporté  à 
Anagni  la  nouvelle  de  la  ■<  conversion  •  de  ce  prince  que  postérieurement  au 
21  mai  1254.  .Mais  précisément  je  ne  crois  pas  que  la  mission  dominicaine  que 
Rubrouck  rencontra  ;ï  Ani  ait  rien  à  voir  avec  la  venue  du  prêtre  arménien 
Jean.  Celui-ci  est  arrivé  à  Anagni  postérieurement  au  21  mai  1254,  et  en  est 
reparti  avec  une  lettre  pontificale  du  29  août  1254.  Mais  les  bruits  relatifs  à  la 
••  conversion  »  de  Sartaq  avaient  circulé  bien  antérieurement;  dès  1251,  on  les 
connaissait  en  Palestine,  et,  en  quittant  saint  Louis  au  début  de  1253,  Guillaume 
de  Rubrouck  emportait  une  lettre  du  roi  de  France  pour  ce  prince  supposé 
chrétien.  Il  n'était  donc  pas  besoin,  on  le  voit,  de  la  venue  du  prêtre  Jean  pour 
([u'Innocent  IV  remit  aux  dominicains  français  un  message  destiné  à  Sartatj. 
[Le  Nain  de  Tillemont,   Vie  de  saint  Louis,  m,  484,  a    déjà  supposé   que  les 

[219] 

OUIENT    CIIKÉTIEN.  G 


8*2  REVUE    DE    L  ORIENT    CHRETIEN. 

auillaiime  de  Rubrouck,  fort  de  son  expérience  toute  fraîche, 
tenta  plutôt  de  décourager  une  entreprise  qui  lui  paraissait  mal 
conçue  et  vouée  à  l'insuccès,  et  les  Dominicains  décidèrent 
alors  d'aller  prendre  avant  tout  conseil  de  leurs  frères  du  cou- 
vent de  Tiflis  (l).  «  Ce  qu'ils  auront  fait  ensuite,  je  ne  sais  », 
ajoute  Kubrouck.  Nous  n'en  savons  guère  plus;  il  y  a  cependant 
^des  chances  pour  que  les  missionnaires  aient  continué  leur 
route,  car  c'est  assez  vraisemblaijlement  d'eux  qu'Humbert  de 
Romans,  devenu  général  de  l'ordre,  disait  dans  sa  lettre 
encyclique  de  1256  :  «  Fratres  vero,  qui  proficiscuntur  ad  Tar- 
taros,  de  via  sua  michi  prospéra  nunciaverunt  »  (cf.  supra^ 
p.  72).  Après  quoi,  la  nuit  se  fait  sur  une  tentative  qui  dut 
avorter  comme  tant  d'autres. 


Toutes  les  anciennes  biographies  d'André  de  Longjumeau 
disent  qu'il  resta  en  Palestine  au  moins  jusqu'en  1253  puisqu'il 
fournit  cette  année-là.  des  renseignements  à  Guillaume  de 
Rubrouck  pour  son  voyage  en  Mongolie,  mais  qu'on  ignore  ce 
qu'il  advint  de  lui  par  la  suite.  La  date  de  1253  ne  s'impose 
elle-même  pas,  car  Guillaume  de  Rubrouck  a  quitté  la  Pales- 
tine pour  Constantinople  dès  le  début  de  1253  (2),  et  il  a  pu  voir 

Dominicains  d'Ani  sont  ceux  qui  sont  visés  pai"  la  lettre  d'Innocent  IV,  en  date 
du  IG  février  1204,  qui  recommande  des  missionnaires  Dominicains  au  ■<  sultan 
de  Turquie  .  (=  de  Koniah)  ot  aux  évèques  de  Géorgie.  Il  y  a  en  réalité  deux 
lettres  dilïérentes,  l'une  du  16  février  1254  adressée  au  sultan  de  Turquie 
(Berger,  n°  7780),  l'autre  du  26  février  1254  adressée  aux  évêques  de  Géorgie 
(Berger,  n°  7781).  J'ai  fait  état  de  la  seconde  seulement,  parce  que  c'est  celle  où 
les  Tartares  sont  nommés;  celle  envoyée  au  sultan  de  Turquie,  dont  on  trouvera 
le  texte  dans  Ilinaldi,  s.  a.  1254,  n°  5,  concerne  des  Dominicains  qui  doivent 
rester  dans  les  États  de  ce  sultan.]  Un  autre  texte  est  peut-être  à  faire  interve- 
nir également  ici.  On  a  vu  (pp.  [71-72]  et  [214])  que  la  lettre  Aihiela  Chrisli  du 
20  février  1253  était  la  résultante  indirecte  de  raml:)assade  d'André  de  Longju- 
meau, mais  j'ai  cité  aussi  incidemment  la  bulle  Cum  hora  undecima  du  23  juil- 
let 1253.  Dans  l'interminable  liste  de  peuples  qu'énumère  le  préambule  de  cette 
bulle,  on  voit  figurer  «  les  chrétiens  captifs  chez  les  Tartares  »  ;  je  ne  serais  pas 
surpris  qu'il  y  eût,  là  encore,  une  allusion  aux  Allemands  captifs  de  Buri 
qu'André  de  Longjumeau  avait  fait  connaître. 

(1)  Sur  ce  couvent  dominicain  de  TiOis  et  les  religieux  qui  y  furent  envoyés 
dés  1240,  cf.  supra,  p.  [96J,  et  Altaner,  67-68. 

(2)  Depuis  Rockhill,  on  dit  généralement  que  Rubrouck  a  quitté  la  Palestine 

[22(1] 


LES    MONGOLS    ET    LA    PAPAUTÉ.  83 

André  de  Longjumeau  à  la  fin  é&  1251  €>u  à  un  montent  quel- 
conque de  1252,  Par  ailleurs,  on  peut  supposer  avec  quelque 
vraisemblance  que  le  Dominicain  resta  auprès  de  saint  Lotiis 
jusqu'au  bout  et  ne  se  rembarqua  qu'avec  le  roi  le  2 1  ou  le 
25  avril  1254.  Mais  surtout  il  est  étonnant  que  nul,  aramt 
M.  Rastoul,  n'ait  fait  état  d'un  texte  essentiel  qui  nous  a  été 
conservé  par  les  Grandes  chroniques  de  France. 

Le  Dominicain  (leoffroy  de  B^aulieu,  confesseur  desainU  Louis, 
en  racontant  les  derniers  moments  du  roi  qui  Si'élieig'nait  à 
Tunis,  écrit  ce  qui  suit  :  «  ...dicebat  :  Pro  Deo  studeamus,  quo- 
modo  fides  catholica  possit  apud  Tunicium  praedicari  et  plan- 
tari.  0  quis  esset  idoneus,  ut  mitteretur  ibi  ad  praed'icandum ! 
Et  nominabat  quemdam  fratrem  ordinis  Praedicatorum,  qui 
aliôs  illic  iverat,  et  régi  Tunicii  notus  erat  (1).  »  Guillaume  de 
Nangis  reproduit  à  peu  près  mot  pour  mot  le  récit  de  Geoffroy 
de  Beaulieu  (i).  iMais  dans  les  Grandes  chroniques  (IV,  126- 
127),  on  lit  :  «  Après  que  le  roy  ot  enseignié  ses  commande- 
iiiens  à  Philippe  son  fils,  la  maladie  le  commença  forment  à 
grever...  Moult  se  demenoit  le  roy  qui  pourroit  preschier  la  foy 
crestienne  en  Tunes,  et  disoit  que  Itien  le  pourroit  (aire  frère 
André  de  Longjumel,  pour  ce  que  il  savoit  une  partie  du  lan- 
gage de  Tunes  :  car  aucunes  fois  avoit  iceluy  frère  André  pres- 
chié  à  Tunes  par  le  commandement  le  roy  de  Tunes,  qui  moult 
l'aimoit...  » 

Bien  que  toute  cette  partie  des  Grandes  chroniques  suive  à 
la  lettre  Geoffroy  de  Beaulieu  et  Guillaume  de  Nangis,  je  ne 
vois,  comme  M.  Altaner  (p.  110),  aucune  raison  de  douter  du 
renseignement  supplémentaire  qu'elles  ont  accueilli  ici.  Ainsi, 
grâce  à  sa  connaissance  de  la  langue  arabe,  André  de  Longju- 
meau a  fait  avant  1270  œuvre  de  missionnaire  à  Tunis,  avec 
l'agrément  du  prince  de  Tunis  Al-Mustansir  qui  se  montrait 
favorable  aux  chrétiens.  Notre  Dominicain  vivait  encore  en 
1270,  mais  il  n'accompagna  pas  saint  Louis  à  la  croisade, 


dès  1552;  mais  l'argumentation  de  Rockliill  repose  sur  une  méprise,  comme  je 
le  montre  dans  un  travail  En  )narf/e  de  Jean  du  Plan  Carpin  et  de  Guillaume 
de  Rubrouck  qui  sera  mis  sous  presse  prochainement. 

(1)  Rec.  des  Hist.,  xx,  23. 

(2)  Rec.  des  Hist..  xx,  460  et  461. 

[m] 


S4  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

peut-être  à  cause  de  son  grand  âge,  comme  Ta  supposé  M.  Ras- 
toul.  De  toute  évidence,  il  avait  gardé  la  confiance  du  roi,  et 
puisque  celui-ci,  à  son  lit  de  mort,  évoquait  le  nom  de  ce  reli- 
gieux, on  peut  se  demander  si  André  de  Longjumeau,  qui  joua 
en  Orient  un  si  grand  rôle,  et  si  longtemps  méconnu,  dans  le 
développement  des  relations  de  la  papauté  et  de  la  royauté 
française  avec  les  chrétiens  dissidents,  les  musulmans  et  les 
Mongols,  n'a  pas  été  aussi,  à  notre  insu,  l'un  des  inspirateurs 
de  la  croisade  tunisienne  de  saint  Louis  (1). 

(l)  M.  Rastoul  a  essayé  de  jjréciser  les  dates  et  les  conditions  du  séjour 
d'André  de  Longjumeau  à  Tunis;  je  suis  d'accord  avec  M.  Altaner  (p.  109)  poui' 
estimer  que,  dans  l'état  actuel  de  nos  connaissances,  ce  sont  là  des  hypothèses 
(|ue  rien  ne  condamne,  mais  que  rien  n'appuie. 

P.  Pelliot. 


m2] 


LE  TRAITÉ  SUR  LES  «  CONSTELLATIONS  » 

ÉCRIT,  EN  660,  PAR  SÉVÈRE  SÉROKT 

ÉVÉQUE  DE  QENNESRIN 

{Fin)  (1). 


14.  Voilà  pour  la  latitude  des  climats  et  l'inclinaison  des  pôles  dans 
chacun  des  climats  et  aussi  pour  la  grandeur  et  la  petitesse  des  jours  et 
(les  nuits,  choses  qui  arrivent  pour  une  cause  (fol.  113  r)  comme  celle-ci, 
je  veux  dire  à  cause  de  l'inclinaison  des  pôles:  nous  avons  aussi  suffisam- 
ment parlé  à  la  hâte  du  mouvement  inégal  (varié)  du  soleil,  nous 
pensons  que  cela  servira  aussi  de  démonstrations  pour  celui  qui  voudra 
en  prendre  la  peine,  pour  voir  s'il  le  veut  les  autres  inclinaisons  des 
villes,  des  îles  et  des  autres  lieux  habités  ou  non. 

CHAPITRE  QUINZIÈME 

COMMENT   ON   ARRIVA  D'aBORD  A  TROUVER  LES   CERCU;S 
ET   LA    LATITUDE   DES   CLIMATS. 

1.  En  sus  de  ce  (qui  précède),  il  faut  encore,  ô  ami  de  la  science,  qu'il 
le  soit  montré  comment  (on  a  eu)  la  compréhension  de  ces  cercles  et 
de  la  grandeur  de  leur  distance  les  uns  aux  autres,  et  comment  d'ici 
la  variation  des  climats  fut  connue  d'après  leur  latitude,  ainsi  que 
des  villes;  car  un  homme  dira  nécessairement  :  Si  cela  est  connu 
clairement  par  une  démonstration  véritable,  l'esprit  de  celui  qui  écoute 
ce  que  nous  avons  dit  plus  haut  n'hésitera  nulle  part,  tandis  que,  s'il 
n'en  est  pas  ainsi,  (tout  cela)  tombera  sous  le  soupçon  du  doute  et  ne 
sera  pas  acceptable;  car,  dans  de  telles  choses,  ce  qui  est  privé  de  la 
démonstration  qui  est  enseignée  par  les  choses  n'est  pas  acceptable. 

Ces  cercles  furent  donc  trouvés,  ô  (homme)  digne  de  parole,  par  V As- 
trolabe (2),  et  cette  démonstration  avec  d'autres  analogues  (figure)  plus 
clairement  dans  le  Scholion  (3)  que  nous  avons  fait  sur  V Astrolabe. 

(1)  Voir  t.  VII  (XXVII),  1929-1930,  p.  327-410. 

(2)  ^O3«iiwo;^fio/. 

(3)  sû^^aaLûo.  _  Nous  avons  édité  et  traduit  ce  Scholion  d'après   un  manus- 

[85] 


86  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

2.  Il  est  évident  que  lorsque  ces  deux  cercles  tropiques  furent  pris 
d'abord  —  je  veux  dire  celui  d'été  et  celui  d'hiver  —  ils  furent  pris 
lorsque  le  soleil  était  au  commencement  du  Capricorne  et  au  commen- 
cement du  Cancer  (fol.  113  v).  A  ce  moment  nous  prenons  l'astrolabe 
droit  (suspendu)  au  milieu  du  jour,  c'est-à-dire  au  milieu  entre  la  sixième 
et  la  septième  heure.  Lorsque  nous  dirigeons  la  dioptre  (1)  en  face  du 
soleil  sur  le  TETapTrip.6p'.ov  (quadrant)  (2)  c'est-à-dire  les  90  qui  sont  marqués 
derrière  V Astrolabe,  de  manière  que  le  rayon  solaire  tombe  directement 
dans  les  deux  cercles  (trous)  de  la  dioptre  :  à  l'endroit  où  se  trouve 
à  ce  moment  l'indicateur  des  degrés  à  l'aide  de  la  dioptre,  c'est  là 
que  nous  dirons  que  le  cercle  tropique  (TT')  (3)  se  trouve  et  qu'il  est 
éloigné  d'autant  de  degrés  (HT)  de  l'horizon  sud  (H)  :  Si  le  soleil  est  au 
commencement  du  Capricorne  (G),  nous  disons  que  c'est  le  (tropique) 
d'hiver,  s'il  est  au  commencement  du  Cancer  (T)  c'est  le  tropique  d'été. 
Lorsque  nous  ajoutons  la  moitié  de  leur  différence  (4)  à  (la  hauteur  HC) 
du  (tropique)  d'hiver  ou  que  nous  la  retranchons  de  celle  (HT)  du 
tropique  d'été,  nous  disons  que  là  (E)  est  ce  cercle  moyen,  c'est-à-dire 
égal,  qui  est  nommé  équateur.  Quant  au  cercle  horizon  qui  a  élé  trouvé 
à  l'aide  du  (tropique)  d'hiver  qui  avait  été  déterminé  auparavant  par  la 
dioptre  de  V  Astrolabe,  comme  on  l'a  dit  plus  haut,  nous  définirons 
que  c'est  la  limite  de  ce  cercle  (zone)  invisible  que  l'on  nomme  antarc- 
tique (5).  Nous  dirons  que  la  distance  qui  est  entre  l'horizon  et  le  (tropique) 
d'hiver  (HC)  est  la  même  que  la  distance  (H'T')  entre  le  (tropique) 
d'été  et  la  (zone)  arctique  qui  est  toujours  visible^  parce  que  la  sphère 
est  égale  (symétrique). 

3.  Lorsque  nous  avons  trouvé 'la  mesure  (de  la  distance)  du  (cercle) 
arctique  jusqu'à  l'antarctique  («EA)  (6)  à  l'aide  de  la  dioptre  de  l'Astrolabe. 
comme  nous  l'avons  dit,  nous  cherchons  combien  il  manque  à  la  quan- 
tité obtenue  (fol.  114  r)  pour  compléter  180'^,  la  moitié  du  (chiffre)  ainsi 
obtenu  sera  la  distance  de  chacun  de  ces  deux  cercles  (arctique  et  antarc- 
tique) jusqu'au  pôle  qui  est  au  milieu  de  chacun  d'eux  (7);  si  nous 
ajoutons  (ce  chiffre)  à  la  quantité  obtenue  précédemment  (8),  nous 
trouvons  la  mesure  de  la  moitié  de  sphère  supérieure,  (ou)  180". 

4.  Pour  éclaircir  ceci  à  l'aide  d^un   exemple,  pour  ceux  qui  arrivent 


ci'it  de  Berlin,  copié  sur  le  présent  manuscrit,  Le  t/railé  sur  l'Aslroiabc  plan 
de  Sévère  Sabokl,  Paris,  1899. 

(1)  |;ag.3a.,  et  liûg.a-y 

(2)  s?'«'<^-'=û^i;ô^-  En  marge  :  C'est-à-dire"    un  de  quatre  ■■. 

(3)  Voir  la  figure  2,  page  [77]. 

(4)  1/2  (HC  -f  HT)  =  HE  ou  bien  1/2  (HT  —  HC)  =  EC  -=  ET. 

(5)  Ici  la  zone  antarctique,  ou    des  étoiles   invisibles,  varie  avec  le  climat 
et  n'est  plus  celle  de  Cnide  (à  36°  du  pôle)  comme  plus  liaut. 

(6)  Voir  figure  2,  page  [77]. 

(7)  1/2  (180  -  aEA)  ou  1/2  (P'EP  -  aEA)  =  AP  ou  P'a. 

(8)  APA'  -f  «EA  =  180°. 

m] 


LE    TRAITÉ    SUR    LES    «    CONSTELLATIONS    )),    XV.  :8'7 

(à  lire  ceci),  prenons  comme  exemple  le  quatrième  climat  qui  est  aussi 
le  milieu  de  la  terre  habitée  et  qui  partage  également  entre  les  deux 
pôles,  nous  trouvons,  en  procédant  avec  V Astrolabe  comme  c'est  dit  plus 
haut,  que  le  commencement  du  Capricorne  est  à  30"  de  l'horizon  sud, 
c'est  donc  la  distance  du  tropique  d'hiver  à  l'horizon  sud.  Celui  du 
Cancer  est  à  78°  de  ce  même  horizon  sud,  c'est  donc  encore  la  distance 
du  tropique  du  Cancer  à  ce  même  horizon.  La  différence  des  deux  est 
de  48°,  en  la  partageant  en  deux  nous  trouvons  24".  Si  nous  ajoutons 
(ces  24°)  aux  30°  du  (tropique)  d'hiver  ou  si  nous  les  retranchons  des  78" 
du  (tropique)  d'été,  nous  trouvons  54»,  et  c'est  'donc  la  position  du  cercle 
équateur  sur  lequel  est  fixé  le  commencement  du  Bélier  et  celui  de  la 
Balance  ;  il  est  à  cette  distance  de  l'horizon  sud,  et,  comme  le  (tropique) 
d'hiver  est  à  30"  de  Thorizon  sud,  comme  il  a  été  démontré,  et  que 
l'horizon  sud  est  la  limite  du  cercle  (zone)  qui  est  invisible,  nous  disons 
donc  que  le  (tropique)  d'hiver  est  éloigné  de  30"  de  la  (zone)  qui  n"est 
pas  vue,  c'est-à-dire  l'antarctique  qui  est  sous  la  terre,  et  comme  néces- 
sairement la  sphère  est  égale  (identique)  de  tous  (fol.  114  v)  côtés,  nous 
disons  qu'il  y  aura  donc  la  môme  mesure  entre  le  tropique  d  été  et  le 
(cercle)  arctique  visible  qui  est  au-dessus  de  la  terre. 

5.  De  plus,  comme  il  y  a  108°  entre  le  cercle  invisible  jusqu'à  ce  cercle 
visible  d'après  les  mesures  précédentes  —  car  30  et  48  et  30  font  108  — 
il  en  manque  72  pour  faire  les  180  qui  sont  la  moitié  de  la  sphère; 
si  nous  ajoutons  sa  moitié  qui  est  36  à  chacun  des  deux  cercles  extérieurs, 
c'est-à-dire  depuis  l'extrémité  du  cercle  (de  la  zone  boréale)  jusqu'au 
pôle  qui  est  au  milieu  de  chacun  d'eux  (de  chacune  des  zones  arctique 
et  antarctique),  nous  trouvons  que  la  distance  du  pôle  sud  jusqu'au 
pôle  nord  est  de  180°.  Et  depuis  le  pôle,  c'est-à-dire  le  centre  de  chacun 
d'eux  (de  chacune  des  deux  zones),  jusqu'à  l'autre  extrémité  de  chacun 
d'eux,  on  a  nécessairement  3(3°  (largeur  des  zones  arctique  et  antarc-  . 
tique).  De  sorte  que  si  l'on  veut  mesurer  d'un  pôle  à  un  pôle  ou  de 
l'horizon  à  l'horizon  —  à  savoir  de  l'horizon  nord  à  l'horizon  sud  — 
nous  trouvons  également  180°.  Voilà  comment  on  a  trouvé  ces  cercles. 

6.  "Voici  comment  on  a  trouvé  la  latitude  des  climats.  Lorsqu'on 
retranche  la  distance  de  l'équateur  à  l'horizon  sud  —  distance  qu'on 
obtient,  pour  chacun  des  climats  et  pour  chacune  des  villes,  à  l'aide 
de  la  dioptre  de  Y  Astrolabe ,  comme  il  a  été  montré  —  aux  90°  qui  sont 
comptés  jusqu'à  l'horizon  sud,  ce  qui  reste  nous  disons  que  c'est  la 
latitude  du  climat  ou  de  la  ville  que  nous  cherchons.  —  Par  exemple, 
lorsque  nous  avons  trouvé  la  grandeur  de  la  distance  de  l'équateur  à 
l'horizon  sud,  qui  est  de  54°  dans  le  4«  climat,  et  que  nous  la  retranchons 
de  90°,  il  nous  reste  35°  et  nous  disons  que  c'est  là  (fol.  115  r)  la  latitude 
du  quatrième  climat. 

7.  La  latitude,  constamment,  dans  tout  climat  et  toute  ville,  est  comptée 
du  cercle  de  l'équateur  vers  le  nord;  mais  la  longitude  est  comptéf 
de  l'Occident  à  l'Orient,  c'est-à-dire  depuis  les  îles  qui  sont  dans  l'Océan, 

[87] 


88  ,  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

que  les  poètes  ont  nommées  îles  des  Bienheureux  —  Bardesane  le  Syrien 
et  ceux  qui  se  sont  attachés  à  lui  (les  nomment)  îles  de  la  Béatitude  (1). 

8,  Nous  rappelons  encore,,  ô  ami  de  la  science,  que  ces  deux  cercles 
de  l'horizon  et  du  méridien  ne  sont  pas  fixés  sur  la  sphère  du  ciel, 
comme  les  cinq  dont  on  vient  de  parler  (2)  ;  ils  sont  conçus  par  l'esprit, 
de  manière  différente  et  accidentelle,  non  seulement  selon  les  différences 
des  sept  climats,  comme  nous  l'avons  déjà  montré,  mais  encore  selon 
les  différences  des  villes  qui  sont  dans  un  même  climat,  le  méridien 
suivant  la  longitude  seulement,  mais  Vhorizon  aussi  selon  la  latitude, 
comme  il  a  déjà  été  montré  dans  ce  qui  a  été  dit.  11  leur  arrive  d'être 
fréquemment  changés,  parce  que  le  soleil  ou  les  parties  de  la  sphère 
ne  se  lèvent  pas  en  même  temps  pour  toutes  les  villes  d'un  même  climat, 
pour  celles  de  l'Orient  et  pour  celles  de  l'Occident,  comme  le  canon 
îTpo/sipo;  (tables  manuelles)  de  Ptolémée  et  aussi  V Astrolabe  le  montrent. 
—  C'est  comme  aussi  par  l'observation,  par  exemple  des  éclipses  de 
soleil  et  de  lune.  Car  lorsqu'il  y  a  une  éclipse,  par  exemple  pour  la 
ville  de  Ctésiphon,  et  aussi  pour  Alexandrie,  le  même  jour,  on  ne  la 
trouve  pas  à  la  même  heure,  à  savoir  à  l'heure  de  Ctésiphon  et  à  celle 
d'Alexandrie  (fol.  115  v).  Cette  éclipse  a  été  vue  à  Ctésiphon  (3)  avant 
Alexandrie  de  une  heure  |  et  Jj^.  Comme  la  longitude  de  Ctésiphon  est 
de  80°  (4)  et  celle  d'Alexandrie  de  60°  |  (5);  si  nous  retranchons  60  J  de 
80  il  reste  19  i  ce  qui  fait  une  heure  |  et  ^L^  puisque  15"  font  une  heure.  De 
ce  (lue  le  soleil  se  lève  à  Ctésiphon,  avant  de  se  lever  à  Alexandrie,  il  est 
évident  qu'il  y  fera  aussi  plus  tôt  le  milieu  du  jour  et  qu'il  s'y  couchera 
plus  tôt.  Voici  la  différence  que  nous  disons  exister  entre  l'horizon  et 
le  méridien  de  Ctésiplion  par  rapport  à  Alexandrie  :  l'horizon  de  l'une 
ou  de  l'autre  ville  aura  lieu  quand  le  soleil  se  lève  ou  se  couche  sur  elle, 
et  le  méridien,  c'est-à-dire  (le  cercle)  de  la  moitié  du  jour  aura  lieu, 
quand  le  soleil  sera  vu  (en  chaque  endroit)  au  milieu  du  ciel. 

0.  11  est  connu  que  si  une  ville  est  distante  de  moins  de  400  stades 
de  sa  voisine,  il  n'y  a  pas  de  différence  dans  le  lever  du  soleil  et  son 

,^w*3a^  £ïw3»  >al\  |LV1^-. ûâûi   ov^»  ^wo   U^^a^  ^^   vf'»^- 

[i)  L'équateur  et  les  tropiqurs  sont  fixes.  Les  cercles  arctique  et  antarctique 
ne  le  sont  que  par  définition,  parce  qu'on  adoi)te  ceux  de  Cnide  pour  tout 
le  quati'ième  climat. 

(3j  KT-iT7tïiwv,  vûûûa^ô'û  (pai'tout). 

(l)  Voir  Ptolémée,  Géogr.,  vi,  1,  3.  —  En  somme,  on  compte  les  heures 
à  partir  du  passage  du  soleil  au  méridien  d'un  lieu.  L'heure  de  Ctésiphon 
sera  donc  en  avance  sur  l'heure  d'Alexandrie.  D'ailleurs  une  éclipse  est  vue 
simultanément  en  ces  deux  lieux,  à  des  heures  différentes.  La  différence  des 
heiu'es  donnera  celle  des  longitudes  ou  réciproquement. 

(5)  Ptolémée  porte  aussi  60°  30',  Géogr.,  iv,  5,  9.  Le  manuscrit  syriaque  porte 
»^  (60)  avec  une  virgule  sous  cette  lettre  qui  doit  correspondre  à  1/2  puisqu'il 
faut  trouver  19  1/2  et  que  tel  est  le  chiffre  de  Ptolémée. 

m 


LE    TRAITÉ    SUH    LES    «    CONSTELLATIONS    »,    X\l.  89' 

coucher  (1)  quant  à  la  longitude,  car  pour  qu'il  y  ait  différence,  comme 
l'observation  la  montré,  il  faut  400  stades  à  peu  près,  qui  font  53  milles 
et  un  tiers,  car  sept  stades  et  demi  font  à  peu  près  un  mille  (2).  La  lati- 
tude ne  fait  pas  de  différence  pour  les  midis  des  villes  quelles  que 
soient  les  latitudes  respectives  de  ces  villes,  au  nord  ou  au  sud;  car  le 
ciel  a  la  même  disposition  selon  la  iiauteur  au  milieu  du  jour,  pour  les 
villes  qui  ont  la  même  longitude,  sans  que  cela  y  occasionne  aucune 
différence.  —  Nous  avons  dit  et  montré,  à  mon  avis,  comment  on  a 
trouvé  les  cercles  et  la  latitude  des  climats  et  des  villes,  et  encore 
ce  qui  concerne  l'horizon  et  le  méridien. 

CHAPITRE  SEIZIÈME 
Sur  la  latitude  des  climats  et  les  cercles  de  la  sphère,  (fol.  IIG  r) 

ET  les  levers   des  DOUZE  Zo'jOta   (SIGNES   DU  ZODIAQUE)  ET  DES   GRANDEURS 
DES"   JOURS    ET    DES    NUITS    DANS    LES    SEPT    CLIMATS    d'APRÈS    LE    llp6yEipo; 

(table  manuelle)  DE  Ptolémée. 

1.  Jusqu'ici,  ô  ami  de  la  science,  nous  avons  donné  les  cercles  et  les- 
latitudes  dont  nous  venons  de  parler  d'après  VAstrohihe  et  d'après  la 
sphère  d'airain  et  d'après  le  reste  des  autres  instruments,  sur  lesquels 
il  n'était  pas  possible  de  marquer  ces  petites  divisions  (minutes)  ([ue  l'on 
nomme  ï^r{/,0Qx6z  (3)  c'est-à-dire  soixantième  de  degré.  Dans  le  canon 
np6-/£[po;  de  Ptolémée,  les  cercles  et  les  latitudes  sont  donnés  avec  les 
minutes;  il  faut  savoir  qu'on  ne  s'écartera  pas  de  ce  qui  est  cherché 
si  l'on  veut  calculer,  avec  amour  du  travail,  à  l'aide  du  ITooyc'poç,  évidem- 
ment à  l'aide  des  règles,  c'est-à-dire  asOoSoc  (4),  qui  ont  été  données 
plus  haut  par  nous; jitin  de  donner  cela  aussi  pour  l'instruction  complète 
de  ceux  qui  nous  trouveront,  voici  comme  les  latitudes  des  climats,  et 
aussi  les  cercles,  sont  indiquées  dans  ces  -pdy^sipoi  (5)  : 

2.  La  latitude  du  premier  climat  est  de  16°  27'.  Celle  du  second, 
23°  51'  (6).  Celle  du  troisième,  30°  22'.  Celle  du  quatrième,  36"  exactement. 
Celle  du  cinquième,  40°  56'.  Celle  du  sixième.  45°  30'.  Celle  du  septième, 
48°  32'. 

3.  Quant  aux  cercles  (7)  :  celui  du  nord  qui  est  au-dessus  de  la  terre 
36°  9'.  Le  (tropique)  d'été  30°.  L'équateur  23°  51'.  Puis  encore  23°  ST. 
Le  (tropique)  d'hiver  30°.  Le  cercle  du  sud  sous  la  terre  36°  9'.  —  Il 

(1)  Ces  deux  villes  ont  donc  même  horizon. 

(2)  La  présente  relation  est  donnée  plus  bas. 

(3)  ^ô^ûiwsfta^ 

(4)  oîoû>:î-io. 

(5)  Sévère  indique  ici  les  minutes  dont  il  n'avait  pas  tenu  compte  plus  haut. 

(6)  On  trouve  plus  haut  (XIV,  I)  le  nombre  rond  24°. 

(7)  C'est  encore  une  rectification,  à  l'aide  des  minutes,  aux  chiffres  ronds- 
donnés  plus  haut  (XIV). 

[89] 


90  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

convient  aussi  de  rappeler,  ô  ami  de  la  vérité,  que  suivant  la  conséquence 
de  ce  que  nous  avons  calculé  plus  haut  en  vérité  pour  chacun  des 
climats,  la  latitude  de  ce  quatrième  climat,  (qui  est  de)  36°  9',  était 
placée  (fol.  116  v)  dans  le  npo/£ipo;  susdit,  selon  Vï^ixp'j.x  (la  hauteur) 
des  pôles  de  ce  climat;  car  la  latitude  est  égale  à  l'sÇaptxa  des  pôles  en 
tout  lieu,  car  c'est  de  là  que  vient  la  variation  de  latitude  de  tout  climat 
et  de  toute  ville. 

4.  La  grandeur  des  jours  et  des  nuits  est  connue  d'après  les  diverses 
àvaçopa;  (l)  (levers)  des  Zaioia  (signes  du  zodiaque)  dans  chacun  des 
climats;  car  si  nous  voulons  connaître  la  grandeur  ou  la  petitesse  des 
jours  (2),  nous  prenons  les  àvaçopat  qui  se  lèvent  en  ce  jour-là  depuis 
le  matin  —  c'est-à-dire  depuis  le  degré  où  se  trouve  le  Soleil  —  jusqu'au 
soir  dans  le  climat  qui  nous  occupe.  S'il  s'agit  de  la  nuit,  nous  prenons 
celles  qui  se  lèvent  depuis  le  soir  —  c'est-à-dire  depuis  le  degré  qui  est 
diaméiralement  opposé  au  Soleil  —  jusqu'au  matin  et  nous  divisons  par 
15  (3)  les  àvaoopatt  trouvées;  autant  de  fois  nous  pourrons  retranclier  (4) 
(15)  autant  nous  disons  qu'il  y  a  d'heures  de  jour  ou  de  nuit,  comme 
nous  le  cherchons,  dans  ce  climat.  —  11  est  évident  qu'il  s'agit  d'iieures 
i-TjjjLsptva:  (5)  c'est-à-dire  égales;  nous  multiplierons  le  reste  par  00  (pour 
réduire  en  minutes)  et  le  diviserons  de  la  même  manière  par  15  (6), 
nous  trouverons  ainsi  les  parties  des  heures  égales. 

5.  La  détermination  des  levers  (7)  aura  lieu  aussi  à  l'aide  de  l'Astrolabe, 
comme  c'a  été  montré  par  nous  dans  son  <7)(^ôXiov,  (à  savoir)  que  si  on 
cherche  combien  sont  les  liêvacpopat  du  Zwôiov  qui  se  lève,  nous  voyons 
par  l'ipâ/vr)  (8)  (araignée)  de  V Astrolabe,  de  combien  de  degrés  s'avance 
le  commencement  du  Capricorne,  c'est-à-dire  l'indicateur  des  degrés  (9)  ; 
par  exemple  tant  que  le  Zoîôiov  qui  nous  intéresse  se  lève,  le  nombre 
obtenu  sera  dit  celui  des  àvaçopaî  de  ce  Zoiûiov. 

6.  Voici  les  levers  (ou  ascensions)  des  signes  du  zodiaque  dans  tout 
climat,  d'après  le  ITpô/stpo;  susdit,  afin  que  cela  aussi  ne  manque  pas 
à  celui  qui  le  veut  (fol.  117  r).  Ces  (levers)  sont  ainsi  : 

Dans    le    premier    climat,     (rascension)    du    Bélier    et   des   Paissons 

(1)  .i»Vûap;. 

(2)  Voir  le  paragraphe  suivant. 

(3)  ov»  ov»a  ^^ûâ). 

(4)  r^^^â'»  |^tlL^J  j.jbas  „  autant  de  fois  que  nous  ferons  sortir  ». 

(5)  |^»V-^<uaa*/  .,  relatives  à  l'équateui-.  » 

((3)  ov»3  |Lft->ot3  o^  ^uûûzj©  t^û3  ^a^ââ^bo   ^  ^^i  ^ov^o  ^^  oot. 

(7)  On  nomme  levers  ou  ascensions  (àvaiopaO  d'un  signe  le  nombre  des  degrés 
de  l'équateur  qui  montent  au-dessus  de  l'horizon  pendant  que  ce  signe  tout 
entier  monte  lui-même  au-dessus  de  l'horizon.  L'astrolabe  donne  ce  chiffre, 
voir  le  Traité  sur  l'Astrolabe  plan,  (Paris  1899),  ch.  ix,  p.  97  de  notre  traduction. 

(8)  M^r  Voir  sa  description  et  sa  figui'e  dans  le  traité  précédent  p.  83-4 
de  notre  traduction  (nous  avons  reconnu  depuis  qu'il  manque  un  feuillet, 
•p.  84,  ligne  2,  après  les  mots  ■■  sous  la  terre...  ») 

[00] 


LE    TRAITÉ    SUR    LES    «(    COXSTELLATIOxNS    »,    XVI.  91 

12P  20'  (1);  du  Taureau  et  du  Verseau.  27°  4;  des  Gémeaux  et  du  Capri- 
corne 31"  6';  du  Cancer  et  du  Sagittaire  33°  26';  du  Lion  et  du  Scorpion 
32°  44';  de  la  Vierge  et  de  la  Balance  31°  20'  (2). 

Dans  le  deuxième  climat,  du  Bélier  et  des  Poissons  22°  34'  (3);  du 
Taureau  et  .lu  Verseau  25"  38'  ;  des  Gémeaux  et  du  Capricorne  30°  30'  ; 
du  Cancer  et  du  Sagittaire  37°  2'  (4),  du  Lion  et  du  Scorpion  34°  10'; 
de  la  Vierge  et  de  la  Balance  33°  3'. 

Dans  le  troisième  climat,  du  Bélier  et  des  Poissons  20°  53' ;  du  Taureau 
et  du  Verseau  24"  12';  des  Gémeaux  et  du  Capricorne  29"  25^;  du  Cancer 
€t  du  Sagittaire  34°  36'  (5);  du  Lion  et  du  Scorpion  35°  36';  de  la  Vierge 
et  de  la  Balance  34°  47'. 

Dans  le  quatrième  climat,  du  Bélier  et  des  Poissons  19°  12'  ;  du  Taureau 
et  du  Verseau  22°  46';  des  Gémeaux  et  du  Capricorne  29°  17';  du  Cancer 
et  (lu  Sagittaire  35°  15'  ;  du  Lion  et  du  Scorpion  37°  3'  (6)  ;  de  la  Vierge 
et  de  la  Balance  36°  27  (7). 

Dans  le  cinquième  climat,  du  Bélier  et  des  Poissons  17°  32';  du  Taureau 
-et  du  Verseau  21°  59'  ;  des  Gémeaux  et  du  Capricorne  28°  39'  (8)  :  du 
Cancer  et  du  Sagittaire  35°  53:  du  Lion  et  du  Scorpion  38°  31'  (9);  de  la 
Vierge  et  de  la  Balance  38"  6'  (10). 

Dans  le  sixième  climat,  du  Bélier  et  des  Poissons  15"  25'  (  1 1)  ;  du  Taureau 
et  du  Verseau  19°  52';  des  Gémeaux  et  du  Capricorne  27°  58'  :  du  Cancer 
■et  du  Sagittaire  36°  34'  :  du  Lion  et  du  Scorpion  39°  57'  (  12]  ;  de  la  Vierge 
et  de  la  Balance  39"  44'  ri 3). 

Dans  le  septième  climat,  du  Bélier  et  des  Poissons  14°  20';  du  Taureau 
et  du  Verseau  8°  (18°)  23';  des  Gémeaux  et  du  Capricorne  27"  17';  du 
Cancer  et  du  Sagittaire  37°  15';  du  Lion  et  du  Scorpion  41°  25' :  de  la 
Vierge  et  de  la  Balance  41°  20',  etc. 

(1)  On  lit  en  marge  :  «  le  premier  nombre  désigne  les  degrés  et  le  second 
les  minutes  ». 

(•2)  Tous  ces  chiffres  du  premier  climat  se  trouvent  dans  Ptolémée,  Almagesle, 
II,  7,  Irad.  Halma,  p.  104.  Les  quelques  différences  suivantes  s'expliquent  d'ordi- 
naire par  une  permutation  de  lettres. 

(3)  22°  37'  Pt(olémée}. 

(4)  34°  2  (Pt). 

(5)  34<'36'(Pt). 

(6)  37°2'  (Pt). 

(7)  36°28'(Pt). 

(8)  21"  9  (Pt). 

(9)  38°2y'(Pt). 
(10)  38°  8'  (Pt). 
.(11)  15°  55'  (Pt). 
(1-2)  39°  56'  (Pli. 
.(13)  39°  45'  (Pt). 


92  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 


CHAPITRE  DIX-SEPTIEME 

DE   LA   MESURE   (FOL.    117   V)    DU   CIEL   ET    DE   LA  TERRE 
ET   DE   l'intervalle   QUI  LES   SÉPARE    (1). 

1.  Nous  avons  promis  plus  haut  (dans  le  titre)  de  parler  en  peu  de  mots 
des  mesures  de  la  terre,  habitée  et  inhabitée,  et  aussi  du  ciel,  et  de 
l'intervalle  (|ui  est  entre  eux,  parce  (lue  nous  y  sommes  conduits  comme 
par  une  conséquence  de  ce  qui  vient  d'être  dit;  il  faut  donc,  ô  smi  du 
travail  et  ami  de  la  science,  qu  a  ce  sujet  aussi  je  (te)  rappelle  en  peu 
de  mots  les  choses  que  je  connais,  parmi  celles  qui  ont  été  cherchées 
et  explorées,  avec  amour  du  travail,  par  les  anciens  par  diverses 
méthodes,  et  ainsi  nous  terminerons  (là)  notre  discours. 

2.  Ceux  qui,  avec  grand  amour  du  travail,  ont  cherché  la  me.sure 
du  ciel  et  de  la  terre,  l'ont  atteinte  autant  que  possible  et  l'ont  transmise 
par  écrit,  ont  mesuré  et  dit  que  tout  le  cercle  de  la  sphère  (terrestre)  était 
de  25  myriades  et  deux  mille  stades  (2)  (252.000),  de  sorte  que  chacune 
des  deux  moitiés  du  cercle,  celle  du  dessus  et  celle  du  dessous,  est  de 
126.000  stades.  Le  diamètre  du  cercle,  c'est-à-dire  la  ligne  qui  passe  par 
le  milieu  du  cercle  sphérique  est  de  8  myriades  et  4  mille  (84.000  stades), 
c'est-à-dire  le  tiers  du  cercle  (3);  l'art  de  la  géométrie  montre  par  la 
mesure,  et  l'expérience  enseigne  aussi  que  tout  cercle  que  tu  voudras 
imaginer  dans  ta  pensée,  qu'il  soit  grand  ou  petit,  a  un  diamètre  (4)  — 
c'est-à-dire  (toute)  droite  passant  par  le  milieu  —  qui  est  le  tiers  néces- 
sairement. Si  donc  tu  prends  la  sphère  du  ciel  de  3G0''.  tu  trouves  que 
son  diamètre  est  de  120°;  car  c'est  là  le  tiers  de  360.  —  Si  tu  prenais 
un  cercle  très  petit  qui  aurait  par  exemple  trois  parties  seulement,  ou 
un  cercle  qui  n'aurait  qu'une  partie  (fol.  118  r),  le  diamètre  de  l'un  est 
une  partie  et  celui  de  l'autre  est  un  tiers  de  sa  partie. 

3.  Que  ce  soient  là  les  stades  de  tout  le  cercle  sphérique  de  la  terre, 
on  l'a  cherché  et  trouvé,  comme  nous  le  montrerons  brièvement  à 
(l'homme)  attentif  de  la  manière  suivante  : 

Le  cercle  du  ciel  qui  est  de  360*^  (5)  —  qu'on  a  trouvé  être  tel  à  l'aide 
de  y  Astrolabe  et  d'autres  instruments,  comme  nous  l'avons  déjà  montré 
à  l'homme  intelligent  par  ce  qui  est  écrit  plus  haut  —  a  été  pris  et  partagé 

(D  M.  E.  Sacliau  a  édité  le  texte  syriaque  d'une  partie  de  ce  chapitre  d'après 
le  ins.  de  Londres  add.  14538,  du  x"  siècle  (L).  Cf.  Inedita  Syriaca,  Vienne, 
1870,  p.  132. 

(2j  Cette  évaluation  est  celle  d'Ératosthène.  D'après  IM.  J. -A.  Decourdemanche, 
Posidonius  et  les  Arabes  n'y  ont  rien  ajouté,  mais  se  sont  bornés  à  l'exprimer 
avec  des  unités  différentes,  Journal.  As.,  mars-avril  1913,  p.  428-37. 

(3)  En  prenant  tt  =  3,  comme  Manilius,  i,  527. 

(4)  vpîê^l*?- 

(5)  Sic  L.  P(aris)  porte  à  tort  365. 

L92I 


LE    TRAITÉ    SUR    LES    «    CONSTELLATIONS    »,    XVII.  93 

en    60   parties,    c'est-à-dire    six   degrés   pour  cha([ue    partie,    puis(iue 
60  multiplié  (1)  par  6  donne  360. 

4.  Ils  en  firent  autant  par  analogie  pour  le  cercle  de  la  terre  qui  est  en 
face  de  celui-là  et  le  divisèrent  aussi  en  60  parties,  de  sorte  que  chaque 
partie  avait  4.200  (stades),  car  60  multiplié  par  4.200  donne  252.000, 
c'est-à-dire  25  myriades  et  deux  mille.  —  Ensuite  lorsqu'ils  divisèrent 
le  ciel  depuis  le  pôle  nord  jusqu'au  pôle  sud  en  cinq  cercles  c'est-à-dire 
zones,  comme  nous  l'avons  montré  clairement  plus  haut  dans  ce  que 
nous  avons  dit,  ils  partagèrent  aussi  la  terre  en  cinq  zones  en  face  de 
celles-là,  l'une  en  face  de  l'une,  et  quand  ils  fixèrent  la  latitude  de  ces 
60  parties,  à  savoir  6  parties  pour  la  zone  du  nord,  5  pour  celle  du 
(tropique)  d'été,  8  pour  celle  de  l'équateur,  à  savoir  quatre  au  nord  de 
cette  zone  et  quatre  au  sud,  5  parties  pour  le  (tropique)  d'hiver,  et  6 
pour  la  zone  du  sud,  ensemble  30  parties  pour  toute  la  moitié  de  la 
sphère  supérieure,  ils  fixèrent  de  la  même  manière  la  latitude  des  zones 
de  la  terre  qui  sont  en  face  de  celles  du  ciel  et  ils  les  mesurèrent 
(fol.  118  V),  c'est-à-dire  les  fixèrent  ainsi  :  la  zone  de  la  terre  qui  est 
sous  la  zone  nord  du  ciel,  c'est-à-dire  qui  est  située  en  face  sous  le  pôle 
nord  (zone  arctique)  est  aussi  de  six  parties  c'est-à-dire  de  25  200  stades; 
celle  qui  est  sous  la  zone  d'été  a  aussi  cinq  parties,  ce  qui  fait  21.000  stades  ; 
celle  qui  est  sous  l'équateur  a  aussi  huit  parties  ce  qui  fait  33.600  stades, 
à  savoir  16.800  au  nord  de  l'équateur  et  16.800  au  sud  ;  celle  qui  est 
sous  la  zone  d'hiver  a  aussi  cinq  parties  qui  font  21.000  stades  et  celle 
qui  est  sous  la  zone  sud,  c'est-à-dire  qui  est  placée  en  face  sous  le  pôle 
sud  (zone  australe),  a  aussi  six  parties  qui  font  25.200  stades,  toute 
la  moitié  du  cercle  supérieur  de  la  sphère  est  donc  de  126.000  stades. 
Il  en  est  de  même  de  la  moitié  des  cercles  inférieurs,  c'est-à-dire  qui 
sont  sous  la  terre,  soit  du  ciel  soit  de  la  terre,  la  moitié  inférieure 
c'est  à  dire  celle  des  cinq  zones  inférieures  (comprendra)  trente  parties 
et  chacune  d'elles,  comme  nous  l'avons  dit,  sera  de  six  degrés. 

5.  Ce  demi  cercle  inférieur  de  la  terre  —  c'est-à-dire  les  cinq  zones 
inférieures  —  aura  donc  30  parties  qui  feront  126.000  stades.  Le  tout 
ensemble,  pour  60  parties,  sera  252.000  stades,  comme  il  a  été  dit  plus 
haut.  (11  suit)  d'ici  que,  puisque  en  face  de  chacune  des  60  parties  du  ciel, 
(]ui  valent  chacune  six  degrés,  comme  il  a  été  dit,  on  trouve  sur  la  terre 
4  200  stades,  en  face  de  chaque  degré  du  ciel,  on  trouvera  donc 
700  stades,  parce  que  700  multiplié  par  G  donne  4.200. 

6.  Le  stade  est  de  deux  cents  pas  ;  le  pas  est  de  deux  ammin,  c'est-à- 
dire  deux  coudées  (fol.  119  r).  Un  amtâ,  c'est-à-dire  une  coudée,  est  de 
deux  empans  ;  l'empan  est  de  douze  doigts  ;  sept  stades  et  demi  font  un 
mille  (2).  93  milles  1/3  font  700  stades  et  comme  on  a  montré  que  chaque 

(1)  ,,aaav^)  ^..^s^  (^"a.\N)  L).  Le  ms.  de  Londres  (L)  a  ensuite  une  lacune 
et  passe  au  haut  du  fol.  173^  de  notre  manuscrit  de  Paris  (Phases  de  la  lune). 

(2)  Pour  M.  Decourdemanche,  loc.  cit.,  p.  430,  c'est  la  coudée  moyenne  qui 

[931 


94  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

degré  vaut  700  stades,  et  que  700  stades  valent  93  milles  1/3,  les  360  de;:;'rés- 
de  tout  le  pourtour  de  la  sphère  feront  donc  33  600  milles.  Et  comme 
le  diamètre  du  cercle  du  ciel,  c'est-à-dire-  la  ligne  qui  passe  par  le  milieu 
du  cercle  est.  comme  nous  l'avons  dit,  de  120°,  c'est-à-dire  un  de  trois, 
cela  fait  84.000  stades,  comme  il  a  été  dit  plus  haut.  Mais  la  moitié 
de  120  qui  est  60  degrés  prendra  la  moitié  des  stades  susdits,  c'est-à- 
dire  42.000  stades,  qui  font  5.600  milles  (rayon  de  la  terre).  Ainsi  pour 
cet  intervalle,  c'est-à-dire  pour  la  ligne  du  milieu  de  la  terre  au  ciel, 
il  y  aura  autant  de  milles,  selon  ràvaloyta,  c'est-à-dire  la  comparaison, 
qui  a  été  donnée  (1). 

7.  Si  tu  veux  d'ici,  avec  amour  du  travail,  calculer  aussi  les  pas  et 
les  ammé,  c'est-à-dire  les  coudées  avec  leurs  doigts,  tu  peux  les  obtenir 
en  multipliant  (2)  tes  uns  par  les  autres.  ~  Voilà  encore  pour  la  mesure 
du  ciel  et  de  la  terre  et  de  l'intervalle  qui  est  entre  eux. 

CHAPITRE  DIX- HUITIÈME 

Sur  la  terre  habitée  et  iNii.\niTÉE  et  sur  i.a  -izM  (disposition)  de  ceu.x: 
QUI  habitent  sur  tout  le  cercle  du  dessus  ou  du  dessous  (3). 

1.  Au  sujet  de  la  terre  habitée  ou  inhabitée,  voici  ce  que  disent  les. 
anciens  : 

Puisque  toute  la  surface  de  la  terre  a  été  divisée  en  cinq  zones,  comme 
la  surface  du  ciel,  les  deux  zones  placées  à  l'opposé  sous  les  pôles, 
sous  le  pôle  nord  et  sous  le  pôle  sud,  parce  qu'elles  sont  froides  et 
pas  tempérées  à  cause  de  l'eloigne  ïient  où  est  le  soleil  (fol.  119  v),  sont 
inhabitées,  dit-on;  les  trois  autres  (jui  sont  au  milieu,  je  veux  dire  celle- 
qui  est  sous  le  (tropic^ue)  d'été  (4)  ou  sous  le  (tropique)  d'hiver,  ou  sous. 
i'é(iuateur,  parce  (lu'elles  sont  tempérées  à  cause  du  passage  du  soleil 
au-dessus  d'elles,  sont  habitables,  dit-on.  Mais  les  plus  tempérées  sont 
les   deux   qui   sont   sous    les  tropiques  d'été    et   d'hiver  et,  à  cause  de 

est  de  24  doigts.  La  coudée  longue  (0°",.554)  a  28  doigts.  Le  stade  (221'"0O)  vaut 
400  coudées  longues,  et  le  mille  itinéraire  (  16(j2™)  vaut  bien  sept  stades  et  demi. 

(1)  C'est-à-dire  <■  si  on  compte  700  stades  pour  un  degré  du  ciel,  le  rayon 
du  ciel  sera  aussi  de  42.000  stades.  Sévère,  comme  Manilius  (i,  520-537),  ne 
donne  pas  la  distance  absolue  que  l'on  trouve  dans  Bar  Hébraeus,  Cours 
d'Astronomie,  p.  183  à  200,  grâce  à  l'utilisation  des  paralla.xes.  Ptolémée, 
Almagesle,  v,  15,  dit  que  la  distance  de  la  terre  à  la  lune  et  au  soleil  est  de 
59  et  1210  rayons  terrestres.  Sévère  n'a  pas  utilisé  ici  V Almagesle,  bien  qti'il 
ait  connu  cet  ouvrage.  Cf.  R.  0.  C,  t.,  XV  (1910)  p.  249  et  251. 

(2)  ^W  <aa\io  ^*^,;5ao  »a. 

(3)  Le  texte  syriaque  d'une  petite  partie  de  ce  chapitre  a  été  édité  par 
M.  E.  Sachau,  cFaprès  le  ms.  du  British  Muséum  add.  14538,  fol.  154.  Cf.  Ine- 
d'Ua  Syriaca,  Vienne,  1870,  p.  J27. 

(4)  |£^.^*û  ■•*»»  b^^L.  ûv)/.  Le  ms.  de  Londres  portait  v©»^^  ^.^i.. 

[94] 


LE    TRAITÉ    SUR    LES    «    CONSTELLATIONS    «,    XVIII.  95 

cela,  elles  sont  aussi  les  plus  liabitables.  Celle  du  milieu,  c'est-à-dire 
celle  qui  est  sous  Téquateur  est  dite  xsKau(Ji.irr,  (1),  c'est-à-dire  brûlée,  à 
cause  du  voisinage  constant  du  soleil  auprès  d'elle,  c'est-à-dire  sou  passaii^e 
sur  elle  quand  il  monte  au  nord  et  quand  il  descend  au  sud  à  savoir 
vers  le  (tropique)  d'été  et  vers  le  (tropique)  d'hiver  et,  à  cause  de  cela, 
elle  est  peu  habitable  et  ea  petite  partie. 

2.  D'autres  ont  encore  prononcé  plus  subtilement  (2)  d'une  autre 
manière  ;  ils  ont  dit  au  contraire  que  les  zones  de  la  terre  qui  sont  sous 
les  tropiques  sont  les  plus  chaudes  et  inhabitables  en  majeure  partie 
parce  que  le  soleil  demeure  quarante  jours,  sur  chacune  d'elles  au  tro- 
pi([ue  même  sans  faire  de  changement,  comme  on  peut  le  voir  par 
l'ombre  de  l'wpoXoYtov  (3)  (cadran  solaire):  quant  à  la  zone  de  la  terre 
qui  est  sous  le  cercle  équateur,  elle  est  plus  tempérée  et  plus  habitable;, 
parce  que  le  soleil  passe  par  le  point  équinoxial  rapidement  et  en  un 
clin  d'œil. 

3.  Ils  raisonnèrent  encore  par  analogie  (4),  c'est-à-dire  ils  expliquèrent 
que  la  longitude  de  la  terre  habitable  est  de  dix  myriades  de  stades 
à  peu  près,  et  sa  latitude,  la  moitié  de  la  longitude,  c'est-à-dire  cinq 
myriades  de  stades;  il  est  d'ailleurs  connu  que  la  moitié  de  tout  le  cercle 
de  la  terre,  comme  il  est  dit  plus  haut,  (fol.  120  r)  est  de  douze  myriades 
et  six  mille  (126.000)  stades;  mais  en  ce  qui  concerne  les  régions  exté- 
rieures de  la  sphère,  orientales,  occidentales,  boréales  et  australes,  elles 
ne  sont  aucunement  habitables  parce  qu'elles  ne  sont  pas  tempérées  ; 
les  unes,  à  cause  du  passage  continuel  du  soleil  au-dessus  d'elles  quand 
il  se  lève  et  quand  il  se  couche,  sont  trop  chaudes:  les  autres,  à  cause 
de  l'éloignement  du  soleil,  sont  trop  froides,  en  raisonnant  par  analogie 
pour  les  limites  des  régions  susdites  à  savoir  les  120.000  stades  du  demi 
cercle  et  la  région  du  nord  et  celle  du  sud;  parce  que  les  zones  qui  sont 
sous  les  deux  pôles  sont  tout  à  fait  inhabitables;  ensuite  pour  la  plus 
grande  partie  des  autres  zones,  ils  allèrent  jusqu'à  leur  enlever  des  stades 
inhabitables,  bien  plus  que  pour  les  autres  régions,  l'orient  et  l'occident. 

4.  Ils  divisèrent  et  fixèrent  les  habitants  de  la  terre  habitable  en 
quatre  genres  d'habitation  :  à  savoir  ceux  qui  demeurent  ensemble, 
ceux  qui  demeurent  sur  le  cercle,  ceux  qui  demeurent  en  face  ou  à 
l'opposé  des  pieds  (aux  antipodes)  (5). 

Ceux  qui  demeurent   ensemble  sont   ceux  qui   demeurent  ensemble- 
au  milieu  de  la  zone.  —  Ceux  qui  demeurent  sur  le  cercle  sont  ceux  qui 
demeurent  dans  la  même  zone  mais  sur  son  cercle.  —  Ceux  qui  demeurent 
à  l'opposé  sont  ceux  qui  sont  dans  une  autre  zone,  mais  qui  habitent 
sous  la  même  demi-sphère  supérieure,  dans  le  même  ordre  que  l'on  a 

(Ij  usoaolo:  mais  le  ms.  de  Londres  porte  correctement  i*)l^oU)|ovo. 

(2)  ^.U=»-"«»=  (Paris).  ^-Loû^-io  L(ondrcs). 

(3)  U^aii^oVor  En  marge  :  •■  l'endroit  des  heures.  >■ 

(5)  U^V    >-i^-=ac^.\. 

[95] 


96  REVUE    DE   l'orient    CHRETIEN. 

dit  plus  haut  c'est-à-dire  au  milieu,  ou  ensemble  ou  sur  le  cercle,  de 
manière  que.  puisqu'il  y  a  trois  zones  habitables,  le  même  mode  d'habi- 
tation soit  conservé  dans  les  trois.  —  Ceux  qui  demeurent  aux  antipodes 
sont  ceux  qui  sont  sous  l'autre  moitié  inférieure  de  la  sphère  (céleste), 
dans  les  trois  mêmes  zones  habitables  et  dans  le  même  ordre  susdti, 
diamétralement,  (fol.  120  v)  —  c'est-à-dire  en  mesure  égale  —  avec 
ceux  qui  demeurent  ici  sous  la  sphère  (céleste)  supérieure. 

5.  Ils  ont  ainsi  divisé  et  fixé,  sans  définir  certes  qu'il  y  a  habitation 
des  hommes  en  face  de  ceux  d'ici  dans  le  demi-cercle  inférieur  de  la 
terre,  car  personne  ne  l'a  jamais  vu  ;  mais  c'est  par  une  conséquence 
de  ce  qu'on  voit  qu'ils  jugèrent  qu'il  en  était  ainsi  (1);  car  puisque 
le  cercle  (le  pourtour)  de  la  terre  est  sphérique  et  que  la  terre  tient 
la  place  du  centre  dans  la  sphère  du  ciel,  et  que  le  soleil  se  lève  et  se 
couche  également  au-dessus  d'elle  des  deux  côtés  et  qu'il  y  fait  également 
des  jours  et  des  nuits,  l'été  et  l'hiver  et  ces  deux  autres  changements 
—  je  veux  dire  le  printemps  et  l'automne  —  et  qu'il  y  a  mêmes  régions 
tempérées  ou  non  tempérées  pour  les  trois  zones  moyennes  à  cause 
de  leur  plus  grand  voisinage  ou  éloignement  du  soleil,  et  que  dans  le 
mot  «  sphérique  »  aucun  homme  qui  sait  scruter  avec  sagesse,  ne  verra 
un  au-dessus  et  un  au-dessous,  mais  seulement  un  cercle  et  un  milieu, 
lorsqu'il  voit  la  (même)  hauteur  au-dessus  pour  tout  le  cercle  de  tous 
côtés  et  la  (même)  profondeur  en  dessous  du  milieu,  car  si  un  homme 
se  porte  en  pensée  sur  le  cercle  (la  sphère  céleste)  de  tout  côté,  et  veut 
par  exemple  jeter  de  là  —  c'est-à-dire  de  tous  ses  côtés  —  une  pierre 
ou  autre  chose  de  pesant,  c'est  au  milieu  que  descendra  et  que  se  réunira 
tout  ce  qui  est  jeté,  il  n'est  pas  possible  et  il  n'y  a  pas  moyen  de  le  faire 
au-dessus  du  milieu,  car  en  dehors  du  milieu  de  tous  côtés  où  un  homme 
pourra  regarder  c'est  l'espace. 

6.  Ainsi  en  vertu  de  cette  conséquence  qui  a  été  montrée  comme 
nécessaire,  il  est  convenable  que  sur  tout  le  cercle  de  la  sphère  —  je  dis 
(fol.  121  r)  celui  qui  est  tempéré  et  habitable  —  des  hommes  puissent 
habiter  sur  tous  ses  côtés,  puisque  en  tout  lieu  et  de  tous  ses  côtés, 
la  terre  en  toutes  ses  parties  est  «  en  dessous  »,  en  comparaison  du  cercle 
du  ciel  (sphère  céleste)  qui  est  au-dessus  dans  toutes  ses  parties.  Car  la 
terre  est  le  centre  du  cercle  du  ciel,  mais  tout  centre  qui  est  au  milieu 
du  cercle,  est  nécessairement  de  toute  nécessité  en  dessous  du  cercle 
de  tous  les  côtés.  C'est  ainsi  qu'il  est  confessé  et  dit  par  tous  les  sages 
qui  sont  les  plus  qualifiés  pour  juger  et  pour  voir  ces  choses,  par  ceux 
du  dehors  et  ceux  du  dedans,  et  surtout  si  l'on  scrute  cette  pensée 
et  parole  apostolique  :  Qu'au  nom  de  Jésus,  tout  (fcnou  fléchira,  de  ceux 
(jui  sont  dans  le  ciel  et  sur  la  terre  et  de  ceux  qui  sont  sous  la  terre  (2). 


(1)  Sévère  montre  que,  ratioanellement,  il  devait  y  avoir  des   habitants  à 
ses  antipodes.. 
(•2)  Philip.,  II,  10.  L'extrait  du  ms.  de  Londres  se  termine  ici. 

[90] 


LE    TRAITÉ    SUR    LES    «    CONSTELLATIONS    »,    XVIII,  97 

A  ce  sujet,  tel  que  je  suis,  voilà  tout  le  témoignage  (tiré)  de  beaucoup 
de  petites  choses,  pour  l'instruction  et  le  commentaire  de  ceux  qui  sont 
plus  zélés  et  cela  suffit  à  mon  avis  pour  cette  ûtoÔ^ch;  (1)  (pour  ce  sujet). 

7.  Pour  nous,  ô  cher  ami,  voici  que  nous  avons  terminé,  comme  il 
était  possible,  ce  qui  était  demandé,  à  savoir  si  les  choses  qui  sont  dites 
dans  le  ciel  y  sont  par  nature  ou  seulement  par  convention,  et  encore 
tout  ce  que  nous  avons  consigné  plus  haut,  à  savoir  quelles  sont  les 
parties  du  ciel  qui  se  lèvent  et  qui  se  couchent  les  unes  en  face  des 
autres,  et  lesquelles  non,  et  quelles  sont  les  étoiles  (constellations)  qui 
se  lèvent  plus  vite  et  qui  se  couchent  plus  lentement  et  quelles  .sont 
celles  auxquelles  le  contraire  arrive;  encore  sur  les  cercles,  c'est-à-dire 
les  zones  du  ciel,  et  sur  les  climats  de  la  terre  et  leur  mesure,  à  savoir 
{la  mesure)  du  ciel  et  de  la  terre  et  de  l'espace  qui  est  entre  eux. 

S.  Pour  les  puérilités,  c'est-à-dire  les  fables  inintelliii'ontes  des  poètes 
et  des  astrologues  (fol.  121  v.)  que  nous  avons  montré  qu'elles  avaient 
été  formées  mensongèrement  sur  les  choses  célestes,  nous  les  avons 
réprimandés  en  courant  en  peu  de  ^mots  selon  le  but  qui  était  fixé, 
en  disant  à  Dieu  —  qui  veut,  selon  les  paroles  saintes,  que  tous  les 
hommes  vivent  et  viennent  à  la  connaissance  de  la  vérité  (2)  —  avec  le 
psalmiste  et  divin  David  :  Tourne  mon  cœur  vers  ton  témoignage  et  non 
vers  les  fables,  et  :  Détourne  mes  yeux  pour  ne  pas  voir  les  choses  vaines 
'et  vivi/ie-moi  dans  tes  voies  (3;. 

9.  A  cause  de  la  belle  convenance  que  l'on  voit  dans  les  créatures 
dans  le  ciel  et  sur  la  terre  et  dans  ce  qui  les  sépare,  à  cause  de  ces 
mouvements  qui  ont  lieu  en  cercle  en  face  les  uns  des  autres  en  même 
temps  et  de  la  même  manière  à  l'occidont  et  à  l'orient  —  pour  (la  terro) 
dans  sa  situation  fixe  et  immobile,  pour  les  autres  parce  qu'ils  sont  et 
disparaissent  et  souffrent  cela  avec  une  mesure  certaine  et  non  en  appa- 
rence, lorsque  tout  cet  univers,  avec  le  cercle  commun  du  haut,  est 
amené,  se  tient  et  demeure  selon  la  parole  créatrice,  c'est-à-dire  la  volonté 
qui  a  ainsi  décidé  et  posé  une  loi  fixe  qui  ne  passe  pas.  car  il  a  dit  et 
[les  choses)  ont  été,  il  a  ordonné  et  elles  ont  été  créées  et  il  les  a  établies 
pour  les  siècles  des  siècles;  il  a  donné  une  loi  et  elle  ne  passe  pas  (4), 
nous  nous  étonnerons  encore  avec  le  psalmiste  sacerdotal  David  de  la 
beauté  de  la  sagesse  de  Dieu  qui  apparaît  ainsi  dans  les  créatures,  nous 
dirons  :  Que  tes  œuvres  sont  grandes.  Seigneur,  tu  les  a  toutes  faites  avec 
sagesse  (5).  —  Nous  arrêterons  ici  le  discours. 

Fin  du  discours  sur  les  constellations  et  les  cercles  qu'on  dit  être  sur 
la  sphère  du  ciel,  et  sur  la  latitude  des  climats  et   les  mesures  du  ciel 


/H    v£iaA.os&âoot. 

(2)  1  Tiin.,  II,  4. 

(3)  Ps.  cxviii,  oG,  37, 

(4)  Ps.  cxLvni,  5,  6. 

(5)  Ps.  cm,  24, 

[97] 

ORIENT  CHRÉTIEN. 


08  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

el  de  la  terre  et  de  l'intervalle  qui  est  entre  eux,  (discotirs)  qui  a  été  fait 
par  le  saint  (l'évêque)  abbaa  Mar  Sévère  Sébokt.  —  Il  a  été  écrit  en 
l'année  971  des  Grecs  (660)  en  la  troisième  (année  de  V)  indiction. 

Il  a  été  écrit  comme  solution  de  questions  et  de  certaines  demandes 
provenant  d'hommes  qui  aimaient  l'enseignement,  comme  à  l'ami  de  Dieu 
le  prêtre  et  visiteur  Basile  (1). 

F.  Nau. 
'D  Voir  le  texte  de  la  fin  dans  l'introduction. 


m 


TABLE  DES  CHAPITRES 


Pages. 

Chapitre  I.  —  Les  coQstellations  que  l'on  place  dans  le  ciel  sont  purement 
conventionnelles 19 

II.  —  Suite  du  même  sujet 22 

III.  —  Les  signes  du  zodiaque  ne  di'signaient  à  l'origine  que  des  sections 

de  la  sphère  céleste  et  non  des  animaux 26 

IV.  —  Exemples,  tirés  d'Aratus,  des  fables  rattachées  par  les  poètes  aux 
constellations 29 

V.  —  Les  événements  rattachés  par  les  astrologues  aux  propriétés  des 
animaux  célestes  avaient  déjà  lieu  avant  qu'on  n'ait  placé  au  ciel  des 
animaux  qui  n'y  sont  d'ailleurs  que  de  purs  noms 45 

VI.  —  Nombre  des  constellations  (quarante-six  en  tout);  leurs  noms; 
étoiles  remarquables  qui  s'y  trouvent 48 

VIL  —  Noms  des  constellations  qui  se  lèvent  avec  six  signes  du  zodiaque 
ou  qui  se  couchent  en  même  temps  que  les  six  signes  diam<'tralement 
opposés 53 

VIII.  —  Sur  les  constellations  qui  apparaissent  au  milieu  du  ciel  (au-dessus 
de  l'horizon)  avec  chacun  des  signes  du  zodiaque  (lorsque  le  premier 
degré  d'un  signe  du  zodiaque  est  au  méridien) 5 

IX.  —  Sur  les  constellations  qui  ne  se  couchent  pas  (ou  qui  se  trouvent 
dans  la  zone  arctique  de  Cnide,  jusqu'à  36°  du  pôle  nord,  —  Sur  les 
principales  étoiles  des  constellations  qui  se  lèvent  et  se  couchent  en 
face  les  unes  des  autres.  —  Sur  les  constellations  et  les  étoiles  qui  se 
lèvent  plus  tôt  et  se  couchent  plus  tard,  ou  inversement 61 

X.  —  Sur  les  constellations  qui  sont  coupées  par  les  cercles  (arctique, 
tropiques,  équateur,  antarctique)  et  qui  les  coupent,  et  sur  celles  qui 
ne  sont  pas  coupées  et  ne  coupent  pas 

XI.  —  De  la  voie  lactée.  Quelles  .sont  les  constellations  qu'elle  coupe; 
comment  ses  parties  se  lèvent-elles  ou  se  couchent-elles  avec  les  signes 

du  zo  liaquo 66. 

XI I.  —  Quels  sont  les  cercles  dont  la  connaissance  nous  est  nécessaire? 
—  arctique  et  antarctique  (pour  Cnide),  tropiques,  équateur,  zodiaque, 
méridien,  horizon (59 

[99] 


100  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

r;ii;c-s. 

X[1I.  —  Position  relative  de  ces  cercles  suivant  l'inclinaison  des  pôles 
(sur  i'horizon,  ou  suivant  la  latitude)  :  sphère  parallèle,  droite  et 
oblique ' ' <  ^ 

XIV.  —  Nombre  des  climats.  Latitude  et  durée  du  jour  pour  chacun  d'eux. 
Distance,  dans  chaque  climat,  de  chacun  des  cercles  précédents  à 
l'horizon  sud *5 

XV.  —  Con)ment  on  arriva  à  déterminer  les  cercles  et  la  latitude  des 
climats,  (Sévère  suppose  que  l'heure  et  la  position  du  soleil  sont 
connues) ^■> 

XVL  —  Sur  la  latitude  des  climats,  les  cercles  de  la  sphère,  les  levers 
des  douze  signes  du  zodiaque  et  les  grandeurs  des  jours  et  des  nuits...      89 

XVII.  —  De  la  mesure  du  ciel  (H  de  la  terre  et  de  la  distance  qui  les 
sépare "2 

XVIII.  —  Sur  la  terre  habitée  et  inhabitée.  ^  Sui'  les  antijiodes (M 

Table  alphabétique  des  principales  matière? '     13 

Erratum.  Lire  660  (au  lieu  de  661 1  dans  le  titre,  p.  3,  1.  7;  p.  5,  I.  8;  p.  8,  1.  1)  et  l.'j. 


[1(H)J 


LÀ  PENSÉE  GRECQUE 
DANS  LE  MYSTICISME  ORIENTAL 

[Suite.) 


Los  ontologistes  ne  pouvaient  noanquer  d'exposer  le  détail  de 
Cette  théorie  :  Vhi^mme,  dît  \e}I a cJj ma  al-ba h raïn  (1),  possède 
le  libre  arbitre  pour  ce  qui  est  ('crit  sous  la  forme  d'intégrales 
^.<  -^i  v^  ;  il  est  déterminé  pour  ce  qui  est  écrit  sous  les  espèces 
de  dilïerentielles  ^Jy=>.  cK/^  '  ^^^  éléments  qui  sont  écrits  sur 
la  Table  gardienne  différentielle,  qui  est  la  semence,  sont  au 
nombre  de  quatre  :  le  corps,  l'esprit  -^j,,  la  prédisposition 
js'jjcuvt,  les  actes  JUsi;  seuls,  les  trois  premiers  éléments,  le 
corps,  l'esprit,  la  prédisposition,  sont  écrits  d'une  façon 
analytique,  dans  leurs  particularités  ^j^^^^,  de  telle  sorte  que 
l'homme  est  complètement  déterminé  par  rapport  à  eux,  mais 
qu'il  ne  l'est  absolument  qu'en  ce  qui  les  concerne;  un  être 
humain,  quel  qu'il  soit,  ne  peut  pas  plus  changer  ses  diathèses 
que  sa  valeur  morale  et  ses  appétits.  Les  actes  de  l'homme, 
au  contraire,  y  sont  inscrits  synthétiquement,  et  non  analy- 
tiquement,  dans  leur  généralité  ^^^^c,  si  bien  que  la  créature 
est  libre  de  composer  sa  vie  comme  elle  l'entend  avec  ces 
éléments  d'action,  à  la  seule  condition  de  les  utiliser  tous;  en 
thèse  générale,  d'une  manière  absolue,  l'homme  possède  son 
libre  arbitre  pour  les  éléments  écrits  dans  leur  intégrale,  en 
bloc;  il  n'est  déterminé  que  par  rapport  à  ceux  qui  sont  écrits 
un  à  un,  différentiellement,  parce  que  chacun  d'eux  vise  un 
cas  particulier,  lequel  ne  saurait  s'éluder. 

Les  trois  premiers  éléments  inscrits  sur  la  Table  gardienne 

(1)  Pages  224,  225,  244. 

[40] 


102  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

du  microcosme,  corps  matériel,  esprit,  prédisposition,  sont 
étroitement  déterminés,  parce  qu'ils  ont  leurs  correspondants 
dans  le  Macrocosme;  le  quatrième,  au  contraire,  les  actes, 
n'est  pas  déterminé,  parce  qu'il  n'a  pas  de  réplique  dans  le 
Macrocosme,  dans  le  monde  transcendantal,  lequel  ne  possède 
pas  la  faculté  d'action  (1). 

Et  c'est  là  ce  que  plusieurs  théologiens  ont  exprimé,  d'une 
façon  d'ailleurs  moins  claire  (2),  en  disant  que  l'homme  est  en 
partie  libre  d'agir  suivant  sa  volonté,  en  partie  forcé  d'agir 
contre  elle;  en  somme,  la  formule  de  l'auteur  du  Madjma 
al-ba/iraïn  :  «  Ton  acte  est  le  déterminant  de  ton  bonheur  et  de 
ton  malheur  »  est  de  beaucoup  la  plus  nette,  et  elle  est  une 
simple  variante  de  ce  qu'a  dit  Djalal  ad-Din  Roumi,  dans  le 
Masnawi  :  «  Tes  actions  sont  la  graine  de  l'enfer  et  du 
paradis.  » 

Ces  théories  n'ont  pas  manqué  de  soulever  des  contradic- 
tions, et  l'auteur  du  Madjma  al-hahraïn,  qui  était  très  au 
courant  de  la  littérature  de  son  sujet,  en  a  reproduit  quelques- 
unes,  en  leur  ajoutant  une  réfutation  habile  (3)  :  «  Si  la  semence 
del'homme,  a-t-on  dit,  estl>ien  une  Table  gardienne  particulière 


(1)  Cette  théorie  est  manifestement  empruntée  aux  thèses  du  néo-platonisme  : 
pour  Plotin  {Ennéade  III,  livre  4),  l'àme  est  essentiellement  libre,  parce  que 
I5  caractère  qu'elle  revêt,  et  la  manière  dont  elle  agit,  dépendent  uniquement  de 
son  choix,  et  parce  que  les  contingences  extérieures  n'ont  pas  d'action  sur  ce 
choix;  l'àme  n'est  pas  contrainte  par  un  démon  particulier,  qui  serait  son 
démon,  parce  qu'elle  change  de  démon  en  changeant  la  modalité  de  sa  vie, 
et  cela  autant  de  fois  qu'elle  en  change.  Notre  démon,  en  effet,  est  la  puissance 
immédiatement  supérieure  à  celle  qui  agit  principalement  en  nous,  et  sur  nous; 
selon  que  nous  vivons  de  la  vie  sensitive,  de  la  vie  rationnelle,  de  la  vie  intel- 
lectuelle, nous  avons  pour  oatjxwv,  la  raison,  l'intelligence,  le  bien  :  c'est-à-dire  que 
le  Saî|xa)v  est  toujours  à  un  stade  supérieur  d'un  degré  à  celui  de  l'homme  qu'il 
inspire;  nous  sommes  donc  entièrement  libres  de  choisir  notre  Saîjiwv,  puisque 
c'est  uniquement  de  noire  libre  arbitre  qu'il  dépend  d'exercer  une  faculté 
déterminée,  laquelle  est  sous  l'inlluence  d'un  gatij.w/  déterminé;  Plotin,  dans 
ses  Ennéades,  ne  fait  que  développer  les  théories  que  Platon  expose  dans  ses 
Dialogues,  ce  8a{[xcov,  qui  est  le  régissant  de  notre  àme,  n'étant  pas,  en  défini- 
tive, différent  de  l'idéal  que  l'homme  se  propose  de  réaliser  durant  sa  vie, 
idéal  qui  est  toujours  très  au-dessus  de  ses  moyens  matériels,  moraux,  intel- 
lectuels; seuls,  sont  des  Amours  les  démons  qui  naissent  de  la  passion  que 
l'àme  ressent  pour  le  beau  et  pour  le  bien. 

(2)  Madjma  al-bahraïn,  page  190. 

(3)  Page  189. 

[41] 


LA    PENSPÎE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         103 


jj)L:k  Js^a^-'  _  J,  sur  laquelle  se  trouve  gravé  un  destin  inclue- 
table,  à  quoi  peuvent  servir  les  missions  des  prophètes,  des 
envoyés  divins,  des  saints,  ainsi  que  les  œuvres  des  philosophes 
et  des  savants,  les  remèdes  des  mcdecins?  »  Shams  ad-Din 
réplique  à  cette  redoutable  objection  que,  si  la  semence  humaine 
est  bien  une  Table  gardienne  particulière,  si  toute  entité  qui  se 
trouve  écrite  sur  cette  Table  particulière  doit  inéluctable- 
ment se  trouver  reproduite  sur  les  surfaces  du  v  Feuillet 
déployé  »  ,^i^»  L,  qui  est  l'homme,  l'homme  n'est  pas  unique- 
ment composé  d'images,  d'idées  ^jx^  provenant  de  la  Table 
gardienne  particulière  du  microcosme,  qui  est  la  semence 
humaine;  qu'au  contraire,  plusieurs  de  ses  idées,  de  ses 
concepts,    proviennent  de  la  Table   gardienne  intégrale  ^J 

^U  ^jisr^,  laquelle  se  trouve  dans  le  monde  transcendantal; 
de  cette  Table  gardienne  intégrale  proviennent  la  raison  Jjb, 
l'esprit  qui  est  propre  à  l'homme    ^3L.j|  ^^  .,  la  science,  les  idio- 

syncrasies  (j^^',  tandis  que  de  la  Table  gardienne  différentielle 
proviennent  le  corps,  l'esprit  d'animalité   çjU-=^  ~^ ,,  les  facultés 

des  sens.  Le  bonheur  et  le  malheur,  la  richesse  et  la  pauvreté, 
la  santé  et  la  maladie,  en  général,  les  contraires  et  les  contrastes 
de  la  vie,  sont  écrits  sur  cette  Table  particulière,  d'après  les  pro- 
priétés du  temps,  c'est-à-dire,  comme  on  l'a  vu  plus  haut,  d'après 
la  détermination  des  moments  qui  ont  présidé  à  la  conception, 
et  aux  deux  autres  stades  de  la  formation  de  l'être;  mais  le 
mouvement  ne  s'y  trouve  point  écrit,  c'est-à-dire  que  l'homiire 
possède  le  libre  arbitre  à  un  moment  donné,  lequel  est  inéluc- 
table d^ailleurs,  de  mettre  en  action,  à  son  choix,  les  «''lémcnts 
contraires  qui  ont  été  déterminés  pour  surgir,  l'un  ou  l'autre, 
non  l'un  et  l'autre,  à  ce  moment  précis;  l'homme,  ajoute  le 
mohtasib  d'Abarkouh,  possède  le  libre  arbitre  pour  cet  élément 
unique  de  sa  destinée,  pour  tout  le  reste,  il  est  étroitement 
déterminé. 

Tous  les  philosophes,  continue  l'auteur  du  Madjma  al- 
bahrain,  s'accordent  pour  affirmer  que  l'homme  jouit  du  libre 
arbitre  en  ce  qui  concerne  le  mouvement  vj>.5^a^,  car  tous  les 
êtres  animés  ont  ce  privilège,  et  il  fait  partie  intégrante  de  leur 

[42] 


104  REVUE    DE    l"0RIENT   CHRÉTIEN. 

nature;  ce  qui  explique  comment  les  êtres  humains  sont  libres 
de  leurs  paroles  et  de  leurs  actes,  comment  ils  peuvent,  à  leur 
gré,  faire  le  mal  ou  le  bien,  et  cela  établit,  en  même  temps, 
l'utilité  de  la  mission  des  envoyés  divins,  ainsi,  d'une  façon 
générale,  que  celle  de  tous  les  efforts  faits  par  les  érudits. 

Puisqu'il  est  écrit  d'une  manière  inéluctable  dans  la  semence, 
ont  dit  d'autres  philosophes  pointilleux  (1),  qui  ne  manquaient 
pas  de  logique,  puisqu'il  y  est  inscrit  par  le  Kalam  primordial 
qu'un  être  sera  savant  ou  ignorant,  riche  ou  pauvre,  heureux 
ou  infortuné,  c'est  donc  que  la  science,  la  fortune,  le  bonheur,, 
sont  indissolublement  attachés  à  son  existence  ;  il  semble  donc 
que  l'homme  ne  devrait  avoir  aucun  besoin  de  rechercher  la 
science,  d'étudier  les  livres,  de  travailler  pour  acquérir  la 
richesse,  ou  de  peiner  pour  la  conserver,  d'intriguer  pour  se 
créer  une  situation  enviable,  ou  pour  la  garcler,  s'il  en  a  hérité; 
il  paraît,  au  moins  à  première  vue,  que,  dans  un  système  aussi 
étroitement  déterminé,  l'individu  n'ait  qu'à  se  laisser  vivre,  et  à 
attendre  la  réalisation  inéluctable  de  son  destin,  que  tous  ses 
efforts  seraient  vains  pour  atteindre  la  science,  la  fortune,  la 
félicité,  si  elles  ne  lui  ont  pas  été  départies. 

Mais  les  choses,  dit  l'auteur  du  Madjma  al-bahraïn,  sont 
beaucoup  moins  simples,  et  elles  se  passent,  dans  la  réalité 
tangible,  d'une  manière  infiniment  plus  compliquée;  car 
l'homme  doit  chercher  la  science,  s'il  veut  savoir;  travailler, 
pour  gagner  sa  fortune;  lutter,  souvent  âprement,  pour  cons- 
truire son  bonheur. 

Comment  expliquer  cette  contradiction,  comment  résoudre 
cette  difficulté,  comment  faire  saisir  et  comprendre  la  différence 
qui  sépare  ce  qui  est  inéluctablement  écrit  sur  la  Table 
gardienne  du  sort  dans  le  microcosme,  et  sa  réalisation  dans  la 
vie  de  l'homme,  laquelle  ne  s'y  trouve  pas  écrite?  :  «  Il  est 
certain,  dit  l'auteur  du  Madjma  al-bahraïn,  que  les  prédisposi- 
tions à  la  science,  à  la  fortune,  au  bonheur,  en  môme  temps 
qu'à  l'action,  sont  écrites  sur  la  Table  gardienne  différentielle, 
dans  la  semence  de  l'homme;  mais  ces  prédispositions,  ces 
vocations,  ne  sont  écrites  que  sous  forme  potentielle,  et  non 

^  (1)  Madjma  al-bahraïn,  pages  190  et  2*25. 

[43] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    .MYSTICISME    ORIENTAL.         105  • 

SOUS  forme  réelle;  elles  ne  peuvent  se  révéler,  et  produire  leurs 
effets,  (ju'à  la  condition  d'un  effort  accompli  par  l'homme;  ce 
qui  constitue  la  différence  entre  les  individus,  c'est  justement 
que  quelques-uns  font  cet  effort,  tandis  que  d'autres  ne 
daignent,  ou  ne  peuvent  le  faire  :  certains  ont  de  la  facilité, 
d'autres  en  manquent  totalement;  car,  dans  la  résolution  de  ce 
problème,  il  convient,  au  suprême  degré,  de  tenir  compte  de 
l'inclination  et  des  goûts  particuliers  des  caractères,  suivant  ce 
qui  a  été  dit  :  «  Chacun  atteint  facilement  ce  qui  a  été  créé  pour 
lui.  » 

L'argument  ne  manque  pas  d'habileté,  mais  il  ne  prouve  rien, 
et  il  ne  tarde  pas  à  se  retourner  contre  celui  qui  l'invoque; 
certes,  il  y  a  des  gens,  la  majorité,  qui  ne  comprendront  jamais 
un  mot  de  ce  qu'ils  font,  et  qui  se  traîneront  toute  leur  vie  sur 
les  questions  qu'ils  étudient  péniblement,  sans  jamais  y  voir 
clair,  sans  pouvoir  les  dominer,  sans  être  capables  d'en  aperce- 
voir l'essence,  ou  d'en  deviner  l'intérêt;  d'autres  le  font  sans 
effort,  par  une  sorte  de  divination,  laquelle  n'empêche,  s'ils 
veulent  devenir  de  véritables  savants,  qu'ils  doivent  se  donner 
la  peine  d'apprendre  la  technique  de  la  science;  Hugo  et  Rodin, 
qui  furent  des  poètes,  ont  écrit  sur  les  cathédrales  des  pages  qui 
ne  sortiront  jamais  de  la  plume  d'architectes  ou  d'archéologues; 
mais  l'un  et  l'autre,  sans  être  des  techniciens,  s'étaient  astreints 
à  étudier  le  plan  des  basiliques  chrétiennes,  leur  évolution, 
leur  histoire,  et  aussi  la  grammaire  française. 

Mais  si  le  savant  doit  cultiver  sa  vocation  par  l'effort,  s'il  fait 
cet  effort,  n'est-ce  pas  que  cet  effort,  qui  est  un  acte,  une  cons- 
tante de  son  idiosyncrasie,  a  été  déterminé  par  l'Etre  unique  au 
principe  des  siècles,  sans  quoi  il  fût  resté,  ce  qui  arrive,  un  cré- 
tin heureusement  doué.  Les  philosophes  qui  ont  avancé  cette 
explication  casuistique  semblent  avoir  éprouvé  le  besoin  impé- 
rieu.x  de  réfuter  leur  théorie,  car  ils  retournent  tout  net  au 
déterminisme,  et  ferment  le  cercle,  en  disant,  ce  qui  est  la  con- 
tradiction même,  que  l'homme  est  déterminé  pour  tout  ce  qui 
regarde  et  concerne  ses  prédispositions,  tout  en  ayant  son  libre 
arbitre  absolu  pour  les  moyens  matériels  de  faire  sa  vie  et  d'en 
combiner  les  éléments  ^lj*=^î. 


144J 


106  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 


L'auteur  du  Bahr  al-maani  {\),  Mohammad  ibii  Nasir  ad- 
Din,  donne  une  théorie  du  libre  arbitre  assez  différente  de  celle 
de  Shams  ad-Din  d'Abarkouh,  ce  dont  on  ne  saurait  s'étonner 
outre  mesure,  étant  donnée  la  personnalité  étrange  de  cet 
ontologiste. 

Tout  ce  qui  est  crée  par  la  toute-puissance  divine  c^j-J^s  est 
obligatoire  et  inéluctable,  tandis  que  tout  ce  qui  est  créé  par  le 

bon  vouloir  o-^s^'*  de  la  Divinité  n'a  point  ce  caractère  de 
nécessité,  de  contrainte,  et  demeure  soumis  au  libre  arbitre. 
Ainsi  la  puissance  de  brûler,  le  dliarma  de  brûler,  eût  dit 
Sakyamouni,  existe  dans  le  feu,  et  le  libre  arbitre  .1^1,  dans 
l'homme;  le  feu  ne  saurait  faire  autre  chose  que  brûler;  l'homme 
peut,  à  sa  volonté,  se  faire  brûler,  ou  non.  L'homme  veut  aller  à 
gauche,  il  va  à  gauche;  s'il  ne  veut  pas  aller  à  gauche,  il  va  à 
droite;  s'il  ne  veut  aller  ni  à  droite,  ni  à  gauche,  il  reste  en 
repos;  s'il  ne  veut  pas  rester  en  repos,  sans  aller  à  droite  ou  à 
gauche,  il  se  remue;  et  cependant  le  mouvement  est  une  entité, 
une  constante,  qui  a  été  créée  obligatoire  et  déterminée;  donc 
l'homme  est  libre  d'agir  à  sa  guise  en  ce  qui  concerne  les  cons- 
tantes. 

Cette  théorie,  cette  doctrine,  sont  aussi  enfantines  que  les 
dissertations  du  Madjma  al-baliraïn,  et  elles  pèchent  par  les 
mêmes  défauts  :  si  l'homme  jouit  de  la  faculté  de  choisir  ses 
actes,  et  de  les  accomplir  en  toute  liberté,  il  n'y  a  plus  de  des- 
tin, de  prédestination,  de  fatum,  de  Tables  gardiennes  du  sort; 
l'idiosyncrasie  de  la  matière  non  pensante  est  d'être  déterminée  ; 
l'essence  de  l'être  raisonnable  est  d'être  maître  de  sa  desti- 
née; il  est  absolument  libre  de  faire  ce  qui  lui  convient,  dans 
l'ordre  matériel,  comme  dans  l'ordre  moral,  car,  dit  Nasir  ad- 
Din,  dans  le  Bahr  al-maani,  le  fait  de  jouir  de  son  libre 
arbitre  ^jLxs-'  est  pour  l'homme  une  qualité  innée,  un  attribut 
essentiel,  comme  la  qualité  innée,  l'essence  du  feu,  sont  de 
brûler,  celles  de  l'eau,  d'être  froide  (2). 

(1)  Mail.  supp.  persan  966,  folio  192  recto. 

(2)  Ibid.,  folio  192  verso. 

[45] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         lUT 

Et  cette  doctrine  est  plus  large  que  celle  du  Bouddhisme,  qui 
enseigne  que  les  dharmas,  les  idiosyncrasies  qui  déterminent 
la  forme  et  la  modalité  de  la  vie.  sont  des  entités  invariables, 
tout  à  fait  indépendantes  du  libre  arbitre,  avec  lequel  elles  sont 
en  contradiction  absolue;  le  dharma  du  voleur  est  de  voler, 
celui  du  meurtrier,  de  tuer,  dans  des  directions  absolument 
déterminées,  qui  rappellent  les  théories  les  plus  étroites  des 
ontologistes,  des  doctrinaires  du  système  des  deux  Tables  gar- 
diennes, sur  lesquelles  la  Divinité  a  écrit  un  destin  inéluctable. 

Il  n'en  reste  pas  moins  vrai  que  cette  doctrine  du  libre  arbi- 
tre est  essentiellement  contraire  à  la  mentalité  des  ontologistes 
musulmans,  car  Nasir  ad-Din  ne  tarde  pas  à  citer  des  sentences 
qui  disent  :  «  Celui  qui,  par  sa  nature,  est  heureux  dans  ce  bas- 
monde  jouira  également  du  bonheur  dans  l'au-delà  (1)  »,  ou  dont 
le  sens  général  est  que  les  êtres  humains  sont  absolument 
incapables  de  changer,  en  quoi  que  ce  soit,  la  nature  des  idio- 
syncrasies vji^^^iii,  avec  lesquelles,  suivant  lesquelles,  Dieu  les  a 
créés,  qu'Allah  traitera  ses  serviteurs,  dans  rÉternité  future, 
suivant  la  manière  dont  ils  les  aura  traités  dans  rEternité 
d'avant  leur  vie  terrestre  (2),  ce  qui  constitue  des  assertions 
assez  navrantes,  lesquelles  d'ailleurs  contredisent  formellement 
la  célèbre  sentence  attribuée  au  Prophète  :  «  Ce  bas-monde  est 
le  champ  dans  lequel  est  jetée  la  semence  qui  germera  dans 
l'autre  »  (3).  C'est  là,  dit  Nasir  ad-Din,  un  très  grand  mystère, 
car  ces  affirmations  sont  formellement  antinomiques,  et  elles 
ne  peuvent  s'accorder.  Il  est  exact,  et  absolument  conforme  au 
dogme  islamique,  comme  à  celui  du  Christianisme,  d'affirmer 
que  les  actions  de  la  créature  sur  cette  terre  préparent  et  déter- 
minent la  vie  future,  celle  qu'elle  connaîtra  dans  le  monde  méta- 
physique; mais  ce  qui  est  essentiellement  contraire  au  dogme, 
d'ailleurs  inutile  en  théologie,  du  libre  arbitre,  que  Nasir  ad- 
Din   vient    d'exposer,   c'est   de   parler   de   l'homme  heureux 

(1)  »JUv~.l  -V-X.W  V-J  C^v=^'  .-^  sJ:^^^  w\^^  ïjLk  :!  àS^i,  ibid.,  folio  194 
verso. 

(2)  Ji^î  J  ç^^^  ^'  J-  ^^^^  J^  ^^-''  JM  J^-  ^^^'  j';  «--«'' 

en  fait,  est  l'Éternité  qui  n'a  pas  de  commencement;  abad,  celle  qui  n'a  pas  de 
fin,  lesquelles  sont  discriminées  par  la  vie  de  l'homme. 

(3)  ïj^S^]  'ii.y  Ljj.31. 

[4G1 


108  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTtEX. 

par  sa  nature,  par  sa  détermination,  par  la  volonté  suprême^, 
par  le  Décret  divin,  lequel,  par  cela  même,  est  heureux  dans 
TEternité  transcendantale;  parallèlement,  l'homme  qui  est  mal- 
heureux par  nature,  ici-bas,  le  sera  aussi  dans  le  monde  imma- 
tériel; mais  cette  nature,  heureuse  ou  malheureuse,  bonne  ou- 
mauvaise,  par  définition,  ne  provient  pas  de  son  choix;  elle- 
lui  est  imposée  par  la  volonté  divine,  ce  qui  contredit  absolu- 
ment les  sentences  que  l'auteur  du  Bahr  al-maani  s'est  donné 
la  peine  d'écrire  pour  affirmer  l'existence  du  libre  arbitre  chez 
l'homme. 

Celte  déduction,  en  partant  de  la  sentence  attribuée  à  Moham- 
mad,  était  à  peu  près  fatale;  il  n'y  faut  point  voir  un  emprunt 
au  Bouddhisme,  ou  plutôt  une  imitation  tronquée  du  samsara, 
où  la  vie  terrestre,  déterminé  par  les  vies  antérieures,  déter- 
mine à  son  tour  les  existences  futures.  L'évolution  de  la  pensée 
mohammadienne  s'est  faite  tout  entière  dans  l'esprit  musul- 
man; l;i  seule  erreur  des  ontolo£i'istes  a  été  d'y  introduire  le 
concept  d'un  déterminisme,  d'une  prédestination,  auxquels  le 
Prophète  illettré  n'a  certainement  jamais  pensé. 

En  fait,  les  ontologistes  musulmans  en  sont  arrivés  à  pro- 
fesser cette  doctrine  que,  si  le  ■f,ba\}.cc^  le  monde  nouménal,  est 
absolument  déterminé,  la  destinée  de  l'homme,  du  \j.vA^by,za\j.oz, 
ne  saurait  l'être;  les  étoiles  sont  fixées  d'une  façon  immuable- 
sur  la  voûte  du  ciel,  le  monde  gravite  dans  l'espace  suivant 
une  série  de  lois  inéluctables,  qui  n'ont  jamais  varié  depuis 
l'origine  des  temps,  et  qui  ne  cesseront  pas  de  régir  ses  mouve- 
ments, bien  après  la  date  a  laquelle  la  vie  sera  éteinte  sur  la  terre, 
qui  est  le  centre  du  viaj^.cç,  pour  laquelle  le  %b(s\).zq  a  été  créé. 

Mais  cette  vie,  tant  qu'elle  existera,  ne  pourra  jamais  se 
ramener  à  une  formule,  ou  a  quelques  formules,  si  compliquées 
qu'on  veuille  se  les  imaginer;  il  y  a  dans  la  vie  des  hommes,. 
surtout  dans  leur  vie  intellectuelle  et  morale,  des  évolutions  et 
des  retours  qui  défient  toute  analyse,  qui  échappent  à  toute 
prescience. 

Ce  qui  est  déterminé  dans  l'homme,  c'est  sa  partie  matérielle, 
qui  sert  de  substratum,  de  véhicule,  à  sa  partie  immatérielle, 
laquelle  ne  saurait  agir  sans  le  secours  de  cet  instrument, 
malgré  sa  défectuosité;  tant  que  l'homme  existera  et  vivra  sur 

[47] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         109 

cette  terre,  son  type  et  sa  constitution  se  ramèneront  à  des  for- 
mules déterminées,  à  des  types  fixes,  en  petit  nombre,  que  Ton 
peut  dire  invariables,  cet  organisme  matériel  étant  conduit 
par  une  force  immatérielle,  qui  est  l'àme,  ou  l'esprit,  laquelle  se 
manifeste  suivant  des  tendances  que  l'on  nomme  vocation,  ou 
prédisposition. 

Quelles  seront  ces  tendances,  quels  seront  les  actes  auxquels 
elles  conduiront,  qu'elles  provoqueront,  c'est  ce  (jue  l'on  peut 
dire,  d'une  façon  assez  précise,  très  précise  même,  pour  l'ensem- 
ble de  riiumanité,  les  hommes  qui  la  composent,  sous  des 
aspects  divers,  trompeurs,  fallacieux,  ne  pensant  guère  qu'à 
deux  choses,  jouir  et  ne  rien  faire,  ce  qui  se  ramène  en  fait  à 
une  seule  préoccupation,  une  «  volonté  pour  jouir  »,  au  lieu  et 
place  de  la  «  volonté  pour  vivre  »  de  Schopenhauer,  laquelle  est  un 
pur  enfantillage,  une  niaiserie,  la  vie,  pour  les  hommes,  n'étant 
digne  d'être  vécue  que  si  elle  est  accompagnée  de  beaucoup 
de  jouissances,  toutes  plus  matérielles  les  unes  que  les  autres. 

Mais  si  l'intégrale  des  actions  humaines  se  présente  sous  les 
espèces  d'une  formule  simple,  ses  différentielles,  les  éléments 
•qui  la  composent,  qui  ne  sont  autres  que  les  modalités  de  la 
conduite  des  êtres  humains  pour  arriver  à  réaliser  leur  pro- 
gramme, sont  en  nombre  infini,  indéfini,  sans  que  l'on  puisse 
concevoir  leur  réduction  à  une  quantité  finie;  et,  comme  on 
vient  de  le  voir,  c'est  en  ce  sens  que  les  ontologistes  ont  écrit 
<iue  l'Être  suprême  ne  cesse  de  tracer  la  Création  sur  la  Table 
gardienne  du  sort  du  microcosme.  Ces  savants  eussent  pu  ajou- 
ter que  si  l'Être  unique  s'était  à  lui-même  fixé  un  plan  absolu- 
ment définitif,  des  limites  invariables,  pour  cette  œuvre,  en 
•écrivant  la  Création  sur  la  Table  gardienne  intégrale,  dans  une 
forme  qui  exclue  toute  révision,  s'il  s'était  interdit  rigoureuse- 
ment de  modifier,  ou  de  laisser  modifier,  le  sort  des  hommes, 
il  se  serait  lui-même  déterminé  d'une  manière  stricte,  en  se 
défendant,  en  s'interdisant  tout  acte  de  volition  durant  TÉternité 
entière,  ce  qui  serait  une  singulière  diminution  de  sa  toute  puis- 
sance; Allah,  est-il  dit  dans  le  Koran,  maintient  ce  qu'il  veut, 
d'où  il  suit,  manifestement,  qu'il  peut  changer  ce  qui  lui  plait. 

Telle  est  la  seconde  théorie  des  ontologistes;  théorie  prodi- 
gieuse,   si  l'on  prend   garde  à  l'époque  ;i   laquelle  elle  a  été 

[481 


110  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

formulée,  à  la  prescience  qu'elle  suppose  des  découvertes 
mathématiques  et  biologiques  les  plus  importantes  des  derniers 
siècles. 

D'ailleurs,  les  ontologistes  professaient  cette  doctrine,  et  avec 
raison,  que  ce  problème  angoissant  des  destinées  humaines, 
comme  celui  du  châtiment  qui  attend  le  pécheur  au  delà  de  la 
tombe,  dépassent,  et  de  beaucoup,  les  limites  concédées  à  la 
raison;  qui  nie  le  libre  arbitre  dans  l'homme,  dit  l'auteur  du 
Madjma  al-bahraïn,  qui  attribue  le  bien  et  le  mal  à  Dieu, 
émet  une  opinion  erronée:  il  en  va  de  même  de  celui  qui  sou- 
tient d'une  façon  absolue  que  les  actions  humaines  dépen<lent 
uniquement  de  la  volonté  de  la  créature,  en  niant  complètement 
la  prédestination;  la  vérité  consiste  en  un  syncrétisme  des 
deux  théories,  de  la  doctrine  du  déterminisme  intégrai,  de  la 
négation  systématique  de  tout  libre  arbitre,  et  de  celle  du  libre 
arbitre  absolu,  suivant  laquelle  les  actions  de  l'homme  dépen- 
dent uniquement  de  sa  volonté  et  de  sa  volition,  non  de  la 
prédestination  (1);  en  d'autres  termes,  le  juste  milieu  entre  ces 
deux  opinions  isL^  ♦  Ji;;^.*  est  la  véritable  doctrine,  de  même 

que  la  vérité  réside  dans  un  juste  milieu  entre  les  puissances 
de  la  science  et  de  l'action,  entre  l'enfer  et  le  paradis;  ce 
juste  milieu  étant  le  discriminant,  le  moyen  terme  ^j^»-»,  entre 
deux  extrêmes,  entre  deux  opinions  également  exagérées. 


Les  destins  du  yiat^.oç  sont  écrits  sur  la  Table  gardienne  du 
sort  en  lettres  immenses;  chacun  de  ces  caractères,  a  dit  Ali, 
au  témoignage  de  l'auteur  du  Balir  al-maani,  est  plus  haut 
que  le  mont  Caucase  (2).  Depuis  le  plan  du  stade  du  Trône 
Jr^  jusqu'à  celui  du  plan  du  stade  de  l'Estrade  ç^/,  sur 
laquelle  il  est  placé,  dit  le  Madjma  al-balirain  (3),  en  d'autres 

(1)  O-wi  j^-Sj  j>.^  ^L*  ^oow  ^.i-i^t  O-J"^* 

(2)  ^_p   J^    ^^    M^\  )à^h^^\'^^\  J,  ^j^  JS',  folio  177  verso. 

(3)  Page  186;  le  Trône  est  le  lieu  du  Koran,  l'Estrade,  le  lieu  du  Fourkan: 
dans  le  microcosme,  la  raison  Jss,  est  la  réplique  du  Trône,  l'àme,  la  réplique 
de  l'Estrade. 

[10] 


LA    PEXSKE    GRECQUE    DAXS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         111 

termes,  depuis  le  point  terminal  dos  degrés  de  la  raison  Ja= 
jusqu'au  point  ultime  des  degrés  de  TAme  (universelle),  se 
trouve  le  stade  béni  ^^,ssr*  ^U,*,  lequel  est  susceptible  de  multi- 
plicité j^O  et  des  contraires.  C'est  en  ce  stade  que  réside  la 
science  vju^Ca.  mohammadienne,  et,  pour  cette  raison,  on  le 
nomme  le  tribunal  i.J^  de  Moliammad.  C'est  en  ce  stade  que 
se  tient  l'Écrivain  ^j^  du  7.b7\).o:,  c'est-à-dire  Dieu,  ainsi  que 
l'Écriture,  autrement  dit  les  Tables  gardiennes;  les  Tables  sont 
visibles,  mais  l'Être  unique  est  invisible;  de  ce  lieu  sont  partis 
les  propiiètes,  comme  Mahomet,  pour  se  révéler  sur  cette  terre. 
Les  ontologistes,  ajoute  Shams  ad-Din  d'Abarkouh,  donnent 
à  Dieu,  qui  traça  le  texte  des  destinées  du  monde,  le  nom  de 
r«  Écrivain  transcendantal  »  ilis^!  s.^^!»"  11'!;  son  âme  ^àj  est  le 
Kalam  qui  lui  servit  à  accomplir  cette  tâche  ;  sa  Face  éternelle  est 
le  Livre,  le  v .1:5',  dont  il  est  si  souvent  parlé  dans  le  Koran  c'est- 
à-dire  les  Tables  gardiennes  du  sort,  qui  conserveront,  durant 
toute  l'Éternité  la  forme  que  l'Être  unique  a  pensée  pour  l'uni- 
vers. Le  nom  de  la  Divinité  est  triple,  et  ses  trois  aspects  se 
trouvent  réunis  dans  la  formule  initiale  des  sourates  du  Livre, 
puisque  Allah  est  le  nom  de  son  essence,  ar-Rahman  «  le  Clé- 
ment »,  celui  de  son  âme,  autrement  dit  le  nom  du  Kalam, 
qui  est  l'Existence  primordiale,  ar-Rahim  «  le  Miséricordieux  », 
le  nom  de  la  Face  divine,  c'est-à-dire  du  Livre  qui  est  ouvert 
dans  les  cieux,  de  la  Table  gardée  intégrale,  dont  les  livres 
des  prophètes  constituent  chacun  un  des  feuillets. 

L'auteur  du  traité  d'ontologie,  intitulé  Marsad  al-ibad  (1),. 
Nadjm  ad-Din  Daya,  dit  que  le  Kalam  qui  servit  â  Allah  pour 
écrire  la  Création  avait  un  bec  ^J^-,  qui  était  l'esprit  de 
Mohammad  ^^^^  -^j^  (2),  et  un  autre  l'Intelligence  (primor- 
diale) Jï-  ;  le  Kalam,  l'Existence  primordiale,  aurait  dû  pos- 
séder trois  becs  qui  correspondissent  aux  trois  aspects  entre 


(1)  Man.  siipp.  persan  1082,  folio  11  recto. 

(2)  Sic:  le  Prophète  i^a»-!^  a  dit  :  •  la  première  entité  que  créa  Allah  fut  le^ 
Kalam;  la  première  entité  que  créa  Allah  fut  l'Intelligence  (primordiale)  JJùJl  ;. 
la  première  entité  que  créa  Allah  fut  mon  âme  -,  et,  ajoute  l'auteur,  ces  trois 
assertions  sont  l'exactitude  même,  l'âme  du  Prophète  illettré  étant  identique  â 
l'Intelligence  primordiale  et  au  Kalam. 

[50] 


112  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

lesquels  les  métaphysiciens  divisent  et  répartissent  les  entités 
du  monde  nouménal,  ainsi  que  les  existences  du  monde  phé- 
noménal, ces  trois  becs  représentant  Allah,  le  Clément,  le 
Miséricordieux,  ou,  suivant  un  second  aspect  ontologique, 
TEssence,  l'Ame,  la  Face  d'Allah,  dont  la  tradition  a  dit  que 
toute  entité  du  -/.ôctij.o;  périra,  sauf  la  Face  de  la  Divinité;  mais 

î  le  Kalara  primordial  n'avait  été  créé,  comme  tous  les  kalams, 
qu'avec  deux  extrémités,  et  la  puissance  d'Allah  n'allait  point 
jusqu'à  altérer  les  constantes  géométriques,  jusqu'à  donner 

'trois  extrémités  à  une  ligne  droite,  ou  sa  volonté  négligea  de 
le  faire,  aussi  l'Être  unique  se  borna-t-il  à  dédoubler  le  bec 
de  l'une  des  extrémités,  ce  qui,  finalement,  donna,  les  trois 
becs  de  plume  dont  la  Divinité  avait  besoin  pour  écrire  le  Destin. 
Cette  théorie  du  Kalam  éternel  ne  laisse  point  que  de  présenter 
certaines  difficultés,  car  on  la  trouve  exposée,  sous  des  espèces 
d'aspects  imprécis,  jusqu'à  un  certain  point  divergents  et  con- 
tradictoires, dans  les  livres  des  ontologistes;  la  thèse  primi- 
tive était  visiblement,  d'après  la  logique  de  ces  théories 
étranges,  que  le  bout  du  Kalam  qui  n'avait  qu'un  bec,  éi:rivit 
les  intégrales  sur  la  Table  gardienne  générale,  les  deux  becs  de 

'  l'autre  extrémité  écrivant  les  différentielles,  les  contraires,  sur 
la  Table  gardienne  particulière. 

Cette  théorie  était  assez  conforme  à  la  logique  de  la  doctrine 
des  métaphysiciens,  mais  elle  leur  a  semblé  trop  simple,  parce 
qu'elle  ne  satisfaisait  point  le  besoin  de  complexité  qui  s'est 
développé  dans  leur  esprit,  et  elle  a  été  fortement  altérée,  pour 
la  faire  cadrer,  assez  artificiellement,  avec  le  système  des 
quatre  Tables  gardiennes,  qui  dérive  du  système  primitif  des 
deux  Tables  d'Abd  ar-Rezzak,  et  ces  déformations,  dont  la  trace 
est  très  visible,  ont  obscurci  sa  trame  jusqu'à  la  rendre,  par 
endroits,  incompréhensible.  On  lit,  en  effet,  dans  le  Macljtna 
al-bahrain  (I),  une  dissertation  sur  ce  sujet,  incomplète  de 
plusieurs  termes,  d'où  il  résulte,  que  dans  l'idée  de  son  auteur, 
ou,  tout  au  moins,  du  métaphysicien  dont  il  a  copié  les  termes, 
le  Kalam  qui  a  servi  à  écrire  le  Kornn  ne  pouvait  tracer  que 

>le  Bien  absolu,  la  Lumière  idéale,  à  l'exclusion  complète  du 

-     (1)  Page  185. 

[51] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        113 

mal,  les  différentielles  heureuses,  à  Texclusion  de  celles  qui 
«ausent  le  malheur  (1),  ou  plutôt  les  intégrales  sans  périodes; 
d'où  il  suit,  semble-t-il,  ce  que  l'auteur  a  oublié  de  dire,  que 
c'est  avec  le  Kalam,  du  côté  où  il  ne  présentait  qu'un  seul  bec, 
que  le  Tout-puissant  a  écrit  le  Koran  sur  la  Table  de  l'Esprit, 
et,  partant,  la  création  sur  le  Livre  du  destin;  quant  au  côté  du 
Kalam  qui  a  servi  à  écrire  le  Livre  discriminanl  j'-^yi  il  avait 
deux  becs,  dont  l'un  traça  les  lignes  du  bien,  tandis  que  le  second 
traçait  les  lignes  du  mal;  d'une  façon  générale,  ce  Kalam, 
c'est-à-dire  l'extrémité  du  Kalam,  qui  avait  deux  becs,  écrivit 
les  contrastes,  la  science  et  l'ignorance,  la  lumière  et  l'obs- 
curité, le  bien  et  le  mal,  mais  synthétiquement,  dans  leurs 
intégrales,  et  dans  des  intégrales  à  deux  périodes,  qui  peu- 
vent prendre  deux  valeurs  opposées  pour  une  même  valeur 
de  la  variable  indépendante,  le  Temps.  D'où  il  suit  que  le  Koran 
ésotérique  est  dans  le  monde  transcendantal,  qui  contient  les 
intégrales,  et  que  le  Fourkan,  le  Livre  discriminant,  tout  en 
étant  créé  dans  la  Transcendance,  est  destiné  au  monde  sen- 
sible, que  le  Koran  ésotérique  est  le  prototype  potentiel  de 
tous  les  Livres  discriminants  qu'il  plaira  à  Allah  de  distri- 
buer aux  hommes,  dans  la  succession  des  âges,  le  Penta- 
teuque,  les  Évangiles,  le  Koran  du  vir'  siècle,  qui,  en  fait, 
n'est  qu'un  «  Livre  discriminant  »,  un  Fourkan,  comme  cela, 
d'ailleurs,  ressort  suffisamment,  et  visiblement,  xle  la  lecture 
du  texte  sacré  (2). 

(1)  L'Écrivain  éternel,  dit  cet  auteur,  a  écrit  les  versets  du  Koran  sur  la  Table 
■de  l'Esprit  ~ji,  et  les  versets  du  Livre  discriminant  ..j^^j-^  sur  la  Table  de 
l'Ame  ^r^J  ;  on  a  vu  -un  peu  plus  liant  que  le  Koran  r(''side  dans  le  Trône, 
qui  répond  à  la  raison  j.ss.  du  microcosme,  pour  cette  cause  que  les  raisons 
Jjïc  sont  l'intégrale  de  l'Esprit  de  Sainteté,  et  que  le  Fourkan  réside  dans 
'Estrade  qui  soutient  le  Trône,  à  Un  stade  fort  inférieur,  puisqu'elle  correspond 
à  l'Ame,  et  puisque  les  sens  ,  j^^j^  forment  la  somme  de  l'âme  raisonnable. 

(2)  Le  ••  Livre  discriminant  ■>,  comme  l'indique  nettement  le  sens  étymologique 
(le  son  nom,  est  celui  qui  permet  aux  hommes  de  discerner^  de  discriminer,  la 
vérité  de  l'erreur,  de  se  conduire  d'une  manière  qui  les  conduise  à  la  béatitude 
(lu  Paradis;  il  est  un  ensemble  de  préceptes  religieux  et  moraux.  Le  Koran  ésoté- 
rique, le  véritable  Koran,  dans  la  Transcendance,  contient,  dans  son. Intégrale, 
en  même  temps  que  tous  ces  <■  Livres  discriminants  »  différentiels,  Pentateuque, 
Évangile,  Koran  du  vn'=  siècle,  sans  compter  tous  les  feuillets  qui  furent  révélés 

[521 

01{1F.^T    CnUKÏIEN.  8 


114  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Le  Koran  (ésotéiique),  dit  Abd  al-Karim  al-Djîli,  dans  son 
al-Insan  al-kamil  (1)  est  l'Essence  même  d'Allah,  tandis  que 
le  «  Livre  discriminant  »,  représente  ses  attributs;  il  signifie 
l'intégrale  de  la  valeur  ésotérique  J^^^i^  des  noms  d'Allah,  et 
de  ses  attributs,  qu'ils  expriment  dans  leur  diversité  et  sous 
les  aspects  de  leurs  nuances;  le  Kor^n  (2)  signifie  l'Essence, 
dans  laquelle  sont  anéantis  les  attributs;  il  est,  et  elle  est 
l'entité  qui  se  manifeste  dans  la  iMonéité  ^j^^i  (3);  c'est  elle 
qu'Allah  a  fait  descendre  sur  son  Envoyé,  de  telle  sorte  que 
le  Prophète  fut  le  théâtre  -H^^  dans  lequel  se  manifesta  tan- 
giblement  l'Unité  d'Allah  dans  le  monde  matériel,  de  même 
que  le  Koran  est  le  théâtre  de  la  manifestation  de  l'Unité 
d'Allah  dans  la  Transcendance;  quant  au  «  Livre  discrimi- 
nant »  (4),  il  est  rUnéité  ïj-^a^yi,  tandis  que  le  Koran  du 
vu"  siècle,  ^-^^^^  ^.'^^K  est  l'idios^ncrasie  représentée  par 
l'épithète  «  le  Clément  »  ilJU=s.y  (5). 

successivement  aux  prophètes,  l'intégrale  de  la  Vérité  religieuse,  de  la  doc- 
trine divine,  de  la  métaphysique,  de  l'ontologie,  de  l'eschatologie,  sous  une 
forme  mjstique,  ou  plutôt  ésotérique,  sous  des  espèces  amorplies,  qui  ne  peu- 
vent être  perçues  par  les  hommes,  qui,  si  elles  revêtent  une  apparence  tangible 
pour  Allah,  sont  imperceptibles  pour  les  sensésotériques,  pour  la  raison  humaine, 
qui  n'en  i)eut  saisir  (jue  des  transpositions  différentielles,  des  matérialisations 
déformantes.  Dans  la  tiiéologie  musulmane,  le  Fourkan,  dit  le  Lisan  al-Arab,  est 
simplement  un  des  noms  du  Koran;  il  est  ainsi  nommé  parce  qu'il  discrimine 
yafrikou  entre  la  vérité  et  le  faux,  entre  ce  qui  est  permis  et  ce  qui  est  défendu, 
ce  qui  implique  le  concept  d'une  spécialisation  du  sens  plus  général  d'écriture 
céleste;  tout  ce  qui  discrimine  yafrikou  entre  ce  qui  est  vrai  et  ce  qui  est  faux, 
dit  la  Lisan  al-Arab,  est  le  Fourkan;  c'est  en  ce  sens  qu'Allah  a  dit  :  <>  Nous  avons 
envoyé  le  Fourkan  à  Moïso  et  à  Aaron  »,  et  «  puisque  nous  avons  envoyé   le 

Livre  et  le  Fourkan     y3jSû]^  v jUxJi  à  Moïse,  peut-être  vous  garderez-vous 

dans  la  voie  du  salut  »  ;  le  Fourkan,  dans  ce  passage,  est  le  Livre  dans  son 
essence  même,  c'est-à-dire  la  Bible;  cette   expression,   en  fait,  constitue  une 

tautologie,  laquelle  a  l'intention  de  marquer  que  le  Livre  ■> >u5'  envoyé  à  Moïse- 

possédait  l'idiosyncrasie  de  discriminer  faraka  entre  le  bien  et  le  mal. 

(l)  Ms.  arabe  1357,  folio  67  verso. 

(^>)  Ibid.,  folio  G6  verso. 

(3)  Les  Mystiques,  comme  je  l'ai  expliqué  autre  part,  ont  divisé  l'Unité  divine 
eu  trois  aspects,  toujours  sous  l'influence  du  nombre  •<  trois  »  de  la  Trinité 
clirétienne,  wahda  «  unité  »,  ou  «  unitisme  »;  wàhidiyya  «  unéité  »,  ahadiyya 
«  monéité  »,  ces  traductions  étant  conventionnelles. 

(1)  Ibid.,  folio  20  recto. 

5)  D'où  il  faut  déduire,  ce  qui  est  l'évidence  même,  que  le  Koran  que  nous- 
possédons  n'est    ni  le  Koran,    ni   le    Fourkan,    de   la   Transcendance,    mais 

[53]    . 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         1 13 

Cette  question  ne  laisse  point  d'être  l'obscurité  même,  et  le 
fait  n'a  rien  ((ui  puisse  beaucoup  étonner;  les  dogmatiques, 
peut-être,  n'avaient-ils  point  d'opinion  définie  'sur  une  difficulté 
à  laquelle  ils  n'arrêtaient  point  leur  attention,  et  que  chacun 
résolvait  à  sa  façon  personnelle,  à  la  mesure  de  ses  idiosyn- 
crasies,  comme  tous  ces  problèmes  d'ontologie  mystique,  où  le 
vocabulaire,  la  matérialité  de  l'expression,  sont  déficients  pour 
traduire  la  pensée,  et  la  déforment  dès  qu'on  la  veut  matériali- 
ser; car  le  sentiment  ne  peut  guère  se  traduire,  dans  l'extase, 
que  par  les  accords  de  la  musique,  ou  par  l'expression  des  vérités 
mathématiques,  par  les  symboles  géométriques,  ce  qu'a  mer- 
veilleusement compris  le  divin  Platon.  C'est  un  fait  curieux 
que  le  mohtasib  d'Abarkouh,  dans  son  Madjma  al-bahraïn  (1), 
a  écrit  ces  lignes  :  «  Quand,  par  l'ordre  de  la  Prescience  pri- 
mordiale, qui  est  la  créatrice  de  toute  essence  c^I>U,  qui  pos- 
sède la  toute-puissance  sur  toute  existence  métaphysique,  trans- 
cendantale,  vjuiia.,  cette  parole  fut  adressée  à  l'essence  du 
sperme  :  «  Sois  le  sperme!  »,  le  Kalam  transcendantal  ^^1  J^  se 
fendit  en  deux,  son  bec  de  droite  devenant  l'Esprit  r-j,,  son 
bec  de  gauche,  le  corps,  c'est-à-dire  que  son  bec  qui  correspond 
aux  attributs,  à  Tidiosyncrasie  de  l'humanité  c^'  (3^'  ^st  la 
raison,  tandis  que  son  bec  qui  correspond   aux  attributs,  à 

l'idiosyncrasie  de  l'animalité    ^^^j  ^t.,  est  la  nature  matérielle, 
animale  o^*^  ». 

D'où  il  faut  naturellement  comprendre,  ce  qui  est  logique, 
et  très  satisfaisant  pour  la  raison,  qu'Allah  se  contenta  du 
Kalam  à  un  seul  bec  tant  qu'il  écrivit  la  Création  sur  la  Table 
gardée  générale,  dans  ses  intégrales,  et  que  ce  fut  juste  au 
moment  où  sa  tâche  fut  terminée  qu'il  dédoubla  le  bec  du 
Kalam,  pour  écrire  sur  la  Table  gardée  particulière,  dans  la 
semence  humaine,  les  complexes  différentiels,  ou,  pour  être  plus 

un  aspect  inférieur  de  ces  entités  métaphysiques;  ce  qui  ne  permet  point  d'ail- 
leurs de  penser,  comme  l'a  fait  M.  Casanova,  que  notre  Koran  n'est  pas  le  vrai 
Koran,  et  qu'il  y  a  quelque  part,  dans  ce  bas-monde,  bien  caché,  le  vrai 
Koran;  dans  un  autre  passage,  l'auteur  dit  (folio  20  recto)  que  le  Koran  est 
l'Essence,  le  Fourkan,  les  attributs,  le  Livre,  l'Existence  absolue  ^ilLJl  ^j^jJ). 
(I)  Page  207. 

[54] 


]\Q  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

exact,  les  séries  d'intégrales  à  double  période,  qui  constituent 
les  constantes  de  la  Création,  Tun  des  becs  écrivant  le  blanc  et 
le  bien,  le  second,  le  noir  et  le  malheur. 

Puisque  le  Kalam  ne  pouvait  écrire  qu  le  Bien  absolu  et 
unique  sur  le  Koran  transcendantal,  Allah  le  mania  de  la  main 
droite,  tandis  qu'il  traça  les  lignes  du  Livre  discriminant 
^Isy,  en  prenant  le  Kalam  de  la  main  gauche,  en  le  tenant 
entre  les  deux  doigts  de  cette  main  que  Ton  nomme  «  les  misé- 
ricordieux ))  (1),  rÈtre  unique  étant  ambidextre,  suivant  ce 
qui  est  dit  dans  le  Koran  :  «  chacune  de  ses  mains  est  une 
main  droite  (2)  ». 

Les  ontologistes  donnent  plusieurs  noms  au  Kalam  qui 
servit  à  Allah  pour  écrire  la  Création  (3);  ils  le  considèrent 
comme  étant  l'Ame  ^j^  de  l'Etre  unique,  et  ils  le  nomment 

le  Kalam  primordial  Jj"^i  Ja^î  (4),  pour  bien  marquer  qu'il  est 

(1)  -jU.2w.    s.^^^1  a^,  d'après  ce  qui  est  dit  <■  deux  doigts  des  doigts  (de  la 

main)  du  Miséricordieux     ,^>.::s.j,')    ak.^'      w»     .^.ju-^l,  ce  qui  est  une  partie 

de  la  tradition  bien  connue      w^w^a.^'!   ^A.oi      y>  ^,x^.o'   ^j     .^^Jl   v ^'i 

JJ^i  \ iS  ^Ss.)  «  le  cœur  kolb  du  croyant  est  entre  deux  doigts  des  doigts 

du  Miséricordieux;  il  le  tourne  youkaUibou  comme  il  veut  »,  d'où  il  suit  que 
le  sens  qu  en  ont  tiré  les  Ésotéristes  est  au  moins,  suivant  leur  habitude,  une 
exagération. 

(2)  ,.y-i^  ^•^-'>  ^-2,  page  181;  rien,  dans  le  texte  du  Madjma  al-bahraïn, 
n'indique  formellement  qu'Allah  a  écrit  le  Fourkan  de  la  main  gauche,  mais 
le  fait  dérive  naturellement  du  besoin  que  le  mohtasib  d'Abarkouh  a  éprouvé 
de  bien  spécifier  que  les  deux  mains  d'Allah  sont  des  mains  droites. 

(3)  L'Écrivain  transcendantal      Ji^is>.  ^ ,00    est  Allah,   son  encrier  est  le 

Noun,  son  Ame  (i-*^,  le  Kalam,  sa  Face,  le  Livre;  le  Kalam  a  deux  becs,  parce 
qu'il  a  produit  les  contraires  (Madjma  al-bahraïn,  page  182);  l'écriture  sJi^i'c^ 
est  dans  la  visibilité,  l'Écrivain  dans  l'invisibilité,  ibid.,  page  186. 

(4)  Le  bonheur  et  le  malheur,  la  science  et  l'ignorance,  les  contrastes,  en 
général,  coexistent  dans  le  sperme,  et  en  sont  inséparables;  on  les  nomme 
<.  état  •-  et  <•  stade  ■•  ->-^.'jj  A^'3  J'-^  ^r^^ji  •••  O-"— '!  i\  ^^i,  àikj  u  ;  ils  sont  des 
formes  tracées  comme  des  peintures,  ou  comme  des  dessins  ^Jifi^JL.', 
par  le  Kalam  primordial,  que  l'on  nomme  le  Décret  [^i  et  l'Ordre  de  Dieu 
)  Jik  *N:s.  ;  contrecarrer  le  Destin  n'est  point  chose  aisée,  car  l'homme  est  étroi- 
tement déterminé  par  rapport  à  l'Ordre  de  Dieu;  Djourdjani  (Guyard,  Abd 
ar-Razzdk,  p.  160  note)  identifie  formellement  kaza  et  houkni;  le  Kalan) 
primordial,  dit  l'auteur  du  Madjma  al-bahraïn,  page  210,  que  l'on  nomme  1 

[50j 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         117 

la  première  entité  qui  fut  crt'ée  dans  le  7.icr[j,cç.  Ces  auteurs 
estiment  avec  raison  qu'il  ne  faut  pas  prendre  ce  terme  de 
Kalam  dans  son  sens  matériel,  mais  bien  dans  son  sens  méta- 
physique, et  ils  insistent  sur  ce  point,  tels  Nadjm  ad-Din  Daya^ 
dans  leMarsad  al-ibad,  qui  en  fait  le  pur  Esprit  mohammadien 
^A^ssr^  .^/''-J  ^jj  (1),  et  le  mohtasib  Shams  ad-Din  d'Abarkouh, 
qui  ridentifie  avec  le  Décret  divin  î-^.  Les  Mystiques  admettent, 
d'une  manière  générale,  que  ce  Kalam  ésotérique  est  une  essence 
primordiale  J^î  ^^^^-^  que  la  Divinité  a  créée  au  début  de  la 
période  cosmique,  et  telle  est  la  doctrine  qui  se  trouve  exposée 
dans  le  Maksad-i  aksa  de  Aziz  ibn  Mohammad  al-Nasati  (2), 
lequel  enseigne  que  l'Être  éternel  le  créa  en  un  clin  d'œil  de  soa 
ipséité  s-^-^j=^,  sans  aucun  intermédiaire,  sans  qu'aucune  autre 
intelligence  que  la  sienne  en  puisse  comprendre  les  attributs  et 
en  pénétrer  les  idiosyncrasies;  aussi  les  métaphysiciens  l'ap- 

pellent-ils  encore  l'Intelligence  primordiale  J^'^l  JïxJ!,  l'Esprit 
de   relativité   ^'-^î  ^jj   (3),   la  Lumière,    le   monde  d'Allah, 

le  pur  Esprit  mohammadien  j:_v^-'  ^Ij   ^^ .  (4),  et,  suivant 

le  Madjma  al-bahraïn  (5),  Esprit  primordial,  Essence  pri- 
mordiale.   Intelligence    primordiale,     Lumière    primordiale, 

Kalam  sublime,  Matière  primordiale,  J,j!  »3U,  Protoplasme 
J,j!  "^^ft^,  Table  gardienne  intégrale  M  ^àJ.^  -.p,  d'où  il  suit 
que  le  Kalam  est  la  même  entité  que  la  Table  gardienne  sur 
laquelle  le  xiat^o;  a  été  écrit.  En  fait,  le  Kalam,  l'intelligence 


Décret,  a  écrit  les  concepts,  les  intelligibles,  les  idées,  sur  la  Table  de  l'âme 
universelle,  qui  est  le  cœur  du  v.6o[j,o;,  et  que  l'on  nomme  la  Table  gardée 
intégrale   jU  Js^is:^  --J. 

(1)  La  première  entité  qu'Allah  a  créée  a  été  le  Kalam,  transcendantal;  aii 
moment  où  l'Être  unique  le  regarda  avec  amour,  la  vie  triouipka  en  lui  ; 
l'Esprit,  c'est-à-dire  le  Kalam,  du  choc  de  la  vie,  se  scinda  en  deux  becs, 
correspondant  l'un  à  la  raison,  à  l'intelligence,  l'autre  à  l'esprit  de  Mohammad, 
folio  11  recto;  voir  page  111  (50). 

(2)  Man.  supp.  persan  120,  folio  27  recto. 

(3)  Non  dans  le  sens  de  la  physique  moderne,  ce  terme  signitiant,  dans  le 
langage  des  Ésotéristes,  que  le  Kalam  qui  écrivit  la  Création  établit  une  relation 
entre  le  concept  d'Allah  et  la  matérialité  du  monde. 

(4)  Marsad  al-ibad,  folio  11  recto. 
(û)  Page  20(3. 

[m 


118  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN'. 

Jit,  l'Esprit -^j,  sont,  pour  ces  philosophes,  les  trois  aspects 
de  la  pi-emière  entité  qui  fut  créée  (1). 

Les  Ésotéristes  ne  s'entendent  point  sur  la  question  de 
savoir  dans  quelle  entité  l'Être  unique  trempa  son  Kalam  pour 
écrire  la  Création;  les  uns  affirment  que  son  encrier  fut  la 
lettre  Noun  (2),  qui  entre  deux  fois,  à  la  finale,  à  l'assonnance, 
dans  la  formule  koun  fa-yakoùn  «  qu'il  soit,  et  il  fut  »  et  qui, 
dans  le  microcosme,  a  pour  réplique  le  sperme.  D'autres 
disent,  au  contraire,  que  l'encrier  d'Allah  fut  l'aspect  du  monde 
intangible  que  les  Musulmans  nomment  le  monde  de  la  Toute- 
puissance  .jij^j^^\  Jb  (3),  lequel  contient  le  Décret  divin  1^3  ; 
que  le  Livre,  le  Kitab,  est  à  la  fois  le  monde  de  la  Sou- 
veraineté o^jCU!  JLs,  qui  est  un  aspect  du  monde  de  la 
Transcendance,  et  sa  réplique  dans  le  domaine  sensoriel,  le 
monde  du  Royaume  oX-Ul  JU  (4),  avec  les  sept  entités,  intelli- 
gences, âmes,  cieux,  étoiles,   essences,  éléments,  complexes. 

Dans  un  autre  passage  de  son  Madjma  al-bahraïn  (5), 
Shams  ad-Din  d'Abarkouh,  revenant  sur  cette  question,  ajoute 
que  le  terme  et  la  dénomination  d'encrier  d'Allah,  que  les 
métaphysiciens  et  les  ontologistes  donnent  au  monde  de  la 
Toute-puissance,  proviennent  de  ce  fait  que  les  essences  des 
entités  se  trouvent  réunies  sous  la  forme  d'intégrales  sur  ce 
x6(T[Aoç,  qui  est  la  Table  gardienne  générale,  qu'elles  y  sont 
cachées  et  dissimulées,  sans  qu'il  soit  possible  de  les  différen- 
cier. Mais  il  est  évident  qu'il  ne  faut  pas  voir  dans  cette  théo- 
rie, au  moins  dans  celle  des  dogmatistes  anciens,  une  simple 
allégorie,  qui  aboutirait  à  une  tautologie,  à  prétendre  que  l'Être 
tout-puissant  a  écrit  le  sort  avec  le  Destin,  ce  qui  d'ailleurs  ne 
serait  pas  plus  étonnant  pour  la  raison,  tout  ceci  étant  hors  de 
la  raison,  que  de  voir  l'Être  unique  écrire  avec  le  Kalam  sur  la 
Table  gardienne  générale,  qui  est  la  même  entité  que  le  Kalam. 

(1)  Marsad  al-ibad,  folio  II  recto. 

(•2)  Madjma  al-bahraïn,  pages  182  et  207. 

(3)  Ibid.,  p.  182,  183  et  207. 

(4)  pL.w!j  ,_;^_^CU_j   sj:jvl-  ^1x5^   ^^3^9-  vJL^L.ij  CU-i   Jj!^»_j2.   ^^ 

<^\Sy^  ^^Isj   >î-;jLLj   *=s-Mj   ^JJ-îila  ly^j^i^  Jb^i   ibid.,  page   182. 

(5)  Page  207.        '^    '        * 

[57] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        110 

Le  monde  de  la  Toute-puissance  ayant  pour  réplique  le 
monde  tangible,  Tencrier  du  microcosme,  dans  lequel  Allah  a 
plongé  son  Kalam,  a  lui-même  pour  correspondant,  dans  le 
microcosme,  la  semence  humaine,  dans  laquelle  se  trouvent 
écrites,  qui  contient  en  potentialité,  toutes  les  manifestations  qui 
existeront  et  se  développeront  dans  le  monde  tangible,  sans  qu'on 
les  y  puisse  discerner,  parce  qu'elles  y  sont  écrites  sous  la  forme 
d'intégrales  à  périodes  doubles.  11  faut  ne  voir  dans  cette  thèse 
qu'une  simple  variante,  un  aspect  sans  importance,  de  la  théo- 
rie qui  a  été  exposée,  au  commencement  de  cet  article,  sur  la 
correspondance  de  la  Table  gardienne  générale  et  de  la  Table 
gardienne  particulière;  d'où  il  faut  induire,  sans  doute,  que  les 
philosophes  entendent  que  les  mots  koun  fa-yakoùn,  par 
lesquels  Allah  créa  le  monde,  et  le  tira  de  sa  pensée,  étaient 
potentiellement  le  -/.iaizo;  lui-même,  ou,  du  moins,  que  cette 
formule  transmuta  la  pensée  de  l'Être  unique  en  cette  maté- 
rialité immatérielle,  en  cette  tangibilité  intangible,  <iui  devin- 
rent le  monde  transcendantal,  dont  le  monde  nouménal  est 
l'aspect  mystérieux,  qui  se  traduit  pour  rinfirmité  de  nos  sens 
par  le  monde  des  phénomènes. 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  Création  ne  fut  écrite  que  sur  un  seul  des 
feuillets  du  Livre  w>^^,  lequel  est  la  fois  le  monde  tangible 
,^U!  JU,  et  le  monde  intangible,  la  Transcendance 
vJILjXUI  J  U,  ou,  pour  plus  de  précision,  l'une  des  faces  du  feuillet 
est  tournée  vers  le  monde  intangible,  tandis  que  l'autre  est 
tournée  dans  la  direction  du  monde  sensoriel. 

C'est  ainsi  que,  dans  l'homme,  dans  le  microcosme,  le  cœur 
jouit  également  de  cette  propriété  mystérieuse  de  regarder  par 
l'un  de  ses  aspects  dans  la  Transcendance,  de  plonger  p^r 
l'autre  dans  la  tangibilité,  de  manière  à  pouvoir  transmettre  au 
monde  matériel  la  connuissance  des  entités  du  monde  intan- 
gible. Mais  cette  propriété  de  faire  communiquer  sans  'inter- 
médiaire les  deux  aspects  du  monde,  l'intangible  et  le  tan- 
gible, est,  d'une  façon  absolue,  -refusée  à  toutes  les  existences,  à 
tous  les  êtres  qui  vivent  dans  le  zôjixoç;  c'est  un  fait  certain  que 
l'homme  ne  peut  communiquer  directement  avec  la  Transcen- 
dance que  dans  quelques  cas  exceptionnels,  qui  proviennent 

[58] 


120  -.  REVUE    DE    l'orient  CHRÉTIEN. 

d'un  dérèglement  nerveux,  dans  des  conditions  obscures,  où 
il  semble  que  la  communication  s'établisse  dans  une  direction 
inconnue,  dans  le  sens  d'une  quatrième  dimension,  que  ses 
organes  ne  peuvent  apprécier,  comme  dans  les  phénomènes 
de  prémonition  et  de  vue  à  distance. 

La  Création,  disent  les  métaphysiciens,  ne  fut  écrite  que  sur 
l'un  des  feuillets  du  Livre,  dont  tous  les  autres  restèrent  blancs, 
comme  si  l'Être  unique  les  gardait  intacts,  pour  écrire  sur  leur 
surface  de  nouvelles  créations,  quand  le  temps  de  Féternité 
actuelle  sera  révolu.  La  Création  est  écrite  matériellement  dans 
l'immatérialité  sur  le  Livre  transcendantal  ;  les  lettres  monades 
c>b^i^  (1)  et  les  lettres  simples  ^l^,  qui  sont  les  pères  et  les 
mères,  c'est-à-dire  les  principes,  les  éléments  fondamentaux, 
forment  en  effet,  et  constituent,  le  Livre  d'Allah;  tout  ce  qui  est 
vivant  et  complexe,  formé  des  éléments,  ne  peut  pas  ne  pas  se 
trouver  sur  ce  Livre  d'Allah,  et  la  Création  est  divisée  en  sept 
paragraphes,  qui  se  suivent  dans  l'ordre  suivant  ;  intelli- 
gences, âmes,  essences,  cieux,  étoiles,  éléments,  complexes,  ou 
corps  composés  de  la  coml>inaison  des  éléments. 


On  a  vu  plus  haut  comment  l'auteur  du  Madjmaal-bahrain 
a  assimilé  les  différentes  Tables  gardiennes  de  la  destinée  avec 
les  trois  aspects  du  Livre  transcendantal.  La  Trahie  gardienne  très 
générale,  des  intégrales  à  différentielles  totales,  sans  périodes, 

(1)  Les  monades  vO'-^j^  du  monde,  dit  le  Madjma  al-bahraïn,  page  182,  sont 
les  lettres  de  l'alpliabet,  à  savoir  vingt-neuf  lettres;  vingt-huit  sont  les  simples 
ja5L*4J,  neuf  sont  l'Intelligence,  neuf,  l'Ame,  neuf,  le  Ciel,  plus  la  matière 
^a-Jï,  qui  est  susceptible  de  recevoir  les  formes  des  éléments,  soit,  en  effet, 
9  X  3  +  1  =  28,  et  une  lettre  complexe  qu'on  nomme  «  le  Verbe  »,  qui  est  le 
lam-aiif;  ces  (vingt-neuf)  monades  sont  constamment  en  action  et'  produisent 

les  complexes  <.Jij\.Sjfi  ;  les  complexes  du  Livre  divin  sont  de  trois  genres  :  les 
animaux,  les  végétaux,  les  minéraux,  qui  correspondent  aux  trois  aspects  sous 
lesquels  se  présentent  les  complexes  du  livre  humain,  formés  des  lettres  :  nom, 
verbe,  particule.  Les  monades  et  les  simples,  dit  le  Madjma  al-bahraïn,  page  212, 
sont  le  Livre  divin  ^Lv=L  s^^lxi  ;  tout  ce  qui  fait  partie  des  corps  élémen- 
taires, des  corps  primordiaux,  qui  donnent  naissance  à  tous  les  autres  J-JU.». 
et  des  corps  composés,  est  écrit  sur  les  lignes  .Js.^?  de  ce  Livre;  aucun  corps 
composé  n'existe  qui  ne  se  trouve  écrit  dîins  ce  Livre. 

[59] 


LA    PENSÉE    GRECQyE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         121 

le  jjL,  le  Sinaï  de  la  légende  d'Israël,  trône  très  au-dessus  du 
Livre  divin,  sous  ses  trois  espèces  du  Livre  caché  j>-^  «-_^^,  du 
Livre  dont  les  lignes  sont  tracées  p'y  ■w-'^-^,  du  Livre  dont  les- 
pages  sont  couvertes  de  l'écriture  de  Dieu  ,^îî-w»  v^^lxT.  que  le 
Koran  cite  comme  les  prototypes  et  l'origine  de  la  Parole 
qu'Allah  envoya  au  Prophète  par  l'archange  Gabriel  (1).  Elle 
est  l'Essence  même  d'Allah,  tandis  que  les  trois  autres  Tables 
gardiennes,  qui  correspondent  aux  trois  aspects  du  Livre 
transcendantal,  se  trouvent  à  des  stades  bien  inférieurs,  à  ceux 
des  attributs. 

La  complexité  de  cette  théorie  n'a  pas  été  sans  introduire 
dans  sa  trame  des  incohérences,  des  contraditions  même,  qu'il 
est  difficile  d'expliquer,  ou  même  d'interpréter,  et  dont  j'ai  relevé 
plusieurs  dans  les  pages  antécédentes.  C'est  ainsi  que  l'auteur 
du  Madjma  al-hahrdin  (2)  a  écrit  que  le  Livre  caché  est  l'aspect 
du  monde  transcendantal,  que  l'on  nomme  le  monde  de  la  Toute- 
puissance  ^JL^^yf^,  c'est-à-dire  la  Table  gardienne  générale,  qui 
possède  les  attributs  de  l'Essence,  tandis  que  la  Table  très  géné- 
rale est  au  stade  même  de  l'Essence  •^^\  toutes  les  entités, 
toutes  les  existences,  sont  cachées  en  lui,  écrites  sous  la  forme 
de  leur  essence,  sans  posséder  d'existence  déterminée,  sans  être 
parvenues  au  concept  de  la  numéralité;  il  est  le  lieu  du  Décret 
'-^3,  qui  est  inéluctable,  même  pour  Allah,  alors  que  le  monde 
de  la  Souveraineté  c^^CU,  est  le  lieu  de  l' Arrêt j^^,  qui  modifie 
et  distribue  le  Décret  en  l'organisant;  il  est  le  monde  de  la  po- 
tentialité, et  les  ontologistes  lui  donnent  le  nom  de  monde  de 
l'Ordre  j-*^'  JL^.  Mais,  comme  on  l'a  vu  plus  haut,  la  Table 
gardée  générale  est  également  le  Livre  dont  les  lignes  sont 
écrites  j  Ja--*  w^b^,  lequel  correspond  à  la  Table  gardée  très 
particulière;  or,  la  Table  gardienne  générale  ^^  contient  les 
idiosyncrasies  des  entités,  ces  entités  étant  écrites  dans  leur 
universalité  sur  la  Table  très  générale  *ii,  alors  que  la  Table 
très  particulière  contient  les  entités,  écrites  dans  leur  uni- 
versalité absolue,  dans  l'intention  de  leur  production  dans  le 


(1)  Madjma  al-baltraïn,  page  193. 

(2)  Page  212. 


m 


122  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

monde  tangible;  ce  qui  signifie  que  l'universalité  des  essences 
et  des  attributs  des  entités  destinées  au  monde  matériel  ne  sont 
que  les  idiosyncrasies  dans  le  monde  intangible  des  entités 
totales  qui  ont  été  écrites  dans  leurs  intégrales  par  Allah,  et 
qu'une  partie  importante  de  leurs  essences  et  de  leurs  attributs, 
celle  qui  ne  correspond  pas  aux  idiosyncrasies  telles  qu'elles 
existent  dans  la  tangibilité,  demeurera  pour  l'éternité  dans  le 
monde  intangible;  c'est-à-dire,  je  pense,  que  nous  ne  pouvons 
saisir  des  vérités  mathématiques  qu'une  apparence,  sans  com- 
prendre leur  sens  absolu  et  intégral.  Quoi  qu'il  en  soit,  cette 
division  n'a  rien  de  commun  avec  la  discrimination  tripartite 
des  trois  aspects  du  Livre  que  l'on  va  lire,  dans  laquelle  le  Livre 
aux  lignes  écrites  jj^^-**^  w»'^^  est  le  monde  matériel,  et  spéciale- 
ment l'homme,  ce  qui  est  absolument  antinomique  avec  son 
assimilation,  soit  avec  la  Table  gardienne  intégrale,  soit  avec 
la  Table  gardienne  très  particulière;  il  y  a  là  deux  théories 
essentiellement  divergentes  qui  ne  peuvent  se  concilier. 

Le  Livre  aux  lignes  tracées  p^-*  <^^  est  l'aspect  du  monde 
intangible  qui  est  autrement  nommé  le  monde  de  la  Souveraineté 
C^j.C,U;  il  ne  possède,  sous  une  forme  très  inférieure,  que  le 
stade  des  attributs  ^JJ^'^;  toutes  les  entités,  toutes  les  existences, 
sont  écrites  en  lui  sous  la  forme  de  leurs  attributs  existentiels 
^ij^_^  c^^->*  des  directions  dans  lesquelles  ils  seront  créés 
^^Wj  sj:^^--,,  sous  les  espèces  de  leurs  qualités,  qui  supposent 
la  différenciation  de  l'intégralité  de  l'essence,  la  réalité  de  l'exis- 
tence et  la  numéralité  ;  il  est  le  monde  de  la  Création  ^j^  J^^ . 

Le  Livre  aux  lignes  écrites  j_*^'  v^US"  est  le  monde  tangi- 
ble -^jXAJ]  JU,  qui  est  au  stade  de  l'apparition  de  l'existence 
et  tous  les  corps  des  êtres  existants  sont  en  lui  à  l'état  actuel 
J*â5Î;  il  est,  dans  la  terminologie  des  métaphysciens,  le  «  con- 
fluent des  deux  Océans  »  ^.'.^=srr^^  ^^>^^,  c'est-à-dire  l'homme ' 
lequel  est  le  syncrétisme  du  monde  de  l'Ordre  ^1,  du  monde 
potentiel,  et  du  monde  de  la  Création  ^jU.,  dans  lequel  la  Créa- 
tion est  écrite  en  vue  de  sa  vie  dans  la  tangibilité. 

Par  rapport  au  Livre  aux  lignes  tracées  p'y  w»t:^  (1),  le 

(1)  Madjma  al-bahraïn,  page  193. 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         123 

Livre  caché  ^^y^^  ^'^est  caché  à  la  première  puissance;  par 
rapport  au  Livre  aux  lignes  écrites  par  Allah  j  j.i^—'»  ^Ix^,  il 
est  caché  à  la  seconde  puissance  w^-^  -r^F'^  à  un  autre  point 
de  vue,  le  Livre  caché  est  au  stade  le  plus  élevé  du  x6a[xcç 

métaphysique,  dans  l'Empyrée,  ^^^  au  septième  ciel;  le 
Livre  aux  lignes  écrites  par  Allah  jj^^»  v_..'oi'  est  à  la  partie 

inférieure  du  -/.ijij.c;  (•rr:?"**')  dans  un  endroit  de  la  septième 
terre,  au  séjour  du  Diable  et  de  ses  acolytes,  alors  que  le 
Livre  aux  lignes  tracées  çj^y  ^Ix^  existe  dans  le  stade  inter- 
médiaire -^jy.  qui  sépare  ces  deux  extrêmes,  l'intangibilité  et 
la  tangibilité. 

Les  noms  du  Livre,  si  l'on  en  croit  l'auteur  du  Bahr  al- 
maani  (1),  ne  sont  point  tellement  spécialisés  que  le  prétend  le 
Madjtna  al-bahrain;le  nom  du  Koran,  dit-il,  varie  suivant  les 
mondes,  où  il  est  le  Koran,  le  Glorieux,  le  Noble,  le  Précieux, 
et  où  il  est  connu  sous  les  espèces  classiques  île  bien  d'autres 
qualificatifs,  lesquels,  en  fait,  ne  sont  point  différents  des  épi- 
thètes  appliquées  à  Dieu  ;  en  réalité,  il  possède  mille  et  un  noms, 
ce  qui,  d'ailleurs,  ne  doit  point  être  interprété  en  ce  sens  qu'il 
n'existe  que  mille  et  un  mondes,  car  jamais  une  autre  entité 
qu'Allah  ne  saura  jamais  combien  il  en  existe. 

Mais  il  est  visible  que  ces  deux  discriminations  correspon- 
dent à  des  points  de  vue  divergents,  et  surtout,  ce  qui  est  beau- 
coup plus  important,  qu'elles  ont  été  faites  sous  l'empire  de 
préoccupations  très  différentes,  dans  des  esprits  contradictoires, 
et  jusqu'à  un  certain  point  antinomiques,  le  Bahr  al-maani  con- 
sidérant la  poussière  des  mondes  qui  remplit  le  y.icr[xoç  comme 
vivant  d'une  existence  indépendante,  alors  que  l'auteur  du 
Madjma  al-bahrain,  avec  raison,  ne  prête  d'attention  qu'aux 
aspects  sous  lesquels  ce  y.bG\}.oq  se  présente  à  la  pensée  philoso- 
phique, sous  les  espèces  d'un  complexe  unique,  d'une  combi- 
naison d'existences  métaphysiques,  dont  la  simultanéité  résulte 
de  cette  circonstance  qu'ils  s'associent  suivant  des  concepts 
géométriques  essentiellement  différents  de  ceux  que  connaît  le 
monde  de  la  tangibilité,  avec  ses  trois  dimensions  de  l'espace 
phénoménal. 

(l)  Man.  supp.  persan  966,  folios  177-178. 

[621 


121  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Aussi,  le  mohtasib  d'Abarkouh  tient-il  essentiellement  à  sa 
division  tripartite  de  la  Transcendance,  en  ignorant  la  multi- 
plicité des  mondes  à  laquelle  se  plaît  l'auteur  dnBahral-maanL 
Entre  ces  trois  aspects  du  Livre,  dit-il  (1),  il  existe  des  rela- 
tions générales  et  particulières;  l'homme,  le  microcosme,  est 
un  complexe  de  ces  trois  Livres,  et  il  est  composé  de  la  somme 
de  leurs  entités,  qui  sont  essentiellement  différentes;  c'est-à-dire 
qu'il  peut  être,  soit  le  Livre  caché  (2),  soit  le  Livre  aux  lignes 
tracées  (3),  soit  le  Livre  aux  lignes  écrites  (1),  suivant  le  point 
de  vue  philosophique  auquel  on  le  considère.  En  effet,  tout  ce 

qui,  dans  l'homme,  dépend,  relève  de  son  ipséité  vjuo^,  revêt 
la  forme  djabaroutienne  c^^j-:^  <i^jjr^,  c'est-à-dire  la  forme 
de  l'aspect  supérieur  du  monde  de  la  Transcendance,  que  les 
ontologistes  nomment  le  monde  de  la  Toute-puissance  dfa~ 
baroùt;  tout  ce  qui,  en  lui,  est  en  rapport  avec  la  spiritualité 

^juliU.^ ,  possède  la  forme  malakoutienne,  la  forme  qui  appar- 
tient à  l'aspect  du  monde  intangible  qui  est  connue  sous  le 
nom  de  monde  de  la  Souveraineté  utalakoiU;  quant  à  ce  qui 

regarde  sa  corporéité  vJuIjLw^,  c'est-à-dire  son  existence  maté- 
rielle, il  va  de  soi  que  ces  éléments  essentiellement  inférieurs 
appartiennent  au  monde  de  la  tangibilité,  au  monde  sensible, 
au  monde  du  moulk,  du  Royaume. 

L'homme  perçoit  les  entités  ^ji^lj^O  du  monde  transcendantal, 
du  y.icrixoç  de  la  Toute-puissance,  par  son  ipséité  ;  les  dessins 
^^y^^iy  tracés  dans  l'aspect  du  monde  intangible  qui  est 
nommé  le  monde  de  la  Souveraineté,  par  sa  spiritualité;  les 
réalités  écrites  sur  les  lignes  o»!;^-^  du  monde  sensoriel, 
par  les  sens  de  sa  corporéité. 

Les  entités  du  monde  de  la  Toute-puissance,  de  la  Transcen- 
dance suprême,  sont  la  prédisposition,  la  vocation,  la  prédes- 
tination ^l^--i,  les  capacités  ^-^--^^3,  la  nécessité,  et  la  possi- 
bilité, toutes  inéluctables,  qui  ne  relèvent  en  effet  que  des  sens 

(1)  Page  194. 

(3)  <-^3 


[63] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        12.") 

'métaps3chiques ;  les  eiitités  qui  se  trouvent  écrites  dans  le 
monde  de  la  Souveraineté  sont  celles  qui  relèvent  des  sens 
métaphysiques  ^(i-*-*,  les  intelligibles  •jlS^^*^,  les  vérités 
transcendantales  qui  se  révèlent  à  l'esprit  sans  l'intermédiaire 
du  raisonnement  ^J^^^i  celles  qui  Lui  sont  révélées  dans  une 
révélation  active,  dans  une  communication  directe  entre  le 
Créateur  et  le  Mystique  ^^-i^,  par  l'intermédiaire  des  sens 
métapsychiques;  les  choses  écrites  dans  le  monde  matériel,  tan- 
gible, sont  des  éléments  inférieurs;  ils  ne  relèvent  que  des  sens 
physiques,  la  forme,  la  nature,  les  actions,  bonnes  ou  mau- 
vaises. 

Au  point  de  vue  de  rintéçrralité  absolue    JS,  les  entités  du 
monde  de  la  Toute-puissance,  capacité,   prédestination,  idio- 

fiyncrasies,  grâce,  sont  les  essences  ci^LIaL^  des  êtres;  au  point 
de  vue  différentiel  et  particulier  ^_^^,  les  entités  écrites  sur  le 
monde  de  la  Souveraineté,  qui  relèvent  de  la  perception  des 
sens  métaphysiques,  sont  l'hypostase,  l'avatar  des  idées,  des 
concepts,  des  existences  c^Lj"^  ,^-^  J^'^^^;  enfin,  également  au 
point  de  vue  différentiel  ^}^,  les  entités  écrites  sur  le  monde  tan- 
i;-ible  sont  la  manifestation,  l'apparition  des  personnalités  diffé- 
rentielles c^LrLs:-^%  avec  des  formes,  sous  des  aspects  fixés  et 
déterminés  par  la  Volonté  divine,  sous  des  espèces  invariables. 
Dans  ce  monde  tangible,  dans  le  microcosme ^-»-o  Jl-^;  dit  le 
Madjma  al-bahraïn  (1),  les  hommes  qui  lisent  le  Livre  caché 
sont  les  Pôles,  lesquels  sont  parvenus,  de  par  leurs  mérites,  au 
sommet  de  la  hiérarchie,  les  hommes  dont  la  conscience  ne 
prête  plus  aucune  attention  à  la  valeur  des  noms,  des  attri- 
buts, à  la  relativité,  à  la  causalité,  pour  lesquels  la  nuit  et 
le  jour  sont  des  identités,  pour  qui  toutes  ces  contingences 
sont  des  égalités.  Ceux  qui  lisent  le  Livre  aux  lignes  tra- 
ێes  (2)  sont  les  saints  et  les  Soufis,  les  hommes  qui  se  sont 
élevés  à  la  compréhension  des  vérités  métaphysiques  v^jl-x^  et 

(1)  Page  194;  dans  ce  passage,  j-.-*-^  v>^,  [j.cxf;xoxo<7(io:,  est  pris  dans  le  sens 

très  inusuel  de  monde  matériel,  alors  qu'il  désigne  liabituellement  l'homme 
considtiré  comme  étant  la  réplique  du  inonde  supérieur. 

[64] 


126  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

transcendantales  ^J^.L^^,  qui  ont  brûlé  les  voiles  de  lumière  et 
les  voiles  de  ténèbres  qui  s'interposent  entre  la  vue  de  l'homme 
et  la  Divinité,  mais  qui  sont  restés  derrière  les  voiles  que  cons- 
titue le  concept  du  temps,  de  la  nouveauté  <Lf^->^ ,  de  l'ancien- 
neté J.A5.  Quant  au  Livre  aux  lignes  écrites  (1),  il  est  la  lecture 
des  savants  et  des  philosophes,  lesquels  ne  peuvent  contempler 

les  entités,  les  intégrales  absolues  o-Lj^^,  du  monde  de  la 
Toute-puissance,  ni  lire  les  lignes  tracées  sur  le  monde  de  la 
Souveraineté;  ils  perçoivent  les  caractères  écrits  ^.S^»  sur 
le  monde  du  Royaume,  par  le  témoignage  des  sens,  les  lignes 
tracées  sur  le  monde  de  la  Souveraineté,  par  le  jeu  de  l'âme  et 
de  la  raison,  les  entités  du  monde  de  la  Toute-puissance,  par  la 
lumière  d'Allah  (2).  On  retrouve  dans  cette  discrimination  la 
doctrine  fondameiilale,  la  théorie  essentielle  du  Soufisme,  sur 
lesquelles  je  me  suis  longuement  expliqué  autre  part,  de  la 
division  des  fidèles  dans  les  trois  catégories  des  excellents, 
des  bons,  des  ordiitaires,  avec  cette  aggravation  singulière 
et  méprisante,  ipie,  seuls,  les  élus  peuvent  lire  les  pages  du 
Koran  ésolérique,  aussi  bien  le  moindre  Soufi  que  le  plus  grand 
prophète,  alors  que  le  Koran  de  Mahomet  en  est  une  forme 
inférieuie,  un  aspect  vulgaire,  destiné  à  tous  ceux  qui  se 
contentesit  des  prescriptions  de  l'Islam,  sans  recourir  aux  suré- 
rogations,  aux  superfétations  de  l'Ésotérisme  (3). 


Les  Musulmans,  tout  ITsIam,  les  Musulmans  qui  s'en  tiennent 
àlalitténilité  de  !;i  foi,  aussi  bien  que  les  Mystiques,  considèrent 
la  Création  comme  une  œuvre  terminée;  quand  l'Être  unique 

eut  écrit  le  (lerui^•r  des  complexes  c^^lSy,  quand  il  eut  tracé 
les  dernières   lignes  du   Macrocosme,  l'encre   de  son   Kalam 

(2)  C'est-à-dire  qu'ils  ne  perçoivent  pas  directement  les  entités  de  la  Toute- 
puissance,  ou  celles  de  la  Souveraineté,  immédiatement,  mais  médiatement, 
par  l'intermédiaire  d'im  sens  ésotérique  ou  d'une  illumination. 

(3)  Ce  qui  est  absolument  conforme  à  l'esprit  démoniaque  de  ces  sectaires, 
pour  lesquels  n'importe  quel  Soufi  peut  être,  et  est,  en  fait,  supérieur  au 
Prophète. 

[65] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        127 

s'était  épuisée,  et  il  ne  le  replongea  point  dans  l'encre  ésoté- 
rique;  non  qu'il  faille  entendre  que  l'Être  unique  s'interdit  toute 
addition  à  la  graphie  qu'il  avait  tracée  sur  le  feuillet  du  Livre^ 
puisque,  comme  on  l'a  vu  plus  haut,  bien  que  son  encre  soit 
épuisée,  Allah  continue  et  continuera  à  écrire  la  Création,  sous 
la  forme  de  ses  différentielles,  sur  la  Table  gardée  particulière. 
Mais  la  Création  actuelle,  celle  à  laquelle  appartient  le  y.Ô(j\j.oç 
actuel,  dans  lequel  nous  vivons,  est  un  acte  qui  a  été  terminé  au 
principe  des  temps,  et  qui  évoluera  jusqu'à  la  fin  de  l'Éternité, 
sans  que  l'on  puisse  présumer  si  l'Être  unique,  un  jour,  n'écrira 
point  sur  l'un  des  feuillets  blancs  du  Livre  une  autre  Création,, 
d'un  seul  jet,  sur  la  Table  intégrale,  en  la  continuant  sur  la 
Table  différentielle,  dans  une  autre  Éternité,  qui  suivra  l'Éter- 
nité présente,  ou  qui  lui  sera  concomitante. 

Certains  dogmatiques,  dont  l'opinion  est  rapportée  par  Aziz 
ibn  Mohammad  al-Xasafi,  dans  le  Maksad-i  aksa[\),  par  Shams 
ad-Din  Mohammad.  dans  le  Macljma  al-bahrain,  n'ont  pas 
admis  que  l'Être  unique  ait  pris  lui-même  le  soin  d'écrire  la 
Création,  et  ils  professent  cette  doctrine  qu'il  ordonna  à  l'Exis- 
tence primordiale,  c'est-à-dire  au  Kalam  éternel,  d'en  tracer 
les  lignes,  de  telle  sorte  que  ce  serait  la  première  entité  du 


(1)  L'Essence  primordiale  est  le  monde  divin,  dit  Aziz  ibn  Jlohammad  al- 
Nasafi  (man.  supp.  persan  120,  foLio  27  verso),  et  toutes  les  créatures  du  monde 
sont  cette  Essence  primordiale  :  Allah  adressa  la  parole  à  l'Essence  primordiale, 
et  l'Essence  primordiale  parla  et  s'adressa  à  toutes  les  existences  créées;  l'Être 
unique  ordonna  à  l'Essence  primordiale  :  «   Écris  les  monades  sJl^!.>ù^  du 

monde,  pour  que  les  monades  du  monde  viennent  à  l'existence  »;  il  lui  dit  : 
«  Qu'il  soit,  et  il  lut  •■  ;  et  ces  monades  furent  les  intelligences,  les  âmes,  les 
cieux,  les  étoiles,  les  essences,  les  éléments;  quand  l'Essence  primordiale  eut 
écrit  les  monades  du  monde,  sa  tâche  fut  terminée.  Quand  l'ordre  vint  à 
l'Essence  primordiale,  dit  le  Madjma  al-bahraïn,  page  182  :  «  Écris  avec  l'encre 
de  cet  encrier  ^*OaAj  \^\^i  -Hj*  ^'^^^  encrier  étant  le  monde  de  la  Toute- 
puissance)  »,  en  un  clin  d'œil,  en  un  instant  inappréciable,  elle  écrivit  le  Livre 
de  la  création  ip^.f'  ^ i:sr'^'*  ;  mais,  dans  un  autre  passage  de  cette  encyclo- 
pédie, page  207,  la  doctrine  est  différente  :  quand  la  Prescience  éternelle  (Dieu) 
vit  qu'il  lui  fallait  produire  le  y.ô(T(xo?,  elle  créa  l'Essence  primordiale,  et,  par  son 
moyen,  elle  créa  les  essences  spirituelles  et  matérielles,  de  la  combinaison 
desquelles  elle  composa  les  corps  célestes  et  les  éléments  matériels,  toutes  les 
formes,  toutes  les  idées  vOj^'^  des  entités,  tous  les  intelligibles,  se  trouvant 
contenues  dans  cette  Essence  primordiale.  , 

[66] 


128  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

xoaij.aç,  et  non  la  Divinité  elle-même,  qui  serait  responsable  de 
ses  destins;  mais  il  ne  faut  pas  attribuer  à  cette  variante  une 
importance  capitale,  car  les  ontologistes  entendent  évidem- 
ment que  la  première  existence  de  TUnivers  ne  fut  qu'un  instru- 
ment docile,  qui  se  borna  à  enregistrer  la  volonté  divine,  et 
à  l'exprimer. 

Dans  un  des  chapitres  du  Madjma  al-bahraln  (1),  dans 
lequel  Shams  ad-Din  Ibrahim  s'est  manifestement  imposé  la 
tâche  de  rassembler  toutes  les  théories  métaphysiques  qui 
avaient  cours  en  Perse,  au  début  du  xiv^  siècle,  l'auteur  cite  une 
opinion  d'après  laquelle  il  ne  faut  voir  dans,  la  Table  gar- 
dienne particulière  du  microcosme,  sur  laquelle  sont  inscrites 
les  destinées  de  l'humanité,  autre  chose  qu'une  allégorie. 

Dans  cette  théorie  du  microcosme,  l'écrivain  ~.^^{  qui  traça 
dans  la  semence  le  sort  de  l'humanité,  en  d'autres  termes,  le 
correspondant  de  l'Être  unique,  qui  a  écrit  le  destin  du  -/icr;j.5; 
sur  la  Table  gardienne  intégrale,  est  l'Ame  (j-àj  (2);  le  Kalam, 
avec  lequel  l'Ame  a  tracé  les  caractères  de  cette  inscription,  est 
l'idiosyncrasie  du  caractère  c^^-Js;  l'encre  dans  laquelle  l'écri- 
vain du  microcosme,  l'Ame,  trempe  son  Kalam,  est  la  semence, 
laquelle  se  trouve  correspondre  au  Noiin,  qui  servit  d'encrier  à 
Allah  ;  quant  au  Livre  du  microcosme,  qui  est  le  correspondant, 
ia  réplique  du  Koran  et  du  Livre  discriminant  ^J^y>,  lesquels 
existent  dans  le  Macrocosme,  il  n'est  autre  que  le  corps 
humain. 

Et  l'auteur  continue  cette  allégorie  en  affirmant  que  le  carac- 

•  tère,  l'idiosyncrasie,  qui  est  l'essence  primordiale  Jjt  ytja.  du 
microcosme,  de  l'homme,  a  pour  réplique,  dans  le  Macrocosme 
le  Kalam  éternel,  qui  a  écrit  les  destinées  du  •/.isij.oç  sous  leur 
forme  intégrale,  synthétiquement;  le  caractère,  les  idiosyncra- 
sies,  écrivent  analytiquement,  dans  ses  différentielles,  sur 
la  Table  gardienne  constituée  par  la  semence,  tout  ce  qui  s'y 
trouve  réuni  sous  la  forme  synthétique  et  intégrale;  c'est  ainsi 
que  les  organes  externes  et  internes  du  corps  humain,  lesquels 

(1)  Page  182. 

(2)  De  même  que  le  Kalam  trânscendantal,  qui  écrivit  la  Création,  est  l'Ame 
•d'Allah. 

[07] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    .MYSTICISME    ORIENTAL.         129 

sont  le  siège  des  facultés  et  des  actes,  se  trouvent  transportés 
du  monde  de  la  synthèse  à  celui  de  l'analyse. 

Cette  théorie  est  une  diminution  sensible  de  celle  qui  a  été 
exposée  plus  haut,  puisque  ce  n'est  plus  l'Être  unique,  mais 
bien  TAme,  qui  écrit  les  destinées  du  microcosme,  et  il  n'est 
pas  besoin  d'aller  chercher  bien  loin  pour  reconnaître  son  ori- 
gine, ainsi  que  les  causes  immédiates  qui  l'ont  provoquée,  et 
qui  lui  ont  donné  naissance.  Puisque  Dieu  trempe  le  Kalam 
dans  un  élément  essentiel  du  monde  de  la  Toute-puissance  (1), 
le  Destin  ^'K  pour  écrire  les  destinées  du  '/.ôzi^oq,  l'xlme  peut 
bien  plonger  le  sien  dans  un  élément  qui  fait  partie  de  sa 
réplique,  dans  la  semence,  pour  écrire  celles  du  [xv/.pzy.z7i).zç; 
puisque  le  Kalam  primordial  trace  les  intégrales  avec  l'Inexo- 
rable sur  la  Table  gardée  générale,  il  est  tout  naturel  que 
l'idiosyncrasie  écrive  les  particularités,  les  différentielles,  sur 
la  Table  gardienne  particulière;  puisque  l'idiosyncrasie  de 
chaque  individu  remplit  ce  rôle,  il  va  de  soi  qu'elle  ne  peut 
écrire  sa  destinée  autrement  que  suivant  ses  tendances,  c'est-à- 
dire  dans  la  particularité,  dans  ses  différentielles. 

Cette  doctrine,  qui  réduit  si  singulièrement,  et  dans  de  telles 
proportions,  la  thèse  des  ontologistes,  est  une  adaptation  à  peine 
déguisée  de  la  théorie  professée  par  saint  Augustin  sur  la 
puissance  du  libre  arbitre,  laquelle  a  été  reprise  et  exposée  par 
saint  Thomas.  Cette  doctrine,  en  fait,  n'est  autre  que  celle  du 
concile  de  Trente,  qui  se  résume  en  trois  points  :  Dieu  voit, 
hors  du  temps,  ce  qui  se  réalisera  dans  le  temps  (2)  ;  l'homme  ne 

(1)  L'encrier  est  le  djabaroùt,  page  182,  lequel  est  le  lieu  du  Décret  Ua3. 

(i)  Ce  qui  est  absolument  conforme  à  la  théorie  mathématique  <lu  temjts;  le 
passé,  le  futur,  ne  peuvent  exister  pour  l'Intelligence  infinie,  parce  qu'elle  les 
embrasse  d'une  manière  intégrale,  avec  leurs  attributs  d'être  et  de  non-être,  en 
réalité,  parce  qu'ils  existent  uniquement  par  rapport  aux  sens  humains.  Le  temps, 
pour  l'homme,  est  un  espace  à  une  dimension,  dans  lequel  il  ne  peut  se  mouvoir 
que  dans  un  sens,  dans  le  sens  positif,  sans  jamais  revenir  en  arrière,  pour 
revivre,  pour  revoir  les  périodes  révolues.  C'est  déjà  sortir,  en  quelque  sorte, 
d'une  manière  restreinte,  de  ce  xodixoç  à  une  dimension,  que  de  se  souvenir  par 
des  moyens  matériels,  très  imparfaits,  d'événements  qui  se  sont  produits  dans  le 
passé,  de  prévoir,  très  grossièrement,  ceux  qui  peuvent  se  produii-e  dans  un 
délai  non  restreint,  par  l'examen  des  circonstances  présentes,  des  causes  qu'elles 
provoquent,  de  la  direction  probable  dans  laquelle  elles  agiront  pour  s'enchaî- 
ner, par  le  calcul  (des  probabilités.  Par  rapport  aux  deux  infinis,  cette  super- 

[68] 

ORIENT  CHRÉTIEN.  9 


130  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

peut   rien   faire  de  surnaturellement   bon  sans  la  grâce;   il 
possède  le  libre  arbitre. 

Tout  le  mal,  dit  saint  Augustin,  dans  son  Traité  sur  le  libre 
arbitre,  provient  de  ce  libre  arbitre,  qui  suit  volontairement 
les  mouvements  de  la  cupidité.  Il  est  à  peine  besoin  de  faire 
remarquer  que  l'Ame,  la  i^r^àJ,  dans  la  théorie  des  ontologistes 
musulmans,  est  cette  entité  maudite  que  saint  Augustin,  et,  aprè& 


vision  des  deux  modalités  du  temps,  du  passé  et  de  l'avenir,  est  exactement 
comparable  à  la  connaissance  qu'acquérerait  du  monde  sensible,  en  se  couchant 
au  milieu  de  son  chemin,  dans  le  Gobi,  un  Turk  du  Takla  Makan,  qui  s'obli- 
gerait à  regarder  dans  une  seule  direction,  dans  un  seul  plan,  sans  tourner 
les  yeux  à  droite  ou  à  gauche;    il  est  clair  qu'il  apercevrait  deux  ou   trois- 
mètres,  au  maximum,  ce  qui  constitue  une  quantité  insignifiante,  si  on  la  com- 
ITCire  à  la  longueur  du  méridien  terrestre.  Mais  si  l'on  suppose  que  ce  person- 
nage, qui  observe  le  monde  tangible  dans  une  seule  dimension,  ou  plutôt  dans 
un  espace  à  deux  dimensions,  dont  l'une  est  un  infiniment  petit  d'un  ordre 
très  élevé,  la  hauteur  de  ses  yeux  au-dessus  du  sable,  si  l'on  admet  qu'il  s'élève 
dans  une  direction  perpendiculaire  à  celle  sur  laquelle  il  vit,  à  une  hauteur  de 
quatre  kilomètres,  il  tombe  sous  le  sens  qu'il  découvrira  l'étendue  du  ruban  de 
sa  route,  en  avant  et  en  arrière  de  son  point  d'observation,  sur  une  longueur 
considérable,  d'autant  plus  considérable  qu'il  s'élèvera  davantage;  d'où  il  ajipart 
que  le  passé  et  l'avenir  sont  des  phénomènes  qui  n'existent  uniquement  que  par 
ce  que  nous  sommes  condamnés  à  vivre  dans  une  seule  dimension  du  temps, 
et  encore,  sur  une  de  ses  dimensions,  dans  le  sens  positif,  avec  la  possibilité 
de  nous  élever  sur  sa  seconde  dimension  d'une  quantité  infinitésimale',  d'un 
ordre  très  élevé,  laquelle  nous  permet  cependant  d'avoir  une  certaine  prévi- 
sion de  l'avenir,  une  certaine  vue  du  passé,  de  voir  un  peu  en  avant  et  en 
arrière  de  notre  point  d'observation,  qui  est  notre  position  dans  le  temps,  le 
moment   où   nous  observons;   dans  certaines   conditions  extrêmement   rares, 
heureusement  très  rares,  l'esprit,  le  sens  ésotérique,  l'un  des  sens  métaphysiques,, 
ou  leur  somme,  le  manas  des  philosophes  hindous,  permet  cette  opération, 
directement,  tandis  que  l'étude  des  documents  historiques,  le  calcul  des  proba- 
bilités, sont  des  moyens  artificiels,  tort  imparfaits,  qui  ne  nous  donnent  point  la 
sensation  immédiate  du  passé  et  de  l'avenir,   mais  seulement  la  réflexion   de 
leuripséité,  l'interprétation  de  leur  existence  nouménale,  transformée  phénomé- 
nalement,  dans  la  même  proportion,  semble-t-il,  où  les  sens  matériels  méta- 
morphosent les  noumènes  du  •/ôafj.o;,  une  transposition  de  leur  entité  dans  un 
domaine  sensoriel  essentiellement  différent  du  milieu  où  ils  se  produisent;  d'où 
il  suit  que  l'Intelligence  suprême  voit  et  perçoit,  en  avant  et  en  arrière,  jusqu'aux 
limites  de  l'infini,  que  le  concept  de  passé  et   de  présent  ne  peut  exister  pour 
elle,  qu'il  n'existe  point  par  rapport  à  son  essence  et  à  ses  attributs  de  temps 
révolu  et  de  temps  à  venir,  c'est-à-dire  que  ni  l'espace  ni  le  temps  n'existent 
(^ue  par  rapport  aux  sens  matériels  de  l'homme,  qu'ils  n'existent  nullement  par 
rapport  à  ses  sens  métaphysiques,  cela  parce  que  sa  vie  matérielle  se  passe  dans 
une  seule  dimension  du  temps,  qui  en  possède  deux,  dans  trois  dimensions  de 
l'espace,  qui  en  possède  quatre. 

[69] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    .MYSTICISME    ORIENTAL.         131 

lui,  saint  Thomas,  dénomment  la  cupidité,  la  concupiscence. 

C'est  notre  volonté,  enseigne  saint  Augustin,  qui  est  la  cause 
efficiente  de  notre  bonheur  ou  de  notre  infortune,  parce  que 
c'est  uniquement  notre  volonté  qui  nous  induit  dans  la  tenta- 
tion de  ne  point  vivre  une  vie  conforme  à  la  loi  divine,  en  dehors 
de  laquelle  il  est  impossible  de  trouver  la  félicité  et  de  faire  son 
salut.  Mais  alors,  pourquoi  Dieu  a-t-il  laissé  à  la  créature  ce 
libre  arbitre,  qui  lui  permet,  pour  son  malheur,  de  choisir  entre 
la  pratique  de  la  vertu  et  le  péché,  partant,  de  commettre  la 
faute?  Pourquoi  ne  l'a-t-il  pas  déterminée  d'une  manière  absolue 
pour  le  bien  et  pour  le  bonheur,  dans  une  direction  unique? 

Le  libre  arbitre,  répond  le  dogme  chrétien,  a  été  concédé  à 
l'homme  pour  son  bonheur;  il  est  le  bien  le  plus  précieux  que 
Dieu  ait  donné  à  sa  créature  ;  mais  Dieu  n'était  nullement  obligé, 
et  par  qui  Feùt-il  été,  de  créer  l'homme  en  l'état  de  perfection  ; 
il  a  eu  ses  raisons,  que  nous  n'avons  pas  à  connaître,  encore 
moins  à  juger,  de  ne  pas  nous  créer  autrement  qu'il  nous  a 
créés,  plus  parfaits  que  nous  sommes;  sans  compter  qu'il  est 
inadmissible  que  Dieu  ait  été  contraint,  même  par  un  acte  de 
sa  volition,  de  créer  l'homme  dans  un  état  déterminé,  à  l'exclu- 
sion de  tout  autre,  sans  lui  laisser  le  moindre  libre  arbitre,  de 
telle  sorte  que  tous  les  hommes  eussent  joui  de  la  même  grâce, 
et  auraient  été  des  élus. 

En  ce  sens,  saint  Thomas  a  dit,  d'après  saint  Augustin,  que 
l'homme  possède  le  libre  arbitre,  et  que,  lorsqu'il  commet  le 
mal,  c'est  qu'il  obéit  à  l'appétit  sensitif,  qui  est  l'âme,  la  ^j^j 
des  métaphysiciens  musulmans;  l'appétit  sensitif,  bien  qu'il 
obéisse  à  la  raison,  peut  quelquefois  la  contrarier,  en  convoitant 
un  objet  qui  lui  est  contraire;  d'où  il  suit  que  Dieu  ne  saurait 
être  tenu  pour  la  cause  du  péché;  il  est  évident  que  la  Divinité 
ne  donne  pas  à  quelques  hommes  le  secours  qui  leur  ferait 
éviter  le  péché,  qu'elle  n'accorde  pas  à  tous  les  hommes  une 
grâce  complète  et  intégrale,  mais  elle  leur  a  conféré  à  tous  une 
grâce  suffisante  pour  leur  permettre  de  lutter  contre  le  péché 
et  de  n'y  point  succomber;  d'où  il  faut  conclure  que  c'est  bien 
la  faute  des  hommes  s'ils  pèchent  en  se  laissant  égarer  par  la 
cupidité,  par  le  désir,  qui  est  la  source  de  tout  mal  et  de  tous 
les  maux. 

[70] 


132  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Cette  doctrine  suivant  laquelle  le  destin  de  chaque  homme 
est  écrit  par  son  idiosyncrasie,  ("videmment,  n'abolit  point  le 
Destin;  au  contraire,  il  n'en  reste  que  plus  impitoyable,  puis- 
qu'il n'y  a  plus  à  espérer  que  les  pratiques  surérogatoires 
fassent  revenir  la  Divinité  sur  ses  arrêts;  mais  elle  explique 
comment  se  forme  la  destinée  de  chaque  individu,  sous  une 
forme  d'ailleurs  absolument  déterminée,  puisque  Allah  n'en 
prend  point  la  responsabilité,  puisqu'il  la  laisse  à  l'Ame; 
sans  compter  que  l'Ame,  dans  la  théorie  constante  des  philo- 
sophes, est  une  entité  mauvaise,  ce  qui  explique  que  le  sort 
de  la  plupart  des  hommes  soit  malheureux,  et  surtout,  ce 
qui  rejette  sur  la  volonté  bien  arrêtée  de  l'Ame  toute  la  partie 
infortunée  de  leur  sort  qui  s'y  trouve,  sans  l'attribuer  à 
Allah,  lequel  a  créé  le  bien  en  même  temps  que  le  mal. 

La  doctrine  habituelle  et  courante  des  Soufis  conduit  inéluc- 
tablement et  fatalement  à  admettre  que  le  malheur  et  l'infor- 
tune des  destini'es  humaines  sont  formellement  détermii>és  par 
l'Etre  suprême,  et  cette  conclusion  a  choqué  les  ontologistes. 
C'est  pourquoi,  visiblement  sous  l'influence  des  idées  chré- 
tiennes, en  contradiction  absolue  avec  les  thèses  du  Sémitisme, 
ils  ont  inventé  cette  théorie  casuistique,  pour  attribuer  unique- 
ment le  malheur  des  hommes  à  leur  Ame  fatale,  aux  mauvais 
penchants  de  cette  Ame,  dont  le  Prophète  a  dit  à  ses  fidèles  : 
«  Méfiez-vous  de  l'Ame  qui  est  entre  vos  côtes!  » 

Malgré  son  habileté,  malgré  la  subtilité  des  philosophes  qui 
l'ont  créée,  cette  thèse  contient  des  incohérences  qui  suffisent  à 
montrer  qu'elle  est  un  développement  tardif  et  secondaire  d'une 
doctrine  plus  simple.  C'est  au  moins  une  idée  bizarre,  pour  ne 
pas  dire  baroque,  que  de  transformer  le  monde  transcendantal, 
et  la  semence,  qui  est  sa  réplique  dans  le  microcosme,  en 
réservoirs  de  l'encre  du  Destin;  cette  idée  certainement  n'a 
rien  de  primitif;  elle  répond  à  une  abstraction,  à  une  allé- 
gorie, un  peu  forcées,  qui  n'appartiennent  pas  aux  heures  aux- 
quelles se  forment  les  systèmes,  mais  bien  à  la  période  où  ils 
se  déforment.  Cette  hyperabstraction  n'a  guère  de  sens,  mais 
elle  devient  insensée,  si  l'on  réfléchit  qu'en  fait  elle  revient  à 
dire  que  l'Être  unique  a  écrit  les  destinées  du  monde  trans- 
cendantal et  celles  du  monde  tangible  sur  les  Tables  gardiennes 

[71] 


LA    PKNSKE    GRECQUE    DANS.    LE    jMVSTICISME    ORIENTAL.        133 

avec  les  éléments  essentiels  de  ces  Tables  elles-mêmes,  ce  dont 
ni  la  raison,  ni  le  raisonnement,  ne  voient  très  bien  la  significa- 
tion immédiate,  (^ue  la  théorie  primitive  et  primordiale  du  Destin 
soit  celle  de  la  double  Table  gardienne,  l'une  pour  leMacrocosme, 
l'autre  pour  le  microcosme,  sans  que  leurs  inventeurs  se  soient 
beaucoup  inquiétés  de  savoir  ce  que  fut  au  juste  l'encre  d'Allah, 
c'est  un  fait  qui  est  plus  qu'évident;  tout  le  reste,  le  dédouble- 
ment des  Tables,  la  détermination  de  la  nature  de  l'encre  d'Allah, 
sont  autant  d'éléments  secondaires  et  adventices,  dont  l'utilité 
•est  au  moins  contestable,  car  la  doctrine  de  la  Table  double 
suffit  amplement  à  établir  la  thèse  du  Destin  et  des  rapports  du 
Macrocosme  avec  le  microcosme. 

Cette  théorie  est  compliquée  dans  la  pensée  des  métaphysi- 
ciens, tellement  complexe  et  touffue  qu'il  serait  difficile  de 
l'exposer  dans  son  intégralité,  à  moins  d'en  faire  l'objet  d'un 
mémoire  spécial,  mais  il  est  possible  de  se  borner  à  détailler 
quelques-uns  de  ses  aspects,  pour  montrer  la  manière  dont  ils 
ont  utilisé,  et  dans  quel  esprit,  la  thèse  du  Destin  et  des  Tables 
gardiennes. 

Des  arcanes  ^r-*^-^  du  inonde  transcendantal  jusqu'aux  illu- 
sions (1),  aux  apparences,  aux  noumènes  ^f»'^  du  monde  tan- 
gible ï^l^^)'  jLc,  il  existe  quatre  stades  pour  les  actes  de 
l'homme. 

Le  premier  réside  dans  la  partie  la  plus  secrète  et  la  plus 
mystérieuse  ^r*^  de  l'esprit  ~^,,  ce  qui  constitue  le  mystère  du 
mystère  ^^-^^i  '-^-^tp;  c'est  le  stade  le  plus  caché,  le  plus  sacré 
qui  existe;  il  est  aussi  caché  que  les  étoiles,  quand  elles  dispa- 
raissent devant  l'éclat  du  soleil;  les  actes  J'^Ji  descendent  de  ce 
premier  stade  au  second,  qui  est  celui  du  cœur,  parce  que  le 
cœur  est  le  lieu  d'élection  des  actes  considérés  dans  leur  inté- 
gralité jr  JUil;  les  actes  intégraux  descendent  de  ce  second 
stade  au  troisième,  dans  le  trésor  de  la  faculté  Imaginative 
J'-^,  sous  des  formes  partielles,  comme  des  idées,  des  concepts 
différentiels  ^y=>^  W^j^?-^;  enfin  ces  formes  différentielles  arri- 
vent au  quatrième  stade,  qui  est  la  partie  matérielle  du  corps, 

(1)  Madjma  al-bahraïn,  page  216. 

[72] 


134  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

en  produisant  les  mouvements  des  membres,  qui  sont  la  mani- 
festation dernière  des  actes  dans  le  monde  tangible. 

Les  «  accidents  »,  dit  l'auteur  du  Madjma  al-bahraïn, 
suivent  une  voie  exactement  semblable  pour  se  manifester, 
venant  du  monde  transcendantal  dans  le  monde  tangible;  le 
premier  stade  est  le  Décret  divin  L^?,  qui  est  le  Trône  ^J^y^  du 
v.itrp.oç,  et  que  l'on  nomme  le  monde  de  la  Toute -puissance  (1);  le 
second  stade  est  la  Table  surlaquelle  se  trouve  gravé  l'Arrêt^^s, 
à  laquelle  l'on  donne  le  nom  de  Table  gardienne,  et  qui  est  l'Es- 
trade du  Trône  ^-J^ \  le  troisième  stade  est  constitué  par  l'image 

virtuelle,  par  la  réplique  imaginaire  du  monde  JLd.  J.sr-% 
le  ciel  le  plus  voisin  du  monde  (2)  ;  le  quatrième,  par  les  matières 
élémentaires,  qui  sont  susceptibles  de  revêtir  et  de  prendre  les 
formes  des  accidents  0-^'^=^  jj-^-  Le  mouvement  des  mem-" 
bres  dans  le  microcosme  corr<^spond  au  mouvement  des  cieux 
dans  le  Macrocosme;  il  se  produit  de  la  même  manière,  sous 
l'influence  de  causes  identiques.  D'où  il  résulte  que  cette 
théorie  de  la  Table  gardienne  du  sort,  dans  l'ontologie  musul- 
mane, devait  naturellement  aboutir  à  la  fois  à  la  doctrine  du 
microcosme  et  à  l'Astrologie,  car,  écrit  le  mohtasib  Shams  ad- 
Din,  dans  son  Madjmaal-bahrain  (3),  le  cœur,  qui,  dans  le 
microcosme,  est  la  source  et  l'origine  de  la  vie  du  corps,  cor- 
respond au  quatrième  ciel  du  Macrocosme,  qui  est  la  source  de 
la  vie  de  l'univers.  Plus  exactement,  continue  l'auteur,  le 
quatrième  ciel  correspond  à  la  poitrine  du  microcosme;  le 
soleil,  qui  est  la  source  de  toute  vie  animale,  correspond  au 
cœur,  et  l'esprit  de  ce  ciel  a  pour  réplique  dans  l'homme  l'es- 
prit vital  ^^y9-  '7'3j  ;  en  effet,  la  vie  du  y.biij.oç  n'existe  et  ne  se 
maintient  uniquement  que  par  la  circulation  et  le  mouvement 
de  ce  quatrième  ciel,  de  même  que  la  vie  ne  saurait  exister  et 


(1)  Oisj-:^' 

(2)  CeUe  réplique  potentielle  du  monde,  ce  •<  plan  astral  »,  est  généralement 

nommée  *Hc  JLdw;  on  l'appelle  aussi,  en  effet,  le  ciel  le  plus  proche,  ou    e 

ciel  du  monde,  les  dei^x  sens  étant  possibles;  'Abd  ar-Razzak,  contrairement  au 
Madjma  al-bahraïn,  affirme  qu'elle  est  la  Table  de  l'Arrêt  elle-même,  le  monde 
de  l'Ame  universelle;  voir  cette  Revue,  1929-1930,  page  308. 

(3)  Page  217. 

[73] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         135 

subsister  dans  le  corps  de  l'homme,  sans  que  l'esprit  vital  par- 
coure tous  les  membres  qui  le  composent,  si  son  influx  venait  à 
cesser  un  seul  instant. 

Les  traditions  musulmanes  et  les  commentaires  sur  le 
Koran  affirment  que  c'est  dans  le  quatrième  ciel  du  Macro- 
cosme  que  se  trouve  la  «  Maison  prospère  »  jj^^  C^--»  (1),  et  le 
cœur  est  une  «  Maison  prospère  »,  dans  laquelle  demeure  l'esprit 
~_3<;  c'est  de  même  que  le  quatrième  ciel  est  la  résidence  du 
Christ,  qui  est  l'Esprit  d'Allah,  dont  le  principal  miracle,  aux 
yeux  des  disciples  de  Mahomet,  est  d'avoir  ressuscité  les  morts, 
en  inspirant  en  eux  un  nouvel  esprit. 


Suivant  Abd  al-Karim  al-Djili,  dans  le  Mir'at  al-'alam  (2),  la 
célèbre  tradition  :  «  J'étais  un  trésor  caché,  je  voulus  me  faire 
connaître,  et  je  créai  la  Création  »,  est  valable  et  intangible  en 
en  ce  qui  concerne  sa  révélation,  et,  par  conséquent,  pour  tout 
ce  qui  touche  son  authenticité,  mais  il  existe  des  lacunes  et  des 
faiblesses  dans  les  modalités  de  sa  transmission  «ît-^-i  ;  ce  qui 
n'empêche  point  les  Soufis  de  lui  attribuer  une  très  grande 
valeur,  ainsi  que  d'y  voir  les  raisons  efficientes  qui  provoquèrent 
dans  l'esprit  de  l'Être  unique  le  désir  de  créer  le  -/.i^iJi:;.  Cette 
subtilité  et  cette  argutie  montrent,  ce  qui  est  l'évidence  même, 
que  les  docteurs  mystiques  se  rendent  parfaitement  compte  que 
cette  tradition  ne  possède  aucun  caractère  d'authenticité,  mais 
bien  qu'elle  a  été  forgée  de  toutes  pièces,  aune  époque  relative- 
ment récente,  comme  l'immense  majorité  de  celles  que  citent  les 
Mystiques.  C'est  en  vain  que  l'on  chercherait  dans  cette  sen- 
tence l'esprit  des  traditions  authentiques,  tout  au  moins  de  celles 
que  Boukhari  et  Tirmidzi  regardent  comme  telles;  ces  tradi- 
tions authentiques  ne  s'inquiètent  point  de  causes  aussi  loin- 


(1)  Voir  cette  Revue,  1929-1930,  page  296. 

(2)  Man.  arabe  1338,  folio  213  verso;  l'auteur  dit  formellement,  folio  214  verso, 
qu'il  avait  composé,  à  une  date  antérieure,  le  célèbre  al-lnsan  al-kamil,  ainsi 

qu'un  traité  d'Ontologie,   intitulé  >^_^!ji;l  ..iX-U^  v.;.^jl3r*-î  v ,s]a3  ;  il  cite 

au  nombre  de  ses  sources  (folio  215  recto)  le  célèbre  Mohyi  ad-Din  Mohammad 
ibn  'Ali  ibn  al-'Arabi. 

[74] 


136  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

taines;  elles  ne  recherchent  point  la  solution  de  problèmes 
aussi  redoutables  pour  la  raison  humaine.  Cette  tradition  du 
«  Trésor  caché  »,  qui  a  joui  d'une  fortune  extraordinaire  dans 
la  littérature  soufie,  est  bien  conçue,  au  contraire,  suivant  les 
normes  de  cet  orgueil  démoniaque,  qui  constitue  l'esprit  essen- 
tiel de  ces  faux  modestes,  de  ces  hypocrites  de  l'humilité,  qui 
se  nomment  Mystiques  :  si  Allah  a  voulu  révéler  le  %ia;j,oç,  pour 
se  le  révéler  à  lui-même,  à  son  ipséité,  dans  son  ipséité,  par 
son  ipséité,  pour  son  plaisir  intime,  il  faut  comprendre  que  les 
Soufis,  les  ontologistes,  ont  créé  leur  doctrine  et  leurs  théories, 
non  pour  qu'elles  soient  écoutées,  mais  uniquement  pour  eux- 
mêmes,  par  leurs  seuls  moyens,  en  eux-mêmes,  sans  rien 
devoir  aux  doctrinaires  qui  les  entouraient;  que  leurs  proposi- 
sitions  ne  valent  que  pour  eux-mêmes  ;  que  les  gens  qui  les 
entourent  sont  bien  trop  ignares  pour  y  rien  comprendre.  La 
thèse  est  hardie,  exagérée,  mais  elle  ne  manque  point  d'une 
certaine  vérité  :  les  Soufis  ont  pris  leur  philosophie  aux  Grecs, 
leur  religion  aux  formes  sémitiques  de  la  croyance  humaine, 
certaines  de  leurs  théories  à  l'Inde,  et  ils  ont  syncrétisé  ces 
éléments  disparates  sous  une  forme  originale,  dans  laquelle  ils 
disparaissent  au  sein  d'un  complexe  qui  est  leur  propriété 
personnelle,  plus  séduisante,  plus  profonde  que  celle  des  Sco- 
lastiques  du  moyen  âge,  plus  puissante,  on  oserait  presque 
dire  plus  scientifique,  dont  on  chercherait  vainement  une  forme 
qui  lui  soit  équivalente  dans  les  autres  civilisations. 

Quand  l'Être  unique,  dit  al-Djili,  suivant  la  théorie  des  hypos- 
tases  gnostiques,  eut  créé  le  monde  de  son  ipséité  (1),  il  créa 

un  Esprit  intégral  J.^  _^,,  auquel  il  donna  le  nom  de  Présence 
de  l'Intégralité  et  de  l'Existence  ^^^^îj^-*?^'  ^j'^^,  dans  le 
sens  de  «  Présence  de  l'Intégralité  de  l'Existence  »,  c'est-à-dire 
d'Intégrale  du  xôai^.oç,  parce  que  cet  Esprit  était  la  somme  des 
significations  transcendantales  de  rp]xistence  ^^^J^  i^^^, 
autrement  dit  parce  qu'il  intégrait  dans  son  ipséité  toutes  les 
possibilités  de  l'existence  dans  le  xôc7[j,oç.  Il  nomma  cette  entité 
le  Kalam  suprême,  parce  que  les  formes,  les  concepts  des  êtres 

(1)  Itnd.f  folio  214  verso. 

[75] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        137 

existants  c^bj9.j.Jl  ,^^  dérivent  d'elle,  de  même  que  les  idées, 
les  formes  des  paroles  o^Uio!  ,^.^,  c'est-à-dire  des  mots, 
lesquels  sont  l'aspect  graphique  des  paroles,  leur  traduction 
matérielle,  sont  produites  par  le  kalam  du  scribe,  et  dérivent  de 
lui. 

Il  la  nomma    encore    Intelligence    primordiale  Jj^lJjùJt, 
parce  qu'elle  fut  la  première  existence  douée  de  l'intelligence,  et  la 

Vérité  moliammadienne  ioj.,}^*^!  ïï.Jîsr'l,  parce  qu'elle  fut  le  plus 
parfait  des  théâtres,  des  moyens,  par  lesquels,  et  en  lesquels,  se 
manifesta j-*'-^  la  Présence  de  l'Intégralité  et  de  rExistence(l), 
ce  pourquoi  cette  entité  précieuse  n'est  autre  que  la  Personne 

mohammadienne  ^jj^!  J-\rV^'-  L'Être  unique  la  gratifia 
encore  de  bien  d'autres  noms,  dont  chacun  correspondait  à  Tun 
des  théâtres  dans  lesquels  se  manifesta  cet  Esprit  intégral,  celui 
de  Vérité  mohammadienne  étant  de  beaucoup  le  plus  précieux, 
par  suite  de  cette  raison  que  le  prophète  Mahomet  fut  le 
théâtre  le  plus  parfait  par  lequel,  et  dans  lequel  elle  se  mani- 
festa parmi  toute  l'espèce  humaine,  celui  qui  posséda  la  Très 

grande  perfection  suprême  ^j^^  il*^"^!,  qui  est  alisolument 
interdite  à  toute  autre  créature  humaine. 

Quand  l'Etre  unique  eut  créé  cet  Esprit  mohammadien 
^-^-N^*'  -^yi  cette  «  Présence  de  l'Existence  intégrale  »,  cette 
Intégrale  de  l'Existence,  il  amena  les  idées,  les  concepts  dont 
elle  était  composée,  à  coïncider  avec  une  idée,  une  forme,  un 
intelligible,  à  laquelle  il  donna  le  nom  de  Trône  ^J^^,  et  ainsi, 
de  cette  Présence,  il  créa  matériellement,  dans  l'immatérialité, 
le  «  Trône  »  ;  après  quoi,  il  remit  cette  Présence  sous  sa  forme 
primitive,  celle  qu'elle  possédait  avant  qu'il  ne  lui  eût  imprimé 
la  forme,  le  concept,  l'idée,  qui  donnèrent  l'existence  au  Trône. 

L'Etre  unique  répéta  cette  opération  un  nombre  infini  de  fois,, 
c'est-à-dire  qu'il  imprima  à  cette  Présence,  à  cette  Intégrale  de 
l'Existence,  une  série  de  formes  successives,  qu'il  amena  en 


(1)  En  lait,  comme  |on  vient  de  le  voir,  cette  Intelligence  primordiale,  qui 
est  manifestement  un  emprunt  direct  à  l'Hellénisme,  n'est  autre  que  l'Ipséité 
mohammadienne,  le  Prophète  représentant  en  effet  le  stade  le  plus  élevé  que 
l'humanité  ait  jamais  atteint,  comme  l'auteur  le  dit  immédiatement. 

[76]- 


138  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

superposition  aux  formes,  aux  concepts  différentiels  des  exis- 
tences, pour  donner  la  vie  aux  existences  différentielles,  qui 
n'avaient  que  la  forme,  sans  existence,  et  qui  trouvèrent  l'exis- 
tence par  le  contact  avec  l'Existence  intégrale. 

Et  c'est  ainsi  qu'Allah  créa  toutes  les  entités,  de  quelque 
nature  qu  elles  soient,  qui  vivent  dans  le  7.6œ;aoç,  aussi  bien  celles 
du  monde  transcendantal  que  celles  du  monde  sensible,  aussi 
bien  les  existences  supérieures  que  les  existences  inférieures. 
Cefutainsi,  parce  procédé,  qu'en  dernier  lieu,  ilcréa l'homme; 
cequi  explique,  ditl'auteur  du  Miratal-\ilmn[\),  que  l'homme 
soit  lui-même  cette  Présence  de  l'Existence  intégrale  s^.^^ 
:>y^^\^  ^^\,  et  que  cette  Intégrale  de  l'Existence  n'ait  point 
d'autre  forme  î'jj'^  que  la  forme  de  l'humanité  Ljl^'il!  '■ij_^Ji\, 
en  d'autres  termes,  que  l'homme  soit  la  forme  tangible  de 
cette  entité  primordiale  que  la  Divinité  créa  au  principe  du 
temps,  que  toutes  les  significations  métaphysiques,  toutes  les 
vérités  transcendantales  de  toutes  les  entités  créées  (3»^^"^ 
>,ob^9>._^Jl  se  trouvent  réunies  dans  son  ipséité.  C'est  là  la 
raison  qui  explique  pourquoi  et  comment  l'entité  humaine  est 
le  théâtre  dans  lequel,  et  par  lequel  se  manifeste  l'intégralité 
absolue  des  vérités  transcendantes,  des  significations  métaphy 
siques  du  7.ba^.oç  ^j^\'is^\  )2^=^  y^ ,  car  la  Présence  de  la  Tota 
iitéetde  l'Existence,  cette  Intégrale  de  l'Existence,  est  composée 
de  la  sonmie  de  toutes  les  significations,  de  tous  les  sens  trans 
cendantaux  (3^^-  Ces  faits  expliquent  pourquoi  l'être  humain, 
seul  parmi  toutes  les  entités  du  monde  matériel,  est  digne  d'être 
le  khalife  d'Allah,  de  le  représenter  sur  la  terre. 

L'auteur  ajoute  que  c'est  justement  et  uniquement  parce  que 
l'homme  a  été  créé  de  l'essence  c^ii  de  la  Divinité  (2),  qu'il 
peut  arriver  à  la  connaissance  intégrale  des  perfections  divines  : 
il  perçoit  directement  l'essence  de  la  Divinité  par  le  moyen  de 
sa  propre  essence;  il  conçoit  l'ipséité  de  la  Divinité  par  son 


(1)  Ce  qui  est  assez  naturel,  puisque  sa  manifestation  dans  le  xoc7[jio;  des  nou- 
mènes  fut  la  <■  Personne  moharamadienne  •>,  laquelle  y  exista  sous  la  forme 
d'un  homme;  mais  cela  permet  aux  Mystiques  de  dire  que  tout  homme,  pourvu 
qu'il  soit  Soufi,  est  cette  Présence  intégrale,  ce  qui  est  conforme  à  leurs  théories. 

(•2)  Folio  215  verso. 

[77] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        139 

ipséité  à  lui;  runité  de  l'essence  divine  par  son  unité,  et  il 
atteint  la  notion  de  la  divinité  de  l'Être  unique  grâce  à  la  part 
quMl  possède  des  attributs  qui  expriment  la  perfection  de 
l'Essence  suprême;  d'où  il  suit  que  la  signification  transcen- 
■dantale  de  l'humanité  fjL.3^!    'iLl^\  est  égale  à  l'Essence 

divine  C^^"^^  ^X]\,  autrement  dit  que  l'humanité,  l'essence 
humaine,  considérée  dans  son  aspect  métaphysique,  est  abso- 
lument identique  à  l'essence  de  la  Divinité,  que  l'homme  est 
égal  à  Dieu(l).  Mais  l'homme,  s'il  est  identique  à  Dieu,  est 
encore  le  théâtre  yj^  dans  lequel,  et  par  lequel  le  monde  se 
manifeste,  le  microcosme;  les  auteurs  qui  ont  exposé  dans 
ses  détails,  dans  toutes  les  littératures,  les  rapports  du  Macro- 
cosme  et  du  microcosme  admettent  très  généralement  que  le 
microcosme-homme  a  été  cn'é  à  l'image  du  Alacrocosme, 
d'après  le  monde  nouménal.  Cette  solution  modeste  et  raison- 
nable, si  l'on  peut  parler  de  raison  au  milieu  de  semblables 
rêveries,  ne  pouvait  manifestement  convenir  à  un  ontolo- 
giste  qui  pousse  l'orgueil  jusqu'à  cette  limite  insensée  et 
insane  d'égaler  l'essence  de  l'homme  à  celle  de  la  Divinité,  les 
attributs  de  l'humanité  à  ceux  de  l'Être  suprême.  Aussi  Abd  al- 
Karim  al-Djili,  dans  ce  même  esprit  démoniaque,  dit-il  que  ce 
n'est  point  l'homme  qui  est  la  dérivi'e  du  7.i7;j.:;,  que  l'homme 
n'a  point  été  créé  comme  la  réplique  du  monde  de  la  Transcen- 
dance, qu'il  n'est  point  l'épure  JLi-*^' de  l'univers;  en  d'autres 
termes,  les  diverses  parties  qui  composent  l'homme  ne  sont  pas 
une  image  réduite,  à  une  échelle  donnée,  de  celles  qui  lui 
correspondent  dans  le  monde  transcendantal;  mais  ce  sont,  bien 
au  contraire,  les  différentes  parties  du  7.07;^.:;  qui  ont  été  créées 
comme  répliques,  sur  le  modèle  de  celles  qui  leur  correspon- 
dent dans  l'homme,  et  c'est  là  la  raison  pour  laquelle  les  onto- 

logistes  nomment  l'univers  le  méganthrope  j---^'  ,'— '"^'-  Que 
l'homme  soit  très  supérieur  à  ce  7.icr;j.o;  métaphysique  et  phy- 
sique, dont  il  est  le  centre  mathématique,  qu'il  n'ait  pas  été 
fait  à  l'image  du  y,b<y\).oç,  alors  que  le  xôj.acç,  a  été  fait  à  la 


(1)  Il  est  inutile,  je  pense,  de  souligner  la  monstruosité  de  cette  extravagance, 
l'homme  jaloux  du  Démiurge,  parce  qu'il  a  créé  le  xdcrixo;  ! 

[78] 


140  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

sienne,  c'est  là  un  fait  évident,  qui  s'impose  à  l'esprit  pour  peu 
que  Ton  réfléchisse  à  cette  circonstance  que  l'homme  possède  la 
science  de  la  Divinité,  alors  que  l'univers,  dans  ses  proportions 
infinies,  est  une  entité  inerte,  qui  ne  jouit  pas  de  la  connais- 
sance, et  qui  tourne  indéfiniment  dans  l'inconscience  (1). 

En  affirmant  que  l'essence  de  l'homme  est  identique  à  celle 
delà  Divinité,  et  surtout  que  l'entité  humaine  est  le  prototype 
qui  a  servi  à  l'Etre  unique  à  construire  le  -xcatj-sç  par  une  ampli- 
fication gigantesque,  al-Djili  dépasse,  dans  des  proportions 
insensées,  d'une  façon  monstrueuse,  les  doctrines  les  plus 
anarchistes  des  métaphysiciens  qui  ont  écrit  en  persan,  je  ne  dis 
point  des  Persans,  puisque,  manifestement,  cet  auteur,  comme 
l'indique  suffisamment  son  nom,  «Hait  un  Persan,  qui  écrivait 
en  arabe,  comme  le  furent  Tabari,  Tirmidzi,  Zamakhshari,  et 
tant  d'autres  illustrations  de  la  littérature  dite  arabe. 

Mohammad  ibn  Nasir  ad-Din,  dans  le  Balir  a/-maani, 
enseigne  bien  que  la  créature  peut  arriver  par  ses  moyens  au 

stade  de  la  Solitarité  c^.ljljjy  (2),  lequel  est  rigoureusement 
identique  à  celui  de  la  Divinité;  mais  il  ne  cèle  point  que  ce 
stade  terminal  est  tellement  difficile  à  atteindre  que  l'on  compte 
sur  les  doigts  les  Mystiques  qui  y  sont  parvenus. 

C'est  à  force  de  macérations  spirituelles,  d'exercices  ésoté- 
riques,  d'œuvres  surérogatoires,  sans  compter  naturellement 
les  œuvres  d'observance  stricte,  à  force  de  grâces  divines,  de 
faveurs,  d'indulgences,  que  l'Etre  unique  a  presque  été  forcé 
d'octroyer  à  ces  malheureux,  que  quelques  très  rares  dévots  ont 
pu  s'élever  à  ces  sommets  de  l'échelle  des  stades,  et  leur  nombre 
est  infiniment  restreint.  C'est  de  même  que,  dans  le  monde  boud- 
dhique, les  disciples  de  Sakyamouni,  en  accumulant  de  la  même 
manière,  dans  le  même  esprit,  les  œuvres  de  la  surérogation, 


(1)  L'auteur  avait  composé  trois  traités  consacrés  à  l'exposition  de  cette 
théorie  scandaleuse  :  le  al-kUab  al-markoum  fi-sharh  al-tawhid  al-madjhoul 
loalma'alovm  «  le  livre  qui  a  été  écrit  pour  expliquer  l'ipseité  de  l'Unité, 
tant  inconnue  que  connue  »;  le  al-mamlakat  al-rabbaniyyal  al-maudhouhal 
fU-nishâ'at  al-insaniyya  «  le  royaume  du  Tout-puissant,  qui  a  été  composé  pour 
établir  la  modalité  de  la  manifestation  humaine  »  ;  le  al-manazir  al-Uahiyya 
«  les  théâtres  dans  lesquels  se  manifeste  la  Divinité  »,  ibid.,  folio  210  recto. 

(2)  Journal  asiatique,  1902,"  II,  page  103. 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         111 

les  pratiques  les  plus  insensées  du  renoncement,  acquièrent 
assez  de  mérites  pour  rompre  la  chaîne  tragique  du  samsara, 
pour  sortir  de  l'Océan  des  renaissances,  pour  arriver  au  Nir- 
vana, pour  s'absorber  dans  l'Ame  universelle,  au  stade  où  vivent 
les  esprits  supérieurs  du  Bouddhisme,  sous  une  forme,  sous 
des  espèces  que  l'esprit  occidental,  le  génie  sémitique  du 
Christianisme,  se  refusent  à  considérer  comme  un  stade  divin, 
parce  que  les  bouddhas  et  les  bodhisattvas  y  vivent  d'une 
existence  passive,  laquelle,  dans  les  idiosyncrasies  du  Boud- 
dhisme, n'en  est  pas  moins  la  forme  de  la  divinité. 

Al-Djili  et  les  docteurs  qui  appartiennent  à  son  école  pro- 
fessent une  théorie  beaucoup  plus  grave,  dont  les  conséquences 
religieuses  et  politiques  sont  terribles,  puisqu'elle  ruine  immé- 
diatement le  dogme  islamique,  la  doctrine  de  la  souveraineté 
spirituelle  des  khalifes,  omayyades  ou  abbassides,  des  Imams 
des  Shi'ites,  dans  l'orthodoxie  ou  l'hétérodoxie,  la  croyance  à 
l'authenticité  de  la  souveraineté  temporelle  des  sultans  qui  s'en 
sont  fait  investir  par  les  pontifes  de  Baghdad,  ainsi  qu'à  la 
validité  de  la  puissance  des  princes  shi'ites,  qui  se  faisaient 
donner  des  procurations  par  les  Imams,  et,  qui  plus  est,  ce  qui 
est  le  comble,  les  théories  compliquées  et  abstruses  des  Soufis. 

Si  l'homme  est  identique  dans  son  essence  et  par  ses  attributs 
à  l'Être  unique,  si  le  ij-xy.p6/.oî!j.3ç  n'est  qu'une  projection 
immensément  amplifiée  du  [xty.p:/.07;j.3ç,  si  l'Univers  est  la  copie 
de  l'entité  humaine,  à  quoi  servent  les  pratiques  religieuses, 
les  exercices  spirituels  et  moraux  qui  forment  l'essence  du 
Mysticisme?  Le  culte,  les  actes  d'obédience,  au  même  titre  que 
la  surérogation,  deviennent  une  anthropolàtrie  qui  n'a  aucun 
sens,  et  qui  n'a  été  inventée  dans  aucune  autre  civilisation; 
elle  aboutit  à  ce  concept  étrange  de  la  divinité  de  l'homme, 
créant  le  monde,  se  produisant  lui-même,  dans  une  forme,  sous 
des  espèces,  que  l'on  ne  retrouve  nulle  part  sur  la  terre,  à  quel- 
que époque  que  l'on  veuille  les  chercher.  Les  Alides,  les  Ismaï- 
liens, les  Soufis,  qui  ont  des  accointances  avec  ces  sectaires, 
qui  leur  ontemprunté  les  théories  néo-platoniciennes,  voulurent 
détruire,  les  uns,  le  Khalifat  abbasside,  les  autres  l'Islamisme 
dogmatique  du  Koran  et  de  la  tradition,  qu'ils  jugeaient  une 
forme  étroite  de  la  croyance,  tout  au  plus  bonne  pour  des  pas- 

[80] 


142  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIExN. 

leurs,  errants  dans  les  sables  du  désert;  ces  gens  avaient  raison,, 
et  des  raisons  pour  penser  de  la  sorte.  L'idéal  de  l'Islam,, 
de  sa  civilisation,  de  son  ambiance,  est  exactement  l'Islamisme- 
des  sultans  de  Constantinople,  au  xvi%  au  xvii"  siècle;  que 
des  entités  humaines  aient  cherché  à  briser  cette  cage,  c'est 
un  fait  intelligible;  il  ne  saurait  étonner,  ni  surprendre 
personne.  Mais  il  n'était  nullement  besoin  pour  le  faire 
de  proclamer  la  doctrine  insensée  de  la  divinité  de  l'homme  r 
la  théorie  des  Mystiques,  même  celle  des  Mystiques  moyens-, 
suffisait  largement  à  la  tâche,  puisque  beaucoup  de  Soufis 
peuvent,  par  la  surérogation,  s'élever  au  stade  delà  sainteté,  qui 
est  supérieur  à  celui  de  la  Prophétie;  puisque  Hafiz  de  Shiraz, 
ou  Djami  de  Hérat,  sont  supérieurs  à  Mahomet,  la  théorie  du 
Khalifat,  de  la  légitimité  spirituelle  et  temporelle  de  la  famille 
de  Mahomet  est  immédiatement  ruinée.  Quel  besoin  avaient  les 
Mystiques  d'amplitier  leur  doctrine  et  de  prétendre  que  l'homme 
peut,  dans  quelques  cas  exceptionnels,  par  la  multiplication 
indéfinie  des  exercices  spirituels,  s'élever  au  stade  de  la  Divi- 
nité, d'affirmer  que  le  Pôle  suprême,  le  chef  de  toute  la  hiérar- 
chie, commande  à  Allah  (1)?  Cette  exagération  était  absolument 
inutile,  puisqu'elle  ne  leur  servait  en  rien  à  établir  la  thèse 
qu'ils  avaient  à  cœur  de  faire  prévaloir,  la  vanité,  le  néant  delà 
mission  du  Prophète,  et,  partant,  l'inexistence  du  dogme  khali- 
fien.  Cette  doctrine,  comme  je  Tai  expliqué  dans  les  pages  de 
cette  Revue,  est  née,  à  une  date  relativement  récente,  de  l'influx 
dans  la  gnose  islamique  des  idées  bouddhiques,  de  la  théorie 
du  Nirvana,  fort  mal  comprise  par  des  gens  qui,  d'ailleurs,  la 
connurent  d'une  manière  incomplète,  et  en  mélangèrent  les- 
éléments  qu'ils  retinrent  a  d'autres,  empruntés  «à  la  doctrine 
chrétienne,  dont  ils  ne  comprirent  pas  mieux  l'essence. 

Encore  cette  théorie  peut-elle  jusqu'à  un  certain  point  se 
défendre,  parce  qu'elle  n'offense  pas  radicalement  la  raison,  et 
c'est  en  ce  sens  qu'elle  est  admise  par  les  meilleurs  esprits  du 
Bouddhisme;  quant  à  celle  qui  prétend  que  l'homme  a  été  créé 
avec  l'ipséité  de  Dieu,  qu'il  est  l'égal  de  l'Être  suprême, 
elle  n'est  point  une  nouveauté  dans  l'Islamisme  :  telle  fut  la 

(1)  Journal  adaligue,  lOOiJ,  II,  page  73. 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        143 

doctrine  de  Bayazid  al-Bistami,  de  Mansour  Halladj,  de  Shal- 
ghaniani,  de  bien  d'autres  hétérodoxes.  Elle  est  née,  comme  je 
l'ai  expliqué  dans  un  mémoire  antérieur,  d'une  incompréhen- 
sion du  dogme  de  la  théologie  chrétienne,   ou  plutôt  de  la 
manière  dont  il  a  été  exprimé,  de  l'impossibilité  absolue  dans 
laquelle  les  Orientaux  se  sont  trouvés  de  percevoir  comment  le 
Fils  de  Dieu  a  pu  naître  avec  les  attributs  de  l'humanité,  tout 
en  participant  de  la  Divinité,  ce  qui  a  provoqué  les  hérésies  et 
causé  les  schismes  de  l'église  orientale  :  puisque  Jésus-Christ 
fut  un  homme  en  même  temps  que  Dieu,  c'est  que  tout  homme, 
non  seulement  peut  devenir  dieu,  mais  est  Dieu  par  son  essence; 
à  moins  d'admettre,  comme  le  fit  Mahomet,  qui  ne  voulut  pas 
aller  jusqu'à  cette  extravagance,  que  Jésus,  fils  de  Marie,  ne 
participa  point  de  la  nature  divine,  qu'il  ne  fut  qu'un  homme, 
comme  lui-même,  investi  de  la  Prophétie  par  la  volonté  divine. 
Mais  il  n'en  reste  pas  moins  certain  que  cette  théorie  est  née 
tout  entière  d'un  emprunt  mal  fait,  mal  compris,  au  Christia- 
nisme, et  que  l'on  chercherait  en  vain  dans  toute  autre  forme 
religieuse  l'origine  de  cette  lubie  de  primaires.  Comme  je  l'ai 
expliqué  il  y  a  quelques  années,  dans  les  pages  de  cette  Revue  (1), 
l'identification  de  la  créature  avec  le  Créateur,  de  l'homme  avec 
le  Démiurge,  est  absolument  contraire  aux  idiosyncrasies  de 
l'esprit  asiatique;  elle  ne  peut  se  comprendre  que  dans  une 
forme  religieuse   issue  du  Christianisme,   du    Christianisme 
transmuté  par  des  hommes  peu  intelligents,  par  des  cerveaux, 
frustes,  de  sa  forme  orthodoxe,  beaucoup  trop  raffinée  pour  des 
Barbares. 

Cette  simplification  du  dogme  chrétien,  quelquefois  sa  com- 
plication, pour  expliquer  des  subtilités  mystérieuses,  est  à  la 
base  de  toutes  les  hérésies  orientales,  de  l'Arianisme  au  Nes- 
torianisme  (2);  c'est  très  vraisemblablement  aux  Ariens,  ou  à 
quelqu'un  de  leurs  successeurs,  que  les  théosophes  musulmans 
ont  pris,  par  à  peu  près,  cette  théorie  effarante  de  la  divinité  de 
la  première  entité  qui  vit  le  jour  dans  le  x6(7[ji,o;,  Arius,  qui  était 
un  esprit  simple,  n'a  jamais  pu  comprendre,  entre  autres  points 


(1)  Revue  de  l'Orienl  Chrétien,  1925-1926,  page  80. 

(2)  Ibid.,  1927-1928,  page  16. 

[82] 


141  REVUE    DE    L'oniENT    CIIRÉTIEX. 

du  dogme,  que  le  Fils  pût  être  aussi  ancien  que  le  Père;  puis- 
que prre  et  fils  il  y  a,  pensait-il,  fatalement,  nécessairement,  le 
Père  est  plus  ancien  que  le  Fils,  le  Fils  plus  moderne  que  le 
Père;  Jésus-Christ  fut  engendré,  dit  l'Évangile,  donc  il  n'exis- 
tait pas  avant  d'avoir  été  tiré  du  néant,  donc  il  n"est  pas,  et 
il  ne  peut  pas  être  éternel  comme  le  Père,  qui,  par  définition, 
est  éternel.  Le  Verbe  dit  de  lui-même,  dans  les  Proverbes  (1), 
que  Dieu  l'a  créé  au  commencement  de  ses  voies;  mais  le 
Verbe,  le  Fils  et  la  Sagesse  sont  les  trois  noms  d'une  même 
personne,  d'une  même  entité  primordiale,  créée  au  principe 
du  temps,  par  le  Père,  après  une  certaine  durée,  au  cours  de 
laquelle  il  a  existé  seul. 

C'est  un  fait  visible  que  les  Musulmans  ont  connu  cette 
théorie  des  Ariens,  qu'Arius,  d'ailleurs,  emprunta  à  l'un  des 
pères  les  plus  vénérables  de  l'Église  romaine,  à  TertuUien;  que 
leur  Présence  de  l'Existence  intégrale,  la  première  des  créatures 
d'Allah,  est  la  première  entité  d'Arius,  le  ^'erbe,  Fils  de  Dieu, 
créé  avant  le  Temps,  avant  les  existences  r^fo  «Iwvwv,  des  entités 
inexistantes  â;  ojy.  cvtojv,  par  la  volonté  de  Dieu,  qui  a  créé  tout 
ce  qui  existe.  Mais  le  Verbe  n'est  que  la  première  créature  de 
Dieu,  bien  qu'elle  soit  la  plus  parfaite  et  supérieure  à  toutes  les 
autres;  elle  ne  possède  point  la  même  essence  que  le  Père;  elle 
n'est  pas  Dieu,  quoiqu'elle  puisse  prendre  les  noms  de  Dieu,  de 
Logos,  de  Sophia.  F'uisque  le  Fils  de  Dieu,  Dieu,  sans  l'être  par 
toute  son  essence  et  ses  attributs,  est  homme  par  ses  attributs 
terrestres,  il  va  de  soi  que  cette  Existence  intégrale,  qui  en 
est  la  réplique  dans  les  théories  ontologiques  de  l'Islam,  en 

(1)  VIII,  22-23;  la  «roçta  est  le  Xôyo;  ;  x-jpio;  s-aticté  \s.i  àpyji'J  ô5wv  aÙToO...  npo  to-j 
aiôivoi;  èÔeiJLeXiwffé  [as  ;  comme  le  dit  saint  Jean  :  'Ev  àp-/r)  -^v  6  lôyoz  xal  ô  Xôvo;  ^v  upô; 
TovâsbvTiai  SebçYÎv  ô  Xoyoç.  Et  cela  explique  très  naturellement  pourquoi  les  Bar- 
bares embrassèrent  avec  enthousiasme  les  théories  de  ces  sectes  orientales  du 
Christianisme,  dont  la  seule  hérésie  était  de  chercher  à  approfondir  des  mys- 
tères qu'il  faut  se  résoudre  à  accepter  comme  tels,  ou  à  rejeter,  sans  compromis, 
•  jui  sont  au  delà  de  la  raison  humaine,  et  surtout  au  delà  de  la  raison  des 
Barbaries,  pourquoi  les  Germaniques,  au  v  siècle,  qui  se  ruèrent  sur  l'Empire 
romain,  étaient  des  Ariens  enragés.  C'est  un  fait  curieux  et  indubitable  que  la 
lecture  de  saint  Irénée  et  de  saint  Epiphane  montre  que  toutes  les  hérésies  sont 
nées  en  Orient  de  l'incompréhension  des  idiosyncrasies  du  dogme  chrétien,  et 
de  leur  transi)Osition,  soit  dans  unsj'stème  plus  simple,  soit  dans  un  autre  plus 
compliqué,  suivant  a  mentalit('  et  lacéri'bralité  de  l'opérateur. 

.  [83] 


LA    PENSKE    (iRECklUE    DANS  , LE    MYSTICLSME    ORIENTAL.         115 

même  temps  qu'elle  représente  une  entité  de  la  Transcendance, 
représente  aussi  l'être  humain  du  microcosme;  elle  ne  surprend 
point  d'ailleurs  outre  mesure  chez  des  esprits  compliqués,  dont 
le  pire  orgueil  est  le  péché  le  plus  véniel,  chez  les  Mystiques 
qui  ont  dit,  comme  Aboul-Hasan  Kharrakani,  que  le  Soufi  est 
incréé  ijij^^  jiA  J-j^^''  qu'il  est  le  Primordial,  antérieur  à  la 
Création,  Allah  lui-même,  ce  qui,  manifestement,  est  très  con- 
forme à  ce  que  pensaient  ces  insensés  dès  les  origines  de  la 
secte,  Bayazid  al-Bistami,  Halladj,  et  leurs  semblables  (1). 


(1)  Dans  son  Bahr  al-maani,  iiian.  siipp.  persan  9iii;.  folio  95  verso,  Moham- 
uiad  ibn  Nasir  ad-Din  donne  de  la  liiéraniiie  mystique  une  division  qui  est 
directement  inspirée  par  l'orgueil  démoniaciue  de  la  sei-te;  les  Soufis  enseignent 
que  la  vie  religieuse  est  une  Voie,  au  travers  des  stades  de  laquelle  le  Mystique 
s'avance  vers  l'Être  unique,  à  force  de  maci-rations  et  d'exercices  spirituels,  jus- 
qu'à se  trouver  uni  à  son  ips«'ité,  dans  une  absorption  absolue;  le  Nirvana 
-\-=-^,  a  dit  l'un  des  docteurs  de  la  secte,  est  la  disparition  intégrale  de  l'iiiséilé 
de  la  créature  dans  la  Divinité,  dans  laquelle  elle  demeure  éternellement,  sans 
plus  posséder  de  ■<  moi  ■■,  d'ipséité,  qui  lui  soit  propre  o.a  ;  cette  doctrine,  qui  est 
]irimordiale,  et  qui  est  empruntée  au  Bouddhisme,  a  paru  beaucoup  trop  sim- 
ple aux  Ésotéristes,  qui  ont  inventé,  comme  je  l'ai  exposé  dans  cette  Revue,  en 
I02.j-I9:.*6,  ditïérentes  modalités  de  cette  ■>  marche  »  qui  doit  amener  la  créature 
au  sommet  des  stades  et  au  bonheur  absolu,  la  marche  vers  la  Divinité,  enfin 
la  marche  en  la  Divinité,  dont  j'ai  tenté  d'interpréter  le  sens  mystique.  Si  l'on 
en  cioit  Mohammad  ibn  Nasir  ad-Din,  cette  marche  en  Dieu,  qui  est  au  delà  du 
point  terminal  do  la  Voie,  ((ui  est,  par  sa  définition  même,  un  concept  de  la  Trans- 
cendance, est  celle  que  suivent  tous  les  Soutis  pour  arriver  à  l'identification  avec 
Dieu;  alors  que  dans  la  théorie  du  Maksad-i  aksa,  du  Madjma  al-bahraïn,  c'est 
à-dire  dans  l'idée  des  Ésotéristes  qui  ont  conservé  leur  raison,  elle  ne  se  produit, 
et  ne  peut  se  produire,  que  lorsque  le  Mystique  est  arrivé  au  Nirvana,  dans 
l'ipséité  d'Allah,  d'une  manière  irrationnelle,  qui  échappe  entièrement  aux  sens 
de  l'humanité:  cet  auteur  nous  apprend  en  effet  que  les  hommes  se  répartissent 
en  trois  classes,  suivant  la  division  canoniciue,  en  ordinaires,  bons,  et  excellents, 
des  membres  de  la  communauté  islamique  :  la  première  catégorie  comprend 
les  individus  qui  acccfm plissent  cette  marche  dans  ce  monde,  en  vue  du  monde 

Ljj-Jl  ^  y^i-^  ;  leur  capital  est  le  monde;  le  gain,  l'intérêt  qu'ils  retirent  de 
leurs  peines,  de  leur.s  efforts,  sont  le  péché  et  le  repentir;  la  seconde  catégorie, 
les  bons,  «  marchent  ■>  ilans  le  monde  futur,  en  vue  du  traitement  qu'ils  espèrent 
y  trouver;  leur  capital  est  le  culte  de  l'Être  unique,  Tobédience,  les  pratiques 
de  la  vie  religieuse,  les  anivres  pies;  leur  gain  est  le  paradis,  mais  ce  paradis 
matériel,  qui  n'a  rien  à  voir  avec  la  béatitude  de  l'anéantissement  dans  la  Divi- 
nité {Revue  de  l'Orienl  chrétien,  1925-1926,  page  103:  1927-1928,  page  68);  c'est 
le  lot  des  savants,  des  juristes,  des  théologiens,  que  tous  leurs  efforts  ne  peuvent 
amener  à  la  vérité  intangible,  à  la  vie  éternelle,  indéfinie,  et  infinie,  dans 
l'ipséité  de  Dieu;  la  troisième  classe  est  formée  des  hommes  qui  vivent  de  la  vie 

[81] 

UKIENT   CHRÉTIEN.  10 


146  REVUE    DE    l'orient   CHRETIEN. 

L'Existence  intégrale  J.5^!  ^^^J\,  dit  Abd  al-Karim  al-Djili, 
dans  son  Mir'ai  al-'alam{\),  entant  que  composée  de  la  somme 
des  entités  existantes  o^b^c^y»,  peut  être  considérée  sous  deux 
aspects,  à  Texclusion  d'un  troisième;  elle  est  primordiale,  prin- 
cipale, essentielle  v.-^-5,  ou  accidentelle  ^^1:^(2);  considérée 
dans  son  essence,  et  sous  ses  attributs  de  primordialité,  de  prin- 
cipialité,  elle  est  l'entité  essentiellement  nécessaire,  éternelle, 
infinie,  c'est-à-dire  l'Etre  unique,  ses  noms  et  ses  attributs;  si 
on  la  considère  sous  son  aspect  d'accidentalit(''  .j^j.sr'',  elle  est 
toutes  les  entités  qui  sont  devenues  actuelles  et  nécessaires, 
après  avoir  été  seulement  potentielles  et  possibles,  en  d'autres 
termes,  tout  ce  qui  existe  en  dehors  de  l'Être  unique,  aussi  bien 
les  entités  qui  tombent  sous  les  sens  que  celles  qui  ne  relèvent 
point  de  la  tangibilité.  Les  entités  sensibles  sont  composées  de 
pondérabilités  et  d'impondérabiIit(''S  physiques  ^-ài  ^^  ^^^^-^j^ 
L^jjlkJ  ^j  21*^!;  ce  sont,  les  premières,  les  corps  qui  existent 
sur  la  terre  et  qui  appartiennent  au  monde  végétal  ou  au 
régne  animal;  les  secondes' sont  les  entités  formées  d'impon- 
dérables, littéralement  de  légèretés  physiques  ï*^3!  wà^liaj, 
lesquelles,  partant,  ne  tombent  pas  sous  les  sens  de  tangibilité,  et 
n'appartiennent  pas  à  leur  domaine,  tels  les  corps  lumineux  des 
astres,  et  tout  ce  qui  leur  est  en  connexion,  comme,  par  exemple, 
le  mouvement  dont  ils  sont  doués  (3);  toutes  ces  entités  for- 

ésotérique,qui  "Voyagent-  en  Dieu,  dans  ses  attributs  i.15 1  ^  y^li  6t  non  point 
vers  son  Essence,  vers  son  Trône,  comme  les  hommes  qui  composent  la  seconde 
catégorie;  leur  capital  est  la  connaissance  ÏSfcX,*,  laquelle,  comme  je  l'ai  expli- 
qué autre  part,  se  confond  en  réalité  avec  le  Nirvana,  avec  la  fusion  et  l'absor- 
ption dans  la  Divinité;  ce  qui  explique  que  Mohammad  ibn  Nasir  ad-Din  al- 
Makki  dise,  dans  sou  Bahr  al-maani,  que  leur  gain  est  cette  unification  avec 
l'Être  unique,  laquelle,  en  bonne  logique,  doit  précéder  cette  marche  dans^ 
l'ipséité  d'Allah. 

(1)  Mau.  arabe  1338,  folios  ^'l:i  verso  et  213  recto. 

(2)  Exactement  dans  le  sens  de  la  théologie  chrétienne,  dont  ces  termes 
démarquent  la  terminologie;  -ji  «  être  ancien  •  est  l'antonj-me  do  ^j^^:s>. 
"  être  nouveau  ».  ' 

qu'il  faut  traduire  ii,Jï]  par  <■  impondérabilité  »,  puisque,  par  définition,  le 
mouvement  des  sphères  célestes  est  l'immatérialité  même. 

.      [85] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         147 

ment  le  monde  tangible,  auquel  les  ontologistes  donnent  le 
nom  de  monde  du  Royaume  ^tXJJI  JU.  Quant  à  la  partie 
du  7,2C7;j.5ç  qui  ne  tombe  pas  dans  le  domaine  des  sens,  continue 
Abd  al-Karim  al-Djili,  il  n'en  résulte  nullement  qu'elle  soit  la 
vacuité  absolue;  elle  est,  soit  toujours  et  absolument  susceptible 
d'être  perçue  par  la  vue  ï^j^  '---^b'  ou  non  susceptible  de  l'être 
haiy}\  s^**;  ce  qui  est  susceptible  d'être  perçu  par  la  vue  est  le 

monde  des  esprits  différentiels  'ij^f^-^  r^^^^l  l'aspect  du  monde 
intangible  auquel  les  métaphysciens  de  l'Islam  donnent  le  nom 
de  monde  de  la  Souveraineté  ^^j^^.  Tout  un  chacun,  quand  il 
se  transporte  hors  de  notre  présent  séjour,  ne  peut  faire 
qu'apercevoir  ce  monde  de  la  Souveraineté  tandis  qu'il  se  trouve 
encore  dans  le  nôtre,  et  il  n'arrive  à  la  connaissance  du 
monde  de  la  Souveraineté  dans  son  intégralité  absolue  i^x^-n-^ 

que  par  le  témoignage  de  la  vue  ésotérique  'iJj..^.M  J)^^,  d'une 
manière  tout  ésotérique,  alors  qu'il  peut  parvenir  à  sa  connais- 
sance partielle  -i-^w,  à  n'en    percevoir  qu'une  partie,  par  le 

témoignage  de  la  vue  exotérique  ïj^-^J'  hi-^^  d'une  façon  tout 
exotérique,  tangible,  matérielle,  exactement  dans  les  mêmes 
conditions  de  matérialité  où  l'Ame,  quand  elle  a  fini  de  se  trans- 
porter de  ce  monde  dans  le  monde  futur  »j.^^i,  qui  appartient 
à  la  Transcendance,  voit  le  monde  de  la  Souveraineté  qui,  lui 
aussi,  fait  partie  de  la  Transcendance.  Quant  au  monde  qu'il 
est  seulement  possible  d'apercevoir  dans  quelques  circonstances 
déterminées,  et  non  dans  toutes  ■^.^j^^  yW^  c'est  le  second 
aspect  du  monde  transcendantal,  le  monde  de  la  Toute-puis- 
sance sJl^j.j--?^;  il  est  le  monde  des  esprits  intégraux  ~'j;j^'   J^-*^ 

ïILOl,  et,  tout  en  faisant  partie  intégrante  du  xîti^.o;  de  la 
Transcendance  qui  n'est  pas  absolument  caché  à  la  vue  de 
l'homme,  il  se  trouve  à  un  stade  beaucoup  plus  élevé  que  le 
monde  de  la  Souveraineté. 

Ce  qui  échappe  entièrement  à  sa  vue,  c'est  le  monde  des 
valeurs  ésotériques  ^^^  ç^^,  en  d'autres  termes,  les  entités 
qui  relèvent  du  Décret  divin,  sans  avoir  aucune  existence  tan- 
gible irj5»D.^)l^.jiJl  ïI^C=J!   ,^*"^!,    c'est-à-dire    le    monde    des 

[86] 


118  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Intelligibles;  ces  entités  existent  dans  la  Volition  divine,  dans 
le  Décret  divin  *5^1,  tout  en  étant  privées  d'essence  et  d'attri- 
buts, comme  le  sont  les  Mères,  c'est-à-dire  les  prototypes  des 
formes  nées  dans  le  Décret  divin  ïl^iCsr^!  c^l^^^i^  ^.^x]\  sj^^ïi*  (1). 
L'Existence  ^^=^j,  continue  Abd  al-Karim  al-Djili,  dans  son 
Mir^at  al-'alani  (2),  se  présente  sous  deux  aspects  essentielle- 
ment différents  :  la  \'érité  créatrice  j^^».,  et  la  Création  ^^^^ 
qu'elle  a  produite;  la  Création  ^•^,  à  son  tour,  se  divise  en 
quatre  catégories,  ou,  ni  l'on  veut,  revêt  quatre  aspects  :  1"  le 
monde  tangible,  ou  monde  du  Royaume  wlUi  J^:  "i"  le  monde, 
de  la  Souveraineté  ^^.XUl  JU  :  3°  le  mçnde  de  la  Toute-puis- 
sance ,^jy^\  JU;  1°  le  monde  des  entités  transcendantales 
^iU!  Jlc.""      * 

Chacun  de  ces  quatre  aspects  du  y,b<j'^.zç,  qui  existent  en  dehors 
de  l'ipséité  de  la  Divinité,  se  présente  lui-nîême  sous  les  espèces 
de  deux  aspects,  un  aspect  supérieur  ^^'i  un  aspect  inférieui- 
^->î,  entre  lesquels  il  existe  un  certain  nombre  de  stades  ^^^j', 
de  degrés,  ou  peuvent  se  manifester  différentes  catégories 
existentielles. 

■  Les  métaphysiciens  musulmans  considèrent  ces  deux  aspects 
de  chacune  des  quatre  apparences  du  v.i7[xo;  comme  un  côté 
^j^-,  c'est-à-dire,  dans  leur  terminologie,  comme  une  surface 
plane  limitant  un  volume;  entre  ces  deux  plans  qui  limitent  le 
volume  de  chacun  des  quatre  aspects  du  •/.:c7|a:ç,  il  existe  une 
distance  suffisante  pour  permettre  l'existence  simultanée  d'un 
nombre  infini  d'entités,  qui  s'étagent  entre  eux,  de  manière  à  éta- 
blir une  liaison,  une  connexion  entre  les  deux  faces  extrêmes 
d'un  monde,  c'est-à-dire,  en  somme,  entre  la  surface  la  plus 
basse  du  monde  le  plus  inférieur  et  la  surface  la  plus  élevée  du 
monde  le  plus  supérieur,  grâce  à  cette  continuité. 

Des  deux  aspects  du  monde  tangible,  du  ^^,  qui  est  l'aspect 
4u  y.ôa\).oq  dans  lequel  nous  vivons,  l'aspect  supérieur  est  forme 

des  corps  lumineux  ïj,^J1  ^j^'^'  et  des  mouvements  de  ces  corps 

(1)  Comme  on  Ta  vu  ])lus  haut,  Icaza  est  essentiellement  synonyme  de  houkm. 

(2)  Man.  arabe  1338,  folio  ■2\'i  recto. 


LA    PENSÉE    (iRECQUE   DANS    LE    MVSTICIS.ME    ORIENTAL.         1  10 

lumineux,  des  corps  célestes  CCli.'!  ,_^!^j^i,  que  les  métaphysi- 
ciens regardent  comme  étant  de  la  même  nature;  l'aspect 
infV'rieur,  le  plan  inft'rieur  de  ce  monde  tangible,  est  constitué 
par  l'homme,  par  la  créature  humaine  ^j^^  ^^^J"^1  {[)  les 
stades,  les  degrés  dans  lesquels  peuvent  se  manifester  les 
variantes  de  l'existence  entre  ces  deux  espaces  limites  du 
monde  tangible  sont  en  nombre  considérable;  ces  entités 
matérielles  constituent  toutes  les  existences  du  monde,  les 
animaux,  les  végétaux,  les  minéraux,  et  les  corps  composés 
des  quatre  éléments;  l'auteur  ne  fait  d'ailleurs  dans  ces  lignes 
que  renvoyer  à  un  traité  beaucoup  plus  considérable,  dont  il 
abrège  la  doctrine,  qu'il  avait  écrit  sous  le  titre  de  Kotb  al- 
'((djaïb  ica  falak  al-gliaraib  «  le  Pôle  des  merveilles  et  le 
ciel  des  étrangetés  «. 

L'aspect  supérieur  du  monde  de  la  Souveraineté  est  formé 

par  les  esprits  agissants  iJliiiî  -îj;"^!,  qui  régissent  l'Existence; 
l'aspect  inférieur,  par  les  esprits  passifs  ^-^*i^  -^1?^"^''  qui  subis- 
sent l'action  des  premiers,  et  qui  sont  commandés  pour  régir  les 
entités  différentielles  de  cette  Existence  intégrale  (2). 
L'aspect  supérieur  du  monde  de  la  Toute-puissance  comprend 

(1)  Sic;  comment  l'iiomnie,  l'égal  de  la  Divinité,  prototype  de  l'Univers,  même 
réduit  à  la  matérialité  de  sou  corps,  peut-il  être  au  stade  inférieur  de  l'aspect 
inférieur  du  xôspo;? 

(2)  Ainsi  enteii'l  certainoment  le  texto      \z\    ,^-3^    J   Ua>l    ^_:,'»n11,JI      ,! 

j\^--^-'i  iUJi  ^l.,^l!  a>a    ,oL  ^^X)  ï^jji  iJUiil  ^\,;i\  .^, 

Aj  ^V^  ,  a^*il  [J<>3ii^  *--l];  Iss  mots  que  j'ai  plticés  entre  crochets  n'appar- 
tiennent pas  au  texte  qu'ils  rendraient  incompréhensible;  ils  signifient  simple- 
ment «  participe  passif  >■.  à  lire  au  participe  passU  al-mousakhkhara,  et  non  au 
participe  actif  ^^'-^  *♦-',  al.-mousaklikliira,  pour  discriminer  deux  formes  que 
la  graphie  arabe  ne  permet  pas  de  différencier  dans  un  texte  qui  n'est  pas 
entièrement  vocalisé;  si  cette  glose  est  l'œuvre  de  l'auteur,  le  sens  que  j'ai 
donné,  quoique  un  peu  paraphrasé,  ce  qui  est  fatal  dans  des  écrits  aussi 
obscurs,  est  certain,  et  peut  se  défendre;  les  esprits  passifs  sont  commandés, 
manœuvres,  par  les  esprits  actifs,  pour  régir  les  particularités  de  la  Création: 
mais  si  cette  glose  a  été  introduite  par  un  exégéte  de  la  pensée  d'Abd  al-Karim 
al-Djili,  à  tort,  et  s'il  faut  lire  la  forme  active  du  participe,  le  sens  devient  : 
«  les  esprits  passifs  qui  régissent  les  entités  différentielles  »;  la  nuance,  en  fait, 
est  insignifiante,  puisque,  par  leur  définition  même,  les  esprits  passifs  sont 
manœuvres  par  les  esprits  actifs. 


150  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

les  esprits  sublimes,  qui  ne  sont  pas  composés  des  éléments, 
comme  le  grand  Trône  (J'j^^  les  esprits  qui  l'entourent  et  qui 
le  portent,  tels  l'Estrade  du  Trône  ,^_^-/ ^  le  grand  Kalam,  et 
la  Table  gardienne  du  sort  (1);  l'aspect  inférieur  de  cette 
modalité  du  monde  de  la  Transcendance  est  formé  des  anges 
qui  protègent  le  xiai^-oç  3l;«v^J!  lCî^.J!  :  il  existe  de  très  nombreux 
stades  entre  ces  deux  aspects  du  monde  de  la  Toute-puissance, 

tels  que  ceux  de  l'Intelligence  primordiale  J^'iî^  j£x3î  (2)  et  des 
esprits  universaux  lIvM  _Ij.^î. 

L'aspect  supérieur  du  monde  des  existences  ésotériques 
^U.J!  JU,  du  monde  des  Intelligibles,  est  formé  des  entités 
^y\,  dont  les  philosophes  disent  qu'elles  existent  dans  l'intellect 
^i,  sans  qu'il  y  en  ait  trace  en  dehors  de  l'intellect,  telles 
que  l'entité  transcendantale  de  la  Création,  formée  de  la  matière 
abstraite,  à  laquelle  l'Être  unique  a  révéléjla  forme  '-^  (3),  et 
l'impossible  par  définition  (4)  ^^^^^^  J'-s-'^-'h  son  aspect  infé- 


(1)  La  Table  gardienne  est,  en  effet,  dans  la  Toute-puissance,  voir  cette  Revue, 
1929-1930,  page  ii97-,  il  est  naturel  que  le  Kalam  s'y  trouve,  puisqu'il  est  la  pre- 
mière entité  créée,  qui  est  identique  à  la  Table. 

(2)  L'Intelligence  primordiale  étant  la  première  entité  créée,  identique  au 
Kalam,  à  la  Table,  devrait 'en  bonne  logique  se  trouver  dans  le  plan  supérieur 
du  monde  de  la  Toute-puissance. 

(3)  Le  1.5.,  dit  Djourdjani,  dans  son  Traité  sur  les  délinitions.  man.  arabe  4261, 
folio  104  recto,  est  l'entité  en  laquelle  Allah  produisit,  révéla    jjà  les  corps  du 

C 
xoG-[io;,  bien  qu'elle  ne  possédât  point  d'essence  qui  lui  fût  particulière  (^-^ 

dans  l'existence,  autrement  que  par  les  idées,  les  images,  les  i^j-^,  qu'Allah 
produisit  en  elle;  on  l'appelle  aussi  '^anka  U'Ai  et  la  matière  1»^»  =  Qr,.  Lorsque 
le  hahi'i  se  disposa  à  organiser  les  stades  de  l'existence  dans  le  quatrième  stade, 

au-dessous  de  ceux  auxquels  se  trouvent  l'Intelligence  primordiale  J,"^l  Aï».M, 

l'Ame    universelle  diCM     j-*aJ|,    la   Matérialité    universelle    ilLCM    ï*„-ia)', 

de  ce   fait  qu'il  est  une  Essence  ^»_i=>- ,  les  concepts  des  corps  se  révélèrent  en 

lui;  au-dessous  de  son  stade  se  trouve  le  stade  du  corps  universel      liCJ!  a--^'  ; 

le  stade  du  hahà  ne  peut  se  comprendre  autrement  que  la  noirceur  et  la  lilan- 
cheur  dans  ce  qui  est  noir  et  blanc;  en  effet,  la  noirceur  et  la  blancheur  sont 
des  abstractions  de  l'intellect,  tandis  que  ce  qui  est  blanc  et  noir  relève  des  sens. 

(4)  ^j  .L»,  en  géométrie,  signifie  ce  que  l'on   concède,  un  postulatum;  il 

[89] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         151 

rieur  comprend  les  entités  ^^"^  qui  existent  dans  Tintellect, 
mais  qui  ont  ég'alement  une  existence  intégrale  en  dehors  de 
l'intellect,  comme  la   proximité,    l'éloignement,   la   science, 
l'ignorance,  les  universaux  en  général. 
L'homme  est  lExistant  absolu  (^IkJ!  :>j=^jJî,  parce  que, 

dans  son  intégralité,  au  point  de  vue  de  son  intégralité  -s^xllC, 
il  ne  possède  aucune  relation  de  dépendance  avec  les  stades 
v-^jy,  alors  qu'il  n'a  de  relation  de  dépendance  avec  eux  que 
lorsqu'on  le  considère  au  point  de  vue  différentiel  ^ly?^.  (1); 
ce  qui  revient  à  dire,  comme  l'a  fait  al-Djili,  dans  un  autre 
passage  de  son  traité  d'Ontologie  qu'il  possède,  comme  la 
Divinité,  l'Intégrale  de  l'existence,  qu'il  est  l'égal  de  Dieu  (2), 
ou  mieux  qu'il  est  le  Monde  lui-même,  la  réplique  du  -/.icrjj.oç, 


faut  comprendre  une  chose,  un  fait,  qui  sont  impossibles,  et  absurdes,  sans 
aucune  contestation. 

(1)  Man.  arabe  1338,  l'olio  213  recto.  La  signification  transcendantale  de  l'idio- 
syncrasie  humaine,   dit   al-Djili,  ibid.^   folio    216   recto,    est   l'Essence    divine 

ï.>^^î  vO^'^-''  c*  ^•''•'«•'^^  iiLïs-'!  ;  ce  qui  signifie,  sous  une  forme  mons- 
trueuse, que  la  Divinité  est  l'intégrale  de  l'homme,  et  non  l'homme  une  diffé- 
rentielle lointaine  de  Dieu,  dans  le  même  esprit  de  blasphème  où  l'Univers  est 
la  réplique  du  microcosme,  et  non  le  microcosme  celle  du  Macrocosme.    ' 

(2)  Cette  thé  >rie  du  microcosme  est  l'évolution  naturelle  et  logique  de  la 
pensée  platonicienne,  telle  (lu'elle  se  trouve  exposée  dans  le  Thnée  :  le  monde  n'a 
pas  existé  de  tout  temps;  il  est  l'image  d'un  prototype  inaltérable,  que  l'Être 
suprême  fit  sortir  du  chaos,  car,  voulant  que  tout  soit  bon,  il  prit  la  masse  des 
tangibilités,  qui  s'agitait  d'un  mouvement  désordonné,  la  matière,  et  de  ce 
désordre,  il  produisit  l'Ordre;  c'est  là  une  extension  de  la  théorie  d'Anaxagore, 
suivant  laquelle  il  fallut  l'esprit,  la  raison  voùç,  pour  organiser  le  chaos,  et  en 
faire  le  xôtjao;.  Dieu  créa  le  zotjio;  comme  un  animal  doué  d'une  àme  et  d'une 
intelligence,  de  telle  sorte  qu'il  est  un  être  vivant,  dont  tous  les  autres  êtres, 
considérés  individuellement  et  par  genres,  sont  des  parties,  des  difiérentielles, 
d'une  Intégrale  unique,  d'une  perfection  absolue.  C'est  en  ce  sens  que  Plotin  a 
écrit  (Ennéade  IV,  iv,  32-33)  que  le  x6(y(i.oi;  est  un  grand  animal,  et  que  l'Ame 
universelle  pénètre  toutes  ses  parties;  que,  de  par  son  unité,  il  constitue  un  tout 
sympathique  à  lui-même,  dont  une  partie  ne  peut  éprouver  une  variation  dans 
sa  modalité,  sans  que  la  partie  correspondante  éprouve  la  même  variation;  si 
l'être  qui  subit  cette  variation  possède  une  nature  analogue  à  celle  de  l'être  qui 
la  produit,  il  en  éprouve  du  bien;  du  mal,  dans  le  cas  contraire.  Dans  un 
autre  passage,  Plotin  a  écrit  que,  de  même.que  dans  le  corps  humain,  chaque 
organe  possède  sa  fonction  propre,  de  même,  dans  le  xosfio;,  les  êtres  ont  tous 
leur  rôle  particulier,  d'autant  plus  qu'ils  ne  sont  pas  seulement  des  parties  de 
l'Univers,  niiis  que  chacun  d'eux  l'orme  un  univers  qui  a  son  importance. 

Saint  Epiphane,  dans  son  traité  intitulé  Contre  Origène  Adamanlius,  de  l'épi- 

;!)0j 


15-2  Ri:vLE  DK  l'orient  chrktikx. 

dans  ses  quatre  aspects,  quil  est  la  Divinité,  les  stades  du 
microcosme  correspondant  de  la  façon  la  plus  absolue  à  ceux 
du  ?»lacrocosme  ou  Méganthrope  :  le  monde  de  la  Souveraineté 
signifie  la  partie  ésotérique  de  Thomme:  le  monde  tangible,  sa 
partie  exotérique;  le  monde  de  la  Toute-puissance  correspond 
aux  significations  transcendantales  ^3^'-^=^  de  l'homme;  quant 
au  monde  des  significations  ésotériques  ^jUJI   JU,  le  monde 

des  Intelligibles  de  Platon,  qui  est  Taspect  supérieur  de  la 
Transcendance,  il  répond  aux  entités  les  plus  élevées  qui 
existent  dans  l'homme,  à  ses  entités  ésotériques  ^y^^'  ;  au-dessus, 
et  en  dehors  de  ces  aspects  du  7.6{7|j.cç,  plane  la  Volonté  primor- 
diale qui  l'a  créé,  et  qui  s'est  révélée  sous  les  deux  aspects  de 

la  Vérité  créatrice  ^^^  et  de  la  Création  J^^^:  à  la  première, 
correspond  dans  l'homme  son  ips^'ité,  alors  que  la  seconde  a 
pour  réplique  son  corps. 


toiné  de  MéUiode  sur  OrJgène,  et  non  de  Proclus,  nous  apprend  qirt)rigùne 
professait  également  la  théorie  du  niicrocosme,  construit  et  imaginé  suivant  les 
donn('es  et  les  théories  de  la  Rible,  en  conformité  absolue  avec  elles;  il  ensei- 
gnait en  effet  que  le  Démiurge  ormio'jpyo;  Oeo;  a  créé  toute  la  machine  du  monde 
comme  une  grande  ville,  dans  laquelle  il  a  réuni  toutes  les  formes  vivantes, 
pour  que  ce  monde,  suivant  l'étymologie  et  le  sens  du  mot  v.6a[x>i:,  s'accrût  et 
vécût  de  la  manière  la  plus  harmonieuse:  il  créa  l'homme  en  dernier  lieu,  pour 
introduire  dans  ce  monde  l'image  même  de  la  Divinité  créatrice;  cette  théorie 
ne  va  pas  sans  rappeler  par  quelques  point  les  fantaisies  littéraires  de  l'auteur 
du  Madjma  al-bahrain. 

Le  gnostique  Marcus,  au  témoignage  de  saint  Irénée,  enseignait  que  le 
Démiurge  a  servi  d'instrument  à  sa  mère,  Achamoth,  polir  créer  le  xô(7(xo;  à 
l'image  des  Éons  invisibles  :  les  quatre  éléments  ont  été  crées  à  l'image  de  la 
Tétrade  primordiale;  les  quatre  éléments,  plus  leurs  manifestations,  chaud, 
Iroid,  sec,  humide,  sont  les  répliques  de  l'Ogdnade;  les  dix  puissances,  a  savoir 
les  sept  deux,  plus  le  huitième  ciel,  enveloppe  des  sept  autres,  plus  le  Soleil  et 
la  Lune,  correspondent  à  la  Décade;  le  Zodiaque,  avec  ses  douze  signes,  les 
1::^  mois  de  l'année,  les  1"2  heures  de  la  journée,  les  12  climats,  sont  autant  de 
répliques  de  la  Dodécade;  les  360  degrés  du  Zodiaque  30  x  12  sont  l'image  de 
la  Dodécade  dans  ses  rapports  avec  la  Triacontade,  les  30  Éons;  Saturne,  à  la 
limite  du  x6cr|xo;,  a  une  évolution  de  30  années,  la  Lune  accomplit  également 
sa  révolution  en  30  jours,  ce  qui  constitue  deux  répliques  de  la  Triacontade; 
encore  faut-il  ajouter  que  Saturne,  qui  parcourt  son  orbite  en  30  années,  aux 
confins  du  monde  dont  il  est  la  limite,  est  la  réplique  d'Horos,  lequel  contient  le 
trejitiéme  Éon  «roçia;  c'est  un  fait  visible  que  les  Orientaux  ont  singulièrement 
développé  cette  doctrine  bizarre  à  laquelle  les  Grecs  n'ont  attribué  qu'une 
importance  beaucoup  moindre,  en  le  réduisant  à  un  système  purement  astro- 
logique. 

[91] 


LA    PENSÉE    GRECIJUE    DANS    LE    .MYSTICLSME    ORIENTAL.         Ib'S 

C'est  en  ce  sens  qu'al-Djili  a  pu  écrire  que  l'homme,  le 
microcosme,  est  la  «  Présence  de  l'Existence  intégrale  »  ,ce  qui, 
clans  le  jargon  des  ontologistes,  avec  le  sens  qu'ils  attachent 
au  mot  «présence  »  ï;-^^,  signifie  simplement  l'égalité  absolue, 
l'identité  physique,  de  l'homme  et  de  l'Être  unique,  ce  que 
n'ont  point  osé  les  Mystiques  raisonnables.  Les  Esoléristes  qui 
n'ont  point  perdu  le  sens  enseignent,  d'après  la  théorie  astro- 
logique des  Byzantins,  que  l'homme,  le  microcosme,  corres- 
pond, membre  par  membre,  faculté  par  faculté,  aux  parties  et 
aux  esprits  du  Macrocosme ;  mais  ils  s'arrêtent  à  ce  terme  et 
ne  vont  pas  plus  loin.  L'Etre  suprême  est  en  dehors  du  Macro- 
cosme, au-dessus  de  lui,  si  l'on  veut,  puisqu'il  l'a  créé,  de  telle 
sorte  qu'il  ne  peut  correspondre  à  aucune  des  parties  physi- 
ques ou  immatérielles  du  microcosme,  que,  par  définition,  il 
a  créé  en  même  temps  que  le  Macrocosme,  comme  une  réplique 
nécessaire,  obligatoire,  comme  un  dessinateur  tracerait  deux 
cercles  concentriques,  de  rayons  infiniment  différents,  avec  un 
compas  à  verge  portant  deux  tire-lignes.  Le  fait  est  évident; 
il  serait  puéril  d'insister  sur  une  vérité  aussi  tangible;  l'homme 
ne  peut  être  dieu,  en  essence  et  par  ses  attributs,  que  s'il 
possède  l'essence  et  les  attributs  de  la  Volonté  primordiale  qui 
créa  le  v.bcij.z:,  en  dehors  duquel  elle  existe.  .Mais  alors,  en  réa- 
lité, il  n'est  plus  le  microcosme,  puisque  le  Macrocosme  n'est 
point  Dieu,  mais  la  création  de  la  Divinité  ;  il  est  le  microcosme, 
plus  la  réplique  identique  de  l'Essence  éternelle  qui  a  créé  le 
système  cosmique,  dans  une  exagération  métaphysique  qui 
était  fatale,  du  moment  où  certains  esprits,  sous  l'influence- 
d'idées  subversives,  par  une  interprétation  incompréhensive 
des  théories  du  Christianisme,  admirent  l'identité  de  la  créa- 
ture avec  le  Créateur. 

Cette  doctrine  monstrueuse  a  naturellement  conduit  les. 
ontologistes  qui  professent  les  doctrines  qu'enseigne  l'auteur 
du  Mir\it  al-'ahim  (l)  à  penser  qu'en  même  temps  qu'il  est 
l'Existant  intégral  et  absolu  (3lî=.J'  :îj.:?.^J1,  il  est  l'Existence 
intégrale  j^-l^-Jl  -^.^^j-'  elle-même,  dans  son  ipséité,  parce  que,- 
dans  son  intégralité  i.J^,  il  ne  dépend  point  absolument  d'un 

(1)  Man.  arabe  1338.  folio  213  verso. 

[92] 


;|54  REVUE    DE    l'ORIENT    CHRÉTIEX. 

stade  déterminé,  d'un  degré  fixe,  situé  entre  les  sixplans(l)  des 
trois  aspects  du  v.baij.oq,  parce  qu'il  n'est  point  dans  un  rapport 
fixe  et  invariable  avec  un  de  ces  stades;  la  définition  de  son 
intégralité  veut  en  effet  qu'il  comprenne  et  possède  à  la  fois 
tous  les  stades  différentiels,  alors  que  c'est  seulement  quand  on 
le  considère  au  point  de  vue  de  la  différentiation,  de  la  parti- 
cularité 'ky^^  qu'il  dépend  des  stades,  et  se  trouve  en  rapport 
avec  eux;  en  fait,  sous  ce  double  point  de  vue,  l'homme  n'est 
ni  complètement  dépendant,  ni  absolument  indépendant  des 
stades  (2). 

Et  c'est  un  fait  certain  que  l'homme,  si  l'on  consent  à  se  pla- 
cer à  un  point  de  vue  raisonnable,  et  à  ne  pas  extravaguer 
comme  les  métaphysiciens  qui  appartiennent  au  clan  d'al-Djili, 
est  composé  d'éléments  qui  appartiennent  aux  deux  aspects  du 
monde,  ce  pourquoi  les  Mystiques  le  nomment  «  le  conlluent 
des  deux  Océans  »  ij^.j^^-^  t*'^'' 

Le  mohtasib  Shams  ad-Din  d'Abarkouh  nous  apprend  en 
effet,  dans  son  traité  de  métaphysique,  auquel  il  a  tenu  à  donner 
ce  nom  de  «  Conlluent  des  deux  Océans  »  (3),  qu'il  existe 


(1)  Chacun  des  espaces  dont  se  compose  le  xôdjio;,  comme  on  l'a  vu  plus 
haut,  est  compris  entre  deux  plans  qui  le  délimitent,  dont  l'un  est  son  aspect 
supérieur,  l'autre,  son  aspect  inférieur;  le  plan  supérieur  de  l'un  étant  immé- 
diatement tangent  au  plan  intérieur  de  celui  qui  se  trouve  au-dessus  de  lui  ; 
et  inversement  le  plan  inférieur  de  l'un  étant  immédiatement  tangent  au 
plan  supérieur  de  celui  qui  est  situé  au-dessous  de  lui. 

(2)  Ce  qui  revient  à  dire,  sous  une  forme  audacieuse,  mais  elle  n'étonne  point 
dans  la  pensée  de  cet  énergumène,  que  l'ipséité  de  l'homme  étant  identique  ù  celle 
de  la  Divinité,  l'homme,  pas  plus  que  la  Divinité,  ne  peut  être  mis  dans  un 
rapport  mathématicjue  avec  les  stades  des  trois  espaces  du  monde;  ce  qui 
n'empêche  que,  vivant  de  sa  vie  matérielle  dans  le  monde  tangible  s_i>v-la.31  a-^, 

l'homme  n'y  puisse  et  n'y  doive  occuper  un  rang  déterminé,  suivant  sa  posi- 
tion, ses  vertus,  sa  science;  que,  pénétrant,  par  le  jeu  de  ses  sens  ésotériques 
dans  les  deux  espaces  supérieurs  de  la  Transcendance,  le  monde  de  la  Souve- 
raineté ,j^A..UJl  JU  et  le  monde  de  la  Toute-puissance  O'jv*^!  ^J"^, 
il  n'atteigne  également  dans  ces  espaces  des  stades  essentiellement  variables 
suivant  ses  idiosyncrasies;  il  va  de  soi  que  les  premiers  .Mystiques,  qui  n'étaient 
pas  des  déments,  n'admettaient  cette  thèse  que  par  rapport  au  monde  tangible; 
ils  ne  s'inquiétaient  point  de  ce  qui  se  passait  dans  le  monde  transcendantal, 
qu'ils  ignoraient;  l'histoire  du  voyage  nocturne  de  Mahomet  sur  la  Borak 
ne  fut  pas  point  précisément  un  succès  pour  lui. 

(3)  Page  082. 

[93] 


LA    PfJNSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    OIIIENTAL.         lô.") 

dans   rhomme   cinq   aspects    de    l'esprit;    Tesprit    sensoriel 

.  -,11^  _<>,  est  le  premier  des  esprits;  il  s'exerce,  de  la  façon 

la  plus  matérielle,  par  les  organes  des  sens,  d'où  il  suit  qu'il 
appartient  intégralement  au  monde  de  la  tangibilité. 

Le  second  aspect  de  l'esprit  est  nommé  par  les  métaphy- 
siciens l'esprit  Imaginatif  J?'-^  ~^j  ;  il  possède  trois  propriétés  : 
•il  est  composé  d'éléments  qui  appartiennent  au  monde  infé- 
rieur, et  partant  il  est  matériel,  ce  qui  explique  pourquoi  un 
concept  créé  par  l'imagination  ne  peut  exister  indépendam- 
ment de  la  notion  de  quantité,  de  forme,  de  localisation  dans 
l'espace,  autrement  dit,  sans  se  trouver  dans  une  relation 
donnée  avec  les  dimensions  de  l'espace;  ceci  explique  comment 
il  se  fait  que  ce  second  aspect  de  l'esprit  soit  inséparable  des 
attributs  des  corps  matériels,  et 'qu'il  ne  puisse  se  comprendre 
sans  eux.  Mais  cet  esprit  Imaginatif  peut  subir  une  évolution 
qui  est  absolument  interdite  au  premier  aspect  de  l'esprit,  à 
l'esprit  sensoriel,  et  qui  l'élève  aux  stades  de  Tintangibililé, 
lorsqu'il  parvient  à  se  débarrasser  des  concepts  de  dimension 
et  de  forme,  qui  sont  autant  de  voiles  qui  lui  dérobent  les 
lumières  intellectuelles.  En  effet,  quand  cet  esprit  matériel 
parvient  à  se  purifier,  à  s'élever  au-dessus  des  contingences, 
il  devient  adéquat  aux  entités  ésotériques  ^'-*"S  aux  significa- 
tions transcendantales  intelligibles  ^-^  i^-'"^'  ^^^  essences 
^ï'j^,  aux  esprits  supérieurs  qui  vivent  dans  le  monde  de  la 
Souveraineté,  et  il  peut  les  percevoir,  ce  qui  est  rigoureusement 
impossible  aux  sens  purement  matériels,  qui  s'exercent  par 
le  moyen  de  nos  organes;  il  est  alors  le  lieu  où  se  produit 
riiypostase  ^•:^*  de  ces  lumières  du  monde  intangible,  l'espace 
sur  lequel  viennent  tomber  les  rayons  de  cette  lumière  ^s-^', 
que  rien  ne  vient  lui  voiler,  comme  lorsqu'il  n'a  subi  aucune 
purification.  Dans  les  premiers  temps  durant  lesquels  le  Mys- 
tique se  trouve  engagé  dans  la  Voie,  cet  esprit  Imaginatif  est 
celui  dont  l'action  lui  est  indispensable  pour  progresser  à 
travers  les  stades,  parce  qu'il  est  l'élément  métaphysique  qui 
garde  l'impression  des  connaissances  spirituelles,  des  sciences 
qui  relèvent  de  l'intellect  ^ss.  pis,  des  intelligibles,  et  des  révé- 
lations qui  proviennent  du  monde  intangible. 


:!'ll 


15G  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Le  troisième  aspect  de  l'esprit  (1)  est  l'esprit  intellectuel 
Jiz  _j  ;  c'est  lui,  sous  des  espèces  plus  précieuses  que  celles 
de  l'esprit  Imaginatif,  qui  perçoit  les  sciences  divines,  les 
connaissances  saintes,  les  intelligibles;  cet  esprit  est  simultané- 
ment «  connaissant  ^^  j»^  et  «  faisant  connaître  »  j-^-i=^,  actif  et 
factitif,  de  telle  sorte  que  l'intellect,  la  raison  S^,  est  à  la  fois 

l'entité  qui  comprend  , r,^^  et  celle  qui  fait  comprendre  o/",^-"- 

Le  quatrième  aspect  de  l'esprit  est  nommé  par  les  philoso- 
phes l'esprit  réflexionnel  ^j^-^  ~jj;  il  possède  cette  propriété 
mystérieuse  de  croître  et  de  se  diviser,  tout  en  restant  unique, 
ce  qui  est  un  concept  familier  aux  Ésotéristes.  Dans  le  principe, 
dit  l'auteur  du  Madjma  al-baJirain  (2),  il  sort  d'un  tronc 
unique,  et  se  développe  sous  des  espèces  uniques;  mais, 
bientôt,  il  se  divise  en  deux  aspects,  qui  se  subdivisent  à  leur 
tour  de  la  même  manière  en  deux  nouveaux  aspects,  en  deux 
nouvelles  branches,  ces  aspects  se  multipliant  indéfiniment, 
en  nombre  considérable,  en  produisant  de  nouvelles  branches, 
qui  répondent  à  tous  les  besoins  de  l'intelligence;  ces  rameaux, 
ces  branches  aboutissent  à  des  quintessences,  lesquelles  sont 
leurs  fruits;  immédiatement,  ces  fruits  deviennent  les  racines, 
les  origines,  de  nouvelles  branches  (3j,  lesquelles  sont  abso- 
lument identiques  à  celles  qui  leur  ont  donn(''  naissance,  et  dont 
elles  sont  sorties,  et  ainsi  de  suite,  jusqu'à  l'infini;  et  ceci,  dit 
le  mohtasib  d'Abarkouh,  est  l'image  de  ce  qui  se  passe  dans  le 
monde  tangible,  qui  est  un  arbre,  dont  toutes  les  branches  et 
tous  les  rameaux  sont  dirigés  vers  une  forme  qui  relève  de 
l'intelligence. 

L'esprit  de  Sainteté  ^----^  -jj,  le  cinquième  de  f-es  aspects, 
est  très  supérieur  aux  quatre  précédents;  il  est  à  peine  besoin 
d'insister  sur  ce  point  qu'il  appartient  exclusivement  aux 
prophètes  et  aux  saints. 

Cette  doctrine  des  ontologistes  musulmans  est  une  adaptation 
sommaire  et  approximative  des  théories  des  néo-platoniciens; 

(1)  Page  583. 

(2)  Ibid. 

(3)  C'est-à-dire  que  chacune  de  ces  branches  porte  un  IVuit,  ([ui  devient  l'ori- 
gine d'une  nouvelle  tige,  laquelle  prolilV'rc  à  son  tour,  et  cela  indéfiniment. 

[95] 


LA.    PENSÉE    i.iRECQUE    DANS    LE    MYSTICIS.ME    ORIENTAL.         157 

les  sectateurs  de  Tlslam  ne  l'ont  point  empruntée  directement  à 
Plotin,  qui  Ta  exposée  dans  toute  son  ampleur,  mais  bien  au 
Christianisme,  soit  au  Christianisme  orthodoxe,  soit  à  une  secte 
hérétique  chrétienne,  comme  le  montre  très  sutïisamment  ce 
lait,  d'une  importance  capitale,  que  le  dernier  stade  de  l'esprit, 
Tesprit  de  Sainteté,  est  ce  Saint-Esprit,  qui  ne  se  conçoit  que 
dans  la  théorie  chrétienne,  qui  est  étranger  à  toutes  les  philo- 
sophies,  dont  les  néo-platoniciens,  avec  Plotin,  ne  parlent 
nullement,  car  la  présence  de  l'esprit  de  Sainteté  est  parfaite- 
inutile  dans  leur  système,  où  il  ne  se  conçoit  même  point. 

Shams  ad-Din  d'Abarkouh,  dans  ce  passage,  et  répétant  la 
thèse  de  ses  devanciers,  a  mélangé  d'une  façon  singulière  les 
attriltuts,  ou  les  facultés  des  trois  grands  principes  de  la 
trinité  qui  régit  l'âme  humaine,  en  diminuant  la  théorie  du 
néo-platonisme,  en  même  temps  qu'il  la  (Complique  dans  un 
esprit  systématique,  qui  est  celui  de  Byzance,  et  qui  est  né  de 
ses  tendances. 

Ces  trois  principes,  ces  trois  entités  métaphysiques,  qui 
correspondent  aux  trois  hypostases  du  Un  absolu,  de  l'Int*'- 
grale  du  monde,  suivant  une  division  tripartite,  qui  a  été  adoptée 
par  les  Mystiques  orientaux,  et  qui  domine  tout  leur  système, 
sont  l'Intelligence  vcj;;  l'âme  raisonnable  'Vr/r,  '/.oyv/.q;  l'àme 
irraisonnable  'bjyr,  ol\z-;zc.  L'Intelligence  a  pour  Hiculté  la  con- 
templation des  entités  Ta  îvia;  son  acte  est  la  connaissance, 
l'intuition  vir;!;'.;;  elle  donne  à  l'homme  la  science  et  la  sagesse; 
celui  qui  vit  par  l'intelligence,  sans  prêter  attention  aux  deux 
formes  de  l'âme,  vit  de  la  vie  intellectuelle  qui  l'iMève,  qui 
l'amène,  à  la  nature  divine.  L'Être  unique,  le  premier  Moteur, 
est  le  Un  intégral;  aussi  n'est-il  pas  besoin,  pour  l'atteindre, 
<iue  l'Intelligence  possède  des  facultés  multiples,  au  contraire 
des  deux  aspects  de  l'âme;  la  voie  est  unique,  comme  le  but, 
comme  le  moyen,  la  contemplation  des  entités,  qui  conduit  à 
celle  des  Formes  éternelles  et  à  Dieu. 

Cette  théorie  a  passé  de  bonne  heure,  à  ses  débuts,  dans  le 
Soufisme,  dans  l'Ismailisme,  en  créant  la  thèse  de  la  communion 
de  la  créature  dans  l'essence  du  Créateur,  d'une  fusion  de 
l'humanité  dans  les  attributs  de  la  Divinité;  elle  fut  en  quelque 
sorte  métaphorique,  sans  que  les  ontologistes  lui  attribuassent 

[90] 


158  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

un  sens  absolu  et  précis,  sans  qu'ils  y  vissent  autre  chose  que 
la  pensée  des  néo-platoniciens  et  des  Chrétiens,  leurs  disciples, 
quand  ils  parlent  de  l'élévation  de  l'homme  vers  Dieu,  pour 
lesquels  le  bonheur  suprême  est  la  contemplation  éternelle  des 
attributs  divins,  ce  qui  suppose  naturellement,  tant  dans  la 
Ihéorie  hellénique  que  dans  la  thèse  chrétienne,  la  différentia- 
lion,  la  discrimination  absolue  des  deux  entités,  lune,  celle  de 
la  créature  arrivée  à  la  perléction  suprême,  l'autre,  celle  du 
Créateur,  l'union  de  la  créature  avec  le  Créateur,  ne  pouvant^ 
dans  le  néo-platonisme,  durer  qu'après  la  mort. 

Quelques  énergumènes,  au  début  de  l'Islam,  comme  je  l'ai 
dit  autre  part,  ont  exagéré  cette  doctrine,  d'une  façon  si  extra 
vagante  qu'elle  montre  qu'ils  ne  l'avaient  point  comprise,  et  je 
ti'ouve  inutile  de  revenir  sur  ce  sujet,  d'expliquer  à  nouveau 
pourquoi  Bayazid  al-Bistami,  Mansour  Halladj,  n'eurent  abso- 
lument aucune  influence  sui-  les  destinées  du  Soufisme,  bien 
que  leurs  sentences  soient  citées  dans  les  livres  de  la  secte,  sur- 
tout celles  du  premier. 

('etle  théorie  néo-platonicienne,  sui^ant  laquelle  l'âme,  par 
le  jeu  de  l'intelligence,  peut  s'élever  jusqu'au  Un  intégral, 
jusqu'à  la  nature  divine  (1),  a  préparé  les  voies,  de  bonne  heure, 

(1)  Le  concept  do  la  contemplation,  dans  Tlslam.  est  purement  chrétien,  ou 
néo-platonicien;  il  est  l'un  des  éléments  les  plus  anciens  du  Mysticisme; 
la  contemplation  est  un  acte  essentiel  dans  le  néo-platonisme,  dont  l'Islam 
a  fait  sa  moushahada ;  Fàme,  dit  Plotin  (Ennéades,  VI,  ix,  3),  souffre  et  lan- 
j,'uit  d'incertitude  quand  elle  s'approche  de  Dieu,  parce  qu'elle  est  habituée  à 
travailler  sur  les  formes,  et  parce  que  la  Divinité  est  amorphe,  sans  forme; 
elle  surpasse  et  dépasse  l'intellect;  la  créature  ne  peut  atteindre  le  f'rincipe 
suprême  par  aucun  moyen  matériel;  la  compréhension  que  l'homme  peut  avoir 
du  Un  essentiel  ne  se  produit  pas  par  une  connaissance  scientifique,  ni  par  un 
phénomène  de  la  pensée;  elle  résulte  essentiellement  d'une  communication 
directe  TiapouTia,  infiniment  supérieure  à  la  science;  et  le  fait  se  comprend  : 
l'intellect  procède  en  quelque  manièi-c  des  entités,  bien  qu'il  ne  soit  pas  une 
entité  déterminée,  bien  qu'il  soit  au-dessus  de  toute  entité;  or  Dieu  est  en  dehors 
de  toute  entité;  l'homme  ne  peut  arriver  à  Dieu  que  par  une  union  de  l'àme, 
(|ui  dépasse  la  raison,  en  se  dépouillant  de  tout  complexe  de  multiplicité, 
parce  que  Dieu  est  le  Un  absolu.  Dans  cette  vision  de  Dieu,  ce  qui  voit,  ce 
n'est  pas  la  raison,  mais  un  élément  qui  lui  est  supérieur;  le  voyant  est 
absorbé  en  Dieu,  et  ne  fait  plus  qu'un  avec  lui,  comme  le  centre  d'un  cei'cle 
coïncide  avec  celui  d'un  autre  cercle  qui  lui  est  concentrique  (j;  10);  d'où  il 
résulte  que,  si  un  esprit  pouvait  conserver  le  souvenir  de  la  modalité  qui  est 
devenue  la  sienne,  tandis  qu'il  se. trouvait  absorbé    dans  l'ipséité  de  Dieu,  il 


LA    PENSEE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         17)9 

aux  doctrines  qui  sont  nées,  au  xii°  et  au  xiii''  siècles,  dans  les 
contrées  extrême-orientales  de  l'Iran,  sous  rinfluence  du  Boud- 
dhisme, lesquelles  affirment  que  l'être  humain  peut,  par  une 
série  de  macérations  et  d'actes  de  surérogation,  atteindre  la 
Divinité,  et  s'absorber  dans  son  ipséité.  Cette  théorie  est  beau- 
coup plus  compliquée  que  celle  de  Plotin;  elle  est  absolument 
contraire  à  l'esprit  du  néo-platonisme,  du  Christianisme,  par- 
tant de  l'Islam,  lequel  en  est  un  simple  aspect,  tandis  que  la 
doctrine  suivant  laquelle  la  créature  peut  s'élever  en  pensée 
jusqu'à  la  contemplation  des  perfections  divines,  et  jouir  de  la 
vue  de  Dieu  assis  sur  son  trône  éternel,  dans  l'esprit  des  Mys- 
tiques chrétiens,  n'a  rien  qui  choque  le  sentiment  religieux;  il 
en  va  tout  autrement  d'une  thèse  qui  ne  vise  rien  moins  qu'à 
établir,  dans  l'Islam  (I),  l'identification,  l'identité  absolue  de 
la  créature  et  du  Créateur. 


aurait  la  conscience  inti'grale  de  cette  ipséité  à  laquelle,  de  la(|uello  il  aurait 
participé  ('^  11);  la  contemplation  de  l'Essence  divine  produit  la  béatitude 
(^,  0);  mais  l'àme  ne  demeure  pas  longtemps,  durant  la  vie  du  corps  qu'elle 
anime,  à  ce  stade,  sans  retomber  aux  stades  misérables  de  l'humanité,  parce 
qu'elle  n'est  jamais  entièrement  libérée  du  concept  des  contingences  (;;  10),  d'où 
il  suit  qu'elle  ne  pourra  jouir  de  la  vue  intégrale  de  Dieu,  dans  un  esprit  que 
l'on  jurerait  emprunté  à  saint  Augustin,  qu'après  la  mort  physique  (^'  10).  La 
contemplation  est  la  source  unique  de  toute  béatitude  (Ennéades,  III,  viii, 
1-3),  de  toute  existence;  la  Nature,  pour  jouer  son  rôle.  «  contemple  ••  les 
raisons  séminales  que  contient  l'Ame  universelle;  l'Ame  universelle  «  con- 
temple »  les  idées  de  l'Intelligence  primordiale;  l'Intelligence  primordiale 
«  contemple  »  la  puissance  de  l'Unité  divine;  la  nature  produit  avec  la  matière, 
qui  reçoit  la  forme,  sans  aucune  aide  matérielle,  parce  qu'elle  est  une  raison 
séminale,  une  puissance  qui  meut  sans  être  mue;  puisqu'elle  est  une  raison, 
la  Nature  est  une  contemplation.  Tout  acte  a  pour  origine  et  pour  fin  la  con- 
templation (Cô):  ce  sont  les  hommes  dont  l'esprit  est  trop  faible  pour  la  spé- 
culation, les  hommes  incapables  de  s'élever  au-dessus  de  la  matérialité  brutale, . 
qui  cherchent  dans  l'action  l'apparence,  l'ombre  de  la  spéculation  et  de  la 
raison;  l'acte  est  un  aspect  affaibli  et  inférieur  de  la  contemplation. 

(1)  Dans  rislam,  et  dans  l'Islam  seulement,  parce  que,  dans  le  Bouddhisme,, 
en  réalité,  l'être  ne  devient  pas  Dieu;  il  s'anéantit  dans  l'ipséité  de  l'Ame  uni- 
verselle, dont  il  est  émané;  que  cette  Ame  intégrale,  au  point  de  vue  hindou, 
soit  une  forme  divine,  c'est  un  fait  certain;  mais  elle  n'est  pas  une  divinité 
dans  notre  idiosyncrasie,  dans  notre  mentalité,  dans  notre  conception;  ou  plu- 
tôt, elle  est  une  entité  divine  passive,  tandis  que  notre  Dieu  est  une  forme  divine  • 
active,  agissante.  Prétendre  que  l'homme  peut  s'anéantir  dans  une  passivité, . 
disparaître  dans  une  quiétude  éternelle,  sortir  de  la  circulation,  du  samsara, 
pour  s'immobiliser  dans  le  repos  absolu,  n'a  rien  qui  puisse  choquer  l'esprit:  ce 
qui  est  révoltant,  ce  qui  est  impossible,  absurde,  c'est  d'admettre  que  rhomme,- 

L98J 


160  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

L'imagination,  d'après  la  théorie  de  Plotin,  se  présente  sous 
deux  aspects  essentiellement  divergents;  le  premier  est  l'ima- 


i'être  imparfait  par  sou  cssenco,  puisse  s'identifier  à  iiuc  forme  divine  active, 
qui  crée  et  qui  régit;  le  Nirvana,  par  sa  définition  même,  est  l'anéantissement 
du  mouvement,  et  non  de  l'esprit,  pas  plus  que  le  zéro  absolu  ne  signifie  autre 
chose  que  l'extinction  du  mouvement  moléculaire  dans  la  matièro,  l'ipséité  de 
la  matière  restant  intégrale.  Les  Bouddhistes  n'auraient  pas  admis  le  Nirvana, 
^l'anéantissement  du  mouvement  animique,  si  l'entité  supérieure  de  leur  pan- 
théon avait  été  active,  car  c'est  là  un  contre-sens  absolu;  ce  contre-sens  n'a  pas 
arrêté  les  Musulmans,  alors  qu'il  s'était  dressé  comme  une  infranchissable  bar- 
rière devant  toutes  les  hérésies  chrétiennes,  même  devant  Mani;  s'identifier  avec 
Dieu  le  Père,  avec  Allah,  est  une  imbécillité,  mais  l'Islam  n'en  était  pas  à  une 
sottise  près. 

Le  Un  absolu,  dans  le  néo-platonisme,  vit  dans  la  quiétude  absolue,  dans  le 
non-mouvement  intégral,  et  l'homme  peut  s'élever  vers  lui  par  la  contemplation 
vde  son  essence;  cette  théorie  rappelle  singulièrement  celle  du  Nirvana  boud- 
dhique, mais  il  est  aussi  difficile  d'y  voir  l'origine  de  la  doctrine  hindoue  que 
de  voir  dans  celle-ci  le  prototype  de  la  pensée  hellénique.  La  doctrine  de  la 
transmigration  parait  dans  la  philosophie  grecque  dès  l'époque  de  Pythagore, 
c'est-à-dire  à  la  date  même  à  laquelle  vécut  le  Bouddlia,  et  l'ascension  de  l'àme 
vers  l'Ame  universelle,  dans  le  néo-platonisme,  est  la  conséquence  fatale  de  la 
théorie  des  hypostases,  sans  qu'il  soit  besoin  d'y  voir  un  emprunt  à  une  disci- 
pline étrangèi'e.  C'est  un  fait  absolument  certain  que  le  Bouddhisme  primitif 
admettait  la  métempsychose,  le  samsara,  le  Nirvana,  qui  en  est  la  fin,  tous 
concepts  qu'il  emprunta  au  Brahmanisme,  qu'il  prétendit  réformer,  et  qui  sont 
"les  éléments  essentiels  de  la  doctrine  de  Sakyamouni,  à  tel  point  qu'il  est  impos- 
sible de  concevoir  la  doctrine  du  Tathaghata  sans  ces  constantes  essentielles, 
dont  la  création  est  très  antérieure  à  l'époque  à  laquelle  les  Hellènes  vinrent 
régner  à  Bactres.  Ils  paraissent  dans  les  dharmas,  les  .suul)\is,  dont  on  est  bien 
forcé  de  faire  remonter  la  doctrine  essentielle  à  Sakyamouni,  lesquels,  avec  le 
vinaya,  sont  très  antérieurs  à  Yubhidharma,  la  philosophie.  Le  Tripitaka,  suulra 
«  loi  »,  vinaya  ■•  discipline  »,  abhidharma  «  philosophie  »,  parait  pour  la  pre- 
mière fois  au  second  siècle  avant  J.-C.  dans  l'inscription  de  Santchi,  et  le  canon 
de  l'Église  du  Sud  est  constitué  sous  sa  triple  forme  vers  le  premier  siècle 
avant  notre  ère,  à  une  date  très  postérieure  à  celle  de  la  fondation  du  royaume 
grec  de  Bactriane;  mais,  bien  que  l'on  ne  sache  point  précisément  ce  qu'Asoka 
<iniend  dire,  quand  il  parle,  dans  l'édit  de  Babra,  des  discours  que  tint  le  Boud- 
dha, il  est  inadmissible  que  la  théorie  du  samsara  et  du  Nirvana  n'existassent 
pas  en  470,  et  qu'il  y  faille  voir  un  arrangement  postérieur  de  la  doctrine  dos 
ilellènes,  un  remaniement  complet  des  thèses  grecques,  sous  l'infiuence  de 
l'évolution  de  la  pensée  platonicienne,  que  Plotin  devait  codifier  beaucoup  plus 
tard,  comme  saint  Thomas  codifia  la  scolastique  de  docteurs  qui  vécurent  bien 
avant  son  époque.  Le  Brahmanisme  ne  concevait  pas  le  Nirvana  autrement  que 
■comme  l'absorption  finale,  définitive,  du  monde  et  de  la  créature  dans  la 
(Substance  de  Brahma,  le  dieu  suprême,  qui  a  créé  l'universalité  du  y.6'7[lo:, 
qui  est  une  divinité  essentiellement  active,  mais  entièrement  abstraite;  à 
ce  concept,  le  Bouddhisme  a  substitué  la  théorie  de  l'anéantissement  dans  une 
«entité  métaphysique  purement  passive,  dont  l'essence,  les  idiosyncrasies,  sont 

m 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        L61 

gination  sensible,  rimagination  qui  se  produit  dans  le   sys- 
tème des  sens;   la  représentation  sensil»le,  que  Ton  nomme 


bien  celles  du  Un  absolu  et  ataraxique  de  l'ontologie  post-platonicienne;  encore 
J'aut-il  tenir  compte  de  cette  circonstance,  laquelle  est  certaine,  que  cette 
doctrine  de  la  métemps\-chose,  qui  est  brahmanique,  pré-bouddhique,  ou  mieux 
para-bouddhique,  ne  parait  pas  dans  le  Véda,  partant,  qu'elle  n'appartient  pas  à 
l'Hindouisme  primitif.  Cette  difficulté  n'a  pas  été  sans  gêner  considérablement  les 
Indianistes,  qui  se  sont  vus  dans  l'obligation  d'émettre  cette  hypothèse  que  la 
théorie  de  la  métempsychose  naquit,  aune  époque  ancienne,  dans  la  conception 
des  aborigènes  de  l'Indoustan,  auxquels  les  Ariens  l'empruntèrent,  à  l'époque 
post-védique,  lorsqu'ils  curent  conquis  le  Djamboudwipa  parles  armes;  cette 
hypothèse  vaut  ce  qu'elle  vaut,  et  il  est  bien  difficile,  à  mon  sens,  de  lui  en 
substituer  une  qui  satisfasse  mieux  la  raison.  Ce  qui  me  paraît  certain,  c'est 
que  le  concept  de  la  transmigration,  sous  sa  forme  élémentaire,  est  antérieur  au 
contact,  à  la  fin  du  iv*  siècle  avant  Jésus-Christ,  entre  l'Hellénisme  et  l'Hin- 
douisme; mais  il  n'en  reste  pas  moins  très  vraisemblable  que  le  concept,  qui 
naquit  dans  l'esprit  du  néo-platonisme,  des  hypostases  de  la  Divinité,  du  Un 
suprême,  soit  entré  dans  la  théologie  brahmanique;  il  ne  faut  pas  oublier 
que  l'inlluence  de  l'IIellénisme  s'exer<;a  dans  une  plénitude  absolue  à  Bactres, 
il  partir  de  la  fin  du  iV  siècle,  dans  l'Oudhyana,  dans  le  Kajjica,  dans  le 
fiandhara,  durant  des  siècles,  que  les  doctrines  du  Mahayana  reflètent  les  théo- 
ries grecques,  et  que  sa  phiiosoi)hie  évolua  sous  l'intluence  de  celle  des  Grecs, 
des  Yavanas;  il  ne  faut  point  s'imaginer  que  les  livres  dans  lesquels  on  trouve 
l'exposition  des  théories  bouddhistes  remontent  au  fondateur  de  cette  secte 
puissante;  leur  rédaction  se  place  à  une  époque  infiniment  plus  moderne,  après 
l'ère  chrétienne,  comme  je  l'ai  montré  dans  cette  Revue,  à  laquelle,  depuis 
longtemps,  l'Hehénisme  était  tout-puissant  dans  les  contrées  de  l'Iran  oriental, 
dans  les  provinces  de  l'Inde   du  Nord-Ouest. 

Le  Mahayana,  le  Bouddhisme  métaphysique  et  ontologique,  est  essentiellement 
différent  du  Hinayana,  ou  Bouddhisme  moral;  le  Hinayana  est  visiblement  la 
doctrine  primitive,  celle  que  prêcha  Sakyamouni;  le  Mahayana  naciuit  beau- 
coup plus  tard,  sous  l'inlluence  de  théories  philosophiques  que  les  Grecs  apiior- 
tèrent  dans  l'Inde.  Il  existe  entre  le  Hinayana,  le  Bouddhisme  moral  et  morali- 
sateur, et  le  Mahayana,  le  Bouddhisme  métaphysique,  la  même  différence  et  le 
même  rapport  que  l'on  remarque  entre  le  M^vsticisme  des  premiers  Soufis,  qui  fut 
tout  moral,  et  l'Ésotérisme  théosophique  de  leui's  successeurs,  comme  je  l'ai 
•expliqué  dans  les  pages  de  cette  Revue;  la  variation,  le  passage  de  l'une  de  ces 
modalités  de  la  doctrine  à  l'autre  se  firent  sous  des  influences  identiques,  dans 
le  même  sens,  suivant  les  règles  d'une  même  évolution;'  l'Hellénisme  trans- 
forma le  Hinayana  en  Mahayana;  ce  furent  les  doctrines  chrétiennes,  sous  la 
forme  du  néo-platonisme,  qui  constitue  la  philosophie  et  la  métaphysique  du 
Christianisme,  qui  transforma  le  Soufisme  des  premiers  adeptes  en  l'Ésotérisme 
de  ceux  qui  vécurent  plus  tard,  en  attendant  que  la  théosophie  du  Mahayana. 
dont  les  sources  étaient  grecques,  vînt  transformer  ce  second  aspect  du 
Soufisme  en  son  troisième,  qui  lleurit  dans  l'Iran  à  partir  de  Tépoque  d'Attar, 
et  qui  conduisit  les  Mystiques  persans  aux  marches  de  la  déraison. 

Le  Brahmanisme  lui-même  n'échappa  pas  à  cette  influence  de  l'Hellénisme, 
qui  cn^a  dans  son  sein  la  tiiéoiie  des  avatars,  partant  le  Vishnouïsme,  et  le  Kvi- 

[100] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  il 


lG-2  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

généralement  l'imagination  tout  court,  est  l'impression  produite 
par  une  entité  extérieure  sur  la  partie  irrationnelle  de  rame; 


shnaïsme,  toute  la  logeade  du  B/iaghavatapourana,  qui  est  un  livre  récent, 
infiniment  plus  moderne  que  la  théorie  plotinienne  des  hypostases,  d'où  est 
sortie,  comme  un  produit  naturel,  celle  des  trente  É(ms  des  Gnostiques;  qu'ava- 
(lira  et  ÛTiôo-Tao-tç  soient  rigoureusement  synonymes,  que  la  théorie  des  avatars 
soit  moderne  dans  l'Hindouisme,  que  l'on  n'en  retrouve  pas  la  moindre  ti'ace 
dans  les  Védas,  ce  sont  là  des  faits  évidents;  ils  portent  à  penser  que  ces  nais- 
sances, ces  incarnations  successives  d'un  seul  dieu  en  dix  personnes  ne  sont 
qu'une  imitation,  assez  grossière  de  la  doctrine  dos  Éons  du  Gnostii'israe. 

Et  cela  est  d'autant  plus  vraisemblable  que  le  neuvième  avatar  ilo.  Vishnou. 
sous  les  espèces  du  Bouddha,  n'est  autre  que  le  Sakyamouni,  maudit  des  Hrah- 
manistes;  si  bien,  comme  l'ont  remarqué  Colebrooke  et  Burnouf,  qu'il  est 
visible  ([ue  la  personnalité  de  Krishna  est  une  invention  brahmaniLjiie,  desti- 
née, à  une  date  récente,  au  i"  ou  au  u"  siècle,  à  combattre  le  culte  du  Bouddha. 
11  est  remarquable  que,  dans  les  livres  bouddhiques,  le  Bouddha  se  nomme 
Bhagavàn,  et  que  Bhagavàn  soit  justement  le  titre  que  porte  Vishnou-Krishna,. 
particulièrement  dans  la  B/iaijavadgiUi  ;  d"où  il  appert,  semble-t-il,  (^U'-  ce  titre 
a  été  emprunté  par  les  Vishnouïtes  aux  partisans  de  Sakyamouni.  Que  la  créa- 
tion du  type  Vishnou-Krishna,  tel  qu'il  apparaît  dans  les  livres  des  Vishnouïtes, 
corresponde  à  un  concept  né  sous  une  iniluenci;  étrangère  à  l'espi'it  hindou, 
c'est  ce  que  montre  la  différence  qui  sépare  Bhagavàn-Bouddha  et  Bhagavàn- 
Vishnou.  Bouddha-Bhagavân  est  [le  mahdpourousha,  le  surhomme,  qui  a 
réalisé  toutes  les  possibilités  humaines,  mais  dont  le  rôle  se  termine  avec  le 
Nirvana;  le  Bouddiiisme  nie  la  substance;  sans  substance,  il  no  peut  se  produire 
d'avatars;  il  ne  peut  donc  y  avoir  des  avatars  du  Bouddha,  mais  seulement  de 
l'idée  de  l)ouddha,  c'est-à-dire  la  répétition  tles  bouddhas  à  travers  un  monde 
immuable;  Bhagavàn-Vishnou,  au  contraire,  c'est  le  dieu  Un,  Éternel,  substance, 
dans  un  concept  anti-hindou;  les  Hindous,  livrés  à  leurs  idiosyncrasics.  étaient 
incapables  d'imaginer  un  principe  tel  que  Vishnou  ou  Siva,  avec  leur  énergie 
active,  à  la  base  de  l'Univers,  alors  que  l'unité,  l'éternité,  l'ipséite  de  cette- 
formule  divine  répondent  entièrement  au  concept  sémitique  de  Jéhovah,  tel  que  le 
Christianisme  l'accepta,  et  ses  avatars  à  un  arrangement  de  la  théorie  des  Éons 
des  Gnostiques  néo-platoniciens,  infiniment  plus  qu'aux  répliques  des  incarna- 
tions du  Bouddha  dans  les  djatakas,  ou  simplement  aux  incarnations  successives 
des  âmes  dans  le  samsara  des  Brahmanes;  il  est  curieux,  tout  au  moins,  que  le 
nombre  des  incarnations  de  Vishnou  soit  dix,  comme  l'est  celui  des  Kons  de  la 
Décade,  les<|uels  représentent  la  forme  primitive  du  panthéon  gnostique,  que 
l'on  a  ensuite  porté  à  trente  Éons,  comme  le  montre  assez  cette  cirejuisiance 
(jue  les  séj)/iiiolh,  dans  la  Kabbale,  sont  également  dix. 

Dieu,  étant  une  entité  éternelle  et  immuable,  doit  se  manifester  pjir  des- 
incarnations, car  il  serait  indigne  de  lui  de  manifester  son  ips'ite  |iar  une 
.seule  forme  tangibU;;  il  convient  qu'il  la  manifeste  par  une  série  d"a|tparences 
matéi'ielles,  qui  .sont  chacune  l'entrée  en  scène  de  l'Esprit  divin,  acrum|)agné 
de  tout  le  panthéon  brahmanique,  pour  descendre  sur  le  plateau  du  monde, 
avec  le  sens  d'avnlàrana,  ••  apparition  d'un  acteur  sur  la  Scène  ••  dans  la 
langue  du  théâtre,  et  pour  y  jouer  un  nouveau  rùle,  comme  le  faii  Vishnou, 
sous  l'avatar  de  Ilàma,  pour  jouer  la  tragédie  du  Ramayana;  l'acteur,  en  l'ait,. 

[101] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICLSME    ORIENTAL.         163 

la  raison  discursive  apprécie  les  formes  nées  dans  la  sensation, 
et  venant  d'elle,  lesquelles  sont  les  images,  ou  la  conception  des 
formes;  l'imagination  n'attend  point  pour  agir  le  jugement  de 
la  raison  discursive,  de  telle  façon  que  l'homme  se  trouve  en- 
traîné d'une  manière  fatale  à  céder  à  ses  appétits,  lesquels  sont 
mauvais,  et  ne  peuvent  le  conduire  qu'au  mal.  Le  second  aspect 
de  l'imagination,  de  beaucoup  supérieur  au  premier,  est  ce  que 
le  maître  de  l'école  néo-platonicienne  nomme  l'imagination 
intellectuelle;  comme  l'indique  suffisamment  son  nom,  elle  se 
produit  dans  l'intellect,  dans  la  partie  immatérielle  de  l'homme, 
dans  la  Transcendance,  par  l'intermédiaire  des  sens  ésoté- 
riques,  alors  que  l'imagination  sensorielle,  ou  sensible,  se  pro- 


est  toujours  le  même,  mais  il  porte  des  masques  divers,  (lui  difTérencient  son 
action.  Bralima,  qui  est  une  pure  abstraction,  sans  substance,  à  qui  l'on  ne 
rend  pas  de  culte,  ne  peut  avoir  de  manifestations,  d'avatars,  aussi  est-ce  par 
exception  qu'on  lui  en  attribue  (Washburn  Hopsins,  Epie  Mylhology) ;  il  n'est 
pas  bhagavàn  comme  Vishnou;  il  est  iswara  «  Seigneur  »,  comme  le  Christ  en 
liindoustani,  et  il  ne  paraît  pas  dans  les  textes  anciens.  L'une  des  causes  du  succès 
dont  la  théorie  de  rabsori)tion  métaphysique  de  l'homme  en  Allah  jouit  dans 
l'Islam,  est  ce  fait  que  les  Musulmans  ne  pouvaient  se  figurer  l'Être  unique 
sous  une  forme  tangible,  puisque  la  tradition  défend  formellement  de  le  repré- 
senter; ils  ne  comprirent  point  que  le  but  suprême  pût  être  de  contempler  une 
entité  qui  n'est  point  conteinplable,  qu'il  est  défendu  de  voir,  qui  réside  intan- 
giblement  sur  un  trùne,  derrière  des  voiles  métaphysiques  de  feu  et  de  lumière; 
;'i  tel  point  que,  lorsque  les  artistes  du  xv"  siècle,  à  flérat,  ont  voulu  figurer 
.^lahompl  prosterné  devant  le  Créateur,  lis  l'ont  représenté  sous  les  traits  d'un 
personnage  noyé  dans  des  Ilots  de  lumière;  il  en  va  tout  autrement  dans  le 
Ciiristianisme;  les  fresques,  les  mosaïques,  les  statues,  les  peintures  des  Missels, 
répètent  à  l'infini  la  représentation,  la  figuration  de  Dieu  et  des  saints;  c'est 
toujours  sous  les  espèces  d'une  image  suggérée  par  les  images  des  arts  plastiques 
que  se  produit  l'extase  des  Mvstiques  chrétiens;  celle  des  Mystiques  musulmans 
est  amorphe,  puisqu'ils  n'ont  point  dans  l'esprit  le  concept  d'une  image  de  la 
Divinité  qu'ils  puissent  voir;  aussi  la  réduisent-ils  forcément  à  un  phénomène 
purement  métapsychique,  qui  écliappe  à  l'analyse  du  psychisme,  qui  se  passe 
dans  la  Transcendance,  qui  se  déroule  dans  les  arcanes  du  subconscient;  ce  qui 
le  prouve,  c'est  que  si  les  Musulmans  ne  peuvent  se  représenter  l'extase  en 
présence  de  la  Divinité,  parce  qu'ils  ne  la  figurent  jamais,  ils  se  représentent 
parfaitement  les  prophètes,  qui  sont  des  liommes,  et  même  les  anges,  lesquels 
sont  des  créatures  de  Dieu,  au  même  titre  que  les  hommes,  puisqu'ils  mourront 
et  seront  ressuscites  au  grand  jour;  c'est  ainsi  qu'un  peintre,  à  Hérat,  en  1436, 
a  figuré  la  rencontre  du  Prophète,  dans  les  sphères  du  monde  métaphysique 
avec  Moïse,  avec  Zacharie,  avec  tous  les  prophètes,  qui  sont  des  formes 
tangibles,  et  qui  le  demeurent  à  travers  toute  l'Éternité,  puisque  Ibn  al-'Arabi 
les  rencontra  matériellement  au  cours  de  sa  vie. 

[102] 


164  REVUE   DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

duit  exotériquement  dans  la  matérialité  des  sens;  l'intuition 
naît,  se  produit  et  ne  peut  exister  que  lorsque  la  faculté  de 
rame  qui  nous  représente  les  images  de  la  raison  discursive 
et  celles  produites  dans  rintelligence  se  trouve  dans  un  état 
de  calme  et  de  quiétude  absolu;  sinon,  il  ne  peut  se  produire 
d'image,  et  la  pensée  ne  se  rétléchit  pas  dans  l'imagination, 
de  telle  sorte  que  la  pensée  est  accompagnée  d'une  image, 
sans  être  elle-même  une  image,  mais  bien  une  entité  transcen- 
dantale  toute  différente. 

Cette  théorie  de  l'imagination  a  été  tout  entière  empruntée 
par  Plotin  au  Stagirite,  en  modifiant,  en  transformant  le  dogme 
platonicien  par  la  pensée  du  maître  d'Alexandre,  exactement 
comme  on  le  verra  plus  loin,  dans  la  même  mesure  où  saint  Tho- 
mas d'Aquin  a  moditié  la  doctrine  d'Aristote,  ou  mieux  ce  que 
l'on  en  connaissait  au  moyen  âge,  par  la  glose  de  saint  Augus- 
tin. Les  Musulmans  n'ont  point  nettement  saisi  la  distinction, 
la  discrimination  qu'Aristote,  et,  après  lui,  l'auteur  des  Ennéa- 
des.  font  entre  l'imagination  qui  travaille  dans  le  domaine  des 
sens,  et  celle  qui  travaille  dans  le  domaine  de  la  Transcendance  ; 
ou,  plutôt,  ils  ont  maladroitement  mélangé,  sans  en  comprendre 
leur  essence,  ces  deux  concepts,  ces  deux  aspects  de  cette  faculté 
mystérieuse,  en  admettant  que  son  aspect  inférieur,  l'ima- 
gination sensorielle,  peut,  dans  certaines  conditions,  passer  à 
l'aspect  supérieur,  ce  dont  ni  Plotin,  ni  le  Stagirite,  ne  disent 
mot,  et  pour  cause.  Cette  adaptation  de  la  doctrine  hellénique 
était  fatale  dans  l'esprit  des  métaphysiciens  musulmans  et  des 
Soufis,  parce  qu'elle  répondait  à  leurs  idiosyncrasies  intellec 
tuelles,  et  surtout  à  ce  dogme,  qui  est  fondamental,  essentiel, 
chez  eux,  dans  leur  secte,  que  la  surérogation  peut  élever 
l'homme,  partant  ses  facultés  constitutives,  de  stade  en  stade, 
de  perfection  en  perfection,  jusqu'à  la  Perfection  absolue,  qui 
est  l'Essence  même  de  l'Etre  unique,  qui  créa  le  -Ab^iJ-zc,  et  qui 
mit  en  mouvement  la  masse  de  l'Univers. 

Le  parallélisme  des  deux  thèses  se  poursuit  d'une  manière 
assez  visible,  sans  qu'il  y  ait  un  besoin  urgent  de  le  souligner  et 
d'en  relever  les  détails;  s'il  y  a  eu  des  transformations  dans  le 
passage  de  la  théorie  néo-platonicienne  à  la  doctrine  de  la 
Somme  musulmanne,  il  est  assez  évident  que  celle-ci  dérive  de 

[1031 


LA    PEXSKE   CiRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        165 

celle-là,  et  que  les  ontologistes  musulmans  ont  détaillé  les 
aspects  de  l'esprit,  en  partant  de  ses  formes  inférieures,  pour 
remonter  à  celle  qui  est  la  plus  parfaite,  au  lieu  de  faire  le  con- 
traire, ce  qui  eût  été  plus  logique,  sans  que  le  fait,  au  point  de 
vue  doctrinaire,  ait  la  moindre  importance. 


Les  métaphysiciens  persans  n'ont  pas  tardé  à  développer  la 
théorie  du  microcosme  sous  une  forme  allégorique,  dont  on 
chercherait  en  vain  la  fantaisie  dans  l'aridité'  de  la  littérature 
arabe,  et  qui  n'est  point  sans  présenter  des  analogies  curieuses, 
mais  toutes  fortuiies,  avec  le  caractère  des  œuvres  littéraires, 
de  certaines  d'entre  elles,  au  moins,  qui  sont  nées  au  moyen 
âge,  sous  le  ciel  de  l'Ile  de  France  :  le  corps  de  l'homme, 
dit  l'auteur  du  Madjma  al-baliraïn  (1),  est  une  ville;  sa 
poitrine,  un  cimetière;  son  cœur,  un  cercueil;  l'àme  se  trouve 
enfermée  dans  le  cercueil  qui  est  constitué  par  le  cœur,  lequel 
est  déposé  dans  le  champ  clos  de  la  poitrine. 

De  mèine  que  le  tombeau  est,  dans  la  direction  du  second 
Intîni,  le  premier  stade  du  monde  transcendantal,  le  dernier  du 
premier  Infmi  étant  la  matrice  de  la  mère,  si  le  tombeau  est  le 
dernier  stade  du  monde  tangible,  le  cœur  est,  dans  le  micro- 
cosme, le  premier  stade  du  monde  pur,  du  monde  spirituel 
v^^'^.  jUr^)  en  même  temps  qu'il  constitue  le  stade  ultime  du 
monde  matériel,  du  monde  de  la  terre  0/"'=^  jW'^'  suivant 
l'expression  énergique  de  Shams  ad-Din  d'Abarkouh;  dans 
cette  tombe,  l'àme  se  trouve,  soit  comme  dans  le  paradis,  car  il 
est  dit  :  «  Le  tombeau  est  l'un  des  bosquets  du  paradis  »,  soit 
comme  dans  la  Géhenne,  d'après  la  suite  de  cette  sentence  : 
«:  ou  bien,  comme  l'une  des  fosses  remplies  des  feux  infernaux  ». 

De  même  que  la  tombe  est  un  discriminant,  un  espace  vide 
de  matière  -^ï^j,  entre  Je  monde  transcendantal  et  le  monde 
tangible,  le  cœur  est  un  discriminant  entre  le  monde  spirituel 
'-^^^v  !*"■'  6t  le  monde  matériel  ^^'-^  J'--;  c'est  en  ce  sens  que 
le  Prophète  a  dit,  en  quelque  sorte,  que  le  sommeil  est  le  frère 

(1)  Pages  313-346. 

1.104] 


166  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

de  la  mort,  ce  que  Fauteur  du  Madjma  al-bahra'iii\\)  a  glosé, 
en  disant  qu'entre  la  mort  et  le  sommeil,  il  n'existe  qu'une  diffé- 
rence de  quantité,  que  la  mort  est  le  grand  frère,  le  sommeil, 
le  petit  frère. 

Cette  allégorie  de  la  comparaison  de  Thomme  avec  une  cité 
florissante  revient  à  plusieurs  reprises  soas  la  plume  de  cet 
auteur,  dont  elle  constitue  un  thème  favori;  elle  n'appartient 
point,  en  réalité,  à  la  théorie  primordiale  du  microcosme, 
d'après  laquelle  chaque  partie  du  corps  humain  correspond  à  un 
élément  du  monde  supérieur;  elle  en  est  une  forme  diminuée, 
ramenée  dans  les  limites  assez  restreintes  du  monde  matériel, 
d'une  manière  habile,  dont  le  mohtasib  d'Abarkouh  a  su  tirer 
des  effets  heureux,  en  la  compliquant  à  l'extrême  :  «  Tout  au 
principe  de  la  création,  dit-il  (2),  l'Être  unique  a  jeté  les  fonde- 
ments d'une  ville,  pour  que  son  khalife,  son  représentant  sur 
cette  terre,  et  ses  officiers  y  établissent  leur  résidence  ;  cette  ville 
est  constituée,  non  seulement  par  le  corps  et  par  la  personne  de 
l'homme,  mais  également  par  la  terre  et  par  tout  le  monde  de 
la  tangibilité  sil-(^-  Jl^.  Il  existe  dans  cette  ville  un  palais,  qui 
est  destiné  à  la  résidence  du  khalife,  et,  dans  ce  palais,  un 
appartement  où  il  se  retire  dans  la  solitude;  les  fondations  de 
cette  cité  reposent  sur  quatre  piliers,  qui  sont  les  quatre  élé- 
ments; le  lieu  qui  sert  de  retraite  au  khalife  de  Dieu  est  le  cœur; 
la  majorité  des  philosophes  veut  que  le  khalife  soit  l'intellect 
J-i^,  et  que  le  lieu  de  sa  retraite  soit  le  cerveau  ;  les  docteurs  de 
l'Islam,  au  contraire,  donnent  des  noms  très  divers  au  khalife; 
toutefois,  d'une  manière  assez  générale,  ils  le  regardent 
comme  étant  l'esprit  ^3,,  lequel  demeure  clans  le  cœur. 

Cet  esprit  est  souverain  dans  la  capitale  du  Khalifat  (3), 
laquelle  est  le  corps  de  l'homme;  sur  les  murs  de  la  cité,  se 
trouve  un  gardien  vigilant,  qui  a  la  charge  d'en  ouvrir  les 
portes;  l'Etre  unique  l'a  dénommé  les  sens  (^-''j=^  ;  les  modalités 
qui  sont  perçues  par  les  sens  sont  des  marchands  qui  s'avan- 
cent en  caravane,  qui  se  présentent  à  la  porte  de  la  capitale,  et 


(1)  Page  346. 
('^)  Pages  70,  71. 
(3)  Page  73. 

[105] 


LA    PENSKE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAI..         1(37 

qui  soUicilent  de  lofficier  préposr  à  sa  garde  la  faveur  d  y 
pénétrer;  chacune  des  catégories  de  marciiands  qui  ont  fait  de 
cette  cité  le  but  de  leur  voyage  entre  par  une  porte  qui  lui  est 
spécialenieat  destinée,  d'une  manière  absolue,  par  laquelle 
aucune  autre  de  leurs  corporations  n'est  admise  à  passer,  sous 
quelque  prétexte  qu'elle  puisse  invoquer;  la  caravane  des  sons 
pénètre  d;ms  la  cité  khalifienne  par  la  porte  de  l'ouïe;  celle 
des  visions,  par  la  porte  des  yeux;  les  marchands  qui  repré- 
sentent les  éléments  matériels,  qui  ne  peuvent  être  perçus  que 
par  le  sens  du  toucher,  y  entrent  par  la  porte  d'une  faculto 
qui  se  trouve  répandue  sur  tous  les  membres  du  corps,  le  sens 
du  tact.  » 

D'après  une  variante  de  cette  allégorie,  qui  eût  charmé  les 
belles  lectrices  de  Jean  de  Meung  et  de  Guillaume  de  Loris,  ou 
lies  dauies  qui  feuilletèrent  le  Songe  du  Viel  Pèlerin,  l'esprit 
règne  dans  la  capitale  créée  par  l'Être  unique;  les  cinq  sens 
sont  cin*!  grands  généraux,  qui  se  sont  partagés  en  fief  les 
sept  climats  du  royaume  (1);  chacun  d'eux  a-  construit  une 
puissante  forteresse  au  cœur  de  la  contrée  dont  le  gouverne- 
ment lui  est  échu,  de  telle  façon  que  chacun  de  ces  grands 
dignitaires  n'a  de  pouvoir  exclusivement  que  sur  le  territoire 
qui  lui  appartient  en  propre,  ce  qui  est  une  manière  élégante  de 
dire  que  les  sens  n'empiètent  point  les  uns  sur  le  domaine 
des  autres;  l'Etre  unique  en  personne  a  décrété  la  répartition 
des  provinces  du  royaume  entre  ces  officiers,  comme  l'indique 
ce  verset  «  à  chacune  de  leurs  portes  correspond  une  part  déter- 
minée »,  et  chacun  de  ces  apanages  est  inscrit  dans  le  monde 
de  la  Transcendance  sur  l'aspect  du  Koran  ésotérique  que  les 
ontologistes  nomment  le  Livre  aux  lignes  tracées  p^y  v>^-^. 

Il  serait  oiseux  de  citer  tous  les  aspects  sous  lesquels  se  pré- 
sente cette  théorie  des  rapports  ('sotériques  de  l'homme  avec  les 
éléments  du  -/.ojij.:?,  et  je  me  bornerai  à  esquisser  les  suivants, 
qui  sont  des  schémas  tracés  par  des  ontologistes  célèbres  :  le 
premier  expose  la  doctrine  de  Mohyi  ad-Din  ibn  al-Arabi.  dans 

(1)  Il  est  inutile  de  souligner  ici  ce  fait  que  l'allégorie  manque  de  précision; 
le  rojaume,  qui  est  le  monde,  a  bien  sept  climats,  mais  il  aurait  fallu  expliquer 
que  les  deux  climats  extrêmes,  inhabitaliles  par  suite  des  excès  de  la  tempéra- 
ture, ne  comptent  pas  dans  cette  division. 

[10(3] 


168 


REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 


ses  alFoutouhatal-Makkiijya  (1)  et  de  Shams  ad-Din  d'Abar- 
kouh,  qui  Fa  copiée  dans  son  Madjma  al-bahraui  (2). 


Macrocosme 

l*"'' stade  :  le  Trône  :  J^^j^. 

2.  —    TAme  universelle. 

3.  —    la    Maison     prospère 

._»<sx^  vji-r:.-''  OU  ciel 
de  la  vie  >*^ L=^  oX-U . 
1.     —    Saturne  et  son  ciel. 

5,  —    Jupiter  et  son  ciel. 

6.  —     Mars  et  son  ciel. 

T.     —     Le  Soleil  et  son  ciel. 

8.  —     Vénus  et  son  ciel. 

9.  —     xMercure  et  son  ciel. 

10.  —     la  Lune  et  son  ciel. 


Microcosme 

l'Esprit  de  Sainteté. 
Tâme  humaine, 
le  cœur. 


la  l'acuité  scientifique  ^  w^J? 
et  son  siège, 

la  faculté  qui  conserve  les  for- 
mes dans  la  mémoire  o^s 
Sj^y^  et  son  siège. 

la  faculté  intellectuelle  ^^-y 
à.\^^  et  son  siège. 

la  faculté  de  la  réflexion  C-^y 

ï^Cb  et  son  siège. 

la  faculté  conceptive  i^lj-i^  o_j3 

et  son  siège, 
la    faculté    Imaginative    ^'^^ 

aAr.5r^  et  son  siège, 
les  sens  exotériques^t^^i^  ^j-'!^'^ 
et  les  organes  par  lesquels  ils 

s'exercent. 


En  fait,  dans  cette  théorie,  il  existe  quarante  stades,  dont  vingt 
appartiennent  au  Macrocosme,  et  vingt  au  microcosme,  et  ces 
stades,  dans  le  monde  qui  est  soumis  aux  vicissitudes  du  change- 
ment d'état  cu-^W-'*  sont  les  suivants  : 


(1)  Chap.  VI. 

(2)  Page  380;  les  al-l^oulouhal  al-Mahkiyyti  sont  l'une  des  sources  essentielles 
du  raohtasib  d'Abarkouh,  qui  s'était  imposé  la  tâche  de  lire  cette  œuvre  fan- 
tastique, mais  qui  forme  la  Somme  de  l'Ésotérisme. 


[107] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL. 


109 


Macrocosme 

Le  ciel  de  l'éther  j^>^'  ^iiCb, 
avec  son  esprit,  la  chaleur  et 
la  sécheresse. 

La  sphère  de  l'air  et  son  esprit, 
la  chaleur  et  l'humidité. 

La  sphère  de  l'eau,  avec  son 
esprit,  le  froid  et  l'humidité. 

La  sphère  de  la  terre  et  son 
esprit,  le  froid  et  la  séche- 
resse. 


Microcosme 

la   bile  [r^^  et  son  esprit,  la 
faculté  digestive  i^>:=U  vji^Jî. 

le  sang  et  son  esprit,  la  faculté 
attractive,  la  force  centripète 

le   phlegme  et  son  esprit,  la 
faculté    répulsive,   la   force 

centrifuge  Asib  ^^. 
le  fond,  le  point  noir  du  cœur 
'-j--,  avec  son  esprit,  la  faculté 
d'attraction. 


.u 


< 


Quant  au  monde  où  se  trouve  le  séjour  de  la  vie  ■ — 'y^  ^J 
que  d'autres  métaphysiciens  nomment  le^-**'-''  .o^«  ce  qui  n'en 
est  qu'une  simple  variante,  il  comporte  également  quatre 
classes  : 


Macrocosme 
Les  esprits  jW-^j.,  démons  et 

fées,  mauvais  et  bons  esprits. 
Les  animaux. 
Les  plantes. 

Les  minéraux. 


Microcosme 
les    facultés    corporelles    ^j.j-? 

les  sens. 

ce  qui,  dans  l'homme,  croît  et 
augmente. 

ce  qui,  dans  l'homme,  ne  subit 
ni  augmentation,  ni  dimi- 
nution. 

Le  monde  de  la  relativité  ■^.^^--j,  ce  qui  est  une  simple  variante 
du  nom  dej---*j  j^^,  qu'on  lui  verra  donné  plus  loin,  comprend 
neuf  stades  et  une  modalité  que  l'on  trouvera  définis  dans  la  suite 
de  ce  mémoire;  ils  forment  les  deux  derniers  termes  de  cette 
série,  qui  en  comprend  vingt  dans  chacun  des  aspects  du  -/.b^'^^zq. 

D'après  une  autre  doctrine,  qui  se  trouve  exposée  par  Nadjm 
ad-Din  Daya(l),  dans  le  Marsacl  al-'ibad,  le  corps  de  l'homme, 

(1)  Man.  supp.  persan  1082,  folio  38  recto. 


[108^, 


370  REVUE    DE    l/ORIENT    CHRÉTIEN'. 

dans  le  Macrocosme,  correspond  à  la  terre;  le  cœur,  au  ciel, 
Tàme,  au  soleil;  le  cœur,  dit  l'auteur,  n'est  pas  une  entité  sim- 
ple, pas  plus  que  sa  réplique,  dans  le  Macrocosme,  le  ciel,  n'est 
un,  puisqu'il  est  formé  et  composé  de  plusieurs  sphères. 

Le  cœur  possède  deux  aspects,  que  les  auteurs  mystiques  dis- 
tinguent par  les  deux  termes  de  J^  dil  et  de  ^3  holb,  lesquels, 
dans  la  langue  et  la  terminologie  courantes,  ont  rigoureusement 
le  même  sens,  mais  dont  l'un,  le  premier,  est  persan,  tandis 
que  le  second  est  arabe. 

Chacun  de  ces  deux  aspects  du  cœur  est  divisé  en  sept  parties 
différentes,  nommées  «  membres  »_»^=,  pour  l'aspect  du  cœur 
qualifié  de  kolb,  montagne  j_?^,  pour  celui  qui  est  nommé  du 
mot  persan  (^///;  chacune  de  ces  sept  parties,  dans  chacun  des 
deux  aspects,  contient  un  nombre  infini  d'entités  merveilleuses, 
qui  ont  également  chacune  des  significations  ésotériques  et 
Iranscendantales  à  l'infini. 

Ghazali  a  consacré  tout  un  livre  de  son  célèbre  «  Traité  de  la 
rénovation  des  sciences  religieuses  »  à  ces  subtilités,  à  l'étude 
de  ces  propriétés  mystiques  du  cœur,  et  il  en  a  formé  un 
ouvrage  qui  est  bien  connu,  sous  le  titre  spécial  de  Wdjaïb  al- 
kolb  «  les  merveilles  du  cœur  »;  encore,  si  l'on  en  croit  l'auteur 
dnMttrsad  aZ-'ibad,  ne  contient-il  rien,  en  comparaison  de  ce 
que  l'on  pourrait  écrire  sur  ce  sujet. 

Les  sept  divisions,  les  sept  membres  j-^-  de  l'aspect  kolb  du 
cœur,  correspondent  aux  sept  sphères  du  ciel,  et  les  sept  mon- 
tagnes ,^^9,  les  sept  modalités  de  l'aspect  dil  du  cœur,  sont  les 
répliques  des  sept  climats  de  la  terre.  De  même  que,  dans 
chaque  climat,  la  terre,  d'après  les  théories  des  Musulmans, 
jouit  de  propriétés  spéciales,  qui  la  différencient  absolument 
des  terres  des  six  autres  climats,  chacun  des  aspects-montagne 
jj^  du  cœur  confère  à  l'homme  des  aptitudes,  ou  produit  en 
lui  des  qualités  qui  forment  son  [idiosyncrasie,  en  le  différen- 
•ciant  formellement  des  autres  hommes. 

D'après  les  théories  cosmogoniques  de  l'Islam,  que  les  Musul- 
mans ont  empruntées  à  l'Hellénisme,  chaque  sphère  du  ciel  est 
le  lieu  d'une  planète,  qui  s'y  trouve  attachée,  ce  qui  revient  à 
dire  que  chaque  planète,  chacun  des  astres  errants,  se  meut 
<lans  une  orbite  dont  l'enveloppe  est  constituée  par  l'une  des 

[109] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        171 


sphères  du  ciel  du  Macrocosme;  c'est  dans  le  même  esprit  de 
réplique  que  chacun  des  aspects-montagne  jS  du  microcosme 
est  la  mine  ^-^^  d'une  essence,  d'une  qualité,  d'une  idiosyn- 
crasie,  ce  mot  «  mine  »  étant  employé,  dans  le  développement 
de  cette  théorie,  comme  le  fait  remarquer  Tauteur  du  Marsad 
al-^ibad,  dans  le  sens  ésotérique  d'endroit  où  l'on  trouve  une 
entité  déterminée,  telle  que  le  métal;  aux  montagnes  y^  du 
cœur,  correspondent  les  «  mines  »  dans  la  succession  suivante  : 


Aspect  montaone 

1"  la  poitrine  j-v-^. 

•2"  le  cœur  ^^i. 

3°-  les  parties  sexuelles  ^'^ 

(1). 
P  le  foie. 

'f  la  place  où  bat  le  cœur  ^:^', 

6"  le  point  noir  du  cœur. 


7**  le  sang  '^'<^  du  cœur. 


Mine 

le  salut. 

la  foi. 

l'amitié  et  amour. 

la  contemplation  v_>->->'-^^  et  la 
facultédelavision  •^■^.^j  S^'- 

l'amour  exclusif  pour  la  Divi- 
nité. 

les  révélations  du  monde  invi- 
sible, de  la  science  infuse, 
de  la  source  du  Décret  trans- 
cendantal  c:--<^\a.. 

la  production  des  lumières  des 
révélations  des  attributs  de 


la  Divinité 


\^\ 


La  théorie  du  microcosme  qui  fait  du  cœur  le  correspondant 
du  ciel  est  peut  être  la  plus  généralement  admise  dans  l'Ésoté- 
risme,  mais  elle  n'est  point  la  seule,  et  il  en  existe  une  autre, 
non  moins  importante,  et  plus  rationnelle,  si  tant  est  qu'on 
puisse  invoquer  la  raison,  ou  plutôt  le  raisonnement,  dans  de 
pareilles  questions. 

Suivant  cette  théorie  (-2),  qui  est  en  contradiction  absolue  avec 
celle  qu'expose Mohyi  ad-Din  ibn  al-'Arabi  dans  lesal-Foutouhàt 


(1)  Voir  Dozy,  sous  ce  mot,  dont  le  sens  ici  est  certain. 

{2)  Marsad  al-Hbad,  man.  snpp.  persan  1082,  folio  37  recto. 


[110] 


172  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

al-Makkiyya,  le  cœur  est  dans  le  microcosme  le  correspon- 
dant du  Trône  ij-j^  du  Macrocosme.  Le  Trône  est  une  forme 
ii-s^j  (1),  dont  l'une  des  faces  ^^.  est  tournée  vers  cet  aspect 
du  monde  intangible  que  Ton  nomme  le  monde  de  la  Souverai- 
neté, tandis  que  l'autre  regarde  vers  le  monde  tangible  ^XU. 
C'est  par  cette  dernière  face  que  le  monde  matériel  est  en 
rapport  avec  l'Être  unique;  toutes  les  fois  qu'Allah  veut  faire 
profiter  le  monde  qu'il  a  créé  d'une  des  grâces  qui  émanent  de 

l'attribut  de  la  miséricorde  .jiJ^Ai^^  vj:^i.^  (2),  il  ne  peut  l'en- 
voyer directement;  c'est  sur  cette  face  de  la  forme  à  trois 
dimensions  du  Tnuie  qu'il  l'émet,  et  cette  face,  à  son  tour,  la 
réiléchit  sur  le  monde  tangible. 

Le  cœur,  qui  correspond  dans  le  microcosme  au  Trône, 
a  ('gaiement  deux  faces  :  l'une  est  tournée  vers  le  monde  de 

la  spiritualité  o^'.iU^.  JU,  l'autre,  vers  le  monde  des  corps. 
L'àrne  ne  peut  pas  plus  transmettre  directement  ses  mouve- 
ments au  corps  matériel,  qu'Allah  ne  peut  faire  rayonner  direc- 
ment  ses  grâces  vers  le  monde  tangible;  elle  doit  les  envoyer 
sur  la  face  du  c<;eur  qui  est  tournée  vers  le  monde  des  corps, 
vers  le  monde  matériel,  et  cette  face  réiléchit  cette  émanation 
vers  le  corps  humain. 

Le  v,ba[j.oq  ,  dit  le  mohtasib  d'AIjarkouh  (3),  se  divise  en  quatre 
stades  :  1"  l'Existence  supérieure  ^^^  ^\j^,  qui  est  le  monde  de 
l'invariabilité  et  de  la  stabilité  absolues  (4);  2°  l'Existence  infé- 

(1)  Ji-^^j  est  une  l'orme  à  trois  dimensions,  un  volume,  ici,  dans  l'idée  des 
Mystiques,  probablement,  une  forme  qui  a  un  nombre  indéterminé  de  surfaces 
terminales;  0^^»j-^  est  une  forme  à  deux  dimensions,  comme  la  peinture; 
,1  aïj,  II ne  forme  à  une  ou  à  deux  dimensions. 

(2)  Une  grâce  qui  provient  de  ce  fait  qu'il  est  le  Miséricordieux. 

(3)  Madjma  al-bahraïn,  page  28. 

(-1)  Cette  Existence  supérieure,  qui  ne  connaît  pas  le  changement,  est  une  entité 
du  y.6<j\i.o^  qui  ne  connait  que  l'Espace,  lequel  conserve  les  formes,  sans  le 
Temps,  qui  les  détruit;  de  même  que  la  mémoire,  qui  est  un  espace  interne, 
limité  à  notre  courte  existence,  conserve  les  formes,  et  les  idées  qui  leur  sont 
égales,  dans  la  mesure  où  le  temps  ne  les  vient  pas  effacer,  ou  la  faculté 
conceptive  les  modifier;  en  ce  sens,  ce  monde  supérieur  est  la  mémoire  infinie 
de  l'Essence  divine,  une  étendue  métaphysique,  transcendantale,  qui  garde 
intacts  toutes  les  formes,  tous  les  concepts,  parce  qu'ils  préexistent  dans  son 
ipséité,  qui  est  l'Intégrale  du  xôffjjioç,  qui  existe  en  dehors  du  Temps,  alors  que 
la  Durée  est  la  faculté  conceptive  de  la  Divinité.  C'est  un  fait  remarquable  que  les 

[111] 


LA    PENSEE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    OlilENTAL.         1  /  .J 

rieure  J-à^'  j^,  qui  est,  au  contraire,  le  monde  du  changement 
et  de  la  destruction;  3"  l'Existence  dans  laciuelie  la  vie  est  orga- 
nisée j^,'^  ^^ ,  par  opposition  aux  deux  autres  formes  dans 
lesquelles  elle  ne  l'est  pas,  qui  est  le  monde  dans  lequel  se  trou- 
vent réunis  la  stabilité,  l'éternité  '-Jij  et  la  destruction;  1"  l'Exis- 
tence relative ^v-»-'-''  .i_?^,  qui  est  le  monde  des  comparaisons  d) 
o>^'-:•^';  ces  quatre  -/iTij.c;  se  trouvent  intégralement  compi-is 
dans  le  Macrocosme  r-^  .*-^  et  dans  le  microcosme 


r- 


^«..vT      *.' 


Le  monde  supérieur  est  la  Vérité  transcendantale,  le  sens  ésoté- 
rique,  qui  comprend  dans  son  intégralité  toutes  les  significations 
«sotériques  de  la  Transcendance  (3''^'  iiLï=w,  laquelle,  dans  le 
microcosme,  est  l'Esprit  de  Sainteté;  il  est  également  le  Trône 
:imguste  qui  entoure  l'Univers,  et  qui,  dans  le  microcosme,  cor- 
respond au  cœur;  l'Estrade  du  Trône,  ;'i  laquelle  correspond 
l'àme  humaine  ^^-^>\  ^ûj  du  microcosme;  les  Anges,  qui 
-sont  les  esprits  et  les  facultés  du  microcosme;  la  Maison  pros- 
père ;j<>-*^  >-^r?i  à  laquelle  répond  le  corps  dans  le  micro- 
•cosme  (2),  cette  correspondance  se  continuant  ainsi  : 


Macrocosme 

Saturne  et  son  ciel. 
Jupiter  et  son  ciel. 


Microcosme 

la  faculté  scientifique  et  l'àme 
la  faculté  mémoriale  j.^^'^  et 


•ontologistes  musulmans  aient  eu,  au  moyen  âge,  la  prescience,  la  pré-conscience 
de  cette  vérité,  puisque,  dans  leur  théorie,  les  répliques,  dans  le  microcosme, 
de  cette  mémoire  divine  sont,  dans  l'homme,  la  mémoire  et  les  facnltés  cérébrales 
i(ui  lui  sont  étroitement  connexes;  et  cela  montre  également  <|irils  professaient 
la  doctrine  absolument  inexacte  de  l'éternité  des  astres  qui  gravitent  dans  les 
espaces,  alors  que,  comme  «  tout,  sauf  la  Face  de  Dieu  »,  ils  sont  périssables.  Les 
ontologistes  ont  eu  conscience  que  la  somme  de  l'énergie  du  -/.ôdao;  est  une 
quantité  constante;  mais  ils  n'ont  pas  vu,  ce  qu'a  constaté  la  Pliysique  moderne, 
i^ue  cette  énergie,  tout  en  demeurant  constante,  se  dégrade,  au  fur  et  à  mesure 
qu'elle  se  transforme,  comme  la  chaleur,  quand  on  en  fait  du  mouvement,  et 
«lu'elle  finira,  de  cascade  en  cascade,  par  aboutir  à  un  stade  où  elle  ne  sera  plus 
utilisable;  en  ce  sens,  le  xd^fxoç  matériel,  qui  est  changeable  et  périssable,  au 
moins  dans  ses  différentielles,  est  essentiellement  différent  du  -/.ôt[jlo;  transcen- 
dantal,  qui  est  sa  forme  éternelle  dans  la  mémoire  divine. 

(1)  Ce  terme  se  trouve  expliqué  un  peu  plus  loin. 

(2)  Ce  qui  signifie  que  ces  quatre  aspects  du  monde  existent  à  la  fois  dans  le^ 
Macrocosme  et  dans  le  microcosme,  ce   qui  est  l'évidence  même,  puisque  le 
second  est  la  réplique  du  premier. 

[112] 


174 


REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 


Mars  et  son  ciel. 


Le  Soleil  et  son  ciel. 


Vénus  et  son  ciel. 


Mercure  et  son  ciel. 


La  Lune  et  son  ciel. 


la  partie  postérieure  du  cer- 
veau. 

la  faculté  conceptive  a^I^  wy, 
et  la  première  partie  de  la 
masse  postérieure  du  cer- 
veau. 

la  faculté  intellectuelle  c^y 
à^^  et  le  centre  du  cercle 
du  cerveau,  lequel  est  le 
Ihéàtre  dans  lequel  se  mani- 
feste l'esprit  pai-ticiilier  à 
Tespèce  humaine  ^j^jÎ  ~jj. 

la  faculté  réflective  ^yU  ^^,2s 
et  la  partie  antérieure  de  la 
masse  moyenne  du  cerveau. 

la  faculté  Imaginative  .j^,^i 
JLd.  et  la  partie  postérieure 
de  la  masse  cérébrale. 

les  cinq  sens  et  la  partie  anté- 
rieure du  cerveau. 


Tels  sont,  dit  l'auteur  du  Macljma  al-bahra'ln,  sous  une 
forme  dilïérente  de  ses  termes  antécédents,  les  stades  divers  du 
monde  de  l'Immuable,  du  monde  éternel  ;  quant  au  monde  infé- 
rieur, celui  du  changement  et  de  la  destruction  ^Jj  J'jj  (1), 
il  se  divise  ainsi  : 


Macrucosme 

La  sphère  de  relher^.-^  et  son 
esprit,  la  chaleur  et  la  séche- 
resse. 

La  sphère  de  l'air  îj»  et  son 
esprit,  la  chaleur  et  l'humi- 
dité. 

(I)  Page  29. 


Microcosme 

la  bile  |^-^  et  son   esprit,  la 
faculté  digestive. 

le  sang  et  son  esprit,  la  faculté 
attractive,  la  force  centripète 


[1131 


LA    PENSIŒ    GRECQUK    DANS    LE    MYSTICISME-  ORIENTAL.        175- 

le  phlegme  **1j  et  son  esprit,  la 
facult»'  répulsive,  la  force- 
centrifuge  ijèli  ^J. 

le  fond,  le  point  noir  du  cœur 
et  son  esprit,  la  faculté,  la 


La  sphère  de  l'eau  et  son  esprit, 
le  froid  et  l'humidité. 


la  sphère  de  la  terre   el  son 
esprit,  le  froid  et  la  séche- 


l'esse.  I      force  attractive  i>CU   ^Jî. 

Aux  sept  aspects  de  la  terre,  à  ses  sept  colorations,  corres- 
pondent dans  le  microcosme  les  sept  parties  dont  se  compose  le 
corps. 

La  troisième  division  du  monde  (1  ),  le  monde  de  la  vie  orga- 
nisée ^o*j'  .y  S,  se  présente  dans  le  Macrocosme  sous  un  triple 

aspect  :  spirituel  c^'^^jj,  matériel  ^j'-<w^,  composite  ^-^-^y, 
formé  H  la  fois  de  spiritualité  et  de  matérialité,  cet  aspect 
composite  étant  intermédiaire  entre  le  monde  spirituel  et  le 
monde  matériel,  dont  il  participe  également.  L'aspect  spirituel 
de  ce  monde  est  le  monde  inférieur  de  la  Souveraineté  ^jljj^I' 
Jiw!,  qui  se  divise  à  son  tour  en  deux  catégories,  suivant  que  les- 
entités  qui  le  composent  commettent  des  actions  bonnes,  ou,  au 
contraire,  des  actes  répréhensibles  et  mauvais;  la  première 
catégorie  se  compose  des  fées  ^y',  qui  sont  des  êtres  bienfai- 
sants, la  seconde,  des  démons;  plusieurs  démons  ont  la  faculté 
de  se  produire  sous  la  figure  humaine,  et  ils  exercent  sous  ces 
espèces  un  pouvoir  tyrannique.  Iblis,  le  révolté,  est  leur  chef. 
Dans  le  microcosme,  dans  Thomme,  tous  les  éléments  qui  con- 
courent à  l'organisation  de  l'être,  à  son  équilibre,  à  sa  vie  morale, 
répondent  au  monde  des  péris,  des  fées,  du  Macrocosme;  tous  les 
mauvais  sentiments,  le  dérèglement,  l'inconduite,  sont  la 
réplique  des  démons. 

L'aspect  matériel  de  fctte  troisième  grande  division  (2)  de 
l'Univers  se  divise  également,  symétriquement,  en  deux  catégo- 
ries; la  première  est  la  partie  du  monde  matériel  qui  est 
susceptible  d'évolution,  de  développement,  de  croissance;  la 
seconde  catégorie  est  formée  des  existences  qui  n'en  soint  point 


(1)  Page  -Zd. 

(2)  Page  30. 


[114] 


176  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

susceptibles;  la  première  comprend  les  végétaux,,  la  seconde, 
'les  minéraux.  Cet  aspect  matériel  de  la  troisième  division  du 
Macrocosme  a  également  sa  réplique  dans  le  microcosme,  dont 
la  partie  matérielle  se  divise  aussi  en  deux  classes,  celle  qui 
est  douée  de  mouvement,  les  humeurs  du  corps  i=^==^l,  et  celle 
qui  n'en  est  point  douée,  c'est-à-dire  les  membres  ^^  (sic): 

L'aspect  composite  de  cette  troisième  division  du  monde  est 
formée  des  êtres  animés,  qui  se  répartissent  aussi  en  deux  caté- 
gories; la  première  est  formée  par  les  êtres  dont  l'intellect  ne 

peut  percevoir  que  des  particularités,  des  différentielles  O'^^j-r-^ 
et  rien  de  plus,  des  animaux;  la  seconde,  de  ceux  qui  sont  capa- 
bles de  percevoir  les  différentielles,  en  même  temps  que  les  inté- 
grales o^llJ^,  de  faire  la  somme  des  particularités,  d'intégrer 
les  différentielles;  cette  seconde  classe  est  uniquement  composée 
de  l'homme.  Ce  troisième  aspect  du  monde  a  pour  réplique  dans 
'  le  microcosme,  le  cœur,  qui  est  la  source  de  l'esprit  vital 
^i!^2^  ^^.,  qui  peut  percevoir  les  sensations,  et  uniquement 
elles,  mais  qui  est,  en  même  temps,  le  théâtre  dans  lequel,  par 
lequel,  se  manifeste  l'esprit  humain  ^jLoÎ  ^^j^,,  qui  peut 
percevoir  à  la  fois  les  sensations  vji^lwj*..:^-*  et  les  intelligibles 

Le  quatrième  aspect  du  monde  est  le  monde  de  la  relativité 
j^^'j  ^^•.  il  est  ainsi  nommé  pour  cette  raison  que,  si  on  con- 
sidère cette  quatrième  modalité  de  l'Univers  en  la  regardant  du 
point  de  vue  du  monde  inférieur  J-i-î  J'--,  elle  est  éternelle 
^sb  ;  si,  au  contraire,  on  la  considère  du  point  de  vue  du  monde 
supérieur  J-s'  J'-^,  elle  est  périssable  ^^'^^  d'où  il  suit  que 
ses  attributs  sont  relatifs  par  rapport  à  ceux  de  ces  deux  aspects 
du  ■/.ôa[ji,oç.  Il  comporte  dans  le  Macrocosme  deux  subdivisions, 
deux  catégories,  suivant  (ju'on  le  considère  dans  sa  relation 
avec  le  corps  ou  avec  l'àme;  la  première  est  formée  des  acci- 
dents ^j^-,  la  seconde  est  la  perception  discriminative  des 

concepts  essentiels  c-'l^î  jj-^  v^î^l  et  des  concepts  matériels 

^"^^  jj^*'  la  première  catég'orie  se  répartit  en  neuf  classes  : 

1°  quotité;  2"  modalité;  3°  rapport  de  dépendance;   1°  rapport 

•  de  temps  ;  5°  rapport  de  lieu  ;  6°  possession  ;  7"  situation,  manière 

1115] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MVSTICIS.ME   ORIENTAL.         177 

d'être  «-^j;  8°  action:  D"  passivité  J^»ij';  ce  qui,  avec  l'Essence 
js>-^,  fait  dix  entités,  que  les  philosophes  nomment  les  dix 
espèces,  les  dix  modalités  ._J^^'^,  et  les  Soufis,  les  dix  perfec- 
tions. Elles  ont  naturellement  leurs  répliques  dans  le  micro- 
cosme, dans  l'homme,  où  la  passivité  du  Macrocosme,  pour  ne 
prendre  qu'un  exemple,  se  traduit  par  des  sensations  telles  que 
la  faim  et  la  soif  qui  lui  sont  imposées.  Quant  à  la  perception 
discriminative  des  concepts  essentiels  et  des  concepts  matériels, 
elle  correspond  dans  l'homme  à  une  faculté  qui  est  capable  de 
percevoir  les  concepts  idi'aux,  les  formes  intelligibles  ^yx.'jj;.^, 
qu'ils  correspondent  à  des  qualités  ou  à  des  défauts,  et,  ce 
qu'  oublie  de  dire  le  mohtasib  d'Abarkouh,  de  les  traduire 
dans  la  matérialité  :  «  Ne  vois-tu  pas,  dit-il,  que  l'on  nomme 
renard  un  homme  fourbe,  qui  ne  cherche  qu'à  duper  ses  sem- 
blables, que  l'on  traite  un  idiot  d'àne,  un  homme  vaillant  de 
lion,  de  chameau  l'individu  qui  a  un  mauvais  cœur  ». 

(.1  suivre.) 

E.  Blociiet. 


ri  161 

ORIENT  CHRÉTIEN.  |j) 


RÉPERTOIRE  DES  BIBLIOTHÈQUES 
PUBLIQUES  ET  PRIVÉES 

CONTENANT  DES  MANUSCRITS  ÉTHIOPIENS 


En  1899,  M.  C.  Coiiti  Rossini  a  fait  paraître  un  inventaire 
des  manuscrits  éthiopiens  (.ye'ez  et  amhariques)  contenus  dans 
les  bibliothèques  situées  en  dehors  de  rÉthiopie  (1).  Cet 
excellent  travail,  qui  a  rendu  de  précieux  services,  deman- 
derait à  être  mis  à  jour.  Mais  il  y  aurait  lieu  de  dresser  au 
préalable  la  lisle  de  toutes  les  bibliothèques  publiques  ou 
privées  possédant  actuellement  des  manuscrits  éthiopiens. 
C'est  le  but  de  notre  répertoire,  qui  signale  en  même  temps 
les  plus  récents  catalogues  imprimés  ties  différentes  collec- 
tions (2).  Dans  l'appendice  sont  mentionnées  quelques  biblio- 
thèques d'Abyssinie  et  d'Érythn-e,  dont  un  inventaire  a  été 
publié. 

Notre  gratitude  est  acquise  d'avance  à  ceux  qui  voudront' 
bien  apporter  des  addenda  au  présent  essai  (:>). 

Bruxelles,  l'=''  mars  1931. 

Jean  Simon,  S.  J. 

(1)  Carlo  CoNTi  Rossini,  Manoscrillied  opère  abissine  in  Europa,  dans  Rendiconli 
délia  Reale  Accademia  dei  Lincei.  Classe  di  Scienze  morali,  storiclie  e  filolo- 
giche,  5°sér.,  t.  VIll  (1899),  p.  006-637. 

(2)  Le  fascicule  II  de  Silvio  Zanutto,  Bibliogrufia  Eliopica,  in  continuazione 
alla  "  Bibliografia  EUupica  »  di  G.  Fumagalll  (Roma,  Sindacato  Italiano  Arti 
Grafiche),  qui  paraîtra  prochainement,  ajoutera  de  nombreux  renseignements 
sur  le  contenu  des  fonds  éthiopiens  énumérés  ici. 

(3)  Nous  publions  dans  Le  Mnséon,  t.  XLIV  (1931),  p.  137-151.  un  répertoire 
analogue  des  bibliothèo.ues  contenant  des  manuscrits  coptes. 


[1] 


RÉPERTOIRE    DES    RIBLIOTIIÈQUES    PUBLIQUES    ET    PRIVÉES.     179 

Aix-en-Provence. 

Bibliothèque  Méjanes. 
M.  Chaîne,  Catalogue  des  mamiscrits  éthiopiens  des  bibliothèques  et 
musées  de  Paris,  des  départements  et  d^  collections  privées,  dans  Revue 
de  l'Orient. chrêlien,  2«sér.,  t.  IX  (1914),  p.  10-12. 

Ann  Arbor.  Mich. 

University  of  Michigan  Library. 

Arras. 

Bibliothèque  municipale. 
M.  Chaîne,  ibid.,  p.  13. 

Assise. 

Biblioteca  del  Convento  dei  iMinori  Cappuccini. 

Bâle. 

Bibliothek  der  Evangelischen  Missionsgesellschaft  (Missionsstrasse, 
21). 

Baltimore,  Md. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Robert  Garrett  (Nortli  Charles  St.  Avenue 
and  Wyndhurst  Avenue). 

Berlin. 

Preussische  Staatsbibliothek. 
A.  DiLLMANN,    Verzeichniss  der  abessinischen  Ilandschriften,  Berlin, 
1878  (^  Die  Handschriften-Verzeichnisse  der  Koniglichen  Bibliothek 
zu  Berlin,  III). 

Johannes  Flemming,  Die  neue  Sammlung  abossinischer  Ilandschriften 
auf  der  Koniglichen  Bibliothek  zu  Berlin,  dans  Zentralblatt  fi'ir  Biblio- 
thekswesen,  t.  XXIII  (1906),  p.  7-21. 

Marius  Chaîne,  Inventaire  sommaire  des  manuscrits  éthiopiens  de 
Berlin  acquis  depuis  1878,  dans  Bévue  de  l'Orient  chrétien,  2=  sér., 
t.  VII  (1912),  p.  45-68. 

Staatliche  Museen  :  Papyrussainmhmg. 
Muséum  fiir  Vcilkerkunde. 

Bibliothèque  privée  de  M.  B.  Moritz  (Cecilienstrasse,  4). 
■Bibliothèque  privée  de  M.  H.  Schlobies  (Dorotheenstrasse.  7). 
Bibliothèque  privée  de  M.  F.  Weiss  (c/o  WUhelmstrasse,  75). 

[21 


180  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

Berne. 

Stadtbibliothek. 
Hermannus  Hagen,  Catalogus  codicum  Bernensium  {Bibliotheca  Bon- 
garsiana),  Bernae,  1874,  p.  74. 

Besançon. 

Bibliothèque  municipale. 
M.  Chaîne,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  des  bibliothèques  et 
musées  de  Paris,  des  départements  et  de  collections  privées,  dans  Revue 
de  l'Orient  chrétien,  2''sér.,  t.  IX  (1914),  p.  13. 

Beuron. 

Bibliothek  der  Benediktinerabtei. 

Beyrouth. 

Bibliothèque  orientale  de  l'Université  Saint-Joseph. 

Bonn. 

Universitàts-Bibliothek. 
loannes   Gildemeister,   Catalogus  libroruni   manu  scriptorum  orien- 
talium  qui  in  bibliotheca  academica  Bonnensi  servantur,  Bonnae,  s.  d., 
p.  98-100. 

Boulogne-sur-Seine. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Marcel  Griaule  (Rue  du  Château,  82). 

Bruxelles. 

Bibliothèque  de  la  Société  des  Bollandistes. 

Bibliothèque  privée  du  Palais  Royal. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Henri  De  Vis  (Avenue  du  Parc  Royal,  14). 

Caire. 

Bibliothèque  égyptienne. 
Bibliothèque  du  Patriarcat  copte. 

Cambridge. 

University  Library. 
Carlo  CoNTi  Rossini,  Manoscritti  ed  opère  abissine  in  Europa,  dans 
Hendiconti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei.  Classe  di  Science  morali, 
storiche  efilologiche,  5«sér.,  t.  VIII  (1899),  p.  606-637. 

13] 


RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES    ET    PRIVPJES.    181 

Chicago,  111. 

Newberry  Library. 
E.  J.  GooDSPEED,  An  Ethiopie   Manuscript   of  John  a  Gospel,  dans 
The  American  Journal  of  Setnitic  Languagcs  and  Literatures,  t.  XX 
(1903-1904),  p.  182-185. 

University  of  Chicago  :  Haskell  Oriental  Muséum. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Watson  Boyes  (University  Avenue,  5552). 

Clamart. 

Bibliothèque  privée  de  M.  G.  Montandon  (Rue  Louis-Guespin,  22). 

Copenhague. 

Det  Kongelige  Bibliotek. 
A.  F.  Mehren,  Codices  persici,  turcici,  hindustanici  variiquc  alii 
bibliothecœ  regiœ  Hafniensis  jussii  et  aiispiciis  regiis  enumerali  et 
descripti,  Hafniae,  1857,  p.  78-79  (=  Codices  orientales  bilJiothecœ 
regiœ  Hafniensis  j'iissu  et  auspiciis  regiis  enumerali  et  descripti. 
Pars  111). 

Cracovie. 

Bibljoteka  XX.  Czartoryskich. 

Dillingen-sur-Danube. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Sébastian  Euringer  (Kônigstrasse,  42). 

Dresde. 

Sâchsische  Landesbibliothek. 

Henricus  Orthobius  Fleischer,  Catalogus  codicum  manuscriptorum 
orientalium  bibliothecœ  regiœ  Dresdensis.  Accedit  Frid.  Adolphi  Eberti 
Catalogus  codicum  manuscriptorum  orientalium  bibliothcco'  ducalis 
Quel  fer  bytanœ,  Lipsise,  1831,  pp.  71,  85. 

George  H.  Schodde,  Beschreibung  einer  dthiopischen  Ifandschrift  der 
Kônigl.  Bibliothek  zu  Dresden,  dans  Zeilschrift  der  Deutschen  Mor- 
genlàndischen  Gesellschaft ,  t.  XXX  (1876),  p.  297-301. 

Dublin. 

Trinity  Collège  Library. 
T.  K.  Abbott,  Catalogue  of  the  Manuscripts  in  the  Library  of  Trinity 
Collège.  Dublin,  Dublin,  1900,  p.  402. 

L4J 


182  REVUE   DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Edimbourg. 

National  Library  of  Scotland. 

National  Muséum  of  Antiquities  of  Scotland. 
David  Laing,  A  Brie f  Notice  of  an  Ancient  MS.  of  the  Four  Gospels, 
broughl  from  Abyssinia,  and  presenled  to  the  Society  (witti  other  MSS.), 
by  Captain  Charles  M'Inroy,  dans  Proceedings  of  the  Society  of  Anli- 
quaries  of  Scotland,  t.  Vlll  (1871),  p.  52-55.  Cf.  t.  IX  (1872),  p.  11. 

Erlangen. 

Universitàts-Bibliothek. 
Johann  Conrad   Irmischer,  Handschriften-Katalog    der  Koniglichen 
Universitàts-Bibliothek   zu  Erlangen,  Frankfurt  a.   M.  und  Erlangen, 
1852,  p.  5-6. 

Etschmiadzin. 

Bibliothèque  de  l'Institut  scientifique. 
B.   TypasBiï,  BeioncKie   4'parMeiiTbi  SnMiajiaiiiicKoii  6iiû.iioTeKn,  dans 
3anHCKii  BocïoqHaro  OTatjieiiia  IlMnepaTopcKaro    PyccKaro  Apxeo.iorii- 
HecKaro  OÔmecTBa,  t.  XXI  (1911-1912),  p.  07-010. 

Florence. 

R.  Biblioteca  Medicea  Laurenziana. 
Stephanus  Evodius   Assemanus,  Bibliothecae  Mediceae  Laurentianae 
et   Palatinae   codicum   mss.    orientalium   catalogiis,    Florentiae,    1742, 
pp.  58-59,  92,  96,  43i . 

R.  Biblioteca  Nazionale  Centrale. 
Giuseppe    Mazzatinti,   Inventari    dei    manoscritti    délie    Biblioteche 
d'Italia,  t.  XII,  Forh,  1902-1903,  pp.  104-105,  112. 

Francfort-sur-le-Main. 

Stadtbibliothek. 
Lazarus  Goldschmidt,  Die  Ahessinischen  Handschriften  der  Stadtbi- 
bliothek   zu    Frankfurt    am    Main    {RiippeU'sche    Sammlung).    Nebst 
Anhângen  und  Auszûgen  verzeichnet  und  besclirieben,  Berlin,  1897. 

Frascati. 

Convento  dei    Minori   Cappuccini  :  Museo   Etiopico    «    Guglielmo 
Massaia  ». 


[5] 


RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES  ET    PRIVÉES.    183 

Fribourg-en-Brisgau. 

Bibliothèque  privée  du  Prince  Jean-Georges,  duc  de  Saxe  (Mercy- 
strasse,  6). 
Adolf  Grohmann,  Aethiopische  Marienhymnen.  Leipzig,  1919,  pp.  48- 
52,  323  (=  Abhandlungen    der    Philologisch-historischen    Klasse    der 
Sàchsischen  Akademie  der  Wissenschaftcn,  Bd.  XXXI II,  4.  Abh.). 

Gênes. 

Archivio  Storico. 

La  Grande  Genova.  BoUettino  Municipale,  t,  VIII  (1928),  p.  682-684. 
■  Biblioteca  Civica  Berio. 

Opère  e  Periodici  entrait  nella  Biblioteca  Civica  Berio  di  Genova 
Ulel  iuglio  19 Ji  al  giugno  1920),  Genova,  1921,  p.  15. 

Gœttingue. 

Universitiits-Bibliothek. 
Wilhelm  Meyer,  Die  Ifandschrifteii  in  Gottingen,  2.  UniversitâtS' 
Bibliothek  Geschichte,  Karten,  Naturwissenschaften,  Théologie,  Hand- 
schriften  aus  Liineburg.  Berlin,  1893,  p.  538;  3.  Universitiits-Bibliothek. 
Nachlâsse  von  Gelehrten,  Orientalische  Handschriften,  Handschriftea 
im  besitz  von  Instituten  und  Behorden,  Berlin,  1894,  pp.  198-201, 
308-314  (=  Verzeichaiss  der  Handschriften  im  Preussischen  Staate,  I. 
Ilannover,  2,  3.  Gottingen,  2,  3). 

Goslar. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Hugo  Duensing  (Am  Kaiserbeet.  3). . 

Gotha. 

Herzogliche  Bibliothek. 
Wilhelm  Pertsch,  J)ie  orientalischen  Handschriften  der  Herzoglichen 
Bibliothek   zu  Gotha.   Anhang  :  Die  orientalischen  Handschriften  der 
Herzoglichen  Bibliothek  zu  Gotha  mit  Ausnahme  der  persischen,  ti'i-rki- 
schen  und  arabischen,  Gotha,  1893,  p.  1-6. 

Grafton,  Mass. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Samuel  A.  B.  Mercer. 
Samuel  A.  B.  Mercer,  The  Ethiopie  Liturgy.  Its  Sources,  Development 
<ind   Présent   Form,   Milwaukee,   1915.    Cf.  Journal   of  the  Society  of 
Oriental  fiesearch,  t.  I  (1917),  p.  24-40  et  suite;  .Ethiops,  t.  III  (1930), 
p.  33-35. 

[6] 


181  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

Graz. 

Univergîtiits-Bibliothek. 

Halle-sur-Saale. 

Universitats-Bibliothek. 
Nachrichlcn  von  der  Kôniglichen  Gesellschafl  der   WUsenschaften  zu 
Gôllingen.  Philologisch-historische  Klasse,  Berlin,  1918.  pp.  166-167,  172. 
Haupt-Bibliothek  der  Franckeschen  Stiftungen. 
Fr.   Aug.  Arnold  et  Aug.   Mûller,    Verzeichnix    der    orientalischen 
Jfandschriftrn    der  Bibliothek   des    IlalJe'xchen    Waisenhauses,    Halle, 
1876,  p.  16  (Extrait  de  Tli.  Adler,  Proi/ramm  der  Lateinischen  Ilaupt- 
schale  in  Halle  fur  das  Schuljahr  iS7ô-lS76.  Halle,  1876). 

Hambourg. 

Stadtbihliothek. 
Cari  Brockelmann,  Katalog  der  oriental ixchen  Ilandachriften  der 
Sladtbibliothek  zu  Hamburg  mil  Ausschluss  der  hebrdixcheii.  Teil  I. 
Die  arabischen,  persisc/ien,  liirkisclien,  malaiischen,  koptischen,  syri- 
sclien,  âlhiopifichen  Ilandschriflen,  Hamburg,  1908,  pp.  178-185.  194 
{=  Katalog  der  Jlandschriflen  der  Stadtbihliothek  zu  Hamburg.  Bd.  III). 

Hartford,  Conn. 

Hartford  Theological  Seininarj'  Library. 

Haverford,  Pa. 

•    Haverford  Collège  Library. 

Robert  William  Rogers,  A  Catalogue  of  Manuscripta  {chieflg  Orien- 
tal) in  the  Library  of  Haverford  Collège,  dans  Haverford  Collège 
Studies,  t.  IV  [1892],  p.  38-42. 

léna. 

Universitiits-Bibliothek. 

Ithaca,  N.  Y. 

CornoU  University  Library. 

Jérusalem. 

Bibliothèque  du  Patriarcat  grec  orthodoxe. 
Enno   LiTTMANN,    Die   dthiopisc/ien   Handschriften    im    griechische n 


RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES    ET    PRIVÉES.    185- 

Kloster  ow  Jeru.^alein.  dans^  Zeitschrift  far  Assi/riologie.  t.  XV  (l'JOO- 
1901),  p.  133-130. 

Bibliothèque  du  Patriarcat  latin. 
Bibliotiièque  des  Couvents  abyssins. 
Enno  LiTTMANN,  Aua  den  abessinischen  Klôstern  in  Jeruxalem,  dans 
Zeilschrift  fiir  Asxyriologie,  t.  XVI  (1902),  pp.  102-124,  363-388. 

Adolf  Grohmann,  Aethiopische  Marienhymnen,  Leipzig,  1919,  pp.  48, 
52-53  (=  Ahhandhingen  der  Philoloriisch-hiatorUchen  Klasae  der 
Scichsischen  Akadeniie  der  Wissenschaften,  Ed.  XXXIII,  4.  Abh.). 

Kiel. 

Universitâts-Bibliotliek. 
Nachrichten    von    der  Kôniglichen    Gesellschaft  der   W'issenschaflcn 
zu  GôUingen.  Philologisch-historische  Klasse,  Berlin,  1918,  pp.  168.  173. 

Kiev. 

Musée  d'Art  religieux. 

B.  TypaeBT,,  yyioncKia  pyKoiiiicii  Myaea  Ll^epKOBHo-apxeo.ToriiuecKaro- 
OômecTBa  npii  KieBCKOu  /tyxoBiioii  ;\.Ka;ieMiii,  dans  SaniicKii  BocTOHHaro 
OTj-fe.ienifl  IlMneparopcKaro  PyccKaro  Apxeo.uorn^iecKaro  OnuiecTea,. 
t.  XII  (1899),  p.  061-067. 

Id.,  /tono.iHenie  m.  CTarfe  «  BnioiicKifl  pyKnnucii  »,  ibid.,  p.  0169. 

Leide. 

Bibliotheek  der  Rijks-Universiteit. 
J.  DE  GoEJE,  Catalogua  codicum  orientaliwn  bibliothecae   acadcmiae 
Lugduno-Batavae.  t.  V',  Lugduni  Batavorum,  1873,  p.  64. 

Leipzig. 

Universitats-Bibliothek. 
K.  VoLLERS,  Katalog  der  UlamUchen,  christlich-orientalischen,  Jiidi' 
schen  und  samaritanischen  Ifandschriflen  der  Universitdts-Bibliothek 
zu  Leipzig.  Mit  einem  Beitrag  von  J.  Leipoldt,  Leipzig,  190(),  p.  430- 
431  {■=■  Katalog  der  IRtndfichriffen  der  Universitdts-Bibliothek  zu 
Leipzig,  11). 

Leningrad. 

Musée  asiatique. 

B.  TypaeBt,  riaMHTHiiKii  aeioncKoii  nacbMenHOCTii.  III.  SeioncKia 
pyKoniicii  B-b  C.-TIeTepôyprt,  CanKTneTepôypr-b,  1900,  p.  47-102. 

Le  Musée  asiatique  (cf.  AsiiaTCKiiii  Myaeii  Poccuùckoù  AKaaeMUH 
HayK.    1818-1918.    KpaxKaH    IlaMHTKa,   ncTpcrpaji,    1920,   p.    100-102)   a 

L8] 


Î186  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

acquis,    entre  autres,  les  manuscrits  éthiopiens   des   trois   anciennes 
i  bibliothèques  suivantes  : 

Bibliothèque  de  l'Institut  des  Langues  orientales. 
B.  TypaeB-b,  HaMiiTHHKH,  t.  c,  p.  43-46. 

Bibliothèque  du  Palais  de  Gatcina. 
B.    TypaeBt,    BeioncKia    pyKOnHCii    raTMHHCKaro    /[Bopua,    dans 
.'îanncKii  BocTOMiiaro  OTa'fejieiiia  IlMnepaxopcKaro  ApxeciorHïiecKard 
OomecTBa,  t.  XIII  (1900),  p.  01-07. 

Bibliothèque  privée  de  Boris  Touraïev. 
B.  TypaeB-b,  IlaMHTHHKn,  t.  c,  p.  129-132. 

H.  K).  Kpa'iKOBCKiiù,  O  coôpamiM  a<i>HoncKiix  pyKoniiceii  B.  A. 
Typaesa,  dans  HsBecTiia  Pocciiuckoii  AKaflCMiiH  HayK,  6*^  sér. ,  t.  XV 
(1921),  p.  175-176. 

Musée  de  Paléographie  de  l'Académie  des  Sciences. 
Le  Musée  de  Paléographie  possède  notamment  l'ancienne  collection 
I  privée  de  N.  P.  Likhacev. 

B.  Typaeet,  naMaxniiKH,  t.  c,  p.  121-128. 

Bibliothèque  publique. 
B.  TypaeBT»,  IlaMflTHHKii,  t.  c,  p.  4-32. 

Bibliothèque  de  l'ancienne  Académie  ecclésiastique. 
'  B.  TypacBij,  IlaiiaTHiiKn,  t.  c,  p.  103-119. 

Bibliothèque  de  la  Société  des  Amateurs  d'ancienne  littérature. 
B.  TypacB-b,  IlaMHTiniKii,  t.  c,  p.  120. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Ignace  Krackovskij. 
Bibliothèque  privée  de  M^^^  Théodore  Ouspenskij. 
IL    K).  KpaMKOBCKiiiT,  A6HCCHHCK1IÛ  MarHuecKini  cbhtok  h3  coôpaHiia 
'  ^.  IL  ycnencKoro,   dans  JloKJia,jî.a  AKaaeMiiii   Hayit  CCCP,  1928,  p.   163- 
167. 

Lévignac-sur-Save. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Marins  Chaîne. 

Londres. 

British  Muséum. 
A.  DiLLMANN,  Calalogus  codicum  manuscriptonim  orientalium  qui  in 
Museo  Britannico  asservanlur.  Pars  tertia,  codices  sethiopicos  amplec- 
•  tens,  Londini,  1847. 

W.  Wright,   Catalogue  of  tlie  Ethiopie  Manuscripts    in  the  British 
Muséum  acquired  since  the  year  1847,  London,  1877. 
British  and  Foreign  Bible  Society  Library. 
Thomas  Pell  Platt,  Catalogue  of  the  Ethiopie  Bihlical  Manuscripts 
■  in  the  Royal  Library  of  Paris,  and  in  the  Library  of  the  British  and 
Foreign  Bible  Society;  also  some  Account  of  those  in  the  Vatican  Library 
at  Borne.  With  Remarks  and  Extracts,  London,  1823. 
Jews'  Collège  Library. 

[9] 


RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES    ET    PRIVÉES.    187 

Hartwig  HiRSCHKELD,  An  Elhiopic-FalaM  Glossary,  edited  and  trans- 
lated,  dans  The  Journal  ofthe  Royal  Asiatic  Society  ofGreat  liritain  and 
Ireland,  1919,  p.  21)9-230;  1920,  p.  573-582;  1921,  p.  211-237. 
School  of  Oriental  Studies  Library. 
E.  Denison  Ross,  The  Manuscripts  eollecled  by  William  Marsden  ivith 
spécial  Référence  to  two  Copies  of  Aineida's  IHstory  of  Ethiopia,  dans 
Bulletin  of  the  School  of  Oriental  Studies,  London  Institution,  t.  II 
(1921-1923),  p.  513-538. 

Bibliothèque  privée  de  Sir  E.  A.  Wallis  Budge  (Bloomsbury  Street, 
48). 
E.  A.  Wallis  Budge,  A  Hislory  of  Ethiopia,   Nubia  and  Abyssinia, 
-t.  II,  London,  1928,  pp.  589-596,  600-601. 

Louvain. 

Bibliothèque  de  l'Université  catholique. 

Lund. 

Universitetsbiblioteket. 
Carolus  Johannes  Tornberg,    Codices   orientales    bihliothecœ    rejin' 
■Universitatis  Lundensis,  Lundae,  1850,  p.  12. 

Madrid. 

Biblioteca  Nacional. 
Revue  de  l'histoire  des  religions,  t.  LXXXVIII  (1923),  p.  2a2. 

Manchester. 

John  Rylands  Library. 

Milan. 

Biblioteca  Ambrosiana. 
Giuseppe  Gabrieli,  Manoscritti  e  carte  orientali  nelle  biblioteche  c 
negli  archivi  d'italia,   Firenze,   1930,  p.  24  (==:  Biblioteca  di  Biblio- 
grafia  italiana,  X). 

Modène. 

R.  Biblioteca  Estense. 
C.  Caved;)NI,   Oi  alcuni  codici  orientali  c  greci  délia  R.  Biblioteca 
Estense,  che  già  farono  di  Alberto  Pio,  principe  di  Carpi,  dans  Memorie 
■di  religione,  di  morale  e  di  leltcratura,  3^  sér.,  t.  XVII  (1854),  p.  223-224. 


110] 


188  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

Moscou. 

Musée  des  Beaux-Arts. 

Munich. 

Bayerische  Staatsbibliothek. 

Verzeichniss  der  orientalischen  Handschriften  der  A'.  Ilof-und  Staats- 
bibliothek in  Miinchen,  mit  Ausschluss  der  hebràischen,  arabischen 
und  persischen.  Nebst  Anhang  zum  Verzeichniss  der  arabischen  und 
persischen  Handschriften,  Miinchen,  )875,  pp.  104-108,  [185]-[186] 
(=  Catalogus  codicum  manu  scriptorum,  bihliothecae  regiae  Monacensis. 
Tomi  primi  pars  quarta). 

Nachrichten  von  der  Koniglichen  Gesellschaft  der  Wissenschaften  zu 
Gultingen.  Philologisch-historische  Klasse.  Berlin,  1916,  p.  59,  note  8. 
Muséum  fiir  Volkerkunde. 

Sébastian  Euringer,  Ein  abessinischex  Amulet  mit  Liedern  zu  Ehren 
der  Heiligen  Gabra  Manfas  Qeddus,  Johannes  und  Kyros^  dans  Zeit- 
schrift  fiïr  Semitistik,  t.  III  (1924),  p.  llG-135.  Cf.  ibid.,  p.  136-137. 

ID..  Das  Nelz  Salomons,  ibid.,  t.  VI  (1928),  pp.  76-100,  178-199, 
300-314;  t.  VII  (1929),  p.  68-85. 

Munster-en-'Westphalie. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Ad.  Rijcker  (Aegidiistrasse,  20a). 

Naples. 

Biblioteca  del  R.  Istituto  Orientale. 
Giuseppe  Gabrieli,  Manoscritti  e  carte  orientait   nelle   biblioteche  e 
negli  archivi  d'Italia,  Firenze,  1930,  p.  30  (==  Biblioteca  di  Bibliografia 
italiana,  X). 

Bibliothèque  privée  de  M.  Francesco  Gallina  (Via  Solimena,  8). 
Ignazio  Guidi,  Duo  nuovi  manoscritti  délia  «  Cronaca  abbreviata  » 
di  Abissinia,  dans  Rendiconti  délia  R.  Accademia  Nazionale  dei  Lincei. 
Classe  di  Scienze  morali,  storiche   e   filologiche,  6«  sér.,  t.  II   (1926), 
p.  357-421. 

New  Haven,  Conn. 

Yale  University  Library. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Charles  C.  Torrey  (Bishop  Street,  191). 

New  York,  N.  Y. 

New  York  Public  Library. 
Johann  Ludwig  Michael  Lund,  An  Ethiopian  Manuscript  in  the  Astor 
Library,  dans  American  Church  Review,  t.  XXXVl  (1881),  p.  189-221. 

[Il] 


RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES    ET   PRIVÉES.    189 

Robert  Mountsier,  An  Abyssinian  t  Book  of  Prayers  »,  a  quaintly 
iUuslraled  parchmenl  Volume  tlial  helpa  défend  an  Empire  dans  Asia, 
t.  XXIV  (1924),  p.  284-289. 

Columbia  University  Library. 
Church  Mission  House  Library. 
Jewish  Theological  Seminary  of  America  Library. 
Union  Theological  Seminary  Library. 

Bibliothèque  privée  de   M.  Wilberforce  Eames  (New  York  Public 
Library). 
Edgar  J.  GooDSPEED,  Ethiopie  Manuscripts  from    the  Collection  of 
Wilberforce  Eames,  dans  The  American  Journal  of  Semilic  Languages 
and  Literatures,  t.  XX  (1903-1904),  p.  235-244. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Lathrop  C.  Harper  (8  West  40th  Street). 
Bibliothèque  privée  de  M.  Harry   Middleton    Hyatt    (Park  Avenue, 
911). 

Oxford. 

Bodleian  Library. 
A.  DiLLM  VNN,  Catalogus  codicum  manuscriplorum  bibliothecae  Bodleia- 
nae  Oxoniensis.  Pars  VII.  Codices  aethiopici,  Oxonii,  1848. 

Paris  (1). 

Bibliothèque  Nationale. 

H.  ZoTENBERG,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  (gheez  el  amha- 
rique)  de  la  Bibliothèque  Nationale,  Paris,  1877. 

F.  Nau,  Notices  des  manuscrits  syriaques,  éthiopiens  et  mandéens, 
entres  à  la  Bibliothèque  Nationale  de  Paris  depuis  l'édition  des  cata- 
logues, dans  Bévue  de  l'Orient  chrétien,  2«  sér,,  t.  VI  (1911),  p.  311-313. 

M.  Chaîne,  Supplément  au  Catalogue   des   manuscrits  éthiopiens  de 
H.   Zotenberg  {1877-1912),  dans  Catalogue  des  manuscrits   éthiopiens 
de  la  collection  Antoine  d'Abbadie,  Paris,  1912,  p.  151-156. 
Collection  Antoine  d'Abbadie. 

M.  ChaLne,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  de  la  collection 
Antoine  d'Abbadie,  Paris,  1912. 


(I)  Sept  manuscrits  éthiopiens  de  l'ancienne  collection  privée  de  É.  Delonne 
appartiennent  maintenant  à  la  Bibliothèque  Vaticane.  Cf.  Sylvain  Grébaut, 
Les  manuscrits  éthiopiens  de  M.  É.  Delorme,  dans  Revue  de  l'Orient  chrétien, 
i"  sér.,  t.  VI  (1912),  p.  113-132;  t.  IX  (1914),  pp.  17-23,  174-182,  347-357;  t.  X 
(1915  1917),  pp.  82-91,  408-415;  3<"  sér.,  t.  I  (1918-1919),  p.  137-147. 

L'ancienne  collection  privée  de  Hugues  Le  Roux  est  à  présent  dispersée. 
Cf.  M.  Chaîne,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  des  bibliothèques  et  musées 
de  Paris,  des  départements  et  de  collections  privées,  dans  Revue  de  l'Orient 
chrétien,  2*  sér.,  t.  IX  (1914),  p.  258-262. 

[12] 


190  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

G.  CONTi  RossiNi,  Notice  sur  les  manuscrits  éthiopiens  de  la  collée- 
lion  d'Abhadie,  dans  Journal  asiatique.  10''  sér. ,  t.  XIX  (1912),  p.  551- 
578;  t.  XX  (1912),  pp.  5-72,  449-494;  11^  sér.,  t.  Il  (1913),  p.  5-64;  t.  VI 
(1915),  pp.  189-238,  445-493.  Tirage  à  part,  Paris,  1914. 
Collection  Mondon-Vidallhet. 
M.  Chaîne,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  de  la  collection 
Mondon-Vidailhet,  Paris,  1913.  Cf.  Journal  asiatique,  t.  CCVl  (1925), 
p.  348. 

Bibliotlièque  Sainte-Geneviève. 
M.  Chaîne,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  des  bibliothèques  et 
musées  de  Paris,  des  départements  et  de  cpllections  privées,  dans  Revue 
de  rOrient  chrétien,  2^  sér.,  t.  IX  (1914),  p.  7. 
BilDliothèque  de  l'Institut  de  France. 
M.  Chaîne,  ibid..  p.  "3-7. 

Bibliothèque  du  Muséum  d'Histoire  naturelle. 
M.  Chaîne,  ibid.,  p.  8. 

Musée  ethnographique  du  Trocadéro. 
M.  Chaîne,  ibid.,  p.  8-10.  Cf.  .Ethiops,  t.  I  (1922),  pp.  II,  30-31;  t.  II 
(1923),  p.  28-29. 

Bibliothèque  de  l'École  nationale  des  Langues  orientales  vivantes. 
M.  Chaîne,  ibid.,  p.  10. 
BibUothèque  de  la  Maison-Mère  de  la  Congrégation  de  la  Mission 
(Rue  de  Sèvres,  95). 
M.  Chaîne,  ibid.,  p.  262. 

Bibliothèque  privée  de  M.  P.  Duchesne-Fournet  (Villa  Sa'ïd,  10). 
M.  Chaîne,  ibid.,  p.  14-16. 

Bibliothèque  privée  de  M.  X.  Bergey  (Boulevard  Voltaire,  48). 
Sylvain     Grébaut,     Les     manuscrits      éthiopiens     appartenant      à 
M.  N.  Bergey,  dans  Bévue  de  l'Orient  chrétien.  3''sér.,  t.  II  (1920-1921). 
p.  42G-442;  t.  V  (1925-1926),  p.  196-219.  Cf.  .Ethiops,  t.  1  (1922),  p.  12-14. 
Bibliothèque  privée  de  M'"«R.  de  Vogue  (Quai  d'Orsay,  57). 

Philadelphia,  Pa. 

Dropsie  Collège  Library. 

Pistoie. 

Biblioteca  Forteguerriana. 

Princeton,  N.  J. 

Prniceton  University  Library. 
Enno  Littmann,   The  Princeton  Ethiopie  Magic  Scroll,  dans  Prin- 
ceton University  Bulletin,  t.  XV  (1903- 1904),  p.  31-42. 

William  Hoyt  Wurrell,  Studien  zum  abessiniscÂen  Znuberwesen,  dans 

[13] 


RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES  ET    PRIVÉES.    191' 

Zeiischrift  fur  Assyriologv' ,  t.  XXIII  (1909).  p.  149-183;  t.  XXIV  (1910), 
p.  59-96:  t.  XXIX  (1914-1915),  p.  85-141. 

Rome. 

Biblioteca  Apostolica  Vaticana. 
S.  Grébaut  et  E.  Tisserant,  Codiccs  aethiopici  Bybliolhecae  Vaticanae 
{Valicani,  Borgiani,  Barberiani,  Bossiani),  Romae   (Paraîtra  prochai- 
nement). 

R.  Biblioteca  Nazionale  Centrale  Vittorio  Emanuele. 
Carlo  CoNTi  Rossini,  Manoscritti  ed  opère  abisaine  in  Europa.  dans 
Bendiconti  dclla  Beale  Accadeinia  dei  Lincei.  Clas.se  di  Scienze  morali, 
storiche  e  fliologiche,  5«  sér.,  t.  Vlll  (1899),  p.  606-637. 
R.  Biblioteca  Angelica. 
Ignazio  Guini,  Catalogo  dei  codici  orientali  délia  Biblioteca  Angelica 
di  Borna.  Firenze,  1878,  p.  73-74  (=  Cataloghi  dei  codici  orienUdi  di 
alcune  biblioleche  d'italia,  I). 
R.  Biblioteca  Casanatense. 
Giuseppe  Gabrieli.   Manoscritti  e  carte  orientali  nelle  biblinlechc  e 
negli  archivi  d'Ilalia,  Firenze,  1930,  p.  38  (=  Biblioteca  di  Biblingrafîa 
italiana,  X). 

Biblioteca  della  R.  Accademia  Nazionale  dei  Lincei. 
Giuseppe  Gabrieli,  La  Fondazione  Caetani  per  gli  studi  musulmani. 
Notizia  della  sua  istituzione  e  catalogo  dei  suoi  mss.  orientali,  Roma. 
1926,  p.  62. 

Biblioteca  della  R.  Società  Geografica  Italiana. 
Giuseppe  Gabrieli,  Manoscritti  e  carte  orientali  nelle  biblioteehe  e- 
negli  archivi  d'Ilalia,   Firenze,  1930.  p.  48-49  (=  Biblioteca  di  Biblio- 
graphia  italiana.  X).     , 

Biblioteca  dei  Pontlficio  CoUegio  Etiopico. 

Bibliothèque  privée    de   M.    Enrico  Cerulli    (c  o    Ministero    délie 

Colonie). 
Bibliothèque  privée  de  M.  Carlo  Conti  Rossini  (Via  di  Villa  Albani,  8).- 
Carlo  Conti  Rossi.ni,  Manoscritti.  p.  60G-637. 
Bibliothèque  privée  de  M.  Ettore  Fontanabona  (Via  Aureliana,  551. 
Bibliothèque  privée  de  M   Edoardo  Martinori  (Via  Flaminia.  37). 
Bibliothèque  privée  de  M.  Tecle  Mariam  Semharay  Selam  (Ponti-- 
ficio  Coilegio  Etiopico). 

Rostock. 

Universitats-Bibliothek. 

San  Gimignano. 

Biblioteca  Comunale. 
Giuseppe  Gabrieli,  Manoscritti    c    carte    orientali  nelle   biblioteehe- 

[14] 


192  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

c  negli  archivi  fCltalia,  Firenze,  1930,  p.  49  (=  Biblioteca  di  Bildio- 
grafia  ilaliana.  W. 

Sinaï. 

Bibliothèque  du  Couvent  Sainte-Catherine. 

Stockholm. 

Kunglige  Biblioteket. 
W.  RiEDEL,  Kalalog  ôver  Kungl.  Bihliotekets  orienlaliska  handskrif- 
îer,  Stockholm,  1923,  pp.  20,  61  (=  Katalofier  ôver  Kungl.  Bibliolekels 
i  Stockholm  handxkrifter,  I). 

Evangeliska  Fosterlands-Stiftelsen  (Mâster  Samuelgatan,  42). 
Oscar    LôFGREN,    Die   abessinischen    Handschriften   der    Evangeliska 
Fosterlands-Stiftelsen,   Stockholm,  dans   Le  Monde   oriental,  t.   XXI II 
(1929},  p.  1-22. 

Stonyhurst. 

Stonyhurst  Collège  Library. 

Strasbourg. 

Bibliothèque  universitaire  et  régionale. 
Ernest  Wickersheimer,  Catalogue  général  des  manuscrits  des  biblio- 
thèques   publiques    de    France.   Dé  parlements.   T.   XLVII.    Strasbourg, 
Paris,  1923,  p.  771-773. 

Stuttgart. 

Wiirttembergische  Landesbibliothek. 
Theologische  Studien  und  Kritiken,  t.  LXXIV,  1  (1901),  p.  144. 
Machrichten  von  der  Kôniglichen  Gesellschaft  der   Wissenschaften  :u 
•Gôttingen.  Philologiscli-historische  Klasse,  Berlin,  1916,  p.  59,  note  8. 

Toulouse. 

Musée  des  missions  des  Frères  Mineurs  Capucins  (Côte-Pavée,  11  ter) 
Tubingue. 

Universitâts-Bibliothek. 

H.  EwALD,  Ueber  die  Aethiopischen  Handschriften  zu  Tidnngen,  dans 
Zeitschrift  fiir  die  Kunde  des  Morgenlandes,  t.  V  (1844),  p.  164-201. 

Id.,  Ueber  eine  zweite  Sammlung  Aethiopischer  Handschnften  in 
Tiibingen,  dans  Zeitschrift  der  Deutschen  Morgenhindischen  Gesell- 
schaft, t.  I  (1847),  p.  1-43. 

A.  Keller,  Aethiopische  Handschriften  in  Tiibingen,  dans  Serapeum, 
t.  X(1849),  p.  379. 

[15] 


RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES   ET    PRIVÉES.     193 

Bibliothèque  privée  de  M.  Enno  Littmann  (Waldhâuserstrasse,  50). 
Zeitsclifift  fur  Assyriologie,  t.  XVI  (1902),  p.  363,  note  2.  Cf.  Journal 
■of  the  American  Oriental  Society,  t.  XXV  (1904),  p.  1-48. 

Tuxedo  Park,  N.  Y. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Grenville  Kane. 

Upsala. 

Universitetsbiblioteket. 
K.    ^'.    Zetterstéen,   Die  Aftessinischen   llandschriflen  der  Kdni;/l. 
Universitntsbibliothek  zii   Upsala.  dans  Zeitschri/Ï  der  Deutschen  Mor- 
f/enlândischen  Gesellsc/iaft,  t.  LUI  (1899),  p.  508-520. 

Venise. 

R.  Biblioteca  Xazionale  Marciana. 
Giuseppe  Gabrieli,  Manoscriiti  e  carte  orientali  nelle  hibliotcche  e 
negli  archivi  d'Ilalia,   Firenze,  1930,  p.  55  (=  Bihlioteca  di  Bibiio- 
fjrafia  italiana,  X). 

Vercli. 

Biblioteca  Comunale  Giovardiana. 
Camillo  Scaccia  Scarafoni,  La  Bildiolera  Giovardiana  di  Veroli  e  i 
suoi  incunaboli,  dans  Accademic  e  BibliutecJie  d'Italia,  t.   III  (1929), 
p.  133. 

Vienne. 

Nationalbiblioihek. 
N.  RiiODOKANAKis,  Dic  dfliiopischen  Handschriften  der  k.  h.  Hofbiblio- 
thek    zu    Wien,   Wien,    1906   (=    Sitzuniji^berichte   der   Philosophisch- 
historischen    Klasse    der   kaiserlichen    Akademie    der    Wissenschaflen, 
Bd.  CLI,  4.  Abh.). 

Bibliothek  der  Mechitharisten-Kongregation. 
Adolf  Grohmann,  Aelhiopische  Marienhymnen,  Leipzig,  1919,  p.  325- 
328    (=:     Ahtiandlunyen    der     Philologisch-ki^lorixchen     Klasse     der 
Sdchsischen  Akademie  der  Wisxenschafien,  Bd.  XXXIII,  4.  Abh.). 

Viroflay. 

Bibliothèque  privée  de  M.  Marcel  Cohen  (Rue  Joseph-Bertrand,  20). 
M.  Chaîne,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  des  bibliothèques  et 
musées  de  Paris,  des  départements  et  de  collections  privées,  dans  Bévue 
de  varient  chrétien,  2«'sér.,  t.  IX  (1914),  p.  247-258. 

[16] 

OKIENT    CHRÉTIEN.  l'î 


191  RKVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Wels. 

Stadtmuseum. 
N.  Rhodokanakis,  Eine  âthiopische   ZaubergebeIroUe  im  Muséum  der 
Sladt   Wels,  dans  Wiener  Zeitschrift  fur  die  Kunde  des  Morgenlandes,. 
t.  XVIII  (1904),  p.  30-38). 

AATaltham  Cross. 

Bibliothèque  privée  de  Sir  Hedeworth  Meux  (Theobald's  Park). 

E.  A.  Wallis  BuDGE,  The  Lives  of  Maba  Sei/ôn  and  Gabra  Kréstôs. 
The  Ethiopie  Text.s  edited  with  an  English  Translation  ami  a  Chapter 
on  Ihe  lUustrations  of  Ethiopie  MSS.,  London,  1898  (=  Lady  Meur 
Manuscript,  No.  /). 

Id.,  The  Miracles  of  Ihe  Blessed  Virgin  Mary,  and  the  Life  of  Hannâ. 
{Saint  Anne),  and  the  Magical  Prayers  of  \Ah"'ta  Mikâêl.  The  Ethiopie 
Texts  edited  with  English   Translations,  etc.,  London,   1900  (=•  Lady 
Meux  Manuscripts,  Nos.  2-5). 

"Windsor. 

Windsor  Castle  Library. 
E.  A.  Wallis  BuDGE,  A  Hislory  of  Ethiopia,  Nuhia  and  Abyssiiiia, 
t.  II.  London,  1928,  p.  5GI. 


[17] 


APPENDICE 


AsMARA.  Mission  suédoise. 
Oscar    LoFGREN,    Die  abessinischen   flandachriften    der  EvangelUka 
Fostcrlands-Stiftelsen,  Stockholm.   Nachtrag,  dans  Le  Monde  oriental, 
t.  XXIII  (1929),  p.  19-20. 

AxouM.  Sion. 

J.  KoLMODiN,  Ahessimsche  BUchervcrzeichniase  [Ans  den  Inventaren 
der  Zion  von  Aksum  und  einiger  anderen  Kirchen),  dans  Le  Manie 
oriental,  t.  X  (1916),  p.  241-255. 

Deutsche  Aksum-Expedition.  Bd.  I.  Reiseherichle  der  Expédition. 
Topographie  und  Geschichte  Aksuma,  von  Enno  Littmann,  unter  Mit- 
wirkung  von  Theodor  von  Liipke,  Berlin,  1913,  pp.  16-17.  38. 

Cherem.  Mission  catholique. 
C.  CoNTi  RossiNi,  /  manoscritti  etiopici  délia  Mi-isione  Cntlolica  di 
Cheren,  dans  Rendiconti  délia  Reale  Accademia  dei  Lincei.  Classe  di 
Scienze  morali,  storiche  e  filoloiriche,  5°  sér.,  t.  XIII  (1904i,  pp.  233- 
255,  261-286. 

Dabra-DemXh. 
J.  KoLMODiN,  ihid.,  p.  246-255. 

DABRA-SfNA". 

Enno  Littmann,  Preliminary  Report  of  the  Princeton  University 
Expédition  to  Abyasinia,  dans  Zeitschrift  fi'ir  Assyriologie,  t.  XX 
(1907),  p.  167-170. 

Hazzega. 
J.  KoLMODiN,   ibid.,  p.  246-'-55.  Cf.   In.,    Traditions  de    Tsazzega  et 
Hazzega.  Annales  et  Documents,  Upsal,  1914. 

Tsa'da-Emba. 
J.  KoLMODiN,  ihid.,  p.  246-255. 

Tsazzega. 
J.  KoLMODiN,  ibid..  p.  246-255. 


[18] 


INDEX 


Allemagne  :  Berlin,  Beuron,  Bonn,  Dillingen-sur-Danube,  Dresde, 

'     •         Erlangen,   Francfort-sur-le-Main,   Fribourg-en-Bris- 

gau,     Gœttingue,     Goslar,     Gotha,    Halle -sur-Saale, 

Hambourg,  léna.  Kiel,  Leipzig,  Munich,  Munster-en- 

Westphalie.  Rostock,  Stuttgart,  Tubingue. 

Angleterre  :  Cambridge.  Edimbourg,  Londres,  Manchester,  Oxford, 

Stonyhurst,  Waltham  Cross,  Windsor. 
Arménie  :  Etschmiadzin. 
Autriche  :  Graz,  Vienne,  Wcls. 
Belgique  :  Bruxelles,  Louvain. 
Danemark  :  Copenhague. 
Egypte  :  Caire,  Sinaï. 
Espagne  :  Madrid. 

États-Unis  :  Ann    Arbor,    Micli.  ;    Baltimore,    Md.  ;    Chicago,   111.; 
Grafton,  Mass.;  Hartford,  Conn.  ;  Haverford,  Pa.  ; 
Ithaca,  N.  Y.  ;  New  Haven,  Conn.  :  New  York,  N.  Y,  ; 
Philadelphia,  Pa.  ;  Princeton,  N.  J.;Tuxedo  Park, 
N.  Y. 
France  :  Aix-en-Provence,  Arras,    Besançon,   Boulogne-sur-Seinc, 
Clamart,  Lévignac-sur-Save,  Paris,   Strasbourg,  Tou- 
louse, Virotlay. 
Hollande  :  Leide. 
Irlande  :  Dublin. 
Italie  :  Assise,  Florence,  Frascati,  Gênes,  Milan,  Modène,  Xaples, 

Pistoie,  Rome,  San  Gimignano,  Venise,  Veroli. 
Palestine  :  Jérusalem. 
Pologne  :  Cracovie. 

Russie  :  Kiev,  Leningrad,  Moscou.  Cf.  Arménie. 
Suède  :  Lund,  Stockholm,  Upsala. 
Suisse  :  Bàle,  Berne. 
Syrie    :  Beyrouth. 

Jean  Simon,  S.  J. 


[!'•'] 


UN  FRA&MENT  SYRIAQUE 

DE  L'OUVRAGE  ASTROLOGIQUE  DE  CLAUDE  PTOLÉMÉE 
INTITULÉ  LE  LIVRE  DU  FRUIT 


Entre  les  di\ers  modes  de  divination,  l'astrologie  ou  prévi- 
sion des  événements  futurs  d'après  la  position  des  astres,  est 
celui  qui  semblait  le  plus  scientiliquement  établi.  Les  philo- 
sophes utilisaient  l'axiome  :  Corpora  inferinra  regimlur  per 
corpora  superiora,  ce  qu'ils  traduisaient  par  :  «  La  destinée 
des  hommes  et  des  empires  est  sous  la  dépendance  des  astres  ». 
Aussi  Ptolémée,  après  avoir  écrit  sa  j^^rande  sijhkixe  inathé- 
matique  {Alinageste),  qui  permettait  de  fixer  d'avance  les 
mouvements  des  planètes,  leur  position  à  un  instant  donné  et 
l'époque  des  éclipses  de  soleil  et  de  lune,  ne  voyait  dans  ce 
grand  ouvrage  qu'une  introduction  à  l'Astrologie  qu'il  exposait 
dans  une  syntaxe  en  quatre  livres  que  l'on  nomme  en  latin  le 
Qi(adripartitum,  seu  de  judiciis  astrorum.  Ce  dernier 
ouvrage  a  été  résumé  en  cent  aphorismes  qui  constituent  le 
Centiloquium  ou  le  Livre  du  Fruit  (c'est-à-dire  :  le  Livre  du 
profit  que  l'on  peut  retirer  de  la  lecture  du  Quadripartitum) . 
Ce  résumé  n'a  peut-être  pas  été  fait  par  Ptolémée  lui-même; 
mais,  dans  le  doute  et  parce  qu'il  est  tiré  de  l'un  de  ses  écrits, 
il  peut  lui  être  attribué. 

Dans  le  manuscrit  qui  nous  a  conservé  le  traité  des  Cons- 
tellations écrit  par  Sévère  Sébokt  et  la  version  syriaque  du 
Quadripartitum,  on  trouve  un  extrait  de  Bar  Hébraeus 
(ms.  346,  fol.  167)  (I).qui  nous  donne  la  version  syriaque  de 
deux  aphorismes  du  Livre  du  Fruit  (2)  et  nous  montre  ainsi 

(1)  Voir  l'analyse  de  ce   manuscrit  dans   R.  0.  C,  t.   XV,   1010,  pp.    225- 
254. 

(2)  Ihid.,  pp.  246-248.  C'est  sans  doute  un  extrait  du  Candélabre  des  sanc- 
tuaires qui  a  donc  été  écrit  on  1207,  cf.  p.  217,  note  2. 

[1] 


198  KKVUE    DE    L  ORIENT    CHRÉTIEN. 

que  cet  ouvrage,  aussi  bien  que  le  Quadripartitum,  avait  été 
traduit  en  syriaque. 

Bar  Hébraeus  donne  d'abord  toutes  les  remarques  météoro- 
logiques faites  dans  la  Bible  qui  concernent  les  pronostics  que 
l'on  peut  tirer  de  l'observation  du  ciel,  par  exemple  :  quand 
vous  voyez  la  nuée  qui  vient  de  l'occident,  vous  dites  :  «  C'est 
la  pluie  »  et  ce  l'est;  quand  le  vent  du  sud  souffle,  vous  dites  : 
«  C'est  la  chaleur  »  et  ce  l'est;  et  quand  le  ciel  est  rouge  le 
soir,  il  indique  (pour  le  lendernain)  un  ciel  serein,  et  quand  il 
est  rouge  au  matin,  il  montre  qu'il  y  aura  de  la  pluie.  Bar 
Hébraeus  en  appelle  ensuite  à  Ptolémée  pour  l'interprétation 
de  phénomènes  plus  sujets  à  caution  :  les  étoiles  filantes  et  les 
comètes  : 

iJL^  ôu.2lSw^  nire  viiS^i»j   ^^^  ja^Kj  JKûlcd  y>^;  oôi^ 

001    JS)    ) ....  J^.N^..'^     jL^V^^    ^^    y^/    |-L4)Ot    oâ(o    .^oipJ^ooo 

fol.  168 r)  ôuio  );»  |]  y^/o  ,yi\  )K*VDQJ  )^;/  ^  yo\l£i\  lio'y^ 

Ptolémée  a  dit,  dans  son  Livre  d'astrologie  qu'il  a  nommé  Le  Fruit, 
que  les  étoiles  filantes  (les  traits)  dans  l'air  indiquent  la  sécheresse  de 
l'air;  quand  elles  apparaissent   d'un    (certain)  côté,  des  vents  violents 


U.N    FRAGMENT    SYRIAQUE    DE    PTOLÉMÉE.  190 

soufflent  dans  ce  côté,  et  quand  elles  s'étendent  de  divers  côtés,  l<^s 
fontaines  se  dessèchent  (manquent)  et  les  armées  des  étrangers  entrent 
et  dominent  dans  ce  climat  et  l'hérésie  s'y  renouvelle. 

Et  les  étoiles  chevelues  (comètes),  appartiennent  aux  onze  signes  du 
zodiaque,  (placées)  entre  eux  et  le  Soleil.  Lorsqu'on  verra  l'une  d'elles 
([ui  a  beaucoup  de  queues  dans  rjLUi  des  confins  de  tel  royaume  (1),  ^on 
roi  mourra.  Si  elle  est  du  côté  qui  parait  monter  avec  ce  confin  (si  elle 
est  en  ascension,  c'est-à-dire  entre  le  levant  et  le  méridien),  son  roi 
mourra  ou  sera  changé  et  ses  trésors  seront  pillés  (2).  Si  elle  est  du  côté 
qui  tombe  à  partir  du  confin  (du  côté  de  l'occident),  il  arrivera  des  morts 
subites  et  beaucoup  seront  enchaînés  et  malades.  Si  la  comète  se  meut 
du  couchant  au  levant,  le  tyran  qui  domine  viendra  d'un  pays  étranger, 
et  si  elle  ne  marche  pas,  (le  tyran)  sera  de  ce  pays  même. 

V^oici  d'ailleurs  le  texte  grec  d'après  l'édition  donnée  à  Bùle 
en  1535  : 

\j.ipTi  (pipovxai,  oïjXoOa-i  'Joxxz^  èXxTtwatv,  y.a'i  ày.aTxaxaJiav  xipoq,  y.x': 
(jTpaT£U[j.aTa)v  è-i5pO[;.àç. 

Oi  ce  y,o\).fi-oi.\.  (I)v  '(]  à-iîTTaTiç  à-b  ts-j  r/Atou,  ta'  'Çmoix  èjtIv,  r/> 
(lire  :  eî)  ©avwaiv  èv  v.i'fzptù  PaaiXfwç  (lire  :  ^oayCkdxq)  Tivb;,  tîXcU- 
TqiJV.  b  ^xcChe-jq,  y]  [AsyaÇ  t^U  ^'^  ^cj-y;'  s'.  B'  èv  èTuavaoopç<,  su  izi:  t* 
-ro)v  y.îi[ji,Y;Xi(ov  ajTOU,  xai  àXXâçît  tbv  stO'.y."/;~JjV  ajTOu"  t\  0  £v  y.~oyj.'.- 
[xaTi,  Y'^'svTai  àppwj-cîa'.  y.x'.  a'.^vîcisi  6âvaT0'..  E'.  3à  y.ivîi-a».  a-b  cuj- 
[j-ûv  Ètt'  ivaToXi;,  è-eXsJjSTai  éyjipzq  àXXÔTptoç  xoiç  /(opaiç,  £'.  $è 
c'j  y.ivsïTxi,  £YX^?'-2?  £7Ta'.  6  èyfjpiç. 

Bar  Hébraeus  cite  ensuite  deux  faits  historiques  qui  eonlir- 
roent  rintluence  néfaste  des  étoiles  filantes  et  des  comètes. 
Nous  avons  édité  et  traduit  ces  deux  faits  relatifs  à  la  guerre 
des  Arabes  et  des  Romains  en  693  et  à  la  mort  du  roi  des  Mon- 
gols Iloulagoa  en  12G1,  dans  la  Revue  de  l'Orient  chrétien, 
loc.  cit.,  p.  247-8. 

Bar  Hébraeus  renvoie  encore  à  saint  Basile,  qui  admet  les 
remarques  météorologiques,  mais  condamne  les  excès  des  astro- 

(1)  Ces  confins  sont  sans  doute  les  signes  du  zodiaque  qui  président  à  ce 
royaume,  par  exemple  l'Italie,  la  Sicile,  la  Gaule,  la  Phénicie,  la  Chaldée  son 
attachées  au  Lion.  Une  comète  qui  apparaît  dans  le  Lion  menace  donc  ces  pays. 

(2)  C'est  l'inverse  dans  le  grec. 


200  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEX. 

logues  JJexaemer on,  Hoiri.  vi,  o),  et  il  ajoute  que,  pour  cer- 
tains, c'est  par  les  signes  des  étoiles  que  les  démons  prévoient 
l'avenir  et  le  font  connaître  à  leurs  serviteurs. 

Terminons  par  une  théorie  des  étoiles  filantes  et  des  comètes 
donnée  par  le  même  manuscrit  346,  fol.  75,  et  extraite  du 
Candélabre  des  Sanctuaires  de  Bar  Hébraeus,  voir  P.  0., 
t.  XXII,  pp.  610-611. 

La  zone  de  la  génération  et  de  la  corruption  s'arrête  à  la 
Lune.  Au-dessus  de  la  Lune  les  cieux  sont  incorruptibles  et 
immuables;  par  suite,  tous  les  phénomènes  passagers  :  les 
comètes,  les  étoiles  filantes  comme  les  éclairs,  ne  peuvent  se 
trouver  qu'entre  la  Lune  et  la  terre. 

|l^.jiaI^w_^o   jJS^^JUjl  V-^-- <x   JJoot  -i-^'j^j  i-^^":»^  "^^^  (^'^I-  '^'^) 

I^A..    po    (.A^S    |.-w^IiO    )K^9Q.i    Ji^-..:^  Iql^    f^   .)Kl..OlîO 

.).^o6i  )  JSs^i.*).^)^^  jJo  jLaââi  fioj  ^^..21^  .K.*j..^:ïaft.^ 
^^^OlS5/o  ^^Q.âd9  )K^i:.«<9  )ioi/  .jl  ooi  ^oi  |.«.:3l^  ^"^^  V^*^ 
jlaJLJULoJS^:^   OlV.aL^   sfiDQi\a2L.ûo/o   vCDO^D   ^^9    \eQ.^\fuOOJ2L^lo 

.vooi.2!bi    )oôi9     |L.aL^.^.    f^â    )9^^:l^9    v00iia.aL^v^  ^^s..^.^ 

(I)  La  fin  de  ce  paragraphe  manque  dans  la  /'.  0. 


UX    FRAGMENT    SYRIA«,tUt:    DE    PTÛLÉMÉE.  201 

jL^jia^jio    jLâuI^^Qjio    lidaJ^oof    Jbu^a^  "^^    ^^^9ajL^9 
^û^^    P    )LjL*0|90    |jk.aLS^O    )L^ui    V"^^   iv^'^    i^^r^  ^é-^ 

)._ia_3/    .ôi.wJ^v.9    JLiOL^s    )^û*aioo    ).i.îJJ     jL.^ioK.ioj    ).^t-^ 
)).^^i.fiD   if^o/j  w,ô(   I^Q-j  ^io  ^f^;  yK.iocL«.i  jjioi  ^j-;^; 

UiOL^JLiO;    )^f^^  K..w^  Ôt^  (fûl.    75VI  s^l  ,)Lw^);|^;   JJLÎLL^J 


/)e.<t  étoiles  c/ipvclues  (comètes).  Lorsque  la  matière  nuageuse,  visqueuse 
et  grasse  arrive  à  la  zone  de  feu  (1),  si  elle  brûle  entièrement,  elle  retourne 
à  la  nature  du  feu  et  n"est  plus  visible  et  elle  apparaît  comme  une  étoile 
qui  descend  du  ci(;l  et  tombe.  Mais  si  elle  ne  brûle  pas  entièrement,  elle 
demeure  plusieurs  jours  à  cause  de  sa  densité  et  elle  montre  une  forme 
de  chevelure  ou  de  queue  ou  de  tente  ou  d'animal  qui  a  des  cornes.  Si  la 
matière  est  très  épaisse,  on  voit  des  phénomènes  redoutables  rouges  et 
noirs.  11  arrive  que  cette  figure  tourne  en  cercle  avec  le  mouvement 
circulaire  de  ce  feu  qui  tourne  avec  la  zone  (l'intersphère).  Démocrite, 
Anaxagore,  certains  Pythagoriciens,  Hippocrate  de  Chios  et  Aischylus  (2), 
son  compagnon,  disent  que  les  chevelures  sont  des  amas  d'étoiles  fixes  (3) 
qui  forment  des  phantasmagories  à  cause  de  leur  rapprochement  (4)  par 
le  moyen  de  leur  rayonnement  (5)  ;  mais  Aristote  montre  l'erreur  de 
tous  leurs  arguments  et  les  réfute  (G). 

(1)  Précisément  pour  expliquer  ces  météores,  on  a  supposé  qu'en  dessous  de 
la  sphère  attribuée  à  la  Lune  et  au-dessus  de  la  zone  de  l'air  se  trouve  une  zone 
du  feu  dont  la  partie  la  plus  élevée  est  formée  d'un  léu  subtil  et  la  plus  basse 
est  mélangée  de  fumées  qui  montent  jusqu'à  elle.  Celle-ci  contient  les  comètes, 
les  lances  enflammées  et  les  traits  de  feu,  cf.  Bar  llébraeus.  Cours  d'aslronomic. 
Paris,  1900,  p.  13-14. 

(2)  kliyyXo^.  Ceci  est  un  résumé  de  la  Méiéorotogie  d'Aristote,  i,  6. 

(3)  Le  manuscrit  portait  "  d'étoiles  errantes  -;  il  a  été  corrigé  en  «  fixes  ». 

(4)  La  chevekire  n'appartient  donc  pas  à  la  comète  elle-même,  mais  est  une 
iUusion  d'optique,  Ibid. 

(5)  Mot  à  mot  «  de  leur  vêtement  ». 

(6)  Ibid. 

[51 


•202  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Hermès  dit  que  les  étoiles  clievelues  sont  des  avis  prophétiques  et  des 
hérauts  qui  font  connaître  les  changements  des  empires  et  les  change- 
ments et  les  séditions  des  rois. 

Sur  l'incendie.  Lorsque  la  vapeur  nuageuse,  visqueuse  et  grasse  monte 
■de  la  terre  sans  que  son  attache  à  la  terre  soit  coupée,  quand  elle  arrive 
à  l'endroit  enflammé,  elle  brûle  et  prend  feu,  et  ainsi,  de  proche  en 
proche,  cette  enflammation  gagne  toutes  les  parties  de  cette  vapeur  jus- 
qu'à 03  qu'elle  atteigne  la  terre,  et  elle  brûle  tout  ce  qu'il  y  a  sur  elle  (1), 
-comme  nous  avons  vu  maintenant  qu'il  est  arrivé  de  nos  jours  avec  ce 
feu  qui  a  brûlé  une  quantité  de  constructions  en  Arabie  et  même  la 
mosquée  des  Musulmans  qui  est  nommée  Ka'bah. 

François  Nau. 

(I)  Les  traits  de  feu  (et  les  éclairs)  sont  donc  conçus  comme  des  fusées  descen- 
dantes. L'érudition  de  Bar  Hébraeus  vient  d'Aristote,  Ibid.,  i,  4,  et  nous  prouve 
•encore  que  la  Méléurologie  était  traduite  en  syriaque,  car  Bar  Hébraeus  ne 
semble  pas  avoir  utihsé  directement  des  textes  grecs. 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  LE  CHAPITRE  X 
DE  LA  GENÈSE 


Au  cours  d'un  article  publié  en  1930,  dans  la  Revue  de 
r Orient  chrétien  (1),  j'ai  proposé  de  reconnaître  dans  le  nom 
de  Ashkanaz  "i-rx,  'Asyavci;  (2),  fils  de  Gomer,  fils  de  .laphet, 
au  chapitre  dixième  de  la  Genèse,  la  forme  plurale  altaïque 
Shakanaz  =  Shaka-nas  =  Shaka-nar  =  Shaka-lar  (3),  avec 
le  rhotacisme  et  l'équivalence  n  =  l,  du  nom  des  Turks 
Shaka  (4)  ou  Çaka,  des  Scythes,  des  Sakas,  qui  furent  les  sujets 
de  Darius,  au  delà  des  frontières  de  l'Iran,  qui,  au  viii'"  siècle 
avant  le  Christ,  dévalèrent  sur  l'Asie  antérieure  et,  au  ii'"  siècle, 
détruisirent  le  royaume  grec  de  Bactriane  (5),  comme  les 
Turks  osmanlis,  au  xv"  siècle,  mirent  fin  à  l'existence  de 
l'empire  byzanli;K 


(1)  Tome  XXVII,  page   110. 

(2)  'A'7xavaî;o;  dans  Flavius  Josèphe  [Antiquités  judaïques,  1,  vi,  1);  la  forme 
donnée  par  les  Septante,  et  celle  qui  se  lit  dans  le  texte  do  Josèphe,  montrent 
que,  dans  l'Antiquité,  la  lecture  traditionnelle  de  ce  nom  propre  était  Ashkanaz, 
et  non  Ashkénaz,  comme  les  auteurs  de  la  Massore  l'ont  inventé,  à  une  époque 
bien  postérieure.  Le  nom  du  père  d'Ashkanaz  est  rafiép  dans  les  Septante, 
rofiâpri;  dans  les  Antiquités  judaïques  ;  il  est  manifeste  que  la  forme  tradition- 
nelle et  exacte  de  ce  nom  s'était  perdue  de  bonne  heure,  puisque  ïa.\iiç  est  aussi 
inexact  que  rùjjLotpYi;;  comme  on  le  verra  plus  loin,  il  faudrait  rt(j.ip,  ou  Ftixép. 

(o)  -nar  est  une  forme  du  pluriel  mongol,  -lar,  la  forme  du  pluriel  turk. 

(,4)  Sur  les  idiosyncrasies  turkes  de  la  langue  des  Sakas,  voir  les  lîendiconli 
délia  rcale  Accademia  dei  Lincei,  1925,  page  340;  sur  le  caractère  turk  et  non 
finnois  de  l'idiome  parlé  par  les  Huns,  voir  Patrologia  orienlalis,  tome  XX, 
pages  15  et  16. 

(5)  Cette  invasion  se  fit  en  deux  temps;   elle  fut  l'œuvre    de  deux  peuplades 

également  turkes,  les  Ghotz,  les  Ghouzz  '^  des  historiens  musulmans,  les  Ouzcs 

des  chroniqueurs  russes,  qui,  avec  les  Torques,  demeuraient  dans  le  voisinage 
des  Polovtsi,  et  les  Sakas;  les  Ghouzz  et  les  Sakas,  manifestement,  étaient  deux 
clans,  deux  fractions  du  môme  peuple;  à  la  On  du  ni*  siècle  avant  notre  ère,  les 

[l] 


2(U  REVUE    DE    l'oFUE.NT    CHRÉTIEN. 

Japhet,  fils  de  Xoé,  dans  la  Genèse,  est  l'auteur  des  races 
indo-européennes  et  des  races  lurkes.  que  les  rédacteurs  de  la 

Gholz  campaient  dans  la  région  située  entre  l'Altaï  et  le  Lob-nor;  ils  en  lurent 
chassés  en  201  par  les  Huns,  qui,  refoulés  par  les  armées  du  Céleste-Empire, 
tombèrent  sur  eux  à  Timproviste.  Les  Ghotz  envahirent  la  vallée  de  l'Ili,  où 
demeuraient  les  Sakas,  qu'ils  refoulèrent  ;  les  Sakas  s'enfuirent  vers  l'Ouest  par  les 
vallées  du  Yaxartes  et  de  l'Oxus,  franchirent  l'IIindoukoush,  et  vinrent  s'établir 
à  l'occident  de  l'Indus,  dans  l'Iran  oriental,  dans  la  province  du  Midi,  perse 
*Xémarautcha,  le  Nimrôz  du  persan  moderne,  laquelle  prit  le  nom  de  Sakastàna 
<■  riiabitat  des  Sakas  »,  d'où  la  forme  pehlvie  Sagastàn,  et  celle,  Saïstân,  de  l'ono- 
mastique actuelle.  En  145,  les  Ousoun,  pourchassés  par  les  Huns,  tombèrent  sur 
les  derrières  des  Ghotz,  installés  dans  la  vallée  de  l'IU,  et  les  chassèrent  devant 
eux,  par  ce  même  chemin  qu'avaient  pris  les  Sakas,  quelque  cinquante  ans 
aupai-avant.  Les  Ghotz  tombèrent  sur  l'Iran  oriental,  et  s'emparèrent  de  la  vallée 
du  haut  Oxus,  qui  appartenait  alors  au  royaume  grec  de  Bactriane;  ils 
prirent  Bactres  à  llélioklès  Dikaios,  et  la  puissance  hellénique  fut  complètement 
ruinée  en  Asie  Centrale,  en  l'année  120.  Sur  les  ruines  du  royaume  gréco-bactrien, 
les  Ghotz  fondèrent  un  état  turko-bactrien,  qui,  au  i"'  siècle,  devint  le  royaume 
indo-scythe,  et  vit  sa  capitale  transférée,  en  25  après  J.-C,  à  Djalandhara.  Ces 
deux  invasions  forment  la  trame  essentielle  de  la  geste  épique  de  l'Iran  ;  la  pre- 
mière est  symbolisée  par  la  lutte  du  «  brigand  touranien  »  Afràsyàb  contre  le 
paladin  Roustam,  prince  du  Saïstàn,  qui  défend  l'Iran,  et  le  sauve  des  griffes 
dos  Turks,  contre  toute  vérité;  la  seconde  est  mentionnée  en  termes  beaucoup 
plus  brefs,  dans  une  narration  qui  raconte  l'expédition  d'Ardjàsp,  fils  d'Afrà- 
syàb,  contre  Balkh  =  Bactres,  sous  les  ruines  de  laquelle  meurt  le  vieux  roi 
Lohràsp  =  llélioklès,  après  son  abdication. 

La  chanson  de  geste  iranienne  a  parfaitement  discriminé  les  deux  temps  de 
l'invasion,  et  c'est  avec  un  sens  très  exact  de  la  réalité  qu'elle  en  a  attribué  les 
deux  phases  au  même  peuple,  les  Touraniens,  commandés  par  deux  de  leurs 
rois.  Que  ces  Touraniens  soient  des  Turks,  c'est  ce  que  démontrent  certaines 
particularités  essentielles  de  leur  onomastique,  telles  qu'elles  se  trouvent 
conservées  dans  la  trame  de  l'épopée  iranienne,  le  nom,  par  oxemple,  du  fils 
aîné  d'Afràsyàb,  d^-ns  le  Livre  des  Ilois  de  Firdausi,  .Id^'^,  qui  est  proba- 
blement l'altaïque  karakhan  «  qui  veille  »,  à  la  rigueur  kara-khan  •<  le  chef  noir  >., 
quoique  la  forme  khan,  dérivée  de  khaghan,  ne  paraisse  dans  l'onomastique 
des  Turks  que  tout  à  la  fin  du  x'-  siècle  et  soit,  pour  cette  raison,  improbable 
dans  une  partie  du  Livre  des  Rois  qui  a  été  écrite,  tout  au  moins  commencée, 
avec  son  onomasticiue  définitivement  fixée,  dans  les  premières  années  de  ce 
même  siècle  [Les  Enluminures  des  manuscrits  orienlaux  de  la  liibliotlièque  natio- 
nale, 1027,  page  29).  C'est  de  même  que  l'un  des  chevaliers  d'Afràsyàb,  tué  par 
Roustam,  au  cours  d'une  des  nombreuses  offensives  de  Touran  contre  Iran,  est 

Alkous  ,  -j^xJ),  qui,  avec  l'équivalence  altaïque  k  =  A:  et  s  =  s/«  (Rendiconli 
délia  reale  Accademia  dei  Lincei,  1925,  pages  343  et  ssq.),  est  un  nom  bien 
connu  chez  les  Turks  ^i^i'l  Al-koush  «  l'oiseau  rouge  ».  Cet  argument,  d'ail- 
leurs, n'est  point  décisif;  il  n'a  qu'une  valeur  relative;  on  serait  fort  embarrassé 
de  retrouver  des  formes  altaïques  dans  le  nom  du  roi  des  Sakas,  Frahhrasyan,. 
ûansV Avesla,  Afràsj'àb,  en  persan,  dans  celui  du   roi  des  Ghouzzes,  Aredjat- 

[2J 


L.E    NOM    DES    TURKS    DANS    GEN.    CH.    X.  205 

Bible  ont  confondues  avec  elles  pour  des  raisons  évidentes, 
alors  que  le  'Ix-£-iç  de  la  théogonie  hésiodique,  dont  le  nom 


aspa,  eu  zend,  Ardjàsp,  dans  l'épopée  du  x"  siècle;  dans  Khôsnawàz,  nom  du 
kliaghan  des  Ephtalites,  à  l'époque  beaucoup  plus  tardive  des  Sassanides;  le 
fait  est  évident:  il  n'empêche  que  la  présence  des  formes  telles  que  Ivarakhan, 
Alkous,  de  bien  dautres,  comme  noms  de  Touraniens,  sous  la  plume  de  Firdausi, 
dans  la  seconde  moitié  du  x"  siècle,  montre  que  la  tradition  de  l'épopée  était  que 
les  soldats  d'Alràsyàb  étaient  des  Turks  de  pure  race.  Afràsyàb,  d'ailleurs,  dans 
la  légende  avestique,  est  l'un  de  ces  sorciers  touraniens,  dont  i'efirojablo  mayie 
mettait  en  déroute  de  puissantes  armées;  son  palais  souterrain,  (pielque  part  en 
Asie  Centrale,  ou  en  Chine,  rappelle  étrangement  le  palais  enchanté  où  Aladin 
s'en  va  quérir  la  lampe  merveilleuse  qui  soumet  à  ses  désirs  les  esclaves  du 
Uokh  :  "  Du  palais  de  Fràsyàp,  dit  le  Grand  Boumkthishn  [de  mon  manusci'it. 
page  269),  il  est  dit  (dans  VAvesla:ci.  Hùm  Ya&hl  7(20)  et  Aûgeniaïdé.  (jO)  qu'il 
a,  été  construit  sous  la  terre  par  sorcellerie;  il  est  illuminé,  si  bien  que  la  nuit  y 
est  aussi  claire  que  le  jour;  il  y  coule  quatre  rivières,  d'eau,  de  vin,  de  lait  ei 
de  miel;  il  y  a  placé  les  sphèi-es  du  soleil  et  de  la  lune  dans  leur  révolution;  l.i 
hauteur  de  ce  palais  est  de  mille  fois  la  taille  d'un  homme  de  stature  moyenne.  • 
11  n'y  a  guère  à  douter  que  cette  description  du  palais  souterrain  d'Afràsyàb  ne 
soit  un  souvenir  assez  précis  de  l'hypogée  de  la  montagne  Li-shan,  où  fut  inhumé, 
pour  bien  peu  de  tenip^,  pour  quatre  ans,  en  210  avant  J.-C,  le  premier  Empe- 
reur, Thsin-shi-hoang-ti,  dans  lequel  ce  puissant  monarque  avait  fait  placer,  au 
témoignage  des  historiens  chinois,  des  objets  singuliers,  qui  faisaient  de  son 
tombeau  un  microcosme,  dont  la  voûte  azurée  ligurait  le  ciel  avec  ses  astres, 
le  sol,  d'une  coulée  de  bronze,  la  terre  noire,  avec  ses  mers  et  ses  lleuves,  figurés 
par  des  ruisseaux  de  mercure,  auquel  un  mécanisme  donnait  l'apparence  de  la 
vie,  en  le  faisant  couler  en  minces  lîlots;  la  mer  entourait  le  Célcste-Empir;', 
qu'arrosaient  les  fleuves,  à  la  lueur  de  puissantes  torclières,  et  l'aci'ès  de  cette 
folie  funéraire  était  défendu  par  des  arbalètes  tout  armées,  qui  n'empêchèrent 
point,  en  206,  que  la  révolution  ne  violât  la  sépulture  du  premier  Empereur.  Il 
ne  manque  point,  dans  la  geste  avestique,  de  palais  merveilleux;  mais  tous  sont 
l'œuvre  des  hommes,  non  celle  des  génies,  et  ils  s'élèvent  dans  les  airs,  bien 
loin  de  s'enfoncer  dans  les  entrailles  de  la  terre;  Kang-diz  «  la  citadelle  de 
Kang  ",  si  l'on  en  croit  le  témoignage  du  Boundahishn  {Ibid.),  c'est-à-dire  la 
capitale  du  Céleste-Empire  (Revue  de  L'Orient  chrétien,  1930,  pages  61  et  ssq.), 
qui  fut  rasée  au  sol  par  Kaï  Khosrau,  roi  de  Perse,  et  petit-tils  d'Afràsyàb. 
jouissait  d'un  printemps  éternel;  on  voyait  dans  ses  édifices  six  sortes  de  pou- 
tres, des  poutres  en  or,  en  argent,  en  acier,  en  airain,  en  cristal,  en  rubis;  au 
milieu  de  cette  ville,  se  déroulaient  des  rues,  qui  mesuraient  sept  cents  para- 
sant-'es  (environ  3.700  kilomètres)  ;  elle  avait  quinze  portes;  un  homme  qui  voulait 
aller  de  l'une  de  ces  portes  à  l'autre  {tassait  dans  son  chemin  quinze  jours,  de  la 
longueur  d'une  journée  de  printemps.  Si  merveilleuse  que  fût  Kang-diz,  elle 
était  faite  pour  les  hommes,  et  non  par  l'œuvre  des  génies,  pour  un  roi  des  sor- 
ciers; l'extrême  longueur  de  ses  rues  est  encore  supérieure  à  celle  (trois  jours  de 
marche)  qu'un  auteur  arabe  du  xiv"  siècle  attribue  aux  voies  de  Pé-king, 
mises  bout  à  bout,  dans  un  esprit  qui  revient  à  aligner  à  la  suite  les  unes  des 
autres  toutes  les  voies  de  Paris  (Patrokxjia  Orlenlalis,  tome  XX,  page  185).  Le 
palais  de  Djamshîd  était  bien  fait  de  pierres  précieuses,  mais  il  était  campé  sur 

[3] 


206  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

paraît  bien  un  emprunt  au  Sémitisme,  par  son  fils,  Prométhée, 
et  son  petit-fils,  Deucalion,  est  principalement,  dans  le  concept 


l'Albôrdj,  et  visible,  comme  le  palais  de  Zohàk,  à  Babylone,  qui  avait  la  forme 
d'une  grue. 

C'est  un  fait  remarquable  que,  dans  l'énumération  imaginaire  des  noms  des 
souverains  des  deux  premières  dynasties  iraniennes,  l'on  ne  trouve  que  deux 
rois,  Aurvat-aspa-Lohràsp  et  Vishtàspa-Oushtàsp,  dont  les  noms  soient  dos 
composés  possessifs  de  aspa  «  clieval  ■•  et  d'une  forme  adjectivale  qui  qualifie  ce 
mot.  Ces  noms  appartiennent  à  la  même  catégorie  que  celui  de  Aredjat-aspa,  à  la 
même  période,  en  laquelle  la  tradition  épique  de  l'Iran  passe  de  la  potentialité  à 
la  réalité,  au  milieu  d'une  extrême  confusion  des  époques,  puisque  Aurvat-aspa 
est  le  père  de  Vishlàspa,  père  de  Darius-le-Grand,  en  même  temps  qu'il  symbo- 
lise les  rois  grecs  de  Bactriane,  qui  firent  construire  le  gi-and  temple  bouddhique 
du  Nava-vihàra  {Revue  de  l'Orient  chréllcn,  1930,  pages  62,  98,  113),  pui.sque 
Aredjat-aspa  est  le  chef  des  clans  turks  qui  mirent  fin  à  la  puissance  hellénique 
en  Asie  Centrale.  Il  ne  se  peut  faire  que  ce  trinôme  ait  pris  naissance  autour  de 
Aredjat-aspa,  qui  serait  la  traduction  iranienne  d'une  forme  altaïque;  que  des 
composés  de  la  forme  Aredjat-aspa,  avec  un  nom  d'animal  qualifié  par  un  nom 
de  couleur  ou  de  métal,  ce  qui  revient  au  même,  soient  une  monnaie  courante 
dans  l'onomastique  des  Turks  et  des  Mongols,  c'est  un  fait  bien  connu;  on  les 
trouve  par  centaines  dans  les  chroniques  chinoises,  persanes,  arabes;  mais  il 
est  manifeste  que  ces  formes  sont  relativement  récentes,  et  qu'elles  ne  remontent 
point  à  une  date  aussi  lointaine  que  le  second  siècle  avant  notre  ère,  qu'elles 
sont  plutôt  mongoles  que  turkes.  L'onomastique  des  Turks  est  beaucoup  plus 
ancienne,  inlinimeut  plus  obscure,  partant,  que  celle  des  Mongols,  dont  la 
formation  et  la  signification  des  noms  propres  sont,  d'une  manière  générale, 
extrêmement  claires,  ce  qui  est  d'autant  plus  antinomique  que  l'idiome  des 
Mongols  a  conservé  des  formes  beaucoup  plus  archaïques  que  la  langue  des 
Turks,  et  qui  sont  leur  origine. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  ce  problème  délicat,  dans  l'immensité  de  cette  onomas- 
tique, pendant  vingt-cinq  siècles,  on  ne  rencontre  jamais  un  personnage  dans  le 
nom  duquel  entre  le  mot  cheval,  monn  en  mongol,  at  en  turk,  soit  isolé,  soit  en 
composition.  C'est  tout  juste  si,  en  trente-cinq  années,  j'ai  trouvé,  dans  un 
Diwan  persan,  qui  appartient  à  M.  Chester  Beatty,  le  nom  d'un  Turk,  Ikdish, 
«  cheval  né  de  deux  parents  de  races  différentes  »,  qui  vécut  à  l'époque  mon- 
gole. Les  raisons  de  ce  fait  sont  l'obscurité  même;  l'on  n'en  peut  percevoir 
aucune,  puisque  le  cheval,  dans  ces  clans  de  nomades  et  de  cavaliers,  était  l'auxi- 
liaire immédiat  de  l'homme,  aussi  utile,  sinon  plus,  que  le  taureau  et  le  gerfaut, 
dont  les  noms  se  rencontrent  constamment  dans  l'onomastique  desTonghouzos 
et  des  Altaïques.  Il  n'y  a  guère  à  douter  que  le  nom  de  Vîshtàspa,  qui  est  histo- 
rique, n'ait  été  le  prototype  de  ceux  de  Aurvat-aspa  et  de  Aredjat-aspa,  lesquels 
sont  des  inventions  de  la  légende  de  l'Iran,  alors  que  les  personnages  qui  les 
portent  sont  des  réalités  de  son  histoire.  11  se  peut  que  l'application  au  père  de 
Yishtàspa,  père  de  Darius-le-Grand,  du  nom  de  Aurvat-aspa  «  celui  qui  possède 
des  coursiers  rapides  »,  se  soit  trouvée  favorisée,  ou  plutôt  qu'elle,  ait  été  provo- 
quée par  le  souvenir  optique,  par  la  mémoire  visuelle  de  la  représentation 
plastique  du  soleil,  dont  Hélioklès  portait  le  nom,  le  Phébus-Apollon  à  la 
chevelure  d'or,  debout  sur  son  quadrige,  traîné  par  quatre  chevaux  rapides. 

[41 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  (iEN.  CU.  X.  20T 

hellénique,  Tancètre  de  la  race  grecque,  à  laquelle  seule  s'inté- 
ressaient les  Achéens  et  les  Ioniens  (1). 

Le  premier  fils  de  Japhet,  dans  la  Genèse,  donna  deux  frères 
à  Ashkanaz  :  Hiphat  rs'''i  'PisaO  et  Thorgama  Hop^aj^â,  dans 

L'épithète  de  aurvat-aspa,  manifestement,  en  Perse,  ne  s'appliquait  pas  seule- 
ment à  Apam-napat  ■■  le  Fils  des  Eaux  ■•,  le  génie  du  Feu,  qui  naquit  des  Eaux. 
supérieures,  dans  la  théogonie  védique,  qui,  dans  VAvesla,  est  devenu  le  génie 
des  Eaux,  tout  en  demeurant  un  esprit  du  Fou,  et  plus  spécialement  celui  des 
sources  du  Tigre,-  dont  le  nom  perse,  *  Arvanta.  en  pehlvi  et  en  persan  Arwand,- 
qui  est  le  nom  du  Tigre,  est  le  sansUrit  arvanta,  le  zend  aurvailta,  avec 
l'épenthèse,  tous  mots  qui  désignent  un  cheval  à  la  course  rapide;  cette  épithèto 
qualifiait  évidemment  toutes  les  divinités  dont  le  char  volait  dans  le  ciel,, 
entraîné  par  des  coursiers  agiles.  Les  Parthes  se  souciaient  fort  peu  du  nom  dui 
souverain  grec  qui  était  tombé  à  Bactres  sous  les  coups  dos  Turks,  et  qui  avait 
recru,  à  la  place  de  l'Iran,  le  choc  des  hordes  altaïques;  mais  le  fait  que  ce  mo- 
narque n'appartenait  pas  à  la  race  des  princes  d'Ecbatane,  ou  à  celle  des  Aché- 
ménides,  fut  la  cause  qu'ils  laissèrent  subsister  son  souvenir  sous  la  forme  de  la 
traduction  en  langue  perse  de  l'une  des  caractéristiques  essentielles  do  la  divi- 
nité hellénique  dont  l'image  était  gravée  au  revers  de  ses  monnaies  :  ce  en  quoi- 
il  fut  plus  heureux  que  Cyaxare,  qu'Astyage,  que  Cyrus,  que  Xorxès,  dont  l'on 
chercherait  en  vain  la  plus  lointaine  mention  dans  la  geste  héroïque  de  l'Iran, 
.l'ai  expliqué  autre  part  les  raisons  de  cette  exclusive,  qui  est,  si  je  ne  me 
trompe,  un  fait  unique  dans  l'histoire  des  hommes.  Quant  au  nom  de  Aredjat- 
aspa,  il  a  visiblement  été  refait  d'après  l'analogie  immédiate  de  ceux  de  ses 
adversaires  iraniens,  Aurvat-aspa,  qu'il  massacre  à  Bactres,  et  Vishtàspa,  qui 
mot  un  terme  définitif,  jusqu'aux  invasions  dos  Ephtalites,  à  l'époque  des- 
Sassanides,  à  l'offensive  de  Touran  contre  Iran. 

(1)  Les  étymologies  de  'la-rtsxôç  par  le  grec  ou  l'indo-européen,  tant  celles  des 
grammairiens  helléniques  que  les  suggestions  des  philologues,  sont  toutes  plus 
impossibles  les  unes  que  les  autres,  pour  toutes  sortes  de  raisons  phonétiques, 
en  particulier,  celle  qui  veut  y  voir  une  variante  inexistante,  lapetor  ou  laopetor, 
du  nom  de  Jupiter.  Encore  faudrait-il,  si  l'on  voulait  en  tenter  une  nouvelle  et 
inédite,  qui  jouisse  de  quelque  vraisemblance,  chercher  un  composé  indo-euro- 
péen, dont  le  second  élément  serait  -pati  «  maître  »,  mais  *[sva]ya[m|-pati, 
«  qui  est  tout-puissant  de  par  soi-même  ••  est  tout  aussi  invraisemblable,  pour 
une  foule  de  raisons  qu'il  est  inutile  d'exprimer,  quoique,  à  la  rigueur,  l'irré- 
gularité ne  soit  pas  beaucoup  plus  choquante  que  dans  ïnno;,  qui  est  certaine- 
ment pour  sTtno?.  Sans  être  très  satisfaisante  au  point  de  vue  sémantique,  l'éty- 
mologie  du  nom  de  Japhet  par  l'hébreu  fait  rentrer  le  nom  du  fils  de  Noé  dans 
une  forme  connue;  Î^S"'  de  nos  manuscrits  est  à  corriger  en  ri2^  .,  il  a  étendu 
sa  demeure  »,  du  verbe  nnS,  comme  le  montrent  les  leçons  'lâçeO  des  Septante,. 
et  nom  'Is^eô,  'Hi>e6o;  de  Flavius  Josèphe,  et  nom  'l£':p£6o?;  d'où  il  semble  que  le 
nom  de  'limroç,  mais  non  sa  fonction,  comme  la  légende  du  déluge  de  Deucalion 
et  de  Pyrrha,  soit  un  emprunt  très  ancien  au  Sémitisme,  pour  qualifier  les  races 
qui  ne  sont  issues  ni  de  Cham,  ni  de  Japhet.  Le  groupe  lapetos-Callirhoè  est 
plus  ancien,  qui  crée  l'humanité,  et  antérieur  à  celui  de  Kronos-Rhéa,  qui 
donne  naissance  à  ses  dieux. 

[5] 


208  REVUE    DE    l'orient   CHRETIEN. 

lesquels  il  faut  reconnaître,  à  mon  sens,  des  personnifications 
symboliques,  à  la  manière  d'Evhémère,  des  clans  altaïques^ 
lesquels,  aux  viii'-vii^  siècles  avant  lere  chrétienne,  firent  une 
répétition  générale  des  grandes  offensives  contre  l'Occident,  qui 
amenèrent  Attila  sous  les  murs  de  Paris,  beaucoup  plus  tard, 
les.  Mongols  de  Tcliinkkiz  Khaghan  à  Moscou,  à  Kief,  à  Bagh- 
dad,  à  D'amas. 

C'est  un  fait  assez  remarquable  que  le  premier  de  ces  noms 
soit  dans  une  relation  immédiate  avec  celui  des  monts  Ripées 
ou  Riphéesxà  ' Piriy-ia '6 pr,  ou  -h  'PiTcafcv  cpoq,  des  géographes  grecs, 
sans  que  l'on  puisse  indiquer  la  forme  originelle  de  ce  vocable, 
lequel  désigne  toutes  les  montagnes  de  l'Hyperborée  dans  la 
contrée  des  Scythes,  l'Oural  confondu  avec  l'Altaï,  suivant  les 
errements  des  auteurs  de  l'Antiquité. 

(.4  suivre.) 

E.  Blochet. 


[6]l 


MÉLANGE 


UN  VOYAGE  INEDIT  DU  PERE  SICARD 
A  LA  MECQUE  EN  1724 


Le  recueil  intitulé  :  Lettres  édifiantes,  si  connu  de  tous  et 
si  souvent  consulté  par  ceux  qui  s'adonnent  aux  études  concer- 
nant rOrient,  TExtrême  Orient  ou  le  Nouveau  Monde,  pourrait 
aussi  être  appelé  ou  porter  en  sous-titre  :  Recueil  d'observations 
et  de  mémoires  scientifiques  divers.  Il  constitue,  en  effet,  pour 
les  régions  dont  il  est  parlé  en  ces  lettres,  une  véritable  mine 
de  renseignements  de  toutes  sortes.  Nombreux  sont  les  savants 
et  les  érudits  qui  l'ont  utilisé;  il  fournit  encore  de  nos  jours  de 
précieuses  ressources  pour  maints  travaux.  Pour  ne  parler  que 
de  l'Egypte,  les  lettres  du  Père  Sicard  furent  souvent  un  guide 
dont  se  servit  Mariette,  elles  l'aidèrent  parfois  à  déterminer 
la  place  de  certains  monuments.  Et  tout  encore  de  ces  lettres 
n'a  pas  toujours  été  publié,  certaines  d'entre  elles,  soit  en 
totalité,  soit  en  partie,  étant  regardées  comme  n'offrant  que  peu 
d'intérêt  pour  les  lecteurs,  ou  encore  leur  publication  étant 
estimée  inopportune. 

C'est  ce  qui  est  advenu,  semble-t-il,  pour  le  récit  d'un  voyage 
du  Père  Sicard  qu'il  ne  dut  pas  pourtant  manquer  de  rédiger 
comme  il  a  rédigé  celui  qu'il  lit  au  Sinaï.  Ce  voyage,  il  est  vrai, 
bien  qu'étant  à  la  fois  comme  celui  qu'il  fit  à  la  célèbre  mon- 
tagne, une  excursion  scientifique  et  un  pèlerinage,  ne  compor- 
tait peut-être  point,  aux  yeux  de  ceux  qui  publièrent  les  lettres, 
l'épithète  qui  les  qualifie.  Il  s'agit,  en  effet,  d'un  voyage  à  la 
ville  sainte  des  musulmans,  à  La  Mecque,  voyage  qui  se  fit  dans 

[1] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  14 


210  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

des  conditions  aussi  singulières  que  le  but  à  atteindre  était 
curieux  et  précieux  pour  l'érudition. 

Le  récit  de  ce  voyage  nous  a  été  conservé  dans  un  manuscrit 
qui  se  trouve  aujourd'hui  à  la  Bibliothèque  de  Saint-Péters- 
bourg. Il  est  placé  sous  le  numéro  105  dans  le  catalogue  de 
Zaluski.  Ce  catalogue  en  résume  le  contenu  par  le  titre  suivant  : 
Voyage  au  Levant  fa  il  en  1721  par  le  Père  Claude  Sicard 
avec  son  compagnon  le  R.  P.  François  de  Sales  de  Ginnont, 
religieux  du  Tiers  Ordre  de  Saint-François.  Ce  titre  est 
inexact.  11  ne  correspond  pas  au  titre  que  porte  le  manuscrit 
lui-même,  ni  à  la  réalité  historique,  ni  au  contenu  de  notre 
manuscrit.  Ce  dernier  porte  comme  seul  titre  ;  Voyage  du 
Levant.  Puis,  au-dessous  de  la  première  division  de  l'ouvrage 
en  livres,  qui  est  celle  du  livre  premier,  on  lit  :  Du  départ  de 
l'auteur  en  17-21  avec  son  compagnon  le  Révérend  Père 
François  de  Sales  de  (rirmont,  religietix  du  Tiers  Ordre 
de  Saint- François,  province  de  France  et  de  Lorraine.  Cet 
auteur  n'est  point  le  Père  Sicard,  qui  se  trouvait  alors  en 
Egypte  depuis  1706,  mais  un  tiers,  qui  ne  se  nomme  point, 
religieux  lui  aussi  du  Tiers  Ordre  de  Saint-Franrois  et  comme 
le  Père  François  de  Sales  de  Girmont,  de  la  même  province  de 
France  et  de  Lorraine. 

Partis  de  Provence  le  21  février  1721,  notre  auteur  anonyme 
et  le  Père  François  de  Sales  de  Girmont  allèrent  s'embarquer 
à  Livourne  après  rire  passés  à  Rome  où  ils  reçurent  leur  mission 
de  la  Propagande.  Ils  prirent  la  mer  le  12  août  et  arrivèrent  à 
Alexandrie  le  1  septembre.  Le  Père  François  de  Sales  poursui- 
vit alors  sa  route  jusqu'à  Saïda  en  Syrie,  notre  auteur  demeura 
à  Alexandrie.  Après  ces  dates,  ces  indications  que  nous  lisons 
au  début  du  manuscrit,  avec  une  grande  abondance  de  récits 
sur  les  incidents  de  la  navigation  et  de  la  vie  à  bord  du  navire, 
on  s'attendrait  de  la  part  de  l'auteur  arrivé  au  terme  de  son 
voyage,  à  quelques  détails  sur  le  but  de  celui-ci  :  son  minis- 
tère, sa  mission  proprement  dite.  Il  n'en  est  rien.  Tout  ce  qu'il 
voit,  ce  qu'il  entend,  le  saisit  et  le  prend  tout  entier  et  il  a  liâte 
de  faire  partager  à  autrui  Tétonnement  qui  est  le  sien  en  trans- 
crivant ce  dont  il  est  le  témoin.  Çà  et  là,  il  nous  fera  connaître, 
au  cours  de  son  travail,  les  différents  lieux  où  il  a  séjourné. 


AIKL.WGE.  211 

mais  ce  ne  sera  jamais  qu'en  passant  (1).  Il  est  avant  tout 
impatient  de  retracer,  de  décrire  le  monde  nouveau  qui  s'est 
wireri  devant  lui.  Mœurs,  usages,  faune,  flore,  religion,  gou- 
vernement, administration,  politique,  histoire,  géographie, 
archéologie,  exégèse,  il  écrit  sur  tout  cela  en  soixante  chapitres. 
Et  il  entreprend  même  de  longs  voyages  parfois  pour  aller 
recueillir  de  quoi  faire  de  nouveaux  récits.  Il  a  fait  le  voyage 
du  Sinai,  il  a  fait  aussi  celui  de  La  Mecque  et  c'est  à  ce  propos 
qu'intervient  le  nom  da  Père  Sicard  qui  fut  son  compagnon  de 
route  avec  le  chancelier  du  consulat  de  France  au  Caire. 

Parmi  les  rares  chrétiens  d'Occident  qui  avaient  visité  La 
Mecque  à  cette  ('poque,  quatre  seulement  sont  signalés  :  l'italien 
Ludovico  Bartema  qui  fit  le  voyage  en  1503  (2),  le  français 
Vincent  Le  Blanc  en  1568  CVl.  l'allemand  Jean  Wild  en  KJOT  (4) 
et  l'anglais  Joseph  Pitts  en  1680  (5).  Les  deux  premiers  s'y 
rendirent  attirés  par  l'intérêt,  l'un  par  celui  de  la  science,  l'autre 
par  celui  du  négoce.  Ces  buts  cependant  n'étant  pas  suffisants 
pour  qu'il  leur  fût  permis  à  eux  chrétiens  de  visiter  La  Mecque, 
ils  durent  se  déguiser  et  se  joindre  à  l'un  des  pèlerinages 
annuels.  Ludovico  Bartema  endossa  le  costume  d'un  soldat 
mamluk  avec  la  complicité  d'un  capitaine  de  cette  trou[)e  dont 
il  acheta  la  faACur;   \'incent  Le  Blanc  revêtit  la  livrée  du 

(1)  II  résida  tour  à  tour  à  Alexandrie  et  au  Caire;  il  résida  aussi  à  .-Vlep  d'où 
il  lit  un  voyage  à  Bagdad.  Au  Caire  il  habitait  chez  le  consul  M.  de  Crémery. 
II  y  avait  à  cette  époque  un  consul  au  Caire  et  un  vice-consul  à  Rosette  et  à 
Alexandrie.  Il  fit  aussi  partie  d'une  mission  envoyée  en  Ethiopie  sous  inno- 
cent Xlll,  mais  celle-ci  échoua  eu  route,  elle  l'ut  attaquée  par  les  musulmans  à 
Souakîm  et  dut  rebrousser  chemin. 

(2)  Xavigation  and  Voijages  of  L.  Vertumanin.  Ilakluj-l's  Collection  cl"  Earlv 
Voyages,  London,  I80!>.  * 

(3)  Les  voyages  fameux  du  stcur  l'inccnt  Le  Bdim:  utarseillals,  Pai'is  (Berge- 
ron). 

(4)  J.  Wild,  Neue  Reysbeschreibung  eines  gcfan-fcn  Cfirislen...  inrsonderheii  von 
der  Turcken  und  Araber  jarlickon  Walfurht  von  ALcalro  nach  Mecha,  etc. 
Nuremberg,  1613. 

(5)  J.  Pitts,  FaithfiU  Account  of  llie  Religion  and  Manners  of  llie  Mahomelans. 
1810.  Après  le  voyage  de  Pitts,  on  ne  relève  le  nom  d"aucun  autre  voyageur 
durant  le  xvni«  siècle  et  le  premier  signalé  qui  pénétra  dans  La  Mecque  à  sa 
suite  est  le  célèbre  Badiay  Leblich  plus  connu  s^us  le  nom  de  Ali  bey  el  Abassi. 
Cf.  Vogages  d'Ali  Bey  cl  Abassi  en  Afrique  d  en  Asi'i  pendant  les  années  1803- 
1807.  Paris,  I8I4.  Puis  vinrent  après  lui  Seetzen,  BurckharJt  et  le,  dauphinois 
Léon   Roches. 

m 


212  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

pèlerin  sous  la  protection  d'un  de  ses  nationaux  renégat  dont 
il  fit  la  connaissance  à  Damas.  Jean  Wild  et  Joseph  Pitts 
allèrent  à  La  Mecque  contraints;  ils  y  furent  conduits  comme 
esclaves.  Tous  deux  avaient  été  capturés,  l'un  par  les  Turcs 
dans  une  guerre  contre  la  Hongrie;  l'autre  par  les  corsaires 
de  la  côte  barbaresque  dans  un  voyage  et  ils  avaient  été  ensuite 
vendussur  le  marché.  Leurs  acquéreurs  s'étant  rendus  en 
pèlerinage  à  La  Mecque,  ils  firent  partie  de  la  suite  de  servi- 
teurs qui  les  accompagnaient.  Les  chrétiens,  en  ce  cas,  étaient 
admis  à  pénétrer  dans  la  ville  sainte. 

L'auteur  de  notre  manuscrit,  le  Père  Sicard  et  le  chancelier 
du  consulat  de  France  du  Caire  firent  un  voyage  dans  des  con- 
ditions qui  ressemblent  à  la  fois  à  celles  de  ITtalien  et  du 
Français  et  à  celle  de  l'Allemand  et  de  l'Anglais  qui  les  avaient 
précédés  en  ces  parages.  Malheureusement,  ce  que  nous  dit 
notre  manuscrit  de  ce  voyage  nous  permet  seulement  de  faire 
cette  comparaison.  L'auteur  toujours  possédé  par  la  fièvre  de 
décrire  lieux,  monuments,  cérémonies,  oublie  presque  au  cours 
de  son  récit  de  nous  parler  de  ses  deux  compagnons.  Nous 
rapportons  ci-après  quelques  anecdotes  qu'il  nous  raconte  sur 
ces  derniers.  Nous  omettons  les  descriptions  de  La  Mecque,  de 
la  Kaaba  et  des  différentes  cérémonies  du  pèlerinage.  Ces  des- 
criptions précieuses  au  début  du  xv!!!''  siècle  pour  l'occident 
qui  les  ignorait,  sont  aujourd'liui  connues  de  tous.  Notons 
toutefois  qu'elles  correspondent  fidèlement  à  la  réalité  et  con- 
cordent avec  tout  ce  que  les  voyageurs  les  plus  récents  et  les 
plus  autorisés  en  ont  rapporté. 

A  la  fin  du  chapitre  xxv  de  notre  manuscrit  où  est  exposée  la 
manière  de  voyager  en  caravane,  l'auteur  s'exprime  comme  il 
suit(l)  :  «  J'ai  fait  cette  petite  description  pour  éviter  la  répé- 
«  tition  dans  les  ditïérentes  caravanes  où  je  me  suis  trouvé  et 
«  je  commence  mon  voyage  à  La  Mecque.  » 

(])   L'orthographe   de   notre  manuscrit   étant   des   plus   fantaisistes  et  sans 
uniformité,  nous  avons  rétabli  l'orthographe  moderne. 


'[41 


MÉLANGE.  213 

CHAPITRE  XXVI 

«  De  la  descente  de  la  veste  de  Mahomet  du  Château  et  de  la 
«  sortie  de  TÉmir  Hadj. 

«  Tous  les  francs  qui  habitent  le  Levant  appellent  veste  de 
«  Mahomet  tous  les  présents  que  le  Grand  Seigneur  envoie  tous 
«  les  ans  à  La  Mecque.  On  les  travaille  dans  le  Château  du 
«  Caire,  car  Le  Caire  envoie  les  ornements  pour  La  Mecque 
«  et  de  l'argent  pour  Médine.  Lorsque  le  temps,  auquel  la 
«  caravane  doit  partir  pour  La  Mecque,  est  arrivé,  on  porte 
«  ces  présents  du  Château  par  la  ville  à  la  maison  de 
«  l'Émir  Hadj  en  grande  pompe.  On  appelle  Émir  Hadj  le  chef 
a  de  la  caravane  des  pèlerins  de  La  Mecque. 

«  Avant  que  d'entrer  dans  le  détail  de  ce  pénible  voyage,  il 
«  est  bon  que  j'avertisse  le  lecteur  de  la  manière  d'ont  l'auteur 
«  a  pu  y  être  admis,  vu  que  toutes  nos  provinces  avouent  que 
«  les  chrétiens  ne  peuvent  avoir  entrée  dans  cette  ville.  Mais, 
«  c'est  sans  fondement  puisque  les  esclaves  sont  tous  chrétiens 
«  et  que  sans  parler  de  beaucoup  de  Turcs  qui  en  avaient  qui 
«  plus,  qui  moins,  le  seul  (*lief  de  la  caravane  en  avait  ciuatre- 
«  vingts  au  nombre  desquels  j'étais  et  voici  comment. 

«  Le  Révérend  Père  Sicard,  jésuite  missionnaire  depuis 
«  vingt  ans  dans  le  Levant,  habile  théologien  et  très  versé  dans 
«  la  langue  arabique  et  le  sieur  Ilyon  de  Paris,  chancelier  pour 
«  lors  au  grand  Caire  et  aujourd'hui  vice-consul  à  Rosette, 
«  ayant  conjointement  concerté  le  dessein  de  pouvoir  nous 
«  transporter  â  La  Mecque  avec  la  caravane  qui  part  tous  les 
«  ans  du  Caire,  mais  trouvant  l'entrepi'ise  non  seulement  dif- 
«  tlcile,  mais  comme  impossible,  nous  ne  laissâmes  pas  que 
«  d'en  tenter  les  moyens.  Ce  qui  nous  flattait  dans  notre  dessein, 
«  c'est  qu'ayant  appris  que  Serquaire  bey  du  Caire  était  choisi 
«  pour  la  conduite  de  la  caravane,  et  ne  nous  étant  pas  tout  à 
«  fait  inconnu  pour  avoir  mangé  différentes  fois  avec  lui  chez 
«  Monsieur  de  Crémery  consul  pour  lors  au  Caire,  nous  lui  en 
«  fîmes  la  proposition  qu'il  rejeta  aussitôt,  alléguant  qu'il  n'y 
<(  allait  rien  moins  que  de  sa  tête  et  qu'il  était  fort  surpris  de 
«  la  proposition  extravagante  que  nous  lui  faisions.  Nous  ne 

[5J 


21 1  iiKVUE  UE  l'orient  ciiri:tie.\. 

«  perdîmes  pas  pour  cela  courage,  au  contraire;  le  Révérend 
«  Père  Sicard  après  plusieurs  tentatives  lui  dit  qu'il  ne  courait 
<c  aucun  risque,  puisque  nous  n'avions  formé  ce  dessein  que 
<c  dans  la  résolution  de  l'accompagner  comme  esclaves.  A  ces 
«  paroles,  il  se  mit  à  sourire,  ne  pouvant  se  persuader  que 
«  nous  voulussions  nous  humilier  jusqu'à  ce  point.  Cependant, 
«  voyant  que  nous  lui  parlions  sérieusement,  il  nous  donna 
«  parole  en  mettant  la  main  droite  sur  son  turban,  qui  est 
«  parmi  eux  un  serment  de  la  vérité  qu'ils  assurent.  Il  se 
«  resouvint  si  bien  de  sa  parole,  que  deux  jours  avant  le  départ 
«  de  la  caravane  il  nous  fit  à  savoir  de  prendre  l'habit  d'esclave 
«  et  de  nous  transporter  à  son  palais  oii  nous  fûmes  agréable- 
«  ment  reçus,  ayant  déclaré  aux  officiers  de  sa  maison,  pour 
«  lever  tout  soupçon,  qu'il  avait  acheté  trois  esclaves  francs 
«  qui  l'accompagneraient  dans  son  voyage  de  La  Mecque.  Et  il 
«  nous  fournit  agréablement  toutes  les  choses  nécessaires,  ce  qui 
«  nous  donna  lieu  d'avoir  toutes  choses  comme  je  vais  en  faire 
«  le  récit  et  je  commence  par  la  cavalcade  qui  se  fit  au  Caire 
«  avant  le  départ  l'an  17-21,  le  mardi  9  mai,  en  cet  ordre.  » 

Et  ici,  l'auteur  décrit  le  défilé  solennel  qui  traverse  les  rues 
du  Caire,  dans  lequel  apparaissent  tous  les  présents  envoyés  à 
La  Mecque  et  qui  annonce  le  départ  incessant  du  pèlerinage, 
puis  il  poursuit  :  «  Le  vendredi  12  mai,  jour  de  dimanche  pour 
«  eux,  notre  Émir  Hadj  après  avoir  assisté  à  la  prière  de  la 
«  mosquée,  partit  avec  toute  sa  famille  de  la  ville  du  Caire  et 
«  nous  campâmes  sous  des  lentes,  mais  tout  proche  de  la  ville. 
«  Ce  qui  nous  emltarrassait  le  plus,  c'est  que  nous  trois  ayant 
«  fait  une  petite  provision  de  vin  pour  boire  à  la  sourdine  et 
«  ayant  envoyé  son  intendant  pour  voir  si  tous  ses  officiers  et 
«  esclaves  avaient  toutes  les  choses  nécessaires,  nous  étions 
«  pour  lors  dans  une  grande  appréhension  qu'il  ne  vint  visiter 
«  nos  trois  outres  de  vin  qui  étaient  toute  notre  provision.  Mais 
(«  nous  fûmes  bientôt  revenus  de  notre  crainte,  s'étant  contenté 
«  de  demander  à  un  chacun  de  nous  si  rien  ne  nous  manquait. 
«  Pour  lors  nous  aurions  b'  vn  souhaité  de  l'avoir  augmentée 
«  du  double;  mais  la  chose  était  impossible  pour  lors.  Deux 
«  jours  après,  nous  campâmes  à  la  Birque  qui  est  un  grand 
»  étang  éloigné  d'environ  douze  milles  du  Caire  sur  le  chemin 

[6] 


MÉLANGE.  215 

«  de  Suez.  Ce  lieu  est  le  rendez-vous  de  toute  la  caravane: 
«  nous  en  partîmes  le  lendemain. 

«  Voici  la  relation  de  combien  il  y  a  de  gîtes  du  Caire  à  La 
«  Mecque  et  combien  de  jours  on  demeure  et  combien  il  y  a 
«  d'heures  de  chemin  et  à  quels  gîtes  il  y  a  de  l'eau  douce  ou 
a  amère  pour  ceux  qui  veulent  faire  ce  voyage.  C'est  le  Révé- 
«  rend  Père  Sicard  qui  pendant  notre  voyage  s'est  étudié  à  en 
«  faire  une  juste  description,  aidé  qu'il  était  de  la  langue  ara- 
'   bique  qu'il  possédait  parfaitement  (I). 

<(  Du  Caire  à  la  Birque,  on  compte  quatre  heures;  il  y  a  de 
«  l'eau  douce. 

«  De  la  Birque  jusfju'à  Misana  c'est-à-dire  :  citerne,  il  n'y  a 
«  point  d'eau. 

«  De  Misana  jusqu'à  Kalaat  Aadgeroud,  qui  veut  dire  :  château 
"   des  sablonnières,  douze  heures  et  demie  ;  il  y  a  de  l'eau  amère. 

«  Du  château  des  sablonnières  jusqu'à  Navatir,  sept  heures 
«  et  demie;  il  n'y  a  point  d'eau  ». 

«  De  Navatir  jusqu'à  Bastagara,  dix  heures;  il  n'y  a  point 
«  d'eau  et  le  chemin  est  très  mauvais. 

«  De  Bastagara  jusqu'à  Kalaat  el  Nahhad,  c'est-à-dire  : 
«  château  des  palmes,  quinze  heures;  on  y  demeure  un  jour; 
«  il  y  a  de  l'eau  douce. 

«  Du  cliàteau  de^  palmes  jusqu'à  Abiar  Alaïna,  quatorze  heu- 
«  res;  il  n'y  a  que  de  l'eau  amère. 

«  De  Abiar  Alaïna  jusqu'à  Sath  el  Akaba,  c"est-à-dire  :  pla- 
«  nure  de  colline,  quinze  heures;  il  n'y  a  point  d'eau. 

"  De  Sath  el  Akaba  jusqu'à  Kalaat  el  Akaba,  c'est-à-dire  : 
«  château  de  la  colline,  c'est  le  bord  de  la  mer  Rouge;  il  y  a 
«  seize  heures,  on  y  demeure  deux  jours  et  demi;  le  chemin  est 
«  très  mauvais;  il  y  a  de  l'eau  douce. 

«  Du  château  el  Akaba  jusqu'à  Dar  el  Khamar,  six  heures 
«  et  demie;  il  n'y  a  point  d'eau.  Dar  el  Khamar  veut  dire  :  dos 
«  d'âne,  et  c'est  comme  en  Italie  la  montagne  ouest  une  hôtel- 
«  lerie  appelée  Scarga  Tasino. 

(1)  Bien  que  nous  ayons  rétalili  l'orthographe  moderne  pour  le  texte  du 
récit,  nous  avons  reproduit  l'orthographe  des  noms  propres  de  lieu.  On  es 
identiliera  aisément,  soit  par  la  traduction  qui  en  est  donnée  parfois,  soit  par 
le  fait  que  le  trajet  décrit  est  celui  qui  esi  encore  suivi  de  nos  jours. 

[î] 


21G  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

«  De  Dar  el  Kliamar  jusqu'à  Scarafe  Benigateie.  quatorze 
«  heures;  il  n'y  a  point  d'eau. 

«  De  Scarafe  Benigateie  jusqu'à  Magare  Chovaib,  c'est-à-dire  : 
«  grotte  de  Jetro,  quatorze  lieures;  il  y  a  de  l'eau  douce.  C'est 
«  là  le  pays  des  Madianites. 

«  De  Magare  Chovaib  jusqu'à  Eyoumel  Kaseb,  quatorze  heures 
(f  et  demie;  l'eau  y  est  douce.  C'est  en  cet  endroit  que  les  llUes 

de  Jetro  voulant  abreuver  leur  bétail,  et  les  bergers  les  en 
«  voulant  empêcher,  Moïse  les  protégea  et  défendit  contre  ceux 
«  qui  les  voulaient  empêcher  de  prendre  de  l'eau. 

«  De  Eyoum  el  Kaseb  jusqu'à  Kalaat  el  Moilah,  c'est  le  bord 
«  de  la  mer,  il  y  a  quinze  heures;  on  y  demeure  deux  jours  et 
«  demi;  il  y  a  de  l'eau  douce. 

«  De  Kalaat  el  Moilah  jusqu'à  Castel,  onze  heures;  il  y  a  de 
«  l'eau  amère. 

6  De  Castel  jusqu'à  Kalaat  Ezlem,  quinze  heures  et  demie;  il 
«  y  a  de  l'eau  amère. 

«  De  Kalaat  Ezlem  jusqu'à  Istanbel  Antir,  quatorze  heures; 
«  il  y  a  de  l'eau  douce. 

«  D'Istanbel  Antir  jusqu'à  Kalaat  el  'Voudge,  c'est-à-dire  : 
«  château  de  la  face,  treize  heures  et  demie;  il  y  a  de  l'eau 
«  douce. 

«-  De  Kalaat  el  Voudge  jusqu'à  Ekre,  seize  heures;  il  n'y  a 
«  que  de  l'eau  amère. 

«  De  Ekre  jusqu'à  Hank  Krue,  c'est-à-dire  :  golfe,  douze 
«  heures  et  demie;  il  n'y  a  point  d'eau. 

<(  De  Hank  Krue  en  allant  à  Khaure,  treize  heures,  il  n'y  a 
«  que  de  l'eau  amère;  on  entre  dans  le  territoire  de  La  Mecque. 

V  De  Khaure  jusqu'à  Nabte,  quinze  heures;  il  y  a  de  l'eau 
«  douce.  C'est  de  là  que  viennent  les  Arabes  nabathéens  :  a  Eurus 
<v  ad  aurorarn  Nahathaque  régna  recessit-  » 

(•  De  Nabte  jusqu'à  Hazire,  treize  heures  et  demie;  iln'y  a 
«  point  d'eau. 

<■  D'Hazire  jusqu'à  Jambouch,  c'est-à-dire  :  fontaine,  qua- 
«  torze  heures  et  demie;  on  y  demeure  deux  jours  et  demi; 
«   il  y  a  de  l'eau  douce. 

'-  De  Jambouch  jusqu'à  Soucaïfe,  treize  heures;  il  n'y  a  point 
«  d'eau. 


MÉLANGES.  217 

«  De  Soucaïle  jusqu'à  Bedr  Hunein,  c'est-à-dire  :  lune  de 
«  Hunein,  huit  heures;  il  y  a  de  l'eau  douce.  Hunein  était 
«  un  homme  qui  faisait  voir  la  lune  dans  son  puits, 

«  De  Bedr  Hunein  jusqu'à  Sibil  el  Mouhsin,  c'est-à-dire  : 
«  chemin  de  bienfait,  quatorze  heures  ;  il  y  a  de  l'eau  douce. 

«  De  Sibil  el  Mouhsin  jusqu'à  Rabii,  dix-sept  heures;  il  y  a 
'<  de  l'eau  douce.  Rabii  est  un  lieu  sacré,  c'est-à-dire  où  il  ne  faut 
«  point  entrer,  sans  être  bien  préparé  et  purgé  de  tout  péché, 
«  d'où  vient  qu'il  y  a  deux  lieux  qu'on  appelle  Karamein,  les 
«  lieux  sacrés,  savoir  :  La  Mecque  et  Médine,  c'est-à-dire  que 
«  ce  sont  deux  lieux  saints  où  l'on  se  doit  bien  garder  de  mettre 
«  le  pied,  qu'on  ne  soit  lavé  de  tout  péché. 

«  De  Rabii  jusqu'à  Kavodire,  quinze  heures;  il  n'y  a  point 
«  d'eau. 

«  De  Kavodire  jusqu'à  Bir  el  fun,  quatorze  heures;  il  y  a  de 
u  l'eau  douce. 

«  De  Bir  el  fun  jusqu'à  Vali  Fatima,  quatorze  heures;  il  y  a 
«  de  l'eau  douce. 

u  De  Vati  Fatima  jusqu'à  La  Mecque,  six  heures. 

((  Durant  le  voyage  de  cette  grande  caravane,  rien  ne  se 
«  passa  de  particulier,  etc.  ». 

L'auteur  en  cet  endroit,  après  avoir  fait  un  long  récit  sur  une- 
dispute  qui  éclata  entre  chameliers  avec  des  considérations  sur 
la  voix  du  sang,  énumère  ensuite  les  différentes  routes  du^ 
monde  musulman  qui  conduisent  à  La  Mecque,  puis  il  raconte 
la  prière  de  l'Émir  Hadj  à  la  Kaaba  et  sa  propre  déception  à 
ce  sujet.  «  Les  musulmans,  dit-il,  ont  une  vénération  pour  La 
«  Mecque,  non  seulement  pour  ce  que  Mahomet  y  est  né,  mais 
«  encore  principalement  pour  les  temples  de  Kaabe,  c'est-à-dire  : 
«  maison  carrée,  qu'ils  croient  que  tous  ceux  qui  ne  sont  pas 
«  mahométans  ne  sont  pas  dignes  d'y  venir.  C'est  pourquoi  ils 
«  ne  leur  permettaient  pas  autrefois  d'en  approcher  même  de 
«  quelques  journées,  et  si  un  chrétien  ou  autre  non  mahométan 
«  eût  été  surpris  sur  cette  terre  sainte,  il  aurait  été  brûlé  sans 
«  rémission.  Mais  aujourd'hui,  ils  ne  sont  pas  si  scrupuleux, 
«  permettant  aux  chrétiens  esclaves  d'entrer  jusque  dans  la 
«  ville,  avec  cette  réserve  de  ne  point  approcher  du  Kaabe, 
«  sous  peine  du  feu  ou  se  faire  Turc  dans  le  moment.  Le  seul 


•218  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

«  Émir  Hadj  ayant  seulement  le  pouvoir  d'en  faire  entrer  trois; 
«  Fun  pour  étendre  le  tapis  sur  lequel  il  s'agenouille,  l'autre 
"  pour  lui  mettre  un  carreau  de  velours  et  le  troisième  pour  lui 
«  présenter  son  livre  de  prières.  Et  aussitôt  que  cela  est  fait, 
«  on  a  grand  soin  de  les  faire  sortir  sans  leur  donner  le  temps 
«  de  rien  examiner.  Nous  nous  attendions  tous  trois  à  faire  cet 
«  office  ou  au  moins  à  le  desservir,  mais  inutilement.  Voici 
«  donc  ce  que  j'ai  pu  en  découvrir  et  ce  que  j'en  ai  appris,  etc.  » 

Et  notre  auteur,  sans  trop  de  suite,  nous  décrit  La  Mecque,  la 
pierre  noire,  nous  explique  les  différentes  obligations  imposées 
aux  pèlerins,  nous  entretient  du  tombeau  de  Mahomet  à  Médine, 
de  la  caravane  envoyée  par  l'Aga  du  Caire  pour  porter  des 
rafraîchissements  au  pèlerinage  lors  de  son  retour,  de  la  rareté 
de  l'eau  sur  le  parcours  du  voyage,  des  vents  chauds  du  désert 
e'.  de  leurs  méfaits,  et  à  ce  propos  il  nous  raconte  la  crainte 
dont  il  fut  saisi  un  jour.  «  Dans  ce  voyage  on  trouve  peu  d'eau 
«  et  encore  elle  est  mauvaise.  Pour  des  rafraîchissements  on  y 
«  en  trouve  point  et  on  ne  mange  que  ce  qu'on  a  apporté.  Mais 
"  ce  qui  est  de  plus  fâcheux,  en  ce  voyage,  ce  sont  certains  vents 
«  chauds  qui  ôtent  la  respiration  et  font  mourir  en  peu  de  temps 
0  beaucoup  de  monde.  Et  en  un  jour,  il  est  mort  plusieurs  cen- 
«  taines  de  personnes  de  ce  vent,  et  que  moi-même  j'eus  grand 
«  peur  d'être  du  nombre  aussi  bien  que  le  sieur  Ilyon.  Ce  qui 
«  n'aurait  pas  manqué  de  causer  bien  du  tumulte,  d'autant  que 
«  nous  aurions  été  parfaitement  bien  reconnus,  l'un  et  l'autre 
«  ayant  un  crucifix  et  une  image  de  la  Vierg-e  marquée  sur  le 
«  bras,  n'étant  pas  toujours  à  la  suite  de  l'Émir  Hadj,  nous  en 
«  étant  séparés  pour  quelque  temps  afin  de  pouvoir  sans  être 
«  aperçus  profiter  du  vin  que  nous  avions  conduit  avec  nous,  y 
«  ayant  défense  à  tous  les  pèlerins  d'en  avoir,  » 

Cette  alerte  de  l'auteur  fut,  on  le  voit,  sans  conséquences.  Il 
échappa  à  l'haleine  brûlante  et  mortelle  des  vents  du  désert,  sa 
prévoyance,  semble-t-il,  en  vue  des  rigueurs  de  la  soif  lui  sauva 
la  vie.  Et  déplus  belle,  il  continue  à  nous  conter  ce  qu'il  a  vu  : 
c'est  le  tombeau  d'Eve,  ce  sont  les  décorations  intérieures  et 
extérieures  de  la  Kaabii,  c'est  enfin  une  entrevue  avec  l'Émir 
Hadj  au  moment  de  se  rendre  à  Médine  et  la  visite  du  tombeau 
de  Mahomet.  ï  Notre  Émir  Hadj,  écrit-il,  après  être  resté  trois 

[10] 


MÉLANGES.  219 

«  jours  à  La  Mecque,  prit  ensuite  la  résolution  de  se  rendre  à 

«  Médine,  sur  les  grands  empressements  qui  lui  furent  faits  de 

«  la  part  des  principaux  de  la  caravane  et  Ton  ne  s'écartait  que 

«  dd  deux  journées  de  la  route  que  nous  avions  prise  pour  nous 

«  rendre  à  La  iMecque.  Pour  lors,  le  Révérend  Père  Sicard  lui 

«  représenta  avec  douceur  qu'après  un  si  long  et  pi'nihle  voyage, 

«  nous  avions  toujours  eu  l'espérance  en  sa  llautesse  :  après 

*  toutes  les  marques  d'a"miti(''  ({u'elle  nous  avait  données,  nous 

*  n'aurions  jamais  cru  qu'elle  nous  aurait  privés  de  voir  la 
«  mosquée  de  La  Mecque  qui  était  l'unique  motif  de  notre 
«  voyage  et  que  nous  avions  lieu  de  craindre  qu'elle  n'en  usât 
«  de  même  à  notre  arrivée  ;i  Médine.  Sa  Hautesse  se  mit  à 
«  sourire,  témoignant  néanmoins  que  c'était  par  mégarde  et 
«  faute  de  s'en  être  souvenue,  mais  que  pour  Médine  il  n'en 
^  serait  pas  ainsi  et  qu'à  notre  arrivée  en  cette  ville,  il  priait  un 
«  (le  nous  trois  de  lui  en  rafraîchir  la  mémoire.  Ce  que  nous  ne 
«  manquâmes  pas  de  faire  et  elle  nous  procura  le  plaisir  de  voir 

*  la  mosquée  où  est  le  sépulclire  de  leur  prophète  en  se  servant 
«  du  moyen  dont  j'ai  déjà  parlé. 

«  Médine  est  à  six  journées  de  La  Mecque  sur  le  chemin  de 

«  Damas,  éloignée  de  la  mer  Rouge  de  trois  journées.  Son  port 

«  s'appelle  Jambo  qui  est  une  petite  ville  de  même  façon  et 

«  grandeur  que  Gedda.  Médine  est  grande  comme  la  moitié 

«  de   La   Mecque,    mais    elle    a    un    faubourg   qui   est   aussi 

«  grand  que  la  ville.  Environ  vers  le  milieu  de  la  dite  ville,  il 

«  y  a  une  mosquée    et  ce  fut    dans  cette  mosquée  que  nous 

«  entrâmes  tous  trois  avec  l'Émir  Hadj.  J'étais  muni  du  tapis 

«  dont  j'ai  parlé  ci-devant  que  j'étendis  selon  les  ordres  qui 

«  m'en  étaient  donnés  auprès  du  sépulchre  de  Mahomet  pour 

«  ce  que  sa  Hautesse   y  fît  sa  prière.  Mais  ce  sépulchre  étant 

«  dans  une  touretle  ou  petit  bâtiment  rond  couvert  d'un  dôme 

«  que  les  turcs  appellent  turbé,  quoique  je  tournais  deçà  delà 

«  le  dit  tapis,  il  me  fut  impossible  de  pouvoir  découvrir  de  quelle 

«  matière  il  était  composé,  avant  néanmoins  plus  de  facilité 

«  que  le  sieur  Ilyon  qui  avait  le  carreau  et  que  le  Révérend 

«  Père  Sicard  qui  lui  présenta  le  livre  de  prières.  A  peine  cette 

«  cérémonie  fut-elle  achevée,  qu'à  peine  nous  donna-t-on  le 

«  temps  de  nous  retirer.  Ce  que  nous  y  avons  remarqué  est  que 

:  11  ; 


i>20  REVUE    DE    l'orient  CHRÉTIEN. 

«  ce  bâtiment  est  tout  ouvert  depuis  le  milieu  jusqu'au  dôme 
«  et,  tout  à  l'entour,  il  y  a  une  petite  galerie,  etc.  » 

L'auteur  revenant  ensuite  sur  l'une  des  cérémonies  du  pèle- 
rinage de  La  Mecque  nous  raconte  les  sacrifices  des  moutons  à 
Arafat  le  jour  de  Baïram  et  il  nous  signale  à  cette  occasion  un 
miracle  qui  s'accomplit  tous  les  ans  pour  cette  fête  et  dont  il  a 
été  le  témoin.  «  Les  pèlerins  sacrifient  dans  la  plaine  plus  de 
«  quatre  cent  mille  moutons,  notre  Émir  Hadj  en  ayant  fait  lui 
«  seul  sacrifier  dix  mille,  et  y  demeurent  jusques  environ  vers 
«  le  midi  du  troisième  jour  du  dit  Baïram  qu'un  cliacun  coin- 
«  mence  à  déloger  pour  s'en  retourner  à  La  Mecque.  La  nuit 
«  d'après  que  les  pèlerins  se  sont  retirés,  il  tombe  une  pluie 
«  avec  une  telle  impfHuosité  qu'il  semble  que  ce  soit  un  déluge 
«  et  dont  il  se  fait  un  torrent  qui  lave  tout  le  sang  des  sacrifices 
«  et  emporte  tous  les  os  qui  étaient  demeurés  dans  la  plaine^ 
«  soit  que  cela  se  fasse  naturellement  ou  par  la  ruse  de  l'ennemi 
«  du  genre  humain,  qui  excite  cette  pluie  pour  confirmer  ces 
«(  infidèles  dans  leurs  erreurs,  leur  persuadant  que  Dieu  envoie 
«  cette  pluie  pour  leur  témoigner  par  un  tel  signe  que  leur 
<'  sacrifice  est  agréable  à  sa  divine  Majesté,  Dieu  le  permettant 
«  par  un  secret  de  sa  Providence  éternelle  que  nous  devons 
«  plutôt  adorer  en  toute  humilité,  que  l'éplucher  trop  curieuse- 
<'  ment.  Quoi  qu'il  en  soit,  cela  est  d'autant  plus  remarquable, 
«  que  le  sacrifice  ayant  été  fait  le  matin  du  premier  jour  du 
«  Ba'iram,  cette  pluie  ne  tombe  que  la  nuit  d'après  le  troisième 
«  jour.  Outre  que  le  dit  Baïram  recule  tous  les  ans  de  dix  jours, 
«  faisant  tout  le  tour  de  notre  année  solaire  dans  l'espace  d'en- 
«  viron  trente-cinq  ans,  néanmoins  la  pluie  vient  toujours  la 
«  nuit  d'après  le  troisième  jour,  comme  nous  l'avons  vue  et  on 
<■  tient  pour  certain  qu'elle  n'a  jamais  manqué  à  pareil  jour.  » 

Après  cette  anecdote,  sans  jeter  un  regard  rétrospectif  sur  le 
voyage  qu'il  vient  d'achever,  sans  même  avoir  un  souvenir 
pour  ses  compagnons  de  route,  il  termine  son  récit,  mais  pour 
se  lancer  dans  un  nouveau  voyage.  «  Voilà,  dit-il,  tout  ce  que 
«  j'ai  pu  remarquer  de  plus  particulier  dans  ces  grandes  cara- 
ts vanes;  je  vais  maintenant  faire  la  description  de  mon  voyage 
«  du  Caire  au  Mont  Sinaï.  » 

Comme  nous  l'avons  dit,  ce  manuscrit  resté  inédit  jusqu'à 

[121 


MÉLANGES.  221 

nos  jours  n'offre  plus  Tintérêt  qu'il  eut  jadis  au  temps  de  sa 
rédaction  au  xviii"  siècle.  Il  ne  demeure  pas  moins,  à  côté  d'une 
foule  de  documents  de  même  nature  émanant  de  missionnaires, 
un  nouveau  témoignage  de  l'aide  apportée  à  la  science  par  ces 
derniers.  Il  a  attiré  notre  attention  à  cause  de  la  personnalité  du 
Père  Sicard  dont  le  nom  reste  attaché  à  toutes  les  études  inté- 
ressant l'Egypte  et  surtout  à  cause  de  son  voyage  à  La  Mecque 
dont  il  rédigea  certainement  un  récit  qui  ne  nous  est  pas  par- 
venu comme  il  en  a  rédigé  l'itinéraire  qui  nous  a  été  transmis. 
Cependant  si  nous  ne  possédons  pas  la  lettre  de  ce  récit,  nous 
en  retrouvons  au  moins  le  fond  dans  notre  manuscrit,  peut-être 
même  l'y  avons-nous  seulement  démarquée. 

Cette  supposition  n'est  pas  simple  conjecture;  l'anonymat 
derrière  lequel  se  cache  notre  auteur  n'en  est  ni  la  cause  ni  le 
prétexte.  L'examen  du  manuscrit  lui-même  comparé  aux  récits 
du  Père  Sicard  semble  la  rendre  vraisemblable.  Dans  les  qua- 
rante-cinq premiers  chapitres  où  notre  manuscrit  nous  entre- 
tient de  l'Egypte,  nous  relevons  quinze  d'entre  eux  pour  lesquels 
toutes  les  lettres  du  Père  Sicard  ont  été  mises  à  contribution. 
En  outre,  l'ordre  suivi  dans  la  rétlaction  du  manuscrit  est  celui- 
là  même  des  lettres  du  Père  Sicard;  de  plus,  nombre  de  pas- 
sages sont  empruntés  presque  littéralement;  enlln  il  n'est  pas 
jusqu'à  certaines  comparaisons  de  langue  faites  avec  le  pro- 
vençal par  le  Père  Sicard  natif  d'Aubagne-en-Provence  qui  sont 
faites  identiques  par  notre  tertiaire  lorrain  originaire  des 
environs  de  Nancy.  On  ne  saurait  voir  là  assurément  une  ren- 
contre fortuite,  un  pur  hasard.  Il  apparaît  plutôt  que  la 
communauté  de  dangers  et  de  fatigues  vécue  par  notre  auteur 
avec  le  Père  Sicard,  durant  trois  longs  mois  sur  la  route  de  La 
Mecque,  engendra  chez  lui,  quand  il  prit  la  plume,  un  esprit 
de  communauté  de  bien.  Ce  qui  est  advenu  pour  les  lettres  que 
nous  connaissons,  ne  s'est-il  pas  produit  pour  celles  que  nous 
ne  connaissons  pas?  L'auteur  du  manuscrit  nous  autorise  par 
son  procédé  et  son  silence  à  nous  poser  la  question  et  il  semble 
que  sa  solution  par  l'affirmative  n'est  point  téméraire. 

M.  Chaîne. 


[13] 


BIBLIOGRAPHIE 


Miguel  Asm  Palacios,  El  Islam  Christianizodo.  Grand  in-S»,  544  pages, 
2  cartes,  2  gravures.  Madrid,  1931.  Edilorial  Plutarco. 

L'islam,  en  tant  qu'hérésie  clirétienne,  a  bénéBcié  sans  peine  de  tout 
l'atquit  des  Arabes  chrétiens  de  Mésopotamie,  de  Syrie,  du  Sinaï,  dn 
Qatar,  de  l'Oman,  du  sud  de  l'Arabie,  convertis  en  bloc  à  l'islam, 
comme  il  bénétieiait  des  revenus  ou  des  biens  des  tributaires  ou  de& 
vaincus  ;  mais,  tandis  que  les  musulmans  énumèrent  avec  compIai.sance 
l'or,  l'argent,  les  vêtements  précieux,  les  revenus  qu'ils  se  sont  attri- 
bués, ils  laisseraient  volontiers  croire  que  les  idées  religieuses,  philoso- 
phiques, scientifiques,  sont  sorties  de  leur  propre  fonds  par  une  sorte 
de  génération  spontanée. 

Dans  le  cas  particulier  de  la  mystique  musulmane  (soufisme)  on  peut, 
croyons-nous,  la  raitacher  à  la  raystiqut^  gréco-ne.storienne,  orthodo.x,e 
ou  hétérodoxe  (panthéisme),  lui  attribuer  ensuite  une  évolution  (jui  lui 
est  propre  sous  l'influence  de  grands  mystiques  musulmans,  de  race 
et  de  formation  diverses,  pour  revenir  ensuite,  par  l'intermédiaire  de 
l'Espagne,  influencer  peut-être  le  christianisme. 

De  nombreuses  études  sur  la  mystique  musulmane  (soufisme)  ont  déjà 
été  publiées  par  beaucoup  d'orientalistes,  comme  MM.  Asin,  Blochet, 
Massignon.  Ce  qui  caractérise  celle-ci  et  qui  en  fait  le  mérite,  c'est  que 
M.  Asin  a  su  limiter  son  sujet,  et  par  suite  le  traiter  à  fond,  en  se  bornant 
à  répO(|ue  la  plus  intéressante,  du  .\ii''au  xm*  siècle,  lorscfue  la  mystique 
musulmane  vivait  de  sa  vie  propre,  formée  durant  plu.<ieurs  siècles 
de  réflexion. 

11  a  eu  l'heureuse  idée  de  prendre  pour  guide  un  mysticjue  qu'il 
connaît  bien  (I),  nommé  «  le  rénovateur  »  de  la  vie  religieuse  ou  «  le 
maître  par  excellence  »,  Abenarabi,  lequel,  né  à  Murcie,  a  parcouru  le 
sud  de  1  Espagne,  le  nord  de  l'Afrique  et  tout  le  proche  Orient,  pour 
mourir  à  Damas  après  avoir  écrit  près  de  150  ouvrages  (ou  même  400)  (2). 

M.  Asin  donne  la  biographie  d  Abenarabi  (pages  29-118),  il  expose 
ensuite,  de  manière  synthétique,  la  doctrine  spirituelle  de  cet  autçur 
(pages  119-274).  Dans  une  troisième  partie  (pages  275-518)  il  traduit  des 
textes  extraits  de  sept  ouvrages  d'Abenarabi  qui  justifient  la  synthèse  précé- 
dente. Des  tables  des  noms  de  personnes,  de  lieux,  des  mots  techniques 

(1)  Il  l'a  déjà  rencontré  quatre  fois  dans  d'autres  ouvrages,  cf.  p.  6,  note  1. 

(2)  Abenarabi  avait  de  qui  tenir  :  L'un  de  ses  oncles  maternels,  roi  de 
Tlemcen,  avait  quitté  la  royauté  pour  suivre  un  ermite;  un  autre  passait  la 
nuit  debout  en  prières,  p.  34-5. 

|14] 


BIBLIOGRAPHIE.  223 

et  un  sommaire  (pages  519-544)  terminent  l'ouvrage  luxueusement  imprimé 
et  dont  cent  exemplaires  numérotés  ont  été  lires  sur  papier  de  fil. 

I.  —  Abenarabi,  de  la  tribu  de  Hatim  el  Tai.  est  né  à  Murcie  le 
28  juillet  11G4;  il  s'instruit  à  Séville,  devient  secrétaire  du  gouverneur 
de  cette  ville,  se  marie  et  enfin,  à  partir  sans  doute  de  1184,  s'adonne 
au  soufisme  et  fréquente  dès  lors  les  ascètes  renommés  pour  leurs 
miracles;  les  uns  jouissaient  des  dons  mysti([ues  de  la  bilocation  ou  dr 
l'incouibustion,  d'autres  pratiquaient  la  chasteté  jusqu'à  l'héroïsme,  ou 
vivaient  dans  les  cimetières  où  ils  entraient  en  communication  avec  les 
âmes  des  défunts  qu'ils  faisaient  apparaître. 

Abenarabi  était  tout  spécialement  favorisé  des  apparitions  du  prophète 
Chadir  que  le  Qoran  associe  à  Mi)ïse.  A  partir  de  1190,  il  se  met  à 
voyager  pour  chercher  les  ascètes  (soufis)  les  plus  célèbres,  converser  avec 
eux,  lire  leurs  livres  et  en  composer  lui-même  à  toute  occasion.  On  le 
trouve  à  Cordoue,  Bougie,  Tunis,  Tlemcen,  Fez  (après  1201),  à  la  Mecque. 
à  Bagdad  (après  1206),  en  Egypte,  dans  l'Anatolie,  l'Arménie,  la  Mésopo- 
tamie. 11  est  en  relation  avec  les  sultans  et  se  montre  le  prand  ennemi 
des  chrétiens;  il  se  fixe  à  Damas  en  1223,  où  le  Sultan  Almalic  Almoadam 
lui  permet  d'enseigner  ses  ouvrages,  qu'il  attribuait  parfois  aux  révé- 
lations reçues  non  seulement  de  Chadir,  mais  de  tous  les  prophètes  do 
l'islam,  d'Adam  à  Mahomet.  Le  cadi  de  Damas  lui  faisait  une  pension 
et  le  logeait,  les  docteurs  musulmans  de  tous  les  rites  le  respectaient. 
le  chef  des  malékites  lui  donnait  sa  fille  en  mariage,  il  vécut  donc 
heureux  à  Damas  jusqu'au  16  novembre  1240.  Son  tombeau  existe  encore 
dans  la  mos([uée  Salihia.  Deux  de  ses  fils  ont  été  enterrés  près  de  lui. 

II.  —  M.  Asim  s'inspire  de  six  des  principaux  ouvrages  de  Abenarabi 
dont  deux  écrits  en  Espagne,  deux  en  Asie  mineure  et  deux  à  Damas 
vers  la  tin  de  sa  vie.  Ils  traitent  de  l'ascétisme  monacal,  des  faveurs 
divines  (visions,  révélations,  prodiges),  de  la  vie  monastique  avec  conseils 
aux  novices  et  aux  maitres,  aussi  bien  pour  le  matériel  (habitation 
distribution  du  temps)  que  pour  la  vie  spirituelle  (discipline  du  novice, 
initiation,  prati([ues  de  dévotions,  prières  et  chant  religieux,  œuvres  de 
charité,  degrés  de  la  perfection). 

M  Asin  groupe  systématiquement  en  quatorze  chapitres  les  bases  de  la 
spiritualité  (ascétisme,  mystique,  grâce).  les  divers  genres  de  vie  spiri- 
tuelle (érémiti([ue,  conventuelle,  .séculière),  le  noviciat  (clôture,  obéis- 
sance passive),  la  méthode  ascétique  (abandon  de  la  volonté  propre, 
purification,  pénitences),  les  moyens  pour  atteindre  la  perfection  (exame^i 
de  conscience,  oraison,  méditation),  le  chant  religieux,  la  prière  privée, 
les  fruits  de  la  grâce,  les  charismes,  l'intuition  mystique,  l'extase,  le 
discernement  des  esprits,  l'amour  de  Dieu  et  l'union  extatique. 

Ces  titres  de  chapitres  nous  éveillent  des  idées  connues.  C'est  ce  que 
M.  Asin  met  bien  en  relief:  chatiue  fois  qu'il  y  a  lieu,  il  signale  l'origine 
chrétienne  de  telle  ou  telle  idée  ou  pratique,  il  «  christianise  l'islam  » 
en  le  ramenant  aux  sources  chrétiennes. 


:224  RKVUE  DE  l'orient  chrétien. 

La  similitude  du  but  et  de  la  formation  peut  quelquefois  amener  une 
•similitude  d'expressions  sans  qu'on  puisse  conclure  à  un  emprunt 
direct;  ainsi,  dans  les  longs  conseils  qu'il  donne  au  novice  (pp.  314-325), 
Abenarabi  écrit  :  «  Il  faut  que  le  novice  se  conduise  avec  son  maître 
comme  le  cadavre  entre  les  mains  de  celui  qui  le  lave  pour  l'enterrer.  » 

Il  semble  que  les  théories  du  monachisme  chrétien  oriental  :  saint  Nil, 
-saint  Jean-Climaque  (cf.  page  158)  se  sont  propagées  par  deux  voies,  par 
rislam  et  par  le  monachisme  chrétien  occidental  (saint  Bruno,  saint 
Bernard)  pour  se  rencontrer  en  Espagne  (saint  Jean  de  la  Croix,  sainte 
Thérèse,  saint  Ignace)  (1).  Du  moins,  au  point  de  vue  des  temps,  sinon 
de  la  causalité,  ce  fcont  les  my.stiques  arabes  qui  servent  de  chaînons 
du  Xi"  au  xiv  siècle,  pour  rattacher  les  mystiques  chrétiens  orientaux  aux 
principaux  des  nôtres.  M.  Asin  le  fait  remarc^uer  par  tout  l'ouvrage. 
Voir,  par  exemple,  la  prati([ue  de  l'examen  de  conscience  particulier 
et  journalier  (pa^^•^3  173),  da  l'oraison  et  de  la  méditation  (p.  170),  l'amour 
désintéressé  de  Dieu  (page  248),  et  la  place  faite  à  Jésus  et  à  la  Vierge 
romme  modèles  d'absolue  sainteté  et  de  perfection  (page  268). 

Abenarabi  a  connu  et  lu  Algazel  en  attendant  qu'il  serve  lui-même 
de  modèle- à  ses  successeurs. 

Les  idées  de  M.  Asin  sur  l'origine  chrétienne  du  soufisme  nous  plaisent 
d'autant  plus  que  nous  venons  de  leur  apporter  un  conHvmalur  inté- 
ressant dans  notre  étude  sur  la  mystique  ne&torienne  et  sur  la  religion  et 
la  mystique  chez  les  musulmans,  parue  dans  le  Muséon,  1930,  pages  85-116; 
221-262. 

11  resterait  encore  à  mettre  en  relief  le  rôle  joué,  au  vi°  siècle,  par 
les  Arabes  chrétiens  de  louest  du  désert  syrien. 

F.  Nau. 

(1)  Au  point  de  vue  ■<  christianisme  »,  l'histoire  de  l'Espagne  semble  être 
unique  :  le  pays  était  chrétien  tout  entier,  lorsque,  vers  713,  douze  mille  IMaurcs 
vinrent  renverser  les  rois.goths.  Beaucoup  de  chrétiens  émigrorent  vers  le  nord, 
et  les  Africains,  comme  des  es?aims  de  sauterelles,  vinrent  les  remplacer  dans 
ces  belles  régions  qui  devinrent  l'un  des  paradis  de  l'islam,  où  les  Musulmans 
vécurent  mélangés  au  reste  des  chrétiens.  Enfin,  au  xv"  siècle,  le  cardinal  Ximenès 
convertit  tous  les  .Musulmans.  Il  commença  par  réunir  «  les  All'aquis,  qui  étaient 
leurs  prêtres  et  docteurs  »,  et  leur  fit  des  présents;  il  leur  donna  en  particulier 
-«  des  bonnets  d'écarlate  qui  étalent  fort  estimés  parmi  eux  ».  Ensuite  il  brûla 
leurs  livres  et  employa  la  violence.  Comme  grand  inquisiteur,  il  opéra  aussi 
contre  les  juifs  et  tous  les  hétérodoxes,  de  sorte  que  toute  l'Espagne  ne  compta 
plus  que  des  catholiques.  Parmi  leurs  descendants,  les  meilleurs  furent  les  si 
nombreux  moines,  prêtres,  évèques,  théologiens,  dont  l'Espagne  s'enorgueillit, 
les  moins  bons  firent  souche  des  citoyens  d'aujourd'hui.  —  Cf.  Histoire  du 
cardinal  Ximenès,  dans  les  œuvres  de  Esprit  Fléchier,  évêque  de  Xismes,  t.  111, 
iXismes,  1782,  pp.  55-8,  63-73,  150-2,  291. 


Le  di)ecleur-géranl  : 
U.  Graffin. 


Typographie  Firmin-Didot  et  C".  —  Mesnil  (Eure;.  —  1!I31. 


Ll  PENSEE  GRECQUE 

DANS  LE  MYSTICISME  ORIENTAL 

(Suite) 


La  théorie  musulmane,  suivant  laquelle  le  monde  tangible  est 
en  perpétuelle  «  genèse  »,  alors  que  le  monde  de  la  Transcen- 
dance est  invariablement  défini,  est  un  emprunt  manifeste  au 
platonisme  (1).  Le  •/.ijy.:;,  dit  Plotin,  dans  ses  Eanéades 
(II,  III,  18),  est  une  image  perpétuellement  imaginifiée,  t:-/M^)  àsl 
sr/.:v^5;j.Evs;,  perpétuellement  renouvelée,  ou  se  renouvelant 
constamment;  ce  concept  remonte  à  Platon,  qui  admet  expli- 
citement l'éternité  de  la  «  genèse  »  du  7.ij;;.oç;  d'après  le 
Timée  (28),  le  Démiurge  est  en  dehors  du  monde,  en  dehors 
des  intelligibles,  vers  lesquels  il  se  tourne,  pour  les  con- 
templer :  «le  Démiurge,  regardant  perpétuellement  ce  dont 
ripséité  demeure  éternellement  semblable  à  elle-même,  et 
se  servant  de  ce  paradigme  ainsi  constitué,  réalise  son  idée 
et  sa  puissance  »,  en  créant  le  monde,  qui  est  nécessairement 
bon;  dans  un  autre  passage  du  Timée  (29),  le  poète  parle  du 
modèle  éternel,  invariable,  toujours  semblable  à  lui-même,  que 
le  Démiurge  a  contemplé  pour  parfaire  son  œuvre,  et,  dans  un 
troisième  (31),  il  affirme  que  l'univers  a  été  formé  comme 
réplique  de  la  plus  splendide  des  existences,  du  monde  des 
intelligibles. 

Ce  Démiurge,  manifestement,  n'est  pas  le  Un  absolu,  qui 
n'aurait  nul  besoin,  pour  créer  le  /.iffixoç,  de  contempler  les 
intelligibles,  les  différentielles  de  l'Intelligence,  qui  tient  de  lui 
son  existence;  Plotin  (II,  m,  9)  a  bien  écrit  qu'il  est  dit  dans 
le  Timée  que  le  Dieu  qui  a  créé,  6sb;  5  7:cir,ja;,  a  créé  l'Ame 

(I)  Revue  de  l'Orient  Chrétien,  1929-1930,  page  293. 

[117] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  15 


22G  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

suprême  ty)v  àpy-rjv  t^ç  'I^ux^Çî  le  principe  majeur  de  l'Ame,  et 
que  les  dieux  qui  sont  transportés  sur  leurs  orbites  cî  ?£pi[j,£v:f. 
esci,  les  planètes,  ajoutent  à  l'àine  qui  est  conférée  à  l'iiomme 
par  l'Ame  suprême,  une  autre  modalité  de  l'àme,  de  laquelle 
naissent  ses  passions,  l'âme  végétative,  ou  l'âme  animale  (I,  i, 
7-10);  mais  il  faut  bien  remarquer  que,  dans  ce  passage,  il  ne 
s'agit  pas  du  c-r]poupY2ç,  mais  d'un  dieu  créateur  d'une  exis- 
tence qui  n'est  pas  le  yi7|j.sç,  de  l'Intelligence,  émanée  du 
premier  Principe,  laquelle  Intelligence  a  créé  l'Ame,  qui  a  créé 
l'univers.  Évidemment,  le  dieu  qui  a  créé  l'Ame  est  un  créa- 
teur, au  même  titre  que  celui  qui  a  créé  l'univers,  mais  sous 
des  aspects  différents,  l'un  travaiHant  dans  la  Transcendance, 
l'autre  dans  la  matérialité.  Ils  sont  tous  les  deux  Démiurges 
dans  des  plans  différents  :  l'Intelligence  créant  le  y.caij.oç  de 
l'Ame  universelle;  l'Ame,  le  /.Ô(7[j.s?  tangible.  D'où  il  ne  faut 
pas  conclure  que  ce  Ozoq  ô  r^oi-q^aq,  l'Intelligence,  soit  le 
Démiurge  de  la  tangibilité,  car  ce  rôle  est  exclusivement  celui 
de  l'Ame  suprême;  sans  compter  que  ce  serait  un  non-sens 
absolu  d'admettre  que  l'Intelligence,  la  somme  intégrale  de 
toutes  les  idées,  des  différentielles  intelligibles,  soit  obligée  de 
se  dichotomer  de  leur  masse,  pour  se  tourner  vers  elles,  pour 
les  contempler,  les  copier,  et  les  réaliser  dans  la  matière,  ;ifm 
d'en  créer  la  tangibilité.  L'opération  est  absurde;  jamais  le 
mathématicien  qui  a  écrit  le  Timée  n'a  pu  concevoir  que  l'Inté- 
grale qui  contient  toutes  les  différentielles  puisse  s'abstraire 
d'elles  pour  s'en  séparer;  la  conséquence  en  serait  encore  plus 
ridicule,  car,  dans  ce  système,  à  quoi  servirait  l'Ame  univer- 
selle, au-dessous  de  l'Intelligence,  quel  serait  son  rôle,  sans 
compter  que  la  doctrine  constante  du  néo-platonisme  est  que 
l'Ame  est  le  Démiurge  de  l'univers  sensible. 

Alcinoûs,  qui  vécut  au  i"''  siècle,  a  écrit,  dans  son  excellent 
précis  de  la  doctrine  de  Platon  {Platon,  Didot,  UI,  p.  242)  : 
«  si  l'on  vient  à  dire  que  le  monde  a  été  créé,  il  ne  faut  pas 
entendre  qu'il  y  a  eu  une  époque  à  laquelle  il  n'existait  pas, 
et  cela,  parce  qu'il  «  est  éternellement  en  genèse  »  àsl  àv  yî^-'^s-^i 
è(TTi,  et  parce  qu'il  appert  qu'il  y  a  quelque  chose  qui  est  la 
cause  1res  efficiente  de  son  existence  sur  le  plan  inférieur  de 
l'Étendue  O-oaxar-ç.  Dieu,  o  0£iç,  n'a  point  produit  l'Ame  du 

[118] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        227 

monde,  qui  a  toujours  existé,  mais  il  la  met  en  ordre,  [et  c'est  là 
la  raison  pour  laquelle  on  pourrait,  en  quelque  sorte,  dire  qu'il 
Ta  créée],  en  s"éveillant,  et  en  se  tournant  vers  l'esprit  de  cette  , 
Ame  et  vers  elle-même,  comme  s'il  sortait  de  la  torpeur  d'un 
profond  sommeil;  de  telle  sorte  que  l'Ame,  contemplant  les 
idées  vzr,-i  de  Dieu,  ô  ©sic,  c'est-à-dire  les  intelligibles,  reçoit 
de  lui  les  idées  et  les  formes,  parce  c[u'elle  a  vivement  désiré 
ses  concepts  vôt,i).x  ».  Le  passage  est  obscur,  et  ce  qui  n'est  point 
fait  pour  l'éclairer,  c'est  ce  qu'ajoute  Alcinoiis,  que  ce  Dieu 
c  0si;,  qui  est  l'Intelligence  suprême,  qui  met  en  ordre,  qui 
organise  l'Ame  universelle,  a  voulu  faire  le  monde  aussi  bon, 
aussi  beau  que  possible;  d'où  il  semble,  à  première  vue,  que 
le  Démiurge  soit  l'Intelligence,  la  seconde  hypostase.  ce  qui  est 
en  contradiction  avec  la  doctrine  de  Platon  et  avec  la  thèse 
plotinienne,  donc  fort  peu  vraisemblable.  Le  texte  est  formel, 
et  il  ne  saurait  être  question  de  le  corriger;  mais  il  faut  con- 
tinuer la  pensée  d'Alcinoiis,  comme  très  souvent,  quand  on  lit 
les  dialogues   de   son   maître;   c'est   bien    l'Ame    qui   est   le 
Démiurge,  mais  elle  ne  fait  le  monde  que  parce  que  l'Intelli- 
gence lui  en  fournit  les  moyens,  les  modèles,  parce  qu'elle  lui 
en  donne  l'idée,  qui  est  son  apanage;  l'Ame,  en  fait,  n'a  point 
d'idée;  elle  ne  fait  que  mettre  en  action  matérielle  une  idée  de 
l'Idée  en  copiant  ses  idées,  les  prototypes,  les  archétypes;  en 
réalité,  comme  le  dit  Plotin,  c'est  la  forme,  qui  provient  de  l'In- 
telligence, et  rien  d'autre,  qui  «  organise  w  la  matière;  l'Ame 
n'est  qu'un  transmetteur;  la  forme  seule  possède  l'existence 
réelle,  et  la  faculté  de  la  donner;  elle  est  l'acte,  l'essence,  dans 
ses  aspects  d'idée,  d'intelligible  Izix,  zlzoz,  principe  de  la  vie 
intellectuelle;  de  raison  X;yc;,  principe  de  la  vie  rationnelle; 
de  raison  séminale  ■jzipiJ.y-'.ySi:,;  ^ivoç,  ou   raison   génératrice, 
YsvvY;Tr/.bç  AÔys;,  principe  de  la  vie  sensitive;  de  nature  aùaiç, 
principe  de  la  vie  végétative;  d'habitude  I';',:,  principe  de  l'exis- 
tence des  êtres  non  organisés;  si  même  la  e;-.;  provient  de 
l'Intelligence,  c'est  bien  l'Intelligence  qui  a  voulu  la  création, 
en  laissant  à  l'Ame  le  soin  de  l'exécuter. 

La  question,  d'ailleurs,  est  très  complexe,  comme  tous  les 
problèmes  relatifs  à  la  doctrine  de  Platon;  le  disciple  de  Socrate 
n'a  pas  écrit,  comme  Aristote,  un  traité  dogmatique  de  philo- 


228  REVUE    DE  l'orient    CHRETIEN, 

Sophie;  il  a  semé  ses  idées  dans  des  discours,  sans  s'inquiéter 
si  leurs  aspects  divers^ents,  si  les  possibilités  de  leurs  inter- 
prétations, se  contredisent,  ou  semblent  se  contredire,  dans 
l'état  fragmentaire  où  il  nous  a  livré  sa  pensée  ;  et  ces  varia- 
tions du  concept  platonicien  se  retrouvent  jusque  dans  les 
Ennéades,  dont  l'auteur  est  fort  inférieur  au  Maître.  En  fait, 
la  théorie  des  hypostases,  codifiée  par  Plotin,  remonte  à  Platon, 
puisque,  dans  le  Timée  (30),  c'est,  après  avoir  mis  l'Intellect 
dans  l'Ame,  et  l'Ame  dans  le  corps,  que  Dieu  crée  l'univers, 
qui  est  un  animal  vivant,  possédant  un  corps,  une  àme,  un 
intellect;  comme  celle  de  l'existence  réelle  du  monde  des 
intelligibles,  quoique  l'on  en  pense,  puisque  le  xôt7[xoç  est  formé 
à  l'image  d'un  autre  y.oaij.oc,  composé  de  l'Intelligence  suprême, 
qui  contient  tous  les  intelligibles  {Timée,  29);  comme  celle  de 
la  dualité  de  la  matière,  puisijue  le  dieu,  quel  qu'il  soit,  forme 
l'Ame  des  deux  aspects  de  la  matière  et  de  leur  combinaison 
{ibid.,  35). 

Mais  si  Dieu  a  créé  le  y.baij.oq  après  avoir  mis  l'Intellect  dans 
l'Ame  et  l'Ame  dans  le  corps,  c'est  manifestement  que  le 
Démiurge  n'est  ni  l'Intelligence,  ni  l'Ame,  mais  bien  le  Un 
primordial,  ce  qui  se  comprend  aisément,  puisque  le  monde 
des  intelligibles,  au-dessus  duquel  plane  le  Un  primordial,  est 
le  paradigme  sur  lequel  l'Ame  modèle  le  xoji^.sç,  d'où  il  serait 
absurde  d'admettre  que  l'Ame  universelle,  qui  procède  du  Un 
primordial  et  de  l'Intelligence,  qui  est  le  Démiurge  du  monde 
tangible,  soit  le  Démiurge  du  monde  des  intelligibles,  qu'elle 
ait  créé  l'Être  qui  existe  par  son  ipséité,  et  l'Intégrale  des  intel- 
ligibles. D'où  il  est  visible  que  Platon  a  considéré,  dans  ce  pas- 
sage, la  création  par  le  Démiurge  du  monde  des  intelligibles, 
qui  est  le  paradigme,  la  cause  efficiente  du  monde  sensible, 
qui  le  présuppose,  en  regardant  l'intégrale  formée  par  la  somme 
des  deux  y.ia-[;-s;,  dont  l'un  est  la  dérivée  de  l'autre,  et  celle  que 
constitue  la  somme  de  plusieurs  Démiurges  successifs.  C'est 
en  ce  sens  qu'il  a  écrit  dans  le  Timée  (30)  que  le  Dieu  5  Hssç 
prit  toute  la  masse  de  la  matière  pour  l'organiser  et  en  faire  le 
monde;  ce  que  Philon  a  commenté  en  disant  que,  lorsque  Dieu 
voulut  créer  le  monde  visible,  il  commença  d'abord  par  créer 

le  monde  intelligible  :  ^6z'j'K-qf)àq  -zol  ôpatbv  toutovî  y.ba[JO/  o-r][i-ioupY-^- 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         229 

ja-.  T.potztrjT.z'j  -V)  vor,Tûv.  En  effet,  il  est  parlé  dans  le  Timée 
(35,  41,  42)  d'un  Démiurge  qui  crée  IWme  universelle,  et  des 
dieux  qui  sont  les  pères  de  dieux  qu'il  charge,  ainsi  que  les 
Ames  des  planètes,  de  façonner  les  corps  des  astres;  ce  qui  se 
trouve  confirmé  par  un  autre  passage  de  ce  même  traité  (69),. 
où  il  est  dit  que  ce  Démiurgt?  créa  les  existences  divines  OôCc, 
en  laissant  à  ces  dernières,  ses  créatures,  qui  reçoivent  de  lui 
le  principe  de  l'Ame,  qui  sont  des  spiritualités,  comme  l'Ame 
universelle,  la  fonction  de  créer  les  mortels,  ce  dont  ils  s'ac- 
quittent en  enrobant  le  principe  animique,  que  leur  Démiurge 
leur  a  conféré,  du  corps  périssable  des  êtres;  ce  en  quoi  Plotin 
a  très  judicieusement  compris  (III,  ii,  I)  qu'au-dessous  de  ce 
Démiurfj-e  eviste  l'Ame  universelle,  dont  l'aspect  inférieur,  la 
réflexion,  Tima^-e  hl-jÎK'j.j.,  la  puissance  génératrice,  forme  les 
êtres  vivants;  d'où,  l'Ame  procédant  immédiatement  de  l'Intel- 
ligence, ce  Démiurge  est  l'Intelligence  primoi'diale,  ce  qui  est 
conforme  aux  idées  de  Platon,  car  il  est  manifeste  que  ce  n'est 
pas  le  même  Démiurge  qui  peut  créer  l'Intelligence  et  les 
Ames,  et  ce  à  quoi  il  convient  d'ajouter,  tout  étrange  que  cette 
thèse  puisse  paraître  à  des  esprits  nourris  des  idées  chrétiennes, 
que  ces  esprits  divins,  ces  spiritualités  opposées  aux  mortels, 
qui  sont  leur  œuvre,  forment  le  second  aspect  de  l'Ame  uni- 
verselle, l'Ame  créatrice,  la  Nature,  en  même  temps  que  le 
dieu  qui  les  a  créés  n'est  point  le  Un  primordial,  qui  plane  au- 
dessus  des  Intelligibles,  mais  sa  première  émanation,  leur 
Intégrale,  l'Intelligence. 

Ce  Démiurge,  qui  crée  les  spiritualités  divines,  l'Intelligence 
primordiale,  est  essentiellement  différent  du  Démiurge,  qui, 
toujours  dans  le  Timée  (28),  crée  le  7.6cr|j,cç,  en  considérant  les 
•entités  qui  demeurent  toujours  semblables  à  elles-mêmes,  sans 
v^irintion,  les  intelligibles,  et  qui  le  forme  à  leur  image;  ce 
D  'miiirii'e  est,  et  ne  peut-être,  que  l'Ame  universelle,  qui  con- 
temp'e  Tlntelligence  divine,  dont  elle  est  l'émanation. 

D'où  il  faut  admettre,  dans  la  pensée  de  Platon,  la  coexistence 
de  trois  Démiurgies,  celle  du  monde  des  intelligibles,  celle  des 
spiritualités  qui  créent  le  monde;  celle  du  monde  tangible. 

Dans  les  Ennéades  (II,  m,  16-18;  11,  ix,  12;  IV,  m,  9-10), 
comme  chez  Platon,  le  Démiurge  du  monde  tangible  est  l'Ame 

[121] 


230  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

universelle.  Chez  Plotin,  la  génération  des  existences  se  fait  par 
une  irradiation,  une  émanation,  une  procession  -pbcizç;  au 
sommet  des  hypostases,  le  Un  intégral,  dans  l'ipséité  duquel 
se  confondent  l'existence  et  la  pensée,  est  la  source  de  la 
lumière  éternelle  (II,  m,  18;  II,  iv,  5),  un  foyer  dont  émane 
une  lumière,  la  seconde  hypostase,  l'Intelligence,  principe 
suprême  des  entités;  de  cette  lumière,  et  sans  jamais  tarir  sa 
puissance,  émanent  continuellement  des  radiancesqui  la  mani- 
festent dans  l'Étendue;  elle  est  le  Démiurge  du  monde  de  l'Ame; 
au-dessous  d'elle,  existe  la  troisième  hypostase,  l'Ame,  qui  est 
l'émanation  de  la  deuxième,  qui  est  à  la  fois  en  connexion 
avec  l'Intelligence,  c'est-à-dire  avec  la  Transcendance,  et  en 
rapport  avec  le  monde  tangible,  si  bien  qu'elle' est  l'intermé- 
diaire par  lequel  les  tangibiiités  se  rattachent  à  ITntangibililé 
(II,  III,  18;  IV,  m,  II),  et  le  Démiurge  du  monde  sensible.  Cette 
transmission  se  produit  par  ce  mécanisme  que  l'Ame  universelle 
se  dichotoine  en  deux  aspects  internes,  l'un  tourné  vers  le 
monde  transcendantal,  l'autre,  vers  le  monde  matériel;  l'essence 
de  l'Ame  universelle  est  indivisible,  parce  qu'elle  fait  partie  du 
monde  intelligible,  mais  divisible  par  rapport  au  monde  tan- 
gible (l,  I,  8). 

L'Intelligence  donne  les  formes,  les  idées,  à  l'Ame  univer- 
selle; dans  son  premier  aspect,  l'Ame  supérieure,  tournée  vers 
le  monde  des  intelligibles,  contemple  les  intelligibles,  et  reçoit 
directement  les  formes  de  l'Intelligence,  qui  est  leur  intégrale, 
ces  formes  étant  les  raisons  séminales  des  existences;  quand 
elle  s'en  est  remplie,  elle  les  déverse  sur  son  second  aspect, 
lequel  est  tourné  vers  le  monde  tangible,  la  puissance  naturelle 
et  génératrice,  la  Nature,  qui  est  la  dernière  puissance  créa- 
trice, sans  qu'il  faille  comprendre,  ce  contre  quoi  Plotin  met 
bien  en  garde,  qu'il  existe  dans  l'Ame  deux  hypostases  dis- 
tinctes, pas  plus  qu'il  n'y  en  a  deux  dans  l'Intelligence  (II, 
IX,  I),  alors  que,  dans  son  esprit,  il  ne  s'agit  que  de  deux 
fonctions  conjuguées  d'une  môme  hypostase,  la  troisième  (III, 
IV,  13,  14,  22,  27;  IV,  iv,  9-12,  35).  Cette  puissance  génératrice, 
le  second  aspect  de  l'Ame,  est  une  entité  changeante  et  igno- 
rante, qui  contient  les  raisons  séminales,  lesquelles  sont  bien 
inférieures  aux  idées;  elle  ne  saurait  produire,  «  façonner  la 

[122] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        'iSl 

matière  »  (II,  m.  17),  sans  le  concours  du  principe  de  comman- 
dement To  YiYcû;j.cvov  de  l'Ame,  qui  fait  agir  la  puissance  géné- 
ratrice, dès  qu'elle  est  entrée  en  collusion  avec  la  matière 
svuAoç ,  sans  que  l'aspect  supérieur  de  l'Ame  «  façonne  »  et 
illumine  cette  Ame  inférieure;  en  fait,  ce  n'est  pas  cette  puis- 
sance aveugle  qui  k  façonne  »  la  matière  et  crée  les  existences, 
mais  bien  la  Raison  Xivc;;  c'est  la  Raison  divine,  le  Verbe 
divin  Ov.z:  /.i-'oç,  qui  provient  de  l'Ame  universelle,  qui,  par  le 
moyen  des  raisons  séminales,  donne  leur  vie  aux  entités  qui 
ne  possèdent  pas  la  vie  par  leur  ipséité  (IV,  m,  10).  Et  cette 
procession  des  existences  continue,  car  l'Ame  inférieure,  pour 
créer,  tire  de  son  ipséité  une  entité  qui  lui  est  inférieure,  la 
matière  (II,  m,  17;  II,  v,  5;  III,  iv,  I). 

Les  Gnosti(jues,  qui  ont  mal  compris  Platon,  n'ont  rien  saisi 
de  cette  théorie;  aussi  ont-ils  inventé,  au  grand  scandale  de 
Plotin,  cette  doctrine  qu'il  existe  trois  principes  :  l'Intelligence 
ataraxique,  qui  contient  les  intelligibles;  une  seconde  Intelli- 
gence, qui  contemple  les  idées  de  la  première;  une  troisième 
Intelligence,  (\m  conçoit  v:j;  oiavooûp.svo;,  qui  est  l'Ame  démiur- 
geante  'Vj/y;  y;  cY;;;.io'jp7:37a,  le  Démiurge  de  Platon,  dans  une 
confusion  absolue  des  émanations  du  Un  primordial. 


Dieu,  dans  le  concept  de  Platon,  est  unique  [Politique,  13, 
15,  16;  Lois,  IV,  Didot,  ii,  326,  327;  République,  I,  Didot, 
II,  178)  [1];  il  ne  peut  être  question  qu'il  existe  deux  dieux 
{Politique,  13),  ce  qui  a  fait  dire  à  Eusèbe  [Préparation 
évangélique,  m,  6)  que  Platon  fut  le  seul  philosophe  de  l'An- 
liquité  qui  se  soit  élevé  au  concept  de  l'Unité  divine,  mais 
qu'il   a  dû  avouer  qu'il   ne    pouvait   révéler  ce    mystère  (2); 

(I)  Revue  de  l'Orient  Chrétien,  I921J-193U,  page  290. 

(•2)  Ce  qu'Athénagore  avait  déjà  dit,  dans  son  Discours  aux  Chrétiens  (StJ); 
mais  il  est  visible  qu'Eusèbe  n'a  pas  copié  Athénagore,  car  il  dit  :  -rbv  [lvj  oùv 
TiaxÉpa  xai  6r)[X'.oypYbv  toûôô  toû  Ttav-ô;  s-jpôtv...,  alors  qu'Athénagore  écrit  :  -ôv  jj.èv 
irotY]Trîv  xai  noLxipa.... 

Athénagore,  dans  ce  môme  ouvrage  (ibid.),  dit  que  Platon  reconnaît  un  Dieu 
unique  et  éternel,  et  que,  s'il  admet  l'existence  d'autres  entités  divines,  le  soleil, 
la  lune,  les  étoiles,  et  mieux  celles  de  leurs  Ames,  ces  entités  ont  été  créées, 
alors  que  Diou  est  incréé,  suivant  ce  qui  est  dit  dans  le  Timée  :  0£oi  ôeôiv  wv  èy» 
5r)(j.io-jpYb;,  Ttatrip  t£  épywv... 

[123] 


232  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

mais  Dieu  est  Un  en  trois  aspects,  sous  les  espèces  de  trois 
personnes  successives,  les  hypos.tases  plotiniennes,  qui,  toutes 
les  trois,  sont  Dieu  unique,  par  opposition  aux  esprits  divins 
Osci,  6cfo'.,  qui  sont  les  Ames  particulières  des  planètes,  des 
sous-divinités.  Ces  trois  personnes  de  la  Trinité  platonicienne 
sont  le  Bien  suprême,  lequel  a  émané  l'Intelligence,  dont  la 
pensée  est  le  monde  des  intelligibles,  qui  est  le  Démiurge, 
par  rapporta  l'Ame  universelle,  et  à  son  monde  qu'elle  crée, 
l'Ame  universelle  étant  le  Démiurge  du  zisixoç  tangible,  qu'elle 
produit,  et  sur  lequel  elle  règne  (1).  Dans  la  seconde  lettre 
attribuée  à  Platon,  ces  trois  hypostases  sont  le  Roi  suprême, 
le  second  roi,  qui  trône  parmi  les  entités  du  second  ordre,  le 
troisième  roi,  qui  régit  celles  du  troisième;  dans  le  même 
esprit,  le  Un  absolu  étant  la  Cause  des  causes,  au-dessus  du 
y.ojtxoç,  la  sixième  lettre  parle  du  dieu  souverain  des  entités 
actuelles  et  futures,  l'Ame  universelle,  et  de  son  père,  l'Intel- 
ligence. Dans  le  même  sens,  Plutarque  {du  Destin,  vu,  9) 
parlera  de  la  Providence  suprême,  les  concepts  de  l'Intelli- 
gence, qui  règle  la  conduite  du  y.bG\j.zq  divin,  et  de  la  seconde 
providence,  la  conception  des  dieux  secondaires,  qui  vont 
par  le  ciel,  et  règlent  les  affaires  du  v.'zzij.zq  sensible,  c'est- 
à-dire  les  Ames  particulières  des  astres,  au  nombre  desquelles 
Plutarque  range  l'Ame  universelle.  Aussi  l'ascension  de 
l'homme  vers  la  Divinité  se  fait-elle,  suivant  ses  idiosynera- 
sies,  ou  avec  l'Ame  universelle  {Ennéades,  I,  ii,  I),  ou  avec 
l'Intelligence  {ibid.,  2),  ou  avec  le  Bien  suprême  {ibid.,  I,  m,  I, 
ei  passim),  mais  jamais,  en  même  temps,  avec  les  trois  hypos- 
t-ases,  ce  qui  est  une  monstruosité  au  point  de  vue  du  Mysti- 
cisme chrétien.  Chacun  de  ces  Dieux  est  rigoureusement 
unique  dans  son  stade  hypostatique;  le  Bien  suprême  est  le 

(1)  Saint  Justin,  dans  son  Apologie  première  pour  les  Chrétiens  (60V  affirme 
que  Platon  a  pris  dans  les  livres  de  Moïse  le  concept  de  la  Trinité,  mais  qu'il  a 
mal  compris  leur  essence,  car  son  premier  principe  est  le  Dieu  de  la  Bitde; 
son  second,  le  Verbe  de  Dieu;  le  troisième,  l'esprit  de  Dieu,  qui,  au  commence- 
ment de  la  Genèse,  est  porté  sur  les  eaux  cosmiques;  cette  interprétation  est 
au  moins  exagérée;  c'est  seulement  dans  les  théogonies  sémitiques,  comme  je 
l'établirai  dans  un  autre  mémoire,  que  le  vent  qui  sout'lle  sur  les  eaux  du  Chaos, 
est  le  principe  générateur  du  y.ôafio;,  et  féconde  les  Abysses,  dans  un  esprit  qui 
se  retrouve  dans  l'Orphisme. 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        *233 

Un  absolu,  l'Intégrale  de  Tunité,  l'inverse  de  la  multiplicité; 
l'Intelligence  est  également  unique,  comme  Ta  établi  Piotin 
{Ennéades,  II,  ix,  I);  elle  est  la  même  qui  pense  et  qui  pense 
qu'elle  pense,  contrairement  aux  folles  doctrines  des  Gnos- 
tiques,  qui  voulaient  absolument  la  dichotomer,  et  c'est  en  ce 
sens  que  Platon  a  dit  {Lois,  IV,  Didot,  ii,  3-26)  que  le  Dieu 
unique  possède  en  son  ipséité  le  commencement,  la  fin,  et  le 
milieu  de  toutes  les  entités,  puisque  toute  entité  est  la  réplique 
d'une  intelligible,  d'une  imaginaire,  qui  est  unique,  et  ne  peut 
supporter  le  concept  de  complexité,  au  moins  dans  le  sens  du 
y.:-;j.:;  tangible.  L'Ame  tlu  monde,  comme  Piotin  s'est  évertué 
à  le  prouver,  est  rigoureusement  une  en  deux  aspects,  l'un 
qui  regarde  vers  le  monde  des  intelligibles,  l'autre  vers  ce  bas- 
monde;  c'est  de  ce  Dieu,  unique  en  son  troisième  stade,  que 
parle  Platon  dans  la  Politir/ue  (1(3)  et  dans  la  République 
(II,  Didot,  II,  37),  lorsqu'il  dit  qu'il  est  la  cause  efficiente  de 
tout  ce  qui  est  bon  et  qu'il  ne  produit  jamais  le  mal.  Cette 
Ame  universelle  (Piotin,  Ennéades,  II,  m,  14),  Démiurge 
immédiat  et  souverain  du  monde  sensible,  est  Zeus,  le  maître 
de  l'Olympe,  car  Platon  a  dit,  dans  le  Phèdre  (pages  244  et 
suiv.),  que  les  Ames  des  astres,  les  Ames  particulières,  forment 
le  cortège  éclatant  de  Zeus,  lorsqu'il  s'avance  vers  le  monde 
intelligible,  pour  le  contempler,  recevoir  ses  formes  et  créer 
l'univers;  d'où  il  résulte  que  le  Bien  suprême  et  l'Intelligence 
divine,  qui  a  créé  l'Ame  universelle,  c'est-à-dire  Zeus,  sont  ces 
dieux  voilés,  qui  trônaient  au-dessus  de  l'Olympe,  et  qui  impo- 
saient leurs  volontés  au  dieu  et  aux  esprits  divins  qui  animent 
4es  astres  sur  l'ellipse  de  leurs  orbites,  u  Pourquoi,  dit  Piotin 
(II,  m,  8;  II,  IX,  8),  les  astres  ne  seraient-ils  pas  des  entités 
divines;  pourquoi,  dans  la  quiétude  éternelle  qui  leur  est  con- 
cédée, ne  posséderaient-ils  point  l'intelligence;  comment  ne 
s'élèveraient-ils  pas  à  la  connaissance  de  Dieu  l'Intelligence), 
et  de  toutes  les  entités  intelligibles  que  contient  ce  Dieu?  »  Plu- 
tarque  parle  de  Dieu  à  côté  des  dieux,  exactement  comme  Platon., 
comme  on  le  voit  notamment  par  son  traité  sur  les  doctrines 
des  plHlosophes(I)  ;  Salluste,  qui  fut  le  contemporain  de  l'empe- 

(1)  La    teadance   au    monothéisme   est  ancienne;   on    la  trouve  bien  avant 
Platon,  i)uisque  Xénophane,  vers  6U0,  disait  que  le  6  Gsôç  est  unique  (Aristote, 

[125] 


231  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

reur  Julien,  vers  360,  et  qui  cultiva  le  platonisme,  parle  du 
Dieu  qui  ne  connaît  aucune  modalité  de  variation,  qui  n'a  pas 
été  engendré,  éternel,  incorporel,  inadéquat  à  toute  localisation 
dans  l'espace.  Ces  philosophes,  Platon,  le  premier,  parlent  des 

dieux   6E0'',   en  opposition   avec  ce  5  0£b;  y.[Xî~ic\ri-oq,  x-(iyvrt-oq, 

cdzioç,  à^wjj.a-coç,  oùoï  iv  tî-w.  pour  sacrifier  au  polythéisme,  et 
pour  leur  sécurité  personnelle,  puisque  Platon  dit  formellement 
que  les  créations  immédiates  de  Dieu  5  Qtbq  sont  les  corps 
célestes  et  les  esprits  qui  les  animent  6co(,  que  le  monde  tangible 
est  un  dieu  en  potentialité  £C7iiJ.£voç  ôsi;.  On  ne  saurait  voir  dans 
l'opinion  de  Plutarque  et  de  Salluste  le  résultat  de  cette  cir- 
constance qu'ils  ont  connu  la  prédication  du  Verbe,  du  Christ, 
et  qu'ils  se  sont  laissé  influencer  par  ses  dogmes;  l'argument 
aurait  sa  valeur  pour  Plutarque  et  pour  Salluste;  il  est  inexis- 
tant pour  Platon.  On  a  soutenu  que  Plutarque  avait  transposé 
dans  ses  écrits  certaines  thèses  du  Christianisme;  cette  déduc- 

Mélaphysiquc,  I,  v,  10;  sur  A'énuphane,  Zenon  cl  Gorgias,  III),  ce  que  répéta 
Parménicle,  un  siècle  plus  tard  (sur  Xénophane...  ibid.).  Sophocle  n'a-t-il  pas 
écrit,  comuie  le  dit  Athénagore,  dans  son  Oraison  aux  Chrétiens,  que  Dieu  est 
unique,  lui  qui  a  formé  le  ciel  et  la  ■<  vaste  terre  »  : 


t'ii  Èarlv  Qzô', 


o;  oùpavQv  T'etî-j^î  -/aï  yaïav  [Aay.pâv. 

Aristote,  dans  sa  Métaphysique,  parle  l'oruiellement  de  Dieu  ô  0eô;;  dans  son 
admirable  Traité  sur  les  délais  de'  la  justice  divine,  Plutarque  parle  presque 
exclusivement  de  Dieu  6  0-6c  et  de  la  Divinité  tô  datjiovtov,  les  dieux  ol  Ôsoi  ne 
paraissant  guère  que  comme  une  réminiscence  classique,  une  concession  à 
l'esprit  du  platonisme,  suivant  lequel  les  destins  de  l'univei's  sont  réglés  par  les 
'■  dieux  »,  qui  sont  les  âmes  des  planètes,  les  âmes  difféi-entielles  dérivées  de 
l'Ame  universelle,  qui  est  le  Démiurge.  Dans  son  Traité  sur  les  thèses  des  philo- 
sophes (vi;  Didot,  iv,  1071,  1072),  dans  ce  même  esprit,  Plutarque  disserte  sur 
la  nature  de  Dieu,  d'après  les  doctrines  des  Stoïciens  et  les  siennes  propres; 
mais  il  raconte  les  labiés  des  Anciens  sur  les  dieux,  dans  une  opposition  mani- 
feste; on  oserait  presque  dire  que,  sous  sa  plume,  quand  il  est  question  des 
dieux,  il  entend  les  fausses  divinités  des  p.iïens,  les  simulacres  de  l'Antiquité, 
comme  lorsqu'il  parle  des  statues  de  bois,  des  effigies  hiératiques,  au  galbe  tra- 
ditionnel, ou  de  celles  qui  recopiaient  les  vieilles  idoles  du  temps  des  Achéens, 
les  ta  TMv  ôcwv  ?oâva,  qui,  à  Sparte,  étaient  toutes  couvertes  d'armures  {Apoph- 
tegmes des  Spartiates;  éd.  Didot,  III,  286);  des  dieux  des  anciens  Grecs,  qui 
étaient  plus  sensibles  à  l'odeur  nauséabonde  des  sacrifices  qu'aux  prières  des 
mortels  {Banquet  des  sept  convives,  v;  éd.  Didot,  III,  178);  des  statues  des  divi- 
nités romaines,  dont  la  tradition  voulait  que  la  face  fût  voilée,  alors  qu'elle 
exigeait  que  les  hommes  fussent  représentés  le  visage  découvert  (Questions 
romaines,  x;  éd.  Didot,  III,  328). 

[126] 


LA    PENSÉE    GRF:CQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL-         'SoD 

tion,  cette  induction  plutôt,  me  semble  exagérée;  Théodoret, 
qui  écrivit  dans  la  première  moitié  du  v"  siècle,  dit  bien,  dans 
sa  «  Guérison  des  passions  des  Grecs  »  (ch.  II,  page 750;  Migne, 
P. G.,  LXXXIII,  852),  d'après  le  témoignage  dun  auteur  un 
peu  plus  ancien,  Amélius,  qui  exposa  les  doctrines  de  Porphyre 
(iv^  siècle),  que  Plutarque  et  Plotin,  auquel  Théodoret,  de  son 
autorité  propre,  ajoute  le  philosophe  Numénius,  entendirent 
le  Verbe  des  saints  Évangiles,  et  transportèrent  sa  lumière 
dans  leurs  œuvres  :  y.at  ï-.izy.  H  -;i  -Kv.'-y.  v.^r-.y.'.  /.y},  tcjto),  /.a- 
\\'/.zj-yç)yu)  -/.y!'.  N:'j;j//;via)  -/.ai  -sfç  â'XXoi;  iffSi  ty;ç  tijtojv  YJc-av  z'j\j.- 
[i.z^'.yz.  MsTa  Y^p  tï;v  toU  So)tï;psç  r,;j.o)v  È-rrisâvîiav  sjt:'.  7£v;;j,£vc',  -.%z 
Xc',7T'.av''y.r,r  ^iiz\z-;-.yz  -z/j.y  -Z'.:  Z'.v.tiz'.:  àvîy.^av  Xoy:'.;...  Kai 
[j.Èv  or,  y.yi  twv  Os-ojv  EjavvE/.îtov  ;  -t  lY/.zj-yzyz:  v.y.'.  z  W/m-vk: 
•j-r,v.z'J7i-r,v. 

L'erreur,  pour  Plotin,  est  évidente:  il  est  un  pur  platonicien; 
il  ne  doit  rien  aux  doctrines  chrétiennes;  il  n'avait  nul  besoin 
d'elles  pour  établir  la  vérité  des  tlièses  néo-platoniciennes;  il 
avait  une  trop  haute  idée  de  la  scieiice  qu'il  incarnait  pour 
entamer  une  discussion  avec  des  gens  qui  avaient  emprunté 
toute  leur  doctrine  philosophique  à  son  école,  et  qu'il  considé- 
rait comme  très  inférieurs  à  lui;  aussi  ne  trouve-t-on  dans 
sa  vie  aucun  acte  d'hostilité  contre  les  Chrétiens,  aucune  polé- 
mique contre  leurs  doctrines  dans  les  Ennéades,  sauf  dans  un 
passage  de  la  seconde  (II,  ix,  I),  où,  manifestement,  il  oppose 
l'indépendance  absolue  des  hypostases  au  dogme  de  la  Trinité; 
c'est,  en  fait,  fort  peu  de  chose,  et  c'est  avec  raison  que  les 
Pères  de  l'Église  ont  honoré  sa  mémoire  au  même  titre  que  les 
philosophes  de  la  fin  du  Paganisme,  saint  Augustin  surtout, 
qui,  dans  sa  Cité  de  Dieu  (x,  14),  a  donné  de  la  Providence  des 
preuves  ontologiques  qu'il  a  empruntées  à  deux  des  Ennéades 
de  Plotin  (II,  ix,  16;  III,  xi,  13).  Plotin  ignora  les  Chrétiens, 
parce  qu'il  jugea,  non  sans  raison,  qu'ils  ne  pouvaient  rien 
ajouter  aux  dogmes  de  son  école,  et,  plus  témérairement,  qu'ils 
étaient  incapables  de  les  mettre  en  danger;  son  maître,  Amino- 
nius,  qui  était  né  dans  le  Christianisme,  qui  avait  reçu  une 
instruction  chrétienne,  qui  eut  Origène  comme  disciple,  ne  s'en 
était-il  pas  retourné  à  la  philosophie  du  Paganisme,  comme 
auraient  bien  voulu  le  faire  les  savants  de  la  Renaissance,. 

[127] 


236  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

pour  en  devenir  le  coryphée  (Eusèbe,  Histoire  ecclésiastique, 
livre  VI,  chap.  19)?  Il  attaqua  violemment  les  Gnostiques,  dont 
les  inventions  extravagantes  menaçaient,  à  son  sens,  de  ruiner 
entièrement  la  théorie,  des  hypostases,  ou,  tout  au  moins,  tle 
la  dénaturer;  ses  vues  étaient  inexactes,  et,  d'ailleurs,  la  situa- 
tion ne  tarda  pas  à  changer  quand  le  Christianisme  fit  dans  le 
monde  romain  de  si  rapides  progrès  qu'il  devint  pour  la 
philosophie  du  Paganisme  une  menace  redoutable,  alors  que 
les  sectes  gnostiques  végétaient  dans  l'impuissance,  en  atten- 
dant rislam  pour  lui  passer  leurs  folies.  Et  cela  explique  la 
violence  avec  laquelle  Porphyre,  le  disciple  favori  de  Plotin, 
attaqua  les  Chrétiens,  que  son  maître  avait  laissés  bien  tran- 
quilles: Porphyre,  l'auteur  du  lUp-.  t-^;  à-/,  acyiwv  cptAcaosiaç,  fut 
l'adversaire  irréconciliable  de  la  foi  chrétienne,  contre  laquelle 
il  mena  une  guerre  sans  pitié,  ô  Tbv  r.çilq  i,\j.7.:;  ixOû.awç  àvaos- 
^â;j.svoç  T.o\é[xov  (Théodoret,  ibicL,  page  705;  cf.  pages  697,  706, 
740,  et  ce  que  dit  Eusèbe,  dans  sa  Préparation  évangélique, 
livre  V,  chap.  5),  parce  qu'il  vit,  mieux  que  Plotin,  qui  n'était 
peut-être  pas  très  intelligent,  que  les  jours  du  Paganisme 
étaient  comptés,  et  que  le  triomphe  du  Christianisme  était 
inéluctable. 

Que  les  thèses  de  Plotin  se  rapprochent  des  formules  chré- 
tiennes, c'est  un  fait  qui  n'a  rien  de  bien  surprenant,  puisque 
-le  Christianisme  s'était  annexé  la  philosophie  néo-platonicienne, 
et  puisqu'il  vécut  d'elle;  la  philosophie  grecque  tendait  vers  le 
monothéisme,  comme  le  Sémitisme  l'avait  fait  en  Judée;  les 
deux  doctrines  aboutissaient  au  même  concept,  alors  que  leurs 
origines  étaient  essentiellement  différentes,  alors  que  leurs 
partisans  étaient  des  adversaires  inconciliables. 

La  triade  du  néo-platonicien  Numénius,  d'Apamée,  au  second 
siècle,  n'est  pas  un  emprunt  au  Christianisme,  bien  qu'il  ait 
connu  la  Bible,  les  Évangiles,  les  théories  des  Égyptiens  et 
des  Mazdéens,  quoiqu'il  ait  eu  l'idée  de  faire  de  Platon  le  Moïse 
de  l'Hellénisme.  Ce  philosophe,  dont  la  pensée  annonce  la 
•doctrine  de  Plotin,  affirme,  dans  le  sens  néo-platonicien,  qu'il 
n'existe  aucun  moyen  de  connaître  le  Bien  directement,  qu'on 
n'y  peut  parvenir  qu'en  se  discriminant  des  contingences,  par 
ia  contemplation,  par  l'étude  des  mathématiques,  qui  en  sont 

[1^28] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         2o7 

Texpression  la  plus  parfaite;  il  admet  l'existence  de  trois  entités 
divines,  qui  varient  suivant  les  auteurs  qui  ont  rapporté  sa 
pensée  et  exposé  ses  théories.  Si  Ton  en  croit  Stobée  {Frag- 
menta phUosophorum  graecorum,  éd.  Didot,  III,  page  173), 
elles  étaient  :  le  Père;  le  Démiurge  7:oi*/;-v^ç,  qui  est  rigoureuse- 
ment synonyme  de  §Y),aioupYi-;  la  Création  ^ioivjjjLa.  Et  cette  aftir- 
mation,  malgré  son  étrangeté,  se  trouve  confirmée  par  ce  que 
dit  Proclus  {ibicL),  traitant  du  même  sujet,  que,  des  trois 
divinités  de  Numénius,  la  troisième  est  le  monde  y.isy.oç,  ou  la 
création  démiurgique  xb  5Y;;j.tcjpYCj;j.svcv;  il  semble,  quoique  le 
fait  soit  bien  étrange,  surtout  sous  la  plume  de  Proclus,  que 
Stobée  et  lui  aient  confondu  le  xo  cr((^.i;jpYOJ!J.evov  et  le  S-/]ijmoupy:;  ; 
le  7.iffiJ.oç,  dans  la  doctrine  de  Platon,  est  bien  un  dieu  en  voie  de 
formation,  en  potentialité  àjiixEvo;  Bsi;,  mais  il  est  matérielle- 
ment impossible  que,  dans  une  doctrine  issue  du  platonisme, 
PAme  universelle,  créatrice  du  7.ic7;j.oç,  ait  été  remplacée  par  son 
œuvre;  ce  contre  quoi  s'est  élevé  Plotin  {Ennéades,  III,  v,  5), 
quand  "il  dit  que  l'Ame  du  monde  est  Aphrodite,  qu'Aphrodite 
régente  l'Amour,  et  que,  si  l'on  admet  que  le  monde  soit  l'Ame 
du  monde,  Aphrodite  est  identique  à  l'Amour,  ce  qui  est 
absurde;  en  ce  sens,  Origène  {contre  Celse,  v,  7)  s'est  trompé 
quand  il  a  dit  que,  pour  Platon,  le  second  dieu  est  le  monde, 
et  que,  pour  les  néo-platoniciens,  le  monde  est  le  troisième 
dieu;  ce  qui  est  d'autant  plus  étonnant  que,  dans  son  Traité 
contre  tes  hérésies  (i,  17),  il  dit  simplement  que  les  principes  du 
monde  sont  Dieu  (l'Ame  universelle),  la  matière  et  le  para- 
digme, les  idées  de  l'Intelligence  (I);  d'ailleurs,  d'autres 
fragments  de  Numénius  infirment  absolument  cette  opinion  de 
Stobée  et  de  Proclus.   . 

Le  premier  dieu  est  absolument  unique  dans  son  ipséité, 
et  comme  il  est  entièrement  discriminé  de  tout,  il  est  l'Unité 
suprême;  il  est  indivisible,  et  vit  dans  une  immobilité  inté- 
grale ;  le  second  et  troisième  dieu  h  Osb;  [j.vnzi  6  oiùxzç,oz  /al  xpixo?, 

(l)  Ce  en  (|iioi  il  ne  lait,  que  répéter,  peut-être  sans  l'avoir  connu,  car  cette 
thèse  devait  être  courante  chez  les  Chrétiens,  ce  qu'a  dit  saint  Justin,  dans  son 
E.vhorkUion  aux  Chfélifns  (ô"!,  à  savoir  que,  pour  Platon,  il  existe  trois  prin- 
cipes :  Dieu,  le  créateur  de  tout,  doui;  l'Auie  universelle;  la  matière,  substratuiii 
(11.'  toutes  les  entitijs;  l'idn'  eiôo;,  leur  paradigme. 


■238  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

•ce  qui  constitue  la  dichotomie  d'une  entité  unique,  est  égale- 
ment unique,  mais  d'une  unité  qui  connaît  la  multiplicité, 
pour  cette  raison  que  cette  entité  divine,  s'étant  laissée  séduire 
par  les  idiosyncrasies  de  la  matière,  qui  est  la  dyade  a!j;x^£p6;j,£voç 
oà  T?i  Gày]  o'jah  o'jjy;,  s'unit  à  elle,  ce  qui  provoqua  sa  dicho- 
tomie, parce  que  la  matière  possède  l'idiosyncrasie  du  désir  de 
la  concupiscence,  et  parce  qu'elle  est  constamment  en  mouve- 
ment. Le  premier  dieu  ne  connaît  que  les  intelligibles;  le 
second  (et  troisième)  connaît  les  intelligibles  sous  sa  forme  pre- 
mière, les  entités  sensibles  sous  sa  forme  seconde;  c'est  unique- 
ment le  contact  avec  la  matière  qui  a  provoqué  sa  dualité  (1). 
Cette  doctrine,  avec  ses  idées  sur  la  matière,  est  directement 
issue  des  théories  platoniciennes;  le  premier  dieu  est  l'Intel- 
ligence; le  second,  le  premier  aspect  de  l'Ame  universelle;  le 
troisième,  le  second  aspect  de  l'Ame  universelle,  le  Démiurge, 
créateur  et  père  de  tout  ce  qui  existe;  elle  se  retrouve  dans 
des  fragments  de  Numénius  conservés  par  Eusèbe  (Prépa- 
ration évangélique,  livre  XI,  chap.  18;  Aligne,  Patrologie 
grecque,  XXI,  898),  avec  des  variantes  importantes,  mais 
qui  sont  absolument  incompréhensibles,  si  l'on  ne  se  souvient 
pas  d'une  manière  très  précise  que  le  second  dieu  se  dicho- 
tome  en  deux  aspects,  en  deux  entités,  la  dernière  seule  étant 
le  Démiurge.  L'ataraxie  du  premier  dieu  est  un  mouvement 
qui  est  une  idiosyncrasie  de  son  ipséité,  qui  est  le  prin- 
cipe de  l'existence  et  de  la  conservation  de  l'univers,  ce 
qui  rappelle  ce  qui  est  dit  dans  les  Ennéades  (II,  ii,  3)  que 
l'Intelligence,  la  seconde  hypostase  est  à  la  fois  dans  l'ataraxie 
et  en  mouvement.  Le  premier  dieu  ne  remplit  aucune  fonction 
créatrice;  il  n'accomplit  aucune  œuvre;  il  ne  saurait  le  faire, 
puisqu'il  repose  dans  une  immobilité  absolue;  il  règne  et  ne 
^gouverne  pas;  il  est  l'auteur  du  Démiurge,  qui  ne  règne  pas, 
mais  gouverne  l'univers,  qui  est  son  œuvre;  tant  qu'il  con- 
temple le  premier  dieu,  il  demeure,  comme  lui,  dans  l'ataraxie, 
mais  quand  il  abaisse  ses  yeux  vers  la  matière,  il  acquiert  une 
partie  de  son  idiosyncrasie,  le  mouvement.  Numénius  (ibicL, 

(1)  Il  est  manife.ste  que  Numénius,  dans  cet  exposé,  sous-entend,  comme 
étant  l'Entité  absolument  nécessaire,  le  premier  Principe,  le  Un  éternel  de  Pla- 
ton, ce  que  l'on  voit  par  la  suite. 

[VZO] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         239 

chap.  22;  Migne,  P.  G.,  ibid.,  906  et  ssq.)  ajoute,  en  termes 
moins  volontairement  cabalistiques,  que  l'intelligible  vo-r^-riv 
est  l'Essence  cjjia  ou  l'idée,  l'idée  prototype  qui  servira  de 
paradigme  aux  entités  matérielles,  l'intelligible,  îcsa,  que  l'Intel- 
ligence voj;  est  antérieure  à  l'intelligible,  et  sa  cause,  mais 
que  c'est  le  Bien  par  excellence  tc  àyaOîv  qui  possède  l'Exis- 
tence absolue;  car,  si  le  Démiurge  est  le  principe  oLpyr,  de  la 
création,  le  Bien  suprême  est  le  principe  de  l'Essence;  le 
Démiurge  est  la  réplique,  littéralement  l'imitateur  \n[j.T,-rtz  du 
Bien  absolu;  le  monde  de  la  création  -^  -(vnziç,  est  l'image 
s'.y.wv  et  l'imitation  \x{\j:r^\xy.  de  l'Essence  du  Démiurge;  mais,  si 
le  Démiurge  qui  a  créé  le  monde  est  bon  àYaOi;,  le  Démiurge 
qui  a  créé  l'Essence  5  t-?;;  s'jjîa;  lr^]j.'.o'jç^-;bz,  le  monde  des 
intelligibles,  c'est-à-dire  le  Un  suprême,  est  le  Bien  par  son 
ipséité  -b  ajToaYaOîv,  qui  est  dans  une  connexité  intime  avec 
l'Essence.  Le  deuxième  dieu  est  double;  il  fait  son  idée  et  le 
monde,  parce  qu'il  est  le  Démiurge;  après  quoi  il  redevient 
entièrement  contemplatif,  ce  qui  signifie  que  le  Démiurge 
n'est  sorti  de  son  ataraxie  que  pour  extérioriser  sa  pensée  et 
an  penser  le  monde,  après  quoi  il  retourne  à  son  immobilité; 
il  est  le  Démiurge  bon  5  or^^Az-jp-foq  aYaOô?;  au-dessous  des  deux 
dieux,  se  trouve  l'Essence  oWit.,  laquelle  est  double,  et  diffère 
dans  le  premier  et  dans  le  second  dieu,  ce  qu'il  faut,  semble- 
t-il,  entendre  que  l'essence  tlu  second-troisième  dieu  est  la 
réflexion,  la  réplique  de  l'essence  du  premier  dieu,  de  même 
que  le  y.:7;j.;:  est  l'image,  littéralement  l'imitation  ;j.'';xY;y.a,  de 
l'essence  du  second-troisième  dieu,  comme  l'affirme  Numénius, 
qui  a  créé  et  organisé  l'ordre  de  l'univers.  Que  le  premier  dieu 
soit  la  deuxième  hypostase  de  Plotin,  le  second  dieu,  le 
premier  aspect  de  la  troisième,  l'Ame  universelle,  le  troisième, 
le  second  aspect  de  l'Ame,  la  première  hypostase  planant  au- 
dessus  de  ce  système,  c'est  ce  qui  résulte  clairement  de  cet 
exposé,  et  c'est  ce  qui  constitue  une  variante  notable  de  la  thèse 
de  Plotin,  lequel  enseigne  que  le  premier  Principe  a  créé 
l'Intelligence,  qui  a  créé  l'Ame,  qui  a  créé  le  monde. 

Des  Pères  de  l'Église  grecque,  saint  Grégoire  de  Nazianze, 
saint  Cyrille  d'Alexandrie,  se  sont  laissé  prendre  à  ces  appa- 
rences, et  ils  ont  identifié  les  trois  hypostases  du  néo-plato- 

[1311 


240  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

nisme  avec  les  Personnes  de  la  Trinité;  Théodoret,  dans  son 
Traité  sur  la  guérison  des  passions  des  Grecs  (page  750),  a 
fait  sienne  cette  opinion  erronée,  d'autant  plus  erronée  qu'en 
fait,  comme  on  vient  de  le  voir,  les  termes  dans  lesquels 
s'exprime  Numénius  diffèrent  sensiblement  de  ceux  de  Plotin  : 
«  Plotin  et  Numénius,  dit-il,  ayant  expliqué  la  pensée  de 
Platon,  disent  qu'il  a  parlé  de  trois  (entités)  qui  dominent 
(toutes  les  autres),  et  éternelles,  le  Bien  (suprême),  l'Intelli- 
gence, et  l'Ame  universelle.  Ce  que  nous  autres,  (Chrétiens), 
nous  appelons  le  Père,  ils  le  nomment  le  Bien  suprême;  ils 
qualifient  d'Intelligence  (la  Personne)  que  nous  nommons  le 
Fils  et  le  Verbe;  quant  à  la  puissance  qui  donne  leur  âme  à 
toutes  (les  existences  du  v.b(y'^.zç),  et  qui  cause  leur  vie,  qu'ils 
nomment  l'Ame  (universelle),  nous  l'appelons,  nous,  le  Saint- 
Esprit;  ajTÎxa  Tsîvuv  tt^v  HXaTwvoç  îûvouv  àvaTrxû^jovTs;  y.al  6 
IIaw-ivcç  y.al  b  Noj;x-/-vio;  Tpia  çaalv  aj-bv  £'.p-^/.évai  'JTzépy^pzvy,  y.a'. 
ocitiXf  -àyaObv  xat  voÏÏv  xai  tou  Tzav^bç  ty;v  à'jyr,-^,  cv  [xsv  -/ii^-âTç 
riaTÉpa  7,aXoÏÏ[J.£V  TayaGov  àvo[J-âwCVTa'  voyv  8ï  cv  r,\J.^Xq  Tibv  'Aal  Aèyov 
7:oo(jX^(zptùo\).tV  T'/jv  oï  -à  7:âv-:a  àùycu7y.y  /.ai  'Çu)0'j:oiOi)ijy.v  oûvo(;j.iv 
'ji'jyYjv  •/.a/wJV-a  yjv  nv£j[^.a  àviov  ci  Gîfci  -pojaY^psjcuai  aiyoi.  L'erreur 

est  évidente;  Plotin  {Ennéades,  II,  ix,  I)  insiste  sur  ce  point 
essentiel  de  sa  doctrine,  comme  s'il  avait  l'intention  de  l'oppo- 
ser à  celle  des  Chrétiens,  que  ses  trois  hypostases  sont  des 
principes  rigoureusement  différents;  encore  faut-il  ajouter  que 
seule,  la  première  est  véritablement  Dieu,  la  Créatrice,  puis- 
qu'elle émane  Tlntelligence,  dont  naît  l'Ame,  alors  que  la 
Trinité  est  un  Dieu  unique,  dont  chacune  des  personnes,  des 
hypostases,  est  Dieu  par  son  ipséité  (saint  Augustin,  Cité  de 
Dieu,  X,  23,  24;  xi,  10),  alors  que  ses  trois  hypostases  sont 
également  présentes  dans  l'acte  de  la  création  ;  car,  comme  le 
dit  saint  Athanase  {sur  la  Sainte  Trinité,  m,  2,  16),  l'homme 
a  été  créé  à  la  fois  par  le  Père,  par  le  Fils  et  par  le   Saint- 


(I)  Il  est  visible  que  Numénius  a  confondu,  d'une  manière  invraiseml)lable, 
deux  sens  absolument  divergents  du  mot  oOuîa,  le  premier,  celui  d'intelligible, 
le  second,  celui  d'essence  idiosyncrasique  des  entités  transcendantales;  la  oùaia, 
l'intelligible^  est  évidemment  l'essence  idiosyncrasique,  la  raison  de  l'existence 
des  entités  créées,  il  ne  s'ensuit  nullement  que  l'essence  idiosyncrasique  des 
entités  divines  soit  une  intelligible,  ce  qui  serait  absurde. 

[132] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        241 

Esprit,  ce  qui  est  conforme  à  ce  que  dit  saint  Jean  (v,  19)  : 

zâvia   CGX  av   ~oif,    5    IlatY;p    xauia  y.x\  o  Ylbç  è\).ciitiq  zoteî,  06  que 

Tiiéodoret,  dans  son  dialogue  entre  Éranistès  et  TOrthodoxe, 
exprime  en  disant  que  la  Sainte  Trinité  possède  une  essence 
unique  ;j.ia  cùaix,  que  les  philosophes  du  Paganisme  admettent 
qu'il  n'existe  pas  de  différence  entre  l'essence  obaix  et  l'hypos- 
tase,  mais  que,  dans  la  doctrine  des  Pères  de  l'Église,  l'essence 
et  l'hypostase  diffèrent  autant  que  le  général  et  le  particulier, 
le  genre  et  l'individu. 

L'opinion  de  Théodoret,  dans  cette  discussion,  n'est  pas  d'un 
très  grand  poids,  et  son  autorité,  malgré  l'époque  relativement 
reculée  à  laquelle  il  composa,  est  assez  faible,  bien  inférieure  à 
celle  d'Eusèbe  et  de  Clément  d'Alexandrie;  dans  son  Traité 
sur  la  guérison  des  passions  des  Grecs,  il  s'est  donné  la 
tâche  de"  démolir,  par  tous  les  moyens,  l'Hellénisme,  au  profit 
des  Orientaux,  ses  compatriotes;  s'il  écrivit  fort  élégamment 
le  grec  pour  accomplir  cette  tâche,  sa  documentation  est  assez 
médiocre,  et  son  érudition  insuffisante;  sa  continuation  de  la 
Chronique  d'Eusèbe  lui  est  fort  inférieure,  et  l'on  y  remarque 
de  graves  erreurs  de  chronologie;  ce  saint  évêque  aurait  dû  se 
borner  à  rédiger  sur  la  théologie  et  l'histoire  sainte;  il  man- 
quait d'érudition  philosophique,  et  parlait  de  la  doctrine  de 
Platon  en  homme  qui  la  connaît  mal,  puisqu'il  a  dit  (page  795) 
que  Dieu,  dans  la  théorie  platonicienne,  a  créé  la  matière,  qui 
est  coéternelle  avec  lui,  ce  qui  est  une  grave  erreur;  Dieu, 
chez  Platon,  ne  peut  avoir  créé  la  matière,  qui  est  ce  qui  n'a 
pas  d'existence,  le  non-existant,  et  dont  l'existence  est  un 
mystère,  le  mystère  des  mystères,  comme  pour  la  physique 
du  XX®  siècle. 


La  théorie  des  Ésotéristes  de  l'Islam  (1),  d'après  laquelle 
toutes  les  idiosyncrasies  des  entités  sont  incluses  dans  la 
semence  sous  la  forme  d'une  intégrale,  est  un  emprunt  au 
néo-platonisme,  qui  l'a  lui-même  prise  au  stoïcisme  :  in  semine 
omnis  futuri  ratio  hominis  inclusa  est  ...  totius  enim  corporis 

(1)  Revue  de  l'Orienl  ChréUen,  1930-1931.  pige  101. 

[133] 

OIllENT   CHRÉTIEN.  16 


242  revue'  de  l'orient  chrétien. 

et  sequentis  aetatis  in  parvo  occultoque  lineamenta  sunt,  a  dit 
Sénèque,  dans  ses  Questions  naturelles,  in,  29;  la  raison  sémi- 
nale, ou  génératrice,  a7r£p[;.aTi7.bç  •?)  -{e.v^rr,TVAbç  kôyoç,  est  une  force, 
une  vertu,  qui,  de  par  ses  propres  idiosj^ncrasies,  développe 
toutes  les  modalités  d'une  entité,  dont  elle  est  la  cause  primor- 
diale^  de  son  origine  à  sa  fin,  tous  ses  actes,  de  sa  naissance  à 
sa  disparition;  elle  est  le  principe  même  de  la  vie  sensitive, 
elle  donne  au  corps  matériel  sa  forme;  elle  crée  son  type,  son 
espèce  [j-ops-r^  son  genre;  l'Ame  universelle  organise  la  matière 
inorganique  par  le  moyen  des  raisons  séminales  qui  forment 
et  façonnent  les  entités  existantes;  existant  dans  la  Raison  6stoç 
Aôyoç,  l'Ame  universelle  donne  au  corps  une  raison,  un  coef- 
ficient d'évolution  Xoyoç,  qui  est  l'image  même,  la  réplique  de  la 
Raison  qu'elle  possède  et  qui  est  son  apanage  {Ennéades,  IV, 
m,  10);  de  sorte  que  les  raisons  séminales  [ibicL,  II,  m,  16)  con- 
tiennent dans  leur  ipséité  l'intégrale  de  tous  les  accidents  qui 
doivent  arriver  aux  êtres  engendrés;  dans  le  monde  intelligi- 
ble, toutes  les  entités  sont  confondues  sous  les  espèces  d'une 
intégrale,  tandis  que,  dans  le  monde  sensible,  elles  sont  dis- 
tinctes les  unes  des  autres,  parce  qu'elles  sont  des  répliques 
discriminées,  de  même,  dans  la  semence  7z£p;xa,  toutes  les 
idiosyncrasies  sont  confondues,  alors  que,  dans  un  corps  orga- 
nisé, tous  les  organes  sont  séparés  (/7>/(i.,  II,  vi,  1). 


C'est  dans  les  concepts  du  Christianisme  qu'il  faut  aller 
chercher  l'origine  de  la  division  du  monde  en  :  Toute-puis- 
sance djabaroùt;  2°  Souveraineté  malakoût;  3"  Royaume 
moulk  (l).  Les  deux  premiers  termes,  comme  tous  les  vocables 
arabes  terminés  en  -oùt,  sont  des  abstraits  araméens,  dont 
la  forme  est  bien  connue;  c'est  un  fait  tout  naturel  que  le 
premier  aspect  de  l'univers  porte  le  nom  de  monde  de  la  Toute- 
puissance;  Dieu,  dans  le  Symbole  des  Apôtres,  est  le  Pater 
omnipotens;  il  possède  l'omnipotence,  la  toute-puissance,  la 
\io-^s^  g abrouta  du  syriaque,  qui  traduit  '.jyûç  et  Suvaj-sîa  dans 
le  texte  du  Nouveau  Testament,  la  xirna:  gibrouta  ou  Nmina 

(1)  Revue  de  l'Orienl  Chrélien,  1930-1931,  page  118. 

[134] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        243 

gébourta  du  chaldéen,  de  même  qu'il  est  le  ^[1::^  djabbâr  ^ 
gabbâî^  «  le  Tout-Puissant  »,  dans  les  litanies  du  chapelet 
musulman;  si  le  Tout-puissant  est  en  dehors,  au-dessus  du 
v.ÔGiJ.oç,  qu'il  a  créé  par  la  vertu  de  l'Idée,  cet  aspect  supérieur 
de  l'univers  ne  contient-il  pas  le  Décret  divin,  écrit  sur  la 
Table  gardienne  du  Destin,  lequel  exprime  et  révèle  la  volonté 
de  l'Omnipotence?  Sans  qu'il  soit  nullement  besoin  d'invoquer 
un  sens  secondaire  de  ce  mot  syriaque  gobrouta,  qui  traduit 
irt\}.z\oi  {Actes  des  Apôtres,  ii,  19,  22,  43;  iv,  30>vii,  30;  -2^  Épi- 
tre  aux  Corinthiens,  xii,  12),  ~Açiy.-x  {Actes,  v,  12;  xv,  12),  d'où 
le  sens  de  phénomène  qui  appartient  au  monde  de  la  Tran- 
scendance, et,  partant,  de  trouver  dans  djabaroùt  le  concept  de 
monde  transcendantal. 

Si  le  nom  de  Royaume,  d'étendue  territoriale,  s'explique 
facilement  par  l'extension  à  tout  le  monde  sensible  du  mot 
moulk,  qui  désigne  les  domaines  concédés  par  Dieu  aux  sou- 
verains de  la  terre,  celui  de  Souveraineté  malakoùt,  compris, 
non  comme  le  lait  d'exercer  la  ro3'auté,  mais  bien  comme 
l'étendue  des  états  d'un  monarque,  s'explique  tout  aussi 
aisément  par .  une  adaptation  évidente  du  terme  Uia».  iiaii^io 
malkouto  de  shamaijé  «  royaume  des  cieux  »,  dont  il  est  parlé 
dans  \ Evangile  {saint  Matthieu,  m,  2;  v,  19,  20;  viii,  11; 
XI,  11,  12;  XIII,  11,  24,  31,  33,  44,  45,  47,  52,  etc.),  ou  de  celui 
de  lo,^;  iLo-i^io  malkouto  de  Aloho  «  royaume  de  Dieu  »  {saint 
Matthieu,  xii,  28;  saint  Marc,  iv,  11,  20,  30;  saint  Luc,  viii, 
10;  XIII,  18,  20;  xviii,  24,  25),  qui  en  est  rigoureusement  syno- 
nyme. La  dichotomie  du  monde  de  la  Transcendance  en  deux 
■aspects,  celui  où  se  manifeste  l'omnipotence  du  Créateur,  l'autre 
où  se  manifeste  sa  souveraineté  sur  le  y.;j;j.oç,  ne  surprendra 
pas  beaucoup  les  personnes  qui  sont  au  courant  des  lubies  des 
Ôntologistes  musulmans. 

C'est  très  visiblement  aux  Chrétiens  syriens  que  les  méta- 
physiciens de  rislam  ont  emprunté  le  nom  et  le  concept  de 
royaume  moulk  pour  désigner  le  monde  tangible,  par  opposi- 
tion aux  deux  aspects  du  royaume  des  cieux,  ou  de  Dieu,  comme 
on  le  voit  par  trois  passages  de  Y  Évangile  de  saint  Matthieu, 
dans  lesquels  il  est  hors  de  discussion  que  ce  terme  désigne 
ce  bas-monde,  où  vivent  les  hommes  :  «  Or,  je  vous  déclare, 

[135] 


244  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

dit  le  Christ,  que  plusieurs  viendront  de  l'Orient  et  de  l'Oc- 
cident, et  qu'ils  s'asseoiront  avec  Abraham,  Isaac  et  Jacob  dans 
le  royaume  des  cieux  èv  t-^  [io^aiXtlx  twv  cjpavûv,  mais  les  enfants 
du  Royaume  cl  ulol  ty;ç  ^aoileloiq  iioii^î  ow^  bené  de  malkouto 
seront  jetés  dans  les  ténèbres  extérieures  (viii,  11,  12);  «  ce 
champ  est  le  monde  6  '/,ba\j.oq  i^v».;  la  bonne  semence,  ce  sont 
les  enfants  du  royaume»,  dans  les  mêmes  termes,  en  grec  et  en 
syriaque  (xiii,  38);  «  Jésus  parcourait  les  villes  et  les  villages, 
enseignant  dans  les   synagogues,  et  prêchant  l'Évangile  du 
royaume  xb  Eùa^YsAiov  -f^q  '^y.i^iXtiy.q,  iL<iiioo;  \i\^^  sbaroto  de  mal- 
kouto {ix,  35);  mais  il  est  visible  que,  dans  cet  emploi,  le  mot 
^jX^  moidk,  qui  figure  dans  les  théories  des  Ésotéristes,  n'est 
point  l'arabe  mouJk,  ou  plutôt  qu'il  est  l'arabe  moulk,  assimilé 
à  une  forme  apocopée  de  malkouta,  i^Sn  malkou,  laquelle 
figure  dans  les  textes  chaldéens,  comme  le  fait  est  suffisamment 
connu  :  oji^,  en  syriaque,  d'où  le  pluriel  ^-.nvi  de  iimsao,  à  côté 
de  |ia-.N-:^ ;  d'où  il  résulte,  ce  qui  n'a  rien  de  bien  surprenant, 
que  les  Ontologistes  de  l'Islam,  qui  ont  pris  le  premier  élément 
de  l'expression  malkoido  {de  Aloho)  pour  désigner  le  second 
aspect  de  la  Transcendance,  se  sont  vus  obligés  de  choisir  le 
deuxième  aspect,  la  forme  apocopée,  de  ce  mot,  pour  qualifier 
le  royaume  terrestre,  pour  ne  pas  créer  une  obscurité  irrémé- 
diable, alors  que  le  texte  original   du  Nouveau   Testament 
discriminait  les  deux  expressions,  comme  on  le  voit  par  sa 
traduction  grecque. 


L'existence  absolue  est  l'Unité  transcendantale(l);  elle  est 
Une,  et  pas  plus;  mais  elle  se  présente,  dit  l'auteur  du  Madjma 
al-bahraïn  (man.  persan  122,  page  295),  sous  un  aspect  exoté- 
rique  et  sous  un  aspect  ésotérique;  son  aspect  ésotérique  est 
une  lumière  qui  émane  de  cette  Unité  transcendante,  pour  se 
répandre  dans  tout  le  yi(j[;.o;;  cette  lumière  est  l'âme  de  l'âme 
des  entités  existantes  ,^\^^y  .U.  ^W;  le  monde  tout  entier 
est  inondé  de  sa  clarté,  et  les  hommes  qui  le  dirigent,  ceux 
qui  y  parviennent  à  la  célébrité,  sont  les  manifestations  tangi- 

(1)  Revue  de  rOrient  Chrélien,  1930-1931,  page  136. 

[136] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        245 

bles  de  cette  lumière.  Pour  qu'il  soit  possible  de  s'expliquer 
par  quel  mystère  l'Unité,  qui  est  par  définition  l'unité  même, 
dans  son  essence  absolue,  peut  posséder  un  aspect  exotérique 
et  un  aspect  ésotérique,  c'est-à-dire,  en  fait,  revêtir  au  moins 
l'apparence  de  la  dualité,  de  la  multiplicité,  il  faut  savoir  que 
cet  aspect  ésotérique  est  l'unité  idiosyncrasique  .j:^o>2^l,  tandis 
que  l'aspect  exotérique  est  la  multiplicité  idiosyncrasique 
^ji.-j:>j^\  l'unité  est  l'âme  et  l'essence  du  nombre,  et  le  nombre 
€st  une  somme  d'unités,  de  telle  sorte  qu'au  point  de  vue 
absolu,  les  nombres,  qui  sont  la  multiplicité,  sont  les  mani- 
festations du  caractère,  de  l'essence  idiosyncrasique,  d'unité 
qui  appartient  à  l'Unité.  D'ailleurs,  dit  le  commentaire,  par 
Sa'd  ad-Din  Sa'id  Mohammad  al-Farghani,  intitulé  Masharik 
al-darari  al-zohr  fi  kashf  hakaïk  Nazm  al-dorr,  sur  la 
kasida  en  ta  de  'Omar  ibn  al-Faridli  (man.  supp.  persan  5-15, 
folio  9  recto),  la  nature  de  l'Essence  de  la  Divinité  vji^b  i-^et  le 
mystère  de  son  ipséité  'JL-i^  ^-r-^r^»  sont  des  questions  insonda- 
bles; l'Essence  n'est  pas  perceptible  directement,  aussi  la 
science  se  présente-t-elle  sous  trois  aspects  :  la  science,  sous 
son  aspect  tangible  i>^y,  ^-U,  qui  est  celle  de  la  communauté 

islamique  dans  son  ensemble,  des  «  ordinaires  »  ;  la  science  qui 
conduit  à  la   connaissance   certaine  de  l'Essence  divine   ^s. 

o'3  ijé^.^  qui  est  l'apanage  des  hommes  de  la  catégorie  supé- 
rieure ,  «  les  bons  »  ;  la  science  de  et  par  l'essence  de 
l'Essence  divine  ^_>!^  iS  Jb,  laquelle  est  réservée  aux  élus, 
aux  prophètes. 


Allah,  disent  les  Ontologistes(l),  crée  toutes  les  entités  du 
x2(Ty,oç,  transcendantales  ou  non,  en  amenant  leur  idée,  leur 
-concept,  leur  forme  virtuelle  et  potentielle,  à  coïncider  avec  la 
Présence  de  l'Existence  Intégrale;  c'est-à-dire  qu'Allah  fond 
dans  une  entité  unique  l'idée,  le  concept,  la  forme  vide,  qui 
n'est  qu'une  apparence,  de  chaque  existence  du  y.:7;j.oç,  avec 

.(I)  Revue  de  l'Orient  Chrétien,  1930-1931,  page  136. 

[137] 


246  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

rExistence  Intégrale,  laquelle,  de  par  ses  idiosyncrasies,  jouit 
de  la  puissance  de  pouvoir  donner  la  réalité  à  ces  virtualités; 
en  fait,  la  Présence  de  l'Existence  Intégrale  est  une  forme 
protéïque;  elle  revêt,  suivant  la  volonté  d'Allah,  la  forme  du 
concept  de  l'entité  qu'il  veut  amener  à  l'existence;  elle  pénètre 
dans  cette  forme,  qui  est  un  être  géométrique,  délimité  par 
une  enveloppe,  une  surface  sans  troisième  dimension  et  vide, 
dans  ce  moule,  en  le  remplissant  de  sa  substance,  qui  possède 
exactement  la  même  forme,  mais  qui  est  un  volume  réel, 
une  pondérabilité,  de  sa  substance  vivante  qui  lui  communique 
la  Vie;  après  quoi,  Allah  fait  sortir  l'Existence  Intégrale  de  ce 
moule,  qui  vient  de  recevoir  d'elle  la  réalité  et  la  vie,  et  lui 
rend  son  aspect  primordial,  pour  recommencer  immédiate- 
ment l'opération  pour  toutes  les  entités  du  ■/,ba[j.oq.  Il  faut  voir 
dans  cette  doctrine  une  amplification  extravagante  de  la  thèse 
du  platonisme  et  du  néo-platonisme,  un  commentaire  gnostique 
de  cette  théorie  de  Platon,  que  toute  existence  n'est  que  la 
réplique  d'une  idée,  d'une  forme  virtuelle,  préexistante  et 
éternelle,  qui  réside  dans  l'hypermonde;  Allah,  dans  cette  thèse 
d'al-Djili,  n'est  autre  que  la  première  hypostase  de  Plotin,  le  -ô 

TcpwTOV,  -b  «YaSiv,  xb  iv,  10  àirAouv,   xb  auxap7"/;ç,  xb  à'Tîsipcv,  lequel 

manifeste  sa  puissance  en  émanant  l'Intelligence  vouç,  avec  tous 
les  intelligibles  ;  il  est  inutile  de  dire  que  la  Présence  de  l'Exis- 
tence Intégrale  est  la  seconde  hypostase,  la  vojç,  laquelle,  en 
se  pensant  elle-même,  possède  et  crée  les  prototypes  de  toutes 
les  entités,  est  toutes  les  entités,  forme  leur  somme  intégrale^ 
dont  les  idées  \oAoii  sont  les  intelligibles  xà  vG-r;xà,  les  types 
de  toutes  les  entités  du  monde  sensible,  les  essences  ojjîai, 
que  la  philosophie  néo-platonicienne  regarde  comme  les  réa- 
lités svxwç  cvxa,  nos  réalités  tangibles  étant  des  irréalités.  Mais 
al-Djili  s'est  étrangement  trompé  dans  l'interprétation  de  ce 
dogme,  car  il  a  confondu  avec  le  premier  Principe,  la  pre- 
mière hypostase,  l'Ame  universelle,  la  troisième  hypostase,. 
qui  est  le  Démiurge  de  l'univers,  dans  la  théorie  platoni- 
cienne, laquelle  crée  en  effet  les  entités  du  monde  d'après  les 
idées  \Um  de  la  seconde  hypostase ,  dans  chacune  desquelles- 
al-Djili  a  vu  une  forme  particulière  que  le  Démiurge,  confondu» 
avec  le  xb  •-irpwxov,  a  donné  à  la  voUç,  ce  qui  est  une  extrapolation.. 

[138]. 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.         2 4 '7 

Que  Mansour  al-HalIadj  (1)  ait  professé  des  croyances  chré- 
tiennes, c'est  ce  que  démontre  ce  qu'il  dit  dans  le  Tawashi 
(page  29)  :  «  Celui  qui  nie  renie  est  T homme  qui  se  trouve  dans 
«  le  cercle  extérieur  »;  il  dénie  le  stade  JU^  auquel  je  suis 
parvenu,  parce  qu'il  ne  me  voit  pas,  et  il  me  traite  de  zandik 
«  manichéen  »;  ce  qui  montre  que  les  gens  de  l'Irak,  qui 
vivaient  dans  «  le  cercle  extérieur  ^),  mais  qui  n'en  savaient  pas 
moins  par  quels  signes  les  Manichéens  et  les  Chrétiens,  qu'ils 
confondaient  d'ailleurs,  se  discriminaient  de  l'Islam,  ne  gar- 
daient aucun  doute  sur  l'état  dïime  J'^  d'al-Halladj.  C'est  ce 
qui  se  trouve  confirmé  par  deux  vers  d'une  kasida,  cités  par 
Miskawaiyyih,  dans  son  Traité  qui  coupe  dèfuiitivement  la 
route  à  Vimportwiité,  en  démontrant  d'une  manière  irréfu- 
table l'insanité  d'al-Halladj  : 

«  Louanges  soient  rendues  à  Celui  qui  a  manifesté  son  huma- 
nité, mais  qui  a  révélé  dans  le  secret  le  plus  profond  la  gloire 
éclatante  de  sa  Divinité;  qui  s'est  manifesté  parmi  son  peuple 
sous  les  espèces  de  Celui  qui  mange  et  qui  boit!  »,  ce  qui  ne 
peut  guère  s'expliquer,  dans  une  forme  toute  chrétienne,  avec 
des  mots  syriaques  nasout  «  humanité  »,  lahout,  «  divinité  », 
que  comme  l'interprétation  d'une  image  de  la  Cène,  dans  laquelle 
le  Christ  est  représenté  mangeant  et  buvant  avec  ses  disciples, 
en  se  manifestant  à  eux  sous  un  aspect  matériel  qu'il  serait  de 
la  dernière  impiété  d'attribuer  à  la  divinité  immatérielle  de 
rislam.  Ce  qui  explique  qu'au  témoignage  de  Djoullabi 
(xi"  siècle),  un  grand  nombre  de  zandiks,  qui  vivaient  dans 
rirak,  se  dénommaient  les  halladjis,  du  nom  même  de  Hosain 
ibn  Mansour  al-Halladj.  Que  cette  qualification  de  halladji  = 
zandik  =  manichéen  ait  été  prise  par  des  individus  qui  n'étaient 
pas  manichéens,  et  qui  se  bornaient  à  professer  des  doctrines 
subversives,  qu'elle  ait  été  appliquée  à  des  personnages  qui 
n'étaient  pas  musulmans,  c'est  un  fait  plus  que  vraisemblable; 
il  ne  saurait  empêcher  que  tous  les  gens  que  l'on  gratifiait  de 

(1)  Revue  de  l'Orieiil  Chrétien,  1930-1931,  page  145. 

[139] 


248  ,  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Tun  ou  de  l'autre  de  ces  surnoms  ne  fussent,  au  point  de  vue 
de  rislam,  que  des  infidèles. 

C'est  sous  cet  aspect  que  l'ont  considéré  ses  contemporains, 
et  les  auteurs  anciens,  qui  ont  écrit  d'après  leur  témoignage 
immédiat,  tels  'Arib  et  Miskawaiyyili  :  Halladj,  d'après  Miska- 
waiyyih,  qui  parle  d'après  l'historien  al-Souli,  qui  vécut  à  la 
même  époque  qu'al-Haliadj  et  s'entretint  avec  lui,  Halladj 
avait  étudié  la  médecine  et  l'alchimie;  comme  beaucoup  d'im- 
posteurs, il  se  livrait  sans  cesse  à  des  tours  de  passe-passe,  à 
des  charlataneries,  grâce  auxquels  il  dupait  les  ignorants,  les 
petites  gens,  tous  ceux  qui,  comme  ledit  'Arib,  n'avaient  pas 
les  moyens  de  percer  le  personnage  à  jour;  il  fallait  d'ailleurs 
qu'il  fût  un  habile  prestidigitateur,  puisque,  si  l'on  en  croit 
Miskawaiyyih,  il  rappela  à  la  vie  le  perroquet  du  fils  du  khalife 
al-Moktadir.  Il  faisait  croire  à  ces  gens  qu'il  était  dieu,  ou, 
comme  le  dit  'Altar,  dans  le  Mémorial  des  saints,  qu'il  était 
une  hypostase  de  la  Divinité,  qu'il  ressuscitait  les  morts,  que 
les  génies  lui  obéissaient,  comme  ils  avaient  obéi  à  Salomon, 
fils  de  David,  qu'il  avait  le  don  des  miracles;  l'un  de  ses 
fidèles  réédita,  ce  à  quoi  il  fallait  bien  s'attendre,  la  formule 
de  la  profession  de  foi  islamique,  sous  les  espèces  :  «  Al-Halladj 
est  Dieu,  et  moi,  je  suis  l'envoyé  d'al-Halladj.  » 

Il  les  trompa  jusqu'à  un  degré  qui  n'est  pas  habituel  dans 
l'Islam,  sous  une  forme  dégradée,  qui  ne  se  rencontre  guère 
que  chez  les  bouddhistes  du  Tibet;  car,  d'après  Miskawaiyyih 
(deuxième  moitié  du  x*"  siècle),  on  découvrit  chez  l'un  de  ses 
adeptes  un  coffre  scellé,  dans  lequel  étaient  des  tioles  conte- 
nant de  l'urine  et  des  excréments  d'al-Halladj,  que  l'heureux 
possesseur  de  ce  trésor  avait  recueillis  comme  des  spécifiques 
contre  toutes  les  maladies.  Qu'il  y  ait  eu  des  manichéens  parmi 
ces  pauvres  gens,  qu'al-Halladj  renia  lors  de  son  arrestation, 
en  jurant  que  tout  ce  qu'ils  racontaient  étaient  des  mensonges, 
c'est  ce  qui  semble  confirmé  par  cette  circonstance  que  l'on 
trouva  chez  plusieurs  d'entre  eux,  d'après  le  témoignage  de 
Miskawaiyyih,  des  textes  écrits  sur  des  feuillets  de  papier  de 
Chine  ^.-^  OO'  dont  plusieurs  à  l'encre  d'or;  ces  textes  se 
présentaient  sous  la  forme  de  rouleaux,  puisque  Miskawaiyyih 
affirme  qu'ils  étaient  doublés  de  brocard  ou  de  soie,  dans  une 

[140] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        249 

formule  qui  était  courante,  aux  époques  anciennes,  dans  le 
ێleste  Empire,  qui  se  retrouve  encore  au  Japon,  pour  la 
présentation  des  édits  du  mikado,  et  que  les  Turcs  osmanlis, 
avec  la  forme  de  leurs  firmans,  ont  apportée  d'Asie  Centrale; 
ce  qui  fait  involontairement  penser  à  ces  Turks  manichéens, 
qui  étaient  venus  d'Asie  Centrale,  pour  servir  dans  la  garde 
du  khalife,  dont  l'un,  Afshin,  fut  arrêté  en  839,  à  Baghdad, 
sous  le  règne  d'al-Mo'tasim-bilIah,  et  chez  lequel  on  trouva 
des  images  chrétiennes,  qui  lui  avaient  été  envoyées  de  son 
pays  natal,  ou  qu'il  en  avait  rapportées  {Les  Peintures  des 
manuscrits  orientaux  de  la  Bibliothèque  nationale,  1914- 
1920,  page  240).  Ce  qui  est  certain,  c'est  que  la  version  en 
tiirk  oriental  du  Mémorial  des  saints  de  Férid  ad-Din  'Attar 
afiirme  que  cet  hérésiarque  pérégrina  jusqu'à  Sauiarkand 
{Samaskand)  et  les  pays  de  la  Chine  du  Nord,  c'est-à-dire 
jusqu'en  Asie  Centrale,  où  le  Manichéisme  était  tout-puis- 
saut  à  cette  époque,  comme  s'il  s'en  était  allé  faire  une  sorte 
de  voyage  ad  limina. 

Ses  théories  de  l'union  de  la  créature  avec  le  Créateur  reflè- 
tent celles  du  Chrétien  byzantin,  (jui,  au  v"  siècle,  écrivit  en  une 
langue  excellente,  sous  l'influence  du  néo-platonisuae  et  de  saint 
Hiérothée,  les  livres  que  la  tradition  littéraire  a  longtemps 
attribués,  contrairement  à  toute  raison,  à  Denys  l'Aréopagite; 
elles  rappellent  également  les  doctrines  des  Syriens,  Jean 
Climaque,  dans  ses  Degrés,  Joseph  le  Voyant,  dont  se  nourri- 
rent les  premiers  auteurs  musulmans;  il  y  a  longtemps  d'ail- 
leurs que  j'ai  établi  [Les  Peintures  des  manuscrits  orientaux 
delà  Bibliothèque  nationale,  Paris,  1914-1920,  page  64,  note) 
que  l'esprit  du  Mysticisme  oriental  se  trouve  chez  l'évêque 
Diadochos,  de  la  ville  de  Photiké,  en  Albanie,  et  sa  lettre  dans 
saint  Jérôme.  L'expression,  chez  HosaïnibnMansoural-Halladj, 
est  plus  compliquée,  et  mieux,  plus  complexe,  dans  une  formule 
•où  la  raison  est  sacrifiée  à  la  rime,  le  sens  à  l'assonnance,  la 
clarté  à  la  répétition  et  à  la  redondance,  comme  si  l'auteur 
imitait  péniblement  un  modèle  littéraire  :  «  Les  concepts  X^\ 
des  entités  n'ont  aucune  relation  avec  la  Vérité;  la  Vérité  n'est 
dans  un  aucun  rapport  avec  la  créature;  les  idées  ^\^  sont 
des  relativités  matérielles;  les  relativités  matérielles  ne  peuvent 

[141] 


250  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

atteindre  les  Vérités  transcendantes;  parvenir  à  la  Vérité  est 
pénible,  combien  Test-il  d'arriver  à  la  Vérité  des  Vérités  ÏFiia^ 
(ijUac-*!  (à  la  signification  métaphysique  de  la  Vérité)!  L'être- 

absolu  ^3^''  ^^^  (caché)  par  derrière  la  Vérité;  la  Vérité  est  au- 
dessous  de  l'Être  absolu.  » 

«  Jusqu'au  matin,  le  papillon  vole  autour  du  flambeau,  et  il 
s'en  retourne  (au  matin)  aux  formes  matérielles  aslikàl  JIClI; 
il  leur  apprend  son  état  hdl  JU.,  par  le  plus  suave  discours 
makàl;  puis,  il  se  démène,  par  coquetterie  dalâl,  dans  son  désir 
ardent  d'arriver  à  la  perfection  kamâl.  La  lumière  du  flambeau 
est  la  science  de  la  Vérité  'i>s.J.s^\  lz.\  sa  chaleur  est  la  Vérité 
de  la  Vérité  ;3>'-J^'  'ilJ^\  l'arrivée  à  cette  lumière  est  l'Essence 

intégrale  de  la  Vérité  l'Ls^^\  j^-^  (1).  Le  papillon  n'est  pas  satis- 
fait de  (ce  qu'il  connaît  de)  sa  lumière  et  de  sa  chaleur,  et,  (pour 
les  connaître  absolument),  il  se  précipite  entièrement  dans  le 
flambeau;  les  formes  tangibles  jLCi,!  attendent  qu'il  revienne 
vers  elles;  il  les  avertit  de  l'attendre,  parce  qu'il  n'est 
point  satisfait  de  ce  qu'il  a  à  leur  apprendre  (sur  la  lumière  et 
la  chaleur  du  flambeau).  En  ce  moment  même,  il  devient 
anéanti,  annihilé,  dissocié;  il  demeure  sans  forme  rasm,  san& 
matérialité  djasm,  sans  nom  ism,  sans  attribut  qualificatif 
icasm.  Dans  un  tel  état,  comment  pourrait-il  s'en  retourner 
vers  les  formes  matérielles,  et  en  quelle  situation,  après  ce  qui 
lui  est  survenu?  » 

La  lumière,  la  chaleur,  jouent  un  rôle  primordial  dans  le& 
œuvres  supposées  de  Denys  l'Aréopagite,  avec  plus  de  logique,, 
puisque,  une  fois  plongé  dans  la  flamme  de  la  lampe,  comment 
le  papillon  pourrait-il  s'en  revenir  vers  les  tangibilités,  pour 
leur  raconter  qu'il  ne  sait  rien  de  l'immatérialité,  alors  qu'il 
l'a  perçue  du  moment  où  il  a  pénétré  en  son  ipséité,  et  qu'il  a 
été  anéanti  dans  le  brasier? 

Le  concept  de  l'annihilation,  de  la  disparition,  de  la  fusion 

(1)  Il  y  a  là  une  erreur  manifeste;  elle  montre  que  Mansour  al-Halladj  ne 
savait  pas  ce  dont  il  parlait;  l'arrivée  à  la  Lumière  n'est  pas  la  Vérité  intégrale ^ 
elle  est  l'arrivée  à  l'Intégrale  de  la  Vérité;  la  Vérité  intégrale  est  la  Lumière 
qui  brûle,  de  son  l'eu  ardent,  tous  les  voiles  qui  obscurcissent  aux  yeux  du 
Mystique  les  voies  de  la  Transcendance;  jamais  'Attar,  Djami,  ou  même  Kashifi,. 
n'auraient  écrit  une  semblable  erreur. 


LA    PENSÉE    CUiECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        251 

de  l'àme  du  Mystique  dans  l'ipséité  divine,  est  un  thème  fami- 
lier aux  Chrétiens;  il  naquit  naturellement  dans  leur  esprit 
des  théories  néo-platoniciennes,  qui  constituent  leur  philoso- 
phie. Hiérothée,  dans  un  sens  exclusivement  chrétien,  comme 
il  faut  s'y  attendre,  parle  constamment  de  l'Essence,  de  laquelle 
émane  la  Lumière.  L'auteur  des  œuvres  attribuées  à  Denys 
rAréopa.u'ite  a  écrit,  au  v"  siècle,  que  l'intelligence,  enivrée  de 
félicité,  comme  liquéfiée  au  feu  de  l'amour,  perd  ses  imper- 
fections, et  se  trouve  amenée  au  stade  divin;  d'autres  Mystiques 
ont  affirmé  que  l'âme  enflammée  de  l'amour  du  Christ  se 
fond  dans  l'objet  de  sa  passion,  comme  le  fer  dans  une  four- 
naise ardente. 

Le  souci  puéril  de  l'assonnance,  aux  dépens  du  sens,  est 
flagrante  dans  le  Tawasin,  qui  est  l'un  de  ces  ouvragées  d'al- 
Halladj,  dont  Farid  ad-Din  'Attar  a  dit.  dans  le  Mémorial  des 
saints,  qu'ils  sont  écrits  en  un  style  très  dur  à  comprendre,  et 
qu'ils  traitent  de  la  transcendance  de  l'amour  divin  :  «  La  Vérité 
hakika  est  insaisissable  dakika;  les  chemins  qui  y  conduisent 
sont  pénibles  madhika;  en  elle  sont  des  feux  violents  shahika; 
au  delà  d'elle  se  trouve  un  désert  profond  'amika;  l'étranger 
qui  s'y  engage  pour  le  parcourir  est  averti  qu'il  doit  franchir 
quarante  stades,  comme  le  stade  de  l'éducation  parfaite  adab^ 
du  départ  dzaliab,  de  la  cause  sabah,  de  la  recherche  talaby 
delà  stupéfaction  \idjab,  de  l'anéantissement  'atab,  de  la  joie 
tarab  »,  sans  qu'il  existe  en  tout  cela,  à  l'inverse  des  grands 
traités  d'Ésolérisme,  une  gradation,  une  hiérarchie  ascendante 
dans  ces  stades  qui  doivent  conduire  le  Mystique  à  la  Vérité 
intégrale;  ce  qui  montre  que  l'auteur  de  ces  lignes  parlait  de 
choses  auxquelles  il  n'entendait  rien,  qui  lui  étaient  infiniment 
plus  étrangères  qu'à  un  compilateur  de  la  fin  du  xv"  siècle,  tel 
que  Hosain  Wa'iz  al-Kashifl,  à  Hérat,  au  fond  de  l'Iran. 

Il  laissait  croire  aux  Musulmans  orthodoxes  qu'il  recherchait 
leurs  suffrages,  mais,  en  fait,  il  affirmait  son  sunnisme  devant 
les  Sunnites,  son  shi'ïsme  aux  Shi'ïtes;  il  jurait  qu'il  était 
mo'tazilite  dans  une  société  de  ces  sectaires;  al-Souli  lance 
contre  lui  cette  accusation  terrible  que,  lorsqu'il  arrivait  dans 
une  ville,  s'il  apprenait  que  ses  habitants  étaient  mo'tazilites,. 
il  se  faisait  incontinent  mo'tazilite,  et  ainsi  de  suite,  suivant  les 

[1431 


^252  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

diversités  des  confessions.  En  réalité,  comme  nous  l'apprend 
'Arib,  qui  continue  Tabari,  al-Halladj  professait  Tanarciiie 
intégrale,  le  nihilisme  radical  dans  tous  les  domaines  :  «  Je 
n'approuve  rien,  disait-il,  de  ce  qui  se  lit  dans  le  Koran,  rien 
de  ce  qui  constitue  le  droit,  rien  de  la  Tradition  mohamma- 
dienne,  rien  de  la  poésie,  rien  de  la  philologie,  rien  de  l'his- 
toire »;  c'était,  comme  le  dit  'Arib,  un  homme  sans  aucune 
moralité,  un  sycopiiante,  qui  se  moquait  de  toutes  les  formules 
religieuses  et  sociales.  Farid  ad-Din  'Attar,  dans  le  Mémorial 
des  saints,  rapporte  une  de  ses  sentences,  suivant  laquelle  il 
se  vantait  de  n'avoir  appartenu,  jusqu'à  cinquante  ans,  à 
aucune  modalité  religieuse,  à  aucune  forme  cultuelle  .^^^^j-», 
oij  il  disait  qu'il  avait  choisi  dans  chacune  ce  qui  s'y  trouvait 
de  plus  pénible  et  de  plus  dur,  pour  se  l'appliquer  sans  pitié, 
si  bien  que,  jus^ju'à  cet  âge,  il  n'avait  jamais  récité  la  prière 
canonique  sans  la  faire  précéder  de  l'ablution  générale  J.--c, 
réservée  à  la  grande  purification,  au  lieu  de  l'ablution  locale 
_^j,  qui,  seule,  est  d'observance  stricte.  Il  ne  faut  pas  voir 
uniquement  dans  ces  formes  cultuelles  les  quatre  rites  du  Sun- 
nisme  ou  le  Shi  'ïsme;  ces  variantes  islamiques,  dans  leur  es[irit, 
se  discriminent  sur  des  différences  d'intention,  sur  des  ques- 
tions de  conscience,  sur  des  modalités  intellectuelles;  mais, 
comme  si  ces  divergences  ne  suffisaient  pas  à  les  dresser  les 
unes  contre  les  autres,  elles  ont  imaginé  des  variations  dans 
le  domaine  matériel,  dans  le  règlement  de  la  conduite  de  la 
vie  et  des  actes  dictés  par  la  morale,  lesquels  relèvent  des 
fourou\  et  non  des  ousoul,  comme  les  premières  :  telles  la 
licence  de  la  prostitution  des  garçons  chez  les  Malikites  (1),  ou 
les  mariages  temporaires  et  révocables  ^j-Lû^J!  jiJl,  Ïjc:o.M,  chez 

les  Shi'ïtes;  c'est  un  fait  connu  que  les  gens  atteints  de  la  manie 

(1)  En  voyage,  faute  de  mieux,  comme  le  montrent  ces  vers  ù.\\ne  manzouma 
malikite  : 

^y^\    ^JÙ    L^_    ^l     *     .yNÎ!     ^^iJI    .k     ^=Lç.j 

De  semblables  turpitudes.se  retrouvent  chez  les  Hanéfites,  comme  le  prouve 
un  vers  d'une  manzouma  de  cette  secte  que  j'ai  cité  dans  le  tome  XLI,  page  115, 
-des  Notices  et  Extraits. 

[144] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE   MYSTICISME    ORIENTAL.        253- 

du  scrupule  s'appliquent,  par  ceuvre  précautionnelle  J,s«JI 
J3L;ow^b,  la  somme  des  prescriptions  les  plus  sévères  de  ces 
formules  religieuses;  pour  favoriser  leur  laxisme,  les  libertins 
font  exactement  le  contraire. 

Mais  aucune  variante  cultuelle  de  l'orthodoxie  n'a  pu  avoir 
la  prétention  d'obliger,  sans  raison  majeure,  le  fidèle  à  faire 
cinq  fois  par  jour  la  grande  ablution;  ce  jansénisme  outrancier,^ 
cet  amour  de  la  surérogation  inutile,  caractérisent  les  sectes 
soufies  les  plus  extravagantes;  d'où  Ton  peut  déduire  qu'al- 
Halladj  avait  mélangé  les  formules  de  toutes  les  sectes  musul- 
manes ^  orthodoxes  ou  non,  et  même  de  toutes  celles,  chré- 
tiennes, manichéennes,  ou  autres,  qu'il  avait  rencontrées  dan& 
ses  pérégrinations;  que,  durant  un  demi-siècle,  il  n'avait 
appartenu  à  aucune  forme  religieuse  légale,  et  qu'il  avait  passé 
d'une  croyance  à  l'autre,  au  gré  de  sa  fantaisie,  ce  qui  est 
assez  conforme  aux  idées  des  Soufis,  pour  lesquels  toutes  les- 
croyances  sont  des  aspects  d'une  même  erreur,  et  ce  qui  se 
trouve,  jusqu'à  un  certain  point,  confirmé  par  ce  fait  qu'il  se 
faisait  appeler  de  deux  noms,  Hosain  ibn  Mansour  al-Baïdhawi 
et  Mohammad  ibn  Ahmad  al-Farisi,  vraisemblablement  pour 
dissimuler  un  dédoublement  de  sa  personnalité,  grâce  auquel 
il  pouvait  se  livrer  à  des  exercices  contradictoires. 

De  très  bons  esprits,  dans  l'Islam,  au  témoignage  d'Ibn 
Khallikan,  considéraient  qu'al-Halladj  fut  en  connexion  directe 
avec  le  Karmatisme,  qu'il  avait  reçu  des  révolutionnaires 
karmates  la  mission  de  «  travailler  »  l'Irak,  et  d'y  faire  sauter 
l'ordre  établi.  Le  fait  est  loin  d'être  impossible;  cette  imputa- 
tion serait  la  moindre  des  injures  que  l'on  puisse  adresser  à 
al-Halladj;  le  Soufisme  est  dans  une  relation  immédiate  avec 
l'Ismaïlisme  et  les  sectes  hétérodoxes;  il  n'a,  en  réalité,  d'autre 
but  que  la  démolition  de  l'Islamisme;  le  nihilisme  intégral 
d'al-Halladj  est  tout  à  fait  conforme  à  l'esprit  du  Karmatisme, 
qui  ne  voulait  pas  révolutionner  la  civilisation  musulmane, 
mais  bien  la  détruire;  il  est  corroboré  par  ce  que  raconte 
Djouilabi,  dans  \q  Kashf  al-mahdjoab,  que  certaines  personnes 
ont  émis  l'opinion  qu'al-Halladj  fut  l'ami  intime  d'un  nommé 
Abou  Sa'id  al-Karmati.  Que  le  nihilisme  du  Karmatisme  ait 
mec  larché  ave  nihilisme  du  Manichéisme,  c'est  un  fait  très- 

[145] 


254  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

vraisemblable;  il  explique  comment  al-Halladj  a  pu  faire  les 
affaires  des  Karmates,  tout,  m  professant  une  forme  dégradée 
du  Christianisme. 

L'historien  al-Souli,  qui  était  fort  bien  renseigné  sur  son 
compte,  affirme  qu'il  avait  pris  l'habit  des  Soufis,  et  qu'il  sin- 
geait leurs  habitudes,  sans  avoir  aucun  droit  à  se  réclamer  de 
leur  secte,  alors  que  'Arib,  Miskawaiyyih,  et  même  Djoullabi, 
dans  le  Kashf  al-mahdjoub,  reconnaissent  qu'il  n'était  qu'un 
très  habile  magicien  ;  et  son  attitude  ne  trompait  pas  seulement 
les  pauvres  gens,  puisqu'un  Soufi,  nommé  Ya'koub  ibn  Akta', 
séduit  par  l'austérité  de  sa  vie,  lui  donna  sa  fille  en  mariage, 
et  ne  tarda  pas  à  s'apercevoir  qu'il  était  devenu  le  beau-père 
d'un  magicien.  Cette  accusation  de  sorcellerie  est  unanime  contre 
al-Halladj,  sauf  de  la  part  de  ceux  qui  le  défendirent  à  tout 
prix;  elle  est  si  unanime  que  Djoullabi  s'est  donné  beaucoup 
de  peine  pour  établir  cette  étrangeté  que  la  magie  et  l'occultisme 
ne  sont  nullement  contraires  à  l'esprit  de  l'Islam.  C'est  pour- 
quoi beaucoup  de  gens,  dans  l'Islam,  au  témoignage  de  Farid 
ad-Din  'Attar,  se  bornaient  à  lui  dénier  la  qualité  de  Musul- 
man, à  le  taxer  d'infidélité  majeure,  sans  préciser  davantage, 
ce  qui  était  une  simplification  assez  commode,  puisque  toutes 
les  autres  accusations  se  ramènent  à  celle-ci.  Ces  circonstances 
expliquent  pourquoi  Djoullabi,  au  xi^  siècle,  a  mentionné  l'opi- 
nion, qu"Attar  a  reproduite  dans  le  Mémorial  des  saints,  avec 
une  très  légère  variante  dans  la  forme,  qu'il  y  eut  un  Hosaïn 
ibn  Mansour  al-Halladj,  qui  fut  un  orthodoxe,  à  soigneusement 
distinguer  d'un  Hosaïn  ibn  Mansour  al-Moulhidi,  l'Ismaïlien, 
le  Karmate,  qui  fut  le  maître  du  célèbre  médecin  Mohammad 
ibn  Zakarya  al-Razi  (f  320  H  =  932),  et  l'ami  intime  de  Abou 
Sa'id  le  Karmate;  ce  qui  est  une  manière  assez  habile,  quoi- 
que fort  peu  vraisemblable,  de  départager  les  gens  qui,  suivant 
l'expression  d'Ibn  Khallikan,  portaient  al-Halladj  aux  nues,  ou 
le  vouaient,  sans  milieu,  à  l'exécration  des  fidèles.  Et  Djoullabi, 
dans  son  Kashf  al-mahdjoub,  ne  fut  point  satisfait  par  ce 
stratagème  assez  grossier,  puisqu'il  a  écrit  que  l'on  ne  peut  pas 
ne  pas  faire  entrer  al-Halladj  dans  une  liste  générale  des  Soufis, 
mais  que  l'on  ne  peut  pas  davantage  fonder  les  règles  de  la 
•secte  sur  ses  sentences,  parce  qu'il  est  un  exagéré,  un  outran- 

[146] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        '200 

•cier,  un  homme  qui  n'attribue  de  valeur  intrinsèque  qu'à  sa 
propre  discipline^  en  méprisant  celles  de  tous  les  autres,  dont 
les  opinions  sont  purement  subjectives,  et  n'ont  de  valeur 
absolue  que  par  rapport  à  lui  et  à  ses  théories,  si  bien  qu'on 
ne  peut  les  considérer  objectivement  et  les  faire  rentrer  dans 
le  trésor  des  connaissances  humaines,  avec  lesquelles  elles 
n'ont  ni  commune  mesure,  ni  même  la  moindre  similitude. 
C'est  en  ce  sens  que  des  docteurs  du  Soutisme,  et  non  des 
moindres,  ont  exprimé  cette  théorie  que  le  stade  auquel  était 
parvenu  al-Halladj,  dans  la  hiérarchie  mystique,  son  état  d'âme, 
-qui  l'y  avait  amené,  ne  relevaient  pas  du  concept  humain,  et 
dépassaient  de  beaucoup  l'entendement;  c'est  ce  qu'a  voulu 
exprimer  le  célèbre  Ghazali,  dans  son  Mishkat  al-amvai\  où 
il  s'est  donné  la  peine  d'expliquer  les  outrances  les  plus  outran- 
cières  d'al-Halladj  par  l'excès-  de  son  amour  pour  Dieu,  et 
l'extrême  élévation  de  son  stade.  Cette  critique,  en  fait,  n'en 
constituerait  pas  une;  elle  ne  ferait  que  souligner  l'indépen- 
dance, l'originalité,  la  personnalité  d'al-Halladj,  aux  dépens 
des  qualités  négatives  de  bons  élèves,  qui  récitent  la  parole  du 
Maître,  qui  imitent  sa  graphie,  sa  manière  de  se  moucher,  qui 
recopient  si  bien  ses  périodes  que  l'on  jurerait  que  leur  prose 
est  sortie  de  sa  plume,  qui  se  gardent  de  l'originalité,  qu'ils 
ne  sauraient  avoir  d'ailleurs,  comme  de  la  peste,  qui  leur  ferait 
perdre  l'estime  des  médiocres,  et  leur  appui,  qui  est  encore 
plus  important. 

Le  stade  auquel  parvint  al-Halladj,  malgré  l'opinion  du 
■célèbre  Ghazali,  n'a,  en  fait,  rien  de  si  mystérieux,  et  l'on  ne 
voit  pas  trop  bien  ce  qu'il  entend  dire;  quand  les  Mystiques 
s'élèv^ent  vers  l'unification  avec  Dieu,  «jus,.*-^,  dit  le  Madjma 
al-bahraln,  ils  ne  voient  plus  qu'une  seule  existence,  l'Unité 
transcendantale  .iLi».  Jo^!  :  les  uns  la  perçoivent  par  la  con- 
naissance ésotérique  .,'^^=;  d'autres,  plus  avancés  dans  la 
Yoie,  par  la  contemplation  ^^ùJj:^;  les  derniers,  qui  sont 
parvenus  presque  aux  limites  de  la  Voie,  par  la  révélation  exta- 
'tique,  qui  porte  plusieurs  noms  dans  la  terminologie  soiilie  : 
^y,  Jo^j,  JU.,  etc.;  on  nomme  le  premier  de  ces  stades,  la 
.■science  de  la  certitude  ^r:r^}^  a^;  '^  second,  l'essence  de  la  eer- 

[147] 


256  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

titude  ij^^î  ^^]  le  troisième,  l'intégralité  absolue  de  la  cer- 
titude r:SJ\  ^jf^.  Au  premier  de  ces  stades,  il  se  fait  une  sélec- 
tion dans  la  masse  de  ceux  qui  suivent  la  Voie,  de  telle  sorte 
qu'il  ne  reste  que  quelques  personnes  pour  le  second;  dans  le 
second  stade,  le  Mystique  est  complètement  submergé  dans 
l'état  de  séparation  d'avec  le  monde;  dans  le  troisième,  il  arrive 
enfin  à  l'Union,  et  il  perd  tout  concept  de  son  ipséité;  il  est  au 
comble  du  ravissement  ^-_5->-^%  dans  une  telle  ivresse  qu'il  se 
croit  confondu  avec  l'Être  unique,  et  s'écrie  comme  al-Halladj  : 
«  Je  suis  Dieu  »,  ou  comme  Bayazid  de  Bistham  :  a  Louanges  me 
soient  rendues!  »;  ce  qui  n'empêche,  dit  'Abd  al-Karim  al-Djili,. 
dans  son  al-KamâkU  al-ilahii/ya  fU-sifût  al-Mohamma- 
diyya,  qu'aucun  Mystique  n'a  pu  atteindre  le  stade  du  Prophète, 
lequel  connaissait  Allah  de  la  connaissance  même  dont  Allah 
se  connaît,  de  telle  sorte  que  son  stade,  le  stade  de  l'Intégrale 
Lx^>:p^!  ^U»,  ne  sera  atteint  par  aucun  être  humain  ou  transcen- 
dantal,  cette  somme  étant  celle  des  perfections  humaines  et 
des  perfections  divines  qui  se  trouvaient  réunies  dans  la  per- 
sonne de  Mahomet. 

Toutes  ces  explications  sont  des  façons  assez  casuistiques 
d'exprimer  une  opinion  sur  un  cas  fort  embarrassant,  de  s'abs- 
tenir de  porter  un  jugement  motivé  sur  ce  personnage,  qui,  par 
amour  des  entités  créées,  se  laissait  manger  vif  par  la  vermine; 
certains  docteurs  mystiques  n'ont  point  été  aussi  bénins,  et  ils 
ont  prononcé  contre  lui  une  sentence  autrement  sévère,  ou 
même  ont  refusé  à  le  comprendre  dans  l'Ordre. 

Mohammad  ibn  Hosam  al-Soulami,  dans  la  seconde  moitié  du 
x**  siècle,  c'est-à-dire  un  demi-siècle  environ  après  la  mort  d'al- 
Halladj,  composa,  sous  le  titre  de  Tabakàt  al~Soufiyya  «  les- 
Ordres  des  Soufis  »,  un  traité,  qui  fut  remanié  par  le  célèbre 
Mystique  'Abd  Allah  al-Ansari,  vers  le  milieu  du  xi"  siècle,  à 
Hérat,  dans  une  recension  que  Djami,  dans  la  seconde  moitié 
du  xv%  translata  dans  une  langue  possible,  sous  le  titre  de 
h af allât  al-ouns  min  hadhràt  al-kouds  :  «  Les  émanations 
dont  sont  gratifiés  les  Mystiques  qui  jouissent  de  l'intimité  de 
l'Entité  sacrée  ».  11  est  visible  qu'al-Soulami  fut  encore  plus 
embarrassé  que  ne  l'avait  été  al-DjoulIabi,  car  il  cite  en  deux 

[148J 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    ^MYSTICISME    ORIENTAL.        257 

passages  différents  Hosaïn  ibn  Mansour  al-Baïdhawi  (al- 
Halladj)  [man.  persan  112,  folio  51  rectoj,  et  {ibid.,  folio  53 
recto),  le  fils  de  ce  personnage,  Ahmad  ibn  Hosaïn  ibn  Man- 
sour al-Halladj,  dont  ne  parlent  ni  'Arib,  ni  Miskawaiyyih,  ni 
Djoullabi,  ni  Ibn  Khallikan,  ni  même  Farid  ad-Din  'Attar, 
sans  mentionner,  dans  la  notice  d'al-Halladj,  autre  chose  que 
les  controverses  qui  s'élevèrent  à  son  sujet,  et  sans  rien  dire 
de  sa  fin  tragique.  Il  n'y  faut  point  voir  la  preuve  qu'al- 
Soulami  et  'Abd  Allah  al-Ansari,  dans  l'Orient  de  la  Perse, 
ignoraient  ce  qui  se  passait  à  Baghdad;  les  mentions  de  Djou- 
naid  de  Baghdad,  de  iMa'rouf  du  quartier  de  Karkh,  dans  cette 
capitale,  des  origines  palestiniennes  de  la  secte  (voir  Revue  de 
l'Orient  Chrétien,  1925,  page  72),  la  mention  du  grand  hermé- 
tique égyptien  Zoul-Noun  Misri,  dissipent  cette  erreur.  II  ne 
faut  pas  oublier  qu'al-IIalladj  fut  condamné  par  une  forte 
majorité;  d'après  Djoullabi,  que  recopia  'Attar,  tous  les  shaïkhs 
soufîs  se  refusèrent  absolument  à  admettre  qu'il  appartenait 
au  Soufisme  traditionnel,  à  sa  forme  ancienne,  sauf  'Abd  Allah 
Khafif,  Shibli,  Aboul-Kasim  Koshaïri;  tous  les  partisans  de 
l'ordre  nouveau  ,'^d.li^,  les  précédents  étant  des  réaction- 
naires, jugèrent  exactement  de  même,  sauf  quelques  personnes, 
parmi  lesquelles  le  célèbre  Abou  Sa'id  ibn  Al)il-Khaïr,  Abou 
'Ali  Faryoumadi,  ce  qui  revient  à  dire  qu'il  fit,  ou  à  peu  près, 
l'unanimité  contre  lui,  sans  pouvoir  invoquer  cet  argument 
qu'il  inaugurait  un  ordre  nouveau,  puisque  Farid  ad-Din  'Attar 
en  fait  le  dernier  représentant  de  l'ordre  ancien;  toutes  hési- 
tations et  complications  qui  montrent  la  multiplicité  du  per- 
sonnage. 

Les  Manichéens  formèrent  l'une  des  sectes  les  plus  impor- 
tantes du  Gnoslicisme,  et  ils  ne  furent  jamais  qu'une  secte 
gnostique,  qui  avait  hérité  des  folies  de  toutes  celles  qui 
l'avaient  précédée  dans  le  monde,  et  qui  les  porta  à  leur 
comble(  I  );  ce  qui  explique  comment  et  pourquoi  le  Manichéisme, 
&yncrétisant  et  résumant  dans  son  erreur  toutes  les  aberra- 
tions gnostiques,  absorba  dans  le  monde  entier  les  débris  des 
sectes  qui  les  avaient  professées,  et  se  répandit  avec  une  rapi- 

(1)  Les  Pères  grecs  sont   unanimes  sur  ce  point  :  à  leurs  yeux,   le  Mani- 
chéisme syncrétise  les  infamies  de  toutes  les  sectes  antécédentes. 

[149] 

ORIENT    CHRÉTIEN.  17 


258  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

dite  vertigineuse  dans  tout  le  monde  romain,  en  Syrie,  en 
Egypte,  dans  TAfrique  du  Nord,  dans  les  pays  slaves,  en 
Italie,  en  Espagne,  en  France,  où  il  mit  l'Orthodoxie  à  deux 
doigts  de  sa  perte. 

Tous  les  Gnostiques,  au  témoignage  de  Porphyre  {Vie  de 
Plotin,  ^  16),  qui  savait  mieux  que  personne  à  quoi  s'en  tenir 
sur  ce  point,  étaient  des  hérétiques  chrétiens,  qui,  faute  de 
les  comprendre,  exagéraient  et  déformaient  les  théories  de 
Platon  (1).  A   la    triade  plotinienne   :    P  le  Un  primordial; 
2"  l'Intelligence;  3"  l'Ame,  les  Gnostiques  substituent  une  autre 
triade  :  1"  le  Un  primordial-l'lntelligence,  réunis  en  la  Tétrade 
pythagoricienne  avec  la  Pensée  "Ewoix  du  Un,  et  la  syzygie 
Intelligence- Vérité   qu'il   avait   émanée;    2"   le   Verbe;    3"   la 
Sophia  (2),  avec  la  préoccupation    visible   de  faire  pénétrer 
dans  la  triade  hypostatirjue  du  néo-platonisme  le  concept  du 
Verbe  du  quatrième  Évangile,  c'est-à-dire  le  Christ,  le  6  [j-ovc- 
7£vy;ç   u'.6ç,   qui   vint   naturellement   prendre  les  attributs  do 
l'Intelligence,  la  Ncuç  p^ovoY^vv;;;,  et  les  idiosyncrasies  d'inspira- 
teur des  idées  du  monde.  Encore  faut-il   remarquer  que  les 
Gnostiques  dédoublèrent  le  concept  du  Verbe  en  deux  aspects, 
dont  l'un  est  celui  qui  se  trouve  inclus  dans  leur  trinité,  et 
dont  le  second  se  trouve  encore  dédoublé  en  deux  personnes, 
créées  après  l'émanation  des  Éoiis,  le  Christ  XpwTk,  avec  sa 
parèdre  Hvsup.a,  le  Saint-Esprit,  et  Jésus,  qui  fut  émané  de  la 


(1)  Saint  Irriiée  (Contra  haereses,  II,  M)  a  démontri'-  d'une  manière  qui  no 
laisse  place  à  aucun  doute  que  les  Gnostiques  s'en  sont  allés  cherolier  tous  leurs 
concepts  dans  la  philosophie  grecque,  dans  l'Mellénisnie  en  général;  qu'en 
jjarticulier,  la  doctrine  de  Platon  sur  les  intelligiljles  est  exactement  la  même 
que  celle  des  Gnostiques  sur  l'expression  dans  les  entités  créées  des  entités  du 
monde  de  la  Transcendance,  des  <•  idées  »  :  «  Democritus  enim  primus  ait 
multas  et  varias  ab  universitate  figuras  expressas  descendisse  in  hoc  mundum- 
l'iato  vero  rursus  materiam  dicit  et  exemplum  et  Deum  :  quos,  isti  sequentes, 
figuras  illius  et  exemplum,  imagines  eorum,  quae  sunt  sursum,  vocaverunt,  per 
demutationem  nominis  semetipsos  inventores  et  factores  huj'usmodi  imagi- 
nariae  fictionis  gloriantes.  »  Eusèbe,  dans  son  Histoire  ecclésiastique,  livre  Y, 
chap.  38,  insiste  sur  ce  fait  que  les  Gnostiques  s'inquiétaient  assez  peu  de 
ce  qui  se  lit  dans  les  livres  saints,  mais  qu'ils  préféraient  de  beaucoup  étudier 
les  ouvrages  delà  science  grecque,  la  géométrie  d'Euclide;  ils  réservaient  leur 
admiration  pour  Aristote,  pour  Théophraste,  pour  Galien. 

(2)  Avec  l'intercalation  entre  le  Verbe  et  la  Sophia  d'une  quantité  d'inutilités, 
les  Éons. 

[150] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        259 

perfection  des  trente  Éons.  La  Sophia,  dans  ce  système,  joue 
le  rôle  de  TAme  (1);  elle  crée  le  Démiurge,  qui  crée  le  monde, 
ou  qui  croit  le  créer,  car  il  se  borne,  en  fait,  à  réaliser  les  idées 
que  lui  inspire  sa  mère,  la  Sophia,  et  que  lui  transmet  le 
\'erbe,  ce  en  quoi  il  est  facile  de  voir  un  singulier  arrange- 
ment du  néo-platonisme. 

La  Gnose  tenta  un  syncrétisme  illusoire  entre  le  dogme  païen 
et  la  théodicée  catholique,  ou  mieux,  entre  l'exagération  de  ces 
deux  doctrines,  qu'il  essaya  de  combiner;  cette  tentative  était 
vouée  à  un  insuccès  certain;  l'Orthodoxie  triompha,  parce 
qu'elle  discrimina  le  dogme  de  la  Rédemption  et  les  thèses  philo- 
sophiques du  platonisme.  Origène  fut  purement  platonicien;  il 
enseigna  que  les  âmes  sont  incarnées  sur  cette  terre  pour  expier 
une  faute  commise  dans  l'au-delà;  il  ne  doit  rien  au  concept 
de  la  transmigration  bouddhique,  pas  plus  que  la  Gnose,  dans 
l'extravagance  de  laquelle  il  s'est  gardé  de  tomber;  mais  si 
l'iJrthodoxie  ne  cite  son  nom  qu'avec  respect  et  avec  admira- 
tion, il  n'en  est  pas  moins  hétérodoxe  pour  avoir  voulu  intro- 
duire le  dogme  du  paganisme  dans  la  Révélation. 

Il  n'existe  rien,  ou  à  peu  près  rien,  dans  les  thèses  gnos- 
tiques  qui  ait  son  origine  en  Orient,  contrairement  aux  asser- 
tions de  Franck;  mais  il  fallait  pour  Franck  que  le  Gnosticisme 
soit  juif,  comme  Darmesteter  voulut  que  l'Avesta  le  soit.  La 
cabale,  en  fait,  est  un  gnosticisme  juif,  qui  démarqua  la  Gnose 
chrétienne  dans  ses  moindres  détails.  Porphyre  n'a  jamais 
dit,  comme  on  le  lui  a  fait  dire,  par  une  «  sollicitation  » 
d'ailleurs  maladroite  de  son  texte,  que  les  Gnostiques  s'inspi- 
rèrent du  Zoroastrisme  :  ces  sectaires,, ;dit-il,  montraient  à 
tout  venant  les  Révélations  de  Zoroastre,  les  élucubrations  de 
Zostrien  et  d'autres  illustres  inconnus;  mais  il  affirme  que  ces 

(1)  Il  est  évident  que,  cLms  les  théories  des  Gnostiques,  la  Sophia  supérieure 
est  l'aspect  premier  et  supérieur  de  l'Ame  universelle,  qui,  dans  la  doctrine 
néo-platonicienne,  regarde  vers  le  monde  des  intelligibles,  et  transmet  les 
■■  idées  »  à  l'aspect  second  et  inférieur  de  l'Ame  universelle,  lequel  reçoit  les 
«  idées  »  et  les  réalise  dans  la  création  de  la  tangibilité  ;  ce  deuxième  aspect  de 
l'Ame  est  la  Sophia  inférieure  du  Gnosticisme  ;  mais  les  Gnostiques  ont  encore 
dédouble  son  concept  en  inventant  que  la  Sophia  inférieure  a  créé  le  Démiurge, 
li'quel  fait  le  xd-jp-o;.  L'Hélène  de  Simon,  comme  on  le  verra  plus  loin,  n'est 
autre  que  cette  Sophia,  c'ést-à-dire  l'Ame  universelle  du  Platonisme. 

[151] 


260  R.EVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

prétendues  Révélations  de  Zoroastre  étaient  un  faux  manifeste, 
comme  il  le  prouva,  et  qu'Amélius  perdit  son  temps  à  écrire 
quarante  livres  {sic)  pour  réfuter  les  insanités  de  Zostrien. 
Saint  Irénée  (i,  20)  dit,  dans  le  même  esprit,  que  les  disciples 
de  Marcus  montraient  une  quantité  d'opuscules  qu'ils  avaient 
composés  pour  tromper  les  badauds,  et  qu'ils  prétendaient 
contenir  les  trésors  de  la  science  antique;  les  exemples  de 
cette  littérature  pseudo-mazdéenne,  les  livres  de  Djamasp,  et 
ceux  de  la  prétendue  science  asiatique,  qui  ont  été  traduits  en 
arabe  par  les  Gnostiques  musulmans,  suffisent  à  montrer 
qu'ils  sont  des  faux  notoires ,  sans  l'ombre  de  valeur  histo- 
rique. 

Il  y  avait  dans  les  thèses  des  Gnostiques  une  part  d'orgueil, 
ou  plutôt  d'ignorance  vaniteuse;  si  on  les  en  croyait,  ils  eussent 
été  les  seuls  à  saisir  le  sens  de  la  nature  des  intelligibles,  à 
laquelle  Platon  n'aurait  rien  compris  (Plotin,  Ennéades,  II, 
IX,  6;  saint  Irénée,  i,  13);  cette  jactance  de  primaires  est  un 
défi  au  sens  commun.  Plotin  (II,  ix,  6),  saint  Augustin  {Cité  de 
Dieu,  VIII,  6),  Bossuet,  en  nombre  de  passages,  qui  furent  de 
grands  esprits,  ont  reconnu  sous  des  formes  diverses,  mais 
équivalentes,  que  la  doctrine  platonicienne  sur  le  monde  intel- 
ligible, sur  la  psychologie,  sur  la  théodicée,  sur  les  rapports  de 
l'Ame  avec  Dieu,  est  la  forme  la  plus  parfaite  de  l'explication 
de  ces  concepts  abstrus  qui  soit  née  dans  l'esprit  des  hommes, 
la  seule  qui  existe  réellement,  en  dehors  de  laquelle  il  n'est  rien. 

Cette  erreur  ne  sévissait  pas  seulement  chez  les  Chrétiens  : 
s'il  existait  des  Chrétiens  qui  voulaient  platoniser  dans  l'ou- 
trance et  dans  la  fantaisie,  il  y  avait  des  platoniciens  qui  chris- 
tianisaient dans  le  même  esprit;  ce  que  Ton  sait  par  Plotin 
(II,  ix,  10),  qui  a  adressé  sa  réfutation  des  Gnostiques,  non  aux 
Gnostiques,  ils  n'en  valaient  pas  la  peine,  mais  à  quelques  néo- 
platoniciens qui  avaient  adopté  les  lubies,  ou  certaines  lubies, 
de  ces  sectaires,  et  qui  prétendaient,  grâce  à  elles,  qu'ils  avaient 
raison  contre  Platon! 

Que  la  Gnose  soit  purement  chrétienne,  c'est  ce  qu'il  est 
facile  de  prouver:  dans  leurs  thèses,  les  Gnostiques  ne  parlent 
que  du  dogme  chrétien,  qu'ils  syncrétisent  avec  l'enseignement 
de  Platon;  c'est  en  vain  qu'on  y  chercherait  la  moindre  trace 

[152] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        261 

de  cette  «  sagesse  orientale  »,  qui  aurait  transformé  le  plato- 
nisme en  la  doctrine  alexandrine;  les  emprunts  que  les  Naas- 
séniens,  au  témoignage  d'Origène  {Contre  tes  hérésies,^),  ont 
fait  à  rÉsotérisme  assyrien,  sur  la  triplicité  de  Tàme,  à  celui 
des  Phrygiens,  sur  la  création,  à  V Évangile  d'après  les  Égyp- 
tiens, à  celui  de  saint  Thomas,  n'ont,  en  réalité,  laissé  aucune 
trace  dans  la  Gnose;  tout,  dans  la  terminologie  gnostique  est 
catholique,  le  nom  du  Christ,  de  la  Croix,  du  Saint-Esprit, 
du  Paraclet,  puisque  les  Catholiques,  exactement  comme  eux, 
nomment  l'Être  suprême,  ineffable,  incognoscible,  BjGb^-aTpwoç, 
ripo-ixwp.  Ce  n'est  point  dans  les  prétendues  Révétations  de 
Zoroastre  qu'ils  sont  allés  chercher  la  justification  de  leurs 
folies,  les  preuves  de  la  vérité  de  leur  doctrine,  mais  bien  dans 
une  interprétation  abusive  des  livres  de  V Ancien  et  du  Nou- 
veau Testament,  dont  ils  torturent  le  texte  par  un  système 
d'interprétation  allégorique  et  symbolique  (1),  grâce  auquel  on 
trouve  tout  ce  que  l'on  veut  trouver,  que  les  Talmudistes,  des 
siècles  plus  tard,  ont  emprunté  aux  Gnostiques,  sous  une  forme 
bien  connue  des  hébraïsants,  bien  loin  que,  sur  ce  point,  la 
Gnose  soit  le  disciple  de  la  Cabale,  puisqu'elle  l'avait  inventé  dès 
les  premières  heures  du  Christianisme:  «  sic  verba  tempérant, 
dit  saint  Jérôme,  et  ambigua  quaeque  concinnant  ut  et  nostram 
et  adversariorum  confessionem  teneant  »,  de  telle  manière  que 
les  Orthodoxes,  tout  comme  les  hétérodoxes,  trouvassent  leur 
compte  dans  ces  grimoires.  Rien,  dans  leurs  thèses,  ne  rappelle 
le  Mazdéisme,  ou  les  doctrines  des  religions  de  l'Asie  anté- 
rieure; tout  s'y  explique  merveilleusement  par  une  conjonction 
syncrétique  du  dogme  chrétien  avec  les  théories  platoniciennes  : 
le  monde  (saint  Irénée,  ii,  3)  est  le  fruit  du  péché,  et  il  a  été 
créé  par  l'ignorance,  ce  qui  est  aux  antipodes  de  la  pensée 
mazdéenne,  et  ce  en  quoi  il  faut  voir  le  syncrétisme  de  ces 
deux  concepts  que  la  matière,  le  substratum  du  monde,  est  une 
entité  maudite  chez  les  Platoniciens,  et  que  le  monde,  pour  les 
Chrétiens,  tout  au  moins  ses  habitants,  sont  les  victimes  du 
péché  originel.  La  rédemption,  dont  le  concept  n'est  ni 
mazdéen,  ni  platonicien,  qui  est  inutile  en  Perse  et  dans  le 

(1)  Eusèbe,  dans  son  Histoire  ecclésiastique,  livre  V,  chapitre  38,  les  accuse 
oralement  d'altérer  les  Écritures. 

[153j 


262       .  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Paganisme,  est  run  des  dogmes  essentiels  du  Gnosticisme^ 
comme  du  Catholicisme;  l'initiation  à  la  Gnose,  à  la  vraie 
science,  peut  seule  conduire  le  fidèle  à  la  rédemption  véritable 
(saint  Irénée,  i,  21);  seule,  elle  le  fait  entrer  dans  le  Plérôme,. 
dans  le  yio-ij.o;  divin,  et  régénère  le  croyant  dans  l'ipséité  de 
Dieu  (ibid.,  m,  15),  dans  un  esprit  où  Ton  reconnaît  encore, 
à  côté  du  concept  chrétien,  celui  de  Tinitiation  aux  mystères 
redoutables  d'Eleusis. 

Simon  le  Magicien  fut,  aux  premières  heures  de  la  Révéla- 
tion, un  apostat  du  Judaïsme,  un  candidat  indigne  à  la  foi 
chrétienne,  un  mauvais  platonicien,  avec  une  tendance  marquée 
à  l'allégorie;  il  sortit  de  l'orthodoxie  judaïque,  sans  entrer 
dans  celle  du  Christianisme,  auquel  il  ne  comprit  rien,  et  contre 
lequel  il  exhala  sa  mauvaise  humeur  en  attaques  virulentes 
contre  le  Christ,  qu'il  traitait  de  sorcier,  de  mauvais  magicien, 
comme  le  montre  suffisamment  cette  apostrophe  qu'il  adressa 
à  saint  Pierre  :  «  sicut  ille  qui  misit  te  magus  qui  nec  se  ipsum 
potuit  liberaredecrucis  poena:  comme  ce  mage  qui  t'a  envoyé, 
et  qui  ne  put  se  libérer  lui-même  du  supplice  de  la  Croix  ».  Le 
Créateur,  dans  la  théorie  de  Simon,  n'est  point  le  Dieu  suprême, 
car  Dieu  ne  peut  s'abaisser  à  former  la  matérialité  du  y.ba\).oq  ; 
d'où  il  reconnaît  un  Dieu  suprême  et  unique,  puis  une  Intelli- 
gence formatrice,  qui  lui  est  soumise,  qui  crée  les  Anges. 
qui  créent  le  ■/.ôajj.oç  (1);  cette  théorie  conduit  tout  naturelle- 
ment à  celle  du  Démiurge,  créateur  du  monde  matériel,  et  il 
faut  voir  l'origine  de  cette  doctrine  dans  le  système  des 
Gnostiques;  le  démon,  dans  l'idée  de  Simon  le  Magicien,  est 


(1)  Simon  est  Dieu  le  Père,  et  parvenait  à  le  faire  croire,  puisque,  au  témoi- 
gnage de  saint  Justin  {Apologie  première  pour  les  Chréliens,  pages  59  et  77  j 
Migne,  P.  G.,  VI,  367,  413),  il  avait  sa  statue  à  Rome,  dans  une  île  du  Tibre^ 
avec  cette  inscription  en  latin  :  Stixwvi  Seto  <7âyxTw-,  sa  pensée  "Ewoia  descendit 
sur  le  plan  inférieur,  et  devint  la  courtisane  Hélène,  avec  qui  il  vécut,  laquelle 
donna  naissance  aux  Anges  et  aux  Puissances,  qui  créèrent  le  monde  (saint 
Irénée,  I,  xxin;  II,  viii;  IV,  vi);  Simon,  d'après  ce  que  raconte  une  homélie  attri- 
buée à  saint  Clément  Romain  {Homélie,  II,  25),  affirmait  que  cette  Hélène- 
descendue  du  ciel,  essence-mère  de  toutes  les  entités,  était  la  Sophia,  X^yet...  ôx; 
aa(xu.iÔTopa  oyatav  xai  Soytav,  ce  que  dit  également  TertuUiea  (de  Anima,  31), 
en  termes  moins  clairs;  d'où  il  suit  que  Simon  a  passablement  brouillé  les 
concepts  platoniciens  et  néo-platoniciens,  la  'Ewotat  du  premier  Principe,  qui 
est  le  principe  de  la  Noùç,  ne  pouvant  pas  être  la  Wv/yi,  l'Ame  universelle. 

[154] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DAXS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.       263 

une  création  autonome  de  la  matière,  ce  en  quoi,  manifeste- 
ment, il  faut  voir  l'exagération  du  platonisme,  qui  continuait 
les  théories  du  pythagorisme,  sans  la  moindre  induence  de 
riranisme;  la  matière  est  une  puissance  métacosmique,  éter- 
nelle comme  Dieu,  infinie,  amorphe,  indéterminée,  essentielle- 
ment maléfique;  elle  est  l'origine  de  tout  mal,  et  elle  combat 
ainsi  les  desseins  delà  Divinité;  cette  théorie,  issue  de  l'évo- 
lution de  la  philosophie  grec(|ue,  ralliait  de  nombreux  parti- 
sans. Simon  le  Magicien  ne  fait  (ju'indiquer  la  tendance  du 
Gnosticisme  vers  l'hérésie  manichéenne  (1),  mais  cette  ten- 
dance s'affirme  bientôt  chez  Basilide,  qui  s'était  entièrement 
délivré  d<'  l'emprise  judaïque,  tout  en  demeurant,  comme 
Simon,  un  allégorique;  Basilide,  en  fait,  qui  voyagea  en  Perse, 
est  le  fondateur  du  Manichéisme;  il  demeure  entièrement 
chrétien,  mais  c'est  lui  qui  a  inventé  la  singulière  théorie  de 
r«  apparence  »  de  Jésus,  que  Manès  poussa  à  l'extrême,  laquelle 
est  née,  non  d'une  influence  iranienne,  mais  tout  simplement 
d'une  interprétation  erronée  de  ce  que  dit  saint  Paul,  dans  son 
Èpitre  aux  PhiJippiens  :  «  soyez  dans  la  même  disposition  où  a 
été  Jésus-Christ...;  en  prenant  la  forme  d'esclave,  en  se  rendant 
semblable  aux  hommes,  et  reconnu  pour  homme  par  tout  ce 
qui  a  paru  de  lui,  il  s'est  humilié  lui-même,  se  rendant  obéis- 
sant jusqu'à  la  mort...  »  (5,  7,  8);  d'où  Basilide  a  conclu  un  peu 
vite  que  Jésus-Christ  ne  fit  que  «  ressembler  »  à  un  homme,  sans 
être  réellement  un  homme,  tout  comme  le  Saint-Esprit  {saint 
Luc,  III,  22),  descendit  sur  le  Christ  sous  une  forme  visible, 
comme  une  colombe,  sans  être  en  réalité  une  colombe,  ou  rien 
qui  y  ressemblât.  Et  ce  fait  n'a  rien  de  surprenant,  sir  lo^étlé- 
cliit  que,  de  ce  passage  de  saint  Paul,  saint  Justin,  qui  fut  suivi 
par  saint  Basile  et  par  saint  Cyrille  d'Alexandrie,  déduisit  que, 
non  seulement  le  Christ  avait  pris  par  humilité  l'apparence  d'un 
esclave,  mais  encore  qu'il  se  révéla  dans  ce  monde  sous  la 
forme  du  plus  laid  des  enfants  d'Adam.  Comme  la  plupart  des 
peintres  du  moyen  âge  furent  des  religieux  de  l'ordre  de  saint 

(1)  Les  Pères  grecs  regardent  Simon  comme  l'ancêtre  des  sectes  hérétiques 
(saint  Irénée,  livre  1,  ch.  xxvii;  livre  III,  intr.  ;  saint  Cyrille,  Inslruclions,  vi, 
g  14;  Conslitullons  apostoliques,  attribuées  à  saint  Clément  Romain,  livre  VI, 
ch.  VII). 

[155] 


264  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Basile,  cette  laideur  du  Christ,  laquelle  sourit  d'ailleurs  à  leur 
médiocrité,  devint  un  dogme  du  Canon  iconographique. 

Kerdon,  comme  Simon  le  Magicien,  comme  Marcion,  ensei- 
gnait, suivant  ce  que  nous  apprend  saint  Irénée  (i,  27), 
l'existence  de  deux  principes  divins,  que  le  Dieu  qui  est  pro- 
clamé par  la  Loi  et  par  les  Prophètes  n'est  point  le  père  de 
Notre-Seigneur  Jésus-Christ;  l'un  de  ces  dieux  est  connu, 
l'autre  est  inconnu;  le  premier  est  capable  de  faire  l'injuste,  le 

second  ce  qui  est  bien  :  èoBa^s  xbv  ù-b  ~oo  vi;xc'j  -/.ai  ^rpcsT^-wv 
v.z-ATip'jy^jA'io^f  Osbv  \)/q  ctvai  7:x-épx  -oit  Kupiou  -qijmv  lr,(J0\j  Xoistou. 
Tbv  [j.àv  vip  Yvo)pt^£70at,  -bv  âè  àyvwta  slvat'  v.cà  xbv  \).ïv  à$r/.cv,  tsv  ce 

âyaObv  û-ip/siv  (1),  en  lisant  aoiv.iv  à  la  place  de  Sixaiov,  ce  qui  est 
confirmé  par  ce  que  saint  Épiphane  (page  300)  dit  de  cet  héré- 
tique, que  son  principe  inconnu  de  tous  est  le  dieu  bon,  qui  se 
nomme  le  père  de  Jésus,  et  que  son  principe  connu  des  hommes, 
le  Démiurge  qui  créa  le  monde,  ce  qui  explique  que  tout  y  aille 
si  mal,  est  un  mauvais  dieu...  hx  ày^cObv  v.xl  hx  x-fv^j-o^/  t:î; 

Traaiv  cv  v.xl  r.x-ipx  toj    It^go-j  xfy.A'/ixs,  y.x'.  l'va  tbv  A'/jtjAiupybv  zovripo"^ 

bnx  y.%\  ^(Vb)7-ov  '/rxXqsx^i-x  èv  tw  vi[j,(|);  telle  était  d'aiUeurs 
également  l'opinion  de  Sévérianus,  lequel  ajoutait  que  la 
femme  est  la  créature  de  Satan,  que  ceux  qui  se  marient  font 
et  accomplissent  l'œuvre  du  diable. 

Il  est  visible  que  ces  deux  principes  divins  de  Simon,  de 
Marcion,  de  Kerdon,  n  ont  rien  de  commun  avec  les  deux  prin- 
cipes antagonistes  du  Mazdéisme,  et  qu'ils  sont  les  deux  divi- 
nités du  philosophe  néo-platonicien  Numénius,  qui  sont  nées, 
tout  naturellement  d'une  évolution  de  la  pensée  hellénique. 
Le  concept  de  l'opposition  systématique  de  l'Esprit  du  mal  à 
la  volonté  de  l'Esprit  du  bien,  qui  est  l'essence  du  Mazdéisme 
avestique,  n'appartient  pas  à  l'Indo-européanisme  primitif;  il 
n'y  en  a  pas  de  trace  dans  l'Inde;  il  n'appartient  pas  davantage 
au  Sémitisme;  les  esprits  du  bien  font  le  bien  de  leur  côté,  les 
esprits  du  mal  créent  le  mal,  sans  coordonner  leurs  efforts  dans 

(1)  Saint  Cyrille  (Inslruclums,  iv,  g  4)  dit  également  que  les  hérétiques  ensei- 
gnaient qu'il  y  a  un  dieu  injuste  et  un  dieu  bon;  que  le  dieu  bon  est  le  créateur 
ot  le  souverain  de  l'ànie;  le  dieu  injuste,  le  créateur  et  le  souverain  des  corps  : 
âX).ov  elvoi  tbv  àôtKov  y.at  â)>>.ov  sîvat  tov  àyaOùv...,  en  lisant  tov  aotxov,  au  lieu  de 
ôi'xatov,  comme  dans  le  texte  de  saint  Irénée. 

[156] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    Mi'STICISME    ORIENTAL.         265 

■une  offensive  savante,  dans  une  stratégie  à  longue  période, 
•dans  une  tactique  de  riposte  immédiate  et  sans  pitié;  il  semble 
qu'il  soit  né  de  l'exagération  de  ce  qu'a  dit  Platon  dans  le 
Théétète  :  «  Il  n'est  pas  possible  que  le  mal  soit  détruit,  parce 
qu'il  faut  toujours  qu'il  y  ait  quelque  chose  qui  soit  contraire 
au  bien...;  c'est  une  inéluctalulité  qu'il  se  répande  sur  cette  terre 
et  autour  de  notre  nature  mortelle  »,  ce  que  répète  Plotin,  au 
•début  du  second  livre  de  la  première  Ennéade;  le  seul  moyen 
qui  soit  donné  à  l'homme  d'échapper  au  mal,  c'est  de  faire 
l'impossible  pour  se  rendre  semblable  à  Dieu  ;  l'Orient  n'a  retenu 
que  la  première  partie  de  la  sentence;  la  seconde  lui  a  paru 
inutile,  et  il  n'en  a  pas  compris  le  sens,  qui  dépassait  de 
beaucoup  ses  moyens;  il  a  l'ait  de  la  matière  maléfique  un 
Démiurge  mauvais  qu'il  a  opposé  au  bon  Démiurge,  bien  loin 
que  les  Hellènes  aient  emprunté  à  l'Orient  le  concept  des  deux 
principes.  La  théorie  de  l'intluence  de  la  philosophie  orientale 
sur  celle  de  la  Grèce  est  une  pétition  de  principes,  comme  je 
le  montrerai  par  la  suite;  le  Zohar,  le  livre  de  la  cabale  juive, 
dans  lequel  on  veut  i-etrouver  les  sources  originelles  du  néo- 
platonisme, a  été  écrit  au  début  du  xiv''  siècle,  comme  on  peut 
le  voir  dans  cette  Revue  (année  1928,  page  50),  d'après  des  doc- 
1;rines  issues  des  fantaisies  gnostiques,  nées  elles-mêmes  d'une 
évolution  pathologique  du  néo-platonisme;  il  faudrait  prêter 
attention  à  ce  fait  que  nous  ne  connaissons  de  philosophie,  de 
théodicée,  de  psychologie,  de  logique,  uniquement  que  dans 
rOrient  qui  a  été  conquis  par  les  Grecs  au  iv"  siècle;  que  la 
philosophie  transcendante,  manifestement,  dans  l'Inde,  a  subi 
une  influence  hellénique,  bien  loin  que  le  contraire  se  soit 
produit  :  «  Où  sont,  a  dit  saint  Jean  Chrysostome  {Homélie  pour 
les  Goths;  Migne,  P.  G.,  LXIII,  .501),  les  œuvres  de  Platon,  de 
Pythagore,  et  des  auteurs  qui  ont  écrit  à  Athènes?  Elles  ont 
disparu.  Où  sont  les  paroles  des  pécheurs  et  des  hommes  qui 
vivaient  sous  leurs  tentes  (les  Apôtres)?  Non  pas  seulement 
en  Judée,  mais  dans  la  langue  des  Barbares...,  car  les  Scythes, 
les  Thraces,  les  Sarmates,  les  Maures,  les  Hindous  et  les 
peuples  qui  vivent  aux  extrémités  du  monde  les  ont  chacun 
translatées  dans  leur  langue,  et  ils  philosophent  sur  ces 
•thèmes  ».  La  philosophie  grecque,  celle  de  Platon  et  des  Pytha- 

[157] 


■^QQ  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

goricieus,  repose  sur  des  concepts  mathématiques  qui  furent 
très  supérieurs  à  ceux  de  l'Orient  [Revue  de  /^Orient  Chrêtie\i,. 
ibid.,  pages  33  et  suiv.);  il  est  plus  que  probable  que,  dans  ce 
domaine,  comme  dans  celui  de  l'astronomie,  les  Hindous  furent 
les  élèves  des  Grecs  qui  étaient  venus  coloniser  les  marches 
de  l'Extrême-Orient;  les  autres  peuples,  les  autres  civilisa- 
tions, ne  connaissent  guère  qu'une  morale  élémentaire  et  une 
métaphysique  enfantine,  tels  les  Chinois,  dont  la  doctrine,  d'une 
pureté  absolue,  rappelle  la  morale  de  Socrate;  mais,  au  «  con- 
nais-toi toi-même  »,  les  Célestes,  dans  V Invariable  milieu, 
ne  répondent  pas,  comme  les  Musulmans,  dans  l'évolution  de  la 
pensée  platonicienne  :  «  qui  se  connaît,  par  cela  même,  connaît 
son  l'ieu  »,  car  ils  disent  «  celui  qui  est  arrivé  à  la  connais- 
sance de  soi-même,  peut  connaître  autrui,  et  de  là,  s'élever  à 
la  science  de  la  natu-re  »,  ce  qui  est  essentiellement  différent. 
Que  les  Gnostiques,  Basilide,  Valentin,  Carpocrate,  racontent 
dans  leurs  élucubrations  que  notre  âme,  depuis  le  principe  du 
monde,  se  trouve  dans  un  état  perpétuel  de  métensomatose, 
dont  le  but  est  de  lui  donner  les  moyens  de  se  perfectionner  et 
d'arriver  à  la  Raison  intégrale,  qui  lui  permettra  de  rentrer 
dans  le  Plérôme,  que  cette  théorie  décalque  celle  du  samsara 
et  du  nirvana  des  Bouddhistes,  c'est  ce  qui  est  à  la  rigueur 
possible,  bien  que  Plotin  {Ennêades,  II,  ix,  5),  qui  avait  de 
ces  questions  un  sentiment  très  supérieur  au  nôtre,  affirme  que 
cette  thèse  est  un  emprunt  à  Platon,  ou,  au  moi  ns,  une  exagé- 
ration de  ce  qu'il  raconte  dans  le  Phédon,  dans  le  Phèdrey 
dans  la  République,  sur  les  jugements  des  âmes  après  la 
mort,  sur  les  fleuves  qui  se  trouvent  dans  les  Enfers  et  le& 
métensomatoses;  mais  cela  ne  signifie  nullement  qu'il  y  eut 
une  influence  généralisée  des  dogmes  orientaux  sur  le  plato- 
nisme; j'ai  montré,  dans  cette  Revue  (192(3,  page  413),  que, 
sous  la  domination  des  Séleucides,  des  moines  bouddhistes 
étaient  venus  apporter  la  parole  de  Sakyamouni  aux  rives  de 
la  mer  Egée;  le  Sémitisme  se  trouva  pris  entre  deux  influences,^ 
celle  du  Bouddhisme  à  l'Est,  celle  de  l'Hellénisme  à  l'Occident; 
d'un  Hellénisme  en  pleine  évolution,  qui  tendait  vers  un  mono- 
tliéisme  et  une  doctrine  de  charité  qui  le  rapprochait  des  pré- 
dications du  fils  de  Maya;  ces  deux   influences  modifièrent 

[158] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        '207 

profondément  le  concept  psychologique  des  Juifs,  en  l'aiioucis- 
sant,  puisqu'en  Tannée  161  avant  notre  ère,  Judas  Macchabée 
envoya  douze  mille  drachmes  à  Jérusalem,  afin  d'offrir  un 
sacrifice  pour  le  repos  de  Tâme  de  ses  soldats  qui  avaient  été 
tués  en  combattant  contre  le  gouverneur  de  Tldumée,  Gorgias 
[Macchabées,  ii,  12,  43-46)  «  pensant  avec  sagesse  et  pitié  à  la 
résurrection;  car,  s'il  n'avait  pas  eu  l'espoir  que  ceux  qui  étaient 
morts  devaient  ressusciter,  il  lui  eût  semblé  supertlu  et  vain 
de  prier  pour  les  morts;  mais  il  estimait  que  ceux  qui  étaient 
morts  pieusement  pour  la  patrie  étaient  destinés  à  recevoir 
au  ciel  une  précieuse  récompense;  c'est  une  pensée  sainte  et 
bienfaisante  de  prier  pour  les  morts,  afin  qu'ils  soient  délivrés 
de  leurs  péchés  ».  Cette  évolution  du  concept  juif  de  l'àme  l'a 
amené  à  un  stade  essentiellement  différent  de  celui  du  concept 
du  Livre  des  Rois,  du  s/iëol,  qui  est  à  peu  près  celui  de  la  àuy-fi 
achéenne  dans  laNs-Auta,  en  préparant  les  voies  au  Christianisme. 

Tout  ce  que  racontent  les  auteurs  de  la  fin  de  l'Antiquité 
classique  sur  les  métaphysiques  et  les  théogonies  des  Égyptiens, 
des  Phéniciens,  desChaldéens,  des  Perses,  des  Hindous,  est  une 
pure  fiction,  dans  la  trame  de  laquelle  on  rencontre  quelques 
réalités  enroliées  dans  une  série  d'inventions,  qui  constituent, 
comme  je  l'exposerai  autre  part,  et  ce  qui  est  l'évidence 
même,  un  étrange  syncrétisme  helléno-oriental,  dont  le  but, 
sous  la  plume  d'écrivains  nés  dans  les  provinces  d'Orient,  est 
d'établir  l'antériorité  de  l'Orientalisme  sur  l'Hellénisme,  et  l'ori- 
gine asiatique  de  la  civilisation  grecque. 

Tous  les  Pères  de  l'Église  grecque,  lesquels  étaient  bien 
placés  pour  juger  les  Manichéens,  s'accordent  pour  les  consi- 
dérer comme  des  Chrétiens  sortis  de  l'Orthodoxie.  Saint  Gré- 
goire de  Nysse  {contre  Euménius,  livre  I)  les  regarde  comme 
des  tous,  qui  ont  dichotomé  la  Personne  de  Dieu  le  Père  et  de 
Dieu  le  Fils,  dans  le  même  esprit  maléfique  qui  incitait  les 
Gnostiques  à  multiplier  les  aspects  de  la  Nojç,  ce  qui,  fatale- 
ment, à  conduit  Manès  à  la  théorie  des  deux  principes,  et  telle 
est  également  l'opinion  de  saint  Jean  Chrysostome  {Homélies 
sur  saint  Matthieu,  xvi,  6;  xxvi  ou  xxvii,  6;  xlix  ou  l,  2;  li  ou 
LU,  3;  Lxxxii  ou  lxxxiii,  2).  Cyrille,  évêque  de  Jérusalem 
{Instructions,  vi,  21)  dit  formellement  que  Manès  a  été  rejeté 

[159] 


268  rp:vue  de  l'orient  chrétien. 

du  sein  de  l'Église.  Les  Manichéens,  en  effet,  reconnaissaient 
le  Verbe,  mais  ils  niaient  son  incarnation  (Cyrille  d'Alexandrie, 
cinquième  discours  sur  Isaïe,  I;  saint  Athanase,  premier 
discours  sur  les  Ariens,  53);  ce  en  quoi  les  Manichéens  étaient 
parfaitement  logiques,  puisqu'ils  ne  voulaient  pas  que  le  Christ 
qui  fut  crucifié  fût  le  Christ,  mais  une  image  virtuelle  du  Fils, 
lequel,  d'après  Manès,  était  consubstantiel  avec  le  Père  ciJ.csJjicv 
TC'j  OaTpbç  Tb  Virr^^\}.y.  (saint  Athanaso,  des  Synodes  de  Rimini 
et  de  Séleucie,  19),  et,  partant,  ne  pouvait  revêtir  une  forme 
tangible. 

Que  les  Manichéens  aient  parfaitement  connu  le  Christ,  c'est 
une  circonstance  sur  laquelle  ne  plane  aucun  doute,  bien  qu'ils 
aient  dénaturé  le  sens  de  ce  nom,  et  bien  qu'ils  nomment  leur 
Christ,  la  N:u;  platonicienne  (Alexandre,  évêque  de  Lycopolis, 
Traité  sur  les  doctrines  des  Manichéens,  24).  S'ils  n'ont  pas 
■connu  le  véritable  Christ,  comme  l'affirme  l'évêque  de  Lycopo- 
lis, et  s'ils  en  ont  fait  la  seconde  hypostase  du  néo-platonisme, 
il  n'en  est  pas  moins  avéré  qu'ils  révéraient  un  Christ,  puis- 
qu'ils regardaient  comme  le  Christ  le  soleil  qui  s'obscurcit  à 
la  mort  du  Fils  de  Dieu  (Cyrille,  évêque  de  Jérusalem,  Ins- 
tructions,vi,  13;  XV,  3);  ils  estimaient  que  Manès  est  leur  Christ, 
ail  même  titre  que  les  Ariens  soutenaient  qu'Arius  était  le  leur 
(saint  Athanase,  premier  discours  contre  les  Ariens,  2). 

Que  Manès  ait  été  le  chef  d'une  secte  chrétienne,  c'est  ce  que 
montre  le  fait  qu'il  discriminait  entre  ï Ancien  et  le  Nouveau 
Testament,  en  affirmant,  comme  nous  l'apprend  saint  Épi- 
phane,  dans  son  Traité  contre  les  hérésies  (page  694),  qu'il  est 
impossible  d'admettre  qu'ils  aient  le  même  auteur  :  sj  ojva-xt 

£vbç  oioajy.aXiou  zhxi  IdaXaià  y.xl  Kxvr,  A',a9r;y.Y;,  l'Ancien  Testament 

étant  l'œuvre  du  démon,  et  les  prophètes  du  Judaïsme,  ses 
suppôts  (Photius,  'Traité  contre  les  Manichéens,  m,  1,  2,  5,  8); 
c'est  ce  que  prouve  également  cette  circonstance  que  les  Mani- 
chéens révéraient  VÉvangile,  mais  seulement  dans  ses  parties 
ou  la  Croix  n'était  pas  figurée,  parce  que  la  Croix,  qui  était  faite 
de  bois,  d'une  matière,  ressortissait  à  l'esprit  du  mal  (Photius, 
ibid.,  I,  7,  10).  Tous  les  auteurs  grecs  s'accordent  pouraffirmer 
que  les  Manichéens  re}e\3i\entV  Ancien  Testament,  et  reconnais- 
saient quelques  parties  du  Nouveau  Testament  (Titus,  évêque 

[160] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        269' 

de  Bosra,  contre  les  Manichéens,  m,  1  ;  saint  Athanase,  Ency- 
clique contre  les  Ariens,  23;  premier  discours  contre  les 
Ariens,  8);  ils  ne  se  gênaient  d'ailleurs  nullement  pour  falsi- 
fier le  Nouveau  Testament ,  et  ils  écrivirent  même  un  Évan- 
gile dont  ils  attribuèrent  la  paternité  à  saint  Thomas  (Cyriller 
évêque  de  Jérusalem,  Instructions,  iv,  36);  les  Pauliciens 
rejetaient  les  Prophètes  et  tout  V Ancien  Testament,  n'attri- 
buant d'autorité  qu'aux  Évangiles,  aux  Actes  et  aux  Épifres,. 
à  l'exclusion  de  celles  de  saint  Pierre;  les  Bogomiles,  qui 
furent  également  des  Chrétiens  manichéens,  ne  reconnaissaient 
que  le  Psautier,  les  quatre  Évangiles,  et  un  septième  livre, 
formé  des  Actes  des  Apôtres,  des  É pitres  et  de  V Apocalypse. 
C'est  ce  que  prouve  également  l'intitulé  de  la  lettre,  ou  de  la 
prétendue  lettre,  que  Manès  écriyit  à  Marcellus,  où  il  se  dit 
Mavr/aîi;  à-icrisAcç  'lYjffoii  XptaTou  ;  si  ce  document  n'est  pas 
authentique,  s'il  n'y  faut  voir  qu'une  invention  des  disciples 
de  Manès,  il  n'en  reste  pas  moins  évident  qu'à  l'époque  à 
laquelle  ils  l'ont  fabriqué,  ils  avaient  la  conscience  très  nette 
de  l'origine  chrétienne  de  la  secte  manichéenne,  sans  que  cela 
fasse  l'onibre  d'un  doute.  C'est  également  ce  qui  se  trouve 
confirmé  par  l'anathème  que  les  Manichéens  devaient  prononcer 
contre  le  chef  de  la  secte  pour  rentrer  dans  le  giron  de  l'Église  : 

àvaôcij.aT^o)  Mâvevta  -bv  v.xl  Mavr/aï:v   y.al    Kitj5pi/,ov,    Sq   £t6X[j//;!7îv 

èauxbv  napâ7.A"/)Tov  bvz[).x^iv/  /.al  'ATrôaioAiv  'I-^sou  Xpio-Tcu  [Appen- 
dice a  uoc  Récognitions  de  saint  Clément  Romain,  III;  Migne, 
P.  G.,  I,  1461);  par  ce  fait  que  les  Manichéens  avaient  divinisé 
la  lune  et  le  soleil,  disant  que  le  soleil  est  le  Christ,  comme  le 
montra  cette  circonstance  qu'il  s'éclipsa  quand  le  Fils  de  Dieu 
fut  cloué  sur  la  Croix  (Théodoret,  Précis  des  fables  racontées 
par  les  hérétiques,  320);  par  ce  fait  qu'ils  reconnaissaient 
l'existence  du  Père,  du  Fils,  du  Saint-Esprit,  celle  de  la  Vierge, 
puisqu'ils  disaient  :  niaT£Ûo[^,£v  sic  Tuavayiav  ©soTÔy-ov  £V  fi  £tff^A6£v 
/.ai  £;y;a6£v  z  KJpijç  «  Nous  croyons  en  la  très  sainte  Mère  tle 
Dieu,  en  laquelle  est  entré  le  Seigneur,  et  dont  il  est  sorti  » 
(Photius,  Traité  contre  les  Manichéens^  I,  ,^  6  et  7),  insultant 
et  maudissant  saint  Pierre,  parce  qu'il  avait  renié  son  maître 
[ibid.,  I,  8).  Aussi,  les  Manichéens  se  réclamaient-ils  du  Chris- 
tianisme :  «  ces  racailles,  dit  Photius  (I,  §  6),  se   nomment 

[161] 


270  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

eux-mêmes  les  véritables  Chrétiens  romains;  ils  s'appliquent 
cette  dénomination  de  Chrétiens  à  laquelle  ils  n'ont  aucun 
droit  »  :   'Eau^oùç  (éd.  et  man.  grec  1228,  folio  702  recto,  -/.al 

TC'jç)  [J.èv  àX'^Owç  ovxaç  XpiCTiavoùç  Pw[;.aiouç  oî  -piioùa-CTipoi  èvo[j.à- 
Ço'jo-iv.    'EaUTOÏç    es    Tr^v    y.X'^o'iv,   riç   ocWbxpici  7:av'uî).ûç  ■/.aôeff-i-f^'/.aj',, 

Twv  Xpic7Tiavwv  TCcpuTîToucriv,  et  ils  n'hésitaient  pas  à  nommer  leur 
confession  1'  «  Église  catholique  »  y.a6oXiy.Y]v  ce  'Ey.-/.///;a{av  Ti 
éajTwv  xa).oj(7t  auvÉopia  {ibid.,  I,  §  9);  les  Pauliciens  et  les 
Cathares  juraient  aussi  qu'ils  formaient  la  véritable  Église 
chrétienne. 

Encore  faut-il  remarquer,  ce  que  l'on  n'a  jamais  fait,  que  le 
Manichéisme  est  beaucoup  plus  platonicien,  c'est-à-dire  hellé- 
nique, et  chrétien,  qu'il  n'est  mazdéen;  qu'il  est  un  dualisme 
chrétien,  où  manque  l'élément  essentiel  du  Mazdéisme,  le  culte 
du  Feu;  car,  si  l'on  en  croit  le  témoignage  de  saint  Epiphane 

(page  630),  Manès  disait  :  -^v  Oïlq  v.y.\  'JXr,,  çw;  y.al  cjy.iTOç, 
àyaôbv  y.al  y,axbv,  xciq  TCajW  à'y.pojç  ivavTÙ  o)ç  v.y-h  i):r,oïv  STriyoïvoivsîv 

GâTspov  OaTépw  «  qu'il  y  a  Dieu  et  la  matière,  la  lumière  et 
la  ténébrosité,  le  bien  et  le  mal,  tous  (ces  binômes)  telle- 
ment contraires  les  uns  aux  autres  qu'ils  ne  peuvent  avoir 
aucune  relation  entre  eux  »;  ce  pourquoi  Archélaus,  évèque 
de  Cascar,  accusa  formellement  Scythien,  le  maître  de  Manès, 
c'est-à-dire  Manès  lui-même,  d'avoir  pris  la  théorie  de  ses 
deux  principes  à  Pythagore.  Saint  Augustin  ne  parle  pas 
davantage  de  deux  dieux  des  Manichéens  :  Unus  deus  est  an 
duo?  Plane  unus.  Quomodo  ergo  vos  duo  asseritis?  Nunquam 
-in  nostris  quidem  assertionibus  duorum  deorum  audituin  est 
nomen...  Est  quidem  quod  duo  principia  conlitemur,  sed  unum 
ex  his  Deum  vocamus,  alterum  hylen  (•jX-/)v),  aut,  ut  commu- 
niter  et  usitate  dixerim,  daemonem  {Contra  Faustum  mani- 
chaeum,  livre  XXI);  et  nostra  professio  ipsa  est  quod  incor- 
ruptibilis  sit  Deus,  quod  lucidus,  quod  inadibilis,  intenibilis, 
impassibilis,  quod  aeternam  lucem  et  propriam  inhabitet; 
quod  nihil  ex  sese  corruptible  proférât,  nec  tenebras,  nec 
daemones,  nec  Satanam...  {Contra  Fortunatuni  nianichaeum); 
haec  quippe  in  exordio  fuerunt  duae  substantiae  a  sese  divisae. 
FA  luminis  quidem  imperium  tenebat  Deus  Pater...  aeternitate 
propria   semper  exsultans,  continens  apud  se  sapientiam   et 

[162] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.       271 

sensus  vitales  {Contra  episiolam  Manichaei  quam  vocant 
Fundamenti,  chap.  xiii).  C'est  manifestement  dans  le  même 
sens,  mais  d'une  manière  encore  plus  caractéristique,  quoique 
inexacte,  en  mélangeant  aux  thèses  manichéennes  celle  du 
Zarvanisme,  que  Photius,  dans  son  Traité  contre  les  Mani- 
chéens (I,  §  6),  a  écrit  qu'ils  ont  deux  principes,  mais  que  Dieu 
le  Père  est  essentiellement  différent  de  ces  deux  principes, 
qu'il  ne  régnera  qu'à  la  fin  des  temps,  sur  un  monde  futur, 
vraisemblablement  quand  le  mal  et  le  bien  auront  cessé  leur 
combat,  et  quand  le  bien  dominera  dans  l'univers.  Dieu  le 
Père,  et  manifestement  aussi  les  deux  principes,  sont  com- 
plètement différents  du  Démiurge,  qui  a  créé  l'Univers,  et  qui 
règne  sur  sa  forme  actuelle,  tandis  que  Dieu  le  Père  régnera 
dans  l'éternité  future  sur  le  monde  potentiel. 

La  doctrine  des  Byzantins  est  constante  sur  ce  point; 
Alexandre,  évèque  de  Lycopolis,  dans  son  Traité  sur  les  doc- 
trines des  Manichéens  (3),  affirme  que  les  Manichéens  ne  recon- 
naissent pas  deux  dieux,  mais  bien  deux  principes  divergents, 
dont  le  premier  est  la  Divinité,  et  le  second,  la  matière, 
laquelle  ne  participe  en  rien  de  l'essence  divine;  la  lumière 
réside  dans  les  hauteurs  de  l'empyrée  avec  Dieu,  les  ténèbres, 
avec  la  matière,  dans  les  parties  inférieures  du  •A.z<:\xoq;  cette 
matière  des  Manichéens  est  certainement  une  modalité  de 
colle  de  Platon  et  de  Plotin,  car,  si  l'on  en  croit  le  témoignage 
d'Alexandre  de  Lycopolis,  elle  est  le  mouvement  même  qui 
existe  originellement  dans  toute  entité;  ce  qui  montre  que  ce 
concept  de  la  matière,  chez  Manès,  est  manifestement  un  aspect 
de  celui  de  la  matière  dans  la  philosophie  hellénique,  dont 
l'idiosyncrasie  est  justement  ce  mouvement  désordonné  et  vio- 
lent, Manès,  dans  son  imprécision,  n'ayant  prêté  d'attention 
qu'à  la  caractéristique  qu'il  considérait  comme  essentielle  dans 
la  matière,  alors  que  celles  de  non-existence  et  d'indétermina- 
tion sont  au  moins  aussi  importantes.  La  doctrine  des  Mani- 
chéens sur  ces  points  ne  pouvait  pas  ne  pas  s'écarter  en 
quelque  manière  des  thèses  néo-platoniciennes,  qui  étaient 
beaucoup  trop  compliquées  pour  eux,  et  qu'ils  ne  comprirent 
qu'en  partie,  par  exemple,  quand  ils  dirent,  comme  en  témoi- 
gne l'évêque  de  Lycopolis  [ibid.,  9),  que  Dieu,  par  force  et 

[163] 


272  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

par  nécessité,  rendit  la  matière  élevée  comme  il  était  lui- 
même   élevé  :    5  Oebç  ^ix  -/.at  àvaY^yi   xaÛTvjv    y.exzMpO')  eTîOtV^jsv   coç 

ajTcv  ;  ce  en  quoi  il  faut  voir  une  glose  très  matérielle  du  concept 
suivant  lequel  le  Démiurge  est  tout  en  haut  de  l'univers,  la 
matière  tout  en  bas  ;  que,  partant,  si  le  Démiurge  veut  mani- 
puler la  matière  pour  en  former  le  monde,  il  faut  bien  qu'il 
l'élève  dans  la  lumière  où  il  réside,  puisqu'il  ne  peut  se  ravaler 
dans  les  ténèbres,  où  elle  stagne,  et  puisque  le  xôaixoq  doit 
e.xister  par-dessus  les  plages  inférieures  de  l'obscurité.  C'est 
par  suite  d'une  déformation  semblable  de  la  thèse  néo-pla- 
tonicienne que  les  Manichéens  disaient  {ibid.,  10)  que  Dieu 
a  créé  des  obstacles  à  la  matière,  parce  qu'il  veut  le  bien, 
et  que,  la  matière  étant  mauvaise  (l),  elle  ne  pourrait,  livrée  à 
ses  seules  idiosyncrasies,  que  produire  une  création  mauvaise. 
Mais  la  matière  n'a  point  le  pouvoir  ni  l'initiative  de  s'organiser 
sans  le  dessein  du  Démiurge;  Manès  n'a  pas  compris  ce 
qu'enseignaient  les  néo-platoniciens,  dans  une  intention  toute 
différente,  que  c'est  la  variété  des  obstacles  que  l'Ame  univer- 
selle rencontre  quand  elle  veut  créer  le  v.ba'^.oq  qui  explique 
les  infinies  modalités  de  la  création. 

Ces  théories,  exactement  comme  celle  qui  consiste  à  regarder 
les  corps  comme  mauvais,  parce  que  matériels,  n'a  absolument 
rien  à  voir  avec  les  enseignements  du  Mazdéisme,  qui  ne  s'est 
jamais  élevé  au  concept  de  la  matière  rebelle  à  la  volonté 
de  l'Esprit  du  bien,  de  la  matière  quelle  qu'elle  soit,  dans 
lequel  Ahriman  est  un  esprit  aussi  vivant  et  aussi  actif 
qu'Auhrmazd,  qui  n'a  rien  de  l'infinité,  de  l'indécision,  du 
non-être  de  la  matière.  Le  concept  de  la  matière,  substratum 
des  corps,  n'est  pas  oriental,  mais  bien  grec,  et  Origène,  dans 
son  Traité  sur  les  principes  (iv,  33),  a  parfaitement  remarqué 
que  son  nom  ne  paraît  pas  dans  ces  fonctions  dans  les  livres 
canoniques,  mais  seulement  dans  la  Sapience  de  Salomon,  qui 
fut  écrite  sous  l'influence  hellénique.  Le  concept  de  la  dualité 
de  l'esprit  et  de  la  matière,  qui  est  à  la  base  de  la  philosophie 

(I)  Les  Chrétiens  enseignent  également  la  nialéficience  de  la  matière,  clans 
le  sens  platonicien  ;  le  diable  est  un  esprit  irveûiia  créé  par  Dieu  pour  gouverner 
la  matière  dont  il  est  le  prince,  et  par  laquelle  il  contrecarre  les  desseins  du 
Créateur  (Athénagore,  Discours  aux  Chrétiens,  §  24). 

[164] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        273 

platonicienne,  a  tout  naturellement  porté  le  Manichéisme  à 
adopter  le  dualisme  des  Iraniens,  sous  la  forme  assez  grossière 
de  l'Esprit  du  bien  et  du  ziHo'kz:,  lequel  est  sorti  des  élucubra- 
tions  manichéennes  pour  contaminer  tout  le  Christianisme, 
dans  lequel  il  joue  un  rôle  véritablement  exagéré.  Au  témoi- 
gnage des  Grecs  et  de  saint  Augustin,  qui  le  connaissaient 
admirablement,  ni  Auhrmazd,  ni  Ahriman,  ne  paraissent  dans 
ce  prétendu  Mazdéisme,  où  tout  est  anti-mazdéen,  le  concept 
platonicien  que  les  âmes  sont  les  émanations  du  bon  Principe, 
c'est-à-dire  de  l'Ame  universelle,  la  troisième  hypostase, 
qu'après  la  mort  elles  passent  par  les  planètes  et  par  le  soleil, 
avant  d'aller  se  fondre  dans  l'Être  unique,  ce  qui  est  le  syn- 
crétisme de  deux  idées  platoniciennes,  et  ce  qui  n'a  rien  à  voir 
avec  la  doctrine  des  Guèbres. 

Les  deux  castes  entre  lesquelles  les  Manichéens  étaient 
répartis  d'après  leur  valeur  morale,  celle  des  Auditeurs,  qui 
•étaient  seulement  tenus  à  une  abstinence  relative,  et  celle  des 
Élus,  qui  devaient  pratiquer  une  abstinence  totale  et  absolue, 
rappellent  trop  les  deux  classes  des  Pythagoriciens  pour  qu'il 
soit  urgent  d'insister  sur  ce  point.  Les  Manichéens,  visiblement, 
ont  mélangé  les  thèses  du  Christianisme  avec  celles  du  pla- 
tonisme, conçu  dans  l'esprit  de  Numénius,  sans  qu'on  y  puisse 
véritablement,  à  l'origine,  trouver  la  trace  d'une  influence  maz- 
déenne;  les  auteurs  chrétiens  de  la  fm  de  l'Antiquité  ont  eu 
une  conscience  très  nette  de  ce  fait,  comme  le  démontre  ce 
qu'a  écrit  Photius,  dans  son  Traité  contre  les  Manichéens 
(i,  12),  sur  Scythianus,  qui  fut  le  maître  de  Térébinthe,  le 
Bouddha,  lequel  eut  Manès  pour  disciple  (sur  cet  invraisembla- 
ble syncrétisme,  voir  cette  Revue,  1925-1926,  127).  Scythianus 
lut  Aristote  (lire  Platon),  sans  y  rien  comprendre,  exacte- 
ment comme  Porphyre  accuse  les  Gnostiques  d'avoir  entendu 
tout  de  travers  le  sens  des  Dialogues  de  Platon;  ce  qui  ne 
l'empêcha  pas,  comme  les  Gnostiques,  d'écrirQ  des  œuvres 
philosophico-théologiques,  en  mélangeant  des  concepts  inexacts 
et  tronqués  des  théories  helléniques  avec  les  bizarreries  d'un 
Christianisme  plus  qu'hétérodoxe  :  VÉvangile,  une  contrefaçon 
scandaleuse  des  quatre  Évangiles,  dans  lequel  Scythianus 
prête  au  Christ  des  actions  abominables;  le  Principe;  les  Mys- 

[165] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  18 


274  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

tères,  dans  lequel  il  réfutait  les  prophètes  du  Judaïsme  en  les 
couvrant  d'injures;  le  Trésor  de  la  Vie,  qui  était  un  livre 
de  perdition. 

D'où  il  résulte  que  c'est  à  tort  que,  dans  son  Traité  sur  les 
errements  des  hérétiques  (page  318),  Théodoret  affirme,  d'après 
une  lecture  trop  rapide  de  ses  devanciers,  et  aussi,  peut-être, 
sous  l'influence  du  Mazdéisme,  assez  puissant  au  v"  siècle, 
que  Manès  reconnaissait  deux  divinités  également  incréées  et 
éternelles:  Dieu,  la  lumière,  le  Bien;  la  matière,  les  ténèbres, 
le  mal.  Dieu  était  éloigné  de  la  matière,  qu'il  ignorait,  et  la 
matière  ignorait  Dieu;  Dieu,  dans  le-/.5c7[xsç,  occupait  les  régions 
du  Nord,  de  l'Orient,  et  de  l'Occident;  la  matière,  le  Sud;  après 
une  longue  suite  de  siècles,  la  matière  découvrit  Dieu,  et  lui 
déclara  la  guerre.  Timothée(vi''-vii"  siècles),  dans  son  Traité  sur 
la  réception  des  hérétiques  dans  le  sein  de  l'Église  (Migne, 
P.  G.,  LXXXIIA,  col.  20),  a  bien  écrit,  ce  qui  est  une  erreur 
analogue,  que  les  Manichéens  ont  deux  divinités  également 
puissantes,  mais  il  ajoute  que  l'une  a  créé  la  lumière,  l'autre 
les  ténèbres,  et  qu'ils  nomment  le  diable  «  le  maître  de  la 
matière  »  apy^v  t-^ç  uX-^ç,  tous  concepts  qui  sont  absolument 
contraires  au  Mazdéisme,  où  Auhrinazd  et  Ahriman  vivent 
dans  la  Lumière  et  dans  les  Ténèbres  infinies,  sans  les  avoir 
créées,  où  Ahriman  n'a  jamais  été  considéré  comme  le 
maître  suprême  d'une  entité  dont  les  livres  des  Guèbres 
ignorent  l'existence.  Ces  théories  sont  aussi  contraires  au 
platonisme;  elles  sont  nées  d'un  développement  de  ce  qui  est 
dit  au  début  de  la  Genèse,  que  l'Éternel  créa  la  lumière; 
puisque  la  doctrine  platonicienne,  avec  son  dualisme  de  Dieu 
et  de  la  matière,  avait  abouti  au  concept  des  deux  principes 
opposés.  Dieu  et  le  démon,  comme  le  dit  saint  Augustin,  il  était 
tout  naturel  que  le  démon,  discriminé  de  la  matière,  devienne 
son  créateur. 

S'il  est  un  .fait  évident,  c'est  qu'Eusèbe  de  Césarée  considé- 
rait le  Manichéisme  comme  un  aspect  du  Christianisme,  car 
c'est  manifestement  aux  doctrines  de  Manès  qu'il  fait  allusion, 
vers  300,  dans  sa  Préparation  évangélique  (livre  I,  ch.  4), 
quand  il  affirme  que  les  nations  barbares  ont  vu  leurs  mœurs 
s'adoucir  sous  l'influence  de  la  religion  du  Christ  :  «  C'est  ainsi, 

[166] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        275 

écrit-il,  que  les  Perses  n'épousent  plus  leurs  mères,  depuis 
qu'ils  se  sont  faits  ses  disciples;  que  les  Scythes  ne  se  livrent 
plus  à  l'anthropophagie,  pour  cette  même  raison  que  le  Verbe 
du  Christ  a  pénétré  jusqu'à  eux;  que  pas  une  tribu  de  barbares 
ne  s'unit  plus  incestueusement  avec  ses  filles  et  ses  sœurs  : 

TCoêopsfv  Sxûôaç  Stà  xbv  y.at  [xé/piç  ajTÔv  eXôôvTa  -bv  Xpia-ou  Xôyov, 
[j.*/]0£  à'XXa  -(évri  ^apBxpMV  kxOitj'tJM^  Ouva-pàai  xai  àâsXça^  piYvuaOat.  » 
Eusèbe  ignore  complètement  Manès,  et  n'en  parle  point  dans 
ses  chroniques;  Samuel  d'Ani  ne  le  cite  point  davantage;  il  se 
borne  à  dire,  en  285-287  :  vesana  Manichaeorum  sectain  homi- 
num  consuetudinem  irrepsit;  d'où  il  suit  que  c'est  bien  du 
Manichéisme,  considéré  comme  une  secte  exclusivement  chré- 
tienne, qu'entend  parler  Eusèbe  de  Césarée,  qui  connaissait 
admirablement  ce  dont  il  parlait;  et  le  fait  est  patent  quand 
on  se  donne  la  peine  de  lire  ce  que  saint  Augustin  a  écrit 
contre  les  Manichéens;  les  Manichéens  ne  révéraient  pas  le  soleil 
et  la  lune  en  tant  que  divinités,  mais  uniquement  comme 
des  moyens  de  parvenir  à  Dieu  (Alexandre,  évêque  de  Lyco- 
polis,  Traité  sur  les  doctrines  des  Manichéens,  6);  ils  disaient 
couramment  que  le  mariaL'^e  est  une  institution  du  démon 
voiji,o6£(jî3c  -ou  oa{[;.ovcç;  ils  croyaient  à  la  métempsychose  (Timo- 
thée,  sur  la  réception  des  hérétiques;  Migne,  P.  G.,  LXXXVl  A, 
col.  20);  ils  affirmaient  que  le  Feu  est  l'œuvre  du  démon  parce 
qu'il  blesse  les  hommes  (Titus,  évêque  de  Bosra,  contre  les 
Manichéens,  ii,  26,  et  Photius,  Traité  contre  les  Mani- 
chéens, II,  7);  le  Feu,  dans  leur  concept,  était  entièrement  en 
dehors  du  monde;  il  est  la  matière  elle-même,  ce  qui  est  la 
réminiscence  d'une  très  vieille  théorie  grecque,  absolument 
contraire  à  ce  que  l'on  sait  par  les  textes  zends  (Alexandre, 
ibicL,  26);  toutes  les  entités  qui  vivent  sur  cette  terre  t^  e-v;ziy. 
sont  égalemement  des  créatures  du  démon  (Photius,  ibid.,  ii,  9), 
ce  qui  constitue  autant  d'abominations  au  point  de  vue  mazdéen, 
le  mariage  étant  une  œuvre  pie,  destinée  a  créer  des  défenseurs 
de  la  loi  d'Auhrmazd,  et  le  concept  de  la  métensomatose  étant 
absolument  étranger  aux  livres  desGuèbres;  prétendre,  dans 
le  Mazdéisme,  que  le  dieu  du  Feu  est  une  créature  d'Ahriman 
serait  un  blasphème  invraisemblable,  qui  n'a  jamais  eftleuré 

[1671 


276  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

les  lèvres  d'un  Perse;  les  entités  terrestres,  pour  les  Guèbres, 
sont  l'œuvre  d'Auhrmazd,  qui  les  ;i  créées,  dans  sa  bonté  et 
dans  son  omniscience,  pour  la  félicité  de  l'homme;  seules,  sur 
la  terre,  sont  des  œuvres  du  démon  les  créatures  infâmes  que 
l'Esprit  du  mal  a  produites  pour  faire  la  guerre  à  celles  de 
l'Esprit  du  bien  et  les  anéantir;  les  Manichéens,  comme  on 
vient  de  le  voir,  disaient  que  Dieu,  par  force  et  par  nécessité, 
a  élevé  la  matière  dans  le  monde  de  lumière  où  il  vit 
(Alexandre,'  ibid.,  9);  que  Dieu  a  créé  des  obstacles  à  la 
matière  [ibid.,  10),  parce  qu'il  veut  le  bien,  alors  que  dans 
YAvesta,  lequel,  d'ailleurs,  ignore  la  matière,  c'est  le  principe 
du  mal  qui  crée  au  Principe  du  bien  tous  les  obstacles  imagi- 
nables. 

Il  est  visible  que  les  Manichéens,  sur  beaucoup  de   points, 
ne  faisaient  que  suivre  les  Gnostiques.  Les  Pères  de  l'Église 
grecque  ne  discriminent  pas  les  Manichéens  des  Gnostiques, 
avec  lesquels  ils  les  confondent  absolument  :  Origène  réunit 
dans  une  même  malédiction  Marcion,  Apelle,  Valentin,  Manès; 
saint  Athanase  {Encyclique  contre  les  Ariens,  adressée  aux 
évèques  d'Egypte  et  de  Libye,  4)  et  saint  Jean  Chrysostome 
(Homélies  sur  saint  Matthieu,  xxvi  ou  xxvii,  6;  xlix  ou  l,  G), 
joignent  son  nom  à  celui  de  Marcion;  saint  Jean  Chrysostome 
{ibid.,  Lxxii  ou  lxxiii,  2)  et  Titus,  évêque  de  Bosra  {contre  les 
Manichéens,  ii,  5),  les  réunit  aux  disciples  de  Marcion  et  de 
Valentin;  Socrate,  dans  son  Histoire  ecclésiastique  (vu,  32),  les  • 
cite  en   même  temps  que   les  Montanistes.    L'hérésie  mani- 
chéenne, disent  Cyrille,  évêque  de  Jérusalem  [Instructions,  vi, 
17,  18,  20)  et  saint  Sérapion,  évêque  de  Thmouïs  {contre  les 
Manichéens,  ii),  est  faite,  ce  qui  est  parfaitement  exact,  de  la 
somme  de  toutes  les  hérésies  antécédentes,  de  l'intégrale  des 
aberrations  du  Gnosticisme,  poussées  à  leur  extrême  limite,  ce 
qui  la  rendait  d'autant  plus  redoutable,  et  ce  qui  attira  sur  elle 
la  rage  de  l'orthodoxie.  Manès  disait  que  le  dernier  Éon,  la  ^osb, 
dont  les  malheurs  et  les  peines  deca^ursont  l'origine  du  monde, 
était  hermaphrodite  (Cyrille,  archevêque  de  Jérusalem,  Instruc- 
tions, vi),  péjorant  ainsi  la  doctrine  gnostique.  Saint  Sérapion 
{ibid.)  affirme  qu'au  même  titre  que  Manès,  Valentin,  ïatien  et 
Marcion  invoquaient  le  nom  du  Christ,  tout  en  le  blasphémant. 

[1138] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        277 

Et  c'est  un  fait  patent  que  Manès  répétait  les  erreurs  de 
Marcion  et  de  Valentin,  qui,  sous  l'influence  du  dualisme  pla- 
tonicien, admettaient  l'existence  de  deux  principes,  et  même 
la  dualité  de  l'Esprit-Saint,  celui  qui  a  inspiré  les  prophètes 
n'étant  pas  le  même  que  l'Esprit  qui  parla  par  la  bouche  des 
Apôtres  (Origène,  Traité  sur  les  principes,  livre  II,  ch.  vu,  1)  ; 
comme  Manès,  Marcion  et  Valentin  niaient  que  le  Christ  fût 
mort  pour  la  rédemption  des  hommes  (saint  Jean  Chrysostome, 
homélies  sur  saint  Matthieu,  lxxxii  ou  lxxxhi,  3).  Marcion 
avait  dit  avant  Manès  que  V Ancien  Testament  et  le  Nouveau 
sont  les  œuvres  de  deux  divinités  différentes,  ce  qui  est  une 
variante  de  la  dichotomie  de  l'Esprit-Saint  dont  l'accuse  Origène 
(saint  Épiphane,  contre  les  hérésies,  4*2,   1;  Cyrille  d'Alexan- 
drie, Commentaire  sur  saint  Luc,    10);   les  Marcionites   ne 
reconnaissaient  que  saint  Luc,  et  rejetaient  les  trois  autres 
Évangiles;  encore,  au    témoignage   de   Tertullien,  de  saint 
Irénée,  d'Origène,  de  saint  Épiphane,  disaient-ils  que  VÉvan- 
gile  de  saint  Luc  est  l'œuvre  de  saint  Paul,  et  en  montraient-ils 
un  texte  tronqué  et  interpolé.  Marcion  avait  dit  avant  Manès 
que  le  Christ  qui  mourut  sur  la  Croix  ne  fut  pas  le  vrai  Christ 
(saint  Jean- Chrysostome,  homélies  sur  saint  Matthieu,  xliii  ou 
xLiv,  2;  Lxxxii  ou  lxxxiii,  2)  ;  que  le  Dieu  de  V Ancien  Testament, 
qui  créa  le  y.07[j.sç,  est  maléficient,  que  le  Père  du  Christ  est  dif- 
férent du  Démiurge,  qu'il  possède  les  idiosyncrasies  de  la  non- 
existence  et  de  la  non-création  d'aucune  des  entités:  xbv  ojx  cvt» 
c'ÛTs  T.oir,7y/i-i  xi  twv  iivxwv  (saint  Jean  Chrysostome,  ihid.,  xvi,  6; 
homélies  sur  TÉpltre  aux  Philippiens,  vi);  les  Saturniliens 
(saint  Épiphane,  63),  exactementcomme  les  Manichéens,  profes- 
saient la  plus  vive  horreur  pour  le  mariage,  ce  en  quoi  il  faut 
tout  simplement  voir  l'exagération  d'une  réaction  qui  se  pro- 
duisit, à  la  fin  de  l'Antiquité,  contre  la  lascivité  du  Paganisme, 
et  qui  créa  le  monachisme  chrétien;  la  métempsycose,  comme 
on  vient  de  le  voir,  était  l'un  des  dogmes  des  Valentiniens  et 
des  disciples  de  Basilide,  lesquels  l'avaient  peut-être  emprunté 
au  Bouddhisme.  Ce  qui  prouve  bien  que  le  Manichéisme  fut  une 
secte  chrétienne,  c'est  que  Manès  ne  fut  persécuté  dans  l'Iran 
que  lorsqu'il  se  prétendit  l'apôtre  du  Christ,  et  quand  il  parla 
de  réformer  le  Magisme,  ce  qui  attira  sur  lui  la  colère  du  roi 

[169] 


278  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Bahram  I"",  qui,  après  Hormisdas,  avait  adopté  ses  théories. 
Le  Christianisme  de  Manès  continue  les  errements  de  Basi- 
lide  dans  le  même  allégorisme,  dans  le  même  esprit  platonicien 
du  Gnosticisme,  et  son  concept  des  idiosjncrasies  du  Fils  de 
Dieu  a  passé  dans  l'Islam,  qui  clôt,  au  vii^  siècle,  la  longue 
série  des  hérésies  chrétiennes.  Les  Manichéens  niaient  que  le 
Christ,  né  de  la  Vierge  Marie,  ait  eu  autre  chose  qu'une 
existence  irréelle  et  potentielle  (1);  il  reçut  le  baptême;  il  subit 
la  tentation;  il  fut  bien  crucifié,  et  parut  expirer  sur  la 
croix,  mais  toutes  ces  péripéties  ne  furent  que  des  apparences, 
des  phénomènes  produits  par  une  pure  illusion  ;  ces  sec- 
taires niaient  que  le  Christ  eût  souffert  réellement  la  Passion, 
qu'il  fût  véritablement  mort  sur  la  Croix,  ce  qu'ils  considé- 
raient comme  l'impossibilité  absolue,  puisque  l'idiosyncrasie 
essentielle  et  évidente  de  la  nature  divine  est  l'impassibilité 
et  l'immortalité;  non  que  les  sens  des  spectateurs  de  la  Pas- 
sion furent  trompés  ou  se  soient  trompés,  mais  les  sens  ne 
jugent  et  n'enregistrent  que  des  apparences,  des  phénomènes, 
derrière  lesquels  se  cachent  des  formes  nouménales  qu'il  est 
impossible  d'atteindre,  ce  qui  est  le  concept  du  Kantisme  et  de 
la  science  moderne;  puisque  les  sens  ne  peuvent  témoigner 
que  de  phénomènes,  d'apparences,  il  est  notoire  que  l'on  ne 
peut,  sur  leur  témoignage,  déduire  que  ce  qui  semble  se  pro- 
duire se  produit  dans  la  réalité;  le  Fils  de  Dieu  parut  souffrir 
les  affres  de  la  Passion,  il  sembla  mourir,  puis  ressusciter, 
mais  rien  ne  permet  d'affirmer  qu'il  souffrit,  mourut,  puis 
revint  à  la  vie  éternelle.  Les  Manichéens  ne  faisaient  d'ailleurs 
que  répéter  une  extravagance  de  Basilide,  lequel  professait  que 
Jésus-Christ,  étant  une  vertu  incorporelle,  avait  eu  le  pouvoir 
de  se  transformer  à  sa  volonté,  si  bien  que,  lorsque  les  Juifs, 

(1)  Quand  le  Christ  vint  sur  la  terre,  dit  saint  Épiphane  (763),  il  se  donna 
l'aspect  d'un  homme,  et  il  parut  aux  hommes  sous  les  espèces  d'un  homme, 
quoiqu'il  ne  lût  pas  un  homme  :  xaî  DSlù^i  6  ïib;  [lîTâT/TiixâTUTev  éaurov  îIç  àvQpwuo-j 
Etôocxat  È^iaevETO  toi;  àvôpwTroi;  av'ipwTroç,  (ii^  wv  avÔpaiTio;;  ils  disent,  dit  Théodoret, 
{Traité  contre  Les  Manichéens,  livre  l),  que  le  Seigneur  ne  reçut  ni  àme,  ni  corps, 
mais  qu'il,  fut  sous  l'apparence  d'un  homme,  alors  qu'il  ne  possédait  aucune  des 
idiosyncrasies  de  l'humanité;  ils  disent  également  que  la  Croix,  la  Passion,  sa 
mort,  n'existèrent  que  dans  la  virtualité:  tôv  ôà  Kûpiov  oûte  J/wx^jv  àvetXvicpévai 
çao-tv,  oÛTe  aw(j,a,  àXXà  çavrivai  cï»;  âvÔpwreov  y.ai  oùSàv  àv9pw;nK0v  ë-/ovTa,  xai  tov 
cxaijpôv  âè  xat  tô  •jràôoç  xai  rèv  Oivatov  çavcatrîa  yaviiôai. 

[170] 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        279 

sur  le  chemin  du  Calvaire,  imposèrent  à  Simon  le  Cyrénéen 
de  porter  sa  croix,  il  prit  la  figure  de  ce  dernier,  et  lui  donna 
la  sienne,  de  telle  sorte  que  Simon  le  Cyrénéen  fut  crucifié 
à  la  place  de  Jésus-Christ. 

En  fait,  le  Sauveur  parut  sur  la  terre  sous  les  espèces  de 
Thumanité,  avec  l'apparence  de  ses  attributs,  mais  il  n'avait 
qu'une  chair  et  une  matérialité  apparentes;  sa  vie,  sa  passion, 
sa  mort,  sa  résurrection,  furent  des  phénomènes  qui  se  dérou- 
lèrent dans  l'irréel,  dans  le  potentiel;  ou  plutôt,  ils  furent  des 
symboles,  que  les  hommes  doivent  interpréter  pour  comprendre 
la  vérité,  pour  apprendre  que  la  vertu,  la  puissance  divine, 
qui  se  trouve  unie  à  la  matière,  est  crucifiée,  martyrisée  dans 
la  matière,  à  cause  d'elle;  qu'ils  souffrent  dans  leur  vie,  par 
suite  et  à  cause  de  leur  matérialité;  ponr  leur  enseigner  qu'ils 
ne  peuvent  atteindre  la  félicité  que  par  le  moyen  de  la  souffrance 
et  par  la  porte  de  la  mort;  le  Christ  virtuel  montra  aux  fidèles, 
sous  les  espèces  d'une  humanité  phénoménale,  dans  un  corps 
apparent,  mais  inexistant,  les  exercices  auxquels  ils  doivent  se 
livrer  dans  une  chair  véritable,  en  la  faisant  souffrir.  En  fait, 
il  y  eut  deux  Christs,  un  Christ  virtuel  et  un  Christ  réel.  Le 
Christ  irréel,  qui,  dans  la  réalité,  ne  vécut  pas  les  heures  de  la 
Passion,  est  le  prototype  du  Christ  musulman.  Le  Christ,  dans 
la  légende  islamique,  est  le  plus  terne,  le  plus  falot  des  pro- 
phètes, un  simple  figurant,  sans  la  moindre  importance;  mais, 
ce  qui  est  certain,  c'est  qu'il  n'a  pas  expiré  sur  la  croix  des 
Romains,  et  que  Mahomet,  dans  son  Koran  (iv,  156),  répète 
l'imposture  manichéenne  :  «  (Les  Juifs)  disent  :  Nous  avons 
fait  périr  le  Messie,  Jésus,  fils  de  Marie,  l'Envoyé  d'Allah.  Non, 
ils  ne  l'ont  point  tué,  ils  ne  l'ont  point  crucifié;  un  homme, 
qui  lui  ressemblait,  a  été  mis  en  sa  place...  Ils  ne  l'ont  point 
tué  réellement,  et  Allah  l'a  élevé  jusqu'à  Lui,  car  il  est  puissant 
et  sage  »,  encore  que  le  Prophète  n'ait  pas  eu  sur  ce  point  une 
idée  bien  arrêtée,  comme  sur  beaucoup  d'autres,  puisqu'on  lit 
(m,  48)  :  «  Certes,  c'est  Moi  qui  te  fis  subir  la  mort,  et  c'est 
Moi  qui  t'élevai  à  Moi,  qui  te  délivrai  des  infidèles,  qui  place 
ceux  qui  te  suivront  au-dessus  de  ceux  qui  ne  croient  pas, 
jusqu'au  jour  de  la  Résurrection  »,  et  (iv,  157)  :  «  Les  Juifs 
-divergèrent  d'opinion  sur  son  sort,  et  leur  doute  à  son  égard 

[171] 


280  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

provient  de  ce  qu'ils  ne  savaient  rien,  que  chacun  suivait  son: 
idée  personnelle.  » 

La  lecture  des  Pères  de  l'Église  grecque,  qui  ont  parlé  du 
Manichéisme  pour  le  réfuter,  montre  que,  comme  toutes  les- 
sectes  gnostiques,  il  ne  fut  qu'une  hérésie  chrétienne  et  néo- 
platonicienne; qu'il  ne  se  distinguait  qu'à  peine,  dans  les  pro- 
vinces de  l'empire  romain,  des  sectes  qui  se  succédaient  sans 
interruption  depuis  les  origines  du  Christianisme,  en  accu- 
mulant leurs  fantaisies;  que  le  rôle  qu'y  jouait  le  Mazdéisme 
y  était  des  plus  restreints.  Dans  les  provinces  de  l'Iran,  en  Asie 
Centrale,  sur  les  frontières  de  la  terre  de  Ilan,  le  Manichéisme 
demeura  une  secte  essentiellement  chrétienne  (1);  l'Oriental isme^ 
put  y  tenir  un  peu  plus  de  place  que  dans  les  provinces  que 
baigne  la  grande  Mer;  mais,  comme  le  Nestorianisrne,  il  n'en 
resta  pas  moins,  malgré  ses  tares,  un  aspect  de  la  foi  dans  la 
Rédemption;  sa  formule  des  deux  principes  divergents,  du 
dualisme  de  la  doctrine  platonicienne,  favorisa  tout  naturelle- 
ment, en  Orient,  en  Perse  et  en  Asie  Centrale,  sur  un  terroir 

(i)  Ces  idiosyncrasies  demeurent  celles  du  Manicliéisme  originel,  tel  qu'il 
sortit  de  la  pensée  de  Manès,  et  mieux  de  l'évolution  du  concept  gnostique;. 
elles  se  modifièrent  suivant  les  contrées  où  lleurit  cette  hérésie  :  le  Manichéisme 
de  Tourfan,  sur  les  marches  du  Céleste-Empire,  sous  les  Thang,  ne  fut  pas 
identique  à  celui  d'IIippone,  à  l'époque  de  saint  Augustin,  ou  de  Bulgarie,  à 
l'époque  des  Bogomiles;  les  formes  orientale  et  extrême-orientale  contiennent 
plus  d'éléments  orientaux  que  ses  aspects  occidentaux,  dans  lesquels  dominè- 
rent les  concepts  néo-platoniciens  et  ceux  du  Christianisme;  en  Perse,  et  dans 
les  contrées  soumises  à  l'influence  iranienne,  il  se  superposa  au  Mazdéisme  et 
se  syncrétisa  avec  lui,  et  même  à  ses  formes  iiéti-rodoxes,  au  Zarvanisme,  puis- 
qu'on lit,  dans  un  texte  de  Tourfan,  qu'Auhrmazd  et  Ahriman  sont  les  deux 
frères,  comme  il  s'était  syncrétisé  en  Occident  avec  les  formules  chrétiennes. 

L'esprit  humain,  dès  qu'il  s'évade  des  limites  strictes  de  l'orthodoxie,  court  à 
toutes  les  aberrations,  et  prolifère  des  héresies,  qui  naissent  à  l'infini  les  unes 
des  autres;  en  dehors  du  dogme,  qui  est  la  vérité  uniq.ue,  il  n'y  a  que  la 
multiplicité,  qui  est  l'erreur,  ce  que  montrent  assez  les  sectes  issues  de  la 
Réforme,  et  les  variantes  de  l'Islam  ;  toute  secte  qui  s'écarte  de  l'Église,  a  dit 
saint  Nil  {Lettres,  livre  I,  117),  taxe  ses  élucubrations  de-  «  doctrine  secrète  », 
tels  les  Manichéens,  qui  intitulent  les  traités  qui  exposent  leur  impiété  et  leurs 
erreurs,  les  Mystèses  et  les  Trésors  excellents:  owtw  xai  Mayr/aïoi  MudTr.pta  xat 
0if)aa\;poù;  àyaBoùi;  (éd.  ÔYiffJVipwv  aYaôwv)  àTtoxa),^^^!  Ta  Pt6),ta  xr);  S'jTasêEca;  xaî  tï)ç 
■jiapavo[xtaç  ;  ce  furent  le  désir  de  dominer  çtXap-/ta,  et  la  présomption,  l'orgueil, 
mère  de  tous  les  vices  nçôlrfifiç,  dit  saint  Isidore  de  Péluse  [Lettres,  livre  IV, 
55  et  56),  qui  créèrent  les  sectes  entre  lesquelles  se  divisa  la  philosophie  grecque., 
et  celles  qui  lacérèrent  l'unité  du  Christianisune. 

[i:2'] 


LA  PENSÉE  GRECQUE  DAXS  LE  MYSTICISME  ORIENTAL.    281 

mazdéen,  son  syncrétisme  avec  le  Mazdéisme,  ou  avec  ses 
variantes;  c'est  ainsi  qu'au  début  du  vu'  siècle  (Wieger,  Textes 
historiques,  1568),  les  habitants  de  la  Transoxiane,  à  Boukhara 
et  à  Samarkand,  où  vivaient  les  restes  des  tribus  des  Goteh, 
des  clans  turcs  qui  avaient  conquis  l'Iran  et  l'Inde,  pratiquaient 
un  Zoroastrisme  qui  paraît  fortement  teinté  de  Manichéisme. 

Encore  peut-on  se  demander  si  l'influence  de  la  pensée  grec- 
que sur  les  théories  cosmogoniques  de  l'Iran  n'a  pas  été  infi- 
niment plus  profonde  que  celle  du  Magisme  dans  les  hérésies 
chrétiennes,  et  je  me  bornerai  à  en  donner  un  exemple.  Les 
Zarvanites,  les  «  sectaires  du  Temps  »,  imposèrent  leurs  thèses 
en  Perse  sous  Yazdakart  II  (438-457);  ils  voulaient  qu'Ormazd 
et  Ahriman  fussent  deux  jumeaux  nés  du  Temps  sans  bornes,. 
c'est-à-dire  de  la  Durée,  de  laquelle  est  discriminé  le  Temps 
de  la  longue  période,  le  temps  limité  aux  douze  milléniums 
assignés  à  l'existence  de  l'univers.  Ils  se  basaient  sur  une 
interprétation  inadmissible  d'un  vers  des  Gdihas  {Vasna,xx\,  3), 
lequel  ne  dit  pas  du  tout,  comme  on  le  lui  fait  dire,  que  les 
deux  Esprits  primordiaux,  qui  sont  les  jumeaux  omnipotents,, 
sont  le  «  Bien  et  le  Mal  »,  mais  simplement  que  «  les  deux 
esprits  primordiaux  ont  eux-mêmes  proclamé  leurs  (idiosyncra- 
sies)  secrètes  {hvafnâ,  en  zend,  littéralement  «  ce  qui  dort  (au 
plus  profond  de  l'être)  »;  hvafnâ  est  rendu  dans  la  traduction 
pehlvie  par  gûmâ/',  lequel  mot,  ce  que  personne  n'a  reconnu, 
possède  exactement  le  même  sens,  puisqu'il  représente  une 
forme  perse  * gub-ma-  «  ce  qui  est  caché  »,  du  verbe  * giib-, 
sanskrit  gup-,  qui  a  le  double  sens  de  «  cacher  »  et  de  «  révé- 
ler »,  de  «  parler  ».  Les  auteurs  de  la  traduction  pehlvie  des 
Gâthas  avaient  une  pleine  conscience  de  ce  sens,  car  ils  ont 
glosé  gùmâL  traduisant  A  i'6?/"»rt  ;  «  c'est-à-dire  qu'ils  ont  révélé 
eux-mêmes  (ce  que  sont)  le  péché  et  les  bonnes  actions  ». 

Le  Duikart,  au  ix"  siècle,  condamna  cette  thèse  qui  signifie 
que  c'est  le  Temps  infini  qui  a  créé  le  Temps  du  monde,  le 
monde,  Ormazd  et  Ahriman.  Elle  est  en  contradiction  absolue 
avec  la  doctrine  avestique,  autant  qu'avec  les  croyances  de  la 
Perse  du  v*  siècle,  puisque  Xerxès,  répétant  la  formule  de  son 
père,  Darius,  dit  :  «  Le  grand  dieu  est  Ahura  Mazda,  qui  a  créé 
le  ciel,  qui  a  créé  l'homme,  qui  a  fait  Xerxès  roi,  seul  roi  des 

[173) 


282  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

multitudes.  »  Le  texte  est  formel;  c'est  seulement  par  une 
interprétation  erronée  du  texte  des  inscriptions  des  Achéméni- 
des  qu'Oppert,  dans  le  Peuple  et  la  langue  des  Alèdes,  s'est 
ingénié  à  retrouver  dans  les  épigraphes  de  Darius  la  mention 
du  mauvais  Principe,  Anrô-Mainyush,  Ahriman;  aniya,  dans 
la  pensée  de  Darius,  ne  signifie  point  «  l'autre  (esprit)  »,  dont 
l'on  n'ose  pas  prononcer  le  nom,  mais  simplement  r«  étranger  », 
qui  est  toujours  l'ennemi  probable. 

Mais  c'est  un  fait  certain  que  l'on  trouve  cette  théorie  de  la 
super-divinité  du  Temps  primordial,  à  une  haute  époque,  bien 
qu'elle  soit  légèrement  postérieure  à  celle  en  laquelle  vécut 
Xerxès.  Eudème  de  Rhodes,  qui  fut  le  disciple  d'Arislote 
(f  vers  300),  affirme  en  effet  que  «  les  iMages  et  toute  la  race 
aryenne,  c'est-à-dire  iranienne,  nomment  Lieu  (Espace),  ou 
Temps,  le  Tout  intelligible  et  unique,  d'oîi  se  sont  discriminés 
le  dieu  bon  et  le  mauvais  esprit,  ou  la  lumière  et  l'obscurité, 
comme  le  disent  certaines  personnes.  Ces  entités,  dans  la 
Nature  non  discriminée,  discriminent  la  double  série  des' 
puissants  (esprits),  dont  l'une  est  commandée  par  Ormazd, 
l'autre,  par  Ahriman  »  :  Mivoi  cï  y.a't  7:5tv  -zo  apsisv  y^vc;,  d  [jLèv 

Tôzûv,  ol  oè  Xpivsv  y.aXouo-i  to  vo'/;-ov  à'-av  xal  xb  -/jvwi^.evov,  é;  ou 
âiay.piQ-^vai  r^  G$bv  àyaObv  7.-A  ca(;j.2vx  y.av.iv,  r^  ç-oi;  y.aî  T/Jz-tq  zpb 
Toûxwv,  (ùc  àviouç  \i-(tu.  O'j-zi  o£  O'jv  y.al  «'jtoi  [xt-'y.  t-})v  àoiây.piTOv 
çijffiv  Siay.pivo[A£v/)v  tïI'.ouj'.  ty]v   oiTT-r;v   aur:si)(iav   twv   y.psiTTivwv,  t-?;,; 

,u.£v  YjYEîaQai  tsv  'QpofAajB-^v,  t^ç  §à  -bv  'Ap£i;j.avtov  (Ruelle,  Damasci 
Successoris  dubitationes  et  solutiones,  i,  322).  Ce  concept  de 
la  super-divinité  du  Temps  se  retrouve  dans  une  inscription 
du  roi  Antiochus  I""  de  Commagène  (vers  60  avant  J.-C),  qui 
fit  élever  des  statues  à  Ahura  Mazda,  à  Mithra,  à  Verethra- 
ghna,  et  qui  fit  graver  sur  la  pierre  «  un  édit  sacré  qui  devra 
être  respecté  par  toutes  les  générations  des  hommes  que  le 
Temps  infini  destinera  à  la  souveraineté  du  pays,  selon  les 
prédispositions  idiosyncrasiques  de  leur  vie  »  :  oOç  av  \çib^o<;. 
A-cipoç  £'.ç  otaoo-/-/;v  y/opa;  tjc'jty;;;  tâui  |3fcu  \).o\ç>y.i  zaTasTr^a-Y] 
(Dittenberger,  Orientis  graeci  inscriptiones  selectae,  Leipzig, 
1903,  I,  600,  n"  383);  ce  qui,  sous  la  plume  d'Eudème  et 
dans  la  bouche  du  roi  Antiochus,  se  trouve  en  contradiction 
absolue  avec  ce  que  dit  Xerxès. 


LA    PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.        283 

Cette  thèse,  sous  des  espèces  ridicules,  fut  l'orthodoxie  à 
l'époque  de  Yazdakart  II,  comme  on  le  voit  par  la  lettre  de 
Mihir  Nersèh  aux  Arméniens;  elle  se  retrouve,  sous  une  l'orme 
obscure,  dans  VOulama-i  Islam  (vers  le  ix®  siècle),  dont  l'inter- 
prétation du  texte  est  souvent  pénible;  on  y  remarque  des  con- 
tradictions, qui  proviennent  de  ce  fait  que  le  rédacteur  de  cet 
opuscule  a  mélangé,  sans  trop  savoir  ce  qu'il  faisait,  la  thèse 
orthodoxe  avec  celle  du  Zarvanisme.  La  doctrine  de  ces  «  secta- 
teurs du  Temps  »  est  en  opposition  radicale  avec  celle  de  VA  vestà' 
que  répète  le  Boundahishn  (ix"  siècle),  d'après  lequel  Auhr- 
mazd  a  créé  le  Temps  infini,  la  Durée;  que,  du  Temps  infini, 
il  a  créé  le  Temps  de  la  longue  période,  c'est-à-dire  les  douze 
milléniums  de  la  vie  du  monde  matériel.  Il  n'y  a  point  de  doute 
que  le  Boundahishn  ne  fasse  que  répéter  la  doctrine  avestique 
d'après  des  textes  perdus^  alors  que  le  Vendidâd  (xix,  9) 
se  borne  à  dire  que  Vi-  Esprit  du  bien  a  créé  dans  le  Temps 
sans  bornes  »  pàn  zamân-i  akanàrak,  comme  le  traduit  le 
pehlvi,  dans  la  Durée,  dont  le  Temps  de  la  longue  période,  les 
douze  milléniums,  n'est  qu'une  discrimination. 

C'est  un  fait  certain,  par  ce  que  dit  Eudème,  que  les  auteurs 
de  cette  théorie  ont  confondu  le  Temps  et  l'Espace,  qui  ne  sont 
point  deux  entités  entre  lesquelles  existent  un  rapport  préétabli, 
ce  que  démontre  l'Analyse;  elle  n'est  point  celle  du  Mazdéisme 
ancien,  de  YAvesta  des  Mages  de  la  Médie  et  des  Achéménides 
de  la  Perside,  alors  qu'elle  est  devenue  la  thèse  de  l'hétérodoxie 
mazdéenne,  d'une  évolution  du  Mazdéisme  primitif,  laquelle 
s'est  produite,  ou  tout  au  moins,  s'est  imposée  comme  formule 
religieuse,  entre  Xerxès,  vers  485,  et  l'époque  à  laquelle  vécut 
Eudème,  vers  300.  Que  la  discrimination  entre  le  Temps  sans 
bornes  et  le  Temps  de  la  longue  période  soit  perse,  d'origine 
iranienne,  c'est  une  probabilité  bien  faible,  parce  qu'elle  corres- 
pond à  celle  de  l'infini  et  de  l'indéfini,  ce  qui  est  une  notion  fort 
complexe,  puisque  ni  l'Étendue,  ni  la  Durée,  qui  sont  des  infinis, 
ne  peuvent  être  considérés  comme  formés  de  parties  qui  les 
puissent  nombrer,  puisqu'elles  ne  sont  point  des  quantités,  la 
quantité  n'existant  que  pour  une  entité  lînie,  même  quand  elle 
est  indéfinie;  les  deux  entités  extrêmes  qui  sont  soumises  à 
la  loi  du  nombre,  aux  deux  bouts  de  la  série  numérale,  l'insé- 

[175] 


284  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIENS 

cable,  l'indivisible,  c'est-à-dire  l'atome,  et  l'inmultipliable,  le 
tome,  comme  disent  les  géomètres,  étant  les  deax  dernières  au 
sujet  desquelles  on  puisse  invoquer  le  concept  numérique,  qui 
n'a  plus  aucun  sens  quand  on  les  dépasse,  pour  arriver  au 
concept  de  l'évanouissement  de  la  quantité,  le  zéro,  ou  à  celui 
de  l'infinité,  qui,  tous  les  deux,  sont  extrêmement  loins  de 
l'atome  et  du  tome. 

La  complexité  de  ce  problème  épuisera  les  efTorts  des  philo- 
sophes jusqu'à  la  fin  du  monde;  il  suppose,  pour  naitre  dans 
l'esprit  d'un  être  humain,  une  culture,  une  science  bien  supé- 
rieures à  ce  que  connurent  jamais  les  Perses;  d'où  il  semble 
qu'il  faille  conclure  que  ce  Temps  infini,  la  Durée,  discriminée 
du  temps  fini  (1),  dans  lequel  l'Esprit  de  sainteté  créa  la  créa- 
tion tangible,  soit  l'Espace  primordial,  le  Vide  de  Démocrite, 
dont  les  Gnostiques  ont  fait,  en  le  combinant  avec  le  concept 
de  la  séparation  de  la  lumière  et  des  ténèbres,  aux  premières 
lignes  de  la  Genèse,  le  Plérôme,  l'Espace  ou  le  Temps  infini, 
dans  lequel  le  Un  absolu  crée  les  Éons,  le  monde  intelligible, 
qui  correspondent  aux  Ainshaspands,  et  le  Kénôme,  l'Espace- 
ou  le  Temps  fini,  dans  lequel  est  créé  le  monde  tangible,  celui 
où  nous  vivons,  avec  la  confusion  absolue  des  concepts  de 
temps  et  d'espace  (2). 

La  thèse  suivant  laquelle  les  deux  principes  sont  des  frères 
jumeaux  ne  se  comprend  que  dans  un  système  où  il  est  établi 
que  le  mal,  c'est-à-dire  la  matière,  qui  en  est  affectée,  et  qui  le 
produit,  à  la  même  origine  que  le  Bien,  que  l'Être  suprême,  en 
d'autres  termes  que  la  matière  est  en  connexité  avec  le  Un 
primordial,  ce  qui  est  la  doctrine  platonicienne,  laquelle 
affirme,  dans  le  Timée,  que  la  matière  est  une  entité  invisible 
et  amorphe,  susceptible  de  recevoir  toutes  les  formes,  qui  se 

(1)  Par  la  détermination  d'une  origine  et  le  choix  d'une  unité  de  mesure,  sans 
lesquelles  il  n'y  a  que  des  indéterminées  ti-anscendantes,  durée,  étendue, 
grandeur,  et  non  temps,  espace,  nombre. 

(2)  Laquelle  montre  que  ceux  qui  l'ont  commise  n'eurent  aucune  idée  des 
idiosyncrasies  de  ces  données  primordiables  de  la  conscience,  et  que  personne^ 
sauf  les  Grecs,  n'a  jamais  inventée;  elle  est  née  de  cette  circonstance  que^ 
dans  la  pratique,  le  temps  et  l'espace  se  mesurent  l'un  par  l'autre,  ce  qui 
semble  établir  un  rapport  entre  eux;  mais  cette  relation,  la  vitesse,  est  essen- 
tiellement variable. 

[176] 


LA   PENSÉE    GRECQUE    DANS    LE    ^MYSTICISME    ORIENTAL.        285 

rattache  d'une  manière  obscure  à  l'Être  Intelligible,  à  l'Intel- 
ligence primordiale;  ce  qui  est  manifestement  l'origine  de  la 
théorie  plotinienne,  suivant  laquelle  la  matière  est  le  dernier 
stade  de  l'ordre  des  intelligibles,  qui  enseigne  que  le  Un  pri- 
mordial a  émané  l'Intelligence,  que  l'Intelligence  a  émané 
l'Ame,  et  l'Ame  la  matière,  qui  est,  au  dernier  stade,  comme  la 
lie  bourbeuse  de  l'émanation  divine. 

Les  Gnostiques,  disciples  des  néo-platoniciens,  ont  exagéré 
cette  thèse,  tout  en  conservant  son  esprit,  quand  ils  disent  que 
la  matière  est  née  de  la  passion  d'Achamoth,  de  la  seconde 
Sophia,  qui  est  l'àvOûtj/^Ti?  de  la  Sophia  supérieure,  qui  est  un 
Éon,  une  créature  par  émanation  du  Un  primordial,  qu'Acha- 
moth  a  produit  le  Démiurge,  le  Dieu  des  êtres  qui  sont  hors 
du  Plérôme,  qui  a  produit  Satan,  le  Cosmocrator,  lequel 
connaît  les  entités  supérieures  parce  qu'il  est  un  mauvais 
esprit  7:vs'j;j,atiy.;ç,  mais  un  esprit,  tandis  que  le  Démiurge 
les  ignore,  parce  qu'il  est  un  être  psychique,  ou  plutôt  ani- 
mique  '!^u-/i-/.i;,  la  '}•>/•/;  étant  manifestement  inférieure  au  zvsj- 
\).(x.  C'est-à-dire,  en  définitive,  dans  l'esprit  de  ces  sectaires,  que 
ie  Démiurge  et  le  Cosmocrator  participent  également,  quoique 
d'une  manière  différente,  de  la  divinité  au  même  titre  que  les 
Éons  du  Plérôme,  qu'ils  sont  consubstantiels  avec  eux,  le  Cos- 
mocrator, en  fait,  n'étant  qu'un  Éon  qui  a  mal  tourné. 

La  genèse  de  la  doctrine  zarvanite  est  simple;  cette  thèse 
est  absolument  étrangère  au  Sémitisme,  comme  on  le  voit  par 
l'accord  de  la  Bible  et  de  la  pensée  arabe,  où  l'on  n'en  trouve 
aucune  trace,  où  elle  ne  joue  aucun  rôle,  où  elle  est  complé- 
ment inutile.  Elle  n'a  pu  naître  que  dans  l'Hellénisme,  d'une 
tentative  d'explication  du  mal  qui  sévit  dans  le  monde,  et  du 
concept  que  la  matière  est  la  dernière  création  de  l'Esprit;  son 
adaptation  à  la  mentalité  orientale  s'est  faite  par  plusieurs 
confusions  successives;  les  Stoïciens  enseignaient  qu'il  n'y  a 
qu'une  seule  matière,  et  non  deux  matières,  une  matière  intel- 
ligible et  une  matière  tangible,  sensible,  que  les  dieux,  comme 
les  éléments,  sont  formés  de  cette  matière  primordiale  (Plolin, 
Ennéades,  II,  iv;  Cicéron,  de  Natura  deoriim,  I,  15);  d'où 
l'on  a  conclu  que  la  matière,  confondue  par  suite  de  son  idio- 
syncrasie  d'infinité  avec  l'Étendue,   puis    avec   la  Durée,  a 

[177] 


286  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

produit  les  dieux,  ce  qui  est  conforme  à  ce  que  Platon  raconte- 
dans  le  Timée  (page  35),  que  l'Intelligence  a  créé,  du  syncré-^ 
tisme  des  matières,  TAme  universelle  et  les  Ames  partielles, 
qui  ont  créé  l'Univers;  mais  l'idiosyncrasie  de  la  matière  est 
la  dualité,  opposée  à  l'unité  du  Principe  suprême,  laquelle 
dualité  est  le  principe  du  mal;  ce  pourquoi  elle  contient  les- 
contraires  par  binômes  non  dissociés,  et  que  seule  peut  dissocier 
l'application  de  l'Idée,  la  grandeur  et  la  petitesse,  l'inmulti- 
pliabilité  et  l'insécabilité  (Porphyre,  Sentences,  XXI);  d'où  l'on 
a  admis  que  cette  matière  a  produit  les  dieux  bons  et  les 
dieux  pervers,  ou  plutôt  le  Dieu  bon  et  le  Dieu  nocif,  puisque 
Platon  parle  constamment  du  c  ©sic,  le  Dieu  unique  en  trois 
hypostases,  en  opposition  avec  les  oî  Osot,  les  astres  et  leurs 
esprits,  les  astres  étant  en  somme  des  6£oi  inférieurs,  qui,  par 
leur  aspect  supérieur,  contemplent  l'Intelligence,  comme  le  fait 
l'Ame  universelle,  et  qui  créent,  comme  elle,  par  leur  aspect 
inférieur.  Telle  est,  à  mon  sens,  la  voie  qui  a  conduit  les  Orien- 
taux, par  une  série  de  compréhensions  incomplètes,  à  faire 
sortir  Ormazd  et  Ahriman  de  la  théorie  hellénique  de  la  matière 
nocive,  sous  l'influence  d'ailleurs  de  la  théorie  du  dieu  double, 
qui  est  devenue  celle  de  Numénius,  et  qui,  comme  on  l'a  vu 
dans  les  pages  antécédentes,  est  née  de  l'évolution  du  pla- 
tonisme. Beausobre  {Histoire  de  Manichée,  I,  29)  a  prétendu 
que  l'Hellénisme  est  allé  chercher  en  Orient,  où  il  n'y  eut 
jamais  rien  de  semblable,  ses  théories  sur  la  dualité  et  la 
nocivité  de  la  matière,  et  d'autres  concepts,  que  Pythagore  a 
pris  ces  idées  aux  Chaldéens,  qui  n'en  ont  jamais  pensé  si  long, 
car  la  légende  veut  qu'il  ait  été  le  disciple  d'un  mage  de  Baby- 
lone  {sic,  où  il  n'y  avait  pas  de  mages),  nommé  Zabratus;  mais 
Zabratus,  manifestement,  est  une  forme  estropiée  du  nom  de 
Zoroastre,  et,  toutes  les  fois  que  l'on  rencontre,  dans  l'exposé 
de  prétendues  thèses  orientales,  la  mention  de  Zoroastre,  des 
mages,  des  mages  de  Babylone  surtout,  comme  si  l'on  parlait 
des  rabbins  du  Vatican  et  des  curés  de  la  mosquée  de  Paris,  il 
n'y  a  aucun  doute  qu'on  ne  se  trouve  en  présence  d'une  mysti- 
fication littéraire,  d'une  supercherie  éhontée,  dont  l'intention 
est  de  contrebattre  l'Hellénisme,  pour  établir  ses  emprunts  à 
l'Orientalisme;  c'est  en  ce  sens  que  Porphyre  parle  des  pré- 

[178J 


LA    PKNSÉE    GRECQUE    DANS    LE    MYSTICISME    ORIENTAL.       287 

tendues  Révélations  de  Zoroastre,  que  montraient  les  Gnos- 
tiques,  pour  combattre  Platon,  et  dont  il  démontra  qu'elles  consti- 
tuaient un  faux,  perpétré  au  second  ou  au  troisième  siècle; 
quoique  Porphyre  fût  d'origine  sémitique,  et  se  nommât  Malch  us, 
comme  Jamblique,  il  avait  l'esprit  assez  indépendant  pour  voir 
où  se  trouvait  la  vérité,  et  pour  dénoncer  ces  falsifications,  dont 
le  but  est  par  trop  visible;  le  nom  de  Zoroastre,  comme  celui 
d'Hermès,  dans  de  semblables  écrits,  indique  qu'il  faut  entière- 
ment retourner  la  thèse  exposée  dans  ces  pastiches,  si  l'on 
veut  se  faire  une  idée  exacte  de  la  question  dont  ils  traitent, 
c'est-à-dire,  sous  les  espèces  présentes,  que  c'est  l'Orient  qui  a 
emprunté  ces  doctrines  à  la  Grèce,  et  non  l'Hellénisme  aux 
Mages  des  Perses  ou  aux  prêtres  des  Hébreux. 

Le  concept  des  anges  du  Mazdéisme,  amshaspands  et  yazatas, 
n'a  rien  à  voir  avec  l'idée  que  les  Sémites  et  les  clans  indo- 
européens se  font  des  esprits  divins.  L'on  chercherait  en 
vain  dans  le  Brahmanisme  l'existence  d'entités  actives  telles 
que  Sliahrivar,  ou  Isfandarmad,  d'esprits  bienfaisants  qui 
sont,  en  somme,  les  anges  gardiens  de  l'homme  et  de  la  création 
d'Ormazd;  il  en  va  de  même  de  celui  de  la  fravarti,  qui, 
étymologiquement,  est  la  cause  efficiente  de  l'existence  de  la 
créature,  son  double  intangible  dans  la  Transcendance;  les 
fravartis  des  livres  perses,  comme  l'a  dit  excellemment  Anquetil 
{Zend-Avesta,  tome  I,  partie  2,  page  83,  note)  «  sont  comme 
l'expression  la  plus  parfaite  de  la  pensée  du  Créateur,  appliquée 
à  tel  objet  particulier  ;  ils  ont  d'abord  existé  seuls  ;  réunis  ensuite 
aux  êtres  qu'ils  représentaient,  ils  ont  fait  partie...  de  l'àme 
des  créatures  ».  Que  l'évolution  qui  a  conduit  ces  esprits  à 
devenir,  suivant  l'expression  de  Darmesteter  {Zend-Avesta, 
tome  il,  page  501)  «  l'élément  divin  et  immortel  de  la  person- 
nalité humaine  >■>,  dans  une  forme  qui  est  une  simple  addition 
au  concept  et  à  l'idiosyncrasie  de  l'àme,  et  parfaitement  inutile, 
soit  tout  à  fait  secondaire,  en  contradiction  avec  leur  essence, 
c'est  ce  qui  est  établi  par  cette  circonstance  que  ces  esprits, 
ces  fravartis,  vivent  dans  le  monde  transcendantal,  où  ils  luttent 
avec  Ormazd  contre  la  nocivité  d'Ahriman,  et  que  c'est  eux 
qui  règlent  la  marche  de  l'univers.  D'où  il  semble  qu'il  faille  voir 
dans  leur  concept  la  confusion  des  idées-paradigmes  de  la 

[179] 


288  REVUE    DE    l'oRIKNT   CHRÉTIEN- 

doctrine  platonicienne  et  des  esprits  supérieurs  dont  parle 
Platon  dans  le  Critias,  lesquels  sont  devenus  les  Éons  chez 
Simon  le  Mage  et  dans  le  Gnosticisme  chrétien. 


Tous  les  prétendus  livres  de  la  «  Sagesse  orientale  »,  doù 
serait  sorti  le  néo-platonisme,  tous  ces  ouvrages  dans  lesquels 
on  lirait  les  secrets  de  la  science  antique,  révélés  dans  les 
hypogées  de  l'Egypte  des  Pharaons,  ou  ceux  des  mages  de 
riran,  sont  des  faux  manifestes,  qu'ils  se  placent  sous  l'invo- 
cation de  Thoth,  l'PIermès  Prismégiste,  ou  de  Djamasp,  des 
supercheries  évidentes,  perpétrées  à  l'époque  alexandrine, 
souvent  après  la  Rédemption;  c'est  vraisemblablement  dans 
l'un  de  ces  extraordinaires  livres  d'Hermès,  traduits  ou  arrangés 
du  copte,  que  Suidas,  au  x"  siècle,  est  allé  chercher  ce  qu'il 
raconte  au  sujet  du  pharaon  Thoulis,  6cu}aç;  Thoulis  régna 
sur  toute  l'Egypte,  sur  l'Océan  oriental,  et  il  posséda  l'île  de 
Thulé,  00'JÀ'/),  les  Orcades  ou  l'Islande;" l'oracle  de  Sérapis  lui 
révéla  qu'  «  en  premier  lieu  est  Dieu,  ensuite  te  Verbe  et  l'Esprit 
avec  eux  (deux)  ;  tous  (les  trois)  consubstantiels,  et  tendant  vers 

l'Unité  »,  TTpwia  0s6ç,   [j-STc7:£txa  Aôyoç,  xai  Ilvs'jixa  œjv  aÙTOîç,  a(i]j- 

çuxa  o£  TïdcvTa,  -/A  sic  Iv  lôvia,  SOUS  des  espèces  qui,  certainement, 
étaient  inexistantes  à  l'époque  de  la  troisième  dynastie,  si  ce 
60JA1Ç  est  bien  le  pharaon  Zosiris,  que  les  grecs  nomment 
Tûpaç,  lesquelles  espèces  sont  purement  chrétiennes. 

[A  suivre.) 

E.  Blochet. 


[180] 


CÀTÂLO&UE  DES  MANUSCRITS  GÉORGIENS 

DE  LA  BIBLIOTHÈQUE  DE  LA  LAURE  D'IVIROX 
AU  MONT  ATHOS 


Pendant  le  mois  d'août  1931,  j'ai  eu  occasion  de  visiter  le 
Mont  Athos;  mon  compagnon  de  voyage  était  mon  collègue  à 
l'Université  de  Harvard,  M.  le  professeur  K.  Lake.  Un  des  buts 
de  notre  excursion  était  d'obtenir  accès  aux  trésors  mal  connus 
des  manuscrits  géorgiens  à  la  Laure  d'Iviron.  Notre  mission 
fut,  cette  fois,  couronnée  d'un  entier  succès.  Les  rayons  de 
manuscrits  géorgiens  furent  mis  sans  réserve  à  notre  dispo- 
sition; nous  reçûmes  permission  de  les  emporter  dans  notre 
chambre,  et,  après  six  jours  d'un  travail  acharné,  le  catalogue 
que  nous  présentons  au  public  fut  achevé.  Nous  tenons  à  en 
exprimer  ici  nos  remerciements  les  plus  chaleureux  aux  i-kpz- 
r.zi  de  la  Laure  d'Iviron  et  surtout  au  Saint  Père  Gérasimos,  le 
r.por,yoù[).zvoq  et  gi8Xi59Y]/,xpic;  du  monastère  qui  a  montré  l'intérêt 
le  plus  vif  et  le  plus  éclairé  pour  notre  travail.  Comme  la  col- 
lection est  d'une  étendue  considérai >le,  le  présent  catalogue  ne 
peut  prétendre  à  être  définitif:  le  but  qui  brillait  devant  nos 
yeux  était  plus  modeste.  Il  s'agissait  en  premier  lieu  de  donner 
des  renseignements  aussi  précis  que  possible  sur  la  collection, 
telle  qu'elle  existe  à  présent,  d'identifier  au  fur  et  à  mesure 
les  manuscrits  décrits  par  Tsagareli,  et  d'indiquer  brièvement 
le  contenu  des  manuscrits,  de  façon  qu'on  puisse  les  retrouver 
ensuite  sans  difficulté.  Pour  dépasser  notablement  ce  pro- 
gramme, il  eût  fallu  beaucoup  plus  que  le  temps  limité  dont 
nous  disposions  (1). 

(1)  L'auteur  tient  à  exprimer  ici  ses  remerciements  les  plus  chaleureux  à  son 
ami  le  R.  P.  Paul  Peeters,  S.  J.,  qui  a  bien  voulu  l'aider  à  rédiger  ses  notes. 
Grâce  à  son  appui,  le  français  a  été  respecté,  et  sa  prodigieuse  érudition  nous 
a  évité  maintes  erreurs,  bien  des  obscurités  ont  été  éclaircies. 

[1] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  19 


290  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Des  trois  grandes  collections  de  manuscrits  géorgiens  qui  se 
trouvent  aujourd'hui  dans  les  principaux  sanctuaires  de 
l'orient  chrétien,  on  doit  assigner  à  celui  d'Iviron  le  second 
rang  pour  son  antiquité,  mais  peut-être  le  premier  quant  à  la 
valeur.  L'origine  en  remonte  presque  au  début  de  l'organisation 
du  monachisme  au  Mont  Athos.  Quand  S.  Jean  l'Athonite 
arriva  de  l'Olympe  de  Bithynie  à  la  presqu'île  d'Athos  vers 
l'an  970,  il  n'y  trouva  aucun  de  ses  compatriotes  géorgiens 
mais  ils  ne  tardèrent  pas  à  l'y  rejoindre.  Il  fit  venir  son  fils 
Euthyme  d'Olympe  et  y  fut  rejoint  vers  l'an  975  par  son  parent, 
le  général  impérial  byzantin,  Jean  G'ordvanéli,  surnommé 
T'ornik  (000^6603).  L'appui  de  ce  puissant  personnage  activa 
énergiquement  la  formation  d'un  centre  monastique  géorgien 
sur  la  montagne.  Grâce  aux  inépuisables  ressources  financières 
et  à  l'influence  dont  T'ornik  jouissait  à  la  Cour,  surtout  après 
la  défaite  du  rebelle  Bardas  Skléros,  le  nouveau  monastère 
acquit  sur  la  montagne  une  importance  exceptionnelle.  Les 
géorgiens  n'ont  jamais  été  assez  nombreux  pour  dominer  la 
laure  et  dès  le  commencement  ils  s'y  trouvèrent  mêlés  à  des 
moines  grecs.  Au  début  aussi,  les  rapports  furent  assez  tendus 
entre  les  fondateurs  et  les  autres  habitants  monastiques  (1). 

Grâce  aux  travaux  littéraires  de  S.  Euthyme,  la  nouvelle 
laure  devint  un  foyer  de  la  littérature  géorgienne,  qui  éclipsa 
bientôt  les  vieux  centres  littéraires  du  Tao-Klardjét'i  (2).  Jus- 
qu'à la  mort  de  S.  Euthyme  (1028),  son  influence  à  la  cour 
impériale  et  le  prestige  qu'il  sut  acquérir  dans  les  afl'aires  du 
Mont  Athos  empêchèrent  les  Grecs  de  dominer  le  monastère. 
Passé  cette  date,  nous  voyons  l'influence  grecque  croître  rapi- 
dement, tandis  que  l'élément  géorgien  diminue  sensiblement 
en  nombre  et  en  influence.  Vers  l'an  1040  cet  état  de  choses 
commence  à  changer,  grâce  surtout  aux  travaux  et  aux  efforts 

(1)  Voir  P.  Peeters,  Histoires  monastiques  géorgiennes  (Bruxelles,  1923), 
pp.  8  et  suiv.,  et  R.  P.  Blake,  Harvard  Theological  Reviexo,  XXII  (1929),  pp.  33-34. 
La  plus  importante  source  que  nous  possédions,  c'est  la  vie  des  saints  Jean  et 
Euthyme,  que  le  Père  Peeters  a  traduite.  Ici  à  comparer  aussi  le  colophon  du 
ms.  9  (69). 

{i)  Voir  3.  3g3aîïî^O(3g,  ^^coœgjij^o  g^o^gpS^^gfool)  oL^cq^So^  I  (Tiflis. 
1923),  pp.  182  et  suiv.;  R.  P.  Blake,  Journal  of  Theological  Sludies,  XXVI  (1924). 
pp.  54-57. 

m 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  291 

d'un  autre  écrivain  géorgien,  S.  Georges,  surnommé  l'Atho- 
nite.  Après  lui  il  semble  que  les  Géorgiens  se  maintiennent 
assez  bien  jusqu'au  commencement  du  xiT'  siècle  (1).  Après 
cette  époque  leur  nombre  parait  diminuer,  et  quoique  la 
•  colonie  se  soit  maintenue  jusqu'à  nos  jours  (1926),  l'hégé- 
monie n'a  plus  cessé  d'appartenir  aux  Grecs. 

Les  manuscrits  géorgiens  retlètent  très  fidèlement  les  étapes 
par  où  le  monastère  est  passé. 

La  première  couche  remonte  aux  temps  antérieurs  à  la  fon- 
dation du  couvent.  Le  nouveau  monastère  avait  Ijesoin  de 
manuscrits,  et,  comme  il  semble,  les  fondateurs  ont  cherché 
personnellement  à  s'en  procurer.  T'ornik  lui-même  a  commandé, 
vers  l'an  975,  des  copies  d'une  série  de  manuscrits  à  la  biblio- 
thèque du  couvent  d'Oska  en  Tao-Klardjet'i  (2).  Le  plus  impor- 
tant d'entre  eux  est  sans  doute  le  grand  Ancien  Testament  en 
trois  (aujourd'hui  deux)  énormes  volumes  (N°  1,  t.  a'  et  ^'). 
Il  y  a  aussi  la  «  Perle  »  de  S.  .Jean  Chrysostome  (N"  9  (69))  et 
le  g566o,  «  trésor  »  (aujourd'hui  disparu)  dont  le  colophon  se 
trouve  dans  un  des  manuscrits  grecs  de  la  bibliothèque  syno- 
dale à  Moscou  (3).  Les  petits  mais  très  anciens  Évangiles 
d'Opiza  (a.  913  :  N"  83)  peuvent  très  bien  appartenir  au  même 
groupe.  VApostolos  (N°  42  (11),  entre  959-967)  a  été  apporté 
peut-être  par  Jean  ou  par  Euthyme  de  l'Olympe  de  Bithynie, 
où  il  a  été  copié. 

La  deuxième  couche  des  manuscrits  se  rattache  à  l'activité 
littéraire  de  S.  Euthyme.  Tels  sont  les  grands  codices  des 
commentaires  de  S.  Jean  Chrysostome  sur  les  Évangiles,  avec 
leurs  importants  colophons  (4),  les  œuvres  de  S.  Macaire  (5) 
et  de  S.  Basile  le  Grand  (6),  et  aussi  des  vies  des  saints,  comme 


(1)  Voir  P.  Peeteks,  l.  c,  pp.   69-74.  Traduction  de  la  vie  de  saint  Georges, 
ibid.,  pp.  74  et  suiv. 

(2)  Écrire  ces  tomes  aurait  pris  bien  du  temps  :  les  colophons  portent  les 
dates  977  (ms.  9  (69),  978  (ms.  1,  t.  p'). 

(3)  Retrouvé  par  M.  K.  Lake  en  1930  dans  ms.  N°  62  {du  catalogue  de  Vladimir) 
de  la  ci-devant  bibliothèque  synodale  à  Moscou.  J'espère  le  publier  bientôt. 

(4)  N°»  's  16  (65),  4(66),  10 (67),,  13  (70). 

(5)  N°  21  (54). 

(6)  No  32  (49). 

[3] 


292  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

ceux  de  S.  Bagrat  (Pancrace)  (1)  et  de  S.  Syméon  (2).  Pour  la 
plupart,  ces  codices  sont  écrits  par  des  calligraphes  de  métier 
sur  parchemin  de  première  qualité,  en  grand  format,  avec  de 
belles  marges,  des  lignes  largement  espacées.  Le  seul  codex 
des  autographes  de  S.  Euthyme  qui  ait  survécu  (3)  est  d'un 
format  plus  petit  et  plus  modeste,  tout  à  fait  pratique  et  sur 
parchemin  de  qualité  moyenne;  mais  les  copies  officielles  por- 
tent toutes  le  caractère  d'éditions  de  luxe.  Tout  cela  fait  claire- 
ment voir  les  richesses  dont  Iviron  jouissait  à  cette  époque. 
Au  même  temps  nous  trouvons  quelques  manuscrits  de  haute 
importance  qui  ne  furent  pas  écrits  à  la  montagne,  mais  pro- 
viennent de  l'extérieur,  par  exemple  le  grand  codex  hagiogra- 
phique d'un  contenu  rarissime,  écrit  pour  l'évêque  Arsène 
(avant  Tan  1000)  (4),  un  autre  important  codex  hagiographique 
écrit  en  l'année  1002,  au  village  de  Saori  par  Zak'aria  (5),  sans 
doute  pour  un  ktêtôr  de  haut  rang,  et  encore  quelques  autres. 
Dans  quelques-uns  de  ces  manuscrits  de  provenance  étrangère, 
nous  rencontrons  des  grattages,  des  additions  et  des  change- 
ments, de  la  main  de  S.  Euthyme  lui-même  (6).  Ils  nous 
donnent  l'occasion  d'étudier  la  technique  de  la  traduction 
pratiquée  par  le  bienheureux  interprète. 

Après  la  mort  de  S.  Euthyme  commence  la  troisième  couche 
de  manuscrits.  Ce  sont  les  autographes  de  S.  Georges  l'Atho- 
nite.  Son  écriture  petite,  droite,  carrée,  à  lignes  très  serrées, 
se  reconnaît  aisément.  Ils  sont  écrits  sur  du  parchemin  tout  à 
fait  commun,  en  feuillets  de  grandeur  inégale.  Les  marges 
sont  presque  nulles,  et  les  lignes  sont  serrées  si  étroitement 
que  parfois  la  lecture  en  est  très  difficile.  La  plupart  de  ses 
travaux  liturgiques  y  sont  conservés  (7),  ainsi  que  les  auto- 
graphes de  sa  version  des  Évangiles  (8)  et  de  l'apostolos  (9). 

(1)  N°  21  (54). 

(2)  N°  79  (72). 

(3)  N"  79  (72). 

(4)  N°  8  (57). 

(5)  N»  28  (53). 

(6)  N°  68  (75). 

(7)  N°=  's  24,  15  (10),  35  (9),  39  (79),  45  (17),  etc. 

(8)  N°  62  (4). 
(9)N°78(12). 

[4] 


CATALOGUR    DES    MANUSCRITS    GÉORGIEXS.  293 

Une  bonne  partie  des  autres  exemplaires  des  livres  liturgiques 
provient  de  cette  époque.  Il  ne  s'y  trouve  pas  de  copies  de 
luxe;  tous  sont  de  format  pratique,  sur  parciiemin  de  moyenne 
qualité  et  ne  portent  ni  dates,  ni  colophons.  Après  la  mort  de 
S.  Georges  (1065)  il  semble  que  les  Géorgiens  aient  repris  la 
direction  du  monastère.  C'est  à  cette  époque  que  la  vie  de 
S.  Georges  fut  écrite  par  son  élève  et  homonyme.  Nous  avons 
trouvé  quelques  manuscrits  datés  avec  indication  des  dona- 
teurs. Par  l'un  de  ces  manuscrits,  nous  voyons  qu'un  membre 
de  la  puissante  famille  Pakurianos,  fondatrice  du  monastère 
de  Petritzionissa,  était  un  bienfaiteur  du  monastère  (1). 

Après  Tan  1080,  les  codices  ne  portent  plus  de  dates.  L'écri- 
ture perd  son  originalité,  le  parchemin  devient  mauvais,  puis 
cède  la  place  au  papier.  A  mon  avis,  les  manuscrits  sur  papier 
sont  pour  la  plupart  d'une  époque  assez  récente.  La  colonie 
géorgienne  végétait,  et  a  continué  de  végéter  jusqu'à  nos  jours, 
mais  toute  activité  littéraire,  intellectuelle  et  même  paléo- 
graphique, s'endort  vraiment  dès  la  fin  du  xi"  siècle. 

Nous  possédons  une  autre  source  pour  l'histoire  d'Iviron  et 
de  sa  colonie  géorgienne.  Bien  qu'elle  ait  été  publiée  il  y  a 
plus  de  trente  ans,  elle  n'a  jamais  été  utilisée  par  les  savants 
comme  elle  le  mérite.  C'est  le  boBcQçpo^ccjBo,  ou  liste  des  bien- 
faiteurs du  monastère,  qui  se  trouve  dans  le  manuscrit  558  du 
Musée  Ecclésiastique  de  Tiflis  (2).  Ce  manuscrit,  qui  contient 
les  vies  de  S.  Euthyme  et  de  S.  Ilariou  avec  les  Acta  Johannis 
apostoli  dans  la  version  géorgienne  de  S.  Euthyme,  fut  écrit 
par  Mik'el  Galisoneli  en  l'an  107 1.  Il  a  relevé  dans  divers 
manuscrits  toutes  les  notes  relatives  aux  bienfaiteurs  et  à  leurs 
dons  et  les  a  mises  en  ordre.  Vers  l'an  II 16  un  certain  Petré 
T'ap'laydze  a  continué  et  complété  ce  travail.  De  temps  en 
temps,  d'autres  mémoriaux  y  ont  été  insérés.  Les  données  paléo- 
graphiques fournies  dans  l'édition  du  texte  sont  insuffisantes 

(1)  X°  24. 

(i)  Décrit  par  0./t.}Kopjiaiiiîi,  OiiiicaiiiepyKoniiceii  Tii<t>JiiiccKarouepKOBHaro 
Myrîea  KapxajiHHoraKxeTiincKaro  jyxoBeHCTBa,  T.  2  (Tii-t'.iiic'b,  1902  r.), 
pp.  85-86.  Le  ins.  fut  publié  in  extenso  par  M.  J.  Djanashvili  et  A.  S.  Khaichanov  : 
^tncîGob  ogj^fooob  Oc^B^b^f^ol)  1074  ^.  B^^jc^coG^^gcoo  5fîi^3gÔocir)  (Tiflis, 
1901)  :  voir  P.  Peeteks,  L  c,  pp.  8-10. 

[5] 


294  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

à  débrouiller  et  à  classer  cet  amas  de  notices  dont  la  lecture 
et  le  sens  sont  parfois  également  obscurs.  Or,  nous  avons  fait 
il  y  a  dix  ans  une  étude  détaillée  du  codex,  que  nous  espérons 
publier  bientôt.  II  en  ressort  que  jusqu'à  l'année  1116  il  y  eut 
un  courant  non  interrompu  de  pèlerins  et  de  donations,  encore 
que  le  montant  de  celles-ci  fût  beaucoup  plus  grand  au  com- 
mencement du  xr  siècle  qu'à  la  fin.  Il  semble  aussi  que  les 
dons  ont  continué  jusqu'au  xm"  siècle;  après  cette  date  les 
mémoriaux  se  font  rares;  le  seul  grand  don  reçu  est  celui 
de  Qarquaré,  prince  de  Meskhia,  à  la  fm  du  xv''  siècle  (1). 

Dans  les  manuscrits  nous  n'avons  rencontré  de  même  que 
peu  de  mémoriaux  ;  à  Jérusalem  presque  chaque  manuscrit 
porte  le  nom  d'un  pèlerin;  parfois  il  y  en  a  des  dizaines.  Les 
noms  que  nous  trouvons  au  Mont  Atbos  sont  pour  la  plupart 
d'une  époque  tardive.  Quelques-uns  d'entre  ces  voyageurs 
dévots  ont  visité  Jérusalem  aussi.  L'ornementation  artistique 
manque  presque  entièrement  à  l'Athos.  Je  n'ai  trouvé  qu'une 
miniature  (2),  et  les  enluminures  sont  d'un  travail  médiocre  (3). 

Le  contenu  de  la  collection  est  assez  intéressant.  L'Écriture 
sainte  est  bien  représentée  quant  à  l'époque  pré-Athonite  par 
la  grande  bible  (1),  le  psautier  (5),  les  ('vangiles  d'Opiza  (5), 
ïapostolos  d'Olympus  (6).  Nous  avons  les  autographes  des 
évangiles  (7)  et  de  l'apôtre  (8),  dans  la  version  de  S.  Georges 
l'Athonite.  De  même  les  commentaires  de  S.  Jean  Chrysos- 
tome  (9)  et  des  autres  pères  de  l'Église  (10)  ne  font  pas 
défaut.  Les  travaux  liturgiques  de  S.  Georges  l'Athonite  se 
trouvent  là,  pour  la  plupart  en  autographes  (il),  mais  son 
psautier  y  manque.  La  patristique  est  beaucoup  moins  com- 

(1)  Z,.  c,  pp.  267-269. 

(2)  N°  67  (8). 

(3)  N°  1,  M.  a'  et  p'. 

(4)  N°  82  (2). 

(5)  N°  83. 

(6)  N"  42  (11). 

(7)  N°'.s  62(4)  et  78(12). 

(8)  N°  78  (12). 

;   (9)  N-  's  16(65),  4(66),  10(67),  13(70)  -  sur  les  Évangiles. 

(10)  29  (81)  Saint  Basile  sur  les  Psaumes;  sur  l'Ancien  Testament  29  (81);  sur 
l'apùtre  d'Ephrem  Mc'iré  18  (82). 

(11)  N-  'a  24,'  i.'3  (10),  35  (9),  39  (79),  45  (17),  etc. 

m 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  295 

plète.  Une  série  des  travaux  de  S.  Euthyme  ne  s'y  trouve  pas, 
ni  l'Apocalypse  de  S.  Jean,  ni  la  version  de  S.  Grégoire  de 
Nazianze,  ni  les  autres,  quoiqu'ils  soient  signalés  dans  sa 
Vie  (1).  Il  me  semble  que  les  données  assez  confuses  et  incer- 
taines de  Tsagareli  permettent  de  conclure  que  deux  ou  trois 
autographes  du  saint  écrivain  géorgien  ont  disparu  après 
l'exécution  de  son  catalogue.  Mais  même  en  tenant  compte  de 
ces  pertes  probables,  la  liste  d'ouvrages  connus  est  loin  d'être 
complètement  représentée.  En  revanche,  les  ouvrages  de 
S.  Georges  l'Athonite  (2),  concernant  la  patristique,  y  figurent 
largement.  Plus  nombreux  sont  les  travaux  se  rapportant  à 
l'ascétisme,  tels  que  les  œuvres  de  S.  Macaire  (3),  de  S.  Doro- 
thée ^1),  de  S.  Ephrem  le  Syrien  (5),  de  S.  Jean  Chrysostome 
(la  Perle  Margaliti)  (G).  Quelques-uns  de  ces  ouvrages  pro- 
viennent de  la  première  période  de  la  littérature  géorgienne, 
à  l'époque  des  ^oOgG.^,  kimena  (7),  et  parfois  portent  les  traces 
de  la  main  des  écrivains  athonites  (8). 

Toutefois,  la  section  la  plus  importante  est  réservée  à  l'ha- 
giographie qui  offre  une  série  magnifique  de  codices,  débutant 
par  l'incomparable  manuscrit  N°  8  (57)  avec  ses  douze  àrra; 
rii>ÇiTi\xv)y..  Dans  cette  riche  collection  de  manuscrits,  les  uns 
représentent  la  période  archaïque  et  les  autres  reflètent  l'in- 
fluence de  la  rhétorique  grecque  et  de  l'école  de  Syméon  le 
logothète  (9).  Ici,  nous  constatons  que  le  rôle  du  traducteur 
003020302^.6^  Théophile,  a  été  beaucoup  plus  important  qu'on 
ne  l'avait  soupçonné  auparavant  (10).  Très  riche  aussi  est  le 
fonds  homélétique,  dont  la  couche  ancienne  apparaît  dans  le 
manuscrit  N"  II  (80),  qui  se  rattache  d'une  part  au  vieux  OôS^- 


(1)  Voir  P.  Peeters,  l.  c,  pp.  o4-o6. 

(2)  N°^^s  34,  14  (84),  49. 

(3)  N°  's  21  (54). 

(4)  N"'s  40(56)  et  41  (77). 

(5)  N"  23  (83). 

(6)  N°  9  (69). 

(7)  Pour  l'histoire  de  ce  mot  voir  Harvard  Theological  Review,  XIX  (1926), 
p.  297. 

(8)  N°  's  68  (75),  17  (50). 

(9)  Voir  n°  79  (72),  par.  4,  et  rintroductiou  de  T'eop'iley  citée  sous  n°  20  (29). 

(10)  Voir  sous  n°=  20  (29),  36,  37. 

[7] 


296  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

35ÇT.00530  d'Iskhan  (1)  et  d'autre  part  au  plus  ancien  codex  géor- 
gien connu,  le  grand  flo5535çT.or).S3o  du  Sinaï  (a  864)  (2).  L'exé- 
gèse est  représentée  par  un  bon  nombre  de  commentaires  soit 
sur  l'ancien  Testament,  soit  sur  le  nouveau  (3).  D'autre  part,  la 
dogmatique  et  le  droit  canonique  (4)  font  entièrement  défaut  ; 
la  poésie  ecclésiastique,  sauf  les  hymnes  liturgiques,  est  aussi 
absente. 

Il  nous  reste  maintenant  à  rappeler  brièvement  ce  que  jus- 
qu'à présent  on  savait  de  la  collection.  Elle  a  été  mieux  connue 
que  les  manuscrits  de  Sinaï  et  de  Jérusalem,  grâce  au  travail  du 
moine  géorgien  Ilarion.  L'évèque  Timot'e  Gabasvili  avait  visité 
le  Mont  Athos  au  milieu  du  xviii*  siècle  (5),  mais  il  signale 
seulement  l'existence  des  manuscrits  à  Iviron  sans  donner 
aucun  détail  (6).  Ilarion  fut  le  confesseur  du  dernier  roi  d'Ime- 
rétie,  Salomon  II.  Après  la  mort  de  son  royal  maître  à  Tré- 
bizonde  en  1815,  il  se  retira  à  l'Athos,  où  il  resta  plus  de 
trente  ans.  Il  s'y  montra  courageux,  lui  et  un  autre  moine 
nommé  Vénédikton,  en  défendant  le  monastère  contre  les 
agressions  des  Turcs  (7).  On  rencontre  les  noms  de  ces 
hommes  éneroiques  dans  presque  tous  les  manuscrits  géorgiens 
d'Iviron  (8).  Il  semble  que  le  prince  héréditaire  de  la  Mingrélie, 
Davit'  Dadiani,  ait  été  en  relations  avec  Ilarion,  et  que  le 
prince  lui  ait  demandé  des  renseignements  sur  les  manuscrits 
géorgiens  (9).  Ilarion  obéit  et  envoya  une  liste,  dont  une  copie 
est  tombée  plus  tard  entre  les  mains  de  M.  Brosset,  qui  l'envoya 
à  V.  Langlois.  Ce  dernier  en  publia,  dans  le  Journal  Asiatique^ 
une  traduction  française  faite  par  Brosset  (10).  Cette  liste  n'est 

(1)  Ms.  95  du  Musée  Ecclésiastique  à  Tillis,  décrit  par  JKopyjianiH,  Onncanie,. 
T.  1  (Tiflis,  1903),  pp.  96-114. 

(2)  Voir  TsAGARELi,  CBiji-feiiifl,  BtinyoK-t  2,    p.  92-3,  sous  n°  83;  le   ms.  est 
maintenant  divisé  en  trois  parties  sans  les  numéros  32  4-57-1-  33. 

(3)  Voir  supra,  page  294,  note  10. 

(4)  Peut-être  le  g^6(3o  cité  ci-dessus  (p.  291)  se  rapporte-t-il  à  la  catégorie  dm 
droit  canonique? 

(5)  Son  voyage  fut  publié  par  Plato  loséliani  (Tillis,  1852). 

(6)  TSAGARELI,    l.   C,    p.     XV. 

(7)  TSAGARELl,   L  c,  p.   XV-XVIl. 

(8)  Voir  passim. 

(9)  TsAGARELi,  /.  C,  p.  xvi-xvin. 

(10)  Journal  Asiatique,  sér.  iv^  t.  IX  (1867),  pp.  13I-155i 

[8] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  297 

point  complète  :  Hilarion  s'est  borné  à  choisir  quelques-uns 
des  manuscrits  les  plus  importants,  qui  étaient  approximative- 
ment complets,  mais  les  faits  qu'il  donne  sont  précis  (1).  Le 
résultat  de  cette  démarche  fut  le  voyage  au  Mont  Athos  de 
l'archéologue  géorgien  Platon  loséliani  dans  l'an  1849  (2).  Il 
semble  bien  que  loséliani  ait  vécu  à  l'Iviron  assez  longtemps. 
En  tout  cas,  les  moines  lui  ont  permis  d'emporter  la  grande 
Bible  à  Tiflis.  Elle  y  est  restée  jusqu'à  l'an  1856  (3),  et  il  en  fut 
fait  deux  copies  manuscrites  (4).  Il  paraît  aussi  que  loséliani 
avait  rédigé  un  catalogue  des  manuscrits  qu'il  voulait  publier, 
mais  qui  a  disparu  après  sa  mort  avec  ses  autres  papiers  (.j). 

En  l'an  1883,  le  professeur  de  langue  géorgienne  à  l'université 
de  Saint-Pétersbourg,  A.  A.  Tsagareli,  fut  envoyé  par  la  Société 
palestinienne  russe  au  Sinaï  et  en  Palestine,  pour  faire  des 
recherches  dans  leà  manuscrits  géorgiens  (6).  Grâce  à  l'appui 
du  vice-roi  du  Caucase,  le  prince  A.  M.  Dondukov-Korsakov, 
Tsagareli  a  pu  visiter  aussi  l'xAthos.  Il  y  dressa  un  catalogue 
des  manuscrits  géorgiens,  qui  est  publié  dans  ses  CB'hji,'hmn. 
0  naMHTHimaxi.  rpysHHCKoK  niicbMeHHocTii,  BbiriycKTj 
iiopBbiii,  C.  ricTepBypr'b  1886  (7).  Dans  ce  livre  confus  et 
mal  composé,  il  donne  1"  son  propre  catalogue;  2''  le  texte 
géorgien  du  catalogue  d'Ilarion;  3"  le  texte  du  cantique  de 
Salomon  d'après  le  manuscrit  d'Iviron  (8). 

Les  défauts   du  travail  de  Tsagareli  ont  été  signalés  ail- 

(1)  Voir  Tsagareli,  l.  c,  p.   xyiii. 

(2)  Voir  Tsagareli,  L  c,  p.  xviii-xix,  et  l'article  sur  loséliani  dans  le  IIpaBoc- 
.iRBiiafl  BorocJiOBCKafl  3Hu;nKjoHeiiifl,  t.  VU  (1906),  col.  493-498. 

(:>)  Voir  Tsagareli,  L  c,  pp.  44-52  et  aussi  l'inscription  dans  la  copie  du  Sion 
(aujourd'hui  ms.  n°  472  du  Musée  Ecclésiastique  à  Tiflis,  datée  de  1856  (décrit 
par  /Kopaanifl.  Onucanie,  t.  II,  pp.  35-41). 

(4)  Voir  Tsagareli,  L  c,  pp.  1-8,  et  la  note  précédente;  voir  aussi  Harvard- 
Tlieological  Review,  xxii,  pp.  36-37. 

(5)  Voir  Tsagareli,  l.  c;  les  papiers  de  loséliani  ont  été  utilisés  par 
M.Meghvinet'-Khutsesov,  niaisdisparurent  depuis(coniinuiiication  deM.  Euthyme 
TaUaïchvili). 

(6)  Voir  Tsagareli,  L  c,  p.  xix. 

(7)  Le  catalogue  a  été  imprimé  de  nouveau  dans  le  livre  du  même  auteur,.. 
rpy.'iiiHe  Bi>  Cbatoîi  SeMjit  ii  na  Cnna-fe  (CôopunK-b  ripasociaBuaro  Ila-iec- 
TiiiicKaro  OômecTBa,  BbinycK-b  10,  CaiiKTTj-IIeTepôyprt,  1888  r.). 

(8)  Comme  je  l'ai  déjà  démontré,  le  te.xte  fut  copié  par  Tsagareli  sur  la  copia 
du  Prince  Davit'  Dadiani  {Harvard  Theological  Revi&io,  L  e.,  p.  37). 

[9] 


298  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

deurs  (1)  :  ils  sont  nombreux  et  graves,  mais  il  faut  se  souvenir 
à  ce  propos  du  but  que  se  proposait  l'auteur.  A  cette  e^poque, 
il  était  question  surtout  de  l'antiquité  de  la  littérature  si'éor- 
gienne;  les  manuscrits  au  Caucase  reposaient  encore  épars 
çà  et  là  dans  des  monastères  peu  accessibles,  et  ils  étaient 
fort  mal  connus.  Tsagareli  a  donné  des  renseignements  assez 
précis  sur  environ  trois  cents  codices,  dont  l'antiquité  était 
indiscutable,  et  plus  d'une  fois  son  travail  nous  a  sauvé  des 
^colophons  et  des  notes,  qui  ont  disparu  depuis.  A  ce  qu'il 
semble,  le  catalogue  d'Athos  n'est  pas  si  bien  fait  que  celui  de 
Siiiai,  mais  un  peu  moins  fautif  que  celui  de  Jérusalem.  Nous 
sommes  parvenu  à  identifier  sans  beaucoup  de  difficulté  à  peu 
près  les  deux  tiers  de  ses  manuscrits.  Nous  n'avons  pas  réussi 
à  retrouver  les  autres.  Il  est  plus  que  probable  que  quelques- 
uns  ont  disparu  plus  tard,  et  dans  certains  cas  il  semble  que 
Tsagareli  n'ait  pas  vu  tel  ou  tel  manuscrit. 

Le  premier  qui  a  travaillé  sur  les  manuscrits  après  Tsa- 
gareli paraît  être  M.  le  professeur  N.  Marr,  qui  a  visité  le 
Mont  Athos  en  1898.  Il  a  trouvé  pour  la  première  fois  les 
Évangiles  d'Opiza,  dont  il  a  soit  copié,  soit  collationné  le  texte 
entier  (2).  Il  a  étudié  surtout  les  codices  hagiographiques.  De 
ses  recherches,  il  a  publié  un  bref  rapport  (3)  et  deux  articles 
très  détaillés  sur  cinq  des  manuscrits  (4).  A  la  fin  du  premier 
article  (p.  79  et  suiv.)  il  donne  quelques  notes  supplémentaires 
au  catalogue  de  Tsagareli.  Il  y  rectifie  de  nombreuses  erreurs 
dans  les  descriptions  de  quelques  manuscrits.  Au  surplus,  il 
donne  une  description  de  quinze  manuscrits  {a-o)  qui  ne  figu- 
rent pas  dans  la  catalogue  de  Tsagareli.  L'auteur  a  retrouvé 
la  plupart  d'entre  eux,  sauf  le  numéro  n,  parchemin  in-folio  : 
Homélies  des  pères  Isaac,  Basile,  Nilus  et  des  autres.  Nous 

(1)  Voir  l'auteur,  Revue  de  VOrient  Chrétien,  XXIIl,  p.  349,  et  Peeters,  Hin- 
■  loires  monastiques  géorgiennes,  p.  208. 

(2)  Voir  la  prol'ace  à  l'édition  du  texte  géorgien  de  l'évangile  selon  saint  Mat- 
thieu de  V.  N.  BÉNÉiÉvic  (Saint-Péter.sbourg,  1909). 

(3)  IIsT.  ncfesAKH  Ha  Aen-L,  /KypHajn>  MutuiCTepcTBa  Hapofluaro  Ilpoc- 
E-femcHifl,  mars  1899  (322),  pp.  1  et  suiv. 

(4)  Ariornpa<i>HMecKie  MaTepia.iibi  no  rpysncKHMt  pyKonHCHMt  IlBepa, 
SanHCKH  BOCTOHHaro  Orji-fe.ienifl  pyocuaro  apxeojiorntiecKaro  OômecTBa, 
.13  (1900),  pp.  1  et  suiv. 

[10] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  299 

uvons  ajouté  les  remarques  de  M.  Marr  à  nos  descriptions. 
L'année  suivante  (1899)  M.  K.  Lake  (1)  a  pu  photograpliier 
quelques  feuilles  pour  M.  F.  C.  Conybeare;  les  photographies  se 
'trouvent  aujourd'hui  dans  la  collection  Wardrop,  de  la  Bodleian 
Library  à  Oxford,  et  quelques-uns  en  ont  été  publiés  par  Cony- 
beare dans  la  Zeitschrift  der  Neutestainentliche  Wissens- 
chnft  (2).  Le  professeur  A.  S.  Khakhanov  a  travaillé  à  Iviron 
en  1902;  les  fruits  de  son  travail,  outre  un  court  article  assez 
fautif  paru  dans  le  Bogosl6vskiiViéstnik(3),  sont  l'édition  de  la 
vie  de  S.  Bagrat  (4)  et  les  textes  hagiographiques  de  S.  Romanos, 
Jzidbozid  et  de  plusieurs  autres  (5).  M.  Jantsch  a  pu  photo- 
graphier en  1913  quelques  textes  pour  le  R.  P.  Peeters  (6^, 
H.  Goussen  (7)  et  quelques  autres.  L'Académie  russe  des 
.Sciences  a  fait  photographier  en  1913  la  grande  l)ible  et  le 
manuscrit  hagiographique  X°  8  (57)  (8).  L'auteur  du  pr(''sent 
travail  n'avait  pas  obtenu  l'autorisation  de  voir  les  manuscrits 
en  1921,  mais  le  premier  tome  de  la  bible  a  été  photographié 
pour  lui  en  1926  par  M.  Swain,  de  l'Université  de  Michigan  et 
le  deuxième  par  MM.  Lake,  Johnson  et  lui-même  en  1927  (9). 
Les  manuscrits  sont  maintenant  rangés  sur  trois  rayons 
dans  la  bibliothèque,  sur  la  paroi  à  gauche  de  l'entrée.  Les 
rayons  sont  construits  dans  un  arc  fermé  contre  la  paroi. 
Les  manuscrits  ne  portent  pas  un  numérotage  consécutif  des 
cotes,  mais  ou  y  trouve  deux  systèmes  partiels  :  1"  A  l'encre 
noire,  un  numéro  (qui  n'est  jamais  celui  de  Tsagareli),  suivi 
du  nombre  des  pages,  précédé  par  un  ji  russe  (1  =  jiucti.  = 
feuille).  Il  se  peut  que  ces  numéros  aient  été  mis  par  loséliani, 
mais  nous  ne  pourrions  affirmer  qu'ils  soient  de  sa  main; 


(I)  Comuiuiiicatioii  de  M.  Lake  lui-iuème. 

(2j  Zeilschrifl  der  Neulestamentlichen  Wisscnschafl,  XII  (1911),  pp.  131-140. 
(3)  BorociOBCKiii  BtcTHiiKi,,  XIII  (1903),  pp.  418-426. 
1)  Tpyau  no  uocTOKOB'fefl'Iiiiiio,  BbinycKt  19,  Moscou,  1904. 

(5)  MaTcpiajibi  no  rpysnucKoit  ariciorin,  ibid.,  IjbinycKi)  31  (Moscou,  1909). 

(6)  Communication  du  père  P.  Peeters. 

(7)  Goussen  a  publié  en  fac-similé  la  dernière  page  de  Marc  {Oriens  Chrislia- 
nm,  VI  (1906),  p.  317). 

(8)  Communication  de  M.  N.  Marr;    l'auteur   a   travaillé   lui-même  sur  ces 
photographies,  à  Leningrad,  il  y  a  quinze  ans. 

(9)  Voir  Harvard  Theological  Review,  XXII  (1929),  pp.  33  et  suiv. 

[IIJ 


300  REVUE    DE    l'orient  CHRÉTIEN. 

2"  Au  crayon  bleu  sur  des  bandes  de  papier  insérées  entre  les 
feuilles  du  manuscrit.  Le  numéro  correspond  presque  toujours- 
à  celui  de  Tsagareli,  mais  les  bandes  de  papier  ne  sont  pas 
conservées  dans  tous  les  manuscrits.  Après  mûre  réflexion,  j'ai 
décidé  de  donner  aux  manuscrits  un  nouveau  numérotage  par 
format,  numérotage  qui  sera  suivi  dans  le  présent  catalogue. 
Je  commence  donc  par  les  plus  grands  et  termine  par  les  plus 
petits  (I). 

Les  codices  en  papier  ont  souffert  des  vers,  mais  pas  autant 
que  ceux  de  Jérusalem.  Les  cotes  de  Tsagareli  sont  citées  dans 
les  cas  où  nous  avons  pu  les  identifier.  A  la  fin  du  catalogue, 
on  trouvera  une  concordance  des  nouvelles  cotes  avec  celles  de 
Tsagareli  et  vice  versa,  comme  celle  que  j'ai  déjà  donnée  pour 
les  manuscrits  de  Jérusalem  (2). 

Les  manuscrits  sont  reliés  pour  la  plupart,  et  ceux  qui  ne 
le  sont  pas  sont  dans  des  portefeuilles  de  toile  noire. 

Il  nous  reste  à  signaler  les  manuscrits  disparus.  La  collec- 
tion n'a  pas  été  dépouillée  aussi  complètement  que  celle  de 
Jérusalem.  Néanmoins  on  remarque  des  lacunes.  Le  manus- 
crit 558  du  Musée  Ecclésiastique  à  Tiflis  a  été  envoyé  d'Iviron 
à  cause  des  renseignements  qu'il  contenait.  Parmi  les  autres,, 
les  numéros  3,  18,  24,  26,  27,  40,  42,  46,  48,  62,  71,  76,  78  et 
86  de  Tsagareli  font  absolument  défaut.  Je  donne  ici  en  traduc- 
tion ce  qu'en  dit  Tsagareli  : 

A''"  3.  Psautier;  4"  papier  s.  xv-xvii  en  écriture  nuskhuri. 

N°  18.  Paraklétiké  abrégée  25  x  17  cm.  169  ff.  Parchemin 
salé  :  mémoriaux  d'gç^obg  Elisée  a.  1610  et  de  Timot'é  a.  1756. 
A  la  fin,  Vie  de  S.  Barlaam  comme  clans  le  N"  55. 

N°  24.  Pentekostarion,  30  x  21  cm.  231  ff.  Parchemin 
s.  xi-xii.  Nuskhuri  clair.  Scribe  db-s  b^oOc^B  (sic)  Syméon  le  noir. 


(1)  Le  nouveau  numérotage  fut  ajouté  aux  mss.  en  mai  1932  pendant  une 
courte  visite  à  Iviron  parle  père  Gérasimos  et  l'auteur.  Chaque  ms.  est  mainte- 
nant marqué  avec  une  étiquette  ovale  bordée  d'or  et,  de  plus,  la  cote  est 
écrite  sur  le  ms.  môme  au  crayon  vert.  En  même  temps,  l'auteur  a  rempli 
quelques  lacunes  dans  ses  descriptions  et  a  copié  quelques  pages  dont  les  plio- 
tograpliies  étaient  perdues. 

(2)  Voir  Revue  de  l'Orient  Chréllen,  XXIII  (1922-23),  pp.  345-413;  XXIV  (19-24). 
pp.  190-210,  387-429;  XXV  (1925),  pp.  132-155. 

[12] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GP^ORGIENS.  301 

N°  -26.  Triodion  24  x  16  cm.  Parchemin  (incomplet).  96  ff. 
INuskhuri  s.  .\i-xii. 

\°  27.  Triodion  27  x  22.5  cm.  s.  xiv-xvi.  200  ff.  Nuskhuri. 
Papier  rongé  des  vers. 

.Y"  40.  Ménaion  25  x  16  cm.  s.  xiv-xvi.  Papier  :  nuskliuri. 
20 1  ff. 

.A°  i2.  Ménaion  abrégé  pour  novembre  (sic)  27  x  17  cm. 
Papier  :  nuskhuri  s.  xiv-xvi.  177  ff. 

N°  46.  Livre  de  prières,  l''  papier  s.  xvi-xviii.  138  ff. 

vV  45.  E'.pi).o\  en  honneur  de  la  très  sainte  Mère  de  Dieu, 
17  X  12  cm.  Papier  :  nuskhuri  du  type  du  psautier  sur  papyrus 
de  Sinaï.  s.  xiv-xvi. 

iV  62.  Vies  des  saints  pères.  43  x  38  cm.  Papier  :  nuskhuri 
s.  xiv-xvi. 

jV°  77.  Collection  des  homélies  de  saint  Grégoire  de  Nysse 
et  d'autres  pères  de  l'église.  30  x  24  cm.  284  ff.  Parchemin  : 
écrit  sur  deux  colonnes.  Grand  nuskhuri  du  x-xi""  siècle.  Relié 
en  cuir;  mutilé  à  la  fm. 

iV°  76.  Œuvres  des  saints  Pères  :  Grégoire  le  Théologien, 
Basile  le  Grand  et  Jean  Chrysostome.  29  x  20  cm.  Relié  : 
^249  feuilles  de  parchemin;  nuskhuri.  Le  scribe  Arsène  Ta  écrit 
à  Iviron,  quand  Georges  était  higoumène  (s.  xi). 

A'°  78.  Œuvres  des  saints  Pères.  26  x  18  cm.  315  ff.  par- 
■cliemin  :  beau  nuskhuri  du  x**  siècle.  Contient,  entre  autres, 
les  œuvres  de  S.  Ephrem  le  Syrien,  la  Vie  de  sainte  Marie 
l'Égyptienne,  etc. 

.V"  86.  Histoire  de  la  Géorgie  écrite  par  le  Tsariévitch 
Vakhoust.  Papier  avec  filigrane  de  Tan  1811,  32  x  21  cm. 
■308  feuilles.  Écrit  en  mkhedruli  petit  et  beau  :  en-tètes  en 
asomt'avruli  rouge  ligaturé.  Ce  ms.  appartenait  à  un  major 
anglais  Vent  Sahib  {sic),  et  fut  offert  en  don  au  monastère 
d'Iviron  par  Platon  loséliani  en  1859.  Dans  une  forte  reliure 
de  cuir. 

N°  1,  tomes  a'  et  fi'. 

Ancien  testament  originairement  complet  sauf  pour  le  psautier,  les 
paralipomènes  et  les  livres  des  Macchabées.  Écrit  en  078.  au  monastère 
d"Oska  en  Tao-Klardjet'i  par  trois  scribes,   Mik'ael,  Georgi  et  Step'ane. 

[13] 


302  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

pour  le  partice  byzantin  lované  C'ordvaneli  surnommé  T'ornik.  Deux 
volumes  de  même  grandeur  contenant  532  et  428  feuilles.  Dimensions  des- 
feuilles :  445  X  32.3  mm.;  des  colonnes  :  330  X  102  mm.  Iivec  un  espace 
de  22  mm.  entre  eux.  Parchemin  blanc  et  fin,  d'épaisseur  moyenne,  en 
majeure  partie  très  bien  conservé.  Encre  brune  noirâtre,  parfois  assez 
paie  :  en-têtes  en  vermillon  assez  pâle  (parfois  en  carmin).  Écrit  sur 
deux  colonnes  de  26  lignes  (le  nombre  oscille  entre  25  et  27),  en  nus- 
khuri  assez  grand,  incliné,  angulaire,  d'un  type  non-athonite.  Les  mains 
des  trois  scribes  sont  très  semblables.  Cahiers  de  8  feuilles,  signés  de  carac- 
tères géorgiens  capitaux  au  milieu  de  la  marge  supérieure  au  fol.  T  et 
inférieure  au  fol.  8"^.  De  plus,  nous  trouvons  au  t.  â.  des  lettres  grecques; 
dans  l'octateuque  et  dans  Hiob,  elles  sont  capitales  et  dans  les  prophètes, 
minuscules.  Le  système  des  cahiers  en  est  assez  compliqué  (voir  ci- 
dessous).  Reliure  forte  de  cuir  gris  noirâtre  assez  moderne,  avec  dessins 
linéaires  n  treillis.  Les  deux  volumes  ont  été  paginés  au  crayon;  les 
incipit  des  chapitres  sont  marqués  pour  la  plupart  par  des  scribes  de 
Tiflis,  les  lacunes  également.  Ce  codex  magnifique  a  déjà  beaucoup 
attiré  l'attention  et  en  outre  a  déjà  été  décrit  en  détail  par  l'auteur  (1).  Nous 
nous  bornons  en  conséquence  à  donner  ici  une  description  très  sommaire 
en  y  ajoutant  pourtant  quelques  détails  observés  en  1930,  quand  nous 
eûmes  la  facilité  de  contrôler  les  photographies  sur  le  manuscrit  et 
de  combler  les  lacunes.  Le  manuscrit  se  composait  initialement  de  trois 
tomes  de  grandeur  à  peu  près  égale  (environ  54  cahiers  ou  432  feuilles). 
Aujourd'hui,  les  restes  des  tomes  1  et  3  ont  été  reliés  ensemble  et  forment 
le  tome  à  du  manuscrit  :  le  tome  ^'  en  forme  le  troisième  volume. 

Tome  â. 

(1)  Genèse  iuc.  def.  12,8)  f.  lr,-70vo  :  lacunes  20,6-21,11  ;  41,57-42,16. 

(2)  Exode,    f.    71r-118r  :   lacunes    3,15-4,6;     14,12-16,22;    26,8-30,13; 
34,3-37,3. 

(3)  Lévitique,  f.   118v-137v  (des.   11,45):   ici  une  grande  lacune  de 
28  cahiers  (=  224  feuilles)  jusqu'à  la  fin  des  Juges. 

(4)  Juges,  f.  138r-143r  inc.  -def.  19,16. 

(5)  Ruth,f.  143v-148v. 

(6)  Hiob,  f.  149r-176v  (des.  def.  -.30,27)  :  fin  du  premier  tome  dans  l'état 
original  du  manuscrit. 

(7)  Isaïe,  f.  177r-220v.  Ici  commence  le  troisième  tome  original.  Inc. 
-def.  7,2;  lacunes  10,26-19,1;  22,25-27,8;  42,19,44,24;  45, 12-54, H. 

f8)  Jérémie,  f.  251v-308v.  Lacune  27,1-16. 

(9)  Baruch,  f.  308v-315r. 

(10)  Lamentations,  f.  315v-322v. 

(11)  Prière  (Baruch,  c.  5),  f.  322v-323r. 

(1)  Robert?.  Blake,  The  Alhos  Codex  of  Ihe  GeorgianOld  Testament,  Harvard 
Theological  Review,  XXII  (1929),  pp.  32-53. 

[14] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  303- 

(12)  Epître  (dans  le  manuscrit,  Prière  :  Baruch,  c.  G),  f.  323r-327r. 

(13)  Ézéchiel,  f.  3'27v-309  :  à  la  fin  de  Baruch  (m.  du  scribe) 

ro^Ôa  OgBro;)  ^"6  600)^5^^03  b^O;»-  «   Gloire  à  toi,   lumière    constante, 

co^çgobcQ    l)g!5|^or)5    (i~6or)ù    ^ôb'dà-  illuminateur  de  nos  âmes,  Jérémie 

B^oog^gÔgr^cq     ÇQif)bcogj![;|i6     (^d^d~  ^^^   achevé    par   son    intercession. 

Ooio  :     cn^oî     îï^^cQ     agQljgooo:).:)  0  seigneur  Dieu,  aie  pitié  de  moi, 

iJol)OOT5y;)3^y.:){£!icQÔoG  figâ  (503^130-  pécheur,   au  jour   terrible  dans  la 

j£;iol)5  %~i>   çoçogb^   d6h   hd~6(c^hi>  gloire  de  ton  avènement.  » 
çoogogôoo)  Ooijbfc^go'b^  S^'jBob.ib  : 

Ce  mémorial  ne  fi.uurait  pas  dans  mon  premier  article,  à  cause  d'une 
photographie  manquée.  Sous  l'en-tête  d'Ézéchiel,  un  mémorial  du  prêtre 
Petré  Tablianidze  (15  février  1851),  et  à  la  marge  inférieure,  un  mémorial 
en  nuskhuri,  grand  et  compliqué. 

Grâce  aux  photographies  supplémentaires  reçues  depuis,  je  peux  donner 
ici  une  explication  plus  correcte  des  lacunes  dans  le  texte  d'Ézéchiel  : 


Ordre  des  feiL 

nies  : 

Doit  e'tre 

f.  356 V  des. 

20,24. 

356 
360 

357r-359v 

22,30-24,8 

lacune  de  deux  feuilles 
361 

360  r/v 

20,24-20,40 

362 
357 

361 r/v 

21,27-22,12 

358 
350 

362  r;v 

22,12-22,30 

369 
lacune  d'une  feuille 

363 r/v 

26,1  -26,17 

363 
364 
365 

364r-368v 

26,17-30,5 

366 
367 

369  r/v 

24,9  -24,27 

368 
lacune  d'une  feuille 

370  r  et  sec 

[.  30,24  et  seq 

370 

Les  parties  manquantes  du  texte  sont  : 

20,40-21,27  2  fol.  f.  8  du  cahier  5~'l3  =  27 

et  f.  1  du  cahier  3-G   =  28- 
24,27-26,1  1  fol.  f.  1  du  cahier  ô"^  =29 

30,5-25  1  fol.  f.  8  du  cahier  ô~^  =  29' 

(14)  Daniel,  f.  399r-429r. 

(15)  Ezra  Zorobabel  (1  Esdras  des  Septante),  f.  429r-456r, 

[15] 


.304  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

(16)  Ezra  (2  Esdras  des  Septante  :  Ezra  canonique  de  l'hébreu),  f.  45G  v- 
461  r.  Le  texte  en  est  un  fragment  (1.1-3,5)  :  ensuite  répétition  de  l'Esdras 
8,91-9.22.  L'erreur  doit  provenir  de  l'archétype,  parce  que  les  livres  sui- 
vants sont  en  désordre  aussi. 

(17)  Néhémie,  f.  461  v-480  v.  Le  texte  est  en  désordre  :  il  y  a  deux  lacunes 
•  4,7-6,1  et  7,5-61  et  une  répétion  de  2  Ezra  1,21-2,21. 

(18)  Esdras  apocryphe  (2  Esdras  de  la  Vulgate),  f.  480v-496v.  Le  texte 
en  fut  copié  d'un  archétype  fragmentaire,  mais  il  n'y  a  pas  de  feuilles 
manquantes  dans  le  manuscrit. 

(19)  Esther,  f.  496V-510. 

(20)  Judith,  f,  510v-529v.  Lacunes  9,4-10,3;  11,22-12,15;  14,17-15,11; 
16,12-30  (fin). 

(21)  Tobie,  f.  530r-532r.  Écrit  par  une  autre  main  en  nuskhuri  assez 
grand  et  arrondi,  sur  deux  colonnes  de  48  lignes.  Parchemin  mince  et 
mauvais,  déchiré  et  rapiécé  avec  du  papier.  F.  531  doit  suivre  f.  532. 
Texte  inc.  def.  5,3;  des.  def.  11,8.  Fin  du  présent  tome  â. 

Tome  (î'. 

(1)  P'-  Livre  des  Rois,  f.  lr-57v.  Lacune  17,39-19,2. 

(2)  2«  Livre  des  Rois,  f.  57v-114r  :  des.  sans  indication  quelconque. 

(3)  3"  Livre  des  Rois,  inc.  f.  114r  sans  aucune  indication:  f.  117v 
-en-tête  (sic)  c.  2,2  :  lacune  4, 11 -9,32;  des.  texte  f.  171  r. 

(4)  4e  Livre  des  Rois,  f.  171r-219v.  A  la  fin  du  texte,  un  colophon 
■du  scribe  (f.  219  Vg)  que  nous  avons  déjà  publié  et  traduit. 

(5)  Proverbes  de  Salomon,  f.  221  r-257v. 

(6)  Ecclésiaste,  f.  258r-271r. 

(7)  Cantique  de  Salomon,  f.  271v-277v. 

(8)  Sagesse  de  Salomon,  f.  277v-302v. 

(9)  Sagesse  de  Sirach,  f.  302v-366v. 

(10)  Les  petits  Prophètes  : 

a). Osée,  f.  367r-378r. 
b)  Joël,  f  378-383 r. 
■  c)  Amos,  f.  383r-391r. 

d)  Avdia,  f.  391  r- 393 r. 

e)  lona,  f.  393r-395r. 
/')  Micah,  f.  395r-401v. 
g)  Nahum,  f.  401v-404r. 
h)  Avvakum,  f.  404r-407v. 
i)  Sophonie.  f.  407v-410v. 
j)  Aggée,  f.  410v-413r. 

A)  Zacharie,f.  413-423  r:  lacune  11,7-13,9. 
(1)  Malakia,  f.  423r-427r. 

Ensuite  un  long  colophon  f.  427r-428v,  déjà  publié  et  traduit  par 
«l'auteur  du  présent  catalogue. 

TSAGARELl,  NM. 

[16] 


CATALOGUE    DES   MANUSCRITS   GÉORGIENS.  305- 

N°  2 

Hagiographica.  S.  xii/xiii.  Papier  oriental  teinte  rosâtre.  Encre  brune 
noirâtre  :  en-têtes  en  rouge.  Écrit  sur  deux  colonnes  de  39  lignes  en 
nuskhuri  incliné  arrondi  coulant.  Dimensions  de  la  page  :  365  X  SôS™"»; 
de  l'écriture  :  305  X  198™™,  avec  un  espace  de  22™'»  entre  les  colonnes. 
Cahiers  de  8  feuilles  signés  de  lettres  capitales  au  milieu  de  la  marge 
supérieure  sur  f.  Ir  et  inférieure  sur  f.  8v.  de  6~  =  1  (la  première  feuille 
est  perdue)  jusqu'à  pT^"^  =  35  (en  partie  perdu).  253  feuilles  numéro- 
tées au  recto  à  la  marge  supérieure.  Reliure  forte  de  cuir  noir  sur 
planchettes  sans  ornement.  Au  commencement  bôwftggo  ou  table  des 
matières  du  contenu  sur  la  feuille  de  garde  de  papier  blanc,  par  une  main 
moderne. 

Contient  : 

1.  (Fol.  Irr4r).)  Acéphalon  :  Vie  de  Sainte  556Ô5eo5a  Barbe  : 
inc.  ( — déf.)  gycî  gt)oçTi5cîÔ5Q... 

2.  (Fol.  4r2-51ri.)  Ql3o:i6gÔ.^Q  ço5  8cî^5çt.5^c5Ô5û  ^6oçool)5 
353ol)5  Bgj')6ob5  b;>Ô5Ql)o  :  inc.  5co5  (oba  ^(oh  gl^cciçpgG...  Vie  et 
conduite  de  notre  saint  père  Saba  :  inc.  OJBàv  ou-w  xiv^aai... 

B.H.G.,H609. 

3.  (Fol.  51ri-62r2.)  Qljoî^gÔ^Q  qo5  3o:{J;>çT..b^cc[Ô5a  çoo6l)ol).> 
853ol)5  fi^g6ob5  Bojcdçn^boîb  Ôoo^s^to  gool)3cci5c>:ibob5  d^vibh 
ç[o^3oob5b5  :  inc.  ôcodgGo  (oba  8g  bi^O^foo  5cob...  Vie  et  conduite 
de  notre  digne  père  Nicolas,  archevêque  de  Myra  en  Lycie  : 

inc.   Scç-ûv  li  ypfi[).(x... 

B.  IL  G.,  '-1349. 

4.  (Fol.  62rj-71Vo.)  ^8oçoob5  abOobb  BggBobb  58Ôeoo3bob  a)5b 
8gçooo:iç;r)55gçT.  gSob^cciâoîbob^  :  inc.  g5çnr>g6ôo56cQb  938505038550 
oc^Ôo^Go^Qb  8oooog5çTi5  b3oâ(^ôS5Q...  Sur  notre  saint  père 
Ambroise,  l'évêque  de  Milan  :  inc.  OùaXsvTivuvou  i).eioc  tsX£uty;v 

B.H.G.,^69. 

5.  (Fol.  71Vi-102Vi.)  ^58gÔ5Q  ^8oço5œ5  ço5  çooçogôgçTico5  80:1^5- 
8gœ5  8065  gôS8o:i5g5o  fo5  g3çoco5o^o3ûbo  :  inc.  3g8<T05o:i85çc> 
85gbc:i3eoob5  Bgg6ob5  ^PSobôgb  ^33^56550  8cîbçrn3ob5...  Passion 
des  saints  et  glorieux  martyrs  Menas  Hermogènes  et  Eugraphos  : 

inc.  Msià  T'/]V  k-\  Y^ç  TOij  awTïjpoç  XptjTOu  Tuapouoriav... 

B.H.G.,  21271. 

.  .[17] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  20 


■306  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN^ 

6.  (Fol.  102Vi-114v,.)  gV)CQeogÔ5Q  ro5  8o3^5çi^5JC3Ô5Q  ^8oçoob5 
853ob5  Bgg6ob5  bSofooçpcciBobo  :  inc.  ÇQ^  ^"^^ôO^SÇ?  -^^^  l)gç[ool)5 
QlScQ^gÔbQ,,.  Vie  et  conduite  de  notre  saint  père  Spyridon  : 
inc.  MsYiŒtov  elq  '\>^yfi<;  wtpéXs'.av... 

B.H.G.,  2  1648. 

7.  (Fol.  114Vi-126r2.)  ^58gÔ5Q  ^oçp^oob  ço5  33000^^500  865^3005 
802^583005  ^6ol)5gl)005Q  33l)5fo55ol)o  53^l)365ol>o  gsg^Bobo 
(d^gb^obo  g)5  85f6rp5fool)o  :  oo5fog856oçno  gç^co^Sobo  :  inc. 
8go3caô5b5  çooc«:ijer)g(8)o56gbb5  ^5  a5^bo8o563b5...  Passion  des 
saints  et  victorieux  martyrs  du  Christ  Eustratios,  Auxentios, 
Eugenios,  Orestes  et  Mardarios  :  traduction  de  saint  Eutiiyme  : 

inc.  BafffAeôovTOç  Aioz,X'(^TtavcÏÏ  /.ai  Ma^i|j.iavoj... 

B.H.G.,^~QiÇ,. 

8.  (Fol.  126vrl41r2.)  Dec.  14.  ^583050  poçp5oo5  005  Ç00Ç03- 
•Ô^ç[oco5  8o5'p533oo5  j(^obô3boo5û  OT5fo<;b^oî  ç:;^333o  3^çî;'o6o33 
■O5oç[n38cci6  ÇQ5  5Ôc<2cj'cci6obo  :  inc.  go^^Cï^o  BggBo  o3b^^  j'^'^^ÔO--- 
Passion  des  saints  et  glorieux  martyrs  du  Christ  T'yrsos, 
Leukios,  Kallinikos,  Philémon  et  Apollonius  :  inc.  Toj  xuptou 
i^jxîov   'l-/)aoy  XpisTOu... 

5. :^.6^.,  21845/6. 

9.  (Fol.  141r2-146r2.)  ^58305^  po^ob5  8î5ço3ç^oo-8nÇ58ob5 
^ÇT>33003foobo  :  inc.  ^^'"o^o  56^f^o55o2b  cciçc)3b  83  83Ç5C'2Ôçp5... 
Passion  du  saint  martyr  et  prêtre  Eleuthérios  :  inc"?  Quand 
Hadrien  régna... 

B. H. G. ,'-5,11. 

10.  (Fol.  146r2-156ri.)  8cQb5^b363Ô3cnoçoo^ob5Ço55Qb^5co83- 
^tjg3Ç[nob5  Ç056o3Çnob5  f05  80b  00565  ^8oço5005  b58oo5  tjf685005 
^65605  5*b56o5  8ob53Ç[j|^obo  :  inc.  ^^  65Ôg^o:ifoo:i6o:iboîfo  83C53856. . . 
Commémoration  du  grand  prophète  Daniel  et  des  trois  jeunes 
gens  ses  compagnons  Anania,  Azaria  et  Misael  :  inc.  "ApTi 
Na6ou;(cSov6a-op  b  [âaatXstjç... 

B.H.G.,HS5. 

11.  (Fol.  156vi-162r2.)  î^^^^çï^o  ^8oçoob5  ço5  îpoçc»3Ô^ç^ob5 
çpoçoob5  ^foob^3b  8cc{^58ob5  3C25oo556{^3  l6o28ob5Q  :  inc. 
çQ5ço5Q5oog  bbg5oo5  ^eoobô3b   80^^583005...  '^Axeov  du  saiut  et 

[18] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  307 

glorieux  grand  martyr  du  Christ  Boniface  de  Rome  :  inc.  Kal 

B. H.  G.,  "28112. 

12.  (Fol.  162ivl68ro.)  ^^^d^oba  ^aoc^ob^  ao:i^5aol>5  boa^bôo^^B-] 

^^b^crifoccjl)  ^o'Q^^oc},  3'>b(^3Çj!^<^  <53^o3Ç?"^3  ^•^  95fo3c:ibo  : 
inc.  aco53;>çr»6o  çp.>  coococ>îb.>bgco5  ^53a)5  bçoopggb  Ôfodoîço.^^.. . 
Passion  du  saint  martyr  Sébastianos  et  de  ses  compagnons 
Zoë,  Tranquillinos,  Nicostratos,  Claudios,  Castor,  Til)urlios, 
Castulos,   Merculinos  et  Marcos  :  inc.    IIoaawv   -/.s.-:-/,  c'.asôpouç 

■/.ocipoùq... 

BU.  G.,  2  1620. 

13.  (f^ol.  168vi-n4r,.)  \i5aaÔ5Q  ^\3o^ob5  ogGi^o  ço3g(^iœ- 
3a8o:iboç:;^ob.>Q  :  inc.  ^^  C?^  ^ôSio^Bccib  Icocqôgo,')  ago^c^oobi 
b^^o55eo5b5  ao8{ï)aç:ncriù.^b5...  Passion  de  saint  Ignatius  le  Théo- 

phore  :  inc.  Ap-i  Tpaiavcy  xà  -y;?  'P(i)[i.a'!o)v  fjXQChiiyi;,  ay.^-Tpa 
•rrapaXaSôv-oç... 

5.i/.(7.,  2815. 

14.  (Fol,  174vi-177vo.)  ^^9gÔ5aÇ3oçoob5  3o:i^58ob5  ogç[oo;>6obo 
ôSo:t3aç;;''o  o^.^35  6o^^fQ3orpo5b  :  inc.  ço^  ô-^^ô^»^  3~bg5  ço5  ^.'>Ç[ï'^Jœ5 
3c^coob  coPiagçT.b5  6o3c:i3oçoo5...  Passion  de  la  sainte  martyre 
Juliana,  qui  fut  martyrisée  à  Nicomédie  :  inc.  Kaî  xaXXbxr;  twv 

TriXccov  Y)  Nr/.c;j.-(^oo'jç... 

B.H.G.,  2963. 

15.  (Fol.  177v2-180r2.)  Vi^SgÔ^o  ^3oç^ob5  ço5  ^oçogôgç^^ob^ 
gjoçoob^  3cc}^53ob5  ;>65b(^;>bo5Qbo  :  inc.  565b(^5bo5  bo^^o^S  "ô*^ 
çoaço5or).^Q. . .  Passion  de  la  sainte  et  glorieuse  (et)  grande  martyre 

Anastasia  :  inc.  'AvatjTaau  vuvar/.wv  r,  xaXXiaTrj... 

B.H.G.,'-%2. 

16.  (Fol.  180r2-192v2.)  \^^93o5û  ^3oço5or)5  ço5  yc^sç^bço  çQoçog- 
Ô^çj^oo^  i>(r>cr>b  ^foob^gb  80:1^533005  605835^)60  ^^o^^gb  o^536ab  : 
inc.  Ç05  bbg5Q  ^336  bbg5b5  eo^b  89  3g(3cjgaç[ogôç^o5...  Passion 
des  dix  saints  et  tout  à  fait  louables  martyrs  qui  furent 
martyrisés  en  Crète  :  inc.  "AXXoç  ;j.èv  aXXo  xt... 

B.H.G.,  21197. 

[19] 


308  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

17.  (Fol.  192v2-206vi.)  g^c^fogÔ^a  çp5  8o3^5çni5^c:iÔ5Q  çp5 
çog5^çr>o  ^9ofoob5  çoofol)3cci^58ol)5  g3gg6o5Ql)o  ço5  93oîôgçT>or)5 
8ol)or)5Q  :  inc.  3o:j9o:jfool)l)^  333^  338005058550  856305*13  858ol)5 
8ol)ol)5...  Vie,  conduite  et  lôXov  de  la  sainte  (et)  digne  martyre 
Eugénia  et  de  ses  parents  :  inc.  Ko[j.ioou  [xs-à  Màpy.ov  xbv  aùrou 

TuaTÉpa... 

18.  (Fol.  206v2-214Vi.)  0^0563050  çc)5  8o5^5ç^->5Jo505q  çooôSbob^ 
858ol)5  Bgg5ol)5  00335005(63  <j)5^3(6oç^ob5Q  005  0030500563  88ol)5 
8obol)5Q  :  inc.  ^^ol)^3l)  çog5^çr)ol)  5058003035^^005  (?)  ^8oço5oo5- 
55660...  Vie  et  conduite  de  notre  digne  père  Tliéodore  Graptos 
et  de  Théophane  son  frère  :  inc.  Twv  ù-àp  Xpw-rsu  r^v  â'OXY)(jiv 
èXo[ji,éva)v... 

B.H.G.riliQ. 

19.  (Fol.  21  lVi-228vi.)  ^583050  Ç8ooq5oo5  805^5830^)50  06500  505 
^O5865ûbo  505  l)o8(i553ÇT)ol)5  80b  05(0005  Ô33(i5oo5Qb5  (005835:^160 
60305805005b  5p5o'p^63b  :  inc.  0^>-  î^^  85Jbo8o563b  830563b5 
^3^->b5...  Passion  des  saints  martyrs  Indus  et  Domnas  et  de  la 
foule  des  vingt  mille,  qui  furent  brûlés  à  Nicomédie  :   inc. 

"Apxi  Ma^il^-tavsD  osÛTSpov  ï-oq... 

B.H.G.,  2823. 

20.  (Fol.  228vi-242r,.)  e^f^^^oo.^^  ^-^  805^55^15^05050  Ç8o5oob5 
858ob5  P>g36ob5  85oS335iT>çT)3  5(iS^o8565ofoo(^ob5  505^8063035^005 
8c565b56ob5Q  :  inc.  865355^  5'bob  5563o'bP55b33ço...  Vie  et  con- 
duite de  notre  saint  père  Marcellus,  l'archimandrite  du  monas- 
tère twv  'A7.ci[rr,Twv  :  illC  "Evvciâ  \}.zi  r^oWx/.iq^i^-z'^n... 

B.H.G.,nO-2S. 

21.  (Fol.  242Vi-253v2.)  obo5fo3Ô5Q  505  805^55^)5^05050  5ooeobob5 
835^05605  loSo58ob5Q  :  inc.  otjo5  b583  3b3  b5^83  b53goo56...  Vie 
et  conduite  de  la  digne  Mélania  de  Rome  :  inc.  r,  xpx  v.t.  touto... 
(des.  déf.  — ). 

B.H.G.,  21242. 

TSAGARELI,   N"  63. 


[20] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  309 

N°  3 

Hagiographica.  S.  x  fin  (vers  980).  Parchemin  fin  blanc  assez  épais.  Ecrit 
à  Ouska  (g93^)  pour  Jean  T'ornik[ios]  (000:^03603)  par  le  scribe  00:^3669 
Bow^jQ  lované  C'iray  (f.  141  v,).  Encre  noire.  Écrit  sur  deux  colonnes  de 
25  lignes  en  nuskhuri  de  grandeur  moyenne,  un  peu  incliné,  du  type 
Athonite  modéré;  le  colophon  est  écrit  en  nuskhuri  Athonite  exagéré 
(f.  141  r,-v,).  Dimensions  de  la  page  :  363  X  247'"™;  de  l'écriture  : 
270  X  175""™.  Cahiers  de  8  feuilles  signés  de  lettres  capitales  au  milieu  de 
la  marge  inférieure  sur  ff.  1  r  et  8v,  de  ^^  =  1  jusqu'à  o^G  ^  18. 
141  feuilles  numérotées  aux  rectos  au  crayon  bleu.  Reliure  de  cuir  brun 
sur  planchettes,  ornée  de  dessins  linéaires,  de  bandes  d'ornements  con- 
ventiennels  et  de  rosettes.  Deux  fermoirs  :  sur  chaque  couvercle  une 
bande  de  plâtre  adhésif. 

Contient  : 

1.  (Fol.  li'i-lSlri.)  3l30îcogÔ5Q  ^8oçool)5  ço5  6g^5fool)5  ço5 
GccjdçogôSob^  c|CQ3ç:!^ol)5boî(gç:nol>5  505  s^^ob^gç^.^sob^  80b  5.^60005- 
f^ob.:)Q  0^8ob.i  Bgg6ob5  005356-)  c3^coe:5oo6ob5Q  3o:ib5.^6(^oGcQ- 
ScdÇïî^gc:;'  O^O^ço  6of)53eoob5  (sic)...  Vie  du  saint  et  bienlieureux  et 
docteur  œcuménique,  et  Tétoile  du  matin,  notre  père  Jean 
Clirysostome,  patriarche  de  Constantinople  :  inc.  yc':î33ç:;;'or);) 
OœbôScQÔgç^^co^  d^gç^i^'ob^  9^gçT.ob5or)5...  flavTsç  oî  T^ySkx'.ol  îcTop-.o- 
ypàcpo'.... 

B. H.  G.,  ^873. 

2.  (Fol.  131Vi-141r,.)  œ^g9gç^o  jc^'bÔ^B  8g5gco5c^ob5a 
^C^8cQy355QÔob5  oo^b  G^'^oçj^oo^  'pSoroob^  003356g  o:i^coo:iooô5ob5or)5 
3056560005  ^5ÇT>5^5ÇQ  b58ag(go5ço  305bô565o5o55o5Çï'gg3  :  gg^jg- 
6œbg6  gog5çT.o5,..  Sermon  de  Cosmas  le  Skeuophylax  sur  la 
translation  des  reliques  de  saint  Jean  Chrysostome  de  Comana 
à  la  ville  impériale  de  Constantinople.  Bénis-nous,  ô  Seigneur! 
Inc.  3  ô"8^ac?6o5  ^oob^gb  805^35(^9605  :  0  congrégations  de 
ceux  qui  aiment  Christ... 

^.^.6^.,  2878. 

Fol.  Ulri/Vj.  Colophon  du  manuscrit  : 

fooço~ôo5  96~fo5  b8ô~5o5  :  co~6  çoofob  8^0505  5ÇLi^~b3o  gbg  5ço- 
bcD3çr>gÔ5çp  b5^8ob5  580b  3gCT)oçT7ob5  P5'~ç^ob5  0D5bg5  ^5fï)ogoS 
30^53    8b5b36gÔob5    oo^b    ço'~ooo3    ÇooçogÔgçT>or)5    go35ç>ioo5    ^5 

[21] 


310  REVUE    DE    l'orient   CHRETIEN. 

^~co5  88~o:)^b5  ooc63gçT>5ço  00:1356g  000^6603  bo65gç:^-'o:>'bob5  o^~l) 
Ç05  35651335^3  oo:i356gb  œ^b  çp5  93oç;nor)5  d~œ  co~b  gôSooc^ôoœ 
5"~ço5o6  çy~6  ço5  3g^'~yy];'g6  ^~g  oi^Cocioono  oS~ç:^''b5  8b553b5o 
56056  çp5  5ço3^geog  ^""a  gbg  ^og6o  QbccifogÔ5o  \i~ob5  ocQ356g 
ccî^6cQoocoob5Q.  çp5  65^oçT>co5  ^380:1^3563050  o:i~çr>  j6o6b5 
Ôg6gÔ5b5  Bg3b5  Sggdçj^oci  5fo5  c>^9o3Ç[n5  ço5  5535b6gçT)5  6gÔoa>5 
^~ooob~(T)5  :  çp5  85505^0005  Ç~Qb5  Œî^fiSo:ioobob'~œ5  ço'~6 
gôgçp6ogfog6  coui^Co^o^  bo63gçniKibb5  ço5  ^'"b5  o:i^^coo:ioocob5 
o^~65  ço5gb5yço(6g6.  00:^3563  000:56603b  çp5  00:53563  35ro5'b35li3b 
ço5  33oçT)oo5  8~ooœ5  oî6oo5  33  (^boî63Ô~oo5  3303b  3^53  ^~ci 
o:i^6o:i5o6ccj  5050^365  ^~a  î)bQ  ^og6o  ç^^5365b5  3o65  çooç]03Ôgç5^b5 
0333b  b5yo3o^3Ç[î^b5  ^■~ûb5  ço5  ço'~Ôçj'ob5  6~ooçjiob  8(^383ÇT>ob5b5 

^o6588çog6o3Ô5     ^çp"~ob5      858ob5     b5Ô5Qbb5     C0~6     50)0^036     ÇC)5 

003003560  333650336  :  é3çi'ooo5  B38  5ç:n;>b53ob5  b5\icjç^H'303ç:^ob5 
0033563   fto65Qboœ5 . . . 

Gloire  à  toi,  ô  Trinité,  qui  m'as  rendu  digne,  moi  misérable, 
d'achever  cette  bonne  œuvre,  dont  j'ai  conçu  le  désir,  pour  le 
service  des  seigneurs  glorifiés  par  Dieu  et  des  saints  pères, 
principalement  pour  Jean  Thornik  le  Syncelle,  pour  Varazvace 
Jean,  et  pour  leurs  fils  collectivement  —  que  Dieu  les  glorifie 
et  que  saint  Chrysostome,  auquel  ils  sont  semblables,  les  prenne 
en  pitié  !  J'ai  donc  écrit  ce  saint  livre  (qui  est)  la  Vie  de  saint 
Jean  Chrysostome,  et  autant  que  ma  chétive  nature  en  avait  le 
moyen,  je  n'ai  pas  omis  la  translation  des  reliques  et  j'ai 
terminé  (le  tout),  par  la  volonté  de  Dieu  et  avec  la  grâce  de 
saint  Chrysostome.  Que  Dieu  rende  heureux  Thornik  le  Syncelle 
et  place  son  thrône  à  côté  de  saint  Chrysostome  !  A  Jean  Thornik, 
et  à  Jean  Varazvace  et  à  leurs  fils,  sois  propice  dans  les  deux 
vies,  ô  saint  Chrysostome!  Ce  saint  livre  fut  copié  à  la  laure 
illustre  d'Oski,  dans  la  résidence  du  saint  et  glorieux  Baptiste, 
sous  l'higouménat  du  saint  père  Sabbas,  —  que  Dieu  l'exalte 
et  lui  remette  ses  péchés!  —  de  ma  main  à  moi,  misérable 
pécheur,  Jean  Cirai... 

TSAGARELI,   N"  52. 


[221 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  311 

N°  4 

Commentaire  de  saint  Jean  Chrysostome  sur  l'Evangile  selon  Matthieu 
et  Jean,  contenant  aussi  quelque  peu  de  Marc  et  de  Luc,  dans  la  version  de 
saint  Euthyme  :  écrit  à  Athos  en  1008.  Parchemin  blanc  d'ivoire,  assez 
épais,  mais  souple.  Encre  brune  grisâtre;  en-têtes  en  rouge  pâle.  Ecrit 
sur  deux  colonnes  de  30  lignes  en  nuskhuri  grand  incliné,  un  peu 
arrondi.  Dimensions  de  la  page:  308X291"^'".;  de  l'écriture:  290  X  225'"'", 
avec  un  espace  de  IS"""".  entre  les  colonnes.  Cahiers  de  8  feuilles,  signés 
de  lettres  capitales  géorgiennes  au  milieu  de  la  marge  supérieure  sur 
f.  Ir  et  inférieure  sur  f.  8v  ;  une  main  postérieure  a  ajouté  dans  la  marge 
inférieure  sur  f.  Ir  et  8v  des  lettres  capitales  grecques.  Les  signatures 
commencent  avec  2^~ffî  =  34  (la  première  feuille  manque)  et  vont 
jusqu'à  Q~a  =  65  (inc.  f.  259 r).  263  feuillets  numérotés  au  recto  au  crayon 
bleu.  Reliure  de  cuir  noir  assez  usée,  ornée  de  dessins  linéaires  et  de 
rosettes.  Morceaux  de  cuir  brun  au  dos  :  deux  fermoirs. 

Le  texte  commence  ( —  def.)  f.  Ir,  dans  riiomélie  (l>^53çc^5Qy 
18  :  l>^l>yofC)3çno  5P55  ^Jgb...  des.  f.  18 v^.  Fol.  18 v..  l)Ç;>3Cî'^Q 
o~cn  :  (33fog(^bg6gçj>criôob.i  C03L  005  bgç:^ogfo.^çQ  ro^^o:i3ol)5  œ^b 
;13^0^"^^^  3o65  :  inc.  ^^  ^6^0  co53oog6ol>.^  t)^^-^'Sl)^^^^'-- 
Homélie  19  :  contre  la  rancune  {r.zpl  àixvr;7i7.ay.b;)  et  sur  la 
tenue  pieuse  à  l'église.  Inc.  Maintenant  donc  de  tant  de  tor- 
ture... La  dernière  homélie  porte  le  numéro  45  :  b\^->3ç::?^«2  9~a  '■ 

Ooo^gsob  :  inc.  fo^  3g;>6ço5  OcQoS^OgBgo:?...  Que  la  charité  et  la 
bienfaisance  envers  ceux  qui  ont  besoin  reviennent  au  Christ  : 
inc.  Et  toi  aussi,  ô  croyant. ..  Des.  texte  f.  262  v^. 

Colophon  du  manuscrit  (f.  263 r.)  ço5o^ge65  âgcci^og  gbg  ^0560 
^gçj^oco.b  F>~5  (^o:iro3oç5iob;>Qor)5  3g  :  5cobg6o  005356g.  ço;>  cq^foc^âo- 
coob5Qor>5  g568565coçT)gÔgçniob5  [85]  Sob^  gogœ^Ogb  6.')0g953g3or)5... 

çp5  B~6  ^3QÔ:)(^  S'pgfo^çTiœ^  :  ço5  bgfo55ocq6  63cctbgçnoob5  cn^h 
Cï?<^G3^  y^3o>  '\>~^(yx  ço^ob^Boî  ço5  a5~o  ço^^^s^^^  9g6çooîÔ5  cj53a> 
î^^ob^  (T)~h.  b~  ço:)o^gfo;)  dcni>  ^8oço5b  ^ooc^B^b  SccsB^b^gPSb^ 
^~co5  83""a)5  oo33~6gb  ço5  g~ç50D8b5  b5tjo:jçggç:;ib5  ^"~ob5  c>~ob 
89(?ciÔ'~ç7iob~b5  :  ^oS~6o^cq6o  ocjc^  :  b—^Ê 

Ce  second  livre  des  œuvres  du  père  Euthyme  l'illuminateur 
fut  copié  de  notre  main  à  nous,  pécheurs,  Arsène,  Jean  et 
Chrysostome  (Ok'ropiri)  des  œuvres  de  l'illuminateur  père 
Euthyme... 

L23] 


512  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEiN. 

...  Et  pour  nous,  copistes  maladroits,  et  pour  Sérapion  le 
relieur,  faites  une  prière,  ô  saints  de  Dieu,  et  ce  en  quoi  nous 
avons  failli,  pardonnez-le-nous,  au  nom  de  Dieu.  Ceci  fut  écrit 
à  la  sainte  montagne  de  TAthos,  au  monastère  des  saints  pères 
Jean  et  Euthyme,  dans  la  résidence  de  la  sainte  Mère  de  Dieu. 
Fait  en  l'année  du  cycle  pascal  228  (+  780  =  1003). 

Tsagareli,  N°66. 

KXt'ij.aÇ  de  saint  Jean  le  Sinaïte  dans  la  version  de  saint  Euthyme.  Écrit 
àl'Athos  en  983  par  "biÔ^Q  Sabay.  Parchemin  fin,  blanc,  épais  mais  souple, 
de  teinte  ivoirée.  Encre  brune  noirâtre,  de  bonne  qualité  :  en-têtes  et 
capitales  en  carmin.  Écrit  sur  deux  colonnes  de  20  lignes  en  nuskhuri 
grand  droit  arrondi,  du  type  d'iskhan.  Dimensions  de  lapage  :  374x242 °i™; 
de  l'écriture  :  295  X  180™™,  avec  un  espace  de  20™™  entre  les  colonnes. 
Cahiers  de  8  feuilles,  signés  de  lettres  capitales  au  milieu  de  la  marge 
supérieure  sur  f.  Iv  et  inférieure  sur  f.  8v  de  ^~  =  1  jusqu'à  (i"~.>  =  41. 
32.")  feuilles  non  numérotées.  Reliure  de  cuir  brun  sans  ornementation  ;  au 
dos,  à  l'encre  Ç6oçq5  oQ6gl)  3îr;^f)66Lo  {sic).  Deux  fermoirs.  Au  troisième 
feuillet  de  garde,  recto,  mémoriaux  :  a)  ^.bbojr^o  Ôgcoo  ôgrogç[;;>o  1835,  de 
Basile  le  gourien  et  moine  ;  b)  do^.bcoo,  de  Macaire  ;  au  verso,  a)  ^cSbo- 
966noc5oôo  .:>6ôo:i6o,  de  l'archimandrite  Antoine  1765;  b)  osr^^iCoocQB, 
d'Ilarion,  c)  33632003(5036  ôgcoo,  du  vieillard  Benoît;  f.  Ir,  du  précédent,  a) 
^«-00=1823. 

Fol.  2v-3r  :  Préface  de  saint  Euthyme  :  inc.  o^a  b^^gB^^w 
oc)536...  Que  ceci  soit  connu... 

1.  (Fol.  3v-5r.)  3006  b5œ6cq3Ô5a)5o  Q5ço  ^c^Sys^BgÔgçnryo  : 
or)^g6gçT)o  op56ogç:j>  SoîBb'bcQGob^  fo5ooogçT)ol)5Q  ^ogBob^  53ob 
co^b  bgç[nœ5   g^BS^B^œçmaÔgçjfiob^    foo53gç;nb^   3^<^Ç030ob  ^oÔÊ  : 

inc.  foo:j6açr)oo5  IBgÔ^gb  ^og6b5  535b  Qbc^cogÔobbb^ L'escalier 

des  vertus  conduisant  au  ciel  :  Sermon  de  Daniel,  le  moine  de 
Raithu,  à  propos  de  ce  livre  lequel  illuminant  les  âmes,  s'appelle 
escalier.  Inc.  Ceux  qui  veulent  ce  livre  de  la  vie... 

2.  (Fol.  5v-13vi.)  QbcciTOgÔ^o  ^3oçoob5  çpb  Bgô^eoobb  353ob5 
ftggBob^  ocî35Bg  boBgç^n  353.^b5bçT)ob5b5  3cQ3çogf6gÔoœ  g^Bœ^g- 
«6gçnn.ob5a  ^3335605550  b5B55fogçT)ob5Q.  focciSgçno  gbg  5çoÇafo5 
■ço56ogçn    6o:iB5'l3ccj635B  f65oœaç^->356  :   inc.  b5c|g5f6gç^6o:i   635Bcci 

[24] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  313 

3ge6  3gb56çT)3Ô3çi  5cob  bo^yg-ba  P»g8o  00^36500..,  Vie  de  notre 
saint  et  bienheureux  père  Jean,  l'higoumène  de  Sinaï,  renommé 
pour  sa  doctrine  et  vraiment  bieniieureux.  Elle  fut  écrite  par 
Daniel,  moine  de  Raithu  :  inc.  0  frères  bien-aimés,  il  m'est 
impossible  de  proférer  une  parole... 

3.  (Fol.  ISv^-lSr^.)  gôob^ccicîiG  \iOonoob.>  OoOob.i  00:^3563 
fo^oœgçTi  350.>b5bçmob5Q  b555^cogçT)ob5  oc^s^Bgb  8085(000  boBgçr) 
0585b5bçT'ob5b5  :  inc.  çoSfoœo^  b56.^(^rogçnb.^  5B^''^^']Ç"CQ'bco5  cnbbb 
b^Qfobb...  Lettre  du  saint  père,  Jean,  l'higoumène  de  Raithu  au 
bienheureux  Jean  higoumène  de  Sinaï  :  inc.  Au  bienheureux  de 
Dieu,  régal  des  anges... 

4.  (Fol.  l.jr^-lTro.)  goob(^03ç;n6  Gg^^.^coob^  ix>b  ^i\o(Qol>>,  0^:13563 
boG-jçT)  3.>85b.>bçT)obob5  oc':j356gb  3o85ô5o:)  co^Qcngç^^  8585b.^bçT'obob.5 
c5c:j8çpob5  T)-]ff).^  ^gf^oçn  5cob  gbg  gog^foBo  bgçj;iogfo6o  0033563 
oo:i3563b  5b5cî5gÔb  :  inc.  8oo^o.b  P>g8çQ5  o.^^ocrjb56o  ^ogBo  9g6o... 
Lettre  du  bienheureux  et  saint  Jean  higoumène  de  Sinaï  à  Jean 
higoumène  de  Raithu,  sur  laquelle  furent  inscrites  :  Ces 
tablettes  spirituelles;  Jean  salue  Jean  :  inc.  Ta  lettre  honorable 
m'est  arrivée... 

5.  (Fol.  17v,-3-24Vj.)  b*p53ç^->56o  ^8ogDob5  ço5  6g55ô5ob5  S^Sob^ 
R»ggGob5  ocQ355gb  boBgç;"  8585b5bç[nobob5  foc^Sgç^Bo  Sogdçog^BB^ 
8585b5  occi35B3b  (obocn^ço  3585b5bçTiobb5  ;  ôo^3gç;io  OD530 
553c':ibçr)3ob5  co^b  bccio5ÇT>oor)  ^oSob(^')  ^5(0058500003  :  inc.  33^3360005 
b5bo3fooco5  çp5  35300  8o:itjg5(oob5  ço5  3o3^y5ç;nob5  ço8ob5cooo 
(sic!)...  Enseignements  de  notre  saint  et.  bienheureux  père  Jean 
l'higoumène  de  Sinaï  qu'il  adressa  au  père  Jean,  higoumène 
de  Raithu  :  Chapitre  1.  Sur  la  fuite  du  monde.  0  Christ,  dirige- 
nous!  Inc.  Par  l'aide  du  Dieu  bon,  plein  d'amour  pour  les 
hommes  et  de  miséricorde... 

Fol.  324 V2  Colophon  du  scribe,  dont  je  donne  ici  les  parties 
importantes  : 

3b3  ^"q  ^0560  83  00:13563  b5533ÇT)8~B.  5053^363  ÔC08563Ô0005. 
\i~(j)ob5  853ob5  ço5  8o:j6çogcoob5  li33ob5.  oo:î3563boœ5.  ÇQ^305œo83- 
boor)5.  b5b^53ÇT.3çr)5çp  cp5  b5t6g3Ô3çr>.>(j)  b~çT)oo5  ^""6005  œ^b  :  ... 
5050^3(65  ^cj~6b5  b5Ô3co363ooob5b5  :  gçp5Ô6o:ib5  3oo5  'p~cDob5b5  : 
33Ç5o:iÔ5b5  Ô5boçiT>obb5.  ço5  3o:ib5^6(^obb5  :  o5(^coo5^o:iÔ5b5  6o3o:iÇ[^- 

[25] 


;U4  REVUE  DE  l'orient  chrétien. 

5"  :    3-    ^6056030:150    oçjcr.  :    b""  :    0"    89    b5Ô5    ^Oobo    ge^^îR 

.  .  Ce  saint  livre,  moi  Jean  le  syncelle,  je  l'ai  écrit  par  ordre 
du  saint  père  et  mon  maître  Jean  et  d'Euthyme,  pour  renseigne- 
ment et  le  profit  de  nos  âmes... 

...  Il  fut  écrit  au  pays  de  Grèce,  dans  le  désert  (sic)  de  la 
sainte  Montagne,  sous  le  règne  de  Basile  et  de  Constantin, 
Nikolaos  Chrysovergés  étant  patriarche,  en  l'année  de  la 
création  6596,  du  cycle  pascal,  203  (+  780  =  1003).  Moi  Saba, 
le  scribe  maladroit  de  ce  (livre),  je  vous  implore... 

TSAGARELI,  N"  68. 

N°  6 

Extraits  des  œuvres  de  saint  Jean  Chrysostome.  Papier  vergé  oriental, 
un  peu  histré.  S.  xvii,  à  ce  qu'il  paraît.  Encre  noire,  très  corrosive,  qui  a 
rongé  le  papier  :  en-tètes  en  carmin  foncé.  Écrit  sur  deux  colonnes  de 
33  lignes  en  nuskhuri  arrondi  régulier  un  peu  serré.  Dimensions  de 
la  page  :  .370  X  255™'»;  de  l'écriture  :  275  X  165™™,  avec  un  espace  de 
Igmm  entre  les  colonnes.  Cahiers  de  8  feuilles  :  signatures  en  lettres 
capitales  au  milieu  de  la  marge  supérieure  sur  f.  1  rat  inférieure  sur  f.  8v. 
167  feuilles  non  numérotées.  Reliure  forte  de  cuir  noir  sur  ais  de 
bois  sans  aucune  ornementation,  mais  avec  un  grand  clou  de  laiton.  Restes 
de  fermoirs.  Contient  une  série  d'extraits  (35  est  le  dernier  numéro 
conservé)  des  œuvres  de  saint  .Jean  Chrysostome  :  les  titres  en  sont  très 
longs  et  le  texte  est  tellement  endommagé  qu'il  est  impossible  de  fixer 
l'étendue  des  morceaux.  A  en  juger  par  les  incipits,  la  collection  doit  être 
l'œuvre  d'Éphrem  Mc'iré.  Il  en  existe  quelques  autres  semblables,  mais 
celle-ci  est  impossible  à  identifier. 

TSAGARELI,  N"  85. 

NO  7 

Hagiographica.  Papier  oriental  de  qualité  moyenne,  assez  uni.  Encre 
noire;  en-têtes  et  lettres  capitales  en  rouge  pâle.  Écrit  sur  deux  colonnes 
de  32/33  lignes  en  nuskhuri  grand,  arrondi,  incliné,  coulant.  Sans  date  : 
s.  xni,  à  ce  qu'il  paraît.  Dimensions  de  la  page  :  360  X  225""™;  de  l'écri- 
ture :  292  X  170™™,  avec  un  espace  de  20™™  entre  les  colonnes.  Cahiers 
de  8  feuilles,  signés  de  lettres  capitales  au  milieu  de  la  marge  supé- 
rieure sur  f.  Iv  et  inférieure  sur  f.  8v;  (les  signatures  en  haut  sont 
entaillées)  de  ^^  =  1  jusqu'à  d-6  =  41  (au  dernier  3  feuilles  seulement). 

[26] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  315 

338  feuilles  numérotées  à  l'encre  aux  rectos  au  milieu  de  la  marge  supé- 
rieure. Reliure  assez  moderne  de  cuir  vert  du  Nil,  sur  carton  sans  aucun 
ornement.  Les  titres  dans  ce  manuscrit  sont  très  longs;  je  les  ai  abrégés  çà 
et  là. 

Contient  :  sur  la  feuille  de  garde  verso  notice  du  scribe, 
lequel  ne  se  nomme  pas.  A  la  deuxième  feuille  (insérée  plus 
tard)  index  lectionum. 

1.  (Fol.  lr,-13v,.)  Jean  Damascène,  Leçon  sur  la  nativité  de 
Notre-Seigneur  Jésus-Christ:  inc.  ^5^5ab'5503l3gçno  8o:io^oc':>l)... 
Quand  Tété  arrivera...  (traduit  par  saint  Georges  TAthonite). 

2.  (Fol.  13vi-20ri.)  Amphilochius  d'Iconium,  sur  la  très 
sainte  Vierge  Marie  :  inc.  9w.>35ç^œ5  g35fob  ^^ç[!^^gç:!^3Ô5G 
^aÇR^3'^G^^---  La  virginité  de  beaucoup  de  femmes  étonne... 

3.  (Fol.  20ri-26v,.)  Fév.  11.  Passion  de  saint  Biaise  (Ôç^bbo), 
évêque  de  Sébaste:  inc.  Ç00Ç0856  5O56  çpoçpgÔgg^O^G  Oçoçpgçj^- 
<of)>8c:i^58g856...  Ce  grand  (et)  glorieux  prêtre  martyr... 

4.  (Fol.    26vi-41ri.)    3bo:ieooÔ5Q    Ç8ofoob5    8;>8ob5    Bgg6ob5 
<;35co>.5o6o.^6gbo  :  inc.  ô^3^8*^  88^603  b:)cjg5coQÇ5^6cci  gbcctfog 
Ô5û  <85co>^o5o.^6o  8Kitog5^ob5Q...  Vie  de  notre  saint  père 
Martinianus  :  inc.  Je  vous  raconterai,  ô  frères  bien-aimés,  la 
vie  de  Martinianus  l'ascète... 

5.  (Fol.  41 1-1-60 r^.)  Fév.  26.  Qbc^^gôba  (^5  8o:i^5cr.5^cciÔ5a 
^8ofpob^  fp5  ço83coor)-9g8cciboçL^ob5  858ob5  BggBob^  (^oSc^cng 
b535eo3gçT.OT-8cQ^8gçc.ob:)  :  inc  çooçoob;^  ço;>  g56œ^^8gçr)ob.s 
^^35^3acî'3Ç^'8o^o^^  3o^^  Ôoaccjoagb  358gç^o  oc)o:i...  Vie  et  con- 
duite de  notre  saint  et  théophore  père  Timothée  le  thauma- 
turge :  inc.  La  patrie  de  saint  Timothée,  le  grand  et  renommé 
en  miracles,  fut... 

6.  (Fol.  60r2-109r2.)  b^b^^gç^Bo  co^  b535eo3gç;^cD-8o:j^8aff.ob5 
5o3oîoogb6o  :  inc.  s^S^  3^^  ^8  "y<^---  Miracles  {sic)  du  thau- 
maturge Timothée  :  inc.  Il  y  eut  un  certain  homme... 

7.  (Fol.  109r2-114r,.)  Mars  26.  e^c^f^ao^^  ^8ofpob5  ©5  6355- 
foob5  853ob5  Bgg6ob5  5çr.g^bo  ^^gob;)  ço3f^ooob5G  :  inc.  s^i^^  3^5 
8g  0CJ03  tS3oooçr.5ço  8c:ifo^3g5g..,  Vie  de  notre  saint  et  bienheu- 
reux père  Alexis  l'homme  de  Dieu  :  inc.  11  y  eut  un  certain 
homme  orthodoxe... 

[27] 


316  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

8.  (Fol.  11  li-i-124ri.)  Histoire  à  propos  des  saintes  icônes: 
inc.  Qgt^gbb  œgcQçgoçT)gb...  Le  roi  Tiiéophile... 

9.  (Fol.  124r,-137ri.)  Sur  le  miracle  au  siège  de  Constanti- 
nople  sous  Tempereur  Héraclius  :  inc.  OoS^s^çr.  56056  gjgG  ro^ 
g5çoco6b  Oooobcoc^ôob5  85(T)ç:n6o...  Nombreux  sont  au  fait  et 
encore  plus  les  grâces  de  Fliistoire...  Éd.  M.  G.  Dzanasvili, 
C6opHiiKt  MaTepiajioBij  jiJin  oniicaniH  MifecTHOCTeil  11 
njieMGHTb  KaBKasa,  t.  XXVII  (1900),  pp.  8-60. 

10.  (Fol.  137r2-148ri.)  Saint  Épiphane  de  Chypre,  sur 
Tensevelissement  de  Notre-Seigneur,  etc.  :  inc.  ^^^^  -^^b  ^bg 
b5ofDg8çT.(^a...  Quel  est  ce  mystère... 

11.  (Fol.  148ri-154v2.)  Joseph  d'Arimathie,  sur  la  construc- 
tion de  l'église  à  Lydda  :  inc.  9g5œQbw50g(»)3b5  ^gç^b^  O^cgcîôob^ 
^oôgfoob  3gob6ob.^...  Au  dix-neuvième  année  du  règne  de 
Tibérius  César...  Éd.  N.  Marr,  TeKCTU  11  pasbicKaiiin  iio 
apMHHO-rpysnHCKoil  <ï>ii.iio.iioriii  1. 11,  Saint-Pétersbourg  1900. 

12.  (Fol.  I54V2-I6OV2.)  Saint  Cyrille  patriarche  d'Alexandrie, 
sur  la  bienheureuse  Vierge  Marie  aux  pères  du  concile 
d'Éphèse  :  inc.  Ôco\ic| 06352^.3  .^o5b  foro-jb  bo^y^^a  Pi^jgBo... 
Brillante  est  aujourd'hui  notre  parole... 

B.H.G.,n\o\. 

13.  (Fol.  160vi-228r.2.)  ^^8gÔ5û  ^aoço5œ5  hbdmb  c)w85co5 
^ÇTio^ooîb  ç50ÇT)5oogç»C5ccib  ^5  ^^cooGgb.^  :  inc.  gç^ç^iob^  ntb  ç^dm- 
coob5  (j()5  85QbcQ3coob5  fig^Bob.^  ogbg  ^coob^gb...  Passion  des 
trois  jeunes  gens  Aiphios,   Philadelph(i)os  et  Kyrinos  :  inc. 

H  ^aèv  TOij  y.'jpîou  xcO  ©eoU  'aqcI  ai,n-qpoq  -/jp-wv  'l'/;c7oy  Xpia-oj... 

B.H.G.,  257. 

14.  (Fol.  228r2-233ri.)  Saint  Denis  l'Aréopagite,  Lettre  à 
Timothée  :  inc.  Ô03ocob53  bgç^ogcob^  8cQ^5fg3b5.,.  Je  salue  le 
disciple  spirituel... 

15.  (Fol.  233rr242v2.)  Juill.  13.  œ^g8gçmo  ^8o^ob5  <^b 
6Q()5TOob5  858ob5  f^gg5ob5  3CQb(^565o5g  ôoc^ggo  gâob^ccjociibob^a 
5c:i36ob5  OT^b  65^oçnoD5  yoî3çna5ço  ^gÔgçoob5  8c<î^58ob5  9303g- 
8o5QboD5,  foo:i8gçT.o  5{^'pgôS5  Ôfo856gÔoor)5  5005650  585b56ogç^i 
gâob^nSoîbob^QOD^  :  inc.  8o535ç;;o  fo5  8oî85^gb  Ôco(356g(3gçv)o 
Ba8ço5  3g5  8ogTO...  Sermon  de  notre  saint  et  bienheureux  père 

[28] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  317 

Constantin,  évêque  de  Tios,  à  propos  de  la  trouvaille  des  reliques 
de  la  toute  louée  martyre  Euphémia,  qu'il  a  écrit  sur  l'ordre  de 
George,  évèque  d'Amastris  :  inc.  "ll-/.w  -o  è-baYiAa  sépwv... 

B.  H.  G. ,^-621. 

16.  (Fol.  242v2-253r2.)  Juill.  19.  e^f^^ao^a  ço5  ac"î^.^ç[^5^3Ô5Q 
^Ooçpob^  ço5  5g^5oSol)5  358ob5  ftgg5ol)5  Ô^foçn^^S  ScQçogb^ob.SQ 
c5o:i8gç^'>o  o^ci  Ood;>1)5  ^^gj.>bb5  :  inc.  Ôfo^<-jo53^ç:^ig  8;i(D;>çoob  cp^ 
l3g(^ol)50c':i^;>çin5^c'3Ô5l)  'pGoçoob^  ço.^  6g(^5coob5  Ô.^coç;jiC)0>3obb5... 
Vie  et  carrière  de  notre  saint  et  bienheureux  père  Barlaam 
l'ascète,  lequel  était  au  Mont  Caucase  :  inc.  Brillant  toujours  et 
dans  la  politie  du  ciel  le  saint  et  bienheureux  Barlaam... 
Éd.  H.  MappTa,  3aniicKii  BOCTOHunaro  OT;^'fe.TeHiH  Pycc. 
Apxeo.T.  OômecTBa,  13  (1900),  pp.  109-144. 

17.  (Fol.  253vi-277v,.)  Juill.  21.  ebc^^aÔ^Q  505  ^bb^Qoba  bdob 
b^Sgc^Bobo  (i5cî8gçrib6  g'^c':ico5  ço3coor)ob5  œ^b  l^gç^gç^ï'  :  ^C^^O^*"* 
çjigoî6(^oc:ib  gSob^c^ôo^bG.^G  Gojcci5cciçj;igcn866  fo(?ci3gçTi  bmh 
j^ofoob^Q  :  inc.  Sgig^gb  65005  (605832^.60  ço5ço5o6gÔgçn  5coo56... 
Vie  et  carrière  d'Amba  Syméon,  appelé  l'insensé  pour  Dieu 
(ffaXo;)  :  elle  fut  écrite  par  Leontios,  l'évèque  de  Nicopolis, 
laquelle  est  en  Chypre  :  inc.  11  convient  à  ceux  qui  sont  consti- 
tués... 

B.H.G.,nQll. 

18.  (Fol.  277Vi-294ri.)  Juill.  13.  e^t^"ao5Q  ço5  8c:jJ5ç[^5^cciÔ5a 
^8og)ob5  858ob5  Bg']6ob5  035^3  5or)a:i6gç[nob5Q  ço5  g^ygÔ5Q 
fpofpob5  80b  8c<:içog5^gÔob5  8obob5Q  :  ino.  ^8oço5œ5  Qbo:iô5gÔ5b5 
fp5  65(j)b5  85TO5çoob  îo8p5or)ob5  3o:î^5çT.5^o:jo5b5  5go^3oSoor>  ÇQ^Ôgsg- 
o5n...  Vie  et  conduite  de  notre  saint  père  Pierre  l'Athonite,  et 
relation  de  sa  grande  ascèse  :  inc.  Tb  -oXtc,  tûv  àyi^v  |3iouç  y.al  ty)v 

B.H.G.,noOo. 

19.  (Fol.  294rr304v2.)  Saint  André  de  Crète,  585o33oob5  a>5b 
35gor>(7îÔ6o3or)5  b5^8gœ5  ^05  3gbg66gÔgç:oor)5  oo^b  :  inc.  5g385eoo- 
55^  565  65a  5tob  35Qcoc:iÔcoo3œ5  b5^8gor)5  556...  Sur  la  vanité 
des  affaires  humaines  et  sur  (ceux  qui  sont)  endormis  :  inc. 
En  vérité  il  n'y  a  rien  des  choses  humaines... 

20.  (Fol.  305ri-309v2.)  Saint  Jean  Chrysostome,  sur  Pâques  : 

[29] 


318  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN, 

inc.  05Ql3o33fool)5  ftgg6ol)5  50860)03  9gg5ogeoo...  Notre  Sauveur 
divinement  beau... 

21.  (Fol.  310ri-323v,.)  Georges,  archevêque  de  Nicomédie, 
sur  la  Croix  :  inc.  9.^c^5ç:j^b5  ro6  .^çoO^ôgÔgçnbb  b^boç^aOR?^^ 
.-)çoo^o5  ^5^.b5gÔ;>Q  030  b5l35eogÔobbQ...  Sur  un  liaut  et  sublime 
théâtre,  la  prédication  de  l'Évangile  est  arrivée... 

22.  (Fol.  329ri-Vo.)  Saint  Jean  Chrysostome,  sur  Pâques  : 
inc.  t6c':j8gç^5o  hi>(ocn  ^o)ob(|J)3b  Occiyg^ragGo...  Vous  qui  êtes 
pieux... 

23.  (Fol.  325rr338v2.)  (déf.  — ).  ^.^OgÔ^^Q  Ç8o^ob5  ^5  ^m^^'^. 
^gôgç:;iob5  çpgfo53.^3ob5Q  Ô5b5ûbo  fo5  b56;>5o5gçj'or)5  8300^  8obof):)Q 
oogagGoQGbo  Ç05  5ço55obo  çp.b  ob(^05bo  :  inc.  85Jbo8o55g  8^0^3856 
^bBbgb  ÔccifocQ^o  oco85r)gÔ5a...  Passion  de  la  sainte  et  très 
louable  femme  Bassa  et  de  ses  bienheureux  fils  Theognios, 
Agapios  et  lustos  :  inc.  Maximien  le  roi  publia  un  ordre  mau- 
vais... 

Le  ms.  est  mutilé  à  la  fin  :  une  feuille  semble  manquer. 

TSAGARELI,  n°  63. 

N"  8 

Hagiographica.  Parchemin  fin  et  blanc  d'épaisseur  moyenne.  S.  x  fin. 
Encre  brune  à  la  sépia,  dont  la  teinte  varie  un  peu  :  en-têtes  en  capitales 
rouges.  Écrit  sur  deux  colonnes  de  30  lignes  en  nuskhuri  assez  grand, 
incliné  et  angulaire,  mais  non  du  type  Athonite.  Dimensions  de  la  page  : 
340  X  247""™;  de  l'écriture  :  252  X  190™™,  avec  un  espace  de  20™™  entre 
les  colonnes.  Cahiers  de  8  feuilles  signés  de  lettres  capitales  au  milieu  de 
la  marge  supérieure  sur  f.  Ir  et  inférieure  sur  f.  8v,  de  5  =  1  (dont  il  ne 
reste  que  4  feuilles)  jusqu'à  d^ê  =  48.  383  feuilles,  numérotées  au  crayon 
bleu  aux  rectos  dans  la  marge  inférieure.  Reliure  de  cuir  orange  rougeàtre 
sur  carton  sans  ornements,  sauf  pour  une  rame  carrée  de  lignes  droites. 
Deux  courroies  avec  des  chevilles  (le  manuscrit  fut  relié  en  1898  par  le 
moine  O^^^ôSo  Macaire  f.  383 v).  Une  série  de  mémoriaux  que  je  cite  plus 
bas.  Longue  description  dans  N.  Marr,  Ariorpa<ï>iiMecKie  MaTepiajiti, 
pp.  47-72.  Lui-même  a  édité  les  textes  1-9  dans  la  Patrologia  Orienlalis, 
t.  XIX,  f.  5,  pp.  653-74. 

Contient  : 

Fol.  lv-2r.   Index  des  vies  contenues  dans  le  manuscrit: 

[30] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  319 

fol.2r,  long  mémorial  en  mkhedruli  en  encre  grise  :  un  tiers 
de  la  feuille  découpée  (en  bas). 

1.  (Fol.  3r,.)  Acéphale  (lacune  de  4  feuilles:  vie  de  saint 
Etienne).  Inc.  3o^oç:;^g5  gôç:;;'5o  og3V)ç:;-'ob^6o... 

2.  (Fol.  Sri-Or,.)  o~'  ^agbba  bb^oçocn^ia  ^8orpob;>  b^go^^Ggbco^ 
ooeo3gç:n_foo53c>:i6ol);i  f^.^  âofoggç^^-O 05^58 ob^iQ  :  inc.  foo:iç)gçr)6o 
b^cDOT)  j.~iç^"'.^jor>;>  3o6i)  fp5  cp.^ÔBgobb  ^3oçp;)6o...  Invention  des 
reliques  de  saint  Etienne,  premier  diacre  et  premier  martyr  : 
inc.  Vous  saints  qui  êtes  dans  les  villes  et  dans  les  villages... 

3.  (Fol.  9r,-nrj.)  ô~  9<^6o'^C?0t)^Q  bb^oç:!^cnb  ^c)oroob;>  b^go^b- 
66bor>6Q  oo63gç^i-çoo^^cct6ob5  g),~)  ooo53gçT)_8(Tj^58ob5oD5£i  o6f5gb5- 
ç^g9oor)  3o:»b555ôo5g5cc5ç^ob  :  inc.  ^c;?3^^^f>ÇQf^3  ^SSO^^Ç^^^B 
52)59665  hb'dbCo^^ncn^a...  Translation  des  reliques  de  saint 
Etienne,  premier  diacre  et  premier  martyr,  de  Jérusalem  à 
Constantinople  :  inc.  Alexandre  le  fils  du  prince  construisit  une 
chapelle... 

4.  (Fol.  17r2-21  v,.)  ço~  oD^g^Sç^*^  ^8otoob5  gcoogc^ç^o  b3Qob5 
56(^o(?:ijgç:^^ob5Q  ^8orpob5  Ôo63gçT»-8f':i^58ob5  b(^')(g556b  œ^b  :  inc. 
b5^ba53Ôgc!^o  jgœoçoo  ^336  00565  353  b5y35o5gç^6oî...  Sermon 
de  Grégoire  prêtre  d'Antioche  sur  saint  Etienne,  le  premier 
martyr  :  inc.  Nous  avons  une  belle  commémoration,  ô  bien- 
aimées... 

5.  (Fol.  21v,-24ri.)  co^a8^e?o  ^8oçoob5  gCoogcciç^  bgQob5Q3g  : 
^gÔ5Q  5oôS3gçr>-8o:j^58ob5  Ç8oçoob5  bôgo3566bo  :  inc.  Ôeo^yo635- 
ç^g^  or)^gg6ço5  685605  5^o6çc)gçr.o  333ico5Qboî  fî)çogb5b^5gçr.o... 
Sermon  du  même  Grégoire  le  prêtre,  louange  du  premier 
martyr  saint  Etienne  :  inc.  J'estime  la  présente  fête  brillante 
pour  vous,  ô  frères... 

6.  (Fol.  2.ori-29ri.)  3~  ^a^^^^  ^8ofpob5  bô3<2566bo  5o^3gç[n- 
^o53c^6ob5  ft)5  oofo3gçr._8 0:5^58 ob5a  :  inc.  b5tjg5togçr)6o3  çoçogb 
85çoçr>or>5  85CO  (p5  5o5co5...  Louange  de  saint  Etienne  premier 
diacre  et  premier  martyr  :  inc.  0  bien-aimés,  aujourd'hui  les 
grâces  et  les  dons... 

7.  (Fol.  29ri-33v2.)  *b~  ^^bg6gÔ5Q  'p8oço5œ5  80^00^^2^.0050 
Sg^coGbo  (ï)5  Ô53Ç[o6bo  Ic5oci8ob  3o65  g^o65(^6b  fo3ob5  ÇQçoob5 
356çoc:iÔob5  :  ^58gÔ5G    Sg^eoGbo  :    inc.   bo:iç;x'5    6g(^5œo    3g566 

[31] 


320  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

I^c^agl)  3o6^...  Mémoire  des  saints  apôtres  Pierre  et  Paul  à 
Rome,  huit  jours  avant  le  jour  des  Rosailles  :  Passion  de 
Pierre  :  inc.  Le  bienheureux  Pierre  à  Rome... 

8.  (Fol.  33v2-36r2.)  V^^OgÔ^a  «(JOor^ob.^  553gn6  30:530^3^^0^50 
lcoo:i8b  9o65  :  inc.  8ccigç[î^o3ÇQ5  le5oî8l)  dobb  Ô53ÇT)6b...  Passion  du 
saint  apôtre  Paul  à  Rome  :  inc.  Paul  attendait  à  Rome... 

9.  (Fol.  36v,-51r2.)  en"  ^^83050  ^8oço5œ5  ço5  yc^scj^bço 
^gÔgç:^œ5  8oî0o^gçna)5Q  og^PSObo  cjob  553çnr.(3bo  Icocciab  3o55 
Gg^ociBob  8ogeo  ^gobfoob^  :  inc.  Ço^  oy<^  65^58b  80:530005  Ô53ç;o6 
5:o5çog8gçnoor)  555^)53000...  Passion  des  saints  et  tout  louables 
apôtres  Pierre  et  Paul  à  Rome  aux  mains  de  Néron  César  : 
inc.  Et  il  arriva  quand  Paul  vint  de  l'île  de  Gado-Melita... 

10.  (Fol.  .51r2-57Vi.)  o"'  (^bo53eogÔ5Q  poçoob5  çcoo^Bo^bobo 
9oob3o:i5Qbob5Q  coo:58gç;oo  ocjoî  86  bo:i3fo5(^obo  8or>535coo  5œg- 
6gçï^oo5Q  focQ8gç:>^b5  g^c'îÇ(j5  ^5ç;'-'5^o  Ôco8g6œ5Q  :  inc.  55or)bPSo:jÔçp5 
(T>53ob5  co5bob5  005b  5gô5coo  roo 0:^6 05b 00:5b  ç!p5  or)jg5...  Vie  de 
saint  Dionysios  l'évèque,  qui  fut  le  fils  de  Socrate  le  prince  des 
habitants  d'Athènes,  qu'on  appela  la  ville  des  sages  :  inc.  Le  bien- 
heureux Dionysios  nous  raconte  à  propos  de  lui-même  et  dit... 

Édité  et  traduit  dans  Analecta  BoUandiana,  t.  XXXIX 
(1921),  p.  277-313. 

11.  (Fol.  57v,-64ri.)  o5~  gÔob^cQçcj^d  rooo:îGo3boo:>abo  Ô68g6œ- 
8co53foob5Q  <;p5  5o:)g6gç^^œ5  3oob30îooîbob5Q  oSo38gç^o  803^365 
(^o8o3oogb  b5cjg5oSgçnb5  OT5bb5  fQ5  aoî^5ç56b5  8o:i85:ogeoob5 
553c^6bb5  :    inc.    Ô030œb53   b5ço86or)0îb5   8oî'p5ç5gb5   Ç05  330Çr)b5 

bgç:nogeob5...  Épître  de  Dionysios  le  chef  des  sages  et  évêque 
des  Athéniens,  écrivant  à  Timothée  son  bien-aimé  et  le  disciple 
de  son  maître  Paul  :  inc.  Je  salue  le  divin  disciple  et  le  fils 
spirituel... 

12.  (Fol.  64ri-65v2.)  oô^  <p58gÔ5Q  ^8orc)ob5  0530:50  80:56^^3- 
çoob5  8ob5  'bgogçoGbo  ço5  88ob5  00:13563  85b5(i5gôgçr>ob5Q  :  inc. 
3g8rpgoî85oo  5çoço5o:58ob5  go5Çï'ob5  ft3g5ob5  ogbg  ^coob(^6b5... 
Passion  de  saint  Jacques,  fils  de  Zébédée  et  frère  de  saint  Jean 
l'Évangéliste  :  inc.  Après  l'ascension  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ... 

13.  (Fol.    65vr70v2.)    o^"    Ç58aÔ5Q   Ç8oçQob5  çq5  33œoçp5çc> 

[32] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  321 

âdç^ob^  Ô5boç:vio  l59gçT>  goobjc^Sc^bob^u  :  inc.  9g(2o:îo^l)5  6c:>8-]- 
^o^Bccibob^  ^5ç:!i5^b5  *bgço5  ^G^ocîjo^bb...  Passion  du  saint  et 
victorieux  Basile  évêque  d'Émèse  :  inc.  Au  règne  de  Numérien 
sur  la  ville  d'Antioche... 

Édité  par  K.  S.  Kékélidze,  Monumenta  hagiographica  geor- 
gica,  pp.  5-10. 

14.  (Fol.  70v2-92r.2.)  Passion  de  saint  Haboy  :  a)  Lettre  de 
Samoël  le  Kat'alikos  de  la  Géorgie  à  lované  Sabinisdze  et 
réponse  du  dernier;  b)  \i-i9oô5Q  ^8oçpob5  8o:i^58ob5  l;>Ôcciabo 
focQOgç^io  0^585  j5?Sor>çT>  3o6b5  <;^ço^g(^oçT>o^  Ôp5856gÔoor).'> 
^oSob^Êb  3ogco  b.')8ggç;''>  ^^.^coœç^^ob^  j.^oo.^çi^ojc^'bobbQœ.")  :  inc. 
b5y;-].>cogç5;^5(?:i  858ob5  6c^  cp5  8c^5.')5c:i  ^coob(^6b  8ob5  çoSôSœob^Bcî 
<i^8R'^3  00^^36...  Passion  du  saint  martyre  Haboy,  qui  fut 
martyrisé  en  Géorgie,  écrit  par  ordre  de  Samouel  le  Kat'alikos 
de  la  Géorgie  :  inc.  0  bien  aimés  du  père  et  serviteurs  de  Christ 
fils  de  Dieu,  je  vous  regarde... 

Ce  texte  est  divisé  en  quatre  chapitres,  dont  chacun  porte 
un  numéro  spécial  (oço-o'b  :  14-17).  Éd.  Sabinin;  b-^^^icoooagç^iccib 
b.^8c:ioobo,  pp.  333-50;  éd.  E.  K.  à  Tiflis,  1899;  extrait  (lettre  du 
catholicos  Samuel)  Marr.,  loc.  cit.,  pp.  52-53. 

15.  (Fol.  92r2-102v2.)  od"  gbo^scogo-^a  ^8oço5ot5  ^5  6gô5coof)5 
85850D5Q  fooî8')çri6o  Sc^obcoBgb  8or)5b5  Ç8oço5b.^  bo6;)b.^  ço5  fo;>Qor)b 
(sic)  focri8gçT.o  bço^gco^  'p8oçp5856  58Q5ooîb  :inc.  53ç:;^obb8.^  y^3oo 
8^505^836350:1  \i8oçpob5  b;>83Ôob56oî...  Vie  des  saints  et  bienheu- 
reux pères  qui  furent  massacrés  au  mont  saint  de  Sinai  et  à 
Raithu,  laquelle  fut  écrite  par  saint  Ammonios  :  inc.  Com- 
prenez, croyants  à  la  sainte  Trinité... 

Édité  par  K.  S.  Kékélidze,  Monumenta  hagiographica  geor- 
gica,  pp.  25-44. 

16.  (Fol.  103ri-107r,.)  ooo""  Ç^^S^o^q  *()8ofpob5  Ô5Ôoçv).^Qbo 
<o.'>  b58OT.')  yôS3.)cr)5  805*^505300:)  8oboo5a  :  inc.  oy<^  b:>3  g'bob  b.>6.^- 
Ôfogçno  ô5ôoç3^5  gôobjoîâo^bo...  Passion  du  saint  Babylas  et  des 
trois  garçons  ses  élèves  :  inc.  Ce  trois  fois  saint  Babylas  fut 
Tévêque... 

17.  (Fol.  107ri-115vi.)  3"  gbo^aoSgÔ-^a  ço5  ^58gÔ5Q  ^8oçoob.^ 
.;>6(^o56o  co^.35bob5Q.  coc58gçT>o  050 1805630505  3^gçT>b5  ob85o53ç^i- 

[33] 

ORIENT    CHRÉTIEN.  21 


322  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN, 

m^hb  ÇQb  Qq^o'ôq  0^665  ^eool)5gl)  803^583  39000^00005  brob^bcogÔooo^. 
Ç05  856ooçnooo5  l)5TO^8g5c3gÔooo5  :  inc.  S'Q^cn^Q^ç?  ^^^  go3''>çî^o 
ogbg  ^coob^G  50836000  Bg8o  fooî8gçT.855  S^g^^j^  8g  ^%ba  Q50 
j9985oSo^gool)5Q,..  Vie  et  passion  de  saint  Antoine  Ravakli,. 
lequel  obéissait  à  la  loi  des  Ismaélites  et  après  devint  martyr  de 
Christ  par  belle  confession  et  vraie  croyance  :  inc.  Béni  est  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ  notre  Dieu,  qui  me  fit  savoir  la  voie  de 
la  vérité... 
Éd.  I.  Kipsidze,XpiicTiaHCKiHBocTOKT>,  11(1914),  pp.  54-104. 

18.  (Fol.  115vi-121V2.)  o^""  ^58gÔ5Q  ^8oço5oo5  8o:i'p58gœ5a 
I)og3l)oo6bo  gçc^.bbooGbo  cp.^  Sgçvi^booGbo  :  inc.  bo:içggç[pb5  35Ô5- 
çpg3gç;noo5b5  i]bdhb  85b  ga^^gçc^f'^aof'^^^^---  Passion  des  saints 
martyrs  Speusippos,  Elasippos  et  Melasippos  :  inc.  Au  pays  des. 
Cappadociens  au  temps  de  l'impiété... 

Éd.  H.  Mapp-fc.  Acta  iberica  sanctorura  tergeminorum 
martyrum  Speusippi,  Eleusippi,  Melasippi.  3an.  Boct.  OTfl,'hjiy 
t.  XVII  (1906),  pp.  285-344. 

19.  (Fol.  I2IV2-I28V1.)  jo"  ^-^SgÔ^Q  ^8oçpob5  Ôo8ocioo6bo  ço5. 
QC':îCi;>ob5  8obob.>  853co5Qbo  :  inc.  çp-")  ^Hf^  ;j58oo.^  8.^oo  a:)g36ob.')005 
gdogôçogb  ycci3^ç;oor)5  ^6ob5g56gœ5...  Passion  de  saint  Timothée 
et  de  sa  femme  Maura:  inc.  Et  il  advint  pendant  la  persécution,, 
que  tous  les  chrétiens  cherchaient.. . 

20.  (Fol.  128Vi-131Vi.)  35"  \^ù8gÔ5a  poroob5  (^oac^oog  Qci.^6- 
o^ohb  8ob  ^Sofoobb  553ç;^6  8o:igojgç2r)ob5ûfp5  5oP53gç^ob5  gôob^cci- 
5o3bob5  asabgç^ooob  g^çrngbo^b^  :  inc.  ô^ç;'"^  ^"^^  3y^30f>  ÇP5 
ôD83^cl^  3oœ5fo8gf()  b^bgBo  8fo535çc76o...  Passion  de  saint 
Timothée,  disciple  de  saint  Paul  l'Apôtre  et  le  premier  évêque- 
de  l'église  d'Éphèse  :  inc.  Nous  comprîmes  et  entendîmes  que- 
beaucoup  d'aspects... 

21.  (Fol.  131 V, -1391%.)  o^~  ^.^83050  ^8oro5oo5  8cQ^58goo5a 
j^foc^bobo  fc);>  oc':î356gbo  cc).)  8500  00.^65  b58co5  ^8ofo5oo5  ^^ç::;'^^-^ 
çncnba  ço5  çpgçoobi  85ooob.^Q  :  5ço^gfo5  ç:^gQ65oo5b  bgggb  80:165- 
150^6856  :  inc.  çp^  ocjc<î  c6>j.>ab  ogo  çp^googb^  bo(8)tjg5o...  Passion 
des  saints  martyrs  Cyrus  et  Jean  et  avec  eux  des  trois  saintes- 
vierges  et  de  leur  mère;  écrite  par  Leontios,  prêtre  et  moine  : 
inc.  Et  il  arriva  quand  la  parole  fut  semée... 

[34] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  323 

22.  (P^l.  140rrl45v,.)  ôa~  ^-^^^qÔ^q  Ip8oçool>5  aeî8\i5aob.^ 
ôcQ^abo  ^ggy^S^l)^  ôc^oSgoçpoo^b^  ^^çn^^b.b  o^co^ocqçc^ob.^b.^  :  inc. 
oycî  ^Ooç().bQ  ^bg  6^5560  ôc'55  ^^{^o  3b(ocr>bçno . . .  Passion  du  saint 
martyr  Boay  au  pays  des  Borgi  dans  la  ville  d'Hiérapolis  :  inc. 
Ce  saint  bienheureux  Boa  fut  un  homme  juste... 

23.  (Fol.  145v2-152v2.)  3a~  ^58gÔ5Q  Çaoooob^  g3l)056oo:il)ol>o  : 
inc.  ^^^ç^'^o^*^^"^  ;>wôo(^ooî5obl)5  a).^  ç:^->gçr)o566bb.i  ac^^gc^o^ 
^cîbô.^BôoGc'iib  ,5gob5eoo...  Passion  de  saint  Eusignios:  inc. 
Pendant  le  gouvernement  d'Arbitio  et  de  Lulianos  mourut  le 
césar  Constantin... 

24.  (Fol.  152vrl59r,.)  ^'b"  ^-)5agÔ.^a  \xlocpob5  o3ç^io;>6g  gag^g- 
ç[nobi>  83gco6.-)çpob5Q  :  inc.  QJ-^  oyc^  agoip^Ô^b.^  BcQagfoobGoî'bob:) 
gçoaeoœQQb.i...  Passion  de  saint  Julianos  le  médecin  d'Émèse  : 
inc.  Et  il  advint  sous  le  règne  de  Numérien  Timpieux... 

Éd.  Kékélidze,  Monumenta  hagiographica  georgica,  pp.  118- 
24. 

25.  (Fol.  139  Vi-161  r,.)  ô^^~  ^^è^a^floac?"  ^ao^ob.^  çp5  {^^g^Çe^oo) 
9gacQboçr)ob.^  of)g3ftio:i6gbo  gs^^^Ôa^ï'  ^bç^n.bçt)  b5fo55ocî55ço 
aoîya^bgÔgç^iob.VQ.  gbcQ^oSgÔ^û  fp,"^  boa^^GG  aobo  :  inc.  a.>or»  -j.^a(T).^ 
Qfpgb  ac'îo^o.b  \xloc().VQ  ao:»6ojgç^^()  .^bcçôSo.)...  Commémoration 
du  saint  et  athlophore  Théodore  d'Euchaïta  le  conscrit  :  Sa  vie 
et  ses  exploits  :  inc.  Au  temps  que  le  saint  apôtre  André 
arriva... 

Éd.  Khakhanov,  /.  c,  pp.  1-9. 

26.  (Fol.  161r,-166r,.)  ô*^^  ^-^^a^-^"  'paorpob.^  OTg3çoo36bo  : 
inc.  a^jboaccib  (^5  a.^Jboao55g...  Passion  de  saint  Théodore  : 
inc.  Maximus  et  Maximianus... 

27.  (Fol.  166r,-173ri.)  C'^"  ^-^ô^a^a^ac^^^  ^aoçx)ob;)  g^o^ô^cQ- 
boGGbo.  gbc'53cogÔ5Q  cti.^  boa^GG  aobo  :  inc.  oyc:^  306  6g  .^c;-'gjb.ir)- 
çc.coo^b  3.^30  5T)G5gPSo...  Commémoration  de  sainte  Euphrosyne  : 
Sa  vie  et  ses  exploits  :  inc.  Il  y  avait  à  Alexandrie  un  certain 
homme  noble... 

28.  (Fol.  173r2-175r2.)  ç^^~\i.^ago.:>Q  ycoa^oo^  *paoçt)5œ.b  coo(^b3ocx) 
(3bô55  (Dc^agçj-'Go  ocj3Ggb  b;^ç;nom.^  aa.bGo  G.:)coç:nob  çogÔob5  g^^G 
gaô^'bob.^  5fo.iagçp  o33Ggb  œoœcQgg^iiGo  (pgfoob5  §;>G  OT5bob5  : 
inc.  oyccs  boîçggç^^o  gcoooo...  Passion  des  saints  garçons  neuf  en 

[35] 


324  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

nombre,  qui  étaient  par  l'esprit  frères  par  les  fonts  baptis- 
maux, mais  naquirent  chacun  de  sa  mère  :  inc.  Il  y  avait  un 
pays... 

Éd.  N.  Marr,  Tckctli  h  pasbiCKania  no  apMHHO-rpy- 
3IIHCK0H  «î>iiJio.îioriii,  t.  V,  1903,  pp.  53-61. 

29.  (Fol.  17r)r,-178i%.)  ç^"»»'  (p-^a-jo^^Q  ^3of()ob5  çpbsocoobo 
fpgoBb^  dobb  :  inc.  ^^  3333  Sf^'^yc^o^  ff»-^  Oogoool'jeo^o:)...  Passion 
de  saint  Davit'  à  Dvin  :  inc.  Maintenant  nous  commencerons 
et  nous  raconterons... 

B.II.O.,  246. 

30.  (Fol.  178rrl80v,.)  çï>5~ 8^coô5Ç[î^03Ô5q  ^Ooçoob:>  o3ç^io56ebo  : 
inc.  oD^g-"»  c)^f^3o.^B;]  o;5ç:jio55,^b  rocîilçnob^  O^bOob...  Martyre  de 
saint  Julianus  :  inc.  Marcien  dit  :  Julianus  lequel  j'entends... 

31.  (Fol.  180vrl86v,.)  î^çp"  ^^Ogo^û  ^8oço5a)5  ccjfoagoîgoi.^a 
occiOgçil^Bo  bgÔ5b(^o5  ^5çQ>5^b5  3o55  0^58 6gb  :  bbbgç^gÔo  85000  gb-] 
5fob...  :  inc.  ^58œ5  8500  603030b  ago^ob^oo^  oc)c>:î  çpa3b^ç:'''0Ô''>« 
^oçoo...  Passion  des  quarante  saints,  qui  furent  martyrisés 
dans  la  ville  de  Sebastia;  leurs  noms  sont...  :  inc.  Au  temps  du 
roi  Nikikis  {sic)  il  y  avait  une  grande  persécution... 

32.  (Fol.  187vrl94v,.)  ç^^a"  Ha8gçn-.o  boô^coob^  abaobb 
Bgg6ob5a  Ô5boçn^o  80)5356  gÔob3c<:>oo5bob5a  3gb5foo5  ^^o^ÇQ^jg- 

ÇT50b5Q     ÇaoÇ05œ5     (0,(i5ag(?îgCD5    OO^b    j')Ô5Q.     ôSc^a^Çn^Go     bgÔ5b^05 

^5çio5^b5  o^586gb  :  inc.  856(^55:^1005  ^bg6goo(T)5  306  83  g568çogb... 
Sermon  de  notre  bienheureux  père  Basile  l'archevêque  de  Césarée 
en  Cappadoce.  Louange  des  quarante  qui  furent  martyrisés 
dans  la  ville  de  Sebastia  :  inc.  Qui  se  rassasiera  des  louanges 
des  martyrs... 

33.  (Fol.  194v,-223r,.)  ç^3~  <p58go5o  \iaof()ob5  o^gçvig^^gacQ- 
6obo  :  inc.  ^58005  8500  oog36gçjigôob5oo5  eo5^5ab  998530...  Passion 
du  saint  Philektémon  :  inc.  Au  temps  de  la  persécution  quand 
le  diable... 

34.  (Fol.  223r,-231  r.^.)  ç:;^^)"  \75 836.^0  *()aofoob5  aoj5gçTiobo 
foo^agçcoo  ocjcQ  ç:^i53ô55b5  ^8oçoob5  8;>8ob5  Bgg6ob5  'b5Ô5Gbb5  :  inc. 
35ooboScQÔço5  5805  ô5boç[no...  Passlou  de  saint  Mik  ael  qui  fuit  à 
la  laure  de  notre  saint  père  Saba:  inc.  L'amba  Basile  le  prêtre 
nous  racontait... 

[361 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  325 

Éd.  K.  Kékélidze,  Monumenta  hagiographica  georgica, 
pp.  165-173. 

35.  (Fol.  231  Vr-233v,.)  ^Ê""  «p^a^o^G  <ç)8oçool35  356çc)56obo  ço5 
(38.^005  801)005  g85g3obo  y^il^Gobo  b5l53ol>o  bc^OglSoo^  o.v^coo3ol)5 
fo,^  a^oo  00565  5bc:i3  çp5  (S5ço8g^oo5  ço5  bbg5oo5  6oî8')ç::n6o  8oîobfo- 
5gb  çooçob5  85b  ^yc:iÔ5b5  g'b^55g(oçoob  8og6  g35(,gff:;'05Qb^  8']03ob5 
çp5  (ocQa'-jçjiBo  bbg5oo5g5  5a)^oç;"oo5  ÔoS8o5Ç[^ooo5  8o:iobco5(]b 
b56'pag5ccigÔob5  005b  ojjb^  ^coobôgb5  :  ^58gÔ5a  'p8oçj)ob5  -35(0^05- 
6obo  Ç05  b'bg5oo5  65b5656oo5  ço5  85ç[noo5  bo38bgooob5oo5  ^5b~6  : 
inc.  çoo^  5cob  boyg56gç[ipo  ç58eoooob5Q...  Passion  de  saint 
Vardan  et  de  ses  frères  Umaëk  (=  Hamaïak)  Vahan,  de  Sahak 
(Isaac)  patrice  (patriarche?)  d'Arménie,  de  leurs  137  compa- 
gnons, de  ceux  qui  en  outre  furent  tués  dans  une  grande 
bataille  par  Isdegerde  le  roi  impie,  et  (de)  ceux  qui  sont  tombés 
dans  des  comliats  livrés  ailleurs  encore  pour  la  foi  de  J.-C 
Passion  de  S.  Vardan  et  des  autres  nakharars  et  des  forces  de 
l'Arménie.  Kûpis  èXei^jov  :  inc.  Grand  est  l'amour  de  Dieu... 

Éd.  Khaklianov,  Maxep.  iio  rpyaiiHCK.  ar.,  pp.  70-72. 

36.  (Fol.  233Vi-237Vi.)  ^o^~  \i58;]Ô.^q  ^8oçp()b5  55(':i8()bo  rc)5 
a30çniob5  8obob5  fo5  8cciy^5boo5  8oboo.^û  :  inc.  a>Ç58("''>  a*^fi>^ô8^^, 
gcî^3Ç!^^oîQb5...  Passion  de  saint  Atom  et  de  son  fils  et  de  ses 
compagnons  :  inc.  Au  temps  de  Yezdegerd  l'impie... 

B.H.O.,  119. 

37.  (Fol.  237rj-217v,.)  8~  ^58^05^  ^8oçp5oo5  803^589005 
98^33^380^^^  :  inc.  sOcî^'^^^î'^a*^  3338  «385603  39000505^... 
Passion  des  saints  martyrs  de  Mesukav  :  inc.  Nous  nous  sommes 
bornés,  ô  frères... 

Voir  :  Khakhanov,  Maxepia.îibi,  pp.  10-24  :  Sukhias  (Hesy- 
chius)  et  ses  compagnons... 

B.H.O.,  709. 

38.  (Fol.  247vi-249r,.)  85"  \i589Ô5q  ^8oçoob5  3g956o3obo 
'p8oroob5  35éSçp56ob  5bgç[j^ob5  ô5o38gç^o  oyo^  5bgç;;iob  \^^3ÇC!^o 
^8o^ob5  b5§53obo,  gbg  'p8oCo5Q  13^^95603  0^585  ^5cooo^b  ^8foob5 
556  oo5bob5.  ôSo38gçT>o  oycQ  56oo5o5(^03bo  (jab  'po6588ço-35foo 
^5fDooç;oob5  :  inc.  'p8ofo56o  rc)5  6g(^5fo6o  306  8g...  Passion  de 
sainte  Susanik,  la  fille  de  saint  Vardan,  laquelle  était  la  petite 

[37] 


326  REVUE  DE  l'orient  chrf^tien. 

lille  de  saint  Saliak  :  Cette  sainte  Susanik  fut  martyrisée  en 
K'art'li  par  son  mari,  lequel  était  proconsul  et  gouverneur  de 
K'artMi  :  inc.  Quelques-uns  des  saints  et  bienheureux... 
Éd.  Sabinln;  éd.  Gorgadze,  K'ut'ais,  1917. 

39.  (Fol.  249rr250v2.)  Oo~  .^çobeo^ç^gô^a  ^iloçiHib.^  b.^l^jobo 
55foœg3oboQ  âob5  fpofpob5  6;jfobgbo  foc^Ogç^o  oycci  t^og^^bg 
b^œgbbgo  ^3oçpob.b  gcoogo:îÇ5">obo  :  inc.  co.silgfj)^-]  oofo3gç:;T  '^gbob.^ 
gôfo  8505oo5ûb.s...  Fin  du  saint  Sahak  Part'evi,  fils  du  grand 
Nerses,  lequel  fut  la  sixième  génération  du  grand  Grégoire  : 
inc.  Car  auparavant  selon  l'habitude  des  pères  .. 

xNerses;  cf.  B.H.O.,  759. 

40.  (Fol.  250  V2-257r,.)  ilg"  \i.^9goi^Q 'ç^Oofpob.^  ()'b()ft)ocQ'boo)obo 
9g(g(Qû5b5  b35bcoo:iab5b:)  dob.^  353.~>(ï)ob;>  Ogu^gcî)^  bo.^cobOT5.<3b5  : 
inc.  go3fo(':tQb  g55ôfo^tjo6çQgÔo3ço.^  ço5  3.^66 çnogcoçpgÔcdçpb  b.'ico^'Og- 
6o5gÔ5n^foobôg.->Cga).^...  Passion  du  saint  Izidbozid  au  règne  de 
Khvasroy  fils  du  Kavad  les  rois  des  Perses  :  inc.  La  foi  des 
chrétiens  brillait  plus  ei  devenait  forte... 

Éd.  Khakhanov,  /.  c.  pp.  57-60;  cf.  Acta  SS.  nov.,  t.  IV, 
pp.  191-216. 

41.  (Fol.  257rr259r2.)  iki>~  ^p^Ogo^a  ^OocpoxD.-)  Oçoçt^gçrxD- 
(lo3dço^.^foœ5  bc<:i3b')ooob.^or)5  5foob(^5^-5gbo  cîfooo^bgbo  cctbo^^obo 
g^ogccjcoobo  çt);>6ogçT.ob()  :  inc.  (^5  gbO.^  3og(T)  5.^6  Og  f^go^gm^ 
ÔoSço5(;^b...  Passion  des  saints  archiprêtres  de  l'Arménie 
Aristakes,  Ort  ânes,  Osik,  Grigor,  Daniel  :  inc.  Et  Trdat  enten- 
dit de  certains  rois... 

Éd.  Khakhanov,  Maxepiajibi no  rpysnncK.  arioji.,  pp.  51-57. 

42.  (Fol.  259r,-267v2.)  9o~  ^^Sgô^a  ^8ofoob5  fp5  foofogôgç^ob.^ 
(Jc^'p^Sobb  gOQfogobo  :  inc.  6:>^58b  030  ct).^goy «5  ^gfoâœ-tlb^bgcog- 
Ô5b5  g3853ob5b5  yoî3acï^o  bcQtggç^o. . .  Passion  du  saint  et  glorieux 
martyr  George  :  inc.  Quand  l'idolâtrie  (hi  diable  saisit  chaque 
pay^... 

43.  (Fol.  267v2-271r,.)  83"  b;>3oœb53o  o:)^^8gçî^o  bg(»)5coob.s 
<"8<^ÇQ(^ÇÎ^^  (sic)  bg(5ob5Q  ^gÔ5a  9gbb8ob5Q  *p8ofpob5  goc^^gobo  : 
inc.  8ccj3gçoocr)  b6tjg5CogçT;>6cci  ço8foa)ob56aî...  Leçon  du  bienheu- 
reux Théodule  le  prêtre  :  panégyrique  de  saint  Georges  :  inc. 
Venez,  bien-aimés  de  Dieu... 

[38] 


CATALOGUE    DES  MANUSCRITS    GÉORGIENS.-  327 

44..  (Fol.  271ri-'272\%.)  9"^"  'p^Ogo.^a  \i8ofoiol)5  çT)c:j65o6c3'b 
^"bobœbsobbû  :  ine.  ^•'>  oyc^  çpc^go^^  gtgçs;^"^^  B^gBob^  ogbg 
Jp5ob56l)co5...  Passion  de  saint  Long'inos  le  centurion  :  ine.  Et 
il  advint  au  temps  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ... 

Éd.Kékélidze,  Monumenta  /lagiographicageorgica,  pp.  188- 
192. 

45.  (Fol.  275y2-279v,.)  96"  \^.:>0gÔ5Q  O^ico^c^'b  a.>V)56gÔgç:i^ol)5a 
•5çr)g^b56ço6o5  ^5ç^5^b5  dobb  :  inc  ^gç3^1>^  <^6ÇR^  (Ig^oobgooOg^gbb 
9g9çQgo385çp  36gÔob5  a53bc':i3^îob5...  Passion  de  saint  Marc 
Tévangéliste  dans  la  ville  d'Alexandrie  :  inc.  En  la  trente-cin- 
quième année  après  la  passion  du  Seigneur... 

46.  (Fol.  279v,i-293r,.)  Qay~  \i^Ogo.^Q  ^Oorpob^  «^8560^% 
^^bçniob^^acî^^aob^a.  cooîOgç^^o  o^;)(35  8gcqcîÔ5b5  g9653or>9b5'bgfoob5 
9go]()b:)  a^lfoobb.^;  focci8gç:no  i>ço^gôS;>  6g(^5co9.^r)  bôgo5-'>6g 
<ço;>9.^b3gçf'86B  :  coc<39gç^o  oyo^  gcoœo  85350055560  çj^53coob5 
^8o(pob5  859ob5  li;^gr)ob5  b5Ô5ûbb5  :  inc.  '^gçî^aD5  3CQb556ôo6g 
8g(5ob5  g9^^gç^cQQb5a>5,..  Passion  de  saint  Romanos  le  néo- 
martyr, qui  fut  martyrisé  sous  le  règne  de  l'impie  roi  iMahdi, 
laquelle  fut  écrite  par  Etienne  de  Damas,  qui  fut  un  des  moines 
en  la  laure  de  notre  saint  père  Saba  :  inc.  Aux  années  de 
l'impie  roi  Constantin... 

Éd.  Khakhanov,  MaTepiajiLi,  pp.  2.5-16;  Peeters,  Anal. 
Boll.,XXX  (1911),  393-427. 

47.  (Fol.  293r,-294v,.)  B~  ^58gÔ5G  ^8oçoob5  çy^çQo^a^ç^oh^ 
hb^çQ^hfyoho  :  inc.  ^8oço5a  b5o6c^^b5  oyc^  5bgç^o  b565^6g^... 
Passion  de  la  sainte  reine  Sagdukht  :  inc.  La  sainte  reine 
Saindukht  (sic)  fut  la  fille  de  Sanatruk'... 

Sainte Sanducht,  B.H.O.,  1040  :  Éd.  Ivhakhanov,  Maxepiajibi, 
pp.  60-62. 

48.  (Fol.  294v,-302v,.)  C>^~  ^^8gÔ5Q  *p8oroob5  (]5oçr,gao:!5 
"9g5gbô5b5Q  :  inc.  agb58gb5  ^gç;^b5  çooo:i3ÇT>g5o55gbb5...  Passion 
4e  saint  Philémon  le  tlûtiste  :  inc.  En  la  troisième  année  de 
Dioclétien... 

49.  (Fol.  302v2-307r,.)  6o~  ^8oço5or>5  ^685005  0:56005  885005 
•^530ooobo  Ç05  5ofDoj56obo  b5jooob530  :  jnc.  ;;)^8û05  8500  Cîçogb 
■^aSO^^*^  ^^^  ^^ay^^"^  85yfocQÔg"ç^oo5b5...  Des  saints  garçons 

[o9] 


328  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Jes  deux  frères  Davit'  et  Tirican.  Leçon  :  inc.  Aux  temps  quand 
les  rois  empereurs... 

Éd.  Khakhanov,  l.  c,  p.  72-77. 

50.  (Fol.  307r,-312r2.)  ^ô"  ^^9aÔ5Q  ^8oçc)ol);>  or)5çr,.jçm6«.bol)(> 
b5^oor)b53o  :  inc.  ^32^0^5  8500  bgcggsob^  6g8go5o,s6o:ibol>(T)5... 
Passion  de  saint  Thaleleos.  Leçon  :  inc.  Pendant  les  années  du 
règne  de  Numérien... 

51.  (Fol.  312v,-321  Vj.)  Bço""  gboîseogô^a  Çaoço^oo^  35ocoo556bo 
ro.s  ogb^oB^bo  (sic)  3^o^  cîoSo>5  3g  gcoœ^çp  :  inc.  3<<3ÇÎ"'<^1^^ 
F>gg6ob5  ogb^  ^ôSob^Gbo  "bagooo  J33y^65fp  ^^OcqBoBqô^q...  Vie 
des  saints  Cyprien  et  Justina  :  tous  deux  ensemble  :  inc. 
L'apparition  de Notre-Seigneur  Jésus-Christ  du  ciel  sur  la  terre... 

52.  (Fol.  322ri-332r2.)  Gg"  ^^SgÔ^n  ^cloçpob.s  çp;^  ôO^^^^Ç^^ÇQ 
3<3çr)ob5  ^TOob^go^oîeogbo  ço5  8ccitjg5b(x>5  8obœ5a  :  inc.  \^0S"^'^ 
Ogtgcîôob^  o3ç»o56gbb5  ^5  çoooî3çmo(8)o566bb5„.  Passion  du  saint 
et  victorieux  Christophe  et  de  ses  compagnons  :  inc.  Dans 
l'année  du  règne  de  Julien  et  Dioclétien... 

53.  (Fol.  332r2-334vo.)  63"  ^53go5a  ^aoçpob^  fp5  çoofpgÔgçî>ob;> 
3c:i^58ob5  ^c^BccjBobo  :  inc.  (^aç^9^o(ggÔ5b5  gçoBfooacciiQb^  Bgo^ob^ 
:>3fogç[^o55gb  ôccieoo:i^ob5b5...  Passion  du  saint  et  glorieux 
martyr  Conon  :  inc.  Pendant  le  règne  du  roi  impie  Aurélien  le 
mauvais... 

51.  (Fol.  334v,-335vi.)  B'b'"  \75agO5a  \iOofi)ob.b  8o:i^58ob:i 
ç^gc^B^obo  :  inc.  8o:ib6^çr>  oyoî  gçT>5fç^Q0D  bo:i(2ç^oa). ..  Passion 
du  saint  martyr  Léontios  :  inc.  Il  vint  du  pays  d'Hellade... 

55.  (Fol.  335vr342v,.)  B6-  \i58ao5Q  \i8ofC)ob5  aoî^.^8ob:i 
8585Qbo  :  inc.  j^Qo  306  8g  o<-jo:{  ô^ô^^^^  j^çï^-^^^-^...  Passion  du 
saint  martyr  Mamas  :  inc.  Il  y  eut  un  certain  homme  dans  la 
ville  de  Gagra... 

.56.  (Fol.  342v2-349r2.)  Bœ~  \i;>8aÔ5Q  Ip8oçoob5  8o:i^;>8ob;> 
cgcîj^abo  :  inc.  8c<:ibçT)35b5  85b  8;>gbQ3eoob5  Bgg5ob5  ogb^ 
^PSob^êbb^...  Passion  du  saint  martyr  Phocas  :  inc.  Quand 
Notre-Seigneur  Jésus- Christ... 

57.  (Fol.  349r2-357r2.)  q~  boôcjg;>5o  ^bagôob^  œ^b  ^8oçpob^ 
Qb^obo  çp5  8c<îyg5boD5  8obooù  :  plus  haut,  note  en  rouge  ensuite 
érasée  :  gbg  [^58gÔ]56o  bcci8b^a5oor)  ^56  or>56g85oçji  5(^056  :  Ces- 

[401 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  329 

passions  furent  traduites  de  l'arménien  :  inc.  3o5cQ3g  l)V)g.bQ(^.> 
g^y3Ô5a  3grodeîor)5  oc^Bco^b^.. .  Sermons  sur  la  passion  du  saint 
Osik  et  de  ses  compagnons  :  inc.  J'ai  trouvé  une  autre  histoire 
auprès  des  Grecs... 

Éd.  Khakhanov,  /.  c,  pp.  63-65. 

58.  (Fol.  351r2-354vi.)  q^~  \^58gÔ5Q  ^8ofoob.-i  ôgc^PS^obo 
'boî65356ob5.  oojgclgç^o  ^6oçoob5  Ô5boçT)obo  :  inc.  85b  ^h'èhh 
poçc)5856  0903^550  a^GgO^f)  (^5  b53b3856  b^ç;ioœ5...  Passion  de 
saint  Georges  le  guerrier  :  Sermon  de  saint  Basile  :  inc.  A  ce 
temps,  saint  Georges  le  valeureux  et  rempli  de  l'Esprit  (saint)... 

59.  (Fol.  351vi-358r2.)  QÔ~  ^^O^ô^q 'pOoçoob5  BgcobÔ  Oœ.^;^^o$- 
gÔob^cîSc^bob^  boîObgooobia  ro5  b^çoobb  gÔob3CQ5o:ibob;)Q  c)('5\^5- 
(Qohi>  Oobob.^Q  :  inc.  ^8?:!^^^  a^b^O-jb  (in  ras.)  Bgo^cqÔob.s  .^coO.^- 
^obb.^...  Passion  de  saint  Nerses,  archevêque  de  l'Arménie  et 
de  Khadi  l'évêque,  son  disciple  :  inc.  En  la  troisième  année 
du  règne  d'Arsak... 

60.  (Fol.  358rr368r2.)  ag"  boO^^GG  cn^  acciçog^Ô^iQ  Baô^coob.^. 
ggçT)56çogb5obo  bâbfobgoob  :  inc.  gbo^fogÔ^a  Q)5  ço^.')^ç^^ob.^ 
<^ç??a3^û---  Courage  et  aeXov  de  la  bienheureuse  Goulandoukht  en 
Perse  :  inc.  La  vie  et  la  victoire... 

B.H.G.,  2702. 

61.  (Fol.  368r2-383r,.)  QS>"~  ^80505005  fo5  30œoçîî>5^  88ç:^ga):> 
ac':i'p58aor)5Q  ^•^^'^d*^^^  Sfoo^Ôc^b  çp5  ^GnoPSc^Bo^gbo  \i58go5Q  85000  : 
inc.  o^cocggçT.cci'b  çc)5  85co3ac':i6  cj^gbo.-^  (p5  Ô;>^1or) 0535^0 6...  L)es 
saints  et  victorieux  martyrs  Tarachos,  Probos  et  Andronikos  : 
leur  passion  :  inc.  Parp'eloz  et  iMarkéon,  Lousiaet  Bart'okley... 

TSAGARELI,  n"  57. 


W  9 

Homélies.  Écr.t  à  Oska  en  977.  Parchemin  blanc  magnifique,  semblable 
a  celui  du  manuscrit  1,  mais  un  peu  plus  mince  et  blanc.  Encre  noire  : 
en-têtes  en  vermillon.  Ecrit  sur  deux  colonnes  de  25  lignes  en  asomt'avruli 
(capitales)  grand,  fort,  carré.  Dimensions  de  la  page  :  347  X  280">"i;  des 
colonnes  :  260  X  95™™,  avec  un  espace  de  19™™  entre  elles.  Cahiers  de 
8  feuilles,  signés  de  grandes  lettres  capitales  au  milieu  de  la  marge  supé- 
rieure sur  f.  1  r  et  inférieure  sur  f.  8v,  de  0  =  3  jusqu'à  6  =  50  (dont  ii 

[41] 


330  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

n'y  a  que  3  feuilles)  :  ^-ô  (1-2)  et  f.  1  de  ô  =  3  manquent.  377  feuilles, 
reliées  en  désordre,  parfois  avec  la  tète  en  bas,  numérotées  au  crayon 
bleu  sur  les  rectos.  Reliure  de  toile  noire  semée  de  points  (pointillé)  sur 
planchettes,  avec  une  pièce  de  cuir  brun  vergé  au  dos.  Deux  courroies 
servant  de  fermoirs. 

Contient  :  homélies  de  saint  Jean  Ciirysostome  et  d'Éphrem 
le  Syrien. 

1.  (Fol.  iFi-Gr,.)  Acéphalon  :  "O^O^^S  G-^ô-^ôSo  .>65  [sic)  f^m^^ 
hbdnQçr  ^()G.vab\i.>wa;j(^^ijgjjç;-'ob5a...  Mémoriaux:  V  de  ô<^'''^'^'^^y 
Timothée,  1756  :  2°  Notice  en  grec  du  contenu  du  ms.  par  la  main 
•de  A.  Papadopoulos-Kerameus  :  3°  05:05600:10  Ilarion  :  1"  'AD^K)- 
cQo^()n.b  P>y^5Ô  Véiiédikton  Benoît,  1822. 

2.  (Fol.  6r,-7ri.)  ô~  •^dO'^aCï^o  "()clog)ob.^  oo:j;>.>5q  C':jjo5(':i5o- 
foob.^.o  O.^col)3ol).>  OT^b  :  iiic,  co^^-j^Ob  oSicobsofc);^  3g5...  Sermon 
de  saint  Jean  Chrysostome  sur  le  jeûné  :  inc.  Quand  tu  jeûnes... 

3.  (Fol.  7r,-25r2.)  çq"  m^gcîgeoo  'pOoçQob^  00:53563  c^Joxq^o- 
f5()b.~>Q  O.^cob3ob5  OT^b  çp5  (1:^ôSg^b<;6>gc;-'o:îoob5  œ^h  :  inc 
30(o.bô)Q5  050  cooîOgç^iGo  .^bS^oS^'bb^...  Sermon  de  saint  Joan 
Chrysostome  sur  le  jeûne  et  contre  la  rancune  {-zp\  oci).Tr,ai-/.T/Sx;)  : 
inc.  Comme  ceux  qui  à  l'hippodrome...  Après  f.  7v  les  feuilles 
sont  en  désordre  :   en  cet  endroit,  une  note  à  ce  sujet,  en 

-géorgien,  par  une  main  moderne.  Cahier  ço  =  4  relié  au  revers 

et  à  l'en  vers;  cahier  g  =  5  aussi,  dont  il  y  manque  deux 
feuilles. 

4.  (Fol.  25Vi-29r2.)  a~  'p^Ogô^Q  ^pOoçpob^  ocq356')  ccj^cooîoocoo- 
b5a<^çp5>.Ô5çpgog^ob5  Ç05  ^oG.bQco  3']  (^^BsoGgbgÔgçn^ob^  ^.^gob^ 
i5gço5  ^BcoOTob^  3ogco  3gcr)oçT)ob5  506.^  Ôoîfoo:î(^ob.>  3ooa5coOj)ço 
.sfo5  co5û  5cob  :  inc.  3c653.^çT>œ,>  353or)5ô.:)6Go  o(^y5gfo,..  Témoi- 
gnage de  saint  Jean  Chrysostome  sur  la  création  de  l'homme 
par  Dieu.  Et  que  la  prédestination  de  l'homme  par  Dieu  au  bien 
et  au  mal,  n'existe  pas  :  inc.  Beaucoup  d'hommes  disaient... 

Cahier  3  =  6  relié  au  revers  et  à  l'envers, 

5.  (Fol.  29iv36ri.)  3~  œj^a^ç^^o  ^8ofoob5  00:53563  o:j^foo35o- 
■foob5Q  bo656gcnob5  œ^b  :  inc.  t5coo5ço  3305005300  (3656oî.  . .  Sermon 
de  saint  Jean  Chyrsostome  sur  la  pénitence  :  inc.  Nous  avons 

[42] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  331 

péché  beaucoup,  ô  frères...  Cahier  %"  =  7  relié  au  revers  et  à 
l'envers. 

6.  (Fol.  36r,-42ri.)  %~  oo^gOgç^^o  ^8oçc)ob5  0033563  cciJcocqÔo- 
<ool)5Q  l)o5562)Çî^ol)5  oo^b  fo5  ç^oîQSobb  6cQg\iyo53ÔgçT.;>(Tp  :  [yic. 
(ItbGcQ  BgÔBcî  b^yg^cogç^^B'cq...  Sermon  de  saint  .lean  Chrysos- 
tome  sur  la  pénitence  et  sur  la  prière  ininterrompue  :  inc.  0  mes 
frères  bien-aimés...  Après  f.  39 v  (cahier  6  =  8)  les  feuilles  sont 
reliées  en  ordre. 

7.  (Fol.  42ri-44v2.)  6~  ooj^Ogç^^o  ^Oofoob^  00:1356g  o3Jcoo:i5o- 
^ob5Q  8o:i^y5çT>gôob5  œ^b  çoclfoor)ob5  :  inc.  ^y5ç^-'o:io5b5  n)5 
b5B5coOT5ç^ib5...  Sermon  de  saint  Jean  Chrysostome  sur  la  misé- 
ricorde de  Dieu  :  inc.  Pitié  et  droit... 

8.  (Fol.  44v,-50v.2.)  œ~  œ^gO.^ç^^o  \u1oçpob5  oo:.356a  o^jcooîâo- 
^ob5Q  075658563050  00:53563  85b5ôS303ç^^ob5Q  <;p5  o53ç^''3bo  :  inc. 
5803600)556  ao333Ç5^6o  33  3oj8o3çp3a)...  Sermon  de  saint  Jean 
Chrysostome  :  commentaire  sur  Jean  Tévangéliste  et  sur  Paul  : 
inc.  Dès  lors  nous  devînmes  tous... 

9.  (Fol.  50v2-59r,.)  o"  o)J38^çl;;'o  <p8oooob5  00:13563  cQJc6o:i5o- 
6ob5Q  bo656gçT)ob5  oo^b  :  inc.  ô8335R^3^"  '^^38'^  88560:»... 
Sermon  de  saint  Jean  Chrysostome  sur  la  pénitence  :  inc.  Je 
vous  implore,  ô  frères... 

10.  (Fol.  59ri-66r2.)o5~œ^^8gç>io  ^8oçpob5  0033563  o^^oo^âo- 
■6ob5Q  8o3^tj5ç[ji3Ôob5  œ^b  8çooço6ob5  80b  005b  çq5  çT.;i*b566b 
^ç:»5b53ob5  :  ^6ob(^3  5000553  0033563  ro5  930^^)60  8ob5o  :  inc. 
b5L)^563Ç[^6o3  b58o3oob3b5  3o65. ..  Sermon  de  saint  Jean  Chrysos- 
tome :  sur  la  compassion;  sur  le  (mauvais)  riche  et  le  pauvre 
Lazare;  que  le  Christ  glorifie  Jean  et  ses  fils!  :  inc.  0  bien- 
aimés  en  Paradis... 

11.  (Fol.  66r2-74v2.)  oô~  or)^g8^çT>o  ^8ofpob5  0033563  03^603- 
5o6ob5Q  bo3(gcoob5  580b  ^568535çTiob5  œ^b  bo^gçooç:^ob5  oa^b  ço5 
^^^RaÇÏ'o^'^  :  inc.  oboçT.3a)  b5tjg563ç^6o3...  Sermon  de  saint 
Jean  Chrysostome  sur  ce  monde  passager,  sur  la  mort  et  sur  le 
jugement:  inc.  Vous  voyez,  ô  bien-aimés... 

12.  (Fol.  74V2-8OV2.)  05"  œ^gS^ç^^o  ^8oçpob5  0033563  03J603- 
5o6ob5Q  bo(^y5b5  80b  oo^b  8o33o^gçTiob5  6o383çt>  œ^^5  300)568300 

[431 


3o2  REVUE    DE    LOKIEXT    CHRETIEN. 

j(6ol)5g356  OS^^rocQÔ^  yo:?  g^œb  9o55  fo5  ^ggy555l)5  'bgçQ,^  :  jnc. 
9ocj3gç]ooœ  da^Bccj  Bg36c:î  rob  g^ç^'ol)  h'db  ayc^oo. ..  Sermon  de 
saint  Jean  Chrysostome  sur  cette  parole  de  l'apôtre,  savoir 
que  le  Christ  mit  la  paix  au  ciel  et  sur  terre  :  inc.  Venons,  ô  mes 
frères,  et  nous  comprendrons... 

13.  (Fol.  81ri-92v2.)  ocp"  gÔcb^ociç^nô 'paoçooL^  oc^a^Gg  ci^Cocx- 
oox(oohi>a  fociiOgçi^o  6og^gco5  or)<^g>-3ÇC)c:ifogl)  (^sic)  Oœ.^3.^c5l)5 
SrocQ9ol)l)5.  fi5o33gç:i;io  8o:i65l3c^6gÔoœ  ^^^çj^^ço  o^jg^  l^f^S^"^^  ^3  • 
inc.  33330^396^  3gl>^3çn^gogçïn  oyo^  Bg3ço5...  Lettre  de  saint 
Jean  Chrysostome,  qu'il  écrivit  à  Théodore  le  prince  des 
Romains,  qui  de  la  vie  monastique  retourna  dans  le  monde  r 
inc.  S'il  m'était  possible... 

14.  (Fol.  92v2-102Vi.)  og""  gÔob(8)05îni6  ^Soçpob:)  ocQ35r)g  (cj^PSoî- 
5oo5oI)5q  (j)g3ÇQo:i(o6l)  8o3^fooD  .fooî3gçT)g56  8cci65'bcri6gÔ5Q  ço5gôg3^ 
cp-")  go3C?^o  3gofoooo3  Cooid^çoo  oycd  çpol)  ^gç^^'o  oc^G^^G  Ifoo:i3or).^ 
o^oobiSQ  :  inc.  f'ÔyS^  3Q"^ç?<^  oofoooo;)  3*^3c5^3Çî^  'poGbab^^foag- 
09335^"^^^- ••  Lettre  de  saint  Jean  Chrysostome  à  Théodore  qui 
abandonna  la  vie  monastique  et  se  maria  :  c'était  le  fils  de  la 
sœur  de  Jonas,  pape  de  Rome  :  inc.  Le  Seigneur  dit  par  la 
bouche  du  prophète  Ézéchiel... 

15.  (Fol.  102v,-110r2.)o3~œ^^83çno^3oçoob5  ocQ35Ggc-3JeDcci- 
5ofoo'b5QboG56gçnol)5  œ^b  :  inc.  ob3o6gor)b5tjg5(i5gçno6o:i  bo^yg^a 
çoSfoœob^Q...  Sermon  de  saint  Jean  Chrysostome  sur  la  péni- 
tence: inc.  Écoutez,  ô  bien-aimés,  la  parole  de  Dieu... 

16.  (Fol.  1 10r2-121  Vj.)  cd^^Q^qç^o  ^Soooob.^  Ô5boçr>obo  gôob^oî- 
ooîbob;>Q  boG56^çjiob5  co^b  fp5  bo^gçooçnob^  :  inc.  ^^^  ^^^ 
b53o6gço  35j30f)5  do(oôc'x<rocr}^  cn^h...  Sermon  de  saint  Basile 
l'évêque  sur  la  pénitence  et  sur  la  mort  :  inc.  Il  n'est  pas 
redoutable  pour  les  hommes  guerriers... 

17.  (Fol.  121vi-130vi.)or)^333ç?^"'o  ^8ocoob5Ô5boçTiobo  gôobjoi- 
occibob^û  3gf6ob5  oo^b  Ç05  b5bG  boG^Ggçnobbû  Scci^^S^^'^GgoD^ 
œ^b  :  inc.  3f>f"^^6^  '^à^  ^^^  oci^ôo  bÔg(8)53o...  Sermon  de  saint 
Basile  l'évêque  sur  l'envie  et  le  modèle  de  pénitence  pour  les 
croyants  :  inc.  Comme  quand  un  aigle  blanc... 

18.  (Fol.  130Vi-135Vi.)  œ^g3gçT)o  ^3oçt)ob5  S^fo^cdlS  3c:iG5'bo:i- 
Gob5û  3çpgfo35Q  fo5  y3gs>^gÔ5Q  gfoor)og6oo;>b  or);>3ob5û  bgç^^ob^ 

[44] 


CATALOGUE    DES    ^MANUSCRITS    GÉORGIENS.  333 

Ç05  3o:i53oob.^n  8boçn->305a :  inc.  obOoG^  b^ç^^c^  BgOcQ...  Sermon 
de  saint  iMarc  le  moine  :  Indignation  et  mécontentement  de 
l'âme  contre  elle-même  et  critique  de  la  raison  :  inc.  Écoute, 
ô  mon  âme... 

19.  (Fol.  135Vi-154v,.)or>^a9gç^oÇ8oçool)5  85eoô5eoo8c^6^1Se:>- 
6ob5a  boB^Bgç^iob.)  cr>-z,h  fp.^  bo8çQ5Ôç];^ob5  :  inc.  fo^Ogoog  o^coo^rp 
gb^ôSoG  çoOgoœb.^...  Sermon  du  saint  Martyrius,  le  moine,  sur 
la  pénitence  et  riiumilité  :  inc.  Car  Dieu  réjouit  beaucoup  tou- 
jours... 

20.  (Fol.  L54vi-155v2.)  œ^ga^çj^o  ^8oçoob5  bbl^^  Sc^BblSoî- 
Gob;>Q  :  inc.  88:>6o5  ô-'>^g6çc)o6  gbg  b5j^;3ô533ç^5ço...  Sermon  de 
saint  Sahak  le  moine  :  inc.  0  frère,  que  ceci  vous  soit  comme 
une  panoplie... 

21.  (Fol.  155v2-162i%.)  ^0560  ôSc^a^ç^o  çp5^ao:>  oc^b-jo  ^«08.^- 
cogçT.8;)5  8cQ^5o^g856  gtgç^^ob;)  li^-^Gob^  ogbg  ^6obô6b855. 
œbPSoîÔ5û  5c^366gôob.s  005b  O.^çï^aboob.^  60^8353^0  050  5cob  çT>g<;Q05Qb 
3o6.i^5çT)5^b5'p8o©ob5  çp;^(ï)o:i03ç;->ob;)  85C0058  çoScoœob  83cîôaç[îio- 
b.^b5  :  inc.  ^gç^î^'-b^  aa^o^jbgooa^^-jb.^...  Livre  écrit  par  Joseph 
d'Arimathie,  disciple  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  :  récit  de 
la  construction  de  l'église  à  Lvdda,  la  ville  sainte  de  la  sainte 
reine  Marie  la  mère  du  Dieu  :  inc.  En  la  trente-cinquième 
année... 

Éd.  H.  Mappi.,  C.  ITeTepôypri,,  1900. 

22.  (Fol.  162vi-169Vo.)  boB^Bgçnio  a(g6a8obo  c^çogb  030 
bo556gç[^oœ  ;>8boç;;ogÔço5  co53b;>  œ^bb^  00530  .^"'  :  inc.  8:  b^:3Ç^-'0î 
Pi;)8c':i...  La  pénitence  d'Éphrem,  quand  il  se  blâmait  lui-même 
avec  componction,  chapitre  i  :  inc.  0  mon  âme... 

23.  (Foi.  170rrl82r,.)  b\^53ç;x^Q  \^8(x^ob5  açg6a8obo  80:565- 
T>cci5OT5  ao85coco  C0530  ô~  :  inc.  bÇ53ço5856  8ob5  ço8coa)ob5  856... 
Homélie  de  saint  Éphrem  aux  moines,  chapitre  11  :  inc.  L'ensei- 
gnement du  fils  du  Dieu... 

21.  (Fol.  lS2r,-187Vi.)  œj^^gç^o  \i8oooob5  gig^aanbo  0^50- 
^8563035^^0  8ga^gbob5  (jib5ç:^->8^:36ob5a  85wb3ob5  œ^b  (;o5  bo656g- 
ç;nob5  0)530  5~  :  inc.  9'  ô^Oti^c^f^  8 aîco\K')^ 630)505...  Sermon  de 
saint  Éplirem  :  Commentaire  du  6"  psaume  du  jeûne  et  de  la 
pénitence  :  inc.  0  assemblée  des  croyants... 

[45] 


334  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

25.  (Fol.  187Vi-195v,.)  or)^38gc?o  ^aoçoob^açgeoaaoboboyg.w 
(îSgçmol)5  oo^b  ÇQ5  boBbBgçjf ob5  0)630  g"  :  inc.  da^Bc^  BgclBci 
l)5c)g5oSQçcc6cî..,  Sermon  de  saint  Éphrem  sur  Tamour  et  sur  la 
pénitence,  chapitre  m:  inc.  0  mes  frères... 

26.  (Fol.  195v2-200vo.)  œ^gB^çioo  Ç8oçoob5  go^6gaobo  bor);>- 
6gçT.ol>6  oD-b  (;o;>  o5co5b3g3ob5  co^b  rc)5  35foo53ob5  005b  :  inc. 
b5cjg5cogç:n5c5  6c^3gc^cr)5  gGgÔ^^gb...  Sermon  de  saint  Éphrem 
sur  la  pénitence  et  sur  le  Vendredi  Saint  et  sur  le  Dimanche  : 
inc.  0  bien-aimés  qui  voulez... 

27.  (Fol.  2OOV2-2O8V2.)  o^^a^aç^o  \iao^ob5  go^cogOobo  bo^g- 
çooç^ob5  œ^b  ÇQ5  558ccibç[n3ob5  bgçnob.^  ô^go^-^  ô^^  00630  3^  : 
inc.  3^«  ^aa^ÇR^  ^a^  aogeo...  sermon  de  saint  Éphrem  sur  la 
mort  et  sur  le  départ  de  1  ame  de  l'homme,  chapitre  vi  :  inc. 
Malheur  à  nous,  à  cause  de  toi... 

28.  (Fol.  209ri-213r2.)  œjga^ç^oo  'paoçpobb  go^fD^aobo  bogo- 
ç^ohb  co^h  Ç05  g^gPîC'îço  566Qb(iSoî8ob5  00530  %~  :  inc.  5ofo3gçTio 
acQ55'l3cQ6ob5QbgçT.ob5  cci^eogô^^û...  Sermon  de  saint  Éphrem  sur 
le  rire  et  la  joie  indécentes,  chapitre  vu  :  inc.  Le  premier 
pour  un  moine  c'est  de  saccager  l'àme... 

29.  (Fol.  213vr222vi.)oo^3agç[î^o^aoçoob5gc5foaaobo  8056^03- 
foob^  aob  3g(i5oobggç:"ob5Q  00530  G"  :  inc.  ao:ic'îopgbag30fpgb 
^8000560  858560...  Sermon  de  saint  Éphrem  sur  le  maître  béni, 
chapitre  viii:  inc.  Quand  les  saints  pères  vinrent  une  fois... 

30.  (Fol.  222v2-226v,.)  œj^a^çn^o  \i8oft)ob5  go^ogaobo  bo65- 
6gçj^ob5  005b  00530  oo~  :  inc.  ao3C'3çpgb8g3oçp5  gfoooo  306  8g< 
8850055560...  Sermon  de  saint  Épiirem  sur  la  pénitence, 
chapitre  ix  :  inc.  Quand  un  des  frères  vint  une  fois... 

31.  (Fol.  226vi-233ri.)  b\i53cn5Q  ^aoçpob5  go^cagaobo  bo656g- 
ç:'^ob5  003b  00530  o~  :  inc.  ^gfo  56b  Bgg6çç>5...  Homélie  de  saint 
Éphrem  sur  la  pénitence,  chapitre  x  :  inc.  Il  nous  faut... 

32.  (Fol.  233ri-244r2.)  oo^^a^ç^o  \iaoroob5  go^^gaobo  8boçmg- 
oob5  003b  oo53ob5  co3bob5  fp5  5œb5cogÔob5  003b  (^050035005 
f^f^agçn6o  bo8ço5ÔçT'ooo  5Bg865  oo53b5  oo3bb5.  00530  05  :  inc. 
35a  P)g8f95  b5\i<-j5çnocrjô.^çT,ob5...  Sermou  de  saint  Éphrem  sur  la 
répréhension  de  soi-même  et  sur  la  confession  des  péchés  que 
par  humilité  il  s'attribua  à  lui-même,  chapitre  xi  :  inc.  Hélas? 
moi  le  misérable... 

[46] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  335- 

33.  (Fol.  241Vi-255r,.)  œ^^S^çr-o  ^6of(K)b5  gcgfogOobo  8l3oçr.g_. 
Ô5Q    3c:i65*bo:j6a)5  gçQ5ô6o3(j)5l)5    ço5^l)6oç:r.oo:>Q  :   00530   og  :  jnc. 
eoo^agçT^o   5o65ç:.^gÔçD3l.  l>lSg5(j)5...   Sermon  de  saint  Éphrem  : 
Répréhension  des  moines  du  désert  dissolus,  cliapitre  xiii  (sic  : 
par  une  main  postérieure)  :  inc.  Qui  blâmera  des  autres... 

34.  (Fol.  255r2-267v=.)  b^^sçn^ba  ^6oçool>5  gçgfog8obo  8c:i65lScî- 
6(j)5  OT^b  Ç05  bo656gç[nol)5  oço~  :  inc.  cocîOgçnb^  l6QO.b3b  ô^Bbgg- 
Bgôob...  Homélie  de  saint  Éphrem  sur  les  moines  et  sur  la 
pénitence,  (chapitre)  xiv  :  inc.  Qui  veut  le  repos... 

35.  (Fol.  267v2-269v2.)  b\i53ç^5a  \^aoçoob5  QiQ^QSoho  bo656g- 
ÇT>ob5  oD^b  çp5  bo6fp5Ôçnob5  og~  :  inc.  Gg^5fo  50Sb  ^^Qob-S  80b... 
Homélie  de  saint  Éphrem  sur  la  pénitence  et  sur  riuimilité, 
(chapitre)  xv  :  inc.  Béni  est  cet  homme... 

36.  (Fol.  270rr274r2.)  œ^gâ^ç^o  ^8oçoob5  go^fogaobo  b.^3b6 
Qbo:i3cogÔQm5  :  03-  :  inc.  9-  s^B'^'^  ^jS<ro^no2...  Sermon  de  saint 
Éphrem  plein  de  salut  [fiL  vie),  (chapitre)  xvi  :  inc.  0  homme 
faible... 

37.  (Fol.  274r2-287v,.)  bo(8)Cj^56o  858500.^60  bo5c|5b5  m^b 
ço8ô5ooob5  :  inc.  3o3o  c)8coor)ob5a  8('CioggÔ3ob  j^bg6gÔoa)5  boj^- 
çc)oçïnob5Qœ5...  Paroles  des  pères  de  sermone  Dei  :  inc.  La  peur 
de  Dieu  se  forme  de  la  mémoire  de  la  mort... 

38.  (Fol.  287v.r345r,.)  ^85b  *po56b5  b5ao:>œb6  a^ccif^aÔob 
foc':îagçT>b5  9o65  ^^gôSoçT»  50S056  b5^8g5o  ço5  g56ggÔ56o  ^80505005 
858500560  ço5^pSob(^Gb  8ccitjg5cogoo5  çogço5oo56o,  coo:i8gçr)o  ^^^ygÔb 
yc:i3gçT.oo5  b5co5c^gÔ5oo5  b5(o5gÔgç^5ço  353005  ço5  Ôc:if6o:i(^ob 
8o:tj8gopoo5  oo5b35.  foo38gç[j^oo5  5co5  g3o6o:ioo5  ço8gfooob5  :  5fo^gfo5 
58Ô5  0053563  8Ki8çog5co856  bc:t(3^coc'î5o  o6co^b5çT>g8gçTi  o5(J^^g5^o- 
b5856  :  inc.  b5tjg5c6gç:n6o3  boç;->35Q  b58c<îoobob5Q...  Ce  livre  est 
intitulé  le  Paradis,  où  sont  écrites  les  actions  et  la  conduite 
des  saints  pères  et  des  femmes  aimant  le  Christ.  H  enseigne 
toutes  les  vertus,  pour  l'utilité  des  hommes  et  même  de  ceux 
qui  font  le  mal,  sans  craindre  Dieu.  Son  auteur  est  Amba  Jean, 
le  maître  de  Sophrone  patriarche  de  Jérusalem  (Johannes- 
Moschos,  Pratura  Spirituale)  :  inc-  0  bien-aimés,  la  vue  du 
Paradis... 

MiGNE,  P. G.,  LXXXVn,  3,  col.  2852-3112. 

[47] 


336  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

91  chapitres  :  puis  fol.  3  ISiv,  en  rouge  :  okl  00533Ô0  00053.^ 
^^ÔôSgb  5co30ç^b5  p5o:i33Ç;^b5  IcoJ^^^G  0^30380:10360:1  âoâb^^abgôgcno 
b^âoîoobgbb  :  iilC.  S'dba  306  63  8o:i65'bo35856  oj055.  (Fol.  345ro- 
35-2 1%.)  Ces  chapitres-ci  furent  trouvés  en  Chypre  à  l'endroit  qui 
s'appelle  T'eomorp'o,  semblable  au  Paradis:  inc.  Un  des 
frères-moines  devint... 

39.  (Fol.  352r2-374v,.)  0053300  hb^^cosQÇ!:^i)oi>œ6a  :  inc.  ?iOôS 
.soSb  BggBço^...  Chapitres  des  merveilles  :  inc.  Il  nous  faut... 

Des.  text^  sur  fol.  374 v,  dans  une  queue.  Dans  colonne  V2  en 
nuskhuri  fort  carré  du  type  athonite  modéré  :  fooçpô~Q  9g6ço6 
b^O^Ô^c:^  ^~CQ  6~6  c^ocob  8^53  ô'^b^^o  gbg  çq5  00:150305^00 
5çob(6gçj'3Ô5ço  bb^Sobi»  580b  ^3or)oçT>ob5-  5çobcogçn|iço5  çoçogbà 
b^-^œa-^Ô^oob^  :  (T  Gloire  à  toi,  ô  Trinité  Sainte,  qui  m'as  fait 
digne,  moi  ce  misérable  et  pécheur,  d'achever  cette  bonne  œuvre; 
elle  a  été  achevée  le  jeudi.  »  En  asomfavruli  fort  et  carré  du 
même  type  que  dans  le  texte,  mais  plus  petit  (des  deux  tiers)  : 
^  bui  8585605  o5~6o  ço58o'ç>3p5o5oo  ^ogGbi  585b  Sgo^b  3^336000 
b:5553ç:^''o:i'bb5  005  33oçt>od5  8obœ5  ^~ci  0033563  oîJcooîoocoo^.  ço5 
^~'^  SS^O*^  8303b  0^36300  0033563  35ôS5'b35B3b  ro5  33OÇT>005  8obor»5 

Ç~3  ^~5  :  «  *0  saints  pères  qui  copièrent  ce  livre,  faites  inter- 
cession pour  le  syncelleet  pour  ses  fils!  0  saint  Jean  Chrysos- 
tome  et  saint  Éphrem,  faites  intercession  pour  Jean  Varazvacé 
et  pour  ses  fils  devant  Christ!  »  Ensuite  une  ligne  de  caractères 
capitaux,  la  moitié  en  grandeur  des  précédents,  suivie  par 
deux  lignes  de  nuskhuri  petit  du  type  athonite  :  ^~<^  65o->çT.ob 
8q8~ç:^03  oo3b3  936  8030S  5or)çr)"~^oçT>b5  o:)~65  8~jç^'»  5ol~ô5Ô  0""^ 
6303  C5o~b5o3  93<^'{'y^ç^3  b~ç^->o  o3~6bo  005  b(^~(3bo  co~6  ^~q.  ^^ 
^og6o  5053^363  œg  5053^5^3050  ô55Q  oyo3b  ço(T)ob5  336~ço33a3  : 
-«  Saint  Baptiste,  fais  que  je  fasse  partie  du  baptême  de 
Michel  et  d'Abraham!  0  Jésus,  lîls  de  Dieu,  aie  miséricorde  des 
âmes  de  Jean  et  d'Etienne,  lesquels  ont  copié  ce  saint  livre;  si 
quelque  chose  y  manque,  pardonnez-nous  au  nom  de  Dieu  !  » 
Ligne  de  caractères  capitaux  le  tiers  de  la  grandeur  du  texte: 
^gç5^b8o3ro5o63Ô5Q  ofoo  85^36505  5555\^3ô55a  3bo^35  s^^S^^^SRa 
385~rp3on>  :  «  J'ai  eu  beaucoup  de  zèle;  en  copiant  j'ai  péché 
tant,  pardonnez-moi  !  » 

[48] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  337 

En  bas,  mémorial  en  nuskhuri  cursif  en  trois  lignes  par  une 
main  qui 'se  rencontre  aussi  dans  le  ms.  n°  1.  Écrit  à  l'encre 
brune  avec  un  vœu  pieux,  mais  sans  nom  (s.  xir?)  Ensuite, 
note  du  9c?fp.  Oc^Bb'fecQBo  oçno5,  le  moine  et  prêtre  Ilia,  qui  a 
copié  ce  livre  en  1915. 

Fol.  375 r,  long  colophon  dans  je  donne  les  parties  impor- 
tantes : 

...9']  ocds^B-j  oDCQfoBo^  yo5Ç5oçT)9^6  (p^  (38ùO.>6  ^g8056  0053.^63 
35co5*b35ftg  (3gor»5  l>gç:!;i^gcoor)bggç;^ob5  B<iiforp3.>r)3ÇT>ob5a)5  8oî30ggoD 
rp5  Çp53^gfogcr)  ^~û  j]bg  ^o^^Bo  fo~"çT)b5  g^cQÇpgôob  ^~cn5  85650)5 
8ogcob58c^lODb6  :  co~ç^b.>  3o6o)  o5cQ3gôo56  8c5^)35ç;TO]gco6o  85çoçj'5o 
83gfo65ç^5o  b^:]çpob56o  b5ç];^cciQ3gç!;^5cp  çp5  b5cpoçpgÔgçT>5çp  3o~- 
f'^sç^çp  (3ç^iogcoob.>  rp5  'gîSoSœob  8b5bgfSob5  ^gc6555ÇT>5(^ob5 
ço53O0)ob  Qr)~b... 

...005  85or)b5  9g8çogcci85çp  b5çncQQ3gç^5fp  0053005  ^^36005. 
3ofo3gçn5çp  0053563  cnciCobo^  y(Tic5oçf'ob5  o)~b  çc)5  5^  'p~o)5  830^30)5 
8~fo  0CÎ3563  b5533çpo3T)ob5  o>~b  «"Hg.^  botjg5cogç]n>ob5  oo~b 
{:o8foœob5  fp^3Ô33^  Ç00ÇP3Ô5Q  ^^^3yo)6ob5Q  fp5  5cq35  'b33ob5a 
foc'î8cpob5  803C0  'b355co<;:o58c'î  fpofp305b5  do6ô  850)b5  fo5  55(^o3b5 
^8ofp5oo5  83033005  8~co  3^co5(gç^  93f^G3'*^*^  b5(*)o  3coob5  35QcaÔo- 
b5a  rp5  93o8cqb5  b5b6  83^5050603330050  :  ço5  8^bg5  b5b3b5  8065 
çooçp5çQ  Ç05  3^OT5gç[«3Ôoco  l8b5b^^co.>  83ç^b5  Qboî3co3Ôob.^b5  fp5 
^8oçp5oo5  83053005  ;  co~-jb  ogo  g58oî^6fp5  ^33y^65b5  b5Ô3co863- 
O)ob5b5  5.)Qo  ô56ço^c?303Cî'os>^  9é^<^95fo  5553^055  ^"005  8303300.). 
5856  ob^f6.>(25  fo.^  80:^0^05  8çj)03coob5  Ç05  yoî3Ç[^oo)  33^080?  33 
g8ç^333Çî;'ob5  Ç053000  ^gco5â5ç;^5(^ob5.  005  ÔC08563Ô0005  585000005 
00558^^^5  556'bPS5b3.ba  8obo  :  çp5  35658(^^oq6.>  ^~6o  8303360  ço~5 
ç()50(^33o6  b~çjioco  fp5  ^(QcoQoco  :  çp5  83C083  0033563  35co.>*l335F»6b 
oo^b  Ç05  83gçoç^ob5  co5bob5  005  93oçjioo5  8oboo5  8o^53ç^ob5  rp5 

^03^0035635»  'bo3pS535f6ob5  Ç05  fio3(6o3Ç»03Çpob5  CO^b  çp5  0003^6ojob 

oo~b  005  880b  ^gçj^oo5  ^38005  Bo3cofp3563ç;'>  5ù(^c6o3ob5  co~b  :  005 

Ô5gf05(^     o5Ç)COOJob5     00"~b     Ç05     b5ÇJ'03333Ç:»5Çp       bgç^b5      Ô55C05(^ 

853ob^coo3bob5b5  rp5  8803035^005  ^38005  fto3roçc»3563çnob5  co^b, 
005  85coo58ob  o)~b.  ço5  885005  B38005  Ô53f65(^ob  005b  005  5ro3^35Qb 
o)~b  005  5Ôgl5{oôob  co^b  :  çp^  8.)3ob  885005  5ogl5coÔob  co~b  005 

[491 

ORIENT    CHRÉTIEN.  22 


338  REA'UE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

.^(iîS^QbQl)  (T)~b  cp5  ycQ;3gç:»a>5  b;>l3o;'Tol);)  Bg8ol)5  9oQ35ç;'''|]Ôgçn-)(T)5 

33  (53ç::!^ooo5  9go3o:ib5  ço""6  b^gfocolSgB  ^PSo^bo^o^Bb^  otjcci  :  co  :  ^"'b 
3b;]  .sCçpgfiSdo  3g  gçoofob3;>6  çp""oo  çpob^^çnS^B  ço~"œ  9g3(Qboç:;->ob,s 
353()b5  OoJ;)gçn  Qccjrofogjgç^ob.^  3.^5  fp.^'3^'g(i5')  oog  (oi,Q.  boggcoor).") 
0053^35^0^1)  933o6ço3gœ  ço^ob^  co'^b  ci)5  ç:^''o:iQ35  ^5300  :... 

Moi  Jean,  ci-devant  Thornik,  et  mon  frère  Jean  Varazvace, 
fils  du  béni  Cordvaneli,  nous  avons  acquis  et  copié  ce  saint 
livre,  appelé  «  le  Paradis  »  par  les  saints  pères,  et  dans  lequel 
se  trouvent  grâces  de  toutes  sortes  propres  à  guérir  les  âmes, 
comme  prière  et  à  la  louange,  tout  d'abord,  du  puissant  et  pieux 
curopalate  David... 

Et  après  eux,  comme  prière  pour  nous- mêmes:  d'abord  pour 
le  ci-devant  Jean  Thornik,  maintenant  par  (la  grâce)  des  saints 
empereurs,  Jean  le  syncelle,  qui,  pour  l'amour  de  Dieu  a  quitté 
la  grandeur  terrestre  et  trouvé  celle  du  ciel,  à  cause  de  laquelle, 
étant  au  sommet  de  leur  illustration  et  de  la  faveur  des  saints 
empereurs,  il  s'est  empressé  d'échanger  l'habit  militaire  pour 
l'habit  monacal  et,  sous  celui-ci,  a  grandement  et  localement 
servi  l'Arbre  de  vie  et  les  saints  empereurs.  (Mais)  quand  parut 
sur  la  terre  des  Grecs  un  homme  sans  foi  ni  loi,  qui  se  posa 
en  adversaire  des  saints  empereurs,  le  même  (Thornik)  se 
rendit  en  toute  hâte  auprès  du  puissant  et  invincible  sous 
tous  rapports  curopalate  David,  et  par  leur  ordre  anéantit  ce 
(cod.  son)  dessein,  et  raffermit  les  saints  empereurs  —  que 
Dieu  les  soutienne  âme  et  corps! 

Ensuite  pour  Jean  Varazvace,  pour  sa  femme  et  pour  ses  fds, 
Michel,  Cordvanelle  généralissime,  pour  Corolodis,  pour  Thor- 
nik, et  pour  mes  neveux  Cordvaneli  et  Bagrat  le  patrice;  et 
comme  prière  pour  l'àme  de  Bagrat  magistros,  et  de  mes 
parents,  Cordvaneli  et  Marie,  et  de  mes  frères,  Bagrat,  Arsusay 
et  Abuharb,  de  mes  oncles  paternels  Abuharb  et  Arsusay  et  de 
tous  les  défunts  de  ma  maison... 

Ce  saint  livre  fut  écrit  à  la  laure  illustre  d'Oski,  en  la  rési- 

[50] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  339 

«dence  du  saint  Baptiste,  Sabba  étant  abbé  —  le  Clirist  le  bénisse 
—  par  la  main  du  doyen  Stephanos  et  fut  relié  par  la  main  du 
même,  Dieu  le  bénisse.  L'an  du  cycle  pascal  était  197  (h-  780  = 
977).  J'ai  écrit  cette  cédule,  moi,  l'indigne  David  (ras.),  fils  de 
la  sœur  du  père  théophore  Michel  Modrekeli.  Si  par  ignorance 
quelque  faute  m'a  échappé,  pardonnez-moi  pour  Dieu  et  faites 
une  prière. 

N°  10 

Commentaire  de  saint  Chrysostome  sur  l'évangile  selon  Matthieu  dans 
la  version  de  saint  Euthyme.  S.  x  tin,  sans  date  certaine.  Parchemin  fin, 
blanc  et  assez  mince.  Encre  noire;  en-têtes  en  rouge  foncé.  Ecrit  sur 
deux  colonnes  de  30  lignes  en  nuskhuri  grand  du  type  d'iskhan  (c'est-à- 
dire  du  manuscrit  95  du  Musée  ecclésiastique  à  Tiflis),  droit  et  arrondi, 
un  peu  ligaturé.  Dimensions  de  la  page  :  360  x287""»;  de  l'écriture: 
290  X  225'""^,  avec  un  espace  de  25™™.  entre  les  colonnes.  Cahiers  de 
8  feuilles,  signés  de  petites  lettres  capitales  géorgiennes  au  milieu  de  la 
marge  supérieure  sur  fol.  Ir  et  inférieure  sur  fol.  8v;  il  y  a  aussi  des  carac- 
tères minuscules  grecs  dans  la  marge  inférieure,  au  milieu  sur  fol.  1  r  et  au 
coin  intérieur  sur  fol.  8v.  Les  signatures  vont  de  -i  =  1  (dont  il  ne  reste 
que  5  feuilles)  jusqu'à  K  H  =  28  (dont  il  n'y  a  que  2  feuilles).  338  feuilles 
numérotées  au  recto  en  crayon  bleu.  Le  texte  se  termine  au  fol.  332r2:  là 
un  mémorial  moderne  du  i3oiro')(ï;o;JcQ66t)('î5o  osfio.:^,  du  moine  et  prêtre 
llia  (1917).  Ensuite  (fol.  332vi-336v2)  l'épilogue  de  saint  Jean  l'Athonite. 
■dont  je  donne  la  partie  importante  : 

})~  '^Bbb^  iy'ôbh  B'~5b5  ^5cocr)gç;ib5  >>(o6  306  b^ço.")  occjsGoç;^"»  oycQ 
.b^^Oc^Oçpg  co~.^Og;>  g58c:igl3^5-]b  ^~Go  gb^  ^0^660  0050^85630,^60 
'i^o'~b5  b,^l)5coQÔob56o  :  5""ço  b5ô(']co(36')OTol)5  gbg  3(5ç^obo56o  ajb 
l(occi3ol)56o  b53l)g  ocj36qI)  535or>556o  :  V)""  b~6ob5  5O0I)  jtj"~6ol)56o 
55,^C?3C^a3^5  :  çp5  5C05  aboîç^gB  ^og66o  53ç^ifogb  365b5  Bgg6b5 
5'~ço  bl3g56o  9co'~3ÇT)6o  :  580b  œ^b  8g  gçni5b5^3o  gbg  ço5  656^330 
yçi^^oDi  8c:565'bc'î6(j)5Q  0053563  8\igb5co3  30^53  580b  b5^8ob5 
oD^b  :  fo^çn  gbfogœ  653ÇTigçï>g356  0^0:5  ^c)~^-^  ^5(oor)Ç];iob5Q 
^056005  ô~6.  fp5  ÇQOfoo  b5cogÔ5Q  fo5  8o:içog5'pgÔ5û  3^fi3g6g  g)5 
930Ç300  P)g8o  gcgo^^ag  ô~63b»p53ç^^g  b^g3çnioOT5  Ôgç[n8^çT,oOT5 
b(^^çT.o5ço  :  005  553ccioD5co5856gÔ5çp  ^5co3l05cooDg  ^og6OT5  ÔgcoJg- 
^ob5  556  ^5foOTgçn5ço  :  ço5  5çoo^go6gb  B^g6  8ogôS  b5bgçiioor)5 

[51] 


340  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

858ob5£i(D5  f05  c)ob50(r)5  fp5  b^->~ol>5  '(')ol>5aco5  6çpoQoS^y')oor>>>> 
0^~3ff?^  9yo:i033Ç^^^'^  oj^^bBob^  ^"qoo.)  8gc3bgÔoco5  \^~coob;> 
^~ob  83ô~ç[j^obûcr>5  005  y~0D5  ^cr>~QCfyb  \iog66o  (ïS^CQçogBo  gdçn^gcn 
\^gco5ro  :  ;>""  oofo3gçji5fo  0f)5fog356gÔ5Q  o—sBgb  œ^sob^a  \i'~ob;> 
bùb5cogÔob5  :  Ô~  8gTO9g  b^^sg^bBo  'p~Q)ob5  858ob5  B^Gob^  Ô5bo- 
çr)ob6o  œ53o  Ç05  8obo  3g  oD5fog856gÔ5Q  o^5~oo-a  z^  30  :  g"  8gfo8g 
^ogBo  ^~ob;>  ^çi[ng85^bobo  C0530  :  ç^~  :  ço~  '90560  ^~ob5  8535foobo 
b(i5gç[no5ço  :  g~  85Jbo8gb  b'p53Çj;^56o  oSo^b^œ^Bo  :  3"  ^ogGo' 
'9o~b:>  ob^^obo  (îS"~ç[^b5  d~b  5(^056  bb~or).^Q5  88~or>5  558c3c6Bggç[»Go 
b^53Ç^56o  :  %'~  ^0560  Çob5  roccifogcngbo  :  (s~  ^b'ÔQOba  ççyi>  b^b- 
^5gç^Go  ^"ob^  8c:j^58ob5  çpo8o^f6obo  :  cn~  (^b~wÔ5Q  ço5  ^58gÔ5Q 
^■"ob^  b(^gç555g  5bçîj>ob5Q  :  o~  (^b'^coèa  ro5  ^58gÔ5a  ^~ob5  jç:?;'^- 
8g6^cqb  l(îSo58a)5  S^âobba  :  o~5  '958305.0  ^o~b5  ^ç>>o8o  6bg^(oQr- 
çr>o\)~a  :  o—Q  (^b~c6Ô~Q  ^o~b5  Ô5boçTio  ^gb5coogç^ob'~Q  :  o^g 
{^bfo-ÔQ  '9~ob5  gfoogcdçj'o  ço~ob  8g(^ijggç^ob5û  :  o~ço  gbPS"" Ôa 
'9'~ob5  Ô5gf55(^obo  :  o~g  ^58gÔ5a  ^~œ5  80G5  ofo8c':igg6gor)o  :  o~3 
ô^~ô^  6o:5bgç[nob5  œJ~8çn6o  9gbb85a  d8ob5  8obob5  Ôbç[^i~obo  : 
fo5  ^ç:n"~^çT^>ôob5  œ~b  ro5  ^~ob5  85850Î  B6~ob5o:i  0r)fîS~g86o  œ'~3o. 
Ç05  ^'~0D5  85fob~3œ5  cD~h  Ç05  çooçoob5  8o:ibg  \^'('y~3gç^ob5  gbfog- 
Ôob5  a>P)g~85o  b5bgço  ço5tjgçogÔob5  ro5  885b5  30b  8g  gcr)bcQ,>  : 
005363  8bfo~Ôçnr)ob5  boç:^i35Q  ço5  boç^3ob5.  a)Pî~g86o  56^[foo]5 
3gb5fDogçnob5û  :  a)~^8çT)o  '9o~b5  oc:i~36g  ço585[b]3gç^ob5Q  : 
cci(iSob5  ôg6gÔo[b]5  œ^b  £)g~bob5  :  bb~Q  ^~ob5  [çojco-ob 
83cQÔçnob5  3o:iÔob5  OT~b  :  gbfo^ÔQ  (ioofoob5  5a)565bo  :  ^58gÔ5a 
^~œ5  b58a)5  tjfo85œ5  5ç^c5ooîb  O5oçr)5çogçr»o503b  ço5  ^5roo6gbo  : 
goS—QQ  ^~ob5  0^5^00^^  88o:i3fo~ob5û  :  gbfîS—ÔQ  8fo8  8g5^ô(^gçnoba 
btogçr)5çQ  :  b^53ç;o6o  ^~ob5  ['blQbo8gb6o  :  bÇ53ç^56o  \^~ob5 
8580b  go^fog8ob6o  :  00530  b5co'98^6c':j~oob5  or)~b  :  b365^b5foo 
Ôg68^ç[n  6~çT)  56056  3c6gÔ56o  çp5  ^gçï^o^5çoob5  ^"5:^^005  fpc;)gor)5 
555ggÔ5û  85b  3""5  :  8o8o:jbçT.356o  ^5  ^5Q)5ggÔ56o  ^~ob5  o~36ga 
85b5fogÔgç^ob56o  :  or)5fog856gÔ5Q  ô5ÇT>5(^gç[r>œ5  ço5  œgb5ç^c:î6ojg- 
2^^005  005  l6cQ85gç^oo5  gÔob5oîÇT)ob5a  ^~ob5  o:i^foc':?<5o(oob5£i  : 
fQ5bçogÔgç]^6o  85fob35œ56o  bci5gçT>5ço  005  b~bœ5  8oS3~gnOT5  ^œ~5 
5Ç^Ô~6o  :    c!^"".   ^58gÔ5Q    ^o~b5   fo5   y"~ÇQ    ^gÔgçniob5    8\i~8ob5 


[52] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  341 

•Sfooii^oîSobo  :  "b"  5^  ^50b5  boÔgcoob^  ro5  g(3gçT)gÔob5  BgOob^b^ 
^5fo3l35coofi)Q  9305^^0  B380  gcgoooOg  çp5  3ob5fo36  (o~i>  œ^cogQ^Gg- 
55aQ5  8^or)gb  on)53ob5Q  Ç~ob5  b5b5co']Ôob~Q  :  çc)^^gcoo:ib  g65b.> 
6~'6b5  eo~çj>  050  bo8co53ç^ob5..,  Sfoc^Sob^  5J50(ri8çog  50S5  Çp^gg- 

;g^gpS5  :    fo""    3"~5   bgço530D    çooçoo    ^ogBo    5fob    çp5 g^Oo^bb- 

0D563656gogç!:»5^    o-)fo(3gçj'ob5    g^G 5   9g'()Q3558~6    bgç^->ob.^ 

<8~5  Ç""ço<;5356>.  3bô~0r)  '^o^b^  î:o~ob  89nÔçr)ob58~6  ^œ~5 
Sq^'^çj^oo^  005  8çoopgçT)or)  8(3g)~coor)586  ço5  y~or)5  ^oD~586  ycci  g5685- 

g3gg6og6gb  5cob  y~^''o^5  *()o,^Goo5  :  c5~  b^sbg  5cob  y~oor)5  Sc^dço^- 
(ogÔoor)5  b5ç:oor)~Qoo5  fp.^  t.j—ooi5  b\^53çj''oco5  b~'çTiogcooœ5  :  cob  bcoi> 
5pSb  050  3g  OToçQ^o  b5J8g  fo~o  585b  d~i>  b(ob  o3cQgÔob  :  f5~ 
^g985(^o55ço  bgç:jio  ^~Q  oyo3  Sg^y^aC?  oocoo0)5  ^~ob5  80b  c)5 
ço^co  9g8o:ibocnob5  00^3563  cî^ôSccjoocoobbQOT^  :  b^p  0838^^8^"^ 
y~"ç^0D5  (o~ç^cr)i>  8oo^oo:ib  gbg  ^ogGo  :  co~çT)a)5g5  bçob^gcoc^œ 
'fo"~çT)Go35  ojoœbsoçogœ.  çc)5  (o^Gogb  ob8gGçpgcr)  :  (^bgGgÔgç^i8Q5 
Qb(ocr>  ç^"'o:>335or)5  d~b  or)J~Gor)5 :  5ÇT)5b53o  gbg  oc^sGg  33oçnob5 
ftg8ob5  goiœoaob  o:)"~G5  :  (o~b  ^(^i^soœb  oo^-Goœ^  9gô5'py-'>ç:p6gb 
■(i~G  o:î~G  :  co"  5^gco  8fto6gÔgç:j">o  *{)y5ç:;"'o:jÔob5û  5cab  :  â)~5  œj"~GQ.> 
"b^btjoçogç^^o  Sooçoc^a)  ço~"ob5  5~G  :  ,^bg6gôob5  œ^b  li~6ob5  :  16 
5g3gçpfogÔoOT  ^^0:^330005  8o:J55^^bgGgGoof)  :  b~  3065000556  ^""5  85b 
■8~8b5  (^~6b5  oo:i~3Gg  o:ij~"cooocob5  gbrogo:)  5J^^Grc)5  figggÇî'gÔ5£î  : 
co~58q5  ^5fo8o5oo~j5  oo5cog85Ggo5Q  b5b5cogÔob~Q  8co535ç:^")  ^58  : 
Ç)b  8gfo8g  5çob5bf>Sgç^b5  *b~5  b'p53ç^^5b5  ^5co8c:jo(^tjc:ifp5,  580b 
(T)~h  85ç^">o  ooococriggç^iob5  b\753Ç;;iob5Q  5^5  Çp5g5^gCo5  co~5  fo~ç:jib5Q5 
306  gdogÔçpgb  50030^0550  ^crioîb  :  q~  gbcogœ  5cob  ôgco8gçT)0)5Q5 
■^056005  3""5  : 

Cependant,  dans  notre  langue  géorgienne,  personne  nulle 
part  ne  s'était  rencontré  jusqu'à  présent  pour  rendre  accessibles 
■ces  saints  livres  de  l'interprétation  du  saint  Évangile  :  tandis 
que  les  Églises  de  la  Grèce  et  de  Rome  en  étaient  pleines, 
•celles  de  notre  pays  étaient  dans  l'indigence.  Et  non  seule- 
ment ces  livres,  mais  beaucoup  d'autres  manquaient  en  notre 
langue.  Ce  que  voyant,  moi,  le  pauvre  Jean,  le  dernier  des 
moines,  je  fus  affligé  d'une  telle  pénurie  de  livres  dans  le  pays 
jgéorgien.  Je   m'imposai  donc  beaucoup   de   sacrifices  (leg.  : 

[53] 


'M-2  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

T).^w5CQÔ5.Q)  et  d'efforts,  et  je  donnai  à  mon  fils  Eutliyme  une 
éducation  grecque  complète  et  le  destinai  à  traduire  du  grec  en 
géorgien  des  livres  qui  furent  copies  par  nous.  Au  nom  du  Père 
et  du  Fils,  et  du  Saint-Esprit,  avec  le  secours  de  la  croix 
vénérable,  cause  de  la  vie,  par  l'intercession  de  la  sainte  Mère 
de  Dieu  et  de  tous  les  saints,  nous  avons  pu  écrire  un  certain, 
nombre  de  livres: 

1.  Premièrement  le  commentaire  du  saint  évangile  selon 
Jean. 

2.  Ensuite  les  sermons  de  notre  saint  père  Basile,  —  chapi- 
tres; et  du  même,  commentaire  des  psaumes,  chapitres  — . 

3.  Ensuite  le  livre  de  saint  Climaque,  30  chapitres. 

4.  Livre  du  saint  Macaire  —  complet. 

5.  Homélies  de  Maxime  sur  les  Nombres. 

6.  Livre  de  saint  Isaac,  où  sont  les  doctrines  choisies  des- 
autres pères. 

7.  Livre  de  saint  Dorothée. 

8.  Passion  et  miracles  du  saint  martyr  Démétrios. 

9.  Vie  et  passion  de  saint  Etienne  le  Jeune. 

10.  Vie  et  passion  de  saint  Clément  le  pape  de  Rome. 

11.  Passion  de  saint  Clément  d'Ancyre. 

12.  Vie  de  saint  Basile  de  Césarée. 

13.  Vie  de  saint  Grégoire  le  Théologien. 

14.  Vie  de  saint  Bagrat. 

15.  Passion  des  saints  iVlénas  et  Hermogène. 

16.  Sermons  de  saint  Grégoire  de  Nysse  : 

Éloge  de  son  frère  Basile;  et  sur  la  virginité;  sur  le  pater 
noster  commentaire;  et  sur  le  saint  carême;  et  le  commentaire 
sur  la  vie  du  grand  prophète  Moïse  (=  le  modèle  de  la  vie 
apaisée,  qu'un  frère  lui  demanda). 

17.  Vision  de  Jean  l'évangéliste  et  commentaire  de  la  vision 
d'André  de  Césarée. 

18.  Sermon  de  saint  Jean  Damascène  sur  les  deux  natures  du 
Christ;  un  autre  sur  la  nativité  de  la  Mère  de  Dieu. 

19.  Vie  de  saint  Athanase. 

20.  Passion  des  trois  saints  jeunes  gens  Alphios,  Philadel- 
phos  et  Quirinos. 

21.  Passion  de  saint  Onuphrios  Boscus. 

[54] 


CATALOllUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  343 

■2-2.  Passion  de  Marie  régyptienne. 
23.  Sermons  de  saint  [Zjosimé. 
21.  Sermons  du  saint  père  Éplirem. 
25.  Chapitre  sur  la  foi. 

2().  Synaxaire  grec,  c'est-à-dire  les  réunions  et  le  dispositif 
pour  tous  les  jours  du  cycle  annuel  ; 

27.  Voyages  et  prédications  de  saint  Jean  l'Évangéliste. 

28.  Commentaire  de  saint  Chrysostome  sur  les  épîtres  aux 
Galates,  aux  Thessaloniciens  et  aux  Romains. 

21).  Hymnes  du  carême  :  strophes  et  chants  pour  beaucoup 
d'autres  saints. 

30.  Passion  du  saint  et  très  louable  Procopius. 

Maintenant  donc,  au  temps  de  ma  vieillesse  et  de  mon  infir- 
mité, je  donnai  à  mon  fils  Euthyme  charge  et  mission  de  rédiger 
aussi  en  notre  langue  le  commentaire  sur  le  saint  évangile 
selon  Matthieu,  que  nous  n'avions  pas  écrit  jusqu'ici  à  cause  de 
la  quantité  du  travail.  En  effet,  comme  vous  voyez,  c'est  un 
grand  livre  à  traduire  en  entier  du  grec  [en  géorgien].  L'aide 
de  l'esprit  saint,  l'intercession  de  la  sainte  mère  de  Dieu,  des 
docteurs  et  de  tous  les  saints  assura  le  succès  et  ainsi  fut 
achevé,  sans  lacunes,  ce  saint  livre,  qui  est  plus  beau  que  tous 
les  autres  livres,  parce  qu'il  est  plein  de  toute  doctrine  divine 
et  de  tout  enseignement  spirituel,  et  il  n'y  a  point  de  lielle  chose 
qui  ne  s'y  trouve,  car  vraiment  l'esprit  saint  parlait  par  la 
bouche  de  ce  saint  et  théophore  Jean  Chrysostome. 

Vous  donc  tous  à  (jui  ira  ce  livre,  qui  le  copierez,  qui  le  lirez, 
et  à  vous  aussi,  qui  l'entendrez  (lire),  nous  vous  demandons 
d'être  mentionnés  dans  vos  prières,  moi  le  pauvre  Jean,  con- 
jointement avec  mon  fils  Euthyme,  afin  que  par  vos  prières  le 
Seigneur  ait  pitié  de  nous  :  car  il  nous  fait  un  devoir  de  la  misé- 
ricorde, en  sorte  que,  vous  aussi,  pour  avoir  fait  mémoire  de 
nous,  vous  receviez  de  Dieu  votre  récompense.  Oui,  nous  vous  le 
demandons,  souvenez-vous  de  nous  dans  votre  prière. 

Comme  notre  saint  père  Jean  Chrysostome  avait  coutume  de 
s'étendre  longuement  sur  l'interprétation  de  l'Évangile,  après 
quoi,  vers  la  fin,  il  prononçait  une  exhortation,  nous  avons  en 
conséquence  transcrit  ici  le  sujet  de  chacune  de  ces  exhorta- 
tions, en  sorte  que  celui  qui  les  cherchera  les  puisse  trouver 

[55] 


344  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

facilement.  C'est  en  effet  ce  qui  est  usité  dans  les  livres  grecs 
aussi... 

Le  colophon  du  ms.  commence  sur  fol.  332  r  :  le  scribe  parle 
de  Jean  TAtlionite  et  s'associe  à  lui  dans  les  invocations,  mais 
ne  se  nomme  pas.  Il  mentionne  aussi  le  pèrelovane  Grdezilsdze 
comme  l'ayant  aidé  dans  le  travail.  Nous  avons  affaire  ici  sans 
doute  avec  une  copie  du  colophon  de  saint  Euthyme  qui  se 
trouvait  dans  le  brouillon  :  En  bas,  mémorial  moderne  du 
moine  Ilia  (1917).  Fol.  332  v,  le  cédule  commence,  dont  nous 
avons  cité  une  partie  au-dessus  :  elle  s'étend  Jusqu'au  fol.  338  v^. 

Fol.  338 V  :  Au  milieu  de  la  deuxième  colonne,  après  l'en- 
tête d'homélie  rj~  =90.  çpÔ~q  8.^-6b5  ro.^  (3-)b.s  \ï~.bbçT.K^  b^  ço5 

ô93aÇQ^aoo  y~oo5  ôS~5  .^O^b  ^o^Bb.^  b^g^^^^œ  gbg  ^BçogCodo 
ÇQ^g3Ç;"'aoç:^i5fC)  a^~6  ço^^gaSgœ  :  30635  .S(o5  fî)5*()gcooîb  çpo^b.'^ 
Ô(D5ç:nb5  oo"~53çj)go  bCoh  :- 

Ç05  5çogb5ç:;;>5  {sic)  œ5fog856gÔ5ei  gbg  5gbb5f()  O.^œgb  a)53ol)5Q 
^"~Ç?  03?^*^"^^  ÔÇÎ"'^"~oob5  go^oooagboœ,  9(T).^b.s  ^~b  ^oooîBbb 
^^cl*^'^S8^^^  *(-)~ob.)  ço~œob  a3o:jÔ~çnobb.^  <3oB(^.^  03000^30^030) 
Î3ô5o58ob5  œ^b  :  Gloire  au  Père  et  au  Fils  et  au  Saint-Esprit 
maintenant  et  toujours  pour  l'éternité,  Amen  !  Je  vous  implore, 
VOUS  tous  qui  copierez  ce  saint  livre,  copiez  ce  testament  com- 
plètement :  Qui  ne  le  copiera  sera  très  blâmable.  Et  ce  com- 
mentaire fut  achevé  en  brouillon  par  la  main  du  misérable 
Euthyme  sur  la  sainte  montagne  de  l'Athos,  la  résidence  de  la 
sainte  Mère  de  Dieu  :  Qui  le  lira  pour  le  travail...  La  page 
suivante  est  perdue.  En  bas  à  la  marge  deux  lignes  en  nuskhuri 
irrégulier,  un  peu  incliné,  carré,  encre  noire  : 

rp^ÔG  ço-(job5  5to8o53030or)bgor)  \xl0f05B0    gbg   ^gfooçT>Bo  gc^oo- 

3oç;o85B  ôOf^^<^-^''>a  :  Gloire  à  Dieu,  nous  avons  lu  ces  saintes 
écritures  :  le  pécheur  Germain. 

TSAGARELI,   n"  67. 

Aôfot  et  p(oi  pour  les  grandes  fêtes.  S.  \.  Parchemin  blanc  épais,  un  peu 
jauni.  Encre  brune  à  la  sépia  :  en-têtes  en  rouge  terne.  Écrit  sur  deux 
colonnes  de  30/31  ligne?  en  nuskhuri  droit  arrondi  du  type  d'Iskhan,  un 

m] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  345 

peu  irrégulier.  Dimensions  de  la  page  :  315  X  245°"";  de  l'écriture  : 
"250  X  177™!",  avec  un  espace  de  19 '"'^^  entre  les  colonnes.  Cahiers  de 
"8  feuilles,  signés  de  lettres  capitales  au  coin  extérieur  et  supérieur  sur 
fol.  Ir  et  au  milieu  de  la  marge  inférieure  sur  fol.  8v;  une  main  posté- 
rieure a  ajouté  des  capitales  grecques  au  milieu  de  la  marge  inférieure 
du  fol.  1 V.  292  feuilles  numérotées  au  crayon  bleu  au  milieu  de  la  marge 
supérieure.  Cahiers  d^=  1  jusqu'à  è)  =  40  (quatre  feuilles  seulement). 
Reliure  de  cuir  noir  sur  planchettes,  ornée  de  dessins  linéaires  et  de 
rosettes,  et  rapiécée  au  dos  avec  une  toile  grise  semblable  à  de  la  flanelle. 
Deux  fermoirs  modernes,  formés  de  chevilles  et  noeuds  ouverts  de  corde. 

Contient  : 

1.  (Fol.    lr,-3r,.)  b.\^ocob53o   cojg9gçï>o  \u3or^ob5  ôcooôKiçm 

6c5bgçT^ol)5Q     5cî...nb5      bcogÔob.^     cn^b    'pOog)ob5     ço8foooob 

<33o:iogçnob5  ço5  85co5roob  j^çï''p,^;]ç:;''ob5  85coo.>0ob5  :  inc.  ©c?o^ 
565gc^o:i'ba)5  g55^cjo:iÔoç:ncr»5  55çt'0îô56o  Ôo'^cjoBs^çt.^  o^OByôo^G.. . 
Leçon  :  Sermon  de  saint  Grégoire  de  Nysse,  sur  l'Annoncia- 
tion  de  la  sainte  Mère  de  Dieu  la  toujours  Vierge  Marie  : 

inc.  Aujourd'hui  les  chœurs  des  anges  rangés  deviennent 
splendides... 

2.  (Fol.  3r.,-12v,.)  œ^g9gç^o  Oobo  ag  \58ofoob.>  ço8coor)ob 
<)3o:iÔgçniob5  oo^b  :  inc.  ft>çoab5bÇ5gç^a)5  yccj33Ç?o^^  ÇR-*  55ç^X':io5o).> 
^a^  5ô5b  BgaBço.^...  Sermon  du  même  sur  la  sainte  Mère  de 
Dieu  :  inc.  Il  nous  faut  toutes  les  fêtes  et  tous  les  chants... 

3.  (Fol.  12vrl4Vi.)  œ^gSgç^^o  S^c^^ç^^g  jc^bô^BôoBcîâcQç^aç^ 
<3a)535PSg5ob3CQ5o:ibob5Q  b^coaÔob^  co^b  39  :  inc  ^•^CÏ'^gC^o^^' 
^fogôbo  çoçogb  8c'îg^abb  gG^b^  ftggGb^^  88:)6oî...  Sermon  de 
Proclus  archevêque  de  Constantinople  sur  l'Annonciation  aussi  : 
inc.  L'assemblée  de  vierges  invite  aujourd'hui,  ô  frères,  notre 
langue... 

B.H.G.,  2  1129. 

4.  (Fol.  I4v,-23V2.)  3o:.Ô5Q  gcgçi^ob^  BggBob^  ogbg  ^eoobôgbo 
b^^oœb^ao.  œ^^8gç^io  ^8ofoob5  ço5  6aô5foob5  8^8ob5  BgaGob.b 
^^o^ciss^  566o568o:!6a3gç:!^ob5Q  gogç[^ob5  3oîôob5  co^b  '^ao^ob.^ 
^^5  ^5çï^^gçj^ob5  :  inc.  ^"obôa  o93aÔob  gô^Ç??f^^ÇR"o^'-'  Leçon  : 
Nativité  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  :  Sermon  de  notre 
saint  et  bienheureux  père  Grégoire  de  Nazianze  sur  la  nati- 
vité du  Seigneur  par  la  sainte  Vierge  :  inc.  Christ  est  né, 
réjouissez-vous... 

[57] 


346  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

5.  (Fol.  23v2-25v,.)  œ^gOgcn^o  ^aofpob5  aSoc^^Gg  ^^Ôfoogç^- 
Oor)5g5co-')Ôol>303ocQl)ob5Q  ô^^>o'''6tP"^^'^  "^"5^  ^Qç:?"^^  figgGob.^ 
^8oçïiol)5  ^^b  85f65Ç]ool)  ^^ç^'f'^Çï'obb  a56o59ol)5  :  inc.  ^069(00)0 
,^fo5  l>5ço5  30b  gboço.-isb...  Sermon  de  saint  Épiphane  l'arche- 
vêque de  Chypre  sur  l'incarnai  ion  de  Noire-Seigneur  de  la 
toujours  sainte  Vierge  Marie  :  inc.  Personne  n'a  jamais  vu 
Dieu... 

6.  (Fol.  25v^-29r,.)  ^'8oçools5  Ôi^boç^obo  b^^^eosgçj^goobb  005b 
cooî8gcno  0^865  80b  8ogôS  Go^g-^b  85çr)Ç3>ob5  co^b  g^ç^^gbo-^abb  : 
inc.  oo^g^  b5ço8eooocQ856  (^8.^856...  De  saint  Basile,  sur  le 
miracle  qui  se  fit  par  lui  àNicée  pour  la  grâce  de  l'Église  :  inc. 
La  voix  divine  dit... 

7.  (Fol.  29r,-36r,.)  b^^^coag^gôob^  co^b  oxciSgc^^o  o^SB-v 
^8oçoob5  358ob5  Ô;)boç:jiob  803(0  ocîbgÔob  œ^b  83gPS55Ç![nob;> 
l^-^foo5QbS  :  inc.  foo:î8aç;o6o  bbcooo  ^03335^60  805^^5(0360  8585005 
330^60...  Sur  le  miracle  qui  fut  fait  par  le  saint  Père  Basile  à 
propos  de  Joseph,  le  médecin  juif:  inc.  Vous  tous  qui  êtes  fils 
aimant  vos  pères... 

8.  (Fol.  36r^-37v2.)  cnJg8gçT)o  ^8oçoob5  o(oc':i3çna3c<:ib556(8)o5a- 
*5o:iç;»3çn;>  8a)535fo-aoob3C':i5oîbob5Q  B5fr)çj^ob  ço']Ôob5  œ^b  gf5ÇT)ob5 
IV;336ob5  :  inc  Sermon  de  saint  Proclus  l'archevêque  de  Cons- 
taatinople  sur  le  baptême  de  Notre-Seigneur  :  inc.  çQC?a^ 
^foobôa  boî05aç;nb5  558o3gB5ço5...  Aujourd'hui  Christ  parut  au 
monde... 

9.  (Fol.  37v2-39v2.)  «^^atlgçvio  55OTçni()b  i03oob5  œ^b  Jcoob(^Êb 
go3çr>ob5     5g36ob5     oo:i355gb     803(0     aôob3o:tÔccibob5Q     55005 

^5Ç[r)5^ob5Q  :      inc.      yO33QÇT>005      (J0505çoaÔgçnocr>5     gfg5Ç[no     ^05ot5{:0 

556  858ob5or)5  ac':i3orp5  ^3360^5...  Sermou  sur  le  baptême  du 
Christ  Notre-Seigneur  par  Jean,  évêque  de  la  ville  de  Tabia  : 
inc.  Le  Seigneur  de  toute  créature  vint  à  nous  des  lombes  du 
Père... 
Éd.  C.  Kékélidze,  Keimena,  p.  10-15. 

10.  (Fol.  39V2-4IV2.)  8oggÔgÔ5Q  oo^g8gçnio  a3b5^o  b5eob5 
{sic)  o6(ogb5ç[i^a8gçoob5Q  3c<îôooo  ^55  ^r)C5î^ob5  P)gg6ob5  ogb^ 
^(oobô6b5  8gc:i(o89C'5Qab5  rotogb5  oîfçgb  8ooy355gb  558(o5ço  fp5 
8oo^58ofc>5  85b  ^8of^5Q  b58aKi6  :  inc.  b5c)g5(oaçn6oî  3(09050  gbg, 

[58] 


CATALOGUE    DES    iMANUSCRlTS    GÉORGIENS.  317 

rpçoobbQ  580b  yoîgçr-^içp  s^]  b^bg^agc;--  56b...  L'ÛTra-jcv-r,  :  Ser- 
mon d'Hésychios  prêtre  de  Jérusalem  au  quarantième  jour  après 
la  naissance  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  quand  ils  l'appor- 
tèrent au  temple  et  saint  Syméon  l'embrassa  :  inc.  0  bien-aimés, 
l'assemblée  d'aujourd'hui  est  entièrement  désirable... 

11.  (Fol.  Ilv2-43v,.)  OT^g 8^ ÇT.O  50803003  bggob^  oGeogb5çc!;«3- 
8gç:3j'ob5Q  gojçpob^  BggGob.^  "0^3  ^foob^Êb  9g8çogcQ85fo  c^o58gc:i- 
(^ob5  y)çoob5   cîçogb  ogo  8ooy3.')Ggb    5;>8fi55g)   go3C?()b;>    85(0058 

çogrp5856     Ç05     ^5ÇTi^gçT)0,sB     çç)5     OO^b^Ô     005     5^^gfoo)bg3(5>5     850) 

b^S^c'îiC)  :  inc.  8bo:?ç[î;i(<3a  35^:5005  9ccicoob  bfogç:no  35Q0...  Sermon 
de  Timothée  le  prêtre  de  Jérusalem  sur  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ  quand,  après  quarante  jours,  Marie  sa  mère  et  vierge  et 
Joseph  l'apportèrent  au  Temple  du  SeigneuiS  et  Syméon  les 
bénit  :  inc.  Le  seul  homme  parfait  parmi  les  hommes... 

12.  (Fol.  43v,-46v,.)  00^383^^10  35^^oç^g  8o>535co-;]oob3o:i5c':!- 
bob5Q  8oggÔgÔob5  oo^b  3i2Ç:!iob5  ft3y6ob5  ogbg  jcoob5(3b5  : 
inc.  ôob5ôSca(pob  (jnfoo5çç)  5b3Ç[^cQ  boc'î5ob5o:i...  Sermon  de 
l'archevêque  Cyrille  sur  la  ù-azavr/;  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ  :  inc.  Réjouis-toi,  ô  fdle  de  Sion... 

13.  (Fol.  4Gv,-51r,.)  Saint  Jean  Chrysostome,  00^383^^10 
35foo58gb  Ç05  856oo5Qb  œ^b  ço5  ç[n5'b5fogb  005b  88ob5  85ooob5. 
foo38gç[no  0^0  30]5ç^i856  83350(0300000  5Ç05ÇQ5065  fp5  3ÇT)o5ab 
œ^b  ^o65ûb\i5fo8g5y3g  ç^ob5  :  inc.  b5cj35PSgçT)5cQ  co50îf036ob5 
3(2t6o:iQb  5çoçp5c^8ob5  f)(o(yjob<rn  o^86gb...  Sermon  sur  Marie, 
Marthe  et  Lazare  leur  frère  que  le  Seigneur  ressuscita  d'entre 
les  morts,  et  sur  Élie  le  prophète  :  inc.  0  bien-aimés,  combien 
plus  agréable  que  la  résurrection  furent... 

14.  (Fol.  51  r, -56 v,.)  03^0-^0"  8œ535eo-3Ôob3cci5ccibob5  565003- 
^oob5Q  çoi5  5ço8b55cogÔgç;^ob5a  00^383^^10  580b  003b  o^^gb  050 
^ço5  ogb3  bgfob5  85b  ço5  çïi5'b5fog  0CJ03  oo5658go65(^gço.  foc38gçf'o 
ogo  5ço5çogo65  fp5oo5  8oboo5  85foo53gb  çp5  85foa)5Qb  003b  :  inc. 
.3^  b5tj35fogçni6o3  co5b5  gbg  ç^^œbcoccjôb  33ç^-'gbo5Q  ço8coa)ob5Q.. . 
D'Eustathios  archevêque  d'Antioche  et  confesseur,  sermon 
quand  le  Seigneur  s'assit  au  souper  et  Lazare  fut  un  des  con- 
vives, qu'il  a  ressuscité  pour  ses  sœurs  Mariamet  Martha  :  inc. 
Maintenant,  ô  bien-aimés,  que  nous  raconte  l'Église  de  Dieu '?.... 

[59] 


348  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

15.  (Fol.  .jGv,-60v,.)  oljo:iô5a  :  Dimanche  des  Rameaux. 
Saint  Jean  Clirysostome,  aal>ç^^3ob^  005b  go^ç^obb  o^^^^gb^çv^Gaço 
fo5  l).\^oœl353o  T);)J.^eoo5  *po55Qb^.^fo0g5y,^aç:ool)5Q  :  inc.  5olS5(Dcri- 
çooG  03C005Ç0  .ib^-3ÇQK':i  boc^Hob^o:?,..  Sur  l'entrée  du  Seigneur  a 
Jérusalem  et  la  leçon  de  Zacharie  le  prophète  :  inc.  Réjouis- 
toi  beaucoup,  ô  fille  de  Sion... 

16.  (Fol.  6OV2-64V2.)  Saint  Jean  Chrysostome,  3abçm3ob5 
oi^h  'Q^Q^ohi,  0')cogb5çT>6arp  ço5  SgbbOob.^  m^h  yco05oD5Qb.~>  : 
inc.  ^\7  OcQ3arooor)  b5yg5eoaçT>5e5...  Sur  l'entrée  du  Seigneur  à 
Jérusalem  et  sur  la  commémoration  des  jeunes  hommes  :  inc. 
Maintenant  venons,  1')  bien-aimés... 

17.  (Fol.  64v^-69r.^.)  Titus  l'évêque,  0a^c?3ob5  œ^b  gçgçn^ob.^ 
o6co^^b5ç^-'Q8rp  :  inc.  gnoo^cog.^  b^b-^rp  ■v;3f^5gbgçr)o  5c^9c^5bb58b... 
Sur  l'entrée  du  Seigneur  à  Jérusalem  :  inc.  Comment  l'innom- 
brable jaillit?... 

18.  (Fol.  69r.,-72v^.)  Saint  Jean  Chrysostome,  bb^ooQb^ao  : 
inc.  fo-^  3oco.bfoOg5  5g^g^y5  liggB  O^bfogÔgçroa^r)..,  Leçon  :  inc. 
Et  comme  nous  raconte  l'évangéliste... 

19.  (Fol.  72v,-7.5v2.)  Saint  Jean  Chrysostome,  .^00005  ^5çn- 
^gç^(T);>  œ^b  fo5  ac^Çybç^o^Ôob^  oo^b  co.b  boG.^G-^çcî^ob.^  fjD^b  :  inc. 
S^a<^  ^a  03^06  3065Q  <3>o\ic)o:i  ^"ÔHcD^tt!  a^a---  Sur  les  dix 
vierges  et  sur  la  compassion  et  sur  la  pénitence  :  inc.  Je  sais 
aujourd'hui  par  où  je  commencerai  à  dire  ceci...  (des.  déf.  — ). 
Lacune.d'un  cahier  (oi>  =  ll)j 

20.  (Fol.  76r^-80v,.)  Acéphalon  :  <^^  yc^aa^?'*^  <ï>-^Ô5çogÔgçr>o 
œ^BbaçogÔ  5cob... 

21.  (Fol.  80v,-82v,.)  Saint  Athanase  d'Alexandrie,  Oo^aob^ 
co^b  gc5çr>nb;)  P»gQ6ob5  o^^^fp^ab  ^bb  lg6o5œ5  Oc^a^coBgÔobb 
œ^b  :  inc.  85ebcQ3eoob5  l^^gBob^  3^305^...  Sur  la  trahison  de 
Notre-Seigneur  par  Judas  à  cause  de  l'envie  des  Juifs  :  inc.  La 
passion  de  Notre-Seigneur... 

22.  (Fol.  82v^-8.JV2.)  Mélétios,  patriarche  d'Antioche,  âoga- 
8ob5  ^ogçoob^  figgGobb  ogbg  ^c^^ob^^bb  ço5  gbGjoœbsobb  œ^b 

.^foftj^çnicvîoo.^    aogp5    :    inc.    ^O^b    (pc^a^-^^^^^C!,'^'^    '^t5abo5gç;i5gb 

aôboa^^'^f'---  Sur  la  trahison  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ 

[60] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  349' 

et  sur  son  interrogatoire  par  les  gens  sans  loi  :  inc.  En  cette 
fête  s'accomplissent  des  choses  ineffables... 

23.  (Fol.  85\v89v2.)  Du  même,  ô^G^ooolSsobb  cn^h  go5ç:!^ol)^ 
ÇQ5  ^^5foQ58ob5  :  inc.  30005C03.)  çp.^K^5^[)l)  gc5-'>çpo  9çoçpgç[^->or)- 
6o:i(3çog;)coœ5  (l^oo...  Sur  l'interrogatoire  du  Seigneur  et  sur  la 
crucifixion  :  inc.  Quand  les  princes  des  prêtres  jugèrent  le 
Seigneur... 

24.  (Fol.  89v.^-94r,.)  Saint  Jean  Chrysostome,  ^ii^^g^coggôob^ 
cn^h  gçgçj^ol)5  :  oobcocciô^Q  'bco5l33ob.>  Oob  oo^b  lgô5o5or»5Qb.^  ro5 
d^c^o  sBgÔob.")  Oob  oo^b  P»gg6ob5  ^^bBob^  ô'^^^'^'*ÇR3^<^3^ç?."'^  • 
inc.  eo5Q  .^(^b  ^b^  363050...  Sur  la  crucifixion  du  Seigneur  :  Récit 
du  conciliabule  des  Juifs  et  sur  la  vertu  de  la  Passion  qui  opéra 
notre  salut  :  inc.  Quelle  est  cette  passion... 

25.  (Fol.  94r,-98r2.)  Mélétios  l'évêque,  ô^^o<^oo^3ob5  œ^b 
gçgÇTiob^  fo5  ^^5co3g8ob5  œ^b  :  inc.  3o6ço5  38.^  yoîo^ob  36gÔ5or),'> 
85or)  œ5b.,.  Sur  l'interrogatoire  du  Seigneur  et  la  crucifixion  : 
inc.  Je  veux  faire  un  peu  pour  la  passion... 

26.  (Fol.  98r2-100v2.)  Du  même,  8cQçog.^'pgoob5  œ^b  5ço3bg- 
Ôob^  :  inc.  'pogBGo  goco^gç^oo^Bo  g58o:ibçT.3.^or)55o  \^.^coo^^oor)b6gb... 
Sur  Vx(iKT,Giq  de  Pâques  :  inc.  Les  livres  des  Hébreux  de  l'Exode 
furent  lus... 

27.  (Fol.  lOOv^-lOTr^.)  Saint  Épiphane  de  Chypre,  ÇQ^oiçnoaob^ 
co^b  gcgçviob^  BggBobi  ogb^  ^coob^Gb^  oo.^  oc^bgoob  OD^b 
85foa)çnob5  :  inc.  (oba  i>(oh  gb^  çpçogb  ççgOoçj'o...  Sur  la  sépul- 
ture de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  et  sur  Joseph  le  juste  : 
înc.  Quel  est  ce  silence  aujourd'hui... 

Fol.  107 r.  A  la  marge  inférieure  mémorial  de  3of>8ÇP"3Ô8 
(sic)  Venedikté  (Benoît). 

28.  (Fol.  107v^-115r,.)  Mélétios  l'évêque,  5çoço§c:j8ob5  œ^h 
3^'Q^(oQcno(j)  gogçnobb  ftggBob^  ogb^  ^éSob(^gb5  :  inc.  B^oogçoi 
oçog  BbœgçT.  oçog  o6cogb5c^ig8.,.  Sur  la  résurrection  de  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ  d'entre  les  morts  :  inc.  Baptise-toi, 
baptise-toi ,  Jérusalem ... 

29.  (Fol.  115r^-123r2.)  Cyrille,  évèque  de  Jérusalem,  Qjg- 
çoPSgœooo  5çDço50î8ob5  co^b  ogbg  ^P5ob(^gb5  :  inc.  ol).:)P5gôrp 
o663b5çîig8  ^5  3a8o:i3geoÔo(T)  ac':i3gçmBo...  Sur  la  résurrection. 

[61] 


350  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

de  Jésus-Christ  d'entre  les  morts  :  inc.  Réjouis-toi,  Jérusalem 
et  assemblez-vous  tous... 

30.  (Fol.  123r2-126r2.)  Saint  Jean  Chrysostome,  5çoçQôccî8ob.^ 
(D^h  ^^iQÇ^ohb  Bgg6ob5  ogbg  ^foob(^gb5  f^5  ^çosbgÔo'b^  œ^b  : 
inc.  coc<î9^oco^  ag  oomocnb  SoBdçî^gôgç:^^  soyof'ao^--.  Sur  la  résur- 
rection de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  d'entre  les  morts  et  sur 
la  Pâque  :  inc.  Avec  quelle  bouche  pourrons-nous... 

31.  (Fol.  126r2-129v^.)  Du  même,  5tob556gôob5  œ^b  000585 
9o3(^o^^gçnr.ob5  Ç05  çQçool)5  œ5b  bhbço  j-foo^^gbb  :  inc.  80:139^) 
5c>or)£)g8ob5  co^b  5gol)eogçTigÔ5fp,..  Sur  la  confession  de  Thomas 
l'apôtre  et  sur  le  jour  du  dimanche  «  Nouveau  »  :  inc.  Je  vins 
pour  célébrer  le  testament... 

32.  (Fol.  129v^-133r2.)  Saint  Jean  Chrysostome,  ^bbçm  35605- 
3gb5  005I)  çp5  000:185  8 0:530^3 ç^iob5  003b  :  inc.  80:1355^  *bgço5- 
65çogôol)5  8o3g85ço  00^^90005...  Sur  le  dimanche  «  Nouveau  »  et 
sur  Thomas  l'apôtre  :  inc.  Je  viens  pour  vous  donner  l'épacte... 

33.  (Fol.  133r2-135v2.)  Saint  Jean  Chrysostome,  585c)ç;->goob5 
cD^b  go5Ç[;;^ob5  ^33601)5  ogbg-  ^6ol)5gb5  :  inc.  8053350000  l)5yg5- 
fogç;o6o5  B38603...  Sur  la  résurrection  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ  :  inc.  Nous  vînmes,  ô  mes  bien-aimés... 

34.  (Fol.  136r,-V2.)  Saint  Jean  Chrysostome,  585çoîmgÔob5 
œ^b  go5C:^ol)5  fi^g6ol)5  ogbg  ^coob(^6b5  8ooob5  556  'bgooob 
'boç:»a)5Ql)5  :  inc.  cDS*^?^"  '^SO'^"  ft*-^  *^^  ço8coOTob5  B^g6ob5Q... 
Sur  l'Ascension  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  du  Mont  des 
•Oliviers  :  inc.  Notre-Seigneur  et  Fils  de  notre  Dieu... 

35.  (Fol.  137r,-140v,.)  Du  même  sur  le  même  :  inc.  obocog- 
ôçpooo  3560...  Réjouissez-vous,  ô  cieux... 

36.  (Fol.  140 V, -144 r,.)  Du  même  sur  la  Pentecôte  :  inc. 
<^m'^  ^0  0^^*^"  558oScoob5  g55...  Parfois  les  langues  de  Dieu... 

37.  (Fol.  144r^-146v2.)  Leçon  (b53ooob53o)  sur  la  naissance 
de  saint  Jean-Baptiste  :  inc.  ço^  oyoî  ogbg  Ôgooçmaab...  Et  Jésus 
fut  en  Bethléem... 

38.  (Fol.  146v2-151r,.)  Saint  Jean  Chrysostome,  sur  la  Trans- 
figuration :  inc.  Ô6^tjo635çv,g  56b  ftg36fp5...  Brillant  pour 
nous... 

39.  (Fol.  151r,-153v._>.)  Du  môme  sur  le  même  :  inc.  gl5 

[62] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  351 

•çpofp^Ô^ÇL'^o  ço.^  l>-\55p53;]Çjio  ô^Ocîcoj^^^cl^ç^oo...  Voilà  le  glorieux 
et  miracle  renommé... 

40.  (Fol.  Ij3v,-156r^.)  Saint  Jean  Ciiiysostome,  3o^V)6ol>.> 
KD^h  ^8oçool)5  ÇQQfoc^io^çjoob.s  B^jg^oL.^  :  inc.  l)'^y3->wgç!:ji6o:{  ^^f^sg- 
foono  ro^  ol)8o6gco...  Sur  la  commémoration  de  notre  sainte 
reine...  inc.  0  bien-aimés,  venez  et  écoutez... 

41.  (Fol.  ISôr^-lôlr,.)  Saint  Jean  le  Théologien,  ÇQ.^âoBg- 
o5b.i  ^Oogoob.>  çoOcooDob  (IScriÔgçniob^  :  inc.  y<^3ç^5ço  ^3oçp;>a 
rpofp;]o^^7]ç:oo  çoOfDooob  ()(]cQogç:'^o. . .  Sur  la  dormition  de  la  sainte 
Mère  de  Dieu  :  inc.  La  toute  sainte  glorieuse  Mère  de  Dieu... 

42.  (Fol.  lGlr,-164r,.)  Du  même  sur  le  même  :  inc.  .^\t 
<îf'53aç~o"c"  ^^yG'^f^^yçi^'Sc:^...  Venez  donc,  ô  bien-aimés... 

13.  (Fol.  164r,-171r,.)  b-^^ocob-^so  Leçon  sur  la  naissance  de 
la  sainte  Mère  de  Dieu  :  inc.  5boç:j;>3.^b.^  ihh  ,^cooîcoOg(^oi^> 
^0^800.^...  Au  vu  des  douze  tribus... 

44.  (Fol.  171r,-176r.^.)  La  Dédicace  :  Saint  Jean  Chrysostome  : 
inc.  0^(30  çpçogb  ^^"30^^65  o^66gb...  Les  cieux  aujourd'hui  devin- 
rent la  terre... 

45.  (Fol.  176r^-178v,.)  Du  même,  ô^^^o^ob-^  œ^b  ço5  bb^cgg- 
6gÔob.:>  co^b  ipOoço5or)5  33ÇT)gbo5co5  :  inc.  Ô5"Ô"  3ço5Ô6cciQb 
8(^yg^Pî(^-..  Sur  la  colombe  et  sur  la  consécration  des  saintes 
églises  :  inc.  La  colombe  aimant  le  désert... 

46.  (Fol.  178 V, -182 r,.)  coj^agçno  00^3563  Ô(xiç:n6gçni  gâob^c^- 
5o3bob5a  b.'^^o^gcogÔob^  co^b  'pOogoboo^  g3ç:;igbo5or)5  coc:ingçm6o 
oa3f>a^  <^0"3^^^^^9^^  •  inc.  ÇQC^o^  ob^cogôçogB  Q55o...  Sermon 
■de  Jean  évêque  de  Bolnisi,  sur  la  consécration  des  saintes 
églises,  qui  furent  en  Jérusalem  :  inc.  Qu'aujourd'hui  les  cieux 
se  réjouissent... 

47.  (Fol.  182r^-186v,.)  b^30oob53o  ^g^coob^a  fDCîBgç^io 
g58o5B6ço5  ^ccjb^^B^oBg  8gçggb5  8çoo65f6gb:>  çooBcQÔbb  cocci8ç^ob.^ 
ooi^b  acQodo.^  8.^5  8ggn6  ^i^5foob5Q  aç^^a^ob  8ogoS  oGfogb5ç^g8b  : 
inc.  8g35(pgb5  *^ac^->b5  agcgcciô^b^  3C'îbô55ôo53b5  cpoçoobb  83050- 
b;>b.)...  Leçon  sur  la  croix  qui  apparut  au  roi  Constantin  sur  le 
fleuve  Danube,  en  suite  de  quoi  il  fit  chercher  le  bois  de  la 
€roix  par  Hélène  à  Jérusalem  :  inc.  En  la  septième  année  du 
règne  du  grand  roi  Constantin... 

[63] 


352  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

18.  (Fol.  186v,-188r,,)o'(î^jaÔ.s.Q  ço5  e6cQÔ5Q  300056  050  00530- 
Poçt>ob5  ^o5.^0o:ifooj^rpob.^Q  -loxcirp^b  ^5ç[n5JoOT  a9g^açT,OT5  ^5ç:o5^b5 
6oîo^o5  :  inc.  005651)0.50  Çsic)  306  83  0:^660...  Narration  et  récit 
comme  quoi  la  tète  du  saint  Précurseur  vint  de  la  ville 
d'Hérode  à  la  ville  d'Émèse  :  inc.  Deux  moines... 

49.  (Fol.  188r,-190r,.)  03056350  558050^5^0305^  ^3oçoob5 
0053563  65OTçpol)  8o333Çir'ol)5Q  005  ^o650o5foÔ3Qool)5  ^aSob^Gb 
Î58(ooool)5  Bg36ob5  :  inc.  oc>5  535  555'bo5ô3Ô5b5  85b  35503^5^1005 
Ç8orp5oo5  85eob35oo5b5. . .  La  deuxième  apparition  de  saint  Jean  le 
Baptiste  et  précurseur  de  Notre  Dieu  Christ  :  inc.  Et  voilà  dans 
la  série  des  semaines  du  saint  Carême... 

50.  (Fol-.  lOOr^lOlro.)  Saint  Jean  Chrysostome,  çp^  05503^^ 
§o6çp3b  ^b363Ô5Q  ^80505005  8ço^3çn->co-8o58çog5fooo5Q  b53ooob53o  : 
inc.  306  83  8q5  565  ob5fD3Ôço5.,,  Et  quand  tu  voudras  commé- 
morer les  saints  prélats  :  Leçon,  inc.  Qui  ne  se  réjouirait 
pas... 

51.  (Fol.  lOhvlOSv^.)  Saint  Jean  Chrysostome,  au  jour  des 
archanges  :  inc.  3Ç^03Ôo3b  ^8oço5b5  8o5go^^^çjib5...  Le  saint 
apôtre  a  rendu  témoignage  que... 

.52.  (Fol.  193v.,-197r,.)  Saint  Jean  Chrysostome,  en  commé- 
moration des  martyrs  :  inc.  0568^36^0056  o.>6o...  Les  cieux. 
s'embellissent... 

53.  (Fol.  197 r, -198 r^.)  Du  même  sur  le  même  sujet  :  inc. 
^3b  56b  8^>œ5  605835^60  8o53Ç!;'3655...  C'est  la  coutume  de  ceux 
qui  viennent... 

54.  (Fol.  198v^-200v,.)  Du  même,  ^80505005  805^583005  005b 
yo533Cî>a>5  333630^5^0  cc)5  *()8ofpob5  bô3Ç5563b35  :  inc.  33gfPô3b 
8o5\i5836o...  De  tous  les  saints  martyrs  collectivement  et  aussi 
de  saint  Etienne  :  inc.  Les  martyrs  suivirent... 

55.  (Fol.  200v,-202r,.)  Du  même,  sur  le  même  sujet  :  inc. 
boc|g56g5:no  805^5830^5  b5555635T^oo5Q...  L'amour  des  bienheu- 
reux martyrs... 

56.  (Fol.  202ri-203r2.)  Du  même  sur  le  même  sujet  :  inc. 
\73b55p  fp5  c^o6b55o  Icj53a)...  Dignement  et  comme  il  convient 
vous  faites... 

57.  (Fol.  203r2-204r,.)  Du  même  sur  le  même  sujet  :  inc 

[64] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  353 

6.^83003  y(^30e?Co  83630560  gcgci^ob^  6336013560...  Parce  que 
tous  les  commandements  de  Noire-Seigneur... 

58.  (Fol.  204r^-205r2.)  Du  même  sur  le  même  sujet  :  inc. 
(^5Ôç:n5l).i  I>ol35cogç[nob5l>5.,.  Sur  la  table  de  joie... 

59.  (Fol.  •205r2-206r^.)  Du  même  sur  le  baptême  de  Jésus- 
Christ  par  Jean  dans  le  Jourdain  :  inc.  b5b5f)gçT>  (^sic)  ^"b 
6ga6  ycci33ç:nor>5  œ^h...  C'est  une  joie  pour  nous  tous... 

60.  (Fol.  206r,-207r2.)  Du  même  sur  le  baptême  :  inc. 
3055^^x156  6336856  oabg  jcoobô3856...  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ... 

61.  (Fol.  207r2-209r2.)  Du  même  sur  le  baptême  :  inc. 
30005635  33ç;j>6o,..  Comme  les  champs... 

62.  (Fol.  209r2-212r2.)  Eusèbe,  archevêque  d'Alexandrie,  sur 
le  baptême  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  :  inc.  5aob  œ^b 
fo583a>3  53306...  Parce  que  hier... 

63.  (Fol.  212v^-2.15v^.)  fQîï?ab5  ^açoQoœb  5ci3Ô5b5  œbCo^db- 

63Ô5Û      ^8o<T050f)5     35Cob35or)5      b5b5C03Oob5Q.       b5b5C03Ô5Q      85OT3b 

or)53ob5Q  (g5oSob333Ç]^ob5  80b  œ^b  op5  ço3ço535Qob5  3cciço3oç;^ob5 
eocc{83Ç]r.856  bgbc^  58ç:!?^^6^3^aÇ?"  303^5:^^^  6336b5  o3b3 
^6ob53b5  :  00^383^00  ^8oçoob5  oc:!3563  00^9^635^)  35ob3c:i5cci- 
bob5Q  :  inc.  ^^  80333^00^  ^^ya^^^aç^tîoî...  Au  jour  de  l'incarna- 
tion :  Commentaire  sur  l'évangile  du  saint  Carême.  L'évangile 
selon  xMatthieu  sur  le  Pharisien  et  la  femme  pécheresse,  qui 
oignit  de  parfums  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  :  Sermon  de 
Jean  évêque  de  Bolnisi  :  inc.  Maintenant  nous  vînmes,  ô  bien- 
aimés... 

64.  (Fol.  215v2-218r2.)  Du  même,  b5b5co3Ô5Q  85or>3bo  0056585- 
63Ô5Q  b5b563Ôob5Q  [sic)  33685^0360  ^33Çj?o^  b5^83b5  :  inc. 
6c:j83çj>o  ogo  55650580^(^005  ^o5çoor)5  556  859ob5or>5.,.  Évangile 
de  Matthieu  :  Commentaire  sur  l'évangile  :  Quand  vous  faites 
l'aumône,  garde-toi  :  inc.  Celui  qui  descendait  des  reins  du  Père. . . 

65.  (Fol.  218r2-220r2.)  Du  même,  b.:)b563Ô5Q  ç^335Qbo  ço5 
oc53563b  tj(rj33çrT)6o  83'b33636o  505  oo:5ÇQ3oçn6o  00565856305^ 
^86çoob5  b5b563Ôob5Q  :  inc.  856b35Q  805^030^...  L'évangile  de 
Luc  et  de  Jean  :  Tous  les  publicains  et  pécheurs  :  Commen- 
taire de  l'évangile  :  inc.  Vous  attribuez  le  jeûne... 

[65] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  •  23 


354  REVUE    DE    l'orient, CHRETIEN. 

66.  (Fol.  220r2-2*22v.)  Du  même,  bbbbfogô^a  çj^g^^abo  c^(ocnb 
Qbcn  âgœ^  005!)  OT:)eo58;>6gÔ5a  l)5l35fogÔol)5Q  :  inc.  3c':i3gçooco 
l);itjg56gç:n6oî  çq5  ol)8o6gœ...  Évangile  de  Luc  sur  les  deux 
fils  :  Commentaire  de  Tévangile  :  inc.  Venez,  ô  bien-aimés  et 
écoutez... 

Fol.  222 r/v  écrit  en  lignes  pleines. 

67.  (Fol.  222v-225v^.)  Du  même,  b5'b5eogÔ5Q  çj^g^bûbo  : 
œ5eo5356gÔ5o  ^aoçc>ol)5  l)5lS5f^gôol)5Q  :  inc.  Qccjg^ggooo  Bg9fc)5 
8<^38ç^<^o^^  ôgç^oor)5...  L'évangile  de  Luc  :  Commentaire  du 
saint  évangile  :  inc.  Tournez-vous  vers  moi  de  tout  le  cœur... 

68.  (Fol.  225v^-227vp)  Du  même,  b^b^fogô^a  çro^^babo 
oo^eogObBgÔbQ.  05530  35Q0  306  Og  5.^^050580:53050^  :  inc.  bo856or)ÇT.g 
85foœç:jiob.^  80I)  iSgço^.,,  Évangile  de  Luc  :  Commentaire  :  La 
parabole  :  «  Un  homme  descendit  *  :  inc.  La  justice  sur  le 
juste... 

69.  (Fol.  227v^-228v,.)  Du  même,  b^b^oSgô^a  ç^gj^obo-  3530 
306  8g  oyoî  açoofo5foo  :  0)50058563050  b5b5cogÔob5Q  :  inc  ^ocoo 
ycct3gnob5  b5bo3gôob5  3gOToçmob5Q...  L'évangile  de  Luc  :  Il  y  eut 
un  certain  liomme  riche  :  Commentaire  de  l'évangile  :  inc.  La 
racine  de  tout  bon  espoir... 

70.  (Fol.  228 V, -233 r^.)  Du  même,  b5b5fogÔ5Q  oc':î3.>Ggbo  : 
œ5fo5856go5Q  b5b5cogÔob5Q  :  inc.  ^^  9o:j3gçooa)  b5yg5fogçî|^6cri... 
L'évangile  de  Jean  :  Commentaire  de  l'évangile  :  inc.  Mainte- 
nant nous  vînmes,  ô  bien-aimés... 

7L  (Fol.  233r2-239v,.)  o5fob5Ô5Q  8œ5356-gôob3o:îocQbob5 
og6gb5çn68ob5Q.  85gbcî3coob5  fîgg5ob5  ogbg  ^foob^gb  oo^b  çd5 
g3Ç[i^gbo5o)5  oo^b  ço5  8çofpgçT.or)_8o:i(3çog5e6œ5  w^h  :  inc.  505350500 
{sic)  ^^  85gnoœ5  ço8foOTob5QO)5...  Barçabay  l'archevêque  de 
Jérusalem,  sur  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  et  sur  les  églises 
et  les  hiérarques  :  inc.  Nous  nouâmes  (?)  maintenant  par  la 
force  de  Dieu... 

72.  (Fol.  239v,-240v2.)  Saint  Éphrem,  de  l'honorable  et 
vivifiante  Croix  :  inc.  ac^sa^p^o  b.:)b^.^gçT)6o  gc5ç:î^ob5  BggBo- 
b56o...  Tous  les  miracles  de  Notre-Seigneur... 

73.  (Fol.  241r^-247rj.)  Qbc>3(ogô5Q  çp5  8o:jJ5çt)5^o:55n,q  \pgoçc)5œ5 
Ç05  ÇQoçc»gÔgçno)5  b535eo3gç[no)  8('3^8gçooo5  3C':i'b855ço58o56gOT5û  ço5 

[66] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS   GÉORGIENS.  355 

ççîgcDol)5  05œob5  œgsçocQ^^gbo  :  inc.  ^cgç^nob^  ço5  95q1do33CooI)5 
Bga6ol>5  ogbg  ^(ooh()(3h  '^^Q(S'()8ocn^...  Vie  et  conduite  des  saints 
et  glorieux  thaumaturges  Cosmas  et  Damien  et  de  leur  mère 
Théodûté  :  inc.  Par  le  royaume  de  Notre-Seigneur  et  Sauveur 
Jésus-Christ... 

74.  (Fol.  247r2-251  r,.)  Ç^SgÔ^a  ^lOoçp^oo;)  3o:i'b356ço58o56gœ.b 
{sic)  g^^0D53 0^005  S^gfoBbç^oD^Q  :  inc.  3g3çogo:»35ço  5580:^(1063- 
■Ôol>5  gçgcî'ob^  figg6ol.5  ogb^  ^foo^ôêb.^,..  Passion  des  saints 
Cosmas  et  Damien  les  médecins  incorruptibles  :  inc.  Après 
l'apparition  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ... 

75.  (Fol.  •251r2-275v,.)  ^^9oÔ5Q  ^8oçoob5  8cQ(^o^<g>ç^io<b5û> 
Ggoçjj^oôgbo  :  inc.  8500  ^58005  3o65  Sgo^QÔ.^b.')  (^(ïS.'io^Bc^b...  Pas- 
sion du  saint  apôtre  Philippe  :  inc.  En  ces  temps  au  règne  de 
Trajan... 

76.  (Fol.  275v,-288r^.)  Saint  Hippolyte  l'archevêque,  b^bÊ 
5çoor)^g8ob5a  83gçp5coor>5  5çoçpgoî8ob5  005b  :  inc.  8.>PSoi.^ç^->  b(ob 
bo(8)C);^.^Q...  La  forme  du  testament  :  sur  la  résurrection  des 
morts  :  inc.  Juste  est  la  parole... 

77.  (Fol.  288r,-289r2.)  Saint  Basile  l'archevêque,  ^^cr^-iOÇ^a- 
Ôob5  cn^h  :  inc.  b(o>>  g^^'^çp^çp  ox^a  8-)  oyo:?...  Sur  la  virginité  ; 
inc.  Pas  en  vain  fut  quelque... 

78.  (Fol.  289r2-290v,.)  Du  même,  sur  le  même  sujet  :  inc. 
aoîPSob  8o553.>çT)or)5  b^ôoS^^goo.^...  Parmi  maints  pièges... 

79.  (Fol.  290v^-292v2.)  Saint  Basile,  archevêque  de  Césarée, 
85f6b35or)5  OT^b  :  inc.  ^803^^  (sic)  çp^aO"*^  oo^gœbb^...  Sur  le 
Carême  :  inc.  Sonnez  la  trompette  au  commencement  des 
mois...  Des.  déf.  — 

TSAGARELI,  n°  80. 

N»  12 

rspovTtxôv.  Parchemin  blanc  épais  de  bonne  qualité.  Encre  noire,  par 
endroits  pâlie  jusqu'à  la  teinte  gris;  en-têtes  et  lettres  capitales  en  rouge 
foncé.  Écrit  sur  une  colonne  de  24  lignes  en  nuskhuri  par  le  même  scribe 
qui  écrivit  n°  75.  S.  x/xi.  Dimensions  de  la  page:  332  X250™™;  de  l'écri- 
ture :  280  X  185™'^.  Cahiers  de  8  feuilles,  mais  les  signatures  en  sont 
découpées.  245  feuilles,  numérotées  au  coin  extérieur  et  supérieur  au 
crayon  bleu.  Reliure  moderne  de  toile  verte  sur  carton  avec  un  dos  de  cuir 

[671    . 


356  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

brun  pâle.  4  courroies  qui  se  nouent.  Le  manuscrit  est  mutilé  au  com- 
mencement et  à  la  fin. 

Contient  :  un  vspovTiy.bv  lequel  commence  par  une  série 
d'histoires  avec  les  noms  des  ascètes  en  ordre  alphabétique.  Le 
texte  inc.  (—  def.)  fol.  1  r  :  ogo  agga"^^^  S3^^6<^^  ^oha^^  •  fol.  1  r 
S^aob.^  b,35ooc':iC)ol>5  or>5b  :  à  propos  du  père  Agathon,  et  ensuite 
jusqu'à  fol.  144v,  9.:)8ol)5  c^fool.  œ^l)  :  à  propos  du  père  Oré;  des. 
fol.  1 16v.  Ensuite  l>^^3Ç?:'^5o  ço5  coBe6c^ô56o  œoooccibblSgBo  858ol)5 
5o3g6ob56o  :  inc.  ^^fo3oço,^  c'îçpgl)8g  858^0  5o8g5...  Doctrines  et 
contes  du  père  Pimen  :  inc.  Le  père  Pimen  s'en  alla  une  fois... 
Des.  texte  fol.  185 r.  Ensuite  se  reprend  une  autre  série  de  contes 
en  ordre  alphabétique  jusqu'à  la  fin  :  fol.  220v,  note  du  scribe 
l)58gc:i5  Syméon.  Des.  texte  (def.  — )  fol.  245v. 

Longue  analyse  dans  Marr,  op.  cit.,  p.  16. 

Probablement  Tsagareli,  n"  51. 

N»  13 

Commentaire  de  saint  Jean  Chrysostome  sur  l'évangile  selon  saint  Mat- 
thieu dans  la  version  de  saint  Euthyme.  Ecrit  au  Mont  Athos  en  1008. 
Parchemin  blanc,  assez  épais.  Encre  grise  brunâtre,  de  mauvaise  qualité; 
en-têtes  en  rouge  pâle.  Écrit  sur  deux  colonnes  de  30  lignes  en  nuskhuri, 
grossier,  anguleux  et  incliné.  Dimensions  da  la  page:  370  X298™™;  de 
l'écriture  :  295  X  225 •""i,  avec  un  espace  entre  les  colonnes  de  18'^™. 
Cahiers  de  8  feuilles,  signés  au  milieu  de  la  marge  supérieure  sur  fol.  Ir 

et  inférieure  sur  fol.  8v  de  lettres  capitales,  de  ^  =:  1  (dont  les  quatre 
premières  feuilles  sont  perdues)  jusqu'à  sr^^ô  =  33.  261  feuilles  numé- 
rotées au  recto,  au  crayon  bleu.  Reliure  de  cuir  noir,  sur  planchettes, 
ornée  de  dessins  linéaires  et  de  rosettes.  Deux  fermoirs  faits  de  bandes 
de  toile. 

Colophon  du  manuscrit  (fol.  260v)  : 

"b"  0050^9^5  80051)5  ^'~b5  5cf)c>355b  8o:i65l)5ge6b5  ^56cD3gç^a)5 
Ç-a)5  88~œ5l)5  oc<î355g  ço5  a3a>58gl)l)  :  ôaf6âgçr.5ço  §051)505- 
800)5-660  %^^o  ocj363b  :  bo3Ô3  060003000:160  :  3-  :  5^5eoQ8-oco 
556  :  3^-5  :  ^5600^^5^0  005^505800)0-660  ^gç^6o  :  b-^joÔ 
^eoK.6ojo:i6o  o<^ux  9ae-^9aÔ3^  ^c^^ea^C?"  :  ^à~^  :  ^""  f^"6  'b-5 
^aaSa^^^  ^a^  cQ"ob5  5-6ob5  0-5  ^^a^o  :  (6-ob5û  56b  ço-Ôq 
o)~5  88-oco  Ç05  b-ç^oOT  Çço-oOT  geooT)   :  5^  ço5  8-b  ç^5  33~œo 

[68] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  357 

Ô53^c6  o^i^foojl)^  :  (o'~ço(r)i>  3gôg^<^ob  b^^cg^booD^  58500  'pogBoDi 
Ç05  3g^6çp3ç^6  ^""60  ô65çnf)6o  çp5  yç^^co^  ^~çt>oo5  SgôS'P^S^ 
bo(^y5or)5  Ç05  b5^8oœ5  ço5  gcci6gÔoor>5  3gg5fp3g6  ço5  g5coçp5o^5Qog 
8~oo  œ~i>  (p5  or»"~g  çpobno  (sic)  3(')5~\^o5  ^O^^y-^^O'"'  è~^  • 

Écrit  à  la  sainte  montagne  de  l'Athos,  au  monastère  des 
Géorgiens,  des  saints  pères  Jean  et  Euthyme.  Les  années  de  la 
création  étaient,  selon  les  Grecs,  6516,  6"  indiction,  depuis  le 
Crucifiement  993.  Selon  les  Géorgiens,  l'an  de  la  création 
était  6612;  du  cycle  pascal,  la  treizième  année  était  en  cours 
228  (4-  780  =r  1008). 

Sur  nous  régnait  Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  à  qui  soit 
gloire  avec  le  Père  et  le  Saint-Esprit  conjointement,  maintenant 
et  pour  l'éternité.  0  Christ,  bénis  et  récompense  le  père  Michel 
avec  le  patrice  Bakour,  qui  ont  fait  pour  nous  les  frais  de  ces 
livres;  pardonne-leur  toutes  (leurs)  fautes.  Et  tous  ceux  qui 
nous  ont  aidés  en  paroles,  en  actes  ou  en  conseils,  accorde-leur 
le  pardon  et  récompense-les.  Et  à  Théodore  qui  nous  a  beau- 
coup aidés,  que  le  Christ  fasse  miséricorde. 

TsAGARELi,  n"  70. 

No  14 

Œuvres  de  saint  Grégoire  de  Nysse,  etc.  Papier  grossier  oriental  brun, 
S.  xiv-xvi.  Encre  noire  :  en-têtes  en  rouge.  Écrit  sur  deux  colonnes  de 
37  lignes  en  nuskhuri  arrondi,  incliné,  un  peu  irrégulier,  de  grandeur 
moyenne. Dimensions  de  la  page:  310X228'^"'; de  l'écriture: 275x175™"^, 
avec  un  espace  de  13™™  entre  les  colonnes.  Cahiers  de  8  feuilles;  les 
signatures  ont  été  coupées.  373  feuilles,  numérotées  au  crayon  bleu  sur 
les  rectos  :  les  marges  des  feuilles  sont  trouées  çà  et  là  par  des  vers. 
Reliure  de  flanelle  grise  sur  carton  avec  le  dos  de  cuir  brun  pâle.  Deux 
nœuds  ouverts  de  ruban  et  cordes,  comme  fermoirs.  Sur  les  feuilles  de 
garde  deux  dessins  de  la  croix  avec  des  figures  d'hommes  et  quelques 
mémoriaux. 

Contient  :  f.  4  v,  index  du  contenu  :  f.  5r-6r,  longue  disserta- 
tion sans  commencement  et  sans  fin. 

1.  (Fol.  6v,-42v,.)  Saint  Grégoire  de  Nysse,  bo^yg^a  b^^sç^o- 
b5û  ÇQ5  8oî6g)gcogôob5û  :  inc.  ço86or>ob  8b5bgeogÔ5b5  b.^ofpgS- 
çj^cqœô  ^o6588çog5foor)5  co^b...  Sermon  de  doctrine  et  de  direc- 

[69] 


358  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

tion   (De   doctrina  et  magisterio!)  :  inc.    Pour  présider  aux 
mystères  dans  le  service  de  Dieu... 

2.  (Fol.  42v^-60r2.)  Du  même,  (^l3cîcogÔol)5  œ^h  çoobb  œ^bob^ 
^3oçool)5  8;)3(^o65qI)oI)5  :  inc.  hbXr^)  ^o^bohba  560b...  Sur  la  vie 
de  sa  sœur,  sainte  Macrina  :  inc.  Tb  elooq  tou  i3i6/aou... 

B.H.G.,  21012. 

3.  (Fol.  60v^-77v2.)  Du  même,  JogÔ^a  bgçmob;>  œ^bob^  roob5 
O^jfooG^ab  00565  :  inc.  3065^0)^5633^6  35(5OTo:iÔ6o3ob5  Qbc^Sfog- 
Ôob5  556,..  Discussion  de  son  âme  avec  sa  sœur  Macrina  :  inc. 

ETCsiof^  Tou  àvOpwTti'vou  pt'ou... 

Migne,  p.  g.,  XLVI,  col.  12  et  seq. 

4.  (Fol.  78r^-125r^.)  Du  même,  0^5(^)58569550  8Q8(^b6ob5Q  : 
69(^56  0^3636  5Ç^5b536o  bgç^oœ5  (05830)3  85oto  56b  b5b3C5Q3gç[^o 
Q5œ5Q  :  inc.  306835  3336  otjQ  3g8c^3oSgo3çr>oo5  3o:}6ob... 
Commentaire  de  la  béatitude  :  Bienheureux  soient  les  pauvres 
d'esprit,  parce   que  leur  appartient  le  royaume  des   cieux  : 

inc    Tiç  à'pa  toioOtoç  iv  tcÏç  auvciX£Y[j.£Voiç... 

MiGNE,  P.  G.,  XLIV,  col.  1193  et  seq. 

5.  (Fol.  125r^-130r2.)  Du  même,  aoob(^cciç^g  5eo8o26occ»b 
808560)  :  inc.  300)5(005  050  0^856  85tje6cQÔgçT>o)5  8085(000... 
Lettre  à  Armonios  :  inc.  "O-ep  Tuoiouai  r.plq  xouç  -/.pa-oîjvTa^... 

Migne,  P.  G.,  XLVI,  col.  237  et  seq. 

6.  (Fol.  130r2-146r2.)  Du  même,  gôob^^cqçr)^  5(o8cci6ocicib 
3gb5(oooîbgçT)58ooc':ib  892)35^9005  8085(000  :  inc.  93g6ob3goooçT>b5 
8555b  Ç05  c)8coo)ob  ao:icj35(ogb5...  Lettre  aux  ascètes  Armonios, 
Kesarion,  Olympios  :  inc.  11  convient  à  ce  bon  et  pieux... 

7.  (Fol.  146v^-157r2.)  Du  même,  83350(0900000  5g)f^5c:j8ob5 
005b  3o^çmob5  l)396ob5  09b3  ^coobô9b5  :  inc.  (0535096035  85850)- 
8o)535(oo)5  33foo)b935G...  Sur  la  résurrection  de  Notre-Seigneur 
d'entre  les  morts  :  inc.  El'  v.q  Tuaipiap^wv  eùXo^ia... 

Migne,  P.  G.,  XLVI,  col.  1128  et  seq. 

8.  (Fol.  157v^-164r2.)  Du  même,  39bb85Q  ^8oçoob5  85aob5 
f)396ob5  89Ç[n9Ôo  8o)535(6-9Ôob3o:.5o:ibob5  56ôoo:jjo<o>b5Q  :  inc. 
5fo8ocQ(odo65  B396  (oogb^  8 0^30^3 çn,a)5û...  Commémoration  de 
notre  saint  père  Mélétios,  archevêque  d'Antioche  :  inc.  H'ù^-^ctcv 
Y)[;.îvTbv  àpiOp.ov...  B.H.G.,   ^1213. 

[70] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS.  359 

9.  (Fol.  164v,-170v,.)  Du  même,  3abl385û  <paoçoob5  ço:> 
çoo^3Ô^çnol)5  8oî*p5aol)5  oogsçocîeogbo  :  inc.  Q^^cyx  jf^ob^g^Goî... 
Commémoration  du  saint  et  glorieux  martyr  Théodore  :  inc. 

Tjj-îî;  ;  Xp'-7TCu  KOibz... 

B.H.G.,  21760. 

10.  (Fol.  170v^-177r,.)  Du  même,  sur  les  miracles  de  saint 
Théodore  (long  titre)  :  inc.  Ôco^tjo635ç?ia  boSb  ço5  3gg6og6... 
Brillant  et  beau  est... 

11.  (Fol.  177r,-179r2.)  Du  même,  sur  le  miracle  à  Bérytos 
(long  titre)  :  inc.  ^çooboçnogBoœ  co^5ç[r.5o  5o:i6gÔ5a)5  oD^^gBoobBo. . . 
Levez  les  yeux  de  vos  intellectes... 

12.  (Fol.  179v,-182r2)  Du  même,  3abb85Q  ^Oofo^œ^  0:1^0630:5- 
QOT5Q  :  inc.  foo:i8gçî^œ5  co^b  ogo  8oS535çT.or)5  3550:1630,..  Commé- 
moration des  Quarante  saints  :  inc.  OTç  àvcà^Gat  tojç  -koaaojç... 

B.H.G.,  21206. 

13.  (Fol.  182v,-189r2.)  Du  même  sur  le  même  sujet:  inc. 
5g3o6  805^58360...  Xeà;  0'.  [j.âptupsç... 

B.H.G.,  2  1207. 
U.    (Fol.    189v,-199v,.)  Du   même,  9o3Ôob5   œ5b   ^ogçnobb 
Bggbobù  ogbg  jcoob^Qb.^  :   inc.   ÇQ^Iô^oSgor)   5l3ç[^ob   cr»-^  0053005 
6;]bô5(n.>...  Sur  la  naissance  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ: 

inc.  — sX-t-aTc  îv  Vc:;j/^v{a  aâXztYYi. . . 

MiGNE,  P.  G.,  XLVI,  col.  1128  et  seq. 

15.  (Fol.  I99V2-2O8V.3.)  Du  même,  3al>l385Q  *p8oçoob5  I^ÔOS^^" 
Ggbo  ooco3aç;n-8o5*p58ob5Q :  inc.  fo5Ô58  ^gœoç^  5f5l)...  Commémo- 
ration de  saint  Etienne  le  protomartyr  :  inc.  'Oç  y.aXï;  twv  àyaOwv. . . 

B.H.G.,  2  1654. 

16.  (Fol.  209r,-222r2.)  Du  même,  aablD85Q  ^8oçoob5  858ob5 
P.g36ob5  3«3wa8  5bgfoob5û  :  inc.  5ço88to531)  8g  Ço658çoaÔ5eool)5 
80b  oo6ob5  8085600...  Commémoration  de  notre  saint  père 
Éphrem  le  Syrien  :  inc.  Kr.vsi  \i.t  Trpbç  -r,v  -irapoiicrav... 

B.H.G.,  2  583. 

17.  (Fol.222v^-245v2.)  Du  même,  a3bb85Q  5ço\igc'ooçmo  t^huxCoQ- 
ôob5  OT^b  ^5  b5b^5gçî^co5  ^8oçoob5  858ob5  Bga5ob5  ^(0O^CX(S^O 
b535co3açT.œ  8o3^8gç]oob5a  Baoî33b5c6oaçT.  gÔob3o:iocQbob5œ5  :  inc. 
oocoo  303^  ÇR"^  b^65(25Q  go5ooo  56b...  Éloge  composé  sur  la  vie 


360  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

et   miracles  de  notre  saint   père  Grégoire  le    Thaumaturge, 
évêque  de  Néocésarée  :  inc.  '0  [^iv  tao-oç  s!?  scttu.. 

B.H.G.,  2715. 

18.  (Fol.  246  r,-316  v^.)  Saint  Basile  de  Césarée  :  a^^boo^ 
çoçogor)5  oD^b,  sur  THexaliéméron  :  inc.  eoc^8gçT.b5  gBgÔc^b 
fo5Ô5çogÔol)5  oD^b  bcîo^ç[r>ob5Q  3oœbcoo3Ô5ço...  T\ç>ir.zuax  àp^Yj  tû 
Ttepi  Ty;ç  tou  xifffj-ou... 

MiGNE,  P.  G.,  XXIX,  col.  2  et  seq. 

19.  (Fol.  317r,-364v^.)  Saint  Grégoire  de  Nysse,  sur  la 
création  de  l'homme  (long  titre)  :  inc.  33330^3  80^65590005  ço5 
b5^o5foor)5...  E'.  0£  Taïç  Trspi  twv  /pY)jji,âTa)v  xv^.alq... 

MiGNE,  P.  G.,  XLIV,  col.  124  et  seq. 

20.  (Fol.  364v^-373v2.)(des.  déf.-)dumême,  Ôgô^gb  808560) 
88ob5  OT5bob5  55bgbo  g^^bœ5  850)  çpçogOT5  œ^b  :  inc.  co.^b5  0^8 
585b  B  35gcQ...  Réponse  à  son  frère  Pierre  sur  l'Hexahéméron  : 

inc.  Tajia  'âoieîç,  d)  àvBpwTTS. 

MiGNE,  P.  G.,  XLIV,  col.  61  et  seq. 

TSAGARELI,   n°  84. 

NO  15 

Les  quatre  évangiles  dans  la  version  de  saint  Georges  l'Athonite,  écrits 
par  le  scribe  ol)~ô  (fol.  I05v,  179r)  loseb.  S.  xii/xiii.  Papier  lisse  du  type 
oriental,  fortement  rongé  par  les  vers.  Écrit  sur  deux  colonnes  de  24  lignes 
en  nuskhuri  grand,  coulant,  arrondi  et  régulier.  Encre  brune  grisâtre; 
en-tètes  et  lettres  capitales  en  rouge  pâle.  Dimensions  de  la  page  :  332 
X  245™m;  de  l'écriture  :  230  X  152™"»,  avec  un  espace  de  19™™  entre  les 
colonnes.  Cahiers  de  8  feuilles,  signés  de  grandes  lettres  asomt'avruli  au 
milieu  de  la  marge  supérieure  sur  fol.  1  v  et  de  la  marge  inférieure  sur 
fol.  8v,  de  5—  =r  1  jusqu'à  6~  =  40.  233  feuilles  complètes,  non  numéro- 
tées. Forte  reliure  de  cuir  brun  sur  planchettes,  ornée  de  dessins  au  trait 
et  de  rosettes.  Sur  le  plat  avant  au  recto,  la  réprésentation  d'une  croix. 
Traces  de  fermoirs. 

Contient  :  1)  Matthieu.  Fol.  Ir^-Vg  -/.ssxXaia  de  Matthieu  :  inc. 
texte  ( —  déf.)  fol.  2r^  paragraphe  5'"=  1  (Mt.  1,20)...  3o6o5 
8oc)356gÔ5ço  8.Moo58ob5  go5çtîiob5  9g6ob5;  des.  texte  fol.  62 v; 
fol.  63r  xccpâXata  de  Marc;  fol.  63 v  est  laissé  en  blanc. 

2.  Marc.  Fol.  64r^-105v2;  fol.  lU6r-v  xeçâX^ciade  Luc;  fol.  107 

est  laissé  en  blanc. 

« 

[72] 


CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GEORGIENS.  361 

3.  Luc.  Fol.  108r,-178v,  ;  fol.  179r  y.ssâXaia  de  Jean;  fol.  180 
est  laissé  en  blanc. 

4.  Jean.  Fol.  181r,-233v2;  des.  texte  (def.  — )  sur  fol.  233 v, 
dans  paragraphe  1>""(^  (=  208;  Jean  19,  10)  306  foorogÔgç^T  oyQ 
93...  Après  cette  feuille,  il  y  a  des  fragments  de  deux  autres; 
l'une  avec  fragment  de  paragraphe  ^"S^  (221  :  Jean,  xxr,  9), 
l'autre  de  paragraphe  ^"33  (22o  :  Jean,  xxi,  13). 

Sur  le  plat  arrière,  mémorial  en  beau  mkhedruli  de  ô0"9^*^3 
=  Germané. 

TSAGARELI,  n"  10. 

N°  16 

Commentaire  de  saint  Chrysostome  sur  l'évangile  selon  saint  Jean, 
probablement  dans  la  version  de  saint  Euthyme.  Le  manuscrit  est  mutilé 
au  commencement  et  à  la  fin,  et  a  souffert  de  l'humidité.  Copié  à  Jérusa- 
lem par  le  scribe  3~daîî^  Michel  (fol.  389 v)  d'un  archétype  écrit  bc^bb^çQ 
(sic)  c'est-à-dire,  en  minuscules,  par  un  certain  ;13^Ô'^Ô'^  Evstati  (ibid.). 
Pas  de  date,  mais  le  manuscrit  paraît  être  du  .\F  siècle.  Parchemin  blanc 
grisâtre,  assez  épais  et  taché.  Encre  brune  noirâtre,  en-tètes  en  rouge 
pâle.  Écrit  en  pages  de  32  lignes  pleines,  en  nuskhuri  fort,  du  type 
athonite.  Dimensions  de  la  page  :  332X  230 '"■^;  de  l'écriture  :  278x  Ibo""". 
Cahiers  de  8  feuilles,  signés  de  lettres  capitales  au  milieu  de  la  marge 
supérieure  sur  fol.  Ir  et  inférieure  sur  fol.  8v,  de  ^^  =  1  (dont  les  pre- 
mières trois  feuilles  sont  perdues)  jusqu'à  6~or)  (=  59;  inc.  fol.  377r); 
c'est  la  dernière  signature  conservée.  391  feuilles  numérotées  aux  rectos  au 
crayon  bleu.  Reliure  de  cuir  noir  sur  planches,  ornée  de  dessins  linéaires 
et  de  rosettes. 

TSAGARELI,  n°  65. 

{A  suivre.) 

Robert  P.  Blake. 


73] 


rORDINÂTION  SACERDOTALE 
CHEZ  LES  COPTES  UNIS 


M^'"  R.  Graffin  avait  demandé  à  la  Sacrée  Congrégation  de 
la  Propagande  le  texte  de  l'ordination  sacerdotale  copte.  En 
octobre  1907,  Son  Éminence  le  cardinal  Gotti,  préfet,  lui  en 
faisait  expédier  un  exemplaire  manuscrit,  exécuté  par  les  soins 
du  patriarche  copte,  Macaire.  Il  était  accompagné  d'une  lettre, 
dont  voici  la  teneur  : 

S.  Congregazione  de  Propaganda  Fide 

per  gli  affari  di  rito  orientale 
Protocollo  n.  23441.  Roma,  18  octobre  1907. 

Ogetto  :  Trasmissione  délia 
parte  del  pontificale  copto 
relativa  alla  Ordinazione  sacerdotale. 

lUmo  e  Rmo  Signore. 
Contemporaneamente  alla  présente,  in   piego  distinto.  Le  ho 
fatto   spedire  copia  délia  parte  del  pontificale  copto,  che 
riguarda    l'Ordinazione    sacerdotale,    inviatami    da    Mons. 
Macaire. 

Intanto  Le  auguro  da  Dio  ogni  bene. 
Di  V.  S.  lUma  e  Rma  Devottissimo  servo 

F.  G.  M.  Gard.  Gotti  Praef. 
Girolamo  Rolleri  Segrio. 

Cette  copie  officielle  avait  été  d'abord  confiée  par  M^'' Graffin 
à  Dom  Villecourt,  qui  mourut  avant  d'avoir  terminé  son  étude. 

En  la  recevant,  j'avais  d'abord  espéré  que  ce  texte  avait  été 
copié  sur  l'un  de  ces  vieux  manuscrits  qu'on  rencontre  parfois 
dans  les  bibliothèques  d'Egypte.  En  réalité,  c'est  une  copie  du 


l'ordinatiox  sacerdotale  chez  les  coptes  unis.       363 

texte  imprimé  au  xviii''  siècle,  1761,  dans  l'édition  pontificale 
de  la  liturgie  copte  en  trois  volumes.  L'ordination  se  trouve  au 
tome  I,  pages  28  à  49.  En  préparant  l'édition  critique,  j'ai  pu 
étudier  à  Rome  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  Vaticane  qui 
possèdent  le  texte  en  question.  Ils  se  répartissent  en  deux 
catégories  :  ceux  du  fonds  Vatican,  et  ceux  du  fonds  Borgia. 
Les  premiers  sont  les  plus  anciens  et  s'échelonnent  du  xvi"  au 
xviii«  siècle.  (Mss.  XLIV,  XL\ ,  XLVI,  XLLX,  LXXXVIl).  Les 
autres  sont  du  xviii'  siècle  et  dus  à  M^'"  Tuki,  sauf  le  manuscrit 
99,  celui  dont  se  rapprocherait  davantage  notre  texte.  Le  manus- 
crit Borgia  80  reçut  l'imprimatur  : 

Impr.  J.  Th.  Aug.  Aicchinius 
Ord.  Pred.  S.  P.  A.  Mgt. 

Je  n'ai  pas  trouvé  de  date.  Chose  étrange,  l'édition  imprimée 
en  trois  volumes  n'a  pas  reproduit  ce  manuscrit  revêtu  de 
l'imprimatur  :  il  existe  environ  cent  dix  variantes,  dont  quel- 
ques-unes importantes,  au  point  de  vue  du  texte. 

Nous  n'avons  pas  attaché  d'importance  à  la  version  arabe, 
bien  plus  tardive  que  le  texte  copte,  et  traitée  avec  une  très 
grande  liberté  par  les  copistes  :  elle  possède  la  valeur  de  nos 
traductions  françaises  de  prières  liturgiques. 

Nous  donnerons  seulement  la  traduction  du  texte  : 

«  Quand  il  s'agit  d'ordonner  un  prêtre,  le  clergé  doit  d'abord  témoi- 
«  gner  de  sa  bonne  conduite,  science  de  la  doctrine,  douceur,  piéié, 
«  miséricorde,  mariage  légitime  et  canonique.  11  faut  qu'il  ait  été  ordonné 
«  diacre,  sinon,  qu'il  soit  fait  d'abord  anagnostiste  et  sous-diacre  (1)  et 
«  qu'il  soit  ordonné  un  autre  jour.  L'ordinand  arrive  devant  l'autel,  vêtu 
«  comme  le  diacre  avec  l'orarion  sur  son  bras  gauche.  Un  prêtre  sera 
«  avec  l'évêque.  L'ordinand  s'agenouille  en  face  de  l'autel  devant  l'évèque. 
«  11  dit  l'action  de  grâces,  met  de  l'encens,  avec  l'oraison  de  l'encens  et 
«  il  récite  la  prière  suivante,  tourné  vers  l'autel  : 

«  Seigneur,  Dieu  des  Puissances,  qui  nous  as  conduit  à  la 
«  porte  de  ce  ministère,  toi  qui  domines  l'esprit  de  l'homme  et 
«  qui  sondes  les  reins  et  les  cœurs,  exauce-nous  dans  la  multi- 

(1)  Le  texte  de  la  rubrique  doit  être  fautif.  Le  ms.  Vat.  49  ajoute  «  et  diacre  -, 
avec  les  mss.  V.  44  et  87. 

[2J 


364  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

«  tude  de  tes  miséricordes  et  purifie  nous  de  toute  faiblesse  de 
<(  la  chair  et  de  l'esprit.  Chasse  la  nuée  de  nos  péchés  et  de  nos 
«  iniquités  comme  tu  chasses  les  ténèbres.  Remplis-nous  de  ta 
«  force  divine,  oe  la  grâce  de  ton  Fils  unique,  de  la  puissance 
«  de  ton  Esprit-Saint.  Fais  que  nous  devenions  capables  de  ce 
«  ministère  de  la  nouvelle  alliance,  de  telle  sorte  que  nous 
«puissions  porter  dignement  ton  saint  nom,  et  que  nous 
«  administrions  les  choses  sacrées  de  tes  divins  mystères. 
«  Préserve-nous  d'être  complices  des  péchés  d'autrui,  mais 
«  détruis  les  nôtres.  Et  donne-nous,  Seigneur,  de  ne  pas  faire  le 
v<  mal,  mais  au  contraire,  donne-nous  la  science,  pour  que  nous 
«  sachions  dire  ce  qui  convient  et  que  nous  montions  à  ton 
«  saint  autel.  Et  prends  pour  loi  le  sacerdoce  entier  de  ton 
«  serviteur  N.  ici  présent  et  qui  attend  tes  faveurs,  car  tu  es 
«  bon,  d'une  grande  miséricorde  pour  tous  ceux  qui  te  prient, 
«  et  forte  est  ta  puissance,  avec  ton  Fils  unique  et  l'Esprit 
«  Saint  maintenant  et  toujours  dans  l'éternité  de  toutes  les 
«  éternités.  Ainsi  soit-il. 

«  L'archidiacre  dit  : 

«  Que  la  grâce  de  Notre-Seigneur  .Jésus-Christ,  qui  supplée 
«  à  notre  insuffisance,  vienne,  avec  la  bienveillance  de  Dieu 
«  le  Père  et  de  l'Esprit-Saint  sur  N.  qui  avec  respect,  crainte 
«  et  humilité  de  cœur  est  arrivé  à  ton  saint  autel,  se  proster- 
«  nant,  levant  les  yeux  vers  toi  qui  habites  au  ciel,  attendant 
«  tes  célestes  dons,  afin  de  passer  de  l'ordre  du  diaconat  à 
«  l'ordre  du  sacerdoce,  dans  Féglise  de  N.  et  au  saint  autel. 
«  Priez  tous  afin  que  sur  lui  descende  le  don  du  Saint-Esprit. 

«  Le  peuple  dit  trois  fois  :  Kyrie  eleison  ;  et  (la  rubrique  s'adresse  à 
«  l'évêque)  prie,  le  visage  (tourné)  vers  l'orient,  de  cette  manière  : 

«  Ah!  Seigneur,  rends-le  digne  de  la  vocation  sacerdotale, 
«  afin  qu'il  soit  digne  de  ton  saint  nom,  te  servant,  officiant  à 
«  ton  saint  autel,  et  qu'il  trouve  grâce  devant  toi,  parce  que  de 
«  toi,  ô  Dieu,  procèdent  toute  miséricorde  et  toute  piété,  et  qu'à 
«  toi  convient  toute  gloire,  Père,  Fils  et  Saint-Esprit,  inain- 
«  tenant  et  toujours  et  dans  l'éternité  de  toutes  les  éter- 
«  nités.  Ainsi  soit-il. 

[3J 


l'ORDINATIOX    SACr-:RDOTALE  CHEZ    LES    COPTES   UNIS.  365 

«  Le  peuple  dit  trois  fois  :  Kyrie  eleison.  (Puis,  la  rubrique  s'adresse 
à  l'évêque.)  Tourne-toi  vers  l'occident;  «  place  ta  main  droite  sur  ta  tête 
et  prie  ainsi  :  dis  : 

«  Souverain  Seigneur,  Dieu  tout-puissant,  qui,  par  ton 
«  Verbe  coéternel,  as  tout  créé,  gouvernant  l'univers  par  toi- 
«  même  selon  ta  volonté,  toi  qui  veilles  toujours  sur  ta  sainte 
«  Église,  en  la  développant  et  en  multipliant  ceux  qui  y  prési- 
«  dent,  et  qui  leur  donnes  la  force  pour  travailler  par  la  parole 
«  et  l'action,  jette  les  yeux  sur  N.,  ton  serviteur,  qui  est  promu 
«  au  sacerdoce  par  le  suffrage  et  la  décision  de  ceux  qui  l'ont 
«  conduit  ici,  remplis-le  de  ton  Esprit-Saint,  (de  l'esprit)  de 
«  grâce,  de  conseil,  de  crainte  de  toi,  afin  qu'il  assiste  et 
«  dirige  ton  peuple  avec  un  cœur  pur,  de  la  manière  dont  tu 
«  as  veillé  sur  ton  peuple  choisi  et  dont  tu  as  ordonné  à  ton 
«  serviteur  Moïse  de  se  choisir  des  presbytres,  que  tu  as  rem- 
«  plis  de  l'Esprit  Saint  incréé  qui  procède  de  toi. 

«  Le  diacre  dit  :  Prosternez- vous.  Le  peuple  :  Kyrie  eleison. 
«  Le  pontife  dit  : 

«  Ah  !  Seigneur,  exauce-nous,  nous  t'en  prions,  (toi  qui) 
«  gardes  en  nos  propres  cœurs  le  Saint-Esprit  incréé  de  ta 
«  grâce,  donne-lui  l'esprit  de  ta  sagesse,  afin  que  rempli  de  !a 
«  puissance  opérative  du  salut  et  de  la  parole  de  doctrine,  il 
«  enseigne  ton  peuple  avec  douceur  et  qu'il  te  serve  avec 
«  pureté,  avec  une  pensée  chaste  et  un  cœur  simple,  et  qu'il 
«  achève  les  œuvres  du  sacerdoce  en  ton  peuple.  Ceux  qui 
«  viennent  à  lui,  qu'il  les  fasse  renaître  par  la  régénération  du 
«  baptême. 

«  Moi-même,  purifie-moi  aussi  de  tous  les  péchés  d'autrui  et 
«  absous-moi  des  péchés  qui  me  sont  propres  par  la  médiation 
«  de  ton  Fils  unique,  Notre-Seigneur  et  notre  Dieu  et  notre 
«  Sauveur  Jésus-Christ,  par  qui  toute  gloire  et  honneur  et 
«  puissance  et  adoration  te  conviennent,  ainsi  qu'à  lui  et  au 
«  Saint-Esprit  vivifiant,  consubstantiel  à  toi,  maintenant  et 
«  toujours  et  dans  l'éternité  des  éternités.  Ainsi  soit-il. 

«  Tourne-toi  vers  l'autel.  Prie  ainsi  : 

.  c(  Jette  les  yeux,  Seigneur,  sur  nous  et  sur  notre  ministère 
«  et  purifie-nous  de  toute  tache.  Envoie  du  ciel  ta  grâce  sur 

[41 


366  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

«  ton  serviteur,  afin  qu'il  devienne,  grâce  à  toi,  digne  d'ac- 
«  complir  son  sacerdoce  sans  reproche,  de  telle  sorte  qu'il 
«  mérite  tes  miséricordes  avec  ceux  qui  te  plurent  ici-bas,  car 
«  la  miséricorde  est  dans  ta  complaisance,  et  tout  honneur 
«  et  toute  adoration  (venant)  de  tous,  te  conviennent,  Père, 
«  Fils  et  Saint-Esprit,  maintenant  et  toujours,  et  dans  l'éternité 
«  de  toutes  les  éternités.  Ainsi  soit-il. 

«  Tourne-toi  vers  l'occident,  signe  son  front  de  ton  pouce  en  ajoutant  : 

«  Nous  te  nommons,  toi,  N.,  prêtre  pour  la  sainte  Église  de 
«  Dieu.  Ainsi  soit-il. 

«  L'archidiacre  s'écrie  : 

«  N.  prêtre  pour  le  saint  autel  de  la  sainte,  catholique  et 
«  apostolique  église  de  Dieu,  (en)  la  cité  amie  du  Christ. 

«  N.  prêtre  de  l'Église  catholique  de  Dieu  dans  la  ville  amie 
«  du  Christ,  N. 

«  L'évêque  s'écrie  en  disant  : 

«  Nous  te  nommons,  toi,  N.  prêtre  au  susdit  saint  autel  des 
«  orthodoxes,  au  nom  du  Père  et  du  Fils  et  du  Saint-Esprit.  Ainsi 
soit-il. 

«  Il  trace  sur  son  front  trois  croix  en  nommant  les  Personnes  de  la 
«  Trinité.  Il  le  revêt  de  la  stolè,  disant  ainsi  : 

«  Gloire  et  honneur  à  la  très  sainte  Trinité  consubstantielle, 
«  le  Père  et  le  Fils  et  le  Saint-Esprit.  Paix  et  édification  à  la 
«  sainte  Église  de  Dieu.  Ainsi  soit-il. 

«  L'évêque  se  tourne  vers  l'orient;  il  priera  de  cette  manière  : 

«  Nous  te  rendons  grâces.  Dieu  tout-puissant,  pour  toutes 
«  choses.  Et  nous  te  bénissons  et  nous  glorifions  ton  saint 
«  nom,  parce  que  tu  as  fait  parmi  nous  de  grandes  choses  et 
(S  que  tu  as  répandu  ton  don  libéral  sur  ce  tien  serviteur.  Nous 
«  t'en  prions  et  t'en  supplions,  Seigneur,  exauce-nous  dans  la 
«  multitude  de  tes  miséricordes,  et  complais-toi  dans  l'ordina- 
«  tion  sacerdotale  qui  vient  d'être  faite  pour  ton  serviteur  avec 
«  le  concours  de  l'Esprit-Saint,  et  dirige  l'élu  {littéralement  la 
«  vocation)  de  cet  appel  dans  la  pureté  et  la  grâce  de  ta  bonté, 

[5] 


l'ordination  sacerdotale  chez  les  coptes  unis.       367 

«  toi  qui  nous  as  choisis  avec  lui  pour  faire  le  bien  et  accroître 
«  le  gain  du  talent,  de  sorte  que,  en  union  avec  tous  ceux  qui 
u  accomplissent  ici-bas  ta  volonté,  nous  recevions  la  récom- 
«  pense  de  Téconome  sage  et  fidèle,  à  ravènement  de  Notre- 
«  Seigneur  et  notre  Dieu  et  notre  Sauveur  Jésus-Christ,  par 
«  qui  te  revient  gloire  et  honneur  et  puissance  et  adoration, 
«  ainsi  qu'à  lui^ïiême  et  au  Saint-Esprit  vivifîcateur,  con- 
«  substantiel  à  toi,  maintenant  et  toujours  et  dans  l'éternité 
«  de  toutes  les  éternités.  Ainsi  soit-il. 

Monition  au  prêtre. 

«  Rends-toi  compte,  frère,  comme  est  grande  la  vocation 
((  dont  tu  t'es  rendu  digne,  à  savoir  celle  du  sacerdoce,  par 
«  lequel  le  grand  sacrement  de  la  Nouvelle  Alliance  te  fut 
«  conhé  et  tu  fus  établi  en  vue  de  l'enseignement.  Il  faut  donc 
«  que  tu  agisses  et  que  tu  enseignes  plus  par  les  bonnes  actions 
«  que  par  la  parole,  te  souvenant  du  Coryphée  Pierre,  qui  a  dit  : 
«  «  Je  fais  cette  prière  aux  presbytres  qui  sont  parmi  vous, 
«  moi  votre  compagnon  dans  le  sacerdoce  et  le  témoin  des  souf- 
«  frances  du  Christ,  devant  prendre  part  à  la  gloire  qui  sera 
«  manifestée  :  faites  paître  le  troupeau  de  Dieu  qui  est  parmi 
«  vous,  veillant  sur  lui,  non  par  contrainte,  mais  spontané- 
«  ment,  selon  Dieu  et  avec  une  àme  joyeuse,  non  comme  si 
«  vous  étiez  des  dominateurs  sur  le  domaine  (du  Christ),  mais 
«  en  étant  le  modèle  du  troupeau,  afm  que,  lorsque  paraîtra  le 
«  chef  des  pasteurs,  vous  receviez  la  couronne  immarcescible 
«  de  la  gloire.  »  (I  Petr.,  v,  1  à  4.) 

«  Tu  mettras  donc  en  œuvre  le  talent  qui  t'a  été  confié,  de 
«  telle  sorte  que  tu  le  fasses  doubler  et  que  tu  reçoives  la 
«  récompense  du  serviteur  sage  et  fidèle,  réunissant  ton  peuple 
«  par  la  prédication  de  la  doctrine  comme  une  nourrice  qui 
«  réchauffe  ses  enfants,  afin  que  tu  te  sauves,  ainsi  que  ceux 
«  qui  t'écoutent.  Va  en  paix,  que  le  Seigneur  soit  avec  toi. 

«  Que  celui  qui  est  ordonné  baise  l'autel,  l'évêque  et  ceux  qui  sont 
«  présents.  On  lui  donne  les  saints  mystères;  on  lui  impose  la  main  à 
«  trois  reprises  et  tous  à  trois  reprises  s'écrient,  disant  : 

«  N.  est  digne  du  sacerdoce,  dans  la  sainte,  catholique  et 

m 


368  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

«  apostolique  Église  de  la  ville  N.  qui  aime  le  Christ  dans  la 
«  paix  de  Dieu.  Ainsi  soit-il. 

«  Le  texte  contient,  en  arabe  seulement,  une  autre  monition,  relative  à 
<  la  confession. 

«  Rien  n'empêche,  si  quelqu'un  vient  à  toi,  confessant  son 
«  péché,  que  tu  reçoives  sa  confession,  si  ^u  as  l'expérience 
«  pour  ce  travail,  parce  qu'un  saint  canon  dit  que  le  prêtre 
«  qui  n'accueille  pas  un  pénitent  doit  être  chassé  de  l'Église. 
(c  Et  l'apôtre  Jacques  avertit  ensemble  pénitent  et  confesseur, 
«  et  cela  est  nécessaire  et  confirme  la  loi  divine,  disant  au 
«  pénitent  :  confessez  vos  péchés  les  uns  aux  autres,  et  disant 
«  au  confesseur  :  priez  les  uns  pour  les  autres,  ainsi  le  prêtre 
«  (doit  prier)  pour  le  troupeau  (où  se  trouvent  les  pécheurs) 
«  parce  que  celui  qui  aura  retiré  le  pécheur  de  son  péché  sauve 
«  son  âme  de  la  mort  et  couvre  de  nombreux  péchés.  Et  il  est 
«  nécessaire  qu'avant  cela  (le  travail  de  la  confession)  tu  con- 
u  suites  un  père  et  un  vieillard,  médecin  expert,  (médecin  des 
«  âmes)  connu  pour  son  succès,  qui  t'apprenne  à  appliquer  le 
«  remède  et  le  pansement,  là  où  sont  à  soigner  douleur  et 
«  blessure,  de  peur  que  tu  ne  places  le  remède  qui  convient  à 
«  l'œil  sur  le  pied  et  qu'aucun  profit  n'en  survenant,  la  maladie 
«  n'envenime  le  membre  (malade)  et  qu'il  ne  périsse.  Et  inter- 
«  roge  sur  l'âge,  la  coutume,  la  condition,  le  temps,  le  carac- 
«  tère,  le  lieu,  la  disposition,  l'état  du  corps,  et  la  chasteté, 
«  suivant  en  cela  la  pitié  et  la  miséricorde  pour  tes  fils.  Et 
«  chacun  de  ceux  qui  ont  une  maladie  à  soigner,  traite  (le) 
«  doucement,  afin  que  le  malade  revienne  de  l'état  maladif  à 
«  l'état  de  santé  et  d'équilibre. 

«  Sois  le  vaisseau  spirituel  portant  les  bénédictions  au  port 
«  du  salut  et  le  docteur  spirituel  éclairé  amenant  ses  disciples 
«  aux  degrés  (de  perfection)  appropriés,  et  que  par  ce  minis- 
«  tère,  tu  mérites  double  récompense,  et  que  le  Seigneur 
«  répande  abondamment  sur  toi  un  bien  céleste  proportionné, 
«  par  l'intercession  de  Madame  la  Vierge  immaculée  et  de 
«  l'armée  des  martyrs  et  des  saints.  Ainsi  sbit-il.  » 

Comme  on  le  voit,  les  cérémonies  de  l'ordination  se  succè- 
dent dans  l'ordre  suivant  :  prière  de  l'ordinand,  prière  de 

[71 


l'ordination  sacerdotale  chez  les  coptes  unis.       369 

rarchidiacre.  Après  une  prière  du  peuple,  oraison  solennelle  du 
Pontife,  d'abord  tourné  vers  l'orient,  puis  (après  une  nouvelle 
invocation  du  peuple)  tourné  vers  l'occident,  et  cette  fois  la 
main  droite  placée  sur  la  tête  de  l'ordinand.  Enfin  tourné  vers 
l'autel,  après  une  injonction  du  diacre  et  une  prière  du  peuple, 
le  célébrant  marque  le  front  de  l'ordinand  du  signe  de  la 
croix  :  une  première  fois  d'un  seul  signe,  avec  ces  paroles  : 
«  Nous  te  nommons,  toi,  N.  prêtre  de  la  sainte  Église  de  Dieu.  » 
Une  deuxième  fois,  de  trois  signes  de  croix  :  «  Nous  te  nom- 
mons, toi,  X.  prêtre  au  susdit  autel  saint  des  orthodoxes,  au 
nom  du  Père,  et  du  Fils  et  du  Saint-Esprit. 

Puis  il  le  recouvre  de  la  stolè,  en  prononçant  une  doxologie. 

L'évêque  rend  grâces,  donne  ses  derniers  avis  au  nouveau 
prêtre,  et  ajoute,  d'après  le  texte  arabe  seulement,  une  moni- 
tion  concernant  la  confession. 

Le  dernier  grand  synode  de  l'Église  copte  unie,  qui  se  tint 
au  Caire  en  1898,  et  dont  les  canons  furent  imprimés  à  Rome 
l'année  suivante  {Sijnoc/KS  alexandrina  copforum  habita  Cairi 
in  Aegypfo  anno  1808.  Romae,  ex  Typ.  polyglotta  S.  C.  de 
Propaganda  Fide  1899)  s'occupa  de  l'ordination  (pp.  136  à  138). 
Je  dois  à  iM^''  Marc  Khousam,  évèque  de  Thèbes  et  administra- 
teur du  Patriarcat,  d'avoir  pu  consulter  ce  recueil  des  décisions 
synodales.  Voici  ce  qui  y  est  dit,  au  canon  9  de  l'article  Vil,  sur 
la  porrection  des  instruments  : 

«  In  ritu  ordinationis  apud  nos  tradentur  suscipienti  aliquem 
ordinem  instrumenta  vel  insignia  istius  ordinis;  sed  liaec 
traditio  nuUo  modo  apud  nos  ad  validitatem  ordinationis 
requiritur  siquidem  fit  in  fine  ordinationis  et  peractam  Deo 
gratiarum  actionem  de  ordine  collato.  Nihilominus  nunquam 
omittenda  est  juxta  ritus  praescriptionem...  » 

Le  canon  10  prescrit  les  onctions  :  «  Quanquam  unctio  in 
ordinationibus  non  sit  essentialiter  requisita  ad  validitatem 
sacramenti  ordinis,  adhibenda  tamen  est  apud  nos  in  coUa- 
tionem  ordinum  majorum,  quoniam  ad  ritam  alexandrinum 
pertinet...  Insuper  in  coUatione  diaconatus  et  presbyteratus 
pontificale  nostrum  praescribit  ut  Episcopus  frontem  ordinan- 
dorum  poUice  suo  signet,  episcopos  autem  in  vertice  capitis 
signandos    esse    pontificale    monet;    porro   verbum    signare 

[8] 

ORIENT   CHRÉTIEN.  24 


370  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

rubrica  habet  lingua  graeca  expressum  (ffçpavi^saOai)  significat 
unctionem  quoties  de  benedictionibus  ritualibus  apud  nos  usi- 
tatisagitur;  atque  prescriptio  ipsa  ut  signatio  fiat  pollice,  clare 
indicat  ibi  significari  veram  unctionem  :  simplex  eniin  bene- 
dictio  in  nostro  ritu  vel  cruce,  vel  tota  manu  sine  tactu  imper- 
titur.  Denique  nihil  frequentius  est  in  ecclesia  alexandrina 
quain  usus  unctionis  in  coliatione  sacramentorum  et  conse- 
cratione  rerum  omnium  quae  cultui  divino  deputantur.  Quare 
mirum  sane  esset  ordinum  si  in  coliatione,  sacrorum  quibus 
home  ad  ministerium  altaris  deputatur  et  consecratur,  nuilae 
essent  unctiones. 

His  motivis  innixa,  haec  nostra  synodus  praescribit  diaconos 
oleo  catechumenorum  in  fronte  ungendos  esse;  presbytères 
autem  et  episcopos  sacro  clirismate,  ita  tamen  ut  illi  signentur 
in  fronte,  hi  vero  in  vertice  capitis.  Decernimus  etiam  ut  ordi- 
nans  eodem  chrismate  ungat  presbyteri  qui  ordinatur,  ambas 
manus  simul  iunctas,  producendo  duas  lineas,  videlicet  a 
pollice  dexterae  manus  usque  ad  indicem  sinistrae,  et  a  pollice 
sinistrae  usque  ad  indicem  dexterae,  ita  ut  palmae  totaliter 
ungantur  atque  dicat  ordinans  dum  hanc  unctionem  peragit  : 
«  Benedictus  Dominus  lesus  Christus  Filius  Dei  qui  hune  sanc- 
tificat  et  ungit  Spiritu  suo  sancto.  Amen,  » 


Il  est  très  important  de  savoir  comment  ce  rite  de  l'ordination 
se  rattache  à  la  tradition  et  aux  origines  du  culte  chrétien.  Or, 
le  texte  des  Constitutions  Apostoliques  offre  une  correspon- 
dance frappante  entre  le  rite  de  l'ordination  qu'elles  exposent 
et  la  partie  centrale  du  rite  copte.  Le  lecteur  jugera  : 

Texte  des  C.  A.    (8,  16)  Traduction  latine  du 

(traduction  Funk).  texte  copte. 

2.  Cum  presbyterum   ordi-  Converte  te  ad  occidentem, 

nas,  episcope,  manum  super  dexteram   tuam   super  caput 

caput  ejus  ipse  impone  ads-  ejus  ipse  impone,  et  ora  hoc 

tante  tibi   presbytère   necnon  modo;  die  : 
diaconis  et  or  ans,  die  : 

Z.  Domine  omnipotens,Deus  Dominator     Domine    Deus 

[91 


L  ORDINATION    SACERDOTALE    CHEZ    LES    COPTES    UNIS. 


371 


noster  qui  per  Christum  uni- 
ver  sa  condidisti  et  per  ipsum 
cunctis  provides  mnwemQiiXer  ; 
(in  que  enim  potestas  est  effi- 
ciendi  varia,  in  eo  et  inest 
potestas  providendi  variis  mo- 
dis;  per  eu  m  enim,  Deus,  pro- 
vides immortalibus  quidem 
sola  conservatione,  morlalibus 
vero  successione,  animae  cura 
legum  corpori  expletione  indi- 
gentiae)  ipse  igitur  et  nunc 
respice  in  sanctam  tuani  eccle- 
siam,  et  auge  eam;  muUipli- 
ca  eos  qui  in  eapraesunt,  vir- 
tutemque  da  ut  verbo  ac  opère 
ad  aedificationem  populi  tui 
lahorent. 

4.  Ipse  nunc  quoque  respice 
super  hune  famuluni  tuum 
qui  suffragio  acjudicio  totius 
cleri  in  presbyteriuni  coop- 
tatus  est,  et  impie  illum  spi- 
ritu  gratiae  et  consilii,  ut 
adjuvet  ac  gubernet populum 
tuum  in  corde  mundo,  que- 
madmodum  respexisti  in  po- 
pulum electum  tuum  et  sicut 
Mosipraecepisti  eligere  senio- 
res,  quos  implevisti  Spiritu. 

5.  Et  nunc,  Domine,  praesta, 
servans  in  nobis  spiritu)n  gra- 
tiae tuae  non  defîcientem,  ut 
repletus  operationibus  vim 
sanandi  habentibusacsermo/ie 
ad  docendum  apto,  erudiat 
cum  mansuetudine  populum 
tuum  ac  serviat  tibi  sincère 


omnipotens,  qui  per  Verbum 
tuum  coaeternum  universa 
c?^easti,  per  ipsum  cunctis 
rébus providens  secundum  vo- 
luntatem  tuam,  qui  in  eccle- 
siam  tuam  sanctam  semper 
respicis,  eam  augens  et  eos 
qui  in  ea  praesunt  multipli- 
cans  et  eis  virtutibus  dans  ut 
verbo  ac  opère  laborent,  res- 
pice super  famulum  tuum 
N.  qui  suffragio  ac  jucHcio 
eorum  qui  ipsum  in  médium 
duxerunt  in  presbyteriuni  pro- 
motus{e&i), inipleillumSancto 
Spiritu,  spiritu  gratiae,  con- 
silii et  timoris  tui,  ut  adjuvet 
et  gubernet  populum  tuum  in 
corde  mundo,  quemadmodum 
respexisti  in  populum  tuum 
electum  et  servotuo  Mosiprae- 
cepisti ut  seniores  sibi  elige- 
ret  quos  implevisti  Spiritu 
tuo  Sancto  non  manufaeto  qui 
a  te  procedit. 

0  Domine;  exaudi  nos,  te 
rogamus,  et  servans  in  nobis 
sancticm  gratiae  tuae  sp  iritum 
non  manufactum  concède  ei 
spiritum  sapientiae  tuae  ut 
plenus  operationibus  salutis  et 
sermone  doctrinae,  populum 
tuum  inmansuetudinedoceat, 
tibique  serviat  in  puritate  et 
cogitatione  munda  et  anima 
candida,  perficiatque  opéra  sa- 
cerdotii  super  populum  tuum. 
Qui    autem   etiam   ad   ipsum 


[10] 


372  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

mente  pura  et  anima  volente,  accesserint,  eos  per  regenera- 

atque  sacra,  quae  pro  populo  tionem   lavacri   renovet...  per 

celel>rantur  inculpate  perficiat  mediationem   Filii  tui  unige- 

per  Christum  tuum,  cum  quo  niti,Domini  nostrietDeinostri 

tibi  g/oria,  honor  ac  veneratio  et  Salvatoris  nostri  Jesu  Christi 

et   Sancto  Spiritui   in    saecu-  per  quem  te  gloria  et  honor  et 

la.  Amen.  potestasetyeîieraù'odecetcum 

(Édit.  et  trad.   Funk.  Patres  ipso  et  Spiritu   Sancto  vivifi- 

Apostolici,    t.    I,    p.    523.  cante,  tibiconsubstantialinunc 

Paderborn,  1905.)  et  semper  et  in  aeternitatem 

aeternitatum  omnium.  Amen. 

Il  y  a  dans  le  texte  copte  quelques  omissions,  quelques  gloses 
et  quelques  modifications.  Un  certain  nombre  de  divergences 
peuvent  s'expliquer  par  des  préoccupations  d'ordre  dogma- 
tique. Le  texte  copte  garde  le  souvenir  des  grandes  luttes  doc- 
trinales des  premiers  siècles.  Il  spécifie  en  chaque  occasion  sa 
foi  catholique  contre  l'hérésie  arienne  ou  pneumatomaque.  Ici, 
par  exemple,  le  «  per  Christum  «  des  Constitutions  Apostoliques 
s'est  transformé  en  «  per  Verbum  tuum  coaeternum  ».  «  Spiri- 
tum  gratiae  tuae  »  est  devenu  «  Spiritum  non  manufactum  ».  La 
doxologie  finale  s'est  considérablement  simplifiée.  La  question 
se  poserait  naturellement  de  savoir  si  le  texte  copte  représente 
un  état  du  texte  plus  ancien  et  meilleur  que  celui  qui  se  trouve 
dans  les  Constitutions.  Si,  d'une  part,  la  leçon  la  plus  courte 
paraît  souvent  la  meilleure  (auquel  cas  le  texte  copte  devrait 
avoir  nos  préférences),  d'autre  part,  à  cause  des  modifications 
venant  des  préoccupations  théologiques  dans  plusieurs  de  ses 
parties,  le  texte  copte  semble  moins  sûr  que  celui  des  Cons- 
titutions. 


[11] 


l'ordination  sacerdotale  chez  les  coptes  unis.       373 


VOCABULAIRE  GREC  DU  TEXTE  COPTE 


oi'[aBbq.  à^(ioq.   àsr/a'a.    oC/'kx.   àvaYVwaT'/;ç.  ipyi^iTAM^. 

Y^i^cç.  yvôsoç.  •'{wîùaiç. 

M.  §ia6v^x-/j.  oiay.ovia.  ciàxovoç. 

zip-qvq.  kxY.Kqaix.   hipy-ix.   k-ia'/.or.zq.   âxojpâvioç.   ôj/y;- 

OaATTcïv.  6sbç.  G'j(juo-:r,picv. 

Ispsùç.   r/.av6ç.  l'va. 

y.aGapôç.    7.aO:Xi/,i;.  y.al  yShiùç.  -/.avwv.  /.a-i.  y.a-rrjy.r^aiç. 

y.X^psç.    y.opuçaïoç.   y.'jpio;   (xûp'.s  Iaéyjtcv). 

Xa6ç.  Ae^civ. 

[j-îffiTsia.  [J.ivoç.   [;.ovoY£v<-ç,   [j.uo---/;pov. 

VCÎJ.ÔÇ. 

6.  oly.ivô;j-o;.    5[v.coû(jioç.   ôvofj-aaia.    ottwç.   spOiccçc;.  ots.  oùv. 

7:avaYr,ç.    TravTOxpxTwp.    Trapsuaù.    Triatiç.   TrvsujJ-a.    TriXtç.    Trpx;^^. 

•jrps-îïv.   TrpsffOJTspcç.   7;p2iaTavai.   Tcpcvoôïv.   T:p0(jzuy^ea^ixi. 

axp^.   (josi'a.   o-taupiç.   (t-tÔXy;.  auvaiBioç.    awirip. 

TC^Yf;.*.  râçiç.    -rpiaç.    tu-oç - 

ÛTCoBtây.ovoç. 

ÇlXo/piGTCU.    SOpcfv. 

"/apîî^S'jTat.   '/îipo-rovta.  ^^pr^axoç. 
wpâpiov.   (bg. 

Mots  grecs  communs  aux  Constitutions  Apostoliques  et  au 
copte,  dans  la  prière  solennelle  que  nous  allons  citer  : 

'Ey,y.AY;ffia.    y.a6apiç.     Xaiç.     -jrav-oxpâ-rwp.     r.pzaèù-.zpzq.    Tipoia-avau 


[l'i] 


374 


REVUE    DE    L  ORIENT   CHRETIEN. 


Texte  de  la  prière  solennelle 
de  l'ordinal  copte. 

(l)     c|)iiHB     noc    c|)iioTf^    ni 

nAHTOKpcVTtOp  ■/•  4>H  GTAqOA- 
UIO       IIHIIX'AI        IIIBeil       */.      eiiOA 

2iTew  neqAoroc  ijctmaiaioc 
*/•  eqepripoiioiii  un'rnpq  eBOA 
2iTOTC|  \ATA  neqoTto^  ./. 
<\)n  ercouc  iichot  ijib6m  ea:6ii 
Te(|eKKAHCiA  eeoTAB  '/«eqepo 

LIUOC      eAlAI     7-     0V02     IIH    GTOI 

unpoeoTtoc      iiI)htc      eqopo 

ULItOOT  (îA^AI  ' 1 .  0'i^0ZeA\fX0U- 

iKoov  eopov^yen  J3ici  beii 
ncA:xi  lieu  necoB  '/•  colic  ojipm 

e^Cfill   flGKBtOK   nAIIIU<)>H  fiTAT- 

THiq    (^oTueTnpecBTTepoc  '/. 

eiTeiJ   OTS/Hct)oo  7-  "eu  oT?An 

iiTe  IIH  eTAVKiiq  eeun-f  iiAeq 
CBOA     jîeiio'rniieTUA    eqoTAB 

II6U       OreuOT       116  u      OTCOCnil 

eqepeo-f  j)ATeKeH  7-  eepeq-f 
TOTq   0T02   iiTeqepeeui    uneK 

AAOC    J36linT2HT     HqTOTBHOVT 

UcJ)pil'h  BTAKCOUC  eepHI  6X611 
n6KAA06     eTAKCOTfiq      /.    0T02 

AKOTA?    CAeili      liri6KBtUK      U(0- 

TCHC  6opeqGcoTn    luvq    iieAii- 

rip60B'i"r6pOC  7-  "'M  6TAKUA- 
20T       eBOA      J36II         n6Knil6TUA 

eqoTAB     iiABLioiiK     ii:xi:x    ee- 

II  MOT    6 BOA    ll'îHTK    '/. 

(o   AiAKUJM  Aerei  :  npocev 
Ï.AC06.0AA0C  A6r6i  :  Kvpie 


Texte   des  Constitutions 
Apostoliques. 

Rùpie  TTaVTO/.psCTOp,   0  0£OÇ 
•/îtXÔiv  ô   OlOC  X.pt(7T0li   Ta  Tuxvxa 

oy\jjAOuo'^'/]aoiç,  xal  ol  «ùtoO 
TÙ)V  ôXwv  Tupovowv  y.OiTixXk'^- 
"kidÇ'  ùi  ydi^  Suva.p!.i;  ^là^popa 
Tvoi^aai,,  TO'JTO)  ojvaatç  x,al 
^laipdpwç  TCpovovicrai'  ^li.  yàp 
auTOu  ô  Geoç,  TZ^OSOSX^  TOÎV  [/.SV 
àôavscTWv  <pu);a,/cf,  (xo'vt),  twv 
oà  Gv/iToiv  5ia^o)(^'^  TTÎç  4'''y^ç 
cppovTt'^t  vofAcov,  TOu  ccôaaTOç 
àva7r>^r,pa)(7£i      Tviç       svSei'a;- 

aÙTOÇ    OÔV     Xal     VUV    £7Utpl£l|/0V 

£tcI  TYiV  àyiav  coS  £)tx,'Xv)(jiocv 
xal  a'j^viaov  aOTY)v,  xal  -Xvf- 
6uV0V  TOÙ;  £V  aUTTi  TcposcTcoxaç 
xal  oôç  oùva[/,iv  Tupôç  to  xoTiiàv 
aÙTOÙç  "koyoi  xal  Ipyw  £Îç  otxo- 
ooM-yiv  Toû  laoO  cou.  aÙTOÇ 
xal  VUV  £TCt^£  Èrrl  tov  ^oOXov 
GO'j  tqOtov  tov  ^j^TÔcpo)   xal   xpl- 

C£l      TO'ji      x'XT^pOl»       T^aVTOÇ     tlç 

7rp£<7[i;UT£piov     STTi^oÔsvTa    xal 


(1)  1.  A.  VIII,  XVI,  3.5.  —  Texte,  p.  322. 


[13] 


l'ordination  sacerdotale  chez  les  coptes  unis.       375 

GACHCOii    o    lepevc    Aerei)  ep^rV/iGov  aù-rov  Trv£ijifjt.aj^àp'.To; 

A-ZA   noc  ctoTeu    epoii  Ten-  )cal(7upt.pouViaçToùàvTi)tau,pà- 

'f'20  èpoK  ovov:   AKtvpe?    iibpHi  f.  ,      n      ~ 

ve<7yatxaixop£ûvavT6v>.aov<70u 

ll])HT6ll    etOII   llllirillA  eeT  IJTB  

./  sv    xaGapa   x,apota    ôv    tootuov 

K2LIOT6(|OI  IIABUOIIK  IJ2CIX  /.  Ll  ^      •  ^^^>^^'' 

uoi    iiA()    LinmiiA  UT6    reKco-  émiSeç  ItzI  T^aov   exXoyviç  aoj 

(bra     ■/.    eoncoc    èAquoe   gbo.v  xai  TrpoasTa^aç  Mco-Jasi  alpvi- 

1)611    2AII6IIHpriA    IITAA(rO    II6U  a  n       /  .^ 

•^         ,  (jCLQ^cLi      irpecpuTspou; ,       ouç 

ca:\:i       uuGTpec|TCBa)     uneK-  — — ■ ■ 

AAOC       Ijf^llOVUeTpeUpAT^       */.  £V£7rXY(J(XÇ        ItVÊU^XTOÇ.        xxî 

oro2  iiTH(|opBtoK  iiAK  heiiov-  ^^v  ^pi£,  xapac/ou,    àv£:);)vi- 

TOVBO    IHiLI    OVUeVI     NKABApOC 

•/.     I16L.    ovyrxH     ecovA^     7-  ""''  ^''^^'  ''  ^'"'''  tÔ  ^rv£U(i^ 

IJT6C|2eaiK       eBOA  III1H2BHOVI  '^^Ç  ^apl'Ôç   CTOU,  OTTWÇ,  xIyKJ- 

neKAAOC    '/.    IIH    A(3     ou    60IIAT- 

iiriovovoi     epoq      iiTCiqAiroT  ^oyo'>  ^'Wt^oO,  £v  ^rpaoT/ixt 

LIBepi     •/.     2IT6II      niOVA2f;UUICI  xxi^£UVl      (70U      TOV      )^C(ÔV      xal 

IIT6     ni^'OKeU    7-     AIJOK    Ae     210  ^  '  

LIATOVBOI      GBOA    2AIIOBI     IIIBeil  '^'o-'^S'^Vl       COI       £lXty,ptV(ï);        £V 

ij^euiio-/.  0V02  ApiT  iipeiiee  .^.     ^     ^^^^^,^     ^^>      , 

6BOA   2AIIH  eTeiJOTI    UUIIIUUOI  '-  '  — ^^ 

7- eiTGU -fueTueciTiA  UTG  neK-  Ô£)vouGYi,     xal    Taç   ÛTuip  toO 

LiONorHiiMO       II -J  H  pi        neiloo  -^^^^   ^q.^   [epoopyiaç  âjxwpuç 

0V02         nfillllOV+       0V02       11611-  ,        ^_.       (j.  V         ^ 

£X.T£ÀTj.     Ota    TOU     /.ptCTOO    COU, 

GtOTHp    IHC    n\0   c|)AI    6T6    6BOA 

,a£y      ou     «TOI    oo^a    til///)    /.ai 

eiTOTtj      6p6       nitOOV     II6U      ni-  '  '^ 

TAio  II6U  niALiAei  116 u  -f  iipoc;-  G£,Saç  xai  tw  âytto   irveufxari 

KVIIHCIC     6pnp6ni     IIAK    ll6UAq 


£iç  TOjç  ociwvx;'  apiviv. 


ueu    nmiiA     eov    iip6qTAiii)o 

liOUOOVCIOC    II6UAK  1" IIOT  II6U 

IICHOV    IIIB6II   II6U  ^A6II62  IJT6 
1116116e  THpOT   AUHII- 

Rome,  juin  1930. 


[14] 


Paul  Antoine. 


LE  TOMBEAU  DE  LÀ  SAINTE  VIERGE 


Le  quinzième  centenaire  du  Concile  d'Éphèse,  célébré  durant 
l'été  de  1931,  a  remis  en  honneur  les  souvenirs  chrétiens  de 
cette  ville,  autrefois  Tune  des  plus  brillantes  de  l'Orient. 

Ville  aujourd'hui  bien  déchue.  Les  ports  qui  faisaient  sa 
gloire  ont  disparu  successivement,  sous  l'épais  linceul  des 
alluvions  déversées  par  le  Caystre.  Les  Arabes  au  vii^  siècle,  les 
Turcs  au  xi%  les  Mongols  au  xiv''  sont  venus  pillant,  brûlant, 
massacrant.  L'Éphèse  chrétienne  n'existe  plus.  Quant  à  l'Éphèse 
païenne,  que  les  premiers  Apôtres  du  Christ  avaient  trouvée  en 
pleine  splendeur,  leurs  écrits  nous  permettent  encore  de  l'en- 
trevoir. Saint  Paul  adressera  une  épître  à  la  jeune  Église  qu'il 
a  visitée.  Saint  Luc,  dans  les  Actes,  trace  de  la  prédication  de 
l'Apôtre  un  tableau  très  vivant  (1).  Déjà  la  semence  évangé- 
lique  avait  été  jetée  par  Apollos,  traversant  Éphèse;  et  l*aul 
trouva  des  disciples,  bien  disposés,  mais  évidemment  peu  ins- 
trui  s.  Il  leur  demanda  s'ils  avaient  reçu  le  Saint-Esprit.  Ces 
gens  lui  répondirent  qu'on  ne  leur  avait  jamais  parlé  du  Saint- 
Esprit.  —  «  Mais  quel  baptême  avez-vous  donc  reçu?  —  Le 
baptême  de  Jean.  »  11  fallut  leur  expliquer  que  Jean  avait 
inauguré  dans  le  Jourdain  un  baptême  de  pénitence,  mais  que 
son  ambition  se  bornait  à  préparer  les  âmes  pour  la  foi  en  Jésus. 
Dûment  instruits  et  baptisés  au  nom  du  Seigneur  Jésus,  les 
néophytes  reçurent  le  Saint-Esprit  par  l'imposition  des  mains 
de  Paul,  et  l'efficacité  du  sacrement  se  manifesta  par  le  miracle 
des  langues.  Paul  entra  dans  la  synagogue  et  y  prêcha  le 
Christ  pendant  trois  mois.  Une  partie  des  auditeurs  se  convertit; 
d'autres  s'endurcirent.  Paul  transporta  son  enseignement  dans 
l'école  d'un  certain  Tyrannos;  des  hommes  de  bonne  volonté 
l'y  suivirent.  Cependant  la  vertu  divine  éclatait  autour  de  lui  : 

(1)  AcL,  XIX. 

Ll] 


LE    TOMBEAU    DE    LA    SAINTE   VIERGE.  377 

les  linges  qu'il  avait  portés,  appliqués  à  des  malades  et  à  des 
possédés,  guérissaient  les  maladies  et  chassaient  les  démons. 
L'efficacité  des  exorcismes  chrétiens  apparaissait  à  tout  le 
monde,  et  des  Juifs  voulurent  en  faire  Tessai;  les  fils  de  Scéva, 
grand-prêtre  juif,  s'avisèrent  de  commander  aux  démons  «  au 
nom  de  Jésus,  que  prêche  Paul  ».  Mal  leur  en  prit  :  le  démon 
répondit,  par  la  bouche  du  possédé  :  «  Je  connais  Jésus,  et  je 
connais  Paul,  mais  vous,  qui  êtes- vous"?  »  Et  se  précipitant  sur 
les  exorcistes  indiscrets,  l'énergumène  les  roua  de  coups.  Ce 
jour  fut  un  triomphe  pour  la  prédication  de  l'Évangile.  Des 
auditeurs  adonnés  à  la  magie  apportèrent  leurs  livres  supersti- 
tieux, les  brûlèrent  publiquement;  il  y  en  avait  pour  cinquante 
mille  deniers. 

Bravant  les  réactions  assez  vives  d'une  population  [)aïenne 
prompte  à  se  soulever  au  nom  de  la  déesse  Artémis,  Paul  passa 
deux  années  entières  à  Éphèse,  de  53  à  56.  Il  lui  donna  même 
un  évêque,  en  la  personne  de  son  disciple  Timothée.  Mais  par- 
dessus Timothée;  une  autre  inlluence  plus  durable  rayonna 
sur  Éphèse  et  les  autres  chrétientés  d'Asie  :  celle  de  l'apôtre 
Jean,  véritable  fondateur  et  chef  de  toutes  ces  Églises.  Non  pas 
apôtre  des  Gentils,  au  même  titre  que  Paul,  mais  plutôt  apôtre 
de  la  circoncision,  Jean  s'adressait  de  préférence  aux  commu- 
nautés juives  pour  y  implanter  la  foi  chrétienne;  et  toutes  les 
recrues  de  l'Évangile  s'unissaient,  se  fondaient  sous  sa  douce 
main.  Nous  le  voyons  en  face  de  son  œuvre  dans  l'Apocalypse, 
et  nous  l'entendons  (1)  adresser  le  message  de  l'Esprit  divin 
«  aux  sept  Églises  qui  sont  en  Asie  »,  à  commencer  par  celle 
d'Éphèse.  Éphèse  fut  réellement  la  ville  de  Jean.  Durant  un 
demi  siècle  peut-être,  elle  entendit  sa  parole;  elle  garda  son 
tombeau  (2).  Les  évoques  des  grandes  Églises  d'Asie  au  ii"  siècle, 
Polycarpe  de  Smyrne,  Polycrate  d'Éphèse,  se  réclamaient  de 
l'apôtre  Jean  ;  et  l'on  sait  qu'une  controverse  retentissante, 
touchant  la  date  de  la  Pâque,  mit  aux  prises  ces  évêques  avec 
les  papes  de  Rome,  Anicet  et  Victor,  les  Églises  d'Asie  demeu- 

(1)  Ap.,  I,  4. 

(2)  Au  11°  siècle,  Polycrate  d'Éphèse  écrit  au  Pape  Victor  :  «  Jean,  qui  reposa 
sur  la  poitrine  du  Seigneur,  est  enseveli  à  Éphèse.  »  'IwàwYi;  6  iid  t6  (7tt,6o; 
ToO  Kupîou  àvaTita'jiv...  Èv  'E:pé(Ttp  y.£xoi[i.r|Tai.  Eusèbe,  Hisl.  Eccl.,  ni,  31  :  v,  23. 

[2] 


378  REVUE    DE    l'orient  CHRÉTIEN. 

rant  attachées  à  l'observance  quartodécimane,  qu'elles  tenaient 
de  l'apôtre  Jean,  à  rencontre  de  l'observance  romaine,  héritée 
des  apôtres  Pierre  et  Paul. 

Si  vénéré  que  lût  dans  Éphèse  le  nom  de  l'apôtre  Jean,  il  ne 
pouvait  cependant  pas  l'être  à  l'égal  du  nom  de  la  Vierge  Mère 
de  Dieu,  à  qui  le  troisième  concile  œcuménique  devait  rendre  un 
homuiage  incomparable.  D'ailleurs,  ces  deux  noms  étaient  unis 
par  un  lien  étroit,  dont  témoigne  la  lettre  adressée  le  23  juin  431 
à  l'Église  de  Constantinople  par  le  concile  que  présidait  saint 
Cyrille  d'Alexandrie.  Les  Pères  s'étonnent  et  s'indignent  de 
l'audace  qui  a  poussé  l'impie  Nestorius  à  venir  soutenir  son 
hérésie  dans  cette  ville  (I)  d'«  Éphèse,  où  (vit  le  souvenir  de) 
Jean  le  Théologien  et  de  la  Vierge  Mère  de  Dieu,  sainte  Marie  ». 

La  phrase  est  elliptique,  et  peut-être  ne  nous  a-t-elle  pas  été 
transmise  intégralement  :  les  mots  que  nous  avons  cru  devoir 
suppléer  en  vue  de  la  correction  grammaticale,  représentent  le 
minimum  du  sens  qui  se  dégage  clairement  du  contexte.  Car 
en  prononçant  les  deux  noms  vénérés,  les  Pères  font  claire- 
ment appel  au  souvenir  de  Jean  et  de  Marie,  particulièrement 
vivant  dans  Éphèse. 

Pourquoi  ces  deux  noms  sont-ils  ainsi  rapprochés?  On  a 
souvent  répondu  :  parce  que  Éphèse  possédait  deux  sanctuaires, 
dédié  l'un  à  l'apôtre  Jean,  l'autre  à  la  Vierge  Mère  de  Dieu.  Le 
fait  n'est  pas  contestable;  mais  il  appelle  une  explication.  Les 
documents  du  concile  distinguent  nettement  la  grande  église 
Sainte-Marie,  où  les  Pères  s'assemblaient,  et  rà-ojxi/acv,  dédié 
à  l'apôtre  saint  Jean  :  écrivant  le  même  jour  à  l'empereur 
Théodose  II,  le  parti  Nestorien  se  plaint  d'avoir  été  exclu  de 
l'un  et  de  l'autre  par  Memnon  évêque  d'Éphèse  (2).  Mais  encore, 
pourquoi  ces  deux  sanctuaires?  En  ce  qui  touche  l'apôtre  saint 
Jean,  l'explication  est  toute  simple  :  l'apôtre  était  honoré  au 
lieu-mème  où  reposait  son  corps  :  ainsi  en  fut-il  constamment 
dans  l'Église  primitive,  où  nous  VDyons  les  premiers  sanc- 

(1)  Mansi,  Conciiiorvm  amplissima  CoUecUo,  IV,  1241  B  :  cpôdiCTa;  èv  'Ecpéaw, 
£v6a  ô  ÔcoXovoç  *l(«)âvvv)ç  xal  r,  Ôeotôxo;  7ta>6évoç  ïj  àyîa  Mapîa. 

(2)  Mansi,  IV,  1233  E  :  MÉjavovo;  toû  iniav.6no-j  xà;  [aÈv  àyia;  èxxXriTiai;  xal  xà 
àyoi  [AapTÛpia  xai  tô  aytov  àTtoaxôXtov  yi(iïv  à7tox),ei<javio;...,  èxsivoi;  ôè  Tr|V  (xsyâXriv 
£xx),ïi'ïiav  àvoiÇavToç... 

[31 


LE    TOMBEAU    DE    LA    SAINTE    VIERGE.  379 

tuaires  chrétiens  s'élever  sur  la  tombe  des  martyrs  et  des 
grands  évèques.  Les  exemples  abondent,  inutile  d'en  citer.  En 
ce  qui  touche  la  Vierge  Marie,  l'usage  met  aisément  sur  la 
trace  d'une  explication  semblable  :  l'église  Sainte-Marie  se 
serait  élevée  au  lieu  où  avait  reposé  le  corps  de  la  Vierge;  si 
la  conjecture  reste  dépourvue  d'attestation  positive,  on  se 
saurait  lui  dénier  une  haute  convenance. 

D'autant  qu'assez  de  raisons  suggèrent  l'association  de  la 
Vierge  à  l'apôtre  saint  Jean,  jamais  rompue  depuis  la  passion 
du  Seigneur.  Le  Christ  en  croix  avait  dit  à  sa  Mère  (  1  )  :  «  Femme, 
voilà  votre  fils  ».  Et  au  disciple  bien-aimé  :  «  Voilà  ta  mère  ». 
A  dater  de  cette  heure,  ajoute  l'évangile,  le  disciple  prit  Marie 
à  sa  charge.  On  ne  voit  pas  qu'il  se  soit  jamais  cru  relevé 
de  ce  devoir  sacré.  Pourquoi  Marie  ne  l'aurait-elle  pas  suivi  à 
Éphèse?  Pourquoi  n'y  aurait-elle  pas  eu  son  tombeau?  Pourquoi 
l'église  Sainte-Marie  ne  se  serait-elle  pas  élevée  sur  le  tombeau 
de  la  Vierge,  et  plus  tard  VàizoccoXiov  sur  le  tombeau  de  l'Apôtre, 
ainsi  que  les  divers  ;j.apTupia  qui,  d'après  nos  documents,  per- 
pétuaient dans  Éphèse  la  mémoire  d'autres  saints  personnages? 
Le  seul  recours  à  une  loi  très  fondée  en  histoire  suffit  à  rendre 
compte  de  tout;  il  rend  compte  notamment  de  cette  insigne 
dévotion  à  Marie,  par  laquelle  Éphèse  était  distinguée  entre 
toutes  les  villes  du  monde,  et  qui  cesse  d'être'  une  énigme,  si 
l'on  admet  qu'elle  avait  fleuri  sur  un  tombeau. 

La  simplicité  du  système  est  faite  pour  séduire.  Mais  elle  ne 
nous  dispense  pas  d'entendre  ce  qu'on  peut  lui  opposer.  Le 
fait  est  qu'une  tradition  accréditée  depuis  quatorze  siècles  place 
le  tombeau  de  la  Vierge  non  point  à  Éphèse,  mais  à  Gethsémani. 
Ce  point  d'histoire  mérite  examen. 

Constatons  d'abord  le  silence  des  premiers  siècles  chrétiens, 
touchant  les  dernières  années  de  la  Vierge.  Silence  que  ne 
rompt  aucune  voix  de  récit  ni  de  légende.  Les  Apôtres,  qui 
avaient  porté  au  bout  du  monde  la  parole  du  Fils  de  Dieu,  ne 
s'étaient  pas  donné  mission  de  poursuivre,  après  la  descente 
du  Saint-Esprit,  les  destinées  de  la  Vierge  Mère.   Les  Pères 

(1)  loan.,  XIX,  26-27. 

[4] 


380  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

n'entreprirent  pas  de  les  suppléer.  S'ils  effleurent  quelquefois 
le  sujet,  c'est  pour  avouer  leur  ignorance.  Nous  pourrions 
interroger  saint  Cyrille  de  Jérusalem,  témoin  hors  pair  quant 
aux  souvenirs  de  son  Église  :  ses  admirables  Catéchèses  nous 
laissent  ignorer  la  fm  de  Marie.  Arrêtons-nous  plutôt  à  deux 
Pères  très  représentatifs,  l'un  de  l'Orient,  l'autre  de  l'Occident 
et  de  l'Orient  à  la  fois  :  saint  Épiphane  de  Salamine  à  Chypre, 
et  saint  Jérôme.  Saint  Épiphane,  «  l'homme  des  trois  langues  », 
versé  dans  l'antiquité  grecque,  dans  lantiquité  sémitique, 
dans  l'antiquité  latine;  plus  érudit  que  judicieux,  mais  doué 
d'une  curiosité  toujours  en  éveil,  ardent  à  dépister  les  rumeurs 
locales  et  à  colliger  les  documents  inédits.  Saint  Jérôme,  très 
informé  des  premiers  souvenirs  chrétiens,  par  un  séjour  pro- 
longé en  Terre  Sainte  et  par  ses  travaux  sur  les  Écritures.  Les 
réponses  de  ces  deux  Pères  sont  éminemment  propres  à  nous 
découvrir  le  sentiment  commun  de  l'Église  à  la  fm  du  iv"'  siècle. 
Sur  les  dernières  années  de  la  sainte  Vierge,  Épiphane  avoue 
candidement  son  ignorance.  Il  vient  de  rappeler  les  paroles  du 
Christ  confiant  sa  Mère  à  saint  Jean  (1)  : 

Alors  Jean  prit  Marie  sous  sa  garde.  Mais  elle  n'y  demeura  point.  Si 
quelques-uns  pensent  que  je  me  trompe,  qu'ils  suivent  la  trace  des  Écri- 
tures :  ils  n'y  trouveront  pas  la  mort  de  Marie  :  ni  qu'elle  soit  morte,  ni 
qu'elle  ne  soit  pas  morte;  ni  qu'elle  ait  été  mise  au  tombeau,  ni  qu'elle 
n'ait  pas  été  mise  au  tombeau.  Entre  temps,  Jean  prit  la  route  d'Asie; 
mais  nulle  part  il  ne  dit  qu'il  ait  amené  avec  lui  la  sainte  Vierge  :  l'Écri- 
ture a  simplement  gardé  le  silence,  à  cause  d'une  si  grande  merveille, 
pour  ne  pas  confondre  la  pensée  des  hommes.  Pour  moi,  je  n'ose  parler  : 
je  réfléchis  et  me  tais.  D'aventure  nous  avons  pu  raconter  la  trace  de 
cette  Vierge  sainte  et  bienheureuse,  à  défaut  du  secret  de  sa  mort.  D'une 
part,  Siméon  dit  d'elle  :  Un  glaive  percera  ton  âme,  afin  que  soient  révélées 
les  pensées  de  bien  des  cœurs  (Luc,  ii,  35).  D'autre  part,  l'Apocalypse  de 
Jean  dit  (.\ii)  que  le  dragon  se  jeta  sur  la  femme  qui  avait  mis  au  jour  un 
enfant  màle,  qu'elle, reçut  des  ailes  d'aigle  et  s'enleva  vers  le  désert  pour 
échapper  au  dragon.  Ceci  pourrait  s'accomplir  en  elle  :  je  n'ose  l'affirmer 
absolument,  ni  dire  qu'elle  a  échappé  îi  la  mort,  ni  affirmer  qu'elle 
mourut... 

Et  plus  loin  (2)  : 

(1]  S.  Épiphane,  Haer.  LXXVIII,  \l;P.G.,  XLII,  710 BC. 
(2j  Ibid.,  24,  737 A. 

[5] 


LE  TOMBEAU    DE    LA    SAINTE    VIERGE.  381 

Que  la  Vierge  soit  morte  et  ait  été  mise  au  tombeau  :  glorieux  est  son 
repos,  sainte  sa  fin,  virginale  sa  couronne.  Qu'elle  ait  péri  de  maie  mort, 
selon  l'Écriture  :  Un  glaive  percera  son  âme  :  avec  les  martyrs  est  sa 
gloire,  dans  les  béatitudes  le  corps  saint  de  celle  par  qui  la  lumière  se 
leva  sur  le  monde.  Qu'elle  ait  survécu  :  rien  d'impossible  à  Dieu,  qui  fait 
tout  ce  qu'il  veut:  nul  ne  connaît  sa  fin.  Il  ne  faut  pas  honorer  les  saints 
outre  mesure,  mais  honorer  le  Seigneur  des  Saints.  Trêve  donc  à  l'erreur. 

Épiphane  a  commencé  par  écarter  l'idée  que  Marie  ait  suivi 
saint  Jean  sur  la  route  d'Asie.  En  quoi  il  exprime  un  sentiment 
personnel.  Mais  il  n'y  met  point  d'opiniâtreté.  Là  où  l'Écriture 
se  tait,  il  ne  demande  qu'à  ignorer.  Par  ailleurs,  chacun  est 
libre  d'interroger  l'Écriture  et  d'y  soupçonner  des  miracles, 
car  la  puissance  de  Dieu  est  sans  bornes.  On  ignore  comment 
mourut  la  sainte  Vierge,  et  même  si  elle  mourut.  Épiphane  ne 
veut  pas  en  savoir  plus  long. 

Un  peu  plus  jeune  qu'Épiphane,  saint  Jérôme  n'est  pas  moins 
discret.  S'il  rappelle,  lui  aussi,  à  diverses  reprises,  les  paroles 
adressées  à  Marie  et  à  saint  Jean  par  le  Christ  en  croix  (1),  ce 
n'est  pas  pour  en  tirer  des  conclusions  hasardeuses;  mais  il  se 
plaît  à  souligner  la  prédilection  du  Seigneur  pour  l'apôtre 
vierge,  et  la  convenance  particulière  du  don  qu'il  lui  fit  de  sa 
Mère  Vierge.  Traduisant  la  Chronique  d'Eusèbe,  il  note  qu'après 
la  mort  de  Domitien,  Jean  quitta  l'exil  de  Patmos  et  revint  à 
Éphèse,  où  il  possédait  une  petite  maison  et  des  amis  tout 
dévoués  (2).  Dans  son  livre  sur  Les  noms  hébraïques,  il  men- 
tionne Gethsémani  comme  le  site  consacré  par  la  prière  du 
Seigneur,  où  l'on  a  élevé  une  église;  mais  il  n'indique  aucun 
lien  avec  le  souvenir  de  la  Sainte  Vierge  (3).  Sur  la  thèse  géné- 
rale de  la  résurrection  corporelle,  il  marque  beaucoup  d'éloi- 
gnement  pour  le  sentiment  d'Origène,  qui  lui  parait  mécon- 
naître l'identité  du  corps  ressuscité  (4).  Il  ne  lui  vient  pas  à 


(1)  Epp.,  cxvii,  i;  cxxv,  4;  P.  L.,  XXII,  954;  1090;  Adv.  lovinianum,  i,  26; 
P.  Z,.,  XXIII,  246-8. 

(2)  Chron.,  ad  ann.  99,  P.L.,  XXVII,  603. 

(o)  De  situ  et  nominibus,  Evangel.,  P.  Z,.,XXVI,  903  B  :  Gethsémani,  locus  ubi 
Salvator  ante  Passionem  oravit.  Est  autem  ad  radiées  mentis  Oliveti  nunc 
ecclesia  desuper  aedificata. 

(4)  Ep.,  Lxx,  2;  P.L.,  XXII,  687. 


;382  REVUE  DE  l'orient  chrétien. 

l'esprit  de  désigner  la  Sainte  Vierge  comme  type  d'une  résur- 
rection anticipée. 

Épipliane  et  Jérôme,  les  deux  grandes  autorités  pour  les 
souvenirs  palestiniens,  en  cette  fin  du  iv'  siècle,  n'ont  rien  à 
nous  apprendre  touciiant  la  mort  de  la  Vierge.  Aucun  autre 
Père,  à  cette  même  date,  n'en  sait  plus  long.  Et  l'on  a  pu 
observer  que  l'idée  d'un  miracle  tel  que  l'Assomption  corpo- 
relle ne  paraît  pas  avoir  traversé  la  pensée  de  saint  Jérôme. 
Si  elle  a  traversé  la  pensée  de  saint  Épipliane,  c'est  comme 
une  pure  possibilité,  à  laquelle  l'evéque  de  Salamine  ne  s'arrête 
pas.  Il  n'a  évidemment  aucune  donnée  positive  à  cet  égard. 
Et  tous  les  Pères  du  même  temps  en  étaient  là.  Sur  l'Assomp- 
tion corporelle  de  la  Sainte  Vierge,  la  tradition  historique  des 
quatre  premiers  siècles  chrétiens  est  entièrement  muette.  Et 
non  seulement  la  tradition  historique,  mais  les  apocryphes 
eux-mêmes.  Plus  tard,  on  s'occupera  de  combler  cette  lacune, 
et  le  viif  siècle  verra  naître  une  prétendue  lettre  de  saint  Jérôme 
à  Paule  et  Eustochium,  qui  trouvera  quelque  temps  une  trop 
bénévole  hospitalité  au  Bréviaire  Romain,  mais  sera  dénoncée 
comme  un  faux  par  Érasme,  éditeur  de  saint  Jérôme,  et  dis- 
paraîtra, pour  l'honneur  de  la  prière  catholique  (1). 

La  carence,  prolongée  durant  des  siècles,  de  la  tradition  lit- 
téraire touchant  un  point  destiné  à  entrer  dans  la  croyance 
commune  de  l'Église,  ne  surprendra  pas  outre  mesure  si  l'on 
réfléchit  que  cette  Croyance  repose  sur  un  tout  autre  fondement, 
sur  le  fondement  d'une  tradition  proprement  dogmatique.  Le 
raisonnement  théologique,  où  s'appuie  la  croyance,  aujourd'hui 
commune,  à  l'Assomption  corporelle  de  Marie,  peut  se  formuler 
en  peu  de  mots.  Marie  est  entrée  dans  ce  monde  par  le  miracle, 
au  jour  de  sa  Conception  immaculée.  Le  rang  qu'elle  occupe 
entre  les  créatures,  comme  Mère  de  Dieu,  est  incomparable  : 
elle  le  doit  au  miracle  de  l'Incarnation.  Elle  ne  pouvait  déchoir 
de  ce  rang,  et  donc  ne  pouvait  sortir  de  ce  monde  sans  un 
nouveau  miracle,  le  miracle  de  l'Assomption  corporelle  confir- 
mant rélectioo  divine  et  la  réunissant  pour  jamais  au  Dieu  qui 
a  voulu  devenir  son  Fils.  Voilà  pourquoi  la  Résurrection  et 

(1)  Ps.  Jérôme,  Ep.w;  P.  L.,  XXX,  121-142. 


LE  TOMBEAU    DE    LA    SAINTE    VIERGE.  383 

l'Ascension  glorieuse  de  Jésus  appellent  comme  corollaire  la 
résurrection  et  l'Assomption  corporelle  de  Marie.  La  pensée 
chrétienne  s'est  affermie  peu  à  peu  dans  cette  croyance,  comme 
dans  une  exigence  de  la  doctrine  révélée.  L'exigence  avait 
échappé  à  saint  Jérôme,  comme  à  saint  Épiphane,  comme  à 
tous  les  anciens  Pères.  Néanmoins  des  prémisses  étaient  posées, 
d'où  l'Église,  assistée  par  l'Esprit-Saint,  la  ferait  sortir.  Mais 
ne  nous  détournons  pas  de  l'enquête  historique  où  nous  sommes 
engagés. 

Auvi^  siècle,  apparaît,  dans  les  Itinéraires  de  Terre  Sainte(l), 
une  église  dédiée  distinctement  à  Marie  Mère  de  Dieu,  à  Getli- 
sémani.  Elle  est  signalée  vers  l'année  530  par  le  guide  de  Théo- 
dosius,  De  situterrae  sanctae{2);  vers  l'année  570  par  le  guide 
d'Antonin  de  Plaisance,  comme  un  sanctuaire  privilégié  où  se 
font  beaucoup  de  miracles  (3).  Au  vir  siècle,  Adamnanus, 
abbé  d'iona,  d'après  les  récits  de  l'évêque  fraiic  Arculfe, 
apporte  des  précisions  que  les  anciens  n'ont  pas  connues  :  il 
parle  d'une  église  dédiée  à  la  Sainte  Vierge  dans  la  vallée  de 
Josaphat;  d'un  tombeau  vide,  que  l'on  voit  dans  cette  église, 
et  où  l'on  dit  que  le  corps  de  Marie  aurait  reposé  (4).  Au 
viii'  siècle,  Bède  fait  siennes  les  données  d'Arculfe  (5).  Au 
xii"  siècle,  Pierre  Diacre  désigne  sur  le  mont  Sion  le  lieu  où 
serait  morte  la  Vierge  (G). 

Entre  la  tradition  qui  attache  à  Jérusalem  la  sépulture  de  la 
Vierge,  et  celle  qui  l'attache  à  Éphèse,  la  raison  théologique 
n'a  point  à  se  prononcer;  le  choix  ne  saurait  être  guidé  que 
par  des  vraisemblances  historiques,  et  l'absence  de  témoignages 
positifs  sur  le  séjour  de  la  Vierge,  après  la  descente  de  l'Esprit- 
Saint  sur  les  Apôtres,  nous  laisse  indécis. 

Pourtant  la  parole  du  Christ  demeure.  Il  a  confié  sa  Mère  à 
l'apôtre  vierge;  cette  parole  est  grave,  et  l'on  s'étonne  d'en- 
tendre saint  Épiphane  en  disposer  si  librement.  En  consignant 

(1)  Ilinera  hierosolymilana  saec.  iv-viii,  ex  rec.  P.  Geyer;  Corpus  Scriptorum 
ecclesiasiicorum  lalinorum  Vindobonense,  vol.  XXXI X. 
(-1)  Theodosiiis,  De  silu  Terrae  sanclae,  10,  p.  142,  16. 
(3}  Antoninus,  Ilinerarium,  27,  p.  177,  16. 

(4)  Adamnanus,  De  locis  .sanctis,  l,  12,  p.  240,  14. 

(5)  Beda,  De  locis  sanctis,  5,  p.  309,  18. 

(6)  Petrus  Diaconus,  De  locis  sanctis,  p.  111,8. 

'     [8] 


384  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

cette  parole  dans  son  évangile,  bien  des  années  après  la  mort 
de  la  Vierge,  saint  Jean  a  montré  qu'il  en  sentait  toute  la  force, 
et  sans  doute  il  l'a  prise  à  la  lettre.  Ainsi  l'entendent  la  plupart 
des  chrétiens  qui  lisent  le  quatrième  évangile. 

La  carrière  de  l'apôtre  saint  Jean  après  la  Pentecôte  n'est 
jalonnée  que  par  un  petit  nombre  de  dates  fermes.  Au  len- 
demain de  la  Pentecôte,  nous  le  voyons  monter  au  temple  avec 
Pierre  (1),  qui  guérit  un  boiteux;  avec  lui,  comparaître  devant 
le  Sanhédrin  (2),  souffrir  la  prison  et  les  verges;  un  peu  plus 
tard,  missionner  en  Samarie  (3)  à  la  suite  du  diacre  Philippe. 
Après  l'ordination  des  premiers  diacres  et  la  persécution 
menée  par  Saul,  Jean  disparaît.  Quand  SauU. converti  et  affermi 
dans  la  foi,  vient  à  Jérusalem  trois  ans  plus  tard,  en  39  proba- 
blement, il  n'y  trouve  que  deux  apôtres  (4)  :  Pierre  et  Jacques, 
frère  du  Seigneur.  Après  quatre  ou  cinq  années  encore,  en  42, 
Pierre,  emprisonné  par  Hérode  Agrippa  et  délivré  par  un  ange, 
vient  de  nuit  frapper  à  la  porte  de  la  maison  qu'habite  la  mère 
de  Jean  Marc,  et  dit  (5)  :  «  Prévenez  Jacques  et  les  frères  ».  De 
plus  en  plus,  l'Église  de  Jérusalem  se  resserre  autour  de 
Jacques  frère  du  Seigneur.  Jean  n'est  plus  en  vue.  Cependant 
Paul,  reparaissant  à  Jérusalem  après  un  intervalle  de  quatorze 
ans,  vers  l'an  50,  y  retrouve  Jean  (6)  :  avec  Pierre  et  Jacques, 
Jean  est  de  ceux  qu'on  nomme  les  colonnes  de  l'Église;  et  il 
donne  la  main,  en  signe  d'alliance  fraternelle,  à  Paul  et  à 
Barnabe.  Depuis  la  mort  du  Seigneur,  vingt  ans  s'étaient 
écoulés.  On  ne  relève  nulle  part  la  trace  d'un  apostolat  pro- 
longé durant  tout  ce  temps  par  Jean,  soit  en  Judée,  soit  en 
Samarie;  et  l'on  aura  beaucoup  de  peine  à  se  persuader  que 
Jean  ait  attendu  jusque-là  pour  prendre  à  son  compte  la  parole 
du  Seigneur  (7)  :  «  Vous  serez  mes  témoins  jusqu'aux  extrémités 
du  monde.  »  Par  ailleurs,  aucune  hésitation  n'est  possible 
quant  à  la  direction  prise  pai;   son  apostolat.   Au   ii*  siècle, 

(1)  Act.,  III,  1. 

(2)  AcL,  IV,  19-v,  40. 

(3)  Ad.,  viii,  14-17. 

(4)  Gai.,  1,  18-19. 

(5)  AcL,  XII,  17. 

(6)  Gai.,  II,  9. 

(7)  Act.,  1,8. 

[91 


LE    TOMBEAU    DE    LA    SAINTE    VIERGE.  385 

Polycrate  d'Éphèse  atteste  (1)  que  sa  ville  épiscopale  garde  le 
tombeau  de  Tapôtre;  saint  Irénée  de  Lyon  (2)  et  Clément 
d'Alexandrie  (3)  confirment  que  Jean,  après  l'exil  de  Patmos, 
fixa  son  séjour  à  Éphèse.  Au  m''  siècle,  Tertullien  (4)  connaît 
des  Églises  par  lui  formées;  on  ne  les  cherchera  point  hors 
d'Asie.  Origène  (5)  et  Denys  d'Alexandrie  (6)  savent  qu'il  mourut 
à  Éphèse.  Au  iv"  siècle,  pour  saint  Jérôme,  Jean  est  le  fonda- 
teur et  le  chef  de  toutes  les  Églises  d'Asie  (7).  Pour  cette 
ardeur  d'apostolat  dont  il  était  consumé,  on  trouve  beaucoup  de 
temps  entre  les  années  40  et  50.  Il  a  pu  prendre  dès  lors  la 
route  d'Asie. 

Quant  à  Marie,  on  perd  sa  trace  dès  le  jour  de  la  Pentecôte  (8). 
Les  écrits  apostoliques  ne  suggèrent  pas  qu'elle  ait  continué  de 
tenir  dans  l'Église  de  Jérusalem  le  rôle  de  centre  vivant  qui 
avait  été  le  sien  dès  la  première  heure,  après  la  Passîon.  A  vrai 
dire,  le  séjour  de  Jérusalem  ne  semblait  pas  particulièrement 
indiqué  pour  les  femmes  chrétiennes,  en  ce  jour  où  Saul  dévas- 
tait l'Église,  traînant  hommes  et  femmes  en  captivité  '^9).  Il 
apparaît  croyable  que  saint  Jean,  lui-même  étranger  à  Jéru- 
salem, a  cru  remplir  la  mission  reçue  du  Seigneur  en  conduisant 
sa  Mère  dans  un  abri  sur.  Éphèse  aurait  été  cet  abri;  là  Marie 
aurait  vécu  jusqu'à  sa  bienheureuse  mort.  D'ailleurs,  Jean 
devait  revenir  plus  d'une  fois  dans  cette  ville;  après  l'exil  de 
Patmos,  il  y  levint  encore  et  y  mourut. 

Conjectures  sans  doute,  et,  avouons-le,  plus  pauvres  d'appui 
dans  la  tradition  littéraire  que  les  conjectures  désignant  le 
mont  Sion  comme  dernier  séjour  de'la  Vierge.  Mais  on  a  vu  par 
ce  qui  précède  combien,  en  l'absence  d'attestations  positives, 
la  fantaisie  avait  le  champ  libre  pour  reconstituer,  à  cinq  ou 
six  siècles  d'intervalle,  une  histoire  devenue  indéchiffrable.  Que 


(1)  Voir  Eusèbe, //■.£".,  m,  31. 

(2)  Adv.  Haer.,  ii,  22,  5  ;  in,  3,  4. 

(3)  Quis  dïves  salvelur,  42. 

(4)  IV  Adv.  Marcionem,  5  :  Habemus  et  loannis  alumnas  Ecclesias. 

(5)  Eusèbe,'  //.  E.,  m,  1. 

(6)  Eusèbe,  H,  E.,  vu,  25. 

(7)  De  vir.  iUustr,,  9  :  Totas  Asiae  fundavit  rexitque  Ecclesias. 

(8)  AcL,  I,  14. 

<9)  Act..  VIII,  3;  IX,  2. 

[10] 

ORIENT   CHIŒTIEX.  25 


386  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

latraclition  de  Jérusalem  ait  pris  le  pas  sur  la  tradition  d'Éphèse, 
cela  s'explique  aisément  par  les  titres  imprescriptibles  de 
Jérusalem,  point  d'attache  de  tous  les  souvenirs  chrétiens.  La 
décadence  d'Éphèse,  couverte  dès  le  vii^  siècle  par  le  flot  arabe 
et  progressivement  déchristianisée,  la  condamnait  à  l'oubli^ 
dès  lors  que  les  pèlerins  n'y  allaient  plus  retremper  leur 
dévotion. 

D'ailleurs  oubli  moins  total  qu'on  ne  pourrait  le  croire.  Les 
chroniqueurs  jacobites  du  xiT  et  du  xiii"  siècle,  Denys  Bar 
Salibi,  Michel  le  Syrien,  Abulfarage,  attestent  la  persistance 
d'une  tradition  locale  affirmant  le  séjour  de  la  Vierge  et  sa 
mort  à  Éphèse.  Cette  tradition  a  été  recueillie  en  Occident  et 
défendue  par  des  historiens  tels  que  ïillemont  et  Ruinart,  par 
le  pape  Benoît  XIV.  Elle  a  obtenu  de  nos  jours  un  regain  de 
faveur. 

Au  risque  de  discréditer  complètement  la  thèse  éphésienne, 
nous  noterons  que  ses  progrès  dans  l'opinion  commune,  depuis 
une  quarantaine  d'années,  sont,  dans  une  certaine  mesure, 
liés  à  la  diffusion  des  révélations  de  Catherine  Emmerich,  la 
voyante  de  Diilmen  en  Westphalie. 

Nul  ne  s'avisera  de  consulter  les  récits  de  voyantes  comme 
documents  d'histoire.  Et  ici,  la  circonspection  s'impose  d'autant 
plus  que  la  vision  s'oppose  à  la  vision.  Si  Catherine  Emmerich 
(f  1824)  est  invoquée  pour  la  tradition  d'Éphèse,  Marie  de 
Jésus,  abbesse  d'Agrédaen  Espagne  (f  1665),  est  invoquée  pour 
la  tradition  de  Jérusalem.  Néanmoins  nous  n'imiterons  pas  les 
esprits  fermés  qui  congédient  sommairement  ce  genre  de  con- 
sidérations, comme  rêveries  de  femmes  hystériques  ou  jeux  de 
simulatrices.  Nous  y  voyons  un  cas  de  psychologie  religieuse, 
non  indigne  de  retenir  l'attention. 

La  Cité  mystique  de  Dieu,  composée  d'abord  par  l'abbesse 
d'Agréda  sous  l'impression  fraîche  de  ses  communications  sur- 
naturelles et  sur  l'ordre  d'un  confesseur,  brûlée  par  obéissance 
à  un  second  confesseur,  récrite  plus  tard  sur  l'ordre  du  premier, 
déconcerte  d'abord  le  lecteur  par  une  forme  littéraire  très 
artificielle.  Les  anges,  les  apôtres,  la  Sainte  Vierge  elle-même, 
y  parlent  comme  des  héros  de  Tite-Live.  La  piété  est  profonde, 
mais  elle  perd  quelque  chose  à  venir  jusqu'à  nous  par  ces 

[11] 


LE    TOMBEAU    DE    LA    SAINTE   VIERGE.  387 

harangues  apprêtées.  Si  Ton  surmonte  cette  impression  de 
surface,  on  se  lieurte,  quant  au  fond,  à  une  profusion  de  mer- 
veilleux qui  excite  la  défiance.  Avant  de  se  rendre  en  Asie 
Mneure  avec  saint  Jean,  la  Sainte  Vierge  a  été  transportée 
par  les  anges,  en  Espagne,  à  Saragosse,  pour  y  visiter  Tapôtre 
saint  Jacques.  Au  retour  de  ce  voyage,  elle  part  de  Jérusalem 
avec  saint  Jean  et  se  rend  à  Éphèse  par  voie  de  mer.  Elle  y 
reverra  saint  Jacques,  revenant  d'Espagne  à  Jérusalem,  où  il 
subira  le  martyre.  Elle-même  reviendra  visiter  la  ville  sainte, 
à  rappel  de  saint  Pierre,  et  y  mourra,  entourée  de  tous  les 
Apôtres;  elle  sera  ensevelie  dans  la  vallée  de  Josaphat  (1). 

Tout  autre  est  l'impression  produite  par  la  voyante  de 
Dïilmen.  Récits  d'une  femme  très  simple,  à  qui  Dieu  a  fait 
revivre  en  imagination  les  scènes  de  la  vie  du  Christ  et  de  la 
vie  de  sa  Mère;  elle  réveille  ses  souvenirs  déjà  en  partie  effacés; 
sans  s'inquiéter  beaucoup  des  contradictions  de  détail  où  elle 
pourra  tornber,  elle  livre  ces  souvenirs  au  secrétaire  qui  nous 
les  a  transmis  pieusement.  Nous  ne  saurions  dire  ce  que  Clément 
Brentano  a  pu  mêler  du  sien  aux  données  qu'il  recueillait  sous 
la  dictée  de  la  voyante;  mais  il  a  dû  travailler  sur  une  riche 
matière,  car  sa  rédaction  nous  livre  abondamment  de  ces  traits 
qu'on  n'invente  pas.  En  particulier,  sa  topographie  de  la 
région  éphésienne  donne  l'impression  d'une  chose  vue,  et  pose 
d'étranges  problèmes  à  qui  veut  écarter  l'hypothèse  d'une 
réalité  contemplée  en  imagination.  Nous  savons  tels  voyageurs 
qui,  ayant  gravi  la  colline  de  Bulbul-Dagh  résolus  à  prendre 
en  défaut  la  voyante  ou  le  secrétaire,  ont  dû  s'avouer  vaincus. 

Catherine  Emmerich  assure  que  Marie,  après  l'Ascension 
du  Seigneur,  passa  trois  ans  sur  la  montagne  de  Sion,  puis 
trois  ans  à  Béthanie,  enfin  neuf  ans  près  d'Éphèse,  où  l'avait 
précédée  une  petite  colonie  chrétienne  et  où  saint  Jean  la 
conduisit. 

(Quelques  lignes  donneront  une  idée  du  document,  très 
remarquable  par  son  caractère  visuel  (2). 

(  i)  La  Cité  mystique  de  Dieu,  par  la  vénérable  mère  Marie  de  .Jésus  d'Agréda, 
traduite  de  l'espagnol  par  le  R.  P.  Croset,  franciscain;  tome  VI.  Paris,   1857. 

(-2)  ]'ie  de  la  Sainte  Vierge,  d'après  les  visions  de  Catherine  Emmerich. 
Traduction  nouvelle,  p.  461-:.'.  Paris-Tournai,  1860. 

[12] 


388  REVUE    DE    L  ORIENT    CHRETIEN. 

Quand  Jean  amena  la  Vierge  dans  ce  pays,  après  avoir  eu  soin  de  lui 
faire  bâtir  une  maison  à  l'avance,  il  s'y  trouvait  déjà  un  certain  nombre 
de  familles  chrétiennes,  et  de  saintes  femmes,  établies  dans  des  grottes  ou 
des  cavernes  qu'on  avait  rendues  habitables  par  quelques  travaux  légers, 
ou  dans  des  cabanes  mobiles;  une  violente  persécution  les  avait  con- 
traintes à  fuir  leur  patrie.  Comme  on  avait  pris,  suivant  qu'ils  se  présen- 
taient, les  abris  disposés  par  la  main  de  la  nature,  les  habitations  étaient 
isolées  et  souvent  à  un  quart  de  lieue  l'une  de  l'autre,  et  la  colonie  tout 
entière  faisait  à  peu  près  l'effet  d'une  bourgade  non  agglomérée.  Seule  la 
maison  de  la  Vierge  était  bâtie  en  pierres.  Derrière  cette  maison,  à  une 
distance  peu  considérable,  des  rochers  élevés  formaient  le  sommet  de  la 
montagne,  duquel  on  apercevait,  par  delà  les  collines  et  les  arbres,  la 
ville  d'Éphèse  et  la  mer  avec  ses  îles  innombrables  (1).  Cet  endroit  est 
moins  éloigné  de  la  mer  que  d'Éphèse  même,  qui  peut  en  être  à  quelques 
lieues.  Le  pays  est  solitaire  et  rarement  visité  par  les  voyageurs.  On 
trouve  dans  le  voisinage  un  château  habité  par  un  roi,  un  prince  détrôné. 
Jean  lui  a  souvent  fait  visite,  et  l'a  même  converti  à  la  foi  chrétienne  ; 
plus  tard  cette  localité  est  devenue  la  résidence  d'un  évêque.  J'ai  remar- 
qué entre  la  petite  colonie  et  la  ville  d'Éphèse  un  cours  d'eau  singulière- 
ment sinueux. 

Au  cours  des  neuf  années  passées  à  Éphèse  par  la  Sainte 
Vierge,  selon  la  voyante  de  Dulmen,  elle  voulut,  par  deux  fois, 
revoir  Jérusalem  et  les  lieux  sanctifiés  par  la  passion  du  Christ; 
mais  elle  revint  mourir  à  Éphèse.  Nous  retrouvons  les  Apôtres, 
appelés,  par  une  disposition  particulière  de  la  Providence, 
autour  de  son  lit  de  mort;  nous  assistons  aux  honneurs  qui  lui 
furent  rendus  quand  on  déposa  son  corps  sur  une  colline  voisine 
d'Éphèse,  près  du  lieu  encore  désigné  par  la  tradition  locale 
comme  «  la  maison  de  la  Vierge  »,  Panagia  Kapuli.  La  véné- 
ration publique  s'est  attachée  à  ce  lieu;  les  Turcs  même  vien- 
nent encore  plonger  leurs  enfants  malades  dans  la  fontaine  de 
la  Panagia.  Les  fouilles  amorcées  par  les  Lazaristes  français, 
interrompues  par  la  guerre,  ont  déjà  donné  des  résultats 
heureux  et  nous  réservent  peut-être  des  découvertes  du  plus 
haut  prix,  sur  la  colonie  chrétienne  établie  au  i*""  siècle  à  Bulbul- 
Dagh  (2). 

(1)  Ce  trait  est  fort  suggestif.  Il  n'y  a  pas  d'"  îles  innombrables  »  à  l'horizon 
de  Bulbul-Dagh,  mais  une  seule  grande  île,  Samos,  dont  les  multiples  affleure- 
ments sur  la  mer,  à  l'opposé  des  méandres  du  Caystre,  donnent  l'illusion  d'un 
archipel.  (D'après  les  souvenirs  d'un  voyageur.) 

(2)  L'auteur  qui   a  écrit  avec    le    plus   de    soin   sur  cette   question   est  le 

[13] 


LE    TOMBEAU    DE    LA    SAINTE   VIERGE.  389 

Ue  cette  excursion  au  pays  mystique,  nous  ne  retiendrons 
aucune  conclusion  ferme.  Les  deux  voyantes  sont  en  désaccord 
quant  au  lieu  où  mourut  la  Sainte  Merge,  la  première  situant 
cette  mort  à  Jérusalem,  la  seconde  en  Asie  Mineure.  D'autre 
part,  elles  s'accordent  pour  la  faire  séjourner  à  Éphèse,  et  cet 
accord  n'est  pas  négligeable.  On  ne  peut  se  dispenser  d'en  tenir 
compte,  pour  mesurer  l'aire  de  diffusion  de  la  thèse  éphésienne. 

Les  dernières  années  de  la  Sainte  Vierge  échappent  aux 
prises  de  l'histoire.  Espérer  ressaisir,  par  delà  une  transmis- 
sion littéraire,  la  parole  de  témoins  directs,  serait  chimère. 
Mais  là  oi^i  l'histoire  s'arrête  interdite,  l'instinct  de  la  piété 
chrétienne  peut  oser  encore.  Les  exigences  de  la  parole  du 
Seigneur,  liant  l'avenir  de  sa  Mère  à  celui  de  l'apôtre  Jean,  puis 
la  grande  lumière  qui  brille  sur  l'Éphèse  du  v''  siècle,  enfin  la 
persévérance  des  mystiques  à  tourner  leurs  regards  vers  les 
rives  d'Asie  Mineure  pour  y  chercher  la  demeure  de  la  Vierge 
ou  son  tombeau,  ne  paraîtront  pas  des  indices  négligeables. 
En  l'absence  de  toute  clarté  supérieure  venue  de  Jérusalem, 
beaucoup  de  croyants  préféreront  tenir  Éphèse  pour  le  lieu  où 
la  Vierge  finit  sa  course  terrestre  et  d'où  elle  monta  au  ciel. 

Adhémar  d'Alès. 

!)'•  Johannes  Niessen,  Panagia  Kapuli,  Di'ilmen  i.  V^.,  1906  (400  pages  in-8,  avec 
cartes  et  photographies).  —  Du  même  auteur,  Ephesus.  Die  lelzte  Wohnslâlle 
der  hl.  Jungfrau  Maria,  Jlunster  i.  W.,  1931,  in-8,  62  pages.  —  M.  Parrang, 
prêti'e  de  la  Mission,  qui  a  vécu  de  longues  années  à  Éphèse,  a  bien  voulu  en 
évoquer  pour  rn'oi  la  vision.  Je  l'en  i  emercie  vivement. 


[14] 


LE  CHRONICON  ORIENTALE  DE  BUTROS 

IBN  ÂR-RÂHIB 
ET  L'HISTOIRE  DE  GIRGIS  EL-MÀKIM 


C'est  par  la  simple  épithète  de  «  Fils  du  moine  *  que  fut  tout 
d'abord  désigné  l'auteur  du  Chronicon  orientale  dont  la  tra- 
duction parut  a  Paris,  en  1651,  publiée  pour  la  première  fois  par 
le  syrien  Abraham  Ecchelensis.  Celui-ci  avait  relevé  cette  appel- 
lation dans  la  chronique  de  Girgis  el-Makim  qui,  disait-il,  avait 
utilisé  et  souvent  même  reproduit  textuellement  le  chroni- 
con (l).  Quelques  années  plus  tard,  en  16C1,  dans  son  ouvrage 
sur  Eutychius,  Abraham  Ecchelensis  identifiait  le  «  Fils  du 
moine  »  et,  sans  nous  donner  les  motifs  de  cette  identification, 
il  l'appelait  Butros  ibn  ar-Rahib  de  nationalité  égyptienne  et  de 
religion  copte  (2).  En  1729,  Joseph  Simon  Assémani  révisa  la 
traduction  de  son  compatriote,  il  la  fit  paraître  dans  le  recueil 
des  Historiens  de  Byzance  et,  comme  son  devancier,  il  attribua 
la  paternité  du  Chronicon  orientale  à  Butros  ibn  ar-Rahib, 
dont  il  fit  aussi  le  tributaire  de  Girgis  el-Makim  (3).  Cette  attri- 

(1)  Il  écrit  dans  sa  préface  :  «  Nostrum  exemplar  anonymum  est  at  eius 
authorem  fuisse  quemdam  nomine  Filium  Monachi,  ex  prima  parte  Chronici 
Georgii  Homaidi  plane  coUigitur.  Quoties  enim,  quod  passim  facit,  hune  laudat, 
non  solum  sententia  semper  eadeni  est,  sed  numerata  quoque  verba.  » 

(2)  «  Abnarahibus  seu  Ben  Rahibus,  hoc  est  FiHus  Monachi,  patria  Aegyptius, 
religione  christianus,  secta  coptita,  auctor  Chronici  orientalis,  quod  latinitate 
a  nobis  donatum,  editum  fuit  Parisiis  in  Typographia  regia  anno  1G51.  >■  Cf. 
Eulychius  Palriarcha  alexandrinus  vindicatus  et  suis  restilutus  orientaiibus. 
Romae,  1661. 

(3)  Dans  la  dédicace  adressée  à  Clément  XII,  Assémani  écrit  :  <■  Verum  sine 
consilii  mei  quas  ante  dixi,  rationes  spectentur,  sine  tua,  quam  dignitati 
egregie  coniunctam  prae  te  fers,  summa  humanitas  ac  benignitas,  in  conspec- 
tuni  tuum  auctor  iste  Aeg}'pnus,  qui  olim  sine  nomine  in  Latium  jK-rvaserat, 
nunc  proprio,  licet  barbai'o,  cultu  ornatus  venire  audet.  Nec  audet  tantum,  sed 
alacris  eliam  ae  fiducia  plenus,  Tibi  tanquam  litterarum  patrono  atque  mae- 
cenate  optimo  se  sistit»,  etc.,  etc.  Cf.  Corpus  Byzanlinae  historiae,  t.  XVII. 

[1] 


LE    CHRONICOX    ORIENTAUX    DE    BUTROS    IBN    AR-RAHIB.        391 

bution  n'a  pas  été  contredite  depuis;  la  dépendance  de  Girgis 
el-Makim  par  rapport  au  C/ironicon  orientale  n'a  pas  été  con- 
testée. L'appréciation  d'Eusèbe  Renaudot.  l'un  des  fondateurs 
de  l'histoire  ecclésiastique  orientale,  sur  l'œuvre  de  Girgis  el- 
Makim  semble  en  avoir  été  la  cause.  11  porte  sur  cet  auteur,  que 
Thomas  van  Erpen  nous  a  fait  connaître  en  partie  dans  son 
Historia  Saracenica,  ce  jugement  aussi  sévère  qu'il  est  surpre- 
nant de  sa  part  :  «  Elmacinus  homo  nullius  in  historia 
iudicii  »  a-t-il  écrit,  dans  son  Histoire  des  Patriarches  jaco- 
bistes  d' Alexandrie  (1).  Le  texte  arabe  que  n'avait  point  publié 
Abraham  Ecchelensis  ni  Assémani  étant  accessible  aujour- 
d'hui (2),  le  contrôle  de  l'examen  fait  par  ces  derniers  ainsi 
que  celui  de  leurs  conclusions  nous  est  loisible;  il  est  requis 
«n  outre  par  l'importance  qu'on  a  attribuée  au  Chronicon  orien- 
tale et  que  la  publication  de  son  texte  semble  avoir  voulu  con- 
sacrer. 

Nous  possédons  deux  ouvrages  de  celui  qu'Abraham  Ecche- 
lensis et  Assémani  nous  ont  fait  connaître,  dans  lesquels  cet 
auteur  est  désigné  avec  toutes  ses  caractéristiques  patrony- 
miques :  Abou  shaker  ibn  Abu'l  Karam  Butros  ibn  ar-Rahib 
ibn  al-Mohaddab.  L'un  est  un  traité  sur  diverses  questions  de 
théologie  intitulé  :  «  Le  livre  de  la  démonstration  »,  dont 
l'autographe  daté  de  Tan  998  de  l'ère  des  Martyrs  nous  est 
parvenu.  L'autre  est  un  opuscule  sur  les  sept  grands  conciles  (3). 

Nous  possédons  aussi,  traduits  en  éthiopien,  une  autre  com- 
position placée  sous  son  nom.   Elle  porte  le  titre  suivant  : 

^y*>  !  nn,-/-  ••  ïicn±n  ••  h'^ôa^  ■••  h'm  ■■  ^>*7c  •-  aht 

■f"  '  (h^tX  '•  0^9"  î  etc.  «  Ceci  est  le  Livre  béni  rédigé  par 
l'illustre,  habile  dans  les   Écritures,  Abou  shaker  ibn  Abu'l 

(1)  Cf.  Historia  P  air  iar  char  uni  Alexandrinorum,  p.  10. 

(2)  Ci.C.S.C.O.,  n°45. 

(3)  Cf.  J.  Assémani,  Bibliolheca  orientalis,  t.  I,  p.  574,  ms.  8;  p.  626,  ms.  31; 
t.  II,  p.  510,  ms.  42. 

12] 


392  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Karam  Butros  le  moine  ibii  al-Mohaddab,  qui  signifie  le  fils 
du  cultivé,  ou  plutôt  de  férudit,  connu  sous  le  nom  de  Barish» 
diacre  de  leglise  de  Mohallaqah.  Il  traite  du  comput  des 
temps,  il  fait  l'exposé  de  l'histoire  depuis  la  création  d'Adam, 
que  la  paix  soit  avec  lui!  jusqu'à  Tan  du  monde  6750  selon  le 
comput  égyptien,  concordant  avec  l'an  1569  d'Alexandre  et 
aussi  l'an  655  de  l'Hégire.  Il  a  réuni  le  tout  en  chapitres  dont 
nous  donnons  les  titres  et  il  a  apporté  une  grande  application 
à  son  travail.  Que  le  Très-Haut  lui  fasse  miséricorde  et  lui  soit 
propice.  Le  nombre  de  chapitres  est  de  59  (l).  » 

Cet  ouvrage  existe  aussi  en  arabe,  comprenant  comme  la 
version  éthiopienne  une  partie  qui  traite  de  la  computation  des 
temps  et  une  partie  qui  concerne  l'histoire.  Il  débute  comme 
il  suit  : 

Jl_5     /»^l        'y»     ^c_>jly"l      t^llS     'Tc^i      *^£^y       /^.^..^S»-}     <»^Ul      (j  *•«>      (^-^ 
Aj  L«..kw«.^-3      I-     ^1       A^-L~>_J      (♦ilai/U       -lo-fl"       -rc_>jLJ        't,.^>.,»,-s>J'      AjL<k.Ju,«-J       »«_ÀJl 
U     *>*     J  V*29      )iXf^       JyS'     ^J-jolLi      J^_5      jy^Vi      lAj,.iJj      Aj.Uji*Jj       'yjtj.^J. 

Comme  on  le  voit  par  ce  titre,  le  récit  historique  du  texte 
arabe  s'étend  jusqu'à  la  même  date  que  celle  donnée  dans  la 
version  éthiopienne;  cette  date  est  même  confirmée  par  la 
computation  selon  l'ère  ces  Martyrs  :  973  A.  M.  L'ensemble  de 
fouvrage  toutefois  ne  compte, pas  le  même  nombre  de  cha- 
pitres que  celui  du  texte  éthiopien.  Les  deux  textes  qui  repré- 

(1)  Cf.  DiLLMANN,  Calalogus  codicum  manuscriplorum  orienlatium  qui  in  Museo 
Brilannico  asservantur.  Pars  III,  Londini,  1847,  ms.  36.  —  Whi'ght,  Catalogue  of 
the  Ethiopie  manuscripts  in  the  B.  M.  acquired  since  the  year  18i7.  London, 
1877,  ms.  383  à  387.  —  Chaîne,  Catalogue  des  manuscrits  éthiopiens  de  la  collection 
Antoine  cl' A  bbadie.  Paris,  1912,  ms.  140. 

(2)  Ch.  Rieu,  Supplément  of  the  Catalogue  of  the  Arabie  manuseripls  in  the- 
British  Muséum.  London,  1899,  ms.  34. 

[3] 


LE    CHRONICON  ORIENTALE    DE    BUTROS    IB\    AR-RAHIB.        393. 

sentent  un  même  ouvrage  ne  se  ressemblent  point,  en  efïet, 
d'une  façon  littérale  et  intégrale.  Chacun  d'eux  contient  certains 
sujets  traités  qui  lui  sont  propres  et  maintes  fois,  dans  leurs 
parties  communes,  la  rédaction  elle-même  diffère.  Tous  deux 
comportent  des  additions  se  rapportant  à  des  faits  postérieurs  à  la 
date  du  début;  mais  c'est  là  une  fréquente  particularité  pour 
nombre  de  compositions  se  rapportant  à  l'histoire:  nous  ne  fai- 
sons que  la  signaler,  elle  est  sans  importance  pour  notre  étude.  Le 
texte  arabe  ne  nous  donne  pas  le  nom  de  l'auteur  de  cet  ouvrage; 
il  se  borne,  dans  une  des  tables  chronologiques  qu'il  renferme,, 
à  nous  signaler  le  nom  des  principaux  historiens  qui  ont  été 
consultés  pour  sa  rédaction  et  parmi  eux,  à  côté  de  Saïd  ibn 
ai-Batrik,  nous  relevons  le  nom  d'Ibn  ar-Rahib.  Les  chapitres 
de  la  deuxième  partie  de  cet  ouvrage,  qui  sont  consacrés  à 
l'histoire  et  qui  nous  intéressent  ici,  sont  les  suivants  d'après 
la  version  éthiopienne  et  d'après  le  texte  arabe. 

Chapitre  xlviii.  Histoire  du  monde  depuis  Adam  jusqu'à- 
l'empereur  Héraclius  (se  trouve  dans  le  texte  arabe). 

Chapitre  xllx.  Histoire  musulmane  depuis  Mahomet  jusqu'au 
temps  on  écrivait  l'auteur,  1257  A.  D.  (se  trouve  dans  le  texte 
arabe). 

Chapitre  l.  Liste  des  Patriarches  coptes  d'Alexandrie  depuis 
saint  Marc  (se  trouve  dans  le  texte  arabe). 

Chapitre  li.  Liste  des  Patriarches  Melkites  d'Alexandrie,  des- 
Patriarches  d'Antioche,  de  Constantinople. 

Chapitre  lu.  Chronologie  depuis  Adam  jusqu'à  Moïse  selon 
l'ère  du  monde  d'Abu'l  Fahr  al-Moutannassar. 

Chapitre  lui.  Histoire  des  sept  conciles  (se  trouve  dans  le 
texte  arabe). 

Chapitre  liv-ll\.  Études  sur  diverses  questions  de  chrono- 
logie. 

De  Girgis  el-Makim,  dont  Butros  ibn  ar-Rahib  fut  le  tribu- 
taire d'après  le  sentiment  de  ses  éditeurs,  nous  ne  possédons- 
qu'un  seul  ouvrage.  Le  Hollandais  Thomas  van  Erpen  en  a 
traduit  une  partie  qui  a  été  publiée  après  sa  mort  sous  le  titre, 
de  Historia  Saracenica;  il  porte  le  titre  suivant  : 

iy'^j>'    ^^^^    (_X><susJl    r&-»-iJi     b^A^Ii>-     [5     A».».»-    0,Lo     C- ^j<k->cM    ^..ZS 

[4] 


394  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

«  Le  livre  du  Recueil  béni  réuni  et  mis  en  ordre  par  l'émi- 
nent  docteur  Girgis  ibn  Abu'l  laser  ibn  abu'l  Makaram  ibn  el- 
Taïb  connu  sous  le  nom  de  el-Amid.  »  Il  se  divise  en  quatre 
parties  : 

I.  Histoire  des  Patriarches,  des  rois  d'Israël  et  de  Juda,  des 
empereurs  romains  jusqu'à  l'an  II  d'Héraclius. 

II.  Histoire  des  califes  jusqu'à  Bibars  el-Moaz  el-Zaher 
Rokn  ed-Din  (1260  A.D.). 

III.  Liste  des  Patriarches  coptes  jacobites  d'Alexandrie  avec 
les  noms  des  califes  et  des  empereurs  leurs  contemporains  et 
l'indication  de  la  durée  de  leur  règne. 

Cette  liste  s'arrête  avec  le  nom  d'Athanase  (1259-1261  A.  D.). 

IV.  Liste  des  patriarches  melkites  d'Alexandrie,  des  patriar- 
ches d'Ethiopie  de  Nubie,  de  la  Pentapole. 

II  existe  une  traduction  de  cet  ouvrage  en  éthiopien,  mais 
les  manuscrits  les  plus  complets  ne  comprennent  que  les  trois 
premières  parties  auxquelles  est  toujours  annexée  l'histoire 
des  sept  premiers  conciles  signalée  parmi  les  œuvres  de 
Boutros  ibn  ar  Rahib  (2). 

(1)  Cf.  Alex  Nicoll,  Bibliothecae  Bodleianae  codicum  manuscriptorum  orien- 
■lalium  catalogi,  partis  secundae  volumen  primum  arabicas  complectens.  Oxonii, 

1821,  ms.  47.  L'ouvrage  de  van  Erpen  porte  le  titre  suivant  :  Historia  Sarace- 
nica...  arabice  olim  exarata  a  Georgio  Elmacino  et  latine  reddita  opéra  ac 
studio  Tliom.  Erpenil.  Lugduni  Batavorum,  1625.  Cette  même  partie  de  la  Chro- 
nique de  Girgis  el-Makim  a  été  traduite  en  français  par  P.  Vattier,  L'histoire 
.mahomélane  ou  les  quarante-neuf  chalifes  du  Macine.  Paris,  1657.  La  suite  a  été 
aussi  traduite  en  français,  mais  n'a  pas  été  éditée.  Le  manuscrit  se  trouve 
aujourd'hui  à  la  Bibliotlièque  Bodléienne;  il  a  pour  auteur  l'ancien  génovéfain 
Gagnier  (1670-1740).  Cf.  Nicoll,  op.  cit.,  ms.  47. 

(2)  Cf.  L.  GoLDSCHMiDT,  Dic  Abssinischen  Handschriften  der  Stadtbibliothek  zu 
Frankfurt  am  Main.  Berlin,  1897,  ms.  21.  —  Wright,  op.  cit.,  ms.  388.  —  Chaîne, 
•op.  cit.,  ms.  68. 

[5] 


LE    CHRONICON    ORIENTALE    DE    BUTROS    IBN   AR-RAHIB.        395 

La  comparaison  du  grand  ouvrage  intitulé  Le  livre  béni  et 
attribué  à  Butros  ibn  ar-Raliib  dans  la  version  éthiopienne, 
avec  le  Chronicon  orientale  et  le  Recueil  béni  de  Girgis  el- 
Makim,  nous  fournit  le  tableau  suivant  : 


Le  live  béni. 

Chapitre  i-xlvii.  Questions  diverses 
de  chronologie,  de  calendrier  et  de 
comput. 

Chapitre  xlviii.  Histoire  du  monde 
depuis  Adam  jusqu'à  Tempereur 
Héraclius.  adest 

Chapitre  xllx.  Histoire  musulmane 
depuis  Mahomet  jusqu'au  temps  où 
écrivait  l'auteur  (1267  A.  D.).  '  adest 

Chapitre  l.  Liste  des  patriarches 
coptes  d'Alexandrie  depuis  S.  Marc.       adest 

Chapitre  ll  Liste  des  Patriarches 
melkites  d'Alexandrie,  des  Patriar- 
ches d'Antioche,  de  Constantinople.      adest 

Chapitre  lu.  Chronologie  depuis 
Adam  jusqu'à  Moïse  selon  l'ère  du 
monde  d' Abu'l  Fahr  al-Moutannassar.      adest 

Chapitre  lui.  Histoire  des  sept  con- 
ciles. 

Chapitre  liv-lix.  Études  sur  di- 
verses questions  de  chronologie. 


CJironicnn  orient.  Recueil  béni. 


adest 

adest 
adest 

adest 


Cette  comparaison  du  Chronicon  orientale  avec  l'ouvrage 
représenté  par  notre  texte  arabe  et  la  version  éthiopienne, 
nous  met,  comme  on  le  voit,  en  face  d'une  alternative  dans 
l'appréciation  de  leurs  rapports.  Ou  bien,  en  effet,  le  Chronicon 
et  l'Opuscule  sur  les  sept  conciles  ne  sont  que  des  extraits  d'un 
même  ouvrage  que  nous  possédons  en  arabe  et  en  éthiopien  et 
qui  traite  à  la  fois  de  chronologie  et  d'histoire;  ou  bien  l'un  et 
l'autre  de  ces  deux  travaux  ont  été  adjoints  par  un  compilateur 
à  ce  qui  constitue  aujourd'hui  la  première  partie  de  ce  même 


[6] 


396  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

ouvrage  et  qui  ne  fut  jadis  qu'une  composition  de  pure  chro- 
nologie. 

Mais  nous  ne  retiendrons  tout  d'abord  de  cette  comparaison 
que  le  fait  de  la  ressemblance  qui  existe  entre  le  Chronicon 
et  le  Recueil  béni.  C'est  cette  ressemblance  même  qui  a  attiré 
l'attention  des  éditeurs  du  Chronicon.  Dans  ces  deux  travaux, 
dont  l'un  est  attribué  à  Butros  ibn  ar-Rahib  et  l'autre  appar- 
tient à  Girgis  el-Makim,  c'est  la  même  matière  qui  est  traitée, 
la  même  histoire  qui  est  racontée  se  rapportant  aux  mêmes 
lieux  et  aux  mêmes  temps  et,  si  l'on  ajoute  que  la  méthode  des 
deux  auteurs  offre  une  grande  analogie,  qu'ils  vécurent  tous 
deux  dans  le  même  pays,  à  la  même  époque,  on  s'explique  que 
la  question  de  priorité  se  soit  posée. 

Pour  la  résoudre,  les  éditeurs  du  Chronicon,  après  avoir 
comparé  les  deux  compositions  dans  leur  ensemble,  ont  com- 
paré les  textes;  nous  suivrons  leiir  méthode. 

Nous  ferons  toutefois  au  préalable  une  remarque  sur  la  nota- 
tion de  la  chronologie  dans  le  Chronicon;  elle  n'est  pas  pure 
digression.  On  est  surpris,  en  effet,  en  étudiant  cette  dernière, 
du  nombre  d'erreurs  dont  elle  est  remplie,  en  particulier  dans 
la  notation  des  synchronismes.  Nous  citerons  quelques  exeui- 
ples.  Après  avoir  établi  d'une  part  la  liste  des  empereurs 
romains  avec  les  dates  marquant  la  durée  de  leur  règne  et 
dressant  ensuite  celle  des  Patriarches  jacobites  d'Alexandrie  en 
notant  aussi  la  durée  de  leur  pontificat,  l'auteur  du  Chronico7i 
nous  donne  les  svnchronismes  suivants. 


lll"  Patriarche,  Milius  87-l(X)  sous  l'empereur  Titus  (81-85). 

V»            —  Primus  110-125  —  Aurélius  (162-182). 

VI«      •    —  Justus  125-136  —  Commode  (182-194). 

VIP         —  Marcianus  147-156  —  Sévère  (194-207). 

IX"           —  Claudianus  156-170  —  Nacrin  (213-214). 

X«            —  Agrippinus  170-182  —  Alexandre  (217-230). 

XIP         —  Démétrius  192-225  —  Philippe  (237-244). 

XIP         --  Théoclas  225-241  —  Valérien  (247-261).. 

XXI«        —  Pierre  365-371  —  Julien  (354-356).. 

XXVP     —  Timothée  451-473  —  Marcien  (444-450). 

XXVIP    —  Pierre  473-482  —  Léon  le  Grand  (450-466). 

XXVIIP  —  Atlianase  482-489  —  Léon  (466-467).. 
etc.,  etc. 


171 


LE    CHRONICON    ORIENTALE    DE    BUTROS    IBN   AR-RAHIB.        397 

Nous  relevons   les  mêmes  erreurs  pour   les  synchronismes 
établis  avec  les  califes. 


XLP  Patriarche  Isaac      6182-6185  sous  le  califo  Abdallah  6176. 


XLVIl"     — 

Menas    6259-6268 

L''              — 

Jacob     6322-6332 

LUI" 

iMichel  6342-6344 

L1V°          - 

Cosmas  6343-6351 

LYI«           — 

IMichel  6362-6387 

LVIIl'        — 

Cosmas  6112-6424 

etc.,  etc. 

!\Ier\van    6177. 
Saffah       6242-6246. 
Mohammed  Amin  6301-6306. 
Mohammed  Montamir  6353. 
Mohammed  Mottazen  6357-6361- 
Ali  Moktafi  6394-6400. 
Giaffar  Moktadir  6400-6424. 
Aiimad  Rahdi       6426-6433. 


Et  si  nous  contrôlons  le  calcul  de  la  notation  des  mois  et  des 
jours  du  mois  des  dates  données,  ainsi  que  les  jours  de  semaine 
indiqués  dans  les  différentes  notices,  il  nous  faut  enregistrer 
d'après  les  calculs  propres  à  chaque  ère,  à  chaque  calendrier, 
une  foule  d'erreurs  plus  nombreuses  encore  que  celles  que 
nous  venons  de  signaler.  Un  tiers  environ  de  ces  données  est 
à  corriger.  Cette  méconnaissance  de  la  chronologie  et  du  calen- 
drier dans  un  ouvrage  qui  ne  se  propose  que  la  détermination 
dans  le  temps  des  faits  ou  des  personnages  dont  il  parle,  n'est 
point  de  nature,  on  en  conviendra,  à  établir  pour  lui  une 
autorité  qui  le  recommande  comme  témoignage  à  ceux  qui 
s'occupent  ensuite  de  ces  faits  ou  de  ces  personnages.  On  s'ex- 
plique mal  d'autre  part  pareil  déficit,  vu  la  nature  de  l'ouvrage, 
et  la  négligence  d'un  copiste  apportée  comme  raison  pour  l'ex- 
pliquer ne  saurait  être  tenue  pour  autre  que  gratuite. 

De  plus,  la  surprise  n'est  pas  moindre,  lorsqu'on  étudie  la 
chronologie  de  celui  qui  nous  est  signalé  comme  ayant  utilisé 
le  Chronicon  jusqu'à  le  reproduire  textuellement  et  qu'on 
constate  chez  lui  une  chronologie  correcte,  concordante, 
cohérente.  Cette  chronologie  est  en  effet  chez  Girgis  el-Makim 
celle-là  même  des  principales  sources  auxquelles  il  a  puisé  et 
qu'il  signale  lui-même  au  début  de  son  ouvrage.  Elle  est  celle 
de  l'histoire  du  célèbre  Abu  Djafar  ibn  Djarir  al-Tabari  et  plus 
particulièrement  celle  des  extraits  ^_^s;s-^J|  du  Cheikh  Kamul 
ed-Din  el-Armuni  dont  le  travail  s'arrête  où  Girgis  lui-même 
s'est  arrêté,  au  règne  du  sultan  Al-Melek  al-Zahr  Rokn  ed-Din 


[8] 


398  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Bibars  (1).  Elle  nous  représente  la  chronologie  traditionnelle 
acceptée  par  tous  les  historiens  qui  l'ont  précédé.  Ce  contraste 
entre  le  Recueil  béni  et  le  Chronicon  ne  peut  que  rendre  per- 
plexe un  examinateur  impartial  et  ce  sentiment  chez  lui  ne 
peut  recevoir  que  confirmation  en  face  du  silence  ou  de  Foubli 
des  éditeurs  du  Chronicon  touchant  ce  point  d'importance  capi- 
tale. Les  éditeurs  du  Chro7iicon  ont,  en  effet,  malheureuse- 
ment négligé  d'examiner  la  chronologie  des  deux  ouvrages,  ou 
tout  au  moins  malencontreusement  omis  de  nous  donner  leur 
sentiment  à  son  sujet.  Le  nom  vague  et  générique  d'Ibn  ar- 
Rahib  a  seul  attiré  leur  attention  et  ce  nom  même  les  a  absorbés 
au  point  de  les  faire  se  méprendre  dans  la  comparaison  des 
textes. 

Il  faut,  en  effet,  intervertir  les  rôles  dans  le  rapport  qu'ils 
ont  établi  entre  l'auteur  du  Chronicon  et  Girgis  el-Makim. 
Nous  laisserons  parler  les  textes  à  ce  sujet  :  ils  se  suffisent  à 
eux-mêmes  (2). 

ABOU  BEKER,  SECOND  CALIFE 

Récit  de  Girgis. 

v_.«Iai>ia       •^*>tf>jUJl     (^_Â*i_>-     \sls>Ù      ^_j^2--jI     iS^3     f-^^     '%  y»     JO    Jl? 

A*„:>Mj    <ùia9    \^Ji     lilj    O^làlS     jj.o<kLwJl     ^J^    <^i^    ^Vl    IÂa    LJj 

Jls    j^>£-   ^\    J^^l   dUÂ>    $>U>.  Lis   j*Ab>^   <*-.«i^    f>^..^\   kJs 


(1)  Voir  sa   Chronique  dans  le    catalogue    des    manuscrits  de   Vienne,  par 
Fliigel,  t.  II,  ms.  884. 

(2)  Les  textes  et  les  tra  luctions  qui  sont  donnés  ici  sont  empruntés  aux  édi- 
tions de  ces  deux  auteurs. 


[9] 


LE    CHRONICON    ORIENTALE    DE    BUTROS    IBN   AR-RAHIB.        399* 
Ghronicon. 

juJl     V à-jLi>-     \Ju:>v      J^^l>      (j^J      (J'-Jl      o^-»^      lS^^J     A/>.>=^     "^ 

Récit  de  Girgis. 

Fuit  autem  procerus,  fuscus,  secundum  non  nullos  candi- 
dus,  macUentus,  rara  barba,  tingebat  se  hinna  et  ketemo 
eratque  abstinens  et  devotus  ac  fugiens  bona  mundana. 
Dicitur  ex  aerario  accepisse  très  stateres  in  mercedem  et 
dixisse  Ajisjae  felicis  memoriae  :  vide,  o  prophetissa,  quid 
accesserit  opibus  Abubecri  e\'  quo  huic  imperio  praefui  idque 
redde  muslimis.  Atque  ipsa  vidit  et  cura  omnera  eius  subs- 
tantiam  computassent  valor  omnium  erat  quinque  staterum. 
Quod  cum  annunciatum  esset  Omari  dixit  :  Misereatur  Deus 
Abubecri!... 

Ghronicon. 

Abubacr  lustus  lîlius  Abukuhapha  creatus  est  calipha  feria 
secunda,  qua  Mahometus  obiit  :  mortuus  est  autem  ex  phtisi. 
Erat  procerus,  macilentus,  levis  ac  rarae  barbae,  contemp- 
tor  rerum  huinanarum,  plus,  abstinens  a  mundanls  deliciis  : 
quippe  qui  ex  publico  aerario  très  dumtaxat  denarios  sin- 
gulis  diebus  accipiebat.Estque  primus  omnium  qui  Alcora- 
num  coUigit. 

ABDALLA  SAFFAH,  VINGT-DEUXIÈME  CALIFE 
Récit  de  Girgis. 

[10] 


400  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Ail     J.J     ^a\     ^'»      ^JA     AcUs-     JlSJ     JAjVl     _^^     aD     -L£i     Jjis 

<^  A*»     jl5C^     v«     (jliilU     V    ll^J    jJb_5     d)^_l    j*-^    -^-^  ^^ 

,jV*    vl)Ujb    AWI      A*£'  Jliis     ,Ll     (5-<k— >»      (^[5    A^>.C     Aj'V     Oyi     ^».^     -Le 

(♦Aa-AIûS    ^4_«j«J    \>     A)  (_J34^1    A*>-L><s     jya5>c-.2     (_^j    1^  -<îa9    A>     -L_>     t^^^-^ 

^Jo-^    l)g..,.i     ■)?..,.' j  \^iu^^     li.j>c^     AAJI     -\>*£'     |W    ^1    (V    (♦^Vr^'    (V' 

.^i»^!     jjjjiA-M>     (^_3  uASls     /»l3tkiJl     ^£— Cwlj     Jg...Jl     (û^     A}l?t.oij      tft 

jl$_5  .ij^  Vj   j^-.-.^.*=»Ji    ^_^  aXSi  a*£.  (JiJ   \y\j,  ^Z:>-   ia-*JI   k::..3>cr 

,jjjt«^     A^l     l^j     a)J|     AxC     aIAs     \j»^\     ^Jslh     A±jl     -*i     vilJi     Jli 

lyjj  »   «  jUI   ïlcji  j^   A^l   lyjj   ^   l^  jli^^Jl  ^1  Sb-01  u  » 

J^     J"     Jli»      ^^    jllaj      .>j£.      A>tJl        J      ^      Uj     ÂijjtLi     As-ji      A^l 

(3-^-^    ^ic-    ^j-LjJi    ^    aUi   xs-    \j    ^It     -^    ^L?    -ux-    j>-LlJ1 

•Ir^*^     l/f==^     Lfejj^     (J^ïaJj     /iU     A;''>i)''     (3^^     ^_5    jjyi     JCL93 

Chronicon. 

<-^  .  (3i      i^A^,     J^l     -U»c^     ^      4JJI      A^     ^liJl     ^LJl     _^l    . 

JjVl  ^j  ^  .iii-  aAJ   S^±ii  jub    A«^l   AU  Âsj^ll  aJ   ~_^ 
ô^^  *-«=J3  Ai^  j_^j  j^*l   ^r*^j   "^^^  y  ^   (5J-^  ^  K^yb 

[11] 


LE    CHRONICON    ORIENTALE   DE    BUTROS    IBN    AR-RAHIB.         401 

l_^oj   ^1    ^^    «.«js-   J   .J>U-V1    ç,ij$   ^-i^jf-   "^j^^    Cr-*"   (j^-^J 
J^  ^y^J  ^   Sj  Ail   dllij   (^^^   ^  p-jAlIi   >U-j   J^'l<"j   ^:' 

Ait    /««^^     o^>:^     -r-UiaS     -V-ojJl     -^AjLj     4jL»îi*i?l       V«     Uiain^     (♦t^     A2>-l5 
UsLmJ      (^y^     Ja-«)J     Ui-L^J     l»,.5>tu«9      A.AJ!     -L£.     ^        ,^1      J)'     .  ^A4,,vLiL9 

•••Lr''^  Lr?"^  Ujj-w  t^/aûJj  (XX  cl;'"  1^9  ^_vi^^  ^3 

Récit  de  Girgis. 

Ahdalla  Saffahus  Abulabbas  filius  Muhammedis,  filii 
Alis,  filii  Abdallae,  filii  Abbasi,  filii  Abdulmutalibis,  filii 
Hasjemi,  matrem  habuit  Rabtam  filiam  Abdallae,  filiae  Abidi 
Maidani  Haritaei...  Creafus  est  chalifa  die  Veneris  deciom 
tertio  Rabi  prioris  huius  anni.  Inauguratus  autem  ascendit 
suggestum,  vestibus  indutus  nigris  et  orationem  habuit  ad 
populum.  Deinde  egressus...  in  lardana  castra  posuit  et 
muftos  de  filiis  Ommiae  necavit.  Dicitur  eos  convocasse  et 
simulavisse  exacturum  se  ab  iis  esse  iuramentum  fidelitatis. 
Cumque  iam  plures  quaiii  octoginta  convenissent,  singulis 
eoriim  singutos  e  militibus  suis  manu  clavam  tenentes  iussit 
assistere.  Illorum  autem  quidam  alta  voce  ait  : 

Abdujamsus  pater  tuus  est  et  idem  pater  quoque  est 
noster  invocamus  te  e  tonginquo. 

■  Propiiiquitas  inter  nos  est  firma  et  stabilis,  fortis  forti  est 
vinculo. 

—  Dixit  Abdujamsus  est  pater  tuus,  quia  patruus  eius  erat, 
nam  et  hic  pater  nominatur.  —  Respondit  autem  Abdalla  :  id 
longe  petitum  est.  Deinde  simul  atque  manus  suas  complosit, 
singuti  sibi  commissum  ctava  percusserunt  et  omnes  a  tergo 
interfecerunt.  Hiiic  trahi  eos  et  ordine  disponi  iussit,  et 
expanso  tapeto,  cum  suis  ei  insedit  atque  ita  cibum  afferi 

[12J 

ORIENT   CHRÉTIEN.  ,  26 


402  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

iussit,  commederunt  gemitus  etiam  eorum  sub  tapeto  audien- 
tes  dotiec  expirarent.  Dicitur  autem  et  antea  poeta  quidam 
coram  Abdalla,  audientibus  filiis  Ommiae  versum  liunc  reci- 
tasse : 

«  Hasjemidae  in  hortum  vocantur,  filii  autem  Ommiae  vocan- 
tur  in  ignem. 

«  Filii  Ommiae  sunt  gradus  reiectus,  Hasjemus  autem  ad 
^loriam  revertitur  ». 

Deinde  misit  Saffahus  patr^uvm  sutim  Salihum  filium  Alis, 
filii  Abdallae,  filii  Abbasi  oppugnatum  Damascum,  cui  nomine 
Merwantis  praeerat  Walid  filius  Muaviae,  filii  Merwanis,  filii 
Hakemi;  atque  is  eam  vi  cepit,  Walidem  interfecit,  urbem 
très  (lies  diripint  et  inyrum  eius  minutim  diruit  Merwan 
autem  filius  Mahummedis  fugit  in  Aegyptum... 

Ghronicon. 

Abdalla  Saffah  Abulabbas  filius  Mahomet,  filii  Ali,  filii 
Abbas  inauguratus  est  calipha  Kupliae,  ferla  seocta,  tertia 
décima  Rabii  prioris;  obiit  morbo  varorum  in  urbe  Hachi- 
mia,  annum  aetatis  agens  trigesimum  secundum  cum  dimidio. 
Erat  candidus,  venusta  facie,  liberalis  et  indole  egregia.  Hic 
convocavit  Iwmines  familiae  Omiadaru7n,  qui  erant  plus 
quam,  octoginta  viri,  interfecitque  eos  usque  ad  ullimum. 
Nam  singulis  eorum  singulos  e  militibus  suis  manu  clavam 
teîientes  iussit  assistere;  cumque  eorum  quidam  di.risset  : 
«  Abdochiams,  pater  tuus  idem  quoque  pater  noster  est, 
nec  sumus  a  te  alieni  »  :  simul  atque  manus  suas  complosit 
Abdalla,  singuli  sibi  commissum  clava  percifsserunt.  Tum 
py^aecepit  Abdalla,  ut  eos  traherent  et  ordine  disponerent, 
et  expanso  super  cadavera  tapeto,  cum  suis  eis  insedit,  atque 
ita  cibum  afferri  iussit;  cumque  comederent,  gemitus  eorum, 
audiebantur,  donec  expirarunt.  Tum  misit  Abulabbas 
patruum  suum  Damascum,  qui  eam  vicepit  et  Walid  inter- 
fecto,  urbem  tinduo  diripuit  eiusque  muros  minutim  diruit... 


[13] 


LE   CHRONICON    ORIENTALE    DE    BUTROS    IBN    AR-RAHIB.        403 

ABDALLA  ABU  DJIAFAR,  VINGT-TROISIÈME  CALIFE 
Récit  de  Girgis. 

j-VJl      jc-o-^      j^3     -^^l      t_5^^     !>^      jl^J     ^^     J^J     lllàil     S}>.[, 
i^lii     >il>Ul     vii-.k^     j4-«alJl     JLoJ     ^r^=^     ^1     ^!>LJl     dXAc-     ''^^^l^ 

(^.    U  îs-y   ^_^    l/^Vl   JUi   ^'%J\    aJ^  <.01    J^^j   <iUi   jj^lJl 

(J-\j     ^>     U"    isÂAiJ     j^^.al^\     JLûS       r^^     tV*-^     (5*^^     "^-5     ^.^^^^^'     -^ 

isjl^jj   ^JJi}\    wJ^l   *-^J-*i.   -*^   ^^    "Hir*   ô'-    4?^    ^■^:^*-*-~'   ^^    lSîI/^"^^ 

...jUo   (_À)1    V flJl     *4.jJLc-_5   '^jij 

Chronicon. 

(V     (Ç'-'^^'J     (.g^'J-^^'^     lS^"^»    "^m^'     (/'    >^-^     j^J     "U^l     (JjLiLj 

Récit  de  Girgis. 

Quod  ad  naturam,  tanta  fuit  bonitate  indolis,  prudentia, 
rectitudine  consilii  et  suavitate  conversationis,  ut  dici  non 
possit,  magnanimus  quoque  multo  rerum  usu  exercitatus, 
terribilis,   sola   suspicione    prehendens   et   cum    aviditate 

[14] 


404  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

quadam  interfîciens.  Caeterum  summe  avarus,  unde  obolarii 
cognomen  accepit.  Inter  alia  eius  avaritiae  exempla  et  hoc  est. 
Ingresso  ad  eiim  Arabie  atque  dicente,  cuin  eum  convenio  dico  : 
Salve  Abugjafar,  respondit  Almansor  :  Salve  et  lu.  Aitque 
Arabius  :  Tu  muhdis  es  —  id  est  largitor  —  filius  Hasjemi, 
largire  divitias,  de  iis  inquam  quod  cominemoretur.  Respondit 
Almansor  :  non  ego  is  sum  sed  Apostolus  Dei  felicis  memoriae. 
At  Arabius  :  vestimenta  haec  mea  attrita  sunt  et  temporis 
iniura  impotentem  me  reddidit.  Ad  quod  Almansor  :  accipe 
haec  vestimenta  mea  pro  vestimentis  tuis;  eaque  exuit  et  illi 
tradidit.  Erat  autem  indusium  Almansoris  sarcinatum,  dixit- 
que  Arabius  :  an  non  audivisti  dictum  filii  Harimae  : 

«  Interdum  assequitur  interitus  divitem  cuius  vestis  est 
attrita  cuiusque  indusii  coUare  est  sarcinatum.  » 

Quin  et  coquos  suos  ita  conduxisse  dicitur,  ut  eorum  essent 
capita  et  crura  animalium  ipsique  ligna  et  ollas  suppeditarent. 
Reliquit  autem  in  aerario  sèxcenties  millies  stateres  et 
quater  vicies  inillies  mille  aureos... 

Chronicon. 

Tanta  fuit  morum  probitate,  prudentia,  rectitudine  con- 
silii  et  suavîtate  administrationis  ut  dici  non  possit,  magna- 
nimus  quoque  et  m,ulto  i^erum  usu  exercitatus,  terribilis, 
sola  suspicione  homines  prehendens  et  ex  sola  calumnia 
interfîciens.  Caeterum  summe  avarus  unde  obolarii  cogno- 
men accepit.  Nunierus  eorum  quos  interfecit  fuit  sexcen- 
iorum  millium. 

La  façon  dont  l'auteur  du  Chronicon  a  compris  le  désinté- 
ressement d'Abou  Beker,  son  récit  du  meurtre  des  Ommiades, 
dans  lequel  celui  qui  l'a  utilisé,  d'après  ses  éditeurs,  met  en 
vers  les  paroles  des  meurtriers,  et  les  six  cent  mille  victimes 
qu'il  attribue  à  Abou  Djafar  montrent  suffisamment  de  quel 
côté  se  trouve  le  compositeur  original  et  de  quel  côté  se  trouve 
le  copiste  malhabile  et  maladroit.  Les  passages  semblables  à 
ceux  que  nous  venons  de  citer  pourraient  être  multipliés,  mais, 
semble-t-il,  ceux-ci  suffisent  pour  permettre  d'apprécier  l'en- 
semble de  l'œuvre.  Comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  les  rôles 
doivent  être  intervertis  dans  le  rapport  établi  entre  l'auteur  du 

[151 


LE    CHRONICON    ORIENTALE    DE    BUTROS    IBN    AR-RAHIB.        405 

Chronicon  et  celui  du  Recueil  béni  :  le  tributaire  est  Girgis 
el-Makim;  le  débiteur,  le  plagiaire  est  l'auteur  du  Chronicon. 

Et  Ton  se  prend  à  douter,  à  la  suite  de  cette  constatation,  du 
bien-fondé  de  l'attribution  même  du  Chronicon  faite  à  Butros 
ibn  ar-Rahib.  La  physionomie  qui  ressort  de  l'incapacité 
notoire  étalée  dans  les  passages  du  Chronicon  que  nous  venons 
de  rapporter,  ainsi  que  l'ignorance  qu'atteste  la  chronologie  de 
ce  travail  ne  rappelle  point,  en  effet,  celle  du  théologien  qui  a 
rédigé  le  Livre  de  la  clémonstration  ainsi  que  la  notice  sur 
les  sept  conciles.  Elle  s'acommoderait  plus  mal  encore  avec 
celle  de  l'auteur  du  traité  de  chronologie  et  de  comput  qu'une 
version  éthiopienne  place  sous  le  nom  de  Butros  ibn  ar-Rahib, 
si  nDus  pouvions  faire  fond  sûr  cette  attribution.  Le  texte 
arabe  de  cette  composition  que  nous  possédons  ne  le  nomme 
point  comme  auteur;  il  ne  le  cite  que  comme  une  des  sources 
consultées  et  le  texte  éthiopien  qui  est  ici  le  seul  argument 
que  l'on  puisse  invoquer  en  faveur  de  cette  attribution,  est  loin 
de  posséder  un  titre  qui  puisse  nous  y  faire  adhérer.  Il  contient 
en  lui-même  la  réfutation  de  cette  attribution.  On  ne  saurait 
admettre,  en  effet,  que  le  même  auteur  qui  montre  tant  de 
souci  de  l'exactitude  et  tant  de  science  chronologique  dans  le 
traité  de  la  première  partie  de  cet  ouvrage,  ait  pu  en  même 
temps  rédiger  une  chronique  qui  occupe  la  seconde  partie  et  qui 
n'est  qu'un  tissu  d'inexactitudes  et  d'erreurs  de  chronologie. 

Le  traité  de  \à  computation  des  temps  appartient  certaine- 
ment à  un  auteur  différent  de  celui  qui  a  rédigé  le  Chronicon. 
De  ce  dernier,  résumé  malhabile  de  Girgis  el-Makim,  rien  ne 
prouve  positivement  aussi  qu'il  faille  l'attribuer  à  Butros  ibn 
ar-Rahib,  tout  ce  que  nous  connaissons  de  lui  répugne  à  cette 
attribution.  La  notice  sur  les  sept  conciles  est  seule  du  diacre 
de  la  Mohallaqah  et  dans  le  titre,  sous  lequel  ces  trois  compo- 
sitions sont  placées  en  éthiopien,  il  faut,  nous  semble-t-il,  ne 
voir  qu'une  supercherie  du  compilateur  qui  les  a  réunies,  peut- 
être  l'auteur  du  Chronicon,  qui  n'a  fait  qu'user  d'un  procédé 
souvent  utilisé  par  ses  devanciers  parmi  les  scribes  coptes, 
pour  donner  plus  d'importance  à  son  travail. 

M.  Chaîne. 
(Juillet  1931.) 

[16] 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  LE  CHAPITRE  X 
DE  LA  GENÈSE 

{Fin) 


Le  nom  du  troisième  fils  de  Gomer  se  présente  dans  les 
textes  bibliques  sous  des  formes  diverses:  les  plus  courantes, 
les  leçons  reçues,  sont  manifestement  erronées;  elles  consti- 
tuent des  fautes  de  copistes,  qui  ont  égaré  les  interprétations 
de  tous  les  exégètes  (1).  Il  paraît  dans  la.  Genèse  sous  la  forme 
Thôgarmah  naiin,  dans  les  Paralipomènes  (i,  6)  et  Ézéchiel 
(xxvii,  11)  sous  celle,  rigoureusement  équivalente,  de  Thô- 
garmah nniam  (2).  Ces  leçons  sont  des  erreurs  relativement 
modernes  pour  Thurgamah  naain  ou  Thôrgamah  nnann,  car 
Tune  de  ces  formes,  la  seconde,  se  trouve  conservée  par  l'un 
des  manuscrits  de  V Ancien  Testament,  dans  le  texte  d'Ézéchiel, 
et  surtout  parce  que  les  Septante,  au  ni''  siècle  avant  notre  ère, 
donnent  au  nom  de  ce  fils  de  Gomer  les  formes  équivalentes 
0opYa[xâ,  ©opY^l-'-^j  6£pYa;j.â,  en  accord  absolu  avec  celle  qui  se 

Il  est  inutile  de  dire  que  Thôgarmah  n'est  nullement  l'Arménie,  comme 
on  l'a  affirmé,  sous  le  fallacieux  prétexte  que  la  tradition  arménienne  veut  que 
Haïk,  l'ancêtre  de  la  nation,  soit  le  fils  de  Thorgom,  fils  de  Tiras,  fils  de  Gomer, 
(lis  de  Japhet;  il  est  par  trop  visible  que  cette  prétendue  tradition  arménienne 
est  absolument  inexistante,  et  que  les  historiens  qui  la  rapportent  sont  allés 
chercher  toute  cette  onomastique  dans  le  dixième  chapitre  de  la  Genèse.  Le  seul 
fait  à  retenir  dans  cette  assertion  est  qu'à  la  fin  du  iv°  siècle,  les  disciples  de 
Mesrob  travaillèrent  sur  un  manuscrit  de  la  Bible,  où  se  lisait  une  forme  Thor- 
gom(ah).  Thogarm-ah,  d'ailleurs,  si  cette  forme  était  prouvée  dans  le  texte 
biblique,  pourrait  parfaitement,  avec  la  métathèse  de  l'-r-,  représenter  le  mot 
Turk;  le  nom  des  Tokhares,  des  Toukhàra,  est  vraisemblablement  Turk,  avec  le 
retournement  du  mot  autour  de  l'-r-,  ce  qui  est  un  phénomène  connu  {Rendi- 
conti  délia  reale  Accademia  dei  Lincei.  1925,  page  3^0). 

(2j  La  graphie,  ou  la  non-graphie  de  la  voyelle,  n'ont,  comme  on  le  sait,  aucune 
autre  importance  que  d'indiquer  la  nuance  de  la  prononciation. 

[?■] 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  GEN.  CH.  X.  407 

lit,  au  premier  siècle,  dans  les  Antiquités  judaïques  de  Fla- 
vius Josèphe,  ©opY^ji-r^ç,  avec  celle  que  Mesrob,  vers  390, 
trouva  dans  la  Bible  qu'il  translata  en  arménien,  et  qu'il  ren- 
dit par  Thorgom. 

Toutes  ces  leçons  montrent  que  les  manuscrits  anciens  de 
la  Mft/é' connaissaient  une  forme  Thorgam-ah,  avec  la  suffixa- 
tion de  -ah,  comme  dans  Élis-ah  n^''SN,  fils  de  Japhet,  où 
Flavius  Josèphe  reconnaît  les  Éoliens  (1),  mais  qui  est  plutôt 
le  symbole  du  pays  de  Hélis,  'IlX^,  de  l'Élide. 

Thorg-am,  Tork-am  n'est  autre  que  le  nom  des  Turks,  Turk, 
dans  la  prononciation  d'un  de  leurs  clans,  qui  s'est  conservée 
en  Russie  et  en  Perse  (2),  avec  l'un  des  affixes  pluraux  de 
TAltaïsme,  -n,  que  les  Sémites  de  l'Asie  antérieure  ont  entendu 
-m,  avec  une  équivalence  phonétique  évidente;  cet  affixe  est 
l'une  des  formes  les  plus  vétustés  du  pluriel  altaïque;  il  ne 
se  rencontre  plus  que  dans  le  nom  de  quelques-unes  des  plus 
anciennes  tribus  mongoles,  dans  un  très  petit  nombre  d'adver- 
bes de  leur  idiome,  dans  une  très  vieille  forme  augmentative 
du  turc-osmanli,  doat  l'origine  est  inexplicable  par  la  gram- 
maire de  cette  langue  (3). 

(1)  I,   VI,    1. 

(2)  Les  Torques  des  historiens  russes,  les  Tork  des  Persans,  au  moins  dans 
une  prononciation  vulgaire,  traditionnelle,  et  partant  ancienne,  de  v,.fCj',  la 
véritable  forme  originelle  étant  Tïirlv,  dont  la  graphie  correcte  est  i^j/o',  aussi 
bien  en  Occident  qu'en  Orient,  bien  qu'il  ne  soit  pas  rare  de  trouver  .ij".  ^ 
dans  les  manuscrits  turcs  osmanlis. 

(3)  Introduction  à  i'hisloire  des  Mongols.  Leyde,  1910,  page  304;  Djami  el- 
tévarikh.  Leyde,  1911,  tome  II,  Appendice,  page  5.  Cette  formative  plurale 
altaïque  -n,  -l,  jointe  à  la  formative  plurale  -r,  a  donné  le  suffixe  plural  -nar 
du  mongol,  -lar  du  turk;  le  pluriel  en  -nar,  -lar  est  une  formation  très  posté- 
rieure à  l'existence  du  pluriel  en  -r,  -n,  -l;  il  existait  déjà  au  vur  siècle  avant 
l'ère  chrétienne,  puisqu'il  se  trouve  dans  le  nom  d'Ashkanaz.  Les  noms  des  tribus 
mongoles  et  turkes  sont  en  général  des  formes  plurales  du  nom  d'un  ancêtre 
éponyme;  les  Indo-Scythes,  les  Ghotz,  Ghotch,  Ghouzz,  sont  nommés  Gatchi-n 
par  les  historiens  mongols;  Rashid  ad-Din,  dans  son  histoire  des  clans  turks, 
nous  apprend  que  la  sous-tribu  Nara-yit  des  Tatars,  avec  le  pluriel  en  -t,  descend 
d'un  individu  appelé  Nara;  la  tribu  mongole  des  Kataghi-n  a  pour  auteur  un 
certain  Kataghi;  le  clan  des  Baroula-s,  auquel  Timour  prétendait  appartenir,  un 
nommé  Baroula;  les  Saltchigh-od,  un  guerrier  nommé  Saltchigh  ;  c'est  ainsi  que 
les  Mongols  donnent  à  la  Chine  du  Sud  le  nom  de  Nankiya-s,  lequel  est  un 
pluriel  en  -s  d'un  thème  Nan-kiya,  formé  des  deux  mots  chinois  nan  «  sud  »  et 
kya  «  famille,  race  »,  avec  la  signification  totale  de  «  les  familles  méridionales  », 

[8] 


408  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Thorg-am  est  un  pluriel  ethnique  désignant  la  nation  des 
Turks,  d'oili  il  suit  que  Thorgamah  et  Ashkanaz  représentent 
deux  aspects  de  la  même  race  altaique  qui,  au  vu"  siècle,  écrasa 
Cyaxare,  roi  des  Mèdes  :  la  première  forme,  sous  les  espèces  du 
nom  collectif  de  la  race  turke;  la  seconde,  sous  celle  du  pluriel 
du  nom  individuel  des  hommes  d'un  de  ses  clans  les  plus 
redoutables  (1). 

et  il  serait  aussi  facile  qu'oiseux  d'en  citer  de  nombreux  exemples.  En  thèse 
générale,  les  noms  des  tribus  dont  celui  de  l'ancêtre  se  terminait  par  une 
voyelle  sont  des  formes  plurales  en  -r,  -l,  -n,  -s;  ceux  dont  le  nom  de  l'auteur 
finissait  par  une  consonne  sont  des  pluriels  en  -t.  Une  même  tribu  peut,  au 
cours  des  siècles,  porter  deux  noms  différents,  qui  sont  deux  formes  plurales 
du  même  thème,  comme  le  clan  des  Mongols,  dont  le  nom  est  un  pluriel  Mong- 
gho-1  d'un  thème  Mongghou,  alors  que  les  historiens  du  Céleste  Empire,  à 
l'époque  du  moyen  âge,  sous  les  espèces  de  la  transcription  Mong-kou-seu,  nous 
ont  conservé  le  souvenir  d'un  pluriel  plus  ancien  Mongghou-s;  comme  la  ti'ibu 
des  Tchalaï-r,  ainsi  nommée  au  xiii°  et  au  xiv°  siècles,  qui  est  appelée  Tchalaï-d 
aux  époques  antérieures;  comme  la  tribu  des  Khor!a-r  ou  Khorla-s  {Inlroduc- 
tion  à  l'histoire  des  Mongols,  page  179);  l'existence  du  thème  Mongghou,  au 
singulier,  est  attestée  par  l'histoire  chinoise,  qui  parle  du  «  grand  empire 
Mongghou  »,  proclamé  au  xii"  siècle,  par  un  prédécesseur  de  Tchiiikkiz,  dont 
la  tradition  mongole  se  garde  bien  de  parler  (ibid.).  Des  formes  identiques 
existent  chez  les  Turks,  Gatchi-n,  le  royaume  des  Gatchi,  des  Ghotch,  en  sanskrit 
Koushana;  Sir-tardou-sh,  où  Tardou-sh  est  le  pluriel  du  nom  du  khaghan 
Tardou,  et  signifie  les  hommes  de  Tardou;  Turgii-sh,  pluriel  de  Tiir-gâ,  qui  est 
vraisemblablement  le  nom  originel  dos  Turks;  Tolo-s,  pluriel  du  thème  que 
VAvesla  a  transcrit  Tura. 

(1)  Ashkanaz  =  Shaka-nas,  pour  Shaka-nar,  par  rhotacisme,  n'est  pas,  et  ne 
peut  être  le  nom  d'une  tribu  altaique;  il  n'existe  pas  un  seul  exemple  du  nom 
d'une  seule  tribu  mongole  ou  turke  formé  avec  le  suffixe  mongol  -nar,  lar  en 
tui'k,  la  formation  du  nom  des  tribus  étant  beaucoup  plus  ancienne  que  la  créa- 
tion de  l'affixe  plural  -nar,  -lar;  Shaka-nas  =  Shaka-nar  signifie  -  les  indivi- 
dus Shaka  considérés  dans  leur  multiplicité  »,  Torka-m,  la  «  nation  turke  »;  il 
y  a  une  nuance  fort  importante;  en  tout  cas,  les  procédés  sémantiques  qui  ont 
formé  Shaka-nas  et  Tork-am  sont  inverses.  Le  nom  des  Turks  apparaît  pour  la 
première  fois  dans  les  historiens  de  la  Chine  au  cours  de  la  première  moitié  du 
vi"  siècle.  Ma  Touan-lin  parle  des  Turks  en  528;  les  chroniques  du.Céleste  Empire 
les  signalent  en  545,  à  propos  d'une  ambassade  que  leur  envoya  le  souverain 
chinois.  Les  Célestes  n'ont  jamais  dit  que  le  nom  Turk  fut  ■•  inventé  »  à  ces  dates; 
les  Turks  s'appelaient  Huns  dans  l'Antiquité,  disent-ils,  puis  ils  se  nommèrent 
de  beaucoup  de  noms,  Tatars,  Mongols,  Taïtchighod,  Khitan,  ce  qui,  comme  on 
le  voit,  confond  les  Altaïques  turks  de  l'Occident  de  l'Asie  Centrale  avec  les 
Tonghouzes,  Mandchous  et  Mongols  de  son  Orient.  C'est  là  une  exagération, 
tout  au  moins  une  extension  manifeste  du  concept  de  »  Turk  »;  elle  se  retrouve 
au  xiv°  siècle  sous  la  plume  de  Rashid  ad-Din,  qui  soutient  cette  thèse  que  les 
tribus  mongoles  les  mieux  caractérisées  sont  des  entités  turkes;  c'est  manifes- 
tement à  la  science  du  Céleste  Empire  que  l'auteur  persan  a  emprunté  cette 

L9] 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  GEN.  CH.  X.  409 

Si  l'on  en  croit  le  rédacteur  du  chapitre  x  de  la  Genèse, 
Japhet  fut  le  père  de  Gomer  ia:i,  des  Cimmt'riens,  des  Ki\).[j.i- 

théorie,  directement,  par  l'intermédiaire  des  savants  chinois  qui  étaient  venus 
de  Pékin  à  Tabriz,  et  auprès  desquels  il  se  documenta  sur  l'histoire,  la  géogra- 
phie, les  races  de  l'Empire  du  Milieu  ;  il  est  plus  que  douteux  qu'il  ait  trouvé 
ces  doctrines  dans  les  rouleaux  mongols  et  turks  qu'il  fit  traduire  en  persan, 
dans  lesquels  se  trouvaient  l'histoire,  ou  plutôt  des  généalogies  souvent  suspectes, 
mêlées  à  des  légendes,  des  grands  personnages  de  l'Altaïsme  ;  et  cela  pour  deux 
raisons  qui  ont  une  valeur  égale  :  la  première,  parce  qu'il  est  fort  douteux  que 
les  Mongols  ou  les  Turks  se  soient  jamais  inquiétés  de  ces  problèmes  ethniques, 
qui  dépassaient  sensiblement  leurs  moj'ens;  la  seconde,  parce  (jue  l'on  ne  voit 
pas  quel  intérêt,  au  xur-  et  au  xiv  siècles,  les  Mongols  avaient  à  chercher  à  se 
faire  passer  pour  des  Turks,  alors  qu'ils  avaient  écrasé  toutes  les  nationalités 
turkes.  Il  est  vrai  qu'au  xv  siècle,  par  un  phénomène  inverse,  les  panégyristes 
de  Tamerlan  soutinrent  la  thèse  opposée,  et  voulurent  à  toute  force  faire  du 
Conquérant  un  Mongol  de  pure  race,  en  le  rattachant  par  une  soudure  trop 
visible  à  la  lignée  de  Tchinkkiz  Khaghan;  mai?,  à  cela,  il  y  avait  des  raisons 
politiques  impérieuses,  qui  expliquent  cette  violation  de  la  vérité  historique; 
les  ancêtres  de  Timour,  en  Asie  Centrale,  avaient  été  les  sujets  des  itrinces  de 
Tchaghataï.  (ils  de  Tchinkkiz  Khaghan,  qui  régnaient  des  frontières  de  la 
Chine  à  celles  de  l'Iran.  Bien  que  la  dynastie  issue  de  Tchaghataï  se  fût  écroulée 
dans  la  pire  médiocrité,  le  souvenir  du  grand  Ancêtre  qui  avait  conquis  l'uni- 
vers n'en  dominait  pas  moins  l'esprit  de  ces  nomades,  même  quand  l'empire 
qu'il  avait  fondé  eut  été  balayé  de  la  surface  de  la  terre;  il  n'y  avait  point  dans 
le  Tchaghataï,  comme  chez  les  Mongols,  d'autorité  qui  ne  fût  une  émanation  de 
celle  de  Tcliinkkiz,  exactement  comme  toutes  les  dynasties  musulmanes,  jusqu'à 
celle  des  Osmanlis,  rattachaient  leur  autorité  à  celle  des  Saldjoukides,  qui  avaient 
reçu  le  pouvoir  spirituel  des  mains  du  khalife  de  Baghdad.  Le  Tchaghataï  était 
à  ce  point  mongol  que  les  historiens  et  les  géographes  persans  le  connaissent 
sous  le  nom  de  Mogholistan,  »  le  pays  des  Mongols  ».  Ce  fut  pour  légitimer  son 
usurpation,  ou  mieux  son  accession  à  la  souveraineté  de  cette  vaste  contrée, 
laquelle,  depuis  l'écroulement  des  empires  mongols  de  la  Chine  et  de  la  Perse, 
était  véritablement  la  seule  terre  mongole,  que  Tamerlan  fit  inventer  par  ses 
panégyristes  cette  légende  de  son  origine  mongole,  alors  qu'il  était  manifeste- 
ment un  Turk,  comme  le  montre  la  langue  que  parlaient  les  Timourides,  le 
mongol  étant  l'idiome  de  la  dynastie  issue  de  Tchinkkiz. 

En  fait,  les  Indo-Scythes,  sous  les  premiers  Han,  au  second  et  au  premier 
siècle  avant  Jésus-Christ,  ont  porté  ce  nom  de  Turk,  que  les  Hindous  ont  entendu 
Tour^Mv,  et  qu'ils  ont  rendu  par  Touroushka,  pour  pouvoir  le  faire  entrer  dans 
leur  déclinaison  [Rendiconli  délia  reale  Accademia  dei  Lincei,  1925,  page  340). 
Ce  nom  de  Turk  est  dans  un  rapport  évideijt  avec  Tura,  qui  est  le  qualificatif 
d'Afràsyàb,  souverain  des  Turks  Saka,  dans  VAvesta,  avec  les  formes  grecques 
0up-oç,  0Tjp-oi  (/ournaY  of  the  Royal  Asialic  Society,  1915,  page  305;  Revue  de 
l'Orienl  chrétien,  1928,  page  201).  Les  Chinois  prétendent  que  cette  nation  tira 
son  nom  de  cette  circonstance  qu'au  début  du  vi=  siècle,  elle  s'en  vint  camper 
près  d'une  montagne  qui  avait  la  forme  d'un  casque;  j'ai  essayé  d'expliquer 
dans  la  Revue  de  l'Orient  chrétien  de  1928,  ce  qu'il  convient  d'entendre  par  cette 
assertion;  il  n'en  faut  point  déduire  absolument  que  Turk  signifie  "  casque», 

[10] 


410  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

pioi  d'Homère,  des  Gimirri  des  textes  cunéiformes,  qui  ont  donné 
leur  nom  à  la  Crimée  et  à  la  Chei'sonèse  cimbrique,  qui  étaient 
des  Aryens,  comme  le  montrent  le  nom  d'un  de  leurs  rois 
Tioushpa  =  déva-aspa  «  celui  qui  possède  des  chevaux 
divins  »  ;  de  Mrigog  aiaa,  dont  le  roi  Gog  aia  est  le  Gougou  des 
inscriptions  assyriennes,  le  Tùy-r,:;  d'Hérodote,  d'où  il  suit  que 
Magog  personnifie  la  monarchie  des  Lydiens,  qui  étaient  beau- 
coup  plus   voisins  des  Hellènes   que   du   Sémitisme   (1);  de 

ou  soit  le  nom  d'un  homme  qui  s'appelait  «  casque  »,  et  imposa  son  nom  à  un 
clan  des  Huns;  le  fait  n'est  point  impossible;  il  demeure  fort  douteux.  L'étymo- 
logie  deTurk  est  des  plus  obscures;  ce  mot  n'est  pas  un  pluriel  deTur,  qu'enten- 
dirent prononcer  les  Iraniens  vers  150  avant  J.-C,  il  doit  donc  être  un  adjectif 
apocope,  comme  kUprilk  «  pont  ■■  est  une  forme  apocopée  de  l'altaïque  kubii- 
giir-ga  -  chose  qui  a  la  forme  cintrée  »,  comme  bil-gii  »  qui  sait  »,  de  bil-mek 
«  savoir  »  (Revue  de  l'Orient  chrétien,  1928,  jiage  201).  Turk,  dans  la  langue  du 
Tchaghataï,  a  très  manifestement  le  sens  de  «  guerrier  intrépide  •,  turk-iik 
,,_*XJ  >L5V  "  ^"<i^'^6  "  {Ghazàt-i  Tchin,  page  6);  c'est  même  le  seul  qu'il  y 
possède,  alors  que,  dans  la  langue  des  Osmanlis,  il  avait  perdu  cette  significa- 
tion pour  ne  garder  que  celle,  secondaire,  de  «  brutal,  grossier  ».  Turkan  .ji^J, 
en  tchaghataï,  qui  entre  dans  le  nom  d'une  princesse,  Turkan  Khatoun  ^  'S 
«<^jià.,  désigne  une  jolie   femme,  par  suite  d'une  évolution  sémantique  assez 

évidente,  la  bravoure,  chez  les  Turks,  étant  l'élégance  suprême  pour  un  homme; 
il  est  inutile  de  dire  que  cette  forme  turkan  n'est  nullement  le  pluriel  de  Turk, 
comme  l'affirment  les  lexiques;  par  la  chute  de  son  -n  final,  elle  est  devenue 
lurka,  qui  est  passé  en  persan,  avec  le  sens  péjoratif  de  «  matrone  »,  sans  être 
en  quoi  que  ce  soit  un  mot  iranien;  il  faut  probablement,  malgré  l'opinion  des 
Chinois,  voir  dans  Tur-k  une  forme  en  -gâ,  -ku,  apocopée  comme  kïipruk  d'un 
mot  altaïque,  toghar  en  mongol  ■<  avant,  auparavant .,  en  turk  tor    J  „  ^e  qui 

se  trouve'  placé  en  première  ligne,  en  avant  »,  d'où  «  place  d'honneur  »,  dans 
une  relation  visible  avec  lor-mak  «  se  tenir  debout,  inébranlablement  »,  Hir-mek, 
••  disposer,  stabiliser  »  (Roubghouzi,  page  167),  avec  les  formes  tour,  tour-our, 
osmanli  dur,  dur-ur  «  il  est,  il  existe  »,  d'où  <■  rapport,  relation,  connexité  »; 
lour-oush  •'  stabilité,  droiture  »,  puis  «  en  vérité  absolue  »,  touroush  yilzlik 
•<  visage  impassible  »  (Roubghouzi,  page  291);  avec  le  mongol  tourou,  le  mand- 
chou dora  ■<  loi  »,  en  turk  oriental  toro,  dora,  en  osmanli  deuré^  \  y  ^  5,  J,  ^.y 

«  lieu  ou  l'on  s'arrête,  cantonnement,  maison  »,  puis,  ce  qu'il   y   a  de   plus 

immuable,  la  race  domiciliée,  puis  la  loi  inflexible,  puis  l'autorité  qu'elle  confère, 

enfin  ceux  qui  l'exercent,  les  princes;-d'où   il  faut  conclure  que    les  Turks, 

comme  beaucoup  de  peuples,  se  sont  attribué  un  nom  qui  est  une  épithète  lau- 

dative. 

(1)   Les   Musulmans  ont  dédoublé    Magog   en   Màgôg  ^a:>,.U  (Màdjoùdj)  et 

I  ^"" 

Yàgôg      a=s.o  (Yàdjoûdj);  ils  en  ont  fait  (\akout  sd-Ham-àwi ,  Mo^djam  al-boul- 

dan,  III,  53)  les  tribus  innombrables  d'Altaïques  qui  vivent  derrière  les  Slaves 
aux  cheveux  blonds  et  aux  yeux  bleus;  les   faits  sont  confus  dans  la  légende 

[11] 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  GEN.  CH.  X.  411 

Smet  ptt's,  dont  Ja  Massore  lit  les  noms  Tubal  et  Meshek,  les 
Septante  ©o^sX  et  Msai-/,  Flavius  Josèphe  ©ÔiSyjaoç  et  Wo<^oyzq,  les 
Tabal  et  les  Moushki  des  inscriptions  cunéiformes,  les  Ti5apsvs(, 
Tibareni,  Môa'/oide  la  littérature  classique,  les  premiers  habitant 
le  bassin  de  Flris  jusqu'aux  rives  de  la  mer  Noire,  les  seconds, 
le  long  du  haut  Euphrate. 

D'après  Ézéchiel  (xxxviii,   1;  xxxix,  2),  Gog  fut  le  roi  des 
Tubal  et  des  Meshek,  ce  qui  signifie  que  ces  peuples  habitaient 


qu'ils  racontent  :  Alexandre  arrive  dans  le  pays  de  Yadjoudj  et  Madjoudj, 
où  habitent  les  Slaves;  les  Slaves  lui  disent  que,  derrière  une  montagne  qu'ils 
lui  montrent,  l'Oural  mélangé  au  Caucase,  sont  les  tribus  de  Yadjoudj,  Mad- 
joudj, Tâwîl,  Tàrîs,  Mansak,  Koumàri  (les  Khmers),  et  d'autres  beaucoup  plus 
lointaines,  dont  ils  ne  connaissent  pas  les  noms;  les  hommes  aux  cheveux 
blonds  et  aux  yeux  bleus  lui  demandent  de  construire  une  muraille  qui  les  mette 
à  l'abri  des  incursions  de  ces  sauvages,  ce  qui  est  un  syncrétisme  manifeste  de 
la  muraille  de  Darband  et  la  grande  Muraille  de  la  Chine  [Revue  de  l'Orient 
chrétien,  193(1,  page  63).  Ces  concepts  sont  vagues  chez  les  Musulmans,  autant 
qu'ils  le  restèrent  chez  les  Mazdéens,  ce  que  l'on  voit  assez  par  ce  que  raconte 
le  Grand  Boundahishn,  qui  a  été  terminé  en  880  [ibid.,  page  85),  dans  une  énu- 
mération  assez  aride,  où  l'on  trouve  les  éléments  des  fantaisies  des  bestiaires, 
et  où  les  Slaves  eux-mêmes  sont  représentés  comme  une  création  démoniaque 
(pages  118,  1-22  et  123  de  mon  manuscrit).  Il  est  dit  dans  r.4ws<a  que  l'homme 
a  été  créé  sous  les  espèces  de  dix  races;  la  première  est  celle  même  de  l'homme 
brillant,  au  regard  éclatant,  d'où  naquirent  Gayoma'^t  et  les  neuf  premières 
races  qui  sortirent  de  lui;  la  dixième,  celle  des  singes,  comme  on  appelle 
l'espèce  inférieure  des  hommes.  Quand  la  maladie  fondit  sur  Gayomart,  il  tomba 
sur  le  côté  gauche;  de  sa  tête  sortit  le  plomb;  de  son  sang,  l'étain;  de  sa 
moelle,  l'argent;  de  sa  jambe,  le  fer;  de  ses  os,  l'airain:  de  son  cœur,  le  cris- 
tal de  roche;  de  son  bras,  l'acier;  de  son  àme  qui  s'exhala  naquit  l'or  pour 
lequel,  à  présent,  à  cause  de  sa  valeur,  les  hommes  donnent  leur  vie;  de  la 
quantité  de  mort  qui  existait  dans  le  corps  de  Gayomart,  vint  la  mort  pour 
toutes  les  créatures  jusqu'à  la  résurrection.  Toutes  les  races  humaines  sont  au 
nombre  de  vingt,  qui  sont  nées  de  la  semence  de  Gayomart,  les  unes  directe- 
ment, les  autres  par  l'intermédiaire  de  Parvàk,  dix  pour  les  premières  et  autant 
pour  les  secondes;  il  y  a  les  races  qui  vivent  sur  la  terre  zaminik,  celles  qui 
vivent  sur  l'eau  àpik,  les  Oreille-poitrine  Var-gôsh  (celles  qui  ont  les  oreilles 
sur  la  poitrine),  les  Œil-poitrine  Var-tchashm,  celles  qui  ont  des  ailes,  les 
hommes  des  bois,  les  hommes  à  queue,  ceux  qui  ont  des  poils  sur  le  corps 
comme  les  animaux,  et  que  l'on  nomme  les  ours,  de  grands  singes,  dont  la 
taille  mesure  six  fois  le  tour  de  la  ceinture,  les  Pygmées,  dont  la  taille  mesure 
le  sixième  de  la  ceinture,  les  Roumis  (les  Byzantins),  les  Turks,  les  Chinois,  les 
Dàsak("?),  les  Arabes,  les  Sindhiens,  les  Hindous,  les  Iraniens  [sic,  avec  l'omis- 
sion de  deux  races);  de  ces  races  en  sont  nées  de  nouvelles,  sous  l'action  du 
démon,  pendant  la  Confusion,  qui  suivit  l'irruption  d'Ahriman  dans  la  créa- 
tion du  bon  Principe,  comme  les  Zang,  qui  sont  nés  de  la  terre  et  de  l'eau,  les 
Slaves  Sagldbik,  qui  vivent  sur  la  terre  et  sur  l'eau,  et  d'autres  de  cette  espèce. 

[12] 


412  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN'. 

le  pays  de  Ma-gog,  lequel  est  un  nom  de  lieu,  formé  de  Gog, 
comme  ma-kom  «  endroit  où  l'on  se  tient  »  est  le  nom  de  lieu 
du  verbe  koiim  «  se  tenir  debout  ».  Il  faut  en  conclure  à  l'iden- 
tité de  Magog,  Tubal  et  Meshelc,  et  voir  des  Lydiens  dans  tous 
ces  peuples. 

Quoique  le  récit  d'Ézéchiel  soit  tout  littéraire  et  refait  autour 
du  chapitre  x  de  la  Genèse,  le  nébi  pouvait  être  bien  renseigné 
sur  ces  contingences,  puisque,  en  597,  date  à  laquelle  il  fut 
emmené  en  captivité  à  Babylone,  trois  quarts  de  siècle  seule- 
ment s'étaient  écoulés  depuis  que  le  roi  Gygès  avait  péri  au 
cours  d'une  bataille  contre  les  Cimmériens  (1). 

Ce  n'est  pas  par  suite  d'une  fantaisie  que  la  Genèse  fait 
descendre  les  Altaiques  de  Gomer,  c'est-à-dire  qu'elle  en  fait 
des  Celtes;  l'histoire  des  Cimmériens  est  intimement  liée  à  celle 
des  Turks  Sakas,  qui  les  bousculèrent  en  750,  qui  les  rejetèrent 
en  Crimée  et  dans  l'Asie  antérieure;  c'est  pour  la  même  raison 
qu'elle  en  fit  les  neveux  des  Tubal  et  des  Meshek,  lesquels 
furent  anéantis  par  les  Sakas,  en  même  temps  que  le  royaume 
d'Ourartou.  Les  rédacteurs  du  chapitre  x  de  la  Genèse,  comme 
vraisemblablement  tous  les  habitants  de  la  Syrie  et  de  la  Méso- 
potamie, confondirent  en  une  même  unité  ethnique  tous  ces 
peuples  qui  étaient  apparus  à  la  même  date,  à  l'horizon  septen- 
trional de  leurs  domaines,  en  une  chevauchée  confuse  de  bar- 
»  bares  qui  se  ruaient  sur  la  Civilisation,  et  dont  ils  étaient  inca- 
pables de  discriminer  les  éléments. 


La  forme  Tork,  pour  Ttirk,  se  retrouve  encore  aujourd'hui, 
comme  en  Perse,  dans  la  régence  de  Tunis,  où  SyJ],  pour 
noter  une  origine  ethnique  lointaine,  se  prononce  et-Torki.  Le 
nom  des  Turks,  ou  plutôt  des  Tork,  existait  en  Europe,  en  473, 
comme  le  montrent  deux  passages  des  Gefica  de  Jornandes  : 
sed  mox  Odoacer  génère  Rogus  Thorcilingorum  Scirorum 
Herulorumque  turbas  munitus  Italiam  invasit  (éd.  Mommsen, 

(1)  A  ces  descendants  de  Japhet,  le  dixième  chapitre  de  la  Genèse  ajoute, 
comme  l'on  sait,  les  Iraniens,  les  Mèdes,  les  peuples  grecs,  les  Étrusques  DIT 
et  les  colonies  espagnoles  ïJ'tUJ'iri,  qui  est  Tâprviaa-oç. 

[13] 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  GEN.  CH.  X.         413 

p.  44),  et  ...  Odoacer  Torcilingoram  rex  habens  secuni  Sciros 
et  Herulos  ...   Italiatn  occupavit  {ibkf.,   p.    120).   Deux  des 
manuscrits  des  Getica,  du  x"  et  du  \f  siècle,  dans  le  second 
passage,  donnent  la  leçon  Torciligorum,  que  je  n'hésite  pas  à 
substituer  à  celle  qui  a  été  adoptée  par  le  savant  éditeur  des 
Monumenta  Germaniae;  le  copiste  de  l'un  des  manuscrits 
qui  dérivent  de  l'archétype  des  Getica  s'est  trouvé  en  face 
d'une  forme  torciligorum,  qu'il  n'a  pas  comprise,  et  dans  le 
second  élément  de  laquelle  il  a  voulu  reconnaître  le  mot  latin 
lingua,  qu'il  ait  écrit  torcilingorum,  ou  torciligorum,  l'abré- 
viation de  la  nasale  étant  la  plus  ancienne  de  la  paléographie 
latine,  et  remontant  à  l'épigraphie.  Torci-lîg-us  est  tork-lik, 
adjectif  dérivé  du  nom  des  Turks  par  la  suffixation  de  -lik^ 
comme,  à  une  date  bien  antérieure,  les  ISaxapayXoi,  pour  Haxà- 
pauxst,  dans  un  manuscrit  en  capitales,  sont  les  Saka-lik,  avec 
l'équivalence  r=: /,  littéralement  les  Sacéens,  comme  Tork-lik 
signifie  les  Turkiens,  les  Torques,  comme  je  l'ai  expliqué,  il  y 
a  quelques  années,  dans  cette  Revue.  Le  nom  de  Rogus,  nom 
d'un  peuple  dont  Odoacre  serait  originaire,  d'après  Jornandes, 
ne  figure  pas  dans  l'index  des  Getica,  non  qu'il  y  faille  voir 
une  omission,  car  ce  travail  est  fait  d'une  manière  remar- 
quable, mais  simplement  parce  que  l'auteur  s'est  trouvé  en 
présence  d'une  difficulté  insolite,  qu'il  n'avait  pas  les  moyens 
de  résoudre,  celte  histoire  étant  fort  obscure;  le  nom  de  Rogas 
figure  en  effet  dans  une  liste  de  peuplades  sur  lesquelles  régnait 
Hermanaric,  souverain  des  Goths,  les  «  Gothescytha  (éd.  Golthes- 
€ytha),  Thiudos,  Inaunxis,  Vasinabroncas...  Rogas,  Tadzans, 
Athaul  ')  (page  88),  les  Goths-Scythes,  une  tribu,  dont  le  nom 
*  Tew-ta  est  le  thème  d'où  est  sorti  Deutsch,  et  des  entités 
inconnues,  dont  la  forme  du  nom  est  douteuse,  et  la  situa- 
tion géographique  indéterminable,  parmi  lesquelles  il  semble 
qu'il  y  ait  des  noms  d'hommes,  si  Athaul  est  bien  celui  qui 
fut  porté  par  Attila.  Mais  rien  ne  dit  que,  dans  l'esprit  de 
Jornandes,  le  peuple  des  Rogus,  dont  Odoacre  tirait  son  ori- 
gine, fût  le  même  que  ces  Rogas  soumis  à  Hermanaric,  et  il  se 
peut  qu'il  n'y  ait  dans  cette  similitude  que  l'effet  du  hasard, 
une  erreur  de  scribe,  une  faute  de  copiste.  Il  est  assez  tentant 
de  corriger  le  texte  des  Getica  en  :  sed  mox  Odoacer  ex  génère 

[14] 


414  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

Rogas...  «  Odoacre,  de  la  lignée  de  Rogas  »,  ce  Rogas,  le 
Pouvaç,  'Pouaç  des  Byzantins,  étant  l'oncle  d'Attila  (voir  cette 
Revue,  1930,  p.  44),  que  Jornandès  (page  105)  nomme  Roas, 
en  conformité  absolue  avec  le  second  aspect  grec  de  ce  nom. 
Odoacre  était  le  fils  d'un  certain  Édécon,  dont  le  nom  est  le 
turk  edgû  «  excellent  »,  en  osmanli  éyu^\,  en  mongol  idégu, 
avec  l'adjonction  de  V-n  paragogique  sur  laquelle  je  me 
suis  assez  longuement  expliqué  autre  part.  Cet  Édécon  = 
Edgu-n  est  très  vraisemblablement  le  personnage  qui  fut 
l'homme  de  confiance  d'Attila,  le  'Eséxwv,  dont  parle  Priscus, 
dans  ses  Ambassades  des  Romains  aux  nations  (Migne, 
P.  G.,  t.  CXIII,  col.  708),  que  le  roi  des  Huns  envoya  en  mission 
à  Constantinople.  Ce  n'est  point  une  hypothèse  déraisonnable 
d'admettre  que  ce  personnage  n'était  point  le  premier  venu  à 
la  cour;  il  était,  comme  son  collègue  Oreste  (ibid.),  l'un  des 
dignitaires  de  la  monarchie  des  Scythes,  c'est-à-dire  qu'il  est 
fort  possible  qu'il  appartenait  à  la  famille  royale  des  Huns, 
dont  il  est  assez  tentant  de  rétablir  ainsi  le  pedigree,  en 
supposant  que  Édécon,  père  d'Odoacre,  est  le  fils  de  Rogas, 
partant  le  cousin  d'Attila  : 

X 


Rogas  Mundzuco  Otcar 

[Mowoiouyoz)         (Odoacre) 
I                              I 
Edécon  


Odoacre  Bléda  Attila 

Que  les  deux  formes  *  Rogas  et  Roas  de  Jornandès  soient 
identiques,  c'est  ce  que  montrent  assez  celles  que  les  historiens 
byzantins  ont  données  au  nom  de  l'oncle  d'Attila;  et  ces  hypo- 
thèses sont  justifiées  jusqu'à  un  certain  point  par  ce  fait  que, 
visiblement,  Odoacre,  Ottokar,  répète  le  nom  de  Octar,  son 
grand-oncle.  H  est  tout-à-fait  dans  la  coutume  traditionnelle 
des  Altaïques,  comme  j'ai  eu  l'occasion  de  le  signaler  à  maintes 
reprises,  qu'un  homme  répète  le  nom  de  son  grand-père,  dans 
certaines  circonstances,  celui  de  son  grand-oncle,  sans  doute 
si  celui-ci  est  mort  sans  laisser  de  postérité.  Otcar,  que  je 

[15] 


LE  NOM  DES  TURKS  DANS  OEN.  CH.  X.         415 

substitue  pour  des  raisons  paléographiques  évidentes  à  Octar, 
qui  se  lit  dans  Jornandes  (page  105),  est  l'ordinal  *  ot-toghar 
«  troisième  »,  de  ot  «  trois  »,  dans  une  formation  analogue  à 
celle  du  mongol  ghorban-da  «  troisième  »,  qui  se  trouve  dans 
le  nom  d'un  souverain  persan  du  début  du  xiV  siècle,  ce 
sémantisme  étant  un  emprunt  au  chinois.  "Oi  se  retrouve  dans 
ot-ouz  «  trente  »,  pluriel  de  ^ ot,  qui  est  devenu  utch,  par  le 
changement  de  registre  du  vocalisme  et  l'alternance  tch  =  t, 
dont  il  serait  facile  de  citer  de  nombreux  exemples,  mais  dont 
un  seul  suffira,  celui  du  doublet  ot-agli,  otch-ak,  oclj-ak 
«  foyer,  maison  »,  par  ce  qu'il  présente  la  même  alternance, 
avec  l'homonyme  ot  «  feu  »  de  *  ot  «  3  ».  Le  suffixe  numéral 
-toghar  est  mongol;  il  est  le  pluriel  en  -r  de  togha  «  nombre  »  ; 
ghoi^ban-toghar,  en  mongol  «  troisième  »,  signifie  littérale- 
ment «  les  nombres  trois,  trois  pluriel  »,  dans  un  sémantisme 
étrange;  cette  formation  a  disparu  dans  le  turk,  qui  l'a 
remplacée  par  une  toute  différente;  on  ne  laisse  point  toute- 
fois de  trouver  des  traces  d'une  formation  identique,  à  cela 
près  que  le  turk  affixait  directement  l'indice  plural  -r  au 
•nom  de  nombre  :  utch-er  «  trois  par  trois  »,  littéralement  «  les 
trois,  trois  au  pluriel  ».  J'ai  montré  dans  la  Patrologia  orien- 
talis,  XX,  219,  que  des  formations  tonghouzes  peuvent  spora- 
diquement exister  dans  l'Altaïsme,  des  formations  turkes, 
c'est-à-dire  altaïques  dans  un  idiome  de  la  famille  mandchoue, 
c'est-à-dire  tonghouze  {Bulletin  of  the  school  of  oriental 
studies,  1926,  265).  Le  scribe  qui  écrivit  le  manuscrit  dont 
dérivent  nos  exemplaires  des  Getica  ne  se  rendit  point  compte 
que  Rogas  est  un  nom  indéclinable,  comme  le  sont  ceux  des 
tribus  des  Inaunxis,  Tadzans,  citées  à  la  page  88;  dans  son 
esprit  «  ex  génère  Rogas  »  ne  pouvait  être  que  *  ex  génère 
Rogae  »,  une  forme  d'accusatif  pluriel  ne  pouvant  jouer  le 
rôle  d'un  génitif;  il  pensa  que  a  était  peut-être  une  faute  pour 
un  u,  à  moins  qu'il  ne  se  soit  trouvé  en  présence  d'un  texte  où 
l'on  lisait,  ou  dans  lequel  on  pouvait  lire  Rogus,  d'où  il 
induisit,  non  sans  quelque  logique,  que  cette  monstruosité 
provenait  de  l'introduction  dans  son  texte  de  ex  qu'il  en 
expulsa,  de  manière  à  entendre  «  Odoacre,  Rogus  par  la  race  », 
ce  qui  est  d'ailleurs  un  sens  assez  médiocre,  mais  ce  qui  ne 

[16] 


416  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

l'arrêta  point.  Mundzuco,  MouvStouxoç  est  avec  l'équivalence  t  = 
tch,  le  turk-oriental  v^J-ij^  munduk,  qui  désigne  le  trou 
circulaire  de  la  tente,  par  lequel  s'échappe  la  fumée  du  foyer, 
le  mongol  montsok,  qui  signifie  une  boule,  et,  par  extension, 
le  poitrail  bombé  d'un  cheval,  ces  deux  sens  étant  des  spéciali- 
sations d'une  signification  plus  générale  qui  indique  la  roton- 
dité d'un  objet,  ou  d'une  personne. 

E.  Blochet» 


[17J 


UN  FRA&MENT  DE  MÉNOLOGE  ÉTHIOPIEN 

(Fin)  (1) 


TEXTE 
III.  —  Le  mois  de  Hedar. 

h<w»  !  6AM.;^  !  f\h1iih^^  .(2)  ^înrt.m  '  «wi^çp-ft  î  (3) 
d.^(nC  '  <tAAft  ••  A  :  ^'^•fefPft  ••  ^fii^tl  •  (4) 

^  ■  M  '  A.nTft  î  ^'IhT'tîPft  '  A^ifPft  •  rt  '- 

hao  :  riu^ïiA  •  M^'\i9*t\  •  àtaj^r  :  vn.j&  •  (6)  ^,^ 
hoo  :  o^d^-n  !  p-rh^A  •  h.K  •  *^  •  ^  •  (8)  ni^ch  !  -f 

(1)  Cf.  R.O.C.,  1914,  p.  199;  1915-1917,  p.  201. 

(2)  Espace  blanc  laissé  pour  l'insertion  à  l'encre  rouge  du  nom  de  '^Cf9^^ 
Marie. 

(3)  Le  Synaxaire  éthiopien  porte  oDÇTrf-fl  [^^^^-^'y). 


(4)  Ms. 

:  <&An. 

(5)  l\Is. 

.  HîiïlTrjÇrC^. 

(6)  JIs. 

:  >»,fl„e  (primitivement) 

(7)  Ms. 

:  ooCrh  !  ÏUCn-Pfl. 

(8)  Ms. 

:  h,A.  !  *^  !  ^. 

(9)  Ms. 

K^:^. 

ORIENT   CHRÉTIEN. 

[1] 

27 


418  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

hoo  î  ï<f,Aiift  •  (3)  A.«i>  :  i^i\  :  na*^  :  0^-1.' .'  '^^hn  j 

YlCMtn  '•  Ht^ftîti^  «  ^JP^A-A  •  *6CA-ft  [•]  hn.4.'>P-A  •  (4) 
hiO-^Ctl  •  h'i^'i?*h  •  )Z.ftmA  !  «^C^CTA  ••  A-h(?A  :  A  •' 
fl^î^TA  •  A 

Fol.   121  r° 
n'>^.*C?A  •  h-AAPA  :  ^CJiA.îPA  •  A^'l-  :  îCTÎn  •  fl)Aft  ■ 

K<wi  :  7;^p■c^A  •  (o)  a  •  }tAyl7J^^'e  •■  ko  .•  4^^  ■  h 

0  :  '^VA  ■  ^A.  •  *  ••  (6)  tt'iù^.im  s  ^.j^rt.  î  (U'I-  •  yiC 
A^P•C^A  •  A  •  WCiD-  ■  A  ••  H.Tn-A  •  (Dho^  •  «.T-niP  !  A 
;*•  ••  ffoCJ^^^ti  :  ^^.A  :  Pvh'>A  •■  Mo-  •  (oan-l:  :  >*7l*' 
'feAm^m.TA  •  (7)  «da^  ■  XA.5:  ? 

n  :  4»T.C^  !  (8)  n-fc  •  ^Ai-C>if  ■  'wift*|.A  •'  A*feAni^m.S"A  « 

rgïfliS  •  i\hafnu  '  hC?-h  •  ^Ah  •  A.*  ■  A  • 


(1)  La  lettre  f*  est  en  surcharge. 

(2)  Ms.  :  MCtMi. 

(3)  Ms.  :  hao  :  %AAλft. 

(4)  La  lettre  f*  est  en  surcharge. 

(5)  Le  chiffre  %  est  en  surcharge. 

(6)  Ms.  :  h,A.  :  *. 

(7)  La  lettre  f  est  en  surcharge. 

(8)  Ms.  :  *c^. 

m 


UN    FRAGMENT    UE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  419 

*  î  (1)  rt'^d;»"^  •  (2)  +;i'nh.  '-  ^^A-}  'hiiim  :  hcft-t^ 

P-A.Ç  î  n-t  •  JÇ-'f"fî  .(5)  A^.^'flA-ft  i  a}aof[M}±ih  « 

h/w  .•  ïflie'^h^A  •  'wAWn  :  'JT'/^'V  •'  ïiCM^fiV,  *  (6) 

^iw»  ..  iœrhùfi^  ■  oBfih'hl'  •  m,T'l:9*ti  •  K^.  ■  *A  •  (8) 
Hh'JXT  ••  nhc^d  •  A.+  •  A  •  nhiiYi'i^'C.if  ■  hfthvçc  •  toi 

^/H»[..]  ïfDônC-tT/l  •  A.4»  •■  A  •  ïfm^Vl^  ■  ^7^A  •  A" 

hao  î  lœh'X^ti  •'  (9)  A.'t'  •  A  •  nhftîn^.Ç'C.e  :  t^-i-  :  ji 
<w»  :  A'nh'>  « 

K<w»  :  ïaI^ÇArt'^  •  ^^PU^  ■  APvh^ft  :  h<<.  •  (10)  mc^  .- 

h-ncvr*  •■  tD-nhi^-ir  *  rh<5îfi  •  fio^K^  ••  A»n  ■  ^Ah.  :  ^^  •• 

rir/"J  ■  9,^fl"V  •'  hti  •  OIX,^,  :  M  '  A.T^  « 

(1)  Avant  le  cliiffre  g  se  trouvait  un  autre  chiffre  qui  a  été  gratté. 

(2)  Ms.  :  ù'^ù;}'. 

(3)  Ms.  :  \iCflfc^>. 

(4)  Dittologie. 

(5)  Ms.  :  £+1:. 

(6)  La  lettre  .p  est  en  surcharge. 

(7)  Espace  blanc  laissé  pour  l'insertion  de  "^C/îf",  le  second  élément  du  nom 
propre  nihR  :  '^C^T'. 

(8)  Ms.  :  h.A,  i  *A. 

(9)  Dittologie. 

(10)  Ms.  :  hé,(D. 

m 


420  REVUE    DE    l'orient    CHRETIEN. 

A  ••  A  •  hn  ••  AA*^  1 

h#w»  :  KaïAh'7'Hîi^*  '  '^[••]  (3)  'ï'A'^  •  A,*  •  ^^  •  nJidïl 
-i^C^  •  îtAÇP-A  •  HïfcfA  ■  (T'^TA  •  P-rh-^A  •  -J^'^A  •  ^* 

h#w  :  xflïë*'H*rA  •  Jt9"^TA  !  M'fc'Î^A  •  A"'>je^p-A  •  K 
'fl^'îP-A  !  (DhH^o^  '•  -tfl^^^  •  'wiA'ï'A  •  h-n^  î  r^^^s^A  •• 
tiUff'îl  '  A.<w»'|'  :  A'ecTA  •  A.4»  !  A  :  n*ï»ArnA  ■  ^TiTA  « 
A  «  ëg:A"fl»ë  ••  (^0  o*Mt\^  '  ^(oèh'i^H^ii  •  A'JJ^P-A  « 

^#/D  î  Kl»r^<:Ç'^  î  *CiA.A  ■  A,*!»  :  Ih-fï^î-  •-  >n.j&  •  h 

liCA-i:  ■  naod^  •• 

^P-A*C?A  !  JiAd  î  -^P-A-PC^A  •  A  •-  P«rt.^  '  H'J^-n.'J  ■  01^  « 

K<wi  :  KaïïnA'>^TA  :  M-P  •  ;^^n-A  î  ^l'^f«l^  •  n^n^p-A  • 

A  •  ;^  •  5?ë?.vr  :  H'."?^^  •  '>.^^  ••  •ÏC'3'<{.?'A  •  h.A.  *  *  ■ 
H^A.A  •  M  '•  AuPA-A  '  T»^/  '  lAP-A  :  '^JK-'î  •  î^h'PA  î  '^ 

c^AA  ï  -^-ni-CO  '^c^9"  '  '^c^A  î  dti^  ï  ncnc^TA  « 

(1)  Les  lettres  «^jp  sont  ea  surcharge. 

(2)  La  lettre  T  est  en  surcharge. 

(3)  Espace  blanc  laissé  pour  l'insertion  en  caractères  rouges  du  nom  propre 
'^C.P?",  Marie. 

(4)  Ms.  :  ëjPSflië. 

[4] 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  421 

A  :  <i.A^A  î  ^d-P-n  î 

h*^  !  KflïSA<:nT'7  :  h.A.  ■  *^  '  Hï4»P-A  '  h(\  •  A,.*TA  •■ 

htm  :  KflJBA^iî  :  Aîi*1lUï  :  A^TCTA  •  A  î  A.+  :  A  !  HîiAîn 
-ÎJ^C^  •  ^(D%hà^^  •  A  •  'ï'A.r^rnA  •  A.*  ■  ^  •  WCn,  ••• 
>i<w  :  tnhhhe-A  ■  A.*  •  ^^  •  nltxlÙM^C^  •  <w».^cp-A  î 

h^'Td  •'  H'jrjç-  •  A.T(rA  •  ^tfPA  « 

IV.  —  Le  mois  de  Tahsas. 

*  :    (1)    i^atl    '.   nPH   •   ^,A.   •   *   :    (2)    P-rh^A   '    (3)   A.4»    • 

i^  î  HîtAïi^.^C^  :  K^V'frfPA  •  A.+  :  ^  •  n?iAîn^J^-c[j?]  :  ^ 
OHA-A  •  aiA.^  •  *A.A  •  emUiLr*  •  Â.Tt^A  •  th^M  -  M  ■  ^à 

-P-n  •-  h.A^A  :  oD-,\i{i  :  ^n  :  nj^*^^  •  n.cAn,u  ••  h*»"-  ■  aa 
A-r-j  •  4»^  ï  ^.-^  •  înc  '  AKn  •  a.t^  ::= 

K<w>  :  ëM'i^  •  KHC^  ■  '^A^.A  •  ^"J^A  •  ffgyîrXA  •• 
ïîV-  •  A'^dl-  •  rAA  :  4'A.A^A  •■  M  •  à^C  •  h-nh^^l  •  A  •• 
^-înA  î  ^n  :  Ç^Ç>bA  •  H.V  î  '^C^A  « 

hao  :  ^n'J;^  !  at-ii-t-  :  <w>4»^A  •  A?%*TH?»'lï  ••  4-V-^A  •• 
«wïAhîri  •■  ^fl>-AJ^rnA  î  hn  ••  <n>-rt.  ■••• 

^^  :  oh-JJ^C^A  •■  di9  •  M  •  Pf^  •  (D^Ç*7A  •  at^àJ^-n  ' 

Fol.  121V'' 

C^A  :  Ar/">  •  ;^Jt^A  !  ;^flï<i^T  « 

hoD  î  ÊçifîT»  :  vn.ie.  •  /bAJ^CTA  •  A  ••  ih'i'iy  '  <i.A'}rnA  s 

(1)  Ms.  :  h.A.  !  *. 

(2)  Ms.  :  h,A.  s  *. 

(3)  La  lettre  f*  est  en  surcharge. 

[5] 


422  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

P-A^m-rt  :  rnA9"e-ft  •  -Ï'OïAA  •  oof^-^-}  .-  ^-j^nA-ft  ■  +A, 
A  :••  >i'nC'/i^  •  Ac^*e  « 

'nb?*{i  '  A.*!»  •  r^'1'  '• 
hoo  :  x^c'n^  î  A.+  •  A  ■  xùxiùM^c^  •  ncn^  •  pa^t 

îi^niP'<Î.V  ï  A  •  ;^  «  M  :  Atf» -^.A  î  H+A'T»^  "•  ^n  •  h.A. 
?i'ï'ï:   •    •\Ù\^    •   fl)îP*AA.irtf»>-   •  Xl'Wà  •  ?'th'iil  •  H^'^A* 
)2.C*A  :  ?tA4iA-îrrnA  '  >»a>-X^P-A  --  (i)  -MnA  ■  ^A4.  :  H^ 
'^  î  KAÎL*A  •  'tP^,  « 

h/wi  :  ï^,AA'|-  '-  ^PO-  •'  AA'ECTA  :  A.+  ■  ^  •  Hh'J}iïU 
^  ••  ;I->»T.^P-A  ■  A.*!»  :  A  ••  H?iAh'>.^CJP  :  Jr^APA  •  î\.^4»  • 
'^AAA  •  ^A^MC  :  4».^'A'>  •  A-CAV  •  ^n  •  T'PTî  •  'ïôto-  : 

K/wi  :  ïaiAnh.'rA  :  H.^'4»  :  nf:ïA"''XîPA  •  ;i.A.  '  *  ■  (2)  n 
TA'>  •  A  «  ?i*7ll.?»  ■  yj-n/..  :  ?%tf«>.  ..  AHCh  •  ^(ï^-n  :  'J7-/*'  « 

hero  :  ïfllë''ï.ïl^.A  •  ^AWfl  ■  T-A^i.  ••  «V^iflC  :  Ahi»-'^ 
H  ■  -nVTA  •  "/A'e  •  Atf» -^hA  •  H'PAJ^n  :  /hJ^Y-  *  P-rh'JA  • 
i-^'^î^  •  VJ4»mA  :  A  î  hn  !  hahfiM  ■  A  •  ataoràxC  •(3) 

htn*  :  ïfl)rfl5\ï'hCPA  '  A  '  h-iK^ïiah  :  «.^'^  :  '^A^A  • 
Ifi*^^  •  Kn  !  tro4'cll  '  h'ûà'i.J^il  '  A  •  rhCAC".7  ■  }^ "JCA];!-  : 

ArhÇ   :   ît^w»   :    hlHh^^   -    (4)    *C5iA.?'A  :  f^h^'i'i  '  ©C^TA 
A  :  hC^Ô.  l 

(1)  Ms.  :  T.tD-l'Vfîl. 

(2)  Ms.  :  h.A.  !  *. 

(3)  Ms.  :  atthaoC. 

(4)  Espace  blanc  laissé    pour  l'insertion  en  caractères    rouges  du    nom   de 
*^C/?",  Marie. 

[61 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  423 

\yao    :    im^C^r    '   h^i-   •   hCl   '   (3)    (Dtfo-A.  :   (D%^9* 

YxOD  r  ÏCDï'bArtl-   •  ^PO-   '   AA-*A   ■  H'Ji^.Ç-  ::  'hAA'f-  ï 

^r*  -•   «?C*A   !    'wiCTA/bA  :  A  •  hn  •  V'IVh.A  =  lAfl>-^ 
JPA  •••• 

^/w  ..  yoi^^CSf  !  «^^A'T'i'  ■  'hAAl-  ■  r'PV-  ■  M:^  ■  ù 
9:h  •  ^at'n»(\  :  M  •  AA*^  •  h'^-b  •  -nCVi  -.  ^C4»A  :  4-AP- 
^  ■  A.înP'j  •  '}^^,'i(l  •  h(0'^î\  •  œh-n^f^ira^  -.  a  ■  ;i-  •■  ç 

AA'f-  :  /^'Pifoï»-  :  A>%f:A.A  :  (D^tl^  '  flJ^.TA  •  'bAA'/-  •  /^' 
;iii.  :  A-f^VA  '  r/i*PCJ?  •  AuAjPA  •  ^0  :  AA«7  •  +^1'^  s  i\  : 

^£W>   :    (flïg'I-nC^.A    •   ^A^în   •   P-[rh]'îA  :  Hn'CAA   •  (DÇ[ 

H-t  :  AA^  ■  ai^^îPoi»-  î  fl>-A'^  :  ?»A-ll'  •  A^Ç'^^  *  a)hnc9  • 

hoo  :  7;Axl  •  Vn.^  •  f-rh-JA  '  ihKC  ■  ^'J^hA  !  ïn..e.  :  ;^ 
«O-^V  :  l^n^^  '  hfl>-P'}P-A  :  '^C.^PA  ••  hn  :  A-C*^'}  •  h 
n  !  ''VC^A  •  '^CTh.A   :: 

^rw»  :  KflJ6h*7ftM  •  (4)  nCTOA  ••  hrGhC9:}x'{'  •  V'K 

A.A  :•• 

(1)  Ms.  :  K.A.  !  *A. 

(2)  La  lettre  C  est  en  surcharge. 

(3)  En  surcharge. 

(4)  Ms.  :  txl'U'hy  ;  espace  blanc  laissé   pour  l'insertion  en  caractères  rouges 
du  nom  de  h.frt-îl  :  YiCrt-Pfl,  Jésus-Christ. 

[7] 


424  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

^   •  3>irt.J&   î  iiao'h.^  :  1-nC/i.A  :   ftiP'/"^  ï  'Wï^Cft   •■  K^^J^ 
Ctl  ï  <i:.AAft  :  K-n^lfift  :  h^^A^ft  •  +JiA.îPA  ■  (3)  /w>c*<S. 

^#wi  :  ^œo^^^-i  r  KA  ï  MJ^  :  M^ai?*{i  •  A.*!»  .•  ^  .' 

Vd.  •  ^ft'i'A  •'  hù'b  ■  in..e.^  !  A^*  •  Ahn->  :  ïhA  :  y^ 

K<wi  :  'RiDihnti^li^  :  p-A^Ç  •'  (4)  A  î  ;^  « 
A  •  ;!•  !  Hîi-îAV  « 

Ai<w>  :  ïToien^A  ••  A^*  •  hn-c  «  ©a^*  j  A^,.eA-  ••  t^ 

lï^'l  '  ^d^-n  •  <?.A.A  :  -tJPJÎ-CA  :  A  ■  h.*Cf-A  ■  l'hu'  -. 
K»»  .•  çnP-rh^A  î  Kn[î]  ri^  •  HhA'&TA  s  P-rh^A  •  HA. 

r/i^'   :   A   ■   ;>•   •   ^yi^^î^   •   ïlCP-'>   :   <tArÇ   î   ?tA   :  ir»AA.(^ 

SA  î  ;^  !  nn-l:  ^  [dAîh  •]  lD^îP<m-  î  A^^h^  ■  m-A-i-  '  M^ 

<»nnj&>^^  .•  HCK  .•  hcA-f^A  :  M^'i'  '•  H+'^A-<^».  :  %c:k'Iî 

(1)  Espace  blanc   laissé   pour  l'insertion   en   caractères   rouges  du   nom   de 
'^Cf9°^  Marie. 

(2)  Ms.  :  A.T-feJPf». 

(3)  Ms.  :  4'A.iJPn. 

(4)  La  lettre  f  est  en  surcharge. 

(5)  Ms.  :  h.A.  :  *. 


[8] 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  425 

V.  —  Le  mois  de  Ter. 

h<w»  î  g^n.A  !  nwv:  ■  <"'•;^^  «  ka5:*a  ^  ^â.a  =  *^  •  (2) 
'tJP'.Tl  ■  A.*  •  ^  :  nhtiïi'O^cy  ■  3?%?λA  •  ïiV-  !  (3)  A'^d 
'^  •  rAA  ■  <<.A;^îPA  ••  AH. 

Fol.   122^" 

9*t\  '  tVid-t-  ■  n.^-  î  h  •  Ah'Tîï^-ihi  •  n^-n^  •  hn  ■  a.t^  « 

ht^  •  à?'ihlt\  •  fh*PC^  •  XP-CXA  :  «^-fïV  !  A.*  ■  AA 
;I-^J^^  •  A  ■  M  •  A.^S°A  -■  H'P'ÎX't  ■  ^n  •  VC^-A  •  «n.»-}  : 
K<w»  :  fc^A-Z-JP-A  î  A  •  *^-fcfPA  •  A.+  •  A  •  mxiiWi^'C^ 

hAîn-JJ^C^  •  *J^A^  « 

li-  •  (4)  ^.AJPA  :  ïn.J&  ■  tmclnyi-  ■  A.'ï'  î  A  •  HîtAVl^J^C^  • 
nAAP-A  •  (5)  A.  !  A  !  H*fcAC^  «  ÂQ  :  <">-A,  •  liïi't  ■  IK-  '  ÇA 
oo  :  i-OïA.^l  î  «wJEl'Ii'J  ;  AÇ^  :  ÇAA'^  •  ^PU-  '  Ah'i^C^ 
A  ■  f^rvC  •  K^d»9"  î  ?ifl>-'^CP-A  •  A^*  •  Ah-ilCVr*  ' 
<DA^  ••  :i'à'  « 

(1)  La  lettre  T  est  en  surcharge. 

(2)  Ms.  :  h.A.n  :  *A. 

(3)  Le  verbe  yiy-  est  en  surcharge. 

(4)  Ms.  :  ôCIt. 

(5)  Ms.  :  AnflAf-n. 

[9] 


426  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

hoo  :  gn.'f-  s  hC  :  hM  !  <wi.^CA  !  (1)  H^ft*Tft  ■■••  îi^J^ 
<5.5:*ft  ■  A.*!»  •  A  !  H^ifth-JJ^C^  ••  ^0  ■  'in^'X  '  A.*  :  A  ' 

Ma}-  :  4'-S.«^^  « 

A.4»  ■  A  •  ilhnin'y^'C.?  •  PAri^A  :  4.JP.PA  ■•: 

ëVff'iffA  •  {sic)  JS7^bA  ■  ^>ïiA  •  n'}3nc?A  ■  Afl>-A^.^P-A  *  A  ■ 
;^  •  AA-f-  •■  ^d^-n  .■  OJA.P.  •  jP-Arh4»  •  l'A^TA  •  A  •' 

^iCAA.^A  :  SK'T.^A  !  htD-Pid  :  J^-^ZTCPA  '  (2)  -nC'T 
P-A  ■  ?iAm.4.TA  ■  h.^ïiA  •  î^.p.-.'*"J  "•  A..^S"A  ■  A  :  '^.VA  •■ 
H^i'^^'l-  !  M  •  >hr?  ••  ï^'fe^'  •  HViï-  •  A^'Vd'ï-  • 

htm  ■  ïtf»o>»AA.^-A  :  <w3r)rt/PA  :  Îiîr/,.^,A  •  î^/5.AbA  •  -fl 
dd'>  •  hn  ■  hCîlA.J^A  ■■  ïDîitf»-  :  tP-flA-V  ■  ogflïo'^'în^ 
V  ■  «feC^A  •  M  ■•  rhC  :  A-1n,P'rA  ■••• 

A.TCA  •  AT'^   •  ^^9"/S.  •  j?«Af/i4»  î  *fef:*A  !  A  •'  Pvh'JA  ■ 

)\(n*  i  ïflJ'Z^A;J-?'A  -•  A  !  fl»i^'AA.ii-  ■•  ff/ipA<{.*e^  s  f/^y\ 
l'i^^  ■•  ÂA'JJ^PA  ■  aoMPK'è^  :  AuPA-'H  •  (ortxM  '•  m"> 
->  :  A  ■  ffli^'AA  •  <DA>Î  •  çfX^fl'oA*^  !  JCrnA  •  wA**  j  hn  •• 
Mi*^  •  ?iî^e4'S.«^'J  :  P-Ji^A  :  A.+  !  A  •  H?iAîn^.e.C^  :  ^-^ 

h.A  :  ^CjP'e  ■•• 

^#wi  :  ioitaoiiii^'Ph  •  (DS/^'t?'A  •  hin»cj^-A  •  A  :  Knh^ 


(1)  Ms.  :  <n>OD4.cn. 

(2)  Ms.  :  .^■'^TCP-fl. 

[10] 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  427 

htm  •  s^-ncriic^ft  •  hrëœe^^h  -■  p-rh^ft  •  Kn  ■  T'ï 

-n^u^p  •  >i'nA*PS"ft  :  rt  •  4»^  ••  a^i-  •  Yic  •  am  •  p-rh'jft 
ai-j^rt-  •  HflïC4»  ■  -nrlhV-  ■  rt  ï  KnyiA-Tl  •  rt  '  flJî'"ftA.y-  ■  5? 

h/w   :   K(D6K*TH?i-H   •    (2)   <wi<PdA.y   :    XOte'iaD'l'   :    ^,AC 

^  !  ©Ai-  •  HJ&y-'>  •  JT-/*'  ■  -ÏC-î^î^ft  •  A.*  !  A  :  KCrytl  • 
Afl>-A"ft  •■  A  :  ÎL^Aî^A  :  A  :••  li^'fnc  •  h.^,  ••  ^A  •  {'^)  fiAtl  • 
'^fiM  ■  Pvh^A  •■  U^n  :  'l'flJ-AniA  "• 

^£w»  :  Kfflëhn  •  (4)  h'}rn['>]A  ■  '^'H^ï<:  •  Vf-A-tf»-  •  4»^^ 
•>  •  fli'^ÇA  :  ^.Â.  î  *A  •  (o)  H<^q:^  « 

Krw  .-  ?^flirm.r't?'A  •  d^h  •  AflJ«A«A  •  KIÇ-tî^A  •-  (()) 
ÏCA-A  «  tP^AP-A  :  ^7-/^  ■•. 

^  •  ?iA  •  ftiOt-ïW}  •  h(\  •  ao^Cîl  '-  lihtlln'i^C,^  ■  fi.4.  •  A  î 
ooCth  ■  IriLA-J^A  •  <w';»uc  ••• 

h<wi  :  KfliëA.TCA  •  ô<^-.^'  •  A-nA-l-^TA  •  A  •  hAluA  • 
A  î  ^d^-fl  •  Chù  •'  ^ïViA^-  " 

A->  î  AOA  ••  A  :  P-rt.ç  ••  *wÇ4»a.  •  ^IR^  -  (D'i^n  •  -ï'^lA  : 

(1)  Ms.  :  A.A.  :  *. 

(2)  Espace  blanc    laissé    pour  l'insertioa  en  caractères   rouges    du  nom  de 
'^n^î'",  Marie. 

(3)  Ms.  :  h. A.  ■  AfI. 

(4)  Ms.  :  K(Ob  (primitivement). 

(5)  Ms.  :   h.^  :  *A. 

(6)  Ms.  :  hH'ttt.f'il. 

(7)  Ms.  :  ft-^ôt. 

[11] 


428  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

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VI.  —  Le  mois  de  Yakatit. 

P-A  «  KftïiÇÇC  •  fli-nîiA.iî  •  A  •  flJl^A  •  A<^d^  ■ 

[Desinit  ex  abrupto.] 

(1)  Ms.  :  ft^  !  -nf-Tr. 

(2)  Ms.  :  fli'V^T. 

(3)  Ms.  :  TTI^^^. 

(4)  Ms.  :  gi. 

(5)  Ms.  :  K.A.  :  *A. 

(6)  Ms.  :  W^Oi-nït. 


[12] 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  429 

TRADUCTION 

III.  —  Le  mois  de  Hedar. 
Hedâr. 

Le  r".  —  Naissance  de  Notre-Dame;  Maxime  (Maksimos)  ; 
Manfyos;  Victor  (Fiqtor)  et  Philippe  (Filpos),  martyrs; 
Domiiius  (Dêmâtêwos)  ;  Philippe  (Filpos). 

Le  2.  —  Pierre  (Pêtros),  patriarche  d'Alexandrie  ('Esken- 
dryà);  Sanutius  (Sentouyou),  patriarche  d'Alexandrie  ('Es- 
kendryà);  Sêtênêwà  la  sainte;  Anastasie  ('Anestàsyâ)  la 
sainte;  Ahba  Libânos;  Athanase  ('Atnàtèwos)  et  Ledânéwos, 
martyrs. 

Le  3.  —  Cyriaque  (Kiràkos);  Athanase  ('Atnàtèwos); 
Habacuc  ('Enbàqom)  le  prophète;  Irène  ('Irà'i),  sœur 
{d' Athanase) ;  'Amda-Mikâ'èl,  Samuel  (Sàmou  el),  'Amna- 
Ba-'IyasoHS,  Marha-Krestos,  Ferê-Krestos,  Sarda-Haivâ- 
ryût,  Zar'a-Seyon,  Menas  (Minas),  'Agoumis. 

Le  4.  —  Jacques  (Yà'qob)  et  Jean  (Yohannès),  évêques  de 
Per.se  (F àrès);  Thomas  (Tomâs),  évêque  de  Damas  (Damàs- 
qo);  Épimachus  ('Abimàkos)  et  Azarianus  ('Azàryànos), 
martyrs;  'Abayd,  moine;  Abba  Jean  (Yohanni);  Zacharie 
(Zakàreysà);  assemblée  des  martyrs;  Pierre  (Pêtros),  pa- 
triarche d'Alexandrie  ('Eskendryà). 

Le  5.  —  Apparition  du  chef  de  Longin  (Langinos);  Timo- 
thée  (Timotêwos)  ;  translation  du  corps  de  Théodore  (Têwo- 
deros);  Jacques  (Yâ  qob);  Jean  (Yohannès);  Thomas (Tomks); 
Jacques  (Yà'qob),  prêtre;  Abba  Jean  (Yohanni);  Nagada- 
Krestos. 

Le  6.  —  Félix  (Filkos),  patriarche  de  Rome  (Rome);  en  ce 
(iour)  Notre-Seigneur  s'est  rencontré  avec  ses  disciples  dans 
Qouesqoudm  :  dédicace  de  l'église  de  Qouesqouâm  ;  Théo- 
phile (Tiwofelos);  Cyrille  (Qêrlos);  Épiphane  ('Abifânyos); 
'Awféros,  'Andinewos,  Vesios,  Mârteros  et  Loukaros, 
marty rs  ;  W eninos ; 


[13] 


430  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 


Fol.   1211'° 


Lebdndiqoros ;  'Oulasyos;  Corneille  (Qornêlêwos)  ;  nais- 
sance (VHénoch  (Hènok),  fils  de  Jared  (Yârêd). 

Le  7.  — Georges  (Giyorgis),  martyr,  V Alexandrin;  Abba 
Fâyoïun  (1);  Abba  Menas  (Minas),  qifi  a  été  institué  évèque; 
dédicace  de  l'église  de  Georges  (Giyorgis),  martyr;  Xàhrew, 
martyr;  Zénobe  (Zênobous)  et  sa  mère  Zénobie  (Zênobyâ), 
martyrs;  Mercure  (Marqorêwos)  le  nouveau  et  Jean  (Yohan- 
nès),son  frère;  en  ce  (jour)  régna  Constantin  (Qouastantinos), 
fis  d'Hélène  ('Elêni). 

Le  8.  —  Les  quatre  Animaux;  'Afnin,  ange;  Jean  (Yohan- 
nès),  patriarche;  Abba  Coprès  (Qefryâ);  en  ce  (jour)  la  croix 
apparut  à  Constantin  (Qouastanl.inos). 

Le  9.  —  Abba  Lsaac  (Yesliaq),  patriarche  d'Alexandj-ie 
('Eskendryâ);  concile  des  trois  cent  dix-huit  pour  excommu- 
nier A  rius  ('Aryos);  Yesâk,  patriarche. 

Le  10.  —  Les  cinquante-cinq  vierges  martyres  et  Sophie 
(Sofyâ);  Ammon  ('Amon);  Paul  (Pâwlos)  et  les  trois  martyrs; 
les  saints  [Pères)  se  réunirent  {en  concile),  car  les  chrétiens 
étaient  rebaptisés  constamment. 

Le  11.  —  Anne  (Hannà),  mère  de  Notre-Dame;  Archélaiis 
('Arkâlàwos),  martyr;  Elisée  {'Èhk'e)  le  Juste;  'Akâminyos  et 
'Arsâwos,  martyrs;  Bârgewà  et  les  trois  martyrs  qui  furent 
avec  lui;  'Entâyès;  Mâlyès;  Fâsyâ;  'Arles;  Élie  ('Èiyàs); 
Joseph  (Yosêf);  en  ce  {jour)  chute  du  diable  et  de  ses  anges. 

Le  12.  —  Michel  (Mikà'êl),  ange;  notre  roi  chrétien  \Anes- 
tos  (2),  fils  d' lsaac  (Yesliaq);  le  roi  Ba  eda-{Màryà m) ,  fils  de 
Zara-Yaqob;  les  disciples  de  Bizan. 

Le  13.  —  Myriades  d'anges;  Timothée  (Timotêwos),  évéque 
de  'Eîisenâ;  Zacliarie  (Zakâryàs),  patriarche  d'Alexandrie 
('Eskendryâ);  'Askanâfer  et  les  douze  brigands;  'Atlyâ; 
Meronâ;  Mayonâ;  Félbâter;  'Abrâni;  Honorius  ( 'Ancre wos) 
le  roi;  Jean  (Yoiiannès)  de  Bizan. 

(1)  Ici  le  ms.  confond  un  nom  de  ville  avec  un  nom  de  personne  :  il  s'agit 
d'Abba  Nâhrew  (Lucius)  de  Phiom  (Fàyoum),  mentionné  d'ailleurs  plus  bas. 

(2)  Au  lieu  de  ^Aneslos,  il  faudrait  lire  >lnrfrel(>iTr^C^n,  'Endryâs),  fils  d'Isaac. 

[14] 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE   ÉTHIOPIEN.  431 

Le  14.  —  Martin  (Bartinos),  patriarche  de  Tours  (Tarâ- 
kyà)  (1);  Daniel  (Dàn'êl);  Loràstos;  André  ('Endràwos); 
dédicace  de  l'église  de  Qalmon;  Mabrinos;  Tarâtinà;  'lyes- 
tenà;  Gàrsis  et  Bcdàten,  justes. 

Le  15.  —  Menas  (Minas),  patriarche  d'Alexandrie  ('Esken- 
clryâ);  commencement  du  jeûne  de  l'Avent. 

Le  16.  —  Dédicace  de  l'église  d'Onuphre  ('Abànàfer); 
Tatous,  martyr;  Daniel  (Dàn'êl),  ermile;  Honorius  ('Anorê- 
wos)  le  roi;  Jean  (Yoliannès),  patriarche  d'Alexandrie 
('Eskendryâ);  Xyste  (Kistos),  évéque;  Jean  {Y oXydiimè^)  Kâmâ. 

Le  17.  —  Translation  du  corps  de  Jean  (Yohannès)  Chry- 
sostome;  Abraham  ('Abrehàm)  et  sa  femme  Harik;  Samuel 
(Sàmou'êl);  Abba  Malaki,  Abba  Simon  (Sem'on),  justes  de 
Wasif;  Abba  Sinodâ. 

Le  18.  —  Atrasie  ('Atràsis)  et  Junie  (Yonâ),  vierges  et 
martyres  ;  Éleuthère  ('Êlâwteros)  et  sa  mère  Anthie  ('Entyà), 
martyrs;  Philippe  (Filpos),  apôtre. 

Le  19.  —  Dédicace  de  l'église  de  Bacchus  (Bàkos)  et  Serge 
(Sargis);  combat  et  martyre  de  Bart/iélemy  (Bartalomêwos), 
apôtre;  Théodora  (Tà'odrà);  Georges  (Giyorgis)  le  nouveau; 
Gabriel  (Gabr'èl),  ange;  Théophile  (Têwofelos),  sa  femme 
Patricia  (Patriqà)  et  Dàmâlis,  leur  fils,  martyrs. 

Le  20.  —  Anianus  ('Anyànou),  patriarche  d'Alexandrie 
('Eskendryâ);  Théodore  (Têwoderos),  martyr;  Abba  Jean 
(Yohannès)  de  Siout  ('Asyout);  dédicace  de  l'église  de  Théo- 
dore (Têwoderos),  martyr;  Abba  Salàmà. 

Le  21.  —  Notre-Dame  Marie;  Côme  (Qasmà),  patriarche 
d'Alexandrie  ('Eskendryâ);  Alphée  ('Elfyos);  Zachée  (Zakê- 
wos);  Romain  [Romkwo^) ;  Jean  (Yohannès);  Thomas  (Tomàs); 
Victor  (Fiqtor);  Isaac  (Yeshaq). 

Le  22.  —  Côme  (Qozmos),  Damien  (Demyànos),  Anthime 
('Antimos),  Léonce  (Londyos),  Euprèpe  ('Abrànyos)  et  leur 
mère  Théodota  (Tewdàdà);  Masqal-Kebrà;  Romain  (Romà- 
nos);  Zachée  (Zakêwos);  intronisation  de  Sévère  (Sàwiros), 

(1)  Le  Synaxaire  éthiopien  porte  .   <n»C^'^î"n   •■  h.A,n«PAn   ••  )Wld,  ••  (fKi-h'fi 

(Lo  Lis  i^jJ-*    s à£wi    ,  ^J^jj..'].  Cf.  ZoTENBERG,  Cal.  des  Mss.  élh.  de  la  Bibl. 

Xal.,  p.  163. 

[15] 


432  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

patriarche,  à  Qaltos;  Côme  (Qozmos),  martyr  avec  deux  cent 
soixante-deux  (hommes)  et  quarante-deux  femmes  ;  Anthime 
('Antimos);  Léonce  (Lendyos). 

Le  23.  —  Mort  de  Corneille  (Qornêlis)  le  centurion;  Oba- 
dias  ('Abdyou)  le  prophète,  de  la  tribu  d' Éphraim  ('Èfrêm)  : 
le  nom  de  son  père  est  Kokabâ  et  de  sa  mère  Sâftâ;  mort  de 
Geoy^ges  (Giyorgis);  Grégoire  (Gorgorêwos)  ;  Bélên;  Côme 
(Qasmâ);  dédicace  de  l'église  de  Marine  (Marina). 

Le  24.  —  Les  24  prêtres  du  ciel;  'Azqir  qui  enseigna 
autrefois  à  Nàgrmi  et  les  trente-huit  martyrs  qui  furent 
avec  lui;  Qâltaw;  Caïus  (Gâyyos);  Atrius  ('Atryos);  Dioscore 
(Diyosqoros)  le  second;  Dioscore  (Diyosqoros),  martyr; 
Joseph  (Vosèf)  de  la  ville  de  Nesbin. 

Le  25.  —  Mercure  (Marqorêwos)  ;  Acharius  ('Aqàlos); 
Romain  (Romànos). 

Le  26.  —  Valérien  (Bàlàtyànos),  sa  sœur  Tâtbous  et  son 
frère  Bânbâny os,  martyrs;  quatre  mille  deux  cent  cinquante- 
trois  [martyrs)  de  Nâgrân;  Aréthas  (Hirat);  Grégoire  (Gorg-o- 
rêwos),  évêque  de  Nysse  (Nesis);  Abba  'lyasous-Mo'à; 
Gêlyos;  Mâyen;  Mekwàs;  Mâryàlès;  Habta-Mdryâm;  Marc 
(Mârqos);  Esdras  ('Ezrâ);  Bârbâryânos. 

Le  27.  —  Jacques  (Yâ'qob)  Vintercis;  Philémon  (Filmonà), 
disciple  de  Timothée  (Timotêwos),  martyr;  'Ardre;  Abba 
Takla-Hawâryât  de  Gabarmâ;  Clément  (Qalêiiientos) ;  I^hi- 
lippe  (Filpos);  Jacques  (Yâ'qob). 

Le  28.  —  Sarapamon  (Sarabàmon),  évêque  de  Nikios 
(Naqyos);  Abba  Liqânos,un  des  neuf  saints;  PsatéÇ Ah^MÏ); 
invention  des  ossements  de  Suzanne  (Sosennâ). 

Le  29.  —  Nativité  de  Notre-Seigneur;  Pierre  (Pêtros), 
martyr,  patriarche  d'Alexandrie  ('Eskendryâ)  ;  quarante^ 
sept  mille  martyrs;  Clément  (Qalêmentos),  patriarche  de 
Rome  (Rome). 

Le  30.  —  Acacius  ('Akâkyos),  patriarche  d'Alexandrie 
('Eskendryâ);  Macaire  (Maqâryos),  martyr;  Gabra-Masqal 
le  roi  éthiopien;  Piphamon  (Bifâmon),  martyr;  Abba  Ana- 
nias  ('Ayànos)  le  stylite;  Pien^e  (Pêtros);  Côme  (Qozmos). 


[16] 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  433 

IV.  —  Le  mois  de  Tahsas. 

Tclhsâs. 

Le  J"'.  —  Élie  ('Èlyâs)  le  prophète;  Nabot  (Nàbouti)  le 
Jezraélite  ('Esrà'êlàwi);  Wahabi,  évêque;  Pierre  (Pêtros)  de 
Gaza  (Gâzà),  évêque;  Jean  (Yoliannès),  patriarche  d'Alexan- 
drie {'Eskendryâ);  Athanase  ('Atnàtêwos) ,  patriarche 
d'Alexandrie  ('Eskendryâ);  Paul  (Pâwlos),  fils  du  prêtre 
Makâram;  Pierre  (Pêtros)  le  nouveau;  Abba  Jacques 
(Yà'qob)  ;  Élie  ('Èlyàs),  moine;  Abba  Bàymân;  Bethsabée 
(Bêrsàbêh),  mère  de  Salomon;  dédicace  de  l'église  d'Abba 
Sinodâ. 

Le  2.  —  Ananias  ('Anànyâ),  Azarias  ('Azâryâ),  Misaël 
(Misà'él)  et  Daniel  (Dàn'êl);  les  sept  mille  trente-trois  qui 
furent  martyrs  avec  Basilidès  (Fàsiladas);  AbbaHor;  'Abset- 
fen,  martyr;  -Anbas;  Abba  Nathanaël  (Nâtnâ'êl);  Zênâ- 
Marqos. 

Le  3.  —  Présentation  au  temple  de  Sotre-Dame;  Phanuel 
(Fànouel),  ange;  Théodote  (Tewesdetos)  ;  Abba  Moise  (Mousê). 

Le  4,  —  ^>irfre  ('Endryâs),  apôtre;  Abba  'Os;  des  vierges; 
Jacques  (Yà'qob)  ;  Zacharie  (Zakàryâs)  ; 

Fol.   121  V 

Simon  (Sem'on);  l'/iéodora  (T-àderks);  T héop hanie  {Tkwa.finà). 

Le  5.  —  Nahum  (Nàhom)  le  prophète;  Isidore  ('Êsderos), 
martyr;  Ananie  (Hanânyâ);  Filentos;  Jean  (Yoliannès); 
Barachie  (Bàrekyos);  Victor  (Fiqtor),  inartyr  de  Sdiv;  Eugé- 
nie ('Awgânyà)  et  son  père  Philippe  (Filpos). 

Le  6.  — Ripsime  ('Arsimâ),  martyre;  les  vingt-sept  mar- 
tyrs; Batelsis,  prêtre;  Abraham  ('Abrehâm),  patriarche 
d'Alexandrie  ('Eskendryâ);  Sourfito;  Mary  an;  Michel 
(Alikà'êl);  Yolsûwès;  Talmyos;  Tawalda-Madhen;  Anatole 
('Antolos),  prêtre;  Abraham  ('Abrehâm)  le  Syrien. 

Le  7.  —  Matthieu  (Màtêwos),  moine;  Abba  Daniel  {\)k\\' (A)  ; 
Dêwonterès;  Abba  Matthieu  (Màtêwos),  supérieur  de  monas- 
tère. 

[17]     ■ 

ORIENT   CHRÉTIENi  28 


434  •   REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

Le  8.  —  Hiéroclès  (Yàroklà),  patriarche  d'Alexandrie 
('Eskendryà);  Barbe  (Barbara)  et  Julienne  (Yolyânâ),  'Enbâm- 
rênâ,  martyres;  Abba  Samuel  {Skmou'èl)  de  Qalmon;  Abba 
Paési  ('Èsi),  sa  sœur  Thècle  (ïêklâ)  et  avec  eupc  huit  cent 
quatre-vingt-cinq  {martyrs);  Jean  (Yohannès)  Daniascène 
(Za-Damâsqo) ;  Yereqlà;  'Elqolonitos;  Eugène  ('Awginyos); 
Takla-'Alfâ  de  Dimâ;  ' Alâniqos,  pèlerin. 

Le  9.  —  Abba  Ba'amini  martyr;  Badalâm;  'Armyâ; 
Abba  Zacharie  (Zakàryàs). 

Le  10.  —  Translation  du  corps  de  Sévère  (Sàwiros), 
patriarche  cVAntioche  ('Ansokiyâ);  Théophane  (Tà'bfeiiyos), 
patriarche  d'Alexandrie  ('Eskendryà);  Nicolas  (Niqolâwos) 
le  juste;  Tha lasse  (Talâsès)  et  Lazare  ('Al'azâr)  ;  sainte  Sour- 
set;  Abba  Teivâs,  eunuque;  Milànyos;  Théophanie  (Tàw- 
fenyà);  Seth  (Sèt),  fils  d'Adam  ('Adam). 

Le  11.  —  Bakimos  le  juste;  Barthélémy  (Bartalomêwos), 
evêque;  Batlân,  martyr;  'Egzi'e-Kebrâ,  mère  de  Zar'a- 
Yaqob  le  roi. 

Le  12.  —  Michel  (Mikà'êl),  ange;  réunion  du  concile  pour 
excommunier  Benâtès  l'/iérétique;  Samuel  (Sàmou'êl)  de 
Wâldebbâ;  Hedrâ;  Jean  (Yohannès),  confesseur;  Anicet 
('Anqetos),  martyr;  Abba  'Awsés,  martyr  et  docteur  de 
Rome  (Rome);  Jean  (Yohannès). 

Le  13.  —  Barsanuphius  (Basnoufryos),  martyr;  Prochore 
('Abrokoros)  le  juste;  Misaël  (Misà'èl),  ermite;  Abba  Macaire 
(Maqàrès) ;  'Abrâniqos,  martyr;  Jlaresfon; conception  d'Anne 
(Hannà),  mère  de  Notre-Dame;  Corneille  (Qornêlêwos), 
magistrat;  Warqetsâs;  'Arferê. 

Le  14.  — Simon  (Sem'on)  de  Mânouf;  Abba  Hor  et  Abba 
Menas  (Minas),  martyrs;  Marhem'im,  sa  sœur  Sara  (Sârà), 
ses  quarante  serviteurs  et  les  dix-sept  mille  qui  furent 
(martyrs)  avec  lui;  Christodule  (Gabra-Krestos),  patriarche 
d'Alexandrie  ('Eskendryà);  Amnionius,  éveque  de  'Esnâ;  la 
bienheureuse  Nasâhit;  Josué  ('lyâsou). 

Le  15.  —  Le  patriarche  Grégoire  (Gorgoryos)  d'Arménie 
('Armànyà);  Luc  (Louqàs)  fe  stylite  ;  Yemsàh,  martyr;  Basa- 
lota-Mikâ'êl. 

Le  46.  —  Marie  (Màryàm),   samr  d'Aaron   ('Aron)  et  de 

■  [18. 


UN    FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE  ÉTHIOPIEN.  435 

Moïse  (Mousê);  Gédéon  (Gêdêwon)  le  juge;  Herwâg;  Abba 
Herivos;  Ananias  (Hanànyà);  Kozi;  Sanserâdên;  Ananius 
('Anànyos);  'Awnyâ;  Gouzê;  Krestos-Madhen;  Macaire 
(Maqàrès);  Jean  (Yohannès). 

Le  17.  —  Translation  du  corps  de  Luc  (Louqàs)  le  stylite: 
translation  du  corps  de  Simon  (Sem'on)  le  stylite;  Aivser- 
yâyos;  'Aivkâtyos;  Souryàni;  Marc  (Mârqos);  Martel' êl, 
martyr;  Abba  Nathanaël  (Nâtnà'êl);  Claude  (Galàwdêwos). 

Le  18.  —  Vâryà;  Pliilémon  (Filmonà);  translation  du 
corps  de  Tite  (Tito),  disciple  de  Paul  (Pàwlos);  Abba  Salàmâ 
le  révélateur  de  la  lumière;  Archélaïis  ('Arqelà),  Fâsyon, 
Likyon,  Nelinigos,  'Awnâs  et  leurs  compagnons  martyrs; 
translation  des  corps  de  'Arsis,  Dâsyà  et  Dinios;  trans- 
lation du  corps  de  Thomas  (Tomàs),  apôtre;  Élie  ('Èlyâs); 
Abba  Salâmà,  premier  métropolite  d'Ethiopie  ('Ityopyà). 

Le  19.  —  Gabriel  (Gabr  el),  ange;  Jean  (Yohannès)  de 
Mourlès;  en  ce  jour  on  jeta  dans  le  feu  Ananias  ('Anànyà), 
Azarias  ('Azàryà)  et  Misaël  (Misà'êl). 

Le  20.  —  Aggée  (I.Iagê)  le  prophète;  Jean  (Yohannès)  le 
petit;  Daniel  (Dàn  el)  le  prophète;  Théophanie  (Tàwfinà)  la 
reine;  Eugène  ('Awgânyos);  Mârdyos;  Abba  Sourmân;  Abba 
Marc  (Mârqos);  .]iàrt'èl. 

Le  21.  —  Notre-Seigneur;  Barnabe  (Barnàbâs),  (un)  des 
soixante-dix  disciples;  Nathanaël  (Nàlnà  el). 

Le  22.  —  Dédicace  de  Véglise  de  Gabriel  (Gabr'êl),  ange; 
Antoine  ('Entonyos),  patriarche  d'Alexandrie  ('Eskendryà); 
en  ce  jour  Ildefonse  (Daqsyos)  fit  la  fête  de  Notre-Dame. 

Le  23.  —  Timothée  (Timotêwos),  ermite;  David  (Dâwit)  le 
roi,  fils  de  Jessé  ('Esêy)  ;  Samuel  (Sâinou'êl)  ;  Gabriel  (Gabr 'él)  ; 
Simon  (Sem'on);  Macaire  (Maqàrès);  ^?irfre('Antedrès);  Phi- 
lippe (Filpos);  Apraxius  ('Abràkos);  'Ayetlâtès;  Corneille 
(Qanêlèwos);  Mercure  (Marqorêwos). 

Le  24.  —  Les  justes  de  Kadili;  Ignace  ('Agnàtéwos), 
patriarche  d'Alexandrie  ('Eskendryà);  Philogène  (Filsàsyos), 
patriarche  d'Antioche  ('Ansokiyà)  ;  Abba  Paul  (Pàwli); 
Ferê-Masqal;  Esther  ('Asotè)  la  prophétesse;  naissance  de 
notre  Père  Takla-Hàymânot. 

Le2o.  ~  Les  cinq  Macchabées  [Màqàbykn),  martyrs;  Jean 

[19] 


436  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

(Yohannès)  ;  Nicolas  (Niqolâwos)  le  magistrat  et  sa  femme  : 
Daniel  (Dân'êl)  le  juste. 

Le  26.  —  Anastasie  ('Anestàsyà)  et  Julienne  (Yolyânà), 
martyi^es. 

Le  27..  —  AbbaPsaté  ('Absàdi),  évèque,  et  Callinicus  ('Alà- 
niqos),  martyrs;  Abba  Bag'ou. 

Le  28.  —  Nativité  de  Notre-Seigneur ;  cent  cinquante 
hommes  et  vingt-quatre  femmes  martyrs  de  'Ensenâ. 

Le  29.  —  Fête  de  la  Nativité  glorieuse;  naissance  de 
Josué  ('lynsou)  le  juge;  Jacques  (Yàqob);  Philippe  (Falis); 
Théodore  (Têwoderos),  martyr;  Abgar  ('Aqàryos),  roi 
d'Édesse  (Rohâ). 

Le  30.  —  Jean  (Yohannès),  supérieur  du  monastère  de 
Scété  ('Asqêtès);  Jean  (Yohannès)  de  Sihat;  les  martyrs  de 
'Akmim;  Gorion  (Koryon)  ;  Philémon  (Filmonà)  et  les  soixante 
martyrs  qui  furent  avec  lui;  en  ce  jour  on  jeta  les  quarante 
soldats  dans  le  feu;  Babaynadên ;  Zar  a-Krestos ;  les  enfants 
qu'Hérode  (Hêrodès)  a  tués;  Abba  Zacharie  (Zakâryàs);  beau- 
coup de  justes. 

V.  —  Le  jMois  de  Ter. 

Ter. 

Le  r'^.  —  Lnvention  des  ossements  d'Etienne  ('Estifànos),. 
martyr;  les  huit  mille  cent  quarante  martyrs  de  'Akmim; 
Abba  Dioscore  (Diyosqoros);  Léonce  (Làwendyos),  martyr; 
Macaire  (Maqàrès),  patriarche  d'Alexandrie  ('Eskendryà); 
Sakabâlsyos  et  son  frère  Ledâyànos;  Théodore  (Tàderès); 
Paul  (Pâwlos);  Etienne  ('Estifànos). 

Le  2.  —  Abel  ('Abêl),  premier-né  des  morts;  Callinicus 
('Alâniqos),  évèque;  Théonas  {Tèwonàn), patriarche  d'Alexan- 
drie (  'Eskendryà)  ;  les  neuf  mille  sept  cents  qui  furent  martyrs 
avec  Philothée  (Filàtâwos);  Sibylle  (Sàbèlà), 

Fol.    122r° 

fdle  d'Hercule  (Herqâlès),  interprète  de  songes;  Macaire 
(Maqàrès);  Abba  Matthieu  (Màtêwos);  construction  de  l'église 
de  Notre-Dame  au  monastère  d'Abba  Sinodâ. 

[20] 


UN   FRAGMENT    DE    MÉNOLOGE    ÉTHIOPIEN.  437 

Le  3.  —  Les  cent  quarante-quatre  mitle  enfants;  Abba 
Libânos;  Abba  Jacques  (Yà'qob);  Jean  (Yohannès). 

Le  4.  —  Jean  (Yohannès),  apôtre;  Georges  (Giyorgis); 
Mâtounâ,  patriarche;  Théodora  (Tà'oderâ),  martyre;  Abba 
Liqânos  de  Fensatê;  Abba  Nârdos  de  Bizan. 

Le  5.  — Eusigne  ('Asegnyos),  martyr;  Matthieu  (Màtêwos), 
patriarche  d' Alexandrie  ('Eskendry;i);  }  drèwnyos  et  beau- 
coup d'hommes  et  de  femïnes;  Longin  (Langinos)  de  Rome 
(Rome);  une  sainte  d'Alexandrie  ('Eskendryà). 

Le  6.  —  Circoncision  de  Xotre-Seigneur;  Noé  (Noh),  qui  fut 
sauvé  du  déluge;  ascension  d^Élie  ('Êlyàs)  le  prophète;  Mar- 
cien  (iMarkayànou),  pat)-iarche  d'Alexandrie  ('Eskendryà); 
Basile  (Bàselyos),  patriarche  de  Césarée  (Qisàryà);  Abba 
Moise  (Mousê),  dont  le  visage  devint  un  charbon;  Tawalda- 
Madlien;  Sophie  (Sofyà);  translation  du  corps  cV André 
('Endryàs);  le  docteur  Ephreni  ('Èfrêm);  'Atvmâryos;  nais- 
sance d'Abraham  ('Abrehàm),  fils  de  Tard. 

Le  7.  —  Pierre  (Pètros),  pcdriarche  de  Rome  (Rome); 
Salomon  ;  Grégoire  (Gorgorêwos)  ;  Marc  (Màrqos)  ;  'Antyànos; 
Louyà;  Marilen;  Sisinne  (Sousenyos);  Màrqey. 

Le  8.  —  Dédicace  de  l'église  d'Abba  Macaire  (Maqârès) 
de  Scété  ('Asqêtès);  Andronicus  ('Endràniqos),  patriarche 
d'Alexandrie  ('Eskendryà);  Abba,  Benjamin  (Benyâmi), 
patriarche  d'Alexandrie  ('Eskendryà);  Malachie  (Milkyàs) 
le  prophète. 

Le  9.  —  Abba  Abraham  ('x\brehàm);  Georges  (Giyorgis); 
Nosâmès ;  Désqerès  ;  les  saints  Pères. 

Le  10.  —  Jeûne  de  l'Epiphanie;  Abba  Kinâryà;  Patricia 
(Patriqà);  Meyàni. 

Le  IL  —  Baptême  de  Notre-Seigneur;  Anatole  ('Entolyos), 
martyr;  Jean  (Yohannès),  patriarche  d'Alexandrie  ('Esken- 
dryà) ;  Juste  (Yostos)  ;  Ca'ius  (Fàyyos). 

Le  12.  —  Michel  (Mikà'êl),  ange;  Théodore  (Têwoderos), 
martyr,  et  avec  lui  deux  cent  cinquante  mille  martyrs;  Daniel 
(Dàn'êl),  moine;  Bankeros  et  Léonce  (Lawlendyos),  martyrs; 
naissance  de  Jacob  (Yà'qob),  fils  d'Isaac  {\es,hdiq);  Julien 
.(Yolyànos),  martyr. 

Le  13.  —  {Notre-Seigneur)  fit  un  miracle  à  Cana  (Qànà) 

[21] 


438  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

de  Galilée  (Galilâ)  :  il  changea  Veau  en  vin;  Archélidès 
('Areslidâs),  Diomède  (Dou'araidos),  Eugène  ('Awgànès), 
i)eme/rzMs(Demêtryos),  Probatius  {Bernktyo^),  Etienne  ('Esti- 
fànos)  et  Cijriaque  (Kiràkos),  justes;  Liqànos,  martgr ; 
Menas  (Minas)  le  reclus;  Ahba  Nakaro;  les  sept  enfants  qui 
furent  martyrs. 

Le  M.  —  'Aslidos;  Maxime  (Maksimos);  'Enirûgès; 
Merâ'êl  la  bienheureuse  ;  Abba  Archélidès  ('Arkaliclès)  et  sa 
mère  Théopiste  (Têyobestyà);  les  quatre  cent  quatre  corn- 
pagnoîis  de  Cyriaque  (Qirqos);  Abba  Hor;  Loiikyânos. 

Le  15.  —  Obadias  ('Oubid)  le  prophète,  fils  d'Ananie 
(Haiicànyâ);  Grégoire  (Gorgorêwos)  ;  Pierre  (Pètros);  Sophie 
(Sofyà);  'Adomerâ;  Isaac  (Yeshaq);  Cyriaque  (Qirqos),. 
martyr;  Jean  (Yohannès)  Kàrnâ. 

Le  16.  —  Philothée  (Filàtàwos),  martyr,  et  avec  lui  di.r  mille 
cinq  cents  soldats  et  cent  officiers;  Palladius  (Palàndyos), 
ascète;  Julitte  ('lyaloutâ),  avec  elle  beaucoup  de  martyrs  et 
avec  son  fils  onze  mille  quatre  martyrs;  Nerlos  et  ses  fils; 
Abbà  Sehmà,  {un)des  neuf  saints;  Jean  (Yohannès),  patriarche 
d'Alexandrie  ('p]sl<:endryà)  ;  Daniel  (Dàn'êl)  le  Syrien. 

Le  17.  —  Maxime  (Maksimos)  et  Domitius  (Doumàtêwos);. 
'Emredès,  martyr;  Abakarazoun. 

Le  18.  —  Crémation  des  ossements  de  Georges  (Giyorgis), 
martyr;  Jacques  (Yà/qob),  évêque  de  i\isibe  (Nesbin);  Marie 
(Màryà);  Marthe  (Màrtà),  sœur  de  Lazare  ('Al  azàr). 

Le  19.  —  Lnvention  des  corps  d'Abba  Hor,  de  sa  sœur 
'Enourà  et  de  leur  mère;  Gabriel  {Gâbr'èl),  ange;  Batersinâ; 
Abba  'Afqarana-' Egzi'e  de  Gougoubén. 

Le  20.  —  Prochore  ('Abrokoros),  [un)  des  soixante-douze 
disciples;  Jean  (Yohannès);  Abba  Noé  (Noh);  dédicace  de 
l'église  de  Marhenâm,  martyr;  Ecloge  ('Akàlog);  Abba 
Benhewâ;  'Ableivânos,  martyr;  dédicace  de  l'église  d'Abba 
Jean  (Yohannès)  à  l'évangile  d'or;Behnou,  martyr;  'Aba- 
klouz,  martyr,  et  avec  lui  quatre  mille  cent  soixante  martyrs  ; 
Abba  Nabyoud  de  Sihat. 

Le  21.  —  Notre-Dame  :  ses  jours  ont  été  de  soixante-deux 
ans;  Hilaria  ('Ilàryà),  fille  de  Zenon  [Zd^ynonn]  l'empereur;: 
Grégoire  (Gorgorêwos),  patriarche  ;  Jérémie  ('Èrmyàs);  Paul 

[2-2] 


UN    FRAGMENT    DE    Mf:NOLO(iE    ÉTHIOPIEN.  439 

(Pàwlos),  martyr;  Nicolas  (Niqolàwos),  martyr;  Victor 
(Fiqtor),  évêque;  Silas  (Silâs),  prêtre;  Jean  (Yohannès) 
Kâmâ;  Faust  us  (Qawstos). 

Le  22.  —  Abba  Antoine  ('Entonès);  mémoire  de  tous  les 
saints;  Menas  (Minas),  évêque  de  Mâfen. 

Le  23.  —  Timothée  (Timotêwos),  disciple  de  Paul  (Pàwlos); 
Athanase  ('Atnâtêwos)  ;  Cyrille  (Gêrlos);  Théodose  (Tèwodo- 
syos)  Vempereur. 

Le  24.  —  Marie  (Màryàm),  ascète;  Abba  Psaté  ('Absàdi); 
tes  justes  de  llawzên;  Abba.  Macaire  (Maqàrès)  d'Alexandrie 
('Eskendryà);  Bifâ,  martyr  ;  Marha-Krestos,  docteur. 

Le  25.  —  Pierre  (Pêtros)  te  dévot;  Sébastien  (Sebestyânos), 
martyr;  'Askitâ,  martyr;  Jacques  (Yâ'qob),  supérieur  de 
moines. 

Le  26.  —  Les  quarante-neuf  moines  martyrs;  sainte  Anas- 
tasie  ('Anestasyà);  Sernès,  înartyr;  Joseph  (Yosêr),  ami  des 
pèlerins  et  des  pauvres;  Takla-Hawàryàt. 

Le  27.  — Hénoch  {Yiènok)  le  prophète;  S érapio n  {Ssirkby on), 
martyr;  translation  du  corps  de  Timothée  (Timotêwos)  ; 
Suriel  (Souryâl),  ange;  Abba  Piphamon  (Bifàmon),  martyr; 
Tàf'enton,  martyr;  Sernês,  martyr. 

Le  28.  —  Clément  (Qalêmentos),  martyr;  Abba  'Akaweh 
et  avec  lui  huit  cents  martyrs;  Joseph  (Yosèf),  fils  de  Màhew  ; 
Babylas  (Tabêlà)  et  les  trois  enfants;  Notre-Seigneur  bénit 
des  pains  et  quelques  poissons. 

Le  29.  —  Nativité  de  Notre-Seigneur;  sainte  Xène  ('Akas- 
ni);  Cyriaque  {Serykkos),  martyr;  Abba,  Yebàrkana-Krestos 
de  Bizan;  Abba  Gabra-Nàzràwi  de  Qàwt;  Philomène  (Fil- 
mounmà)  ;  Hélène  ('lylent')  ;  Sarapamon  (Sarabâmon),  martyr; 
Etienne  {'Esi'iùinos),  pèlerin  ;  'Asnét. 

Le  30.  —  Thècle  (Tèqalà),  MaiHe  (Mâryà),  Marthe  (Màrtà), 
'Abyâ  et  sa  servante,  vierges;  Menas  (Minas),  patriarche 
d'Alexandrie  ('Esi^endryâ) ;  Pistis  (Pisitis),  Alapis  ('Alàpis), 
Agapis  ('Agâpis),  vierges,  et  leur  mère  Sophie  (Sofyà); 
Grégoire  (Gorgorêwos)  le  théologien;  Christophe  (  'Akresteros)  ; 
sainte  Irène  ('Orini)  et  avec  elle  cent  trente  mille  martyrs. 


440  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

VI.  —  Le  mois  DE  Yakatit. 
Yakâiit. 

Le  r''.  —  Concile  des  cent  cinquante  évêques  au  sujet  de 
Macédonius  (Maqdonyos)  l'hérétique;  dédicace  de  l'église  de 
Pierre  (Pètros),  patriarche,  qui  excommunia  Arius  ('Aryos); 
'Askanâfer  et  sa  femme,  marlt/rs;  'Ould,  martyr. 

Le  2.  —  Paul  {Fkwh). 

IDesinit  ex  abrupto.] 

Sylvain  Grébaut. 


[i>4J 


MÉLANGE 


UNE  DIFFICULTÉ  DU  TEXTE  DE  S.  IRÉNÉE 
{Adv.  haer.,  iv,  1 1). 

Dans  ses  Origines  du  Dogme  de  la  Trinité,  t.  II,  Paris,  1926, 
p.  580,  note,  le  R,  P.  Lebreton  signale  une  contradition  (|Ui 
oppose  les  deux  versions  latine  et  arménienne  de  saint  Irénée. 
A  propos  de  la  création,  l'auteur  expose  que  le  Père  n'a  pas 
besoin  des  Anges  et  il  ajoute  :  «  Ministrat  enim  ei  ad  omnia 
progenies  et  figura  sua,  id  est  Filius  et  S  pi  rit  us  Sanctus, 
Verbiim  et  Sapienlia;  quibus  serviunt  et  subjectl  sunt  omnes 
angeli.  »  Telle  est  la  traduction  latine  (Édition  Harvey,  iv,  14, 
Édition  Massuet,  iv,  7,  4;  reproduite  par  Migne,  Patrologie 
Grecque,  VII,  993);  la  version  arménienne  (folio  48''  du  manus- 
crit publié  par  Ter-Minassiantz  dans  la  collection  Texte  und 
Untersuchungen,  t.  XXXV,  fasc.  2,  Leipzig,  I9I0)  offre  exacte- 
ment le  même  sens,  sauf  qu'au  latin  figuratio  swa  correspond 
l'arménien  Ibn.p'ît,  jerk'n,  ses  mains,  manus  suae.  Il  y  a  là  une 
variante  intéressante  au  double  point  de  vue  critique  et  théolo- 
gique :  l'objet  de  la  présente  note  est  d'en  proposer  une 
explication. 

L'élude  comparée  des  versions  et  des  fragments  grecs  qui 
nous  ont  été  conservés  montre  que  la  version  latine  utilisée  en 
Occident  est,  dans  l'ensemble,  plus  soignée  et  plus  littérale  que 
la  version  arménienne  telle  qu'elle  nous  est  parvenue  en  son 
exemplaire  unique  de  la  bibliothèque  d'Erivan  :  c'est  donc  a 
priori  cette  dernière  que  nous  sommes  tentés  d'incriminer. 

Celte  hypothèse  est  d'autant  plus  plausible  que  le  mot  Afeuïr, 
jern,  dont  nous  trouvons  ici  le  pluriel,  est  un  de  ceux  qui 


442  REVUE    DE    l'orient   CHRÉTIEN. 

figurent  le  plus  souvent  dans  notre  texte.  La  locution  ^  Àiml, 
i  jern,  littéralement  par  la  main  de,  y  traduit  très  fréquem- 
ment le  grec  Sia,  per  (Harvey,  iv,  34,  6;  iv,  34,  12;  iv,  40,  1; 

IV,  48,  1;  IV,  53,  1;  iv,  58,  9;  iv,  60,  1;  v,  1,  2;  v,  2,  2;  v,  2,  3; 

V,  5,  1;  V,  30,  3);  on  trouve  même  l'expression  ji  aWL  npn[^ 
Ihn-iu^,  littéralement  par  la  main  de  ses  mains,  per  ejus 
manus,  pour  rendre  le  grec  li  (ov  yiiçiiù'^f  (que  le  latin  traduit 
plus  exactement  per  illas  manus;  Harvey  et  Massuet,  v,  5,  1). 

Dans  les  livres  IV  et  V  de  VAdveisus  Haereses,  pour  lesquels 
nous  disposons  des  deux  traductions  latine  et  arménienne, 
saint  Irénée  cite  trois  fois  un  texte  de  saint  Paul,  1  Cor.,  vu,  31  : 
Tiapaysi  yàp  ~o  ay/^iJ.a  tcu  y.b^ij.b'j  toutou  (vulg.  lat.  :  prœterit  enini 
figura  huius  niundi);  dans  deux  de  ces  passages  (Harvey,  iv,  4, 
3  et  V,  36,  1  ;  Massuet,  iv,  3  et  v,  36,  1  ;  le  second  a  été  conservé 
en  grec  par  saint  Jean  Damascène;  IIoU,  Fragmenta  Vorni- 
canischer  Kirchenvater  ans  den  Sacra  Paralla,  Texte  und 
Untersuc/mngen,t.XX,  fasc.  2.  Leipzig,  1899,  fragment  n°  174), 
le  latin  traduit  crx-^ [/a  p3iV  figura  ;  dans  le  troisième  (Harvey  et 
Massuet,  v,  35,  2),  il  le  traduit  pâv  habitas;  partout,  l'arménien 
emploie  le  mot  IL,  jew,  orthographié  aIïlu,  jéws,  avec  sépara- 
tion de  r  fe  et  du  L  quand  il  est  accompagné  d'une  postposition. 
Dans  le  passage  que  nous  cherchons  à  expliquer,  XbJi  corres- 
pondrait exactement  à  figura  sua,  donc  approximativement  à 
figuratio  sua.  De  ce  mot  assez  rare  (il  ne  figure  dans  la  Vulgate 
arménienne  ni  en  I  Cor.,  vu,  31,  ni,  semble-t-il,  nulle  part 
aillem^s)  à  àfcn_L,  terme  très  fréquent,  il  n'y  a  que  la  différence 
d'un  jambage;  Xhnit  aura  été  ensuite  mis  tout  naturellement 
au  pluriel  ^fen-^î/,  jerk'n,  manus  suae,  et  nous  avons  ainsi  la 
forme  actuelle  du  texte  arménien.  On  peut  encore  à  la  rigueur 
supposer  que  les  copistes  sont  passés  de  ^fei-îj,  figura  sua, 
d'abord  au  pluriel  a/îL^ii,  figurae  suae,  puis  à  AfefLgî/,  manus 
suae.  Quel  que  soit  le  détail  de  l'hypothèse,  un  fait  est  certain  : 
la  facilité  extrême  avec  laquelle  l'arménien  a  pu  passer  d'une 
forme  rare  à  une  forme  voisine  très  fréquente.  Nous  sommes 
donc  fondés  à  conclure  que  le  mot  grec  primitif  était  traduit 
correctement  par  ÀL  en  arménien  et  par  fguratio  en  latin. 

Si  nous  cherchons  à  préciser  ce  dernier,  nous  nous  trouvons- 


MÉLANGE.  143' 

en  face  de  deux  réponses  possibles  :  a/'^iJ-a  et  ijipçtocnç.  Mip^wn- 
figure  au  livre  I  (Harvey,  i,  8,  11;  Massuet,  i,  15,  3),  où  il  est 
traduit  par  le  \^im  fi  g  uratio,  la  version  arménienne  manquant; 
mais  saint  Irénée  .semble  remprunter  au  vocabulaire  des  gnos- 
tiques  marcosiens  dont  il  expose  alors  le  système;  en  tous  cas, 
on  ne  le  retrouve  pas  dans  les  fragments  grecs  assez  étendus  qui 
nous  ont  été  conservés  des  livres  suivants.  Au  contraire,  a/^iJ-a 
est  exactement  traduit  par  l'arménien  ^L  dans  les  trois  passages 
que  nous  avons  indiqués  plus  haut;  en  aucun  d'entre  eux,  il 
est  vrai,  le  traducteur  latin  ne  le  rend  par  figuratio,  mais  par 
figura  et  par  hahitus  :  ainsi  fait  d'ailleurs  celui  de  la  Vulgate 
(I  Co)\,  VII,  31  :  figura;  Philip.,  ii,  8  :  habitas).  Il  n'y  a  pas  là 
difficulté  véritable,  car  l'emploi  de  deux  termes  aussi  différents 
prouve  précisément  que  ay^iJ.x  a  un  sens  très  général  et  figura- 
tio est  en  somme  très  voisin  de  figura  utilisé  dans  deux  passages 
sur  trois  par  le  traducteur  latin.  En  conséquence,  de  l'emploi 
très  vraisemblable  du  mot  arménien  IL  on  peut  déduire  celui 
du  mot  grec  <^yr,\j.y.  ;  la  servilité  relative  dont  la  traduction  armé- 
nienne de  VAdversus  Haereses  fait  preuve  toutes  les  fois  qu'on 
la  peut  comparer  avec  l'original  grec,  permet  de  considérer 
cette  conclusion  comme  probable;  on  ne  saurait  pourtant  aller 
plus  loin,  étant  donné  le  caractère  toujours  vague  et  changeant 
du  sens  des  mots  dans  cette  langue  orientale. 

Léon  Frûidevaux. 


loi 


BIBLIOGRAPHIE 


N.  Marr  et  M.  Brière.  La  Langue  géorgienne.  Librairie  de  Paris.  Firmin- 
Didot  et  C''',  56,  rue  Jacob,  1031,  in-S",  8j8  pp.  et  deux  cartes. 

L'ouvrage  présenté  au  public  .«ous  ce  titre  a  tout  d'abord  pour  but  de 
faciliter  l'étude  du  géorgien,  tel  qu'on  le  trouve  dans  les  écrits  de  la 
période  primitive:  ce  n'est  que  d'une  façon  secondaire  qu'il  fait  connaître 
la  langue  populaire.  11  comprend  trois  parties  :  une  grammaire,  une  chres- 
tomathie,  un  glossaire.  La  grammaire  est  elle-même  suivie  de  paradigmes 
très  nonnbreux,  on  en  compte  cent  six  :  ils  reproduisent,  d'une  façon  plus 
maniable,  Les  tableaux  fondamentaux  d'après  la  grammaire  de  l'ancienne 
langu-^  géorgienne  de  M.  Nicolas  Marr,  parus  à  Saint-Pétersbourg,  en  1908. 

La  grammaire  elle-même  a  été  rédigée  à  la  suite  des  leçons  que 
M.  Nicolas  Marr,  président  de  l'Académie  d'État  de  l'histoire  de  la  culture 
matérielle  à  Leningrad,  avait  données  à  l'École  Nationale  des  Langues 
orientales  vivantes  de  Paris,  pendant  l'hiver  1926-1927  et  pendant  le 
printemps  1928.  La  rédaction  en  a  été  faite  par  M.  le  professeur  M.  Brière 
sur  le  modèle  des  grammaires  employées  en  Occident  pour  l'étuiie  des 
langues  classiques  :  elle  en  reproduit  la  terminologie  générale  et  com- 
prend, par  suite,  la  phonétique,  la  formation  des  mots,  la  morphologie, 
la  syntaxe. 

La  chrestomathie  comprend  deux  parties  imprimées  Lune  en  caractères 
civils,  l'autre  en  caractères  religieux  :  chacune  d'elles  est  suivie  d'un 
glossaire  qui  est  spécialement  l'œuvre  de  M.  Nicolas  Marr.  A  l'exception 
des  strophes  empruntées  au  Chevalier  à  la  peau  de  léopard  et  de  quelques 
proverbes  populaires,  tous  les  textes  de  la  première  partie  ont  été  pris  à 
la  chrestomathie  de  l'ancien  géorgien  littéraire  de  Joseph  Kipchidzé, 
publié  en  russe  à  Pétrograd,  en  1918.  La  seconde  partie  delà  chrestomathie, 
destinée  à  familiariser  le  lecteur  avec  les  formes  soit  majuscules,  soit 
minuscules  de  l'alphabet  sacerdotal,  reproduit  deux  textes  de  l'Evangile  : 
le  premier  est  l'histoire  des  rois  mages  et  le  second  la  parabole  de  l'enfant 
prodigue. 

Des  tables  considérables  se  trouvent  à  la  fin  du  volume  :  tout  entières, 
elles  sont  l'œuvre  de  M.  Brière.  Ce  sont  d'abord  deux  tables  analytiques 
des  termes  :  l'une  pour  les  termes  géorgiens,  l'autre  pour  les  termes 
français.  Des  exemples  sont  donnés  en  grand  nombre,  tous  sont  enr 
pruntés  à  la  chrestomathie,  il  n'y  en  a  pas  moins  de  quatorze  cents.  La 
table  qui  porte  le  numéro  III  indique  la  page  et  la  ligne  du  texte  où  se 

[1] 


BIBLIOGRAPHIE.  415 

trouve  cet  exemple.  Enfin,  pour  terminer,  une  table  méthodique  des  ma- 
tières donne  un  aperçu  complet  de  ce  volume  dont  la  publication  a  déjà 
été  regardée  parmi  les  géorgisants  comme  un  événement. 

\ous  ne  pouvons  évidemment  entrer  ici  dans  les  détails  qui  auraient 
montré  avec  quelle  ampleur  sont  expliqués  successivement,  dans  les 
différentes  parties  de  cette  grammaire,  la  déclinaison,  la  conjugaison  et 
tout  ce  qui  s'y  rapporte.  Nous  n'en  sommes  pas  moins  heureux  de  signaler 
aux  lecteurs  de  la  Revue  de  l'Orient  chrétien  im  livre  de  cette  valeur 
destiné  à  faire  progresser  l'étude  des  littératures  chrétiennes  de  l'Orient. 

R.  Graffin. 

Ferdinand  Brunot,   Observations  sur  la  Grammaire  de  l'Académie  fran- 
çaise. Paris,  librairie  E.  Droz,  1932,  in-8",  127  pages. 

La  Bévue  de  l'Orient  Chrétien  ne  rend  compte  ordinairement  que  d'ou- 
vrages traitant  de  langues  et  de  littératures  orientales.  Si,  par  exception,, 
elle  s'écarte  de  son  objet  propre  et  signale  les  Observations  sur  la  Gram- 
maire de  V Académie  française,  c'est  pour  répondre  aux  questions  posées 
par  des  orientalistes  étrangers,  venus  à  Paris  pendant  les  vacances  : 
«  Quel  crédit  faut-il  accorder  à  votre  Grammaire  de  l'Académie  ?  A  quel 
public  déterminé  s'adresse-t-elle?  Peut-elle  être  pour  nous  un  guide  pra- 
tique et  sur,  lorsque  nous  devons  faire  quelque  communication  en  langue 
française?  »  Questions  embarrassantes  à  divers  titres.  Un  sémitisant  n'a 
pas  spécialement  qualité  pour  apprécier  une  grammaire  française.  Sans 
doute,  un  simple  examen  du  livre  avait  bien  révélé  de  lourdes  erreurs, 
des  lacunes,  une  inconcevable  légèreté  d'observation,  un  défaut  sensible 
de  méthode,  une  rédaction  imprécise  et  un  emploi  trop  souvent  obscur 
de  la  langue  réputée  la  plus  claire  du  monde.  Fallait-il  l'avouer?  C'était 
humiliant.  Le  cacher?  C'était  difficile.  Fort  heureusement,  le  savant  le 
plus  compétent  en  la  matière,  le  spécialiste  désigné  a  répondu  sans  équi- 
voque. Lui  a  pu  dire  la  vérité.  Tout  le  monde  alors  a  approuvé  le  réquisi- 
toire de  l'historien  de  la  Langue  française,  même  et  surtout  ceux-là  qui 
avaient  d'abord  proclamé  —  sans  l'avoir  bien  regardé  évidemment  —  le 
traité  de  l'Académie  chef-d'œuvre  de  bon  sens,  de  mesure  et  de  goût. 

Ce  que  nous  voulons  ici,  c'est  élever  le  débat  *pour  en  tirer  la  meilleure 
leçon.  Après  avoir  pris  connaissance  des  judicieuses  critiques  de  M.  F.  Bru- 
not et  apprécié,  une  fois  de  plus,  la  pén^^trante  acuité  de  son  analyse  et 
la  sûreté  de  son  information  linguistique  (tout  en  admirant  l'inlassable 
patience  du  maître  qui  s'astreint  à  cette  fastidieuse  correction  de  devoir 
de  mauvais  élève,  non  sans  quelques  annotations  ironiques),  on  arrive 
nécessairement  aux  conclusions  du  savant  professeur.  Les  dernières  pages 
des  Observations  [pp.  121-127)  expriment  excellemment  ce  qu'avait 
suggéré  cette  lecture.  Nous  ne  saurions  mieux  faire  que  de  les  résumer  : 
la  Grammaire  de  r  Académie  repose  tout  entière  sur  une  erreur  de  doc- 
trine. Il  était  légitime  que  l'Académie  rappe'àt  son  rôle  de  «  greffier  de 


446  REVUE    DE    l'orient    CHRÉTIEN. 

l'usage  »  ;  encore  fallait-il  que  ce  ne  fût  pas  simple  formule.  Une  gram- 
maire qui,  d'une  part,  ne  tient  pas  compte  des  textes  delà  littérature  (les 
•exemples,  au  lieu  d'être  empruntés  à  nos  écrivains,  ont  été  forgés  pour 
confirmer  la  règle  énoncée)  et  qui,  d'autre  part,  ne  craint  pas  de  condamner 
ce  que  la  vie  et  l'usage  ont  consacré,  fait  une  œuvre  «  en  l'air  ».  Elle 
est  moins  une  étude  de  la  langue  qu'un  sec  petit  traité  de  logique- 
puisqu'à  l'examen  critique  des  faits  elle  veut  substituer  d'arbitraires  déduc- 
tions. C'est  du  pédantisme  —  M.  Brunot  dit  «  appétit  de  restauration  »  — 
de  décréter  vivants  des  sens  et  des  formes  morts  depuis  longtemps.  A  qui 
fera-t-on  entendre  aujourd'hui  que  rien  et  aucun  employés  sans  négation 
n'ont  de  valeur  négative  «  qu'en  vertu  d'une  ellipse  »  et  que  ne  pas... 
que  ne  saurait  être  le  contraire  de  ne. ..que?  Comme  si  l'évolution  vitale 
d'une  langue  n'était  pas  autrement  forte  que  tout  mouvement  de  réaction  ! 
Comment,  par  ailleurs,  prétendre  exercer  un  droit  de  regard  sur  la  langue 
et  en  ignorer  l'histoire?  Or  cette  ignorance  éclate  :  trop  de  faits  sont  ou 
méconnus  ou  dénaturés.  Même  ignorance  de  la  psychologie  du  langage  : 
nulle  part  on  ne  trouve  trace  d'une  des  plus  puissantes  lois  du  développe- 
ment des  langues  :  l'analogie,  i  A  l'histoire  et  à  la  psychologie,  qui 
-expliquent  tout  ou  à  peu  près,  on  substitue  la  logique,  qui  n'explique 
presque  jamais  rien...  Une  mécanique  formelle,  décorée  du  nom  d'ana- 
lyse, empêche  de  suivre  la  démarche  réelle  de  la  pensée,  ankylosée  dans 
une  attitude  hiératique  »  (p.  126). 

Aux  conclusions  de  M.  Brunot  nous  ajouterons  ces  quelques  remarques. 
L'Académie,  somme  toute,  s'est  mis  un  bandeau  sur  les  yeux  :  comme 
elle  ne  veut  pas  voir  qu'une  langue  est  avant  tout  réalité  sociale,  en  fait, 
elle  lui  assigne  au  nom  du  «  bon  usage  »  des  limites  de  caste,  encore 
qu'elle  s'en  défende.  Elle  tend  ainsi  à  établir  un  écart  théorique  entre 
la  langue  écrite  et  la  bonne  langue  parlée,  écart  qui  n'existe  guère 
aujourd'hui  et  qui  ne  serait,  à  aucun  point  de  vue,  désirable.  Elle  semble, 
par  ailleurs,  laire  systématiquement  table  rase  des  résultats  de  la  linguis- 
tique moderne.  Elle  qui  aime  à  exprimer  d'officiels  sentiments  de  patrio- 
lisine,  méconnaîtrait-elle  les  travaux  de  l'école  française,  entre  autres  cette 
véritable  somme  de  notre  langue  qu'est  La  Pennée  et  la  LaïKjue  (I)?  Que  ne 
l'a-t-elle  consultée  et  méditée!  Elle  eût  été  capable  de  rendre  un  compte 
moins  parcimonieux  de  nos  richesses  :  variété  de  nos  moyens  d'expres- 
sion, souplesse  et  finesse  de  notre  modalité,  etc.  Elle  eût  évité  de  con- 
fondre automatisme  et  règles,  de  demeurer  esclave  d'une  nomenclature 
•désuète  aussi  trompeuse  qu'inapte  à  contenir  les  faits  qui  la  débordent, 

(1)  Nous  avons  dit  ailleurs  [Annales  de  l'Universilé  de  Grenoble,  1925,  t.  II, 
11"  2,  pp.  95-119  :  S.  Grébaut,  Comment  un  grammairien  français  a  rénové  la 
grammaire)  que  le  magistral  ouvrage  de  F.  Brunot,  La  Pensée  et  la  Langue, 
méthode,  principes  et  plan  d'une  théorie  nouvelle  du  langage  appliquée  au  fran- 
çais, n'a  pas  menti  aux  pi-omesses  de  son  sous-titre  :  il  a  vraiment  créé  l'enseigne- 
ment scientifique  du  français  et,  en  des  langues  différentes,  spécialement  dans 
le  groupe  sémitique,  il  a  éclairé  un  grand  nombre  de  faits. 

[31 


BIBLIOGRAPHIE.  447 

bref,  de  faire,  elle,  une  r/rammaire  sans  pensée.  Par  une  surprenante 
méprise  l'Académie  a  oublié  qu'on  ne  peut  s'improviser  grammairien  sans 
préparation  appropriée.  Si  «  c'est  un  métier  que  de  faire  un  livre  comme 
de  faire  une  pendule  »,  certes  faire  un  livre  de  grammaire  est  besogne 
toute  technique,  m  11  faut  plus  que  de  l'esprit  —  on  le  notait  déjà  au 
déclin  du  grand  siècle  —  pour  être  auteur  »,  même  auteur  de  gram- 
maire. Les  philologues  n'en  doutent  pas,  car  ils  savent  ce  que  la  moindre 
ol)servaiion  linguistique  exige  de  méthode,  d'analyse  rigoureuse,  comme 
aussi  d'humble  soumission  aux  faits  et  aux  témoignages  des  textes.  Aussi 
sont-ils  reconnaissants  à  M.  Brunot  d'avoir  parlé  net  et  rappelé  très 
opportunément  aux  étrangers  que  la  délicience  d'une  grammaire  se  disant 
officielle  —  regrettable  mais  minime  accident  —  ne  saurait  discréditer  les 
spécialistes  français  voués  à  la  seule  recherche  de  la  vérité  philologique 
et  linguistique.  Le  service  rendu  est  d'importance. 

Sylvain  Grébaut. 

31"^  Marie  Galland,  La  vie  du  Bouddha  et  les  doctrines  bouddhiques, 
in-8°,  220  pages,  vingt-quatre  photogravures  hors-texte.  Paris,  Maison- 
neuve,  3,  rue  du  Sabot. 

«  De  nos  jours,  on  sait  à  peu  près  ce  que  sont  les  très  divers  bouddhismes 
actuels  et  ce  que  furent  certains  de  ceux  du  passé.  Mais,  malgré  les  efforts 
des  exégètes,  des  commentateurs,  des  philosophes  bouddhistes,  le  boud- 
dhisme du  Bouddha  demeure,  touchant  les  points  capitaux,  la  doctrine 
flottante,  fuyante,  insaisissable...,  celle  qui  a  fourni  des  athées,  des  pan- 
théistes, des  monothéistes,  des  polythéistes,  etc..  »  Ce  sont  là  les  der- 
niers mots  sur  lesquels  s'achève  cet  ouvrage.  En  fait,  après  avoir  lu 
l'exposé  de  l'auteur,  c'est  la  conclusion  qui  s'impose  et  comme  le  dit 
encore  cet  auteur  «  les  cinq  cent  millions  d'êtres  communiant  en  une 
même  foi,  adhérant  aux  mêmes  règles  d'après  l'article  Bouddhisme  des 
dictionnaires,  ne  sont  qu'un  trompe  l'œil  et  l'esprit  ». 

Maurice  Fouchet,  Notes  sur  l' Afghanistan.  OEuvre  posthume,  petit  in-8°, 
228  pp.  Paris,  Maisonneuve,  3,  rue  du  Sabot. 

Quiconque  veut  connaître  la  physionomie  vraie  de  ce  pays,  qui,  il  y  a  peu 
■de  temps  encore,  attirait  l'attention  de  l'Europe  par  les  luttes  dont  il 
était  le  théâtre,  lira  ces  notes  avec  fruit  et  aussi  avec  un  réel  plaisir 
littéraire.  La  géographie  de  cette  contrée,  la  vie  religieuse  et  morale  de  ses 
habitants,  ses  conditions  politiques  et  économiques,  les  ressources  qu'il 
renferme  pour  l'histoire,  pour  l'archéologie,  sont  décrites  en  cet  ouvrage 
avec  la  plume  d'un  fin  lettré,  celle  d'un  politique  et  d'un  économiste 
averti,  celle  d'un  philosophe  et  aussi  d'un  poète  délicat. 

M.  Chaîne. 


14] 


TABLE  DES  MATIÈRES 

CONTENUES  DANS  CE  VOLUME 


Pages.- 

I.  —  LES  MONGOLS  ET  LA  PAPAUTÉ.  Chapitre  ii  {sitilc),  par  P.  Pelliot.  3 
•IL  —  LE  TRAITÉ  SUR  LES  CONSTELLATIONS,  écrit  en  660,  par  Sévère 

Sehokt,  évêque  de  Qennesrim,  par  F.  Nau 85 

liL  —  LA  PENSÉE  GRECQUE  DANS   LE    MYSTICISxME  ORIENTAL,  par 

E.  Blochet  {suile) 101,  225 

IV.  —  RÉPERTOIRE    DES    BIBLIOTHÈQUES    PUBLIQUES    ET   PRIVÉES 
CONTENANT  DES  MANUSCRITS  ÉTHIOPIENS,  par  J.  Simon 178 

V.  —  UN  FRAGMENT  SYRIAQUE  DE  L'OUVRAGE  ASTROLOGIQUE   DE 
CLAUDE  PTOLÉMÉE  INTITULÉ  LE  LIVRE  DU  FRUIT,  par  F.  Nau 107 

VI.  —  LE  NOM  DES  TURKS  DANS  LE  CHAPITRE  X  DE  LA  GENÈSE,  par 

E.  Blochet , 20o,  406 

VIL  —  CATALOGUE    DES    MANUSCRITS    GÉORGIENS    DE   LA   BIBLIO- 
THÈQUE DE  LA  LAURE  DTVIRON  AU  MONT  ATHOS.  par  R.  P.  Blake.    289 

VIII.  —  L'ORDINATION    SACERDOTALE   CHEZ   LES   COPTES    UNIS,    par 

P.  Antoine 362 

IX.  —  LE  TOMBEAU  DE  LA  SAINTE  VIERGE,  par  A.  d'Alès 376 

X.  —  LE    CHRONICON    ORIENTALE    DE    BUTROS     IBN    AR-HAHIB   et 
L'HISTOIRE  DE  GIRGIS  EL-ftlAKlM,  par  M.  Chaîne 390 

XL  —  UN  FRAGMENT  DE  MÉNOLOGE  ÉTHIOPIEN,  par  S.  Grébaut. . . .     417 

MÉLANGES 

I.  —  UN  VOYAGE  INÉDIT  DU  PÈRE  SICARD  A  LA  MECQUE  EN  1721,  par 

M.  Chaine 209 

II.  —  UNE  DIFFICULTÉ  DU  TEXTE  DE  S.  IRÉNÉE  (Adv.  Haer.,  iv,  14),  par 

L.  Frbidevaux 441 

BIBLIOGRAPHIE 

I-  —  Miguel  AsiN  Palacios,  El  Islam  Chrislianizado  (F.  Nau) 222 

II.  —  N.  Marr  et  M.  Bhière,  La  Langue  géorgienne  (R.  Graffin) 444 

III.  —  Ferdinand  Brunot,   Observations  sur  la  grammaire  de   l'Académie 
française  (S.  Grébaut) 445 

IV.  —  M"°  Marie  Galland,  La  vie  du  Bouddha  et  les  doctrines  bouddhiques 

(M.  Chaîne) ! 447 

V.  —  Maurice  Fouchet,  Notes  sur  l'Afghanistan  (M.  Chaîne) 44T 

Le  Directeur-Gérant  : 
R.  Graffin. 


T-iPOGRAPHIE   FIRMIiVDIDOT  ET   C'«.  —   MESML   iElRE).  —    1932. 


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